{"id":4034,"date":"2016-04-23T01:10:03","date_gmt":"2016-04-22T23:10:03","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=4034"},"modified":"2016-02-16T10:51:13","modified_gmt":"2016-02-16T08:51:13","slug":"un-medecin-au-bagne-chapitre-4","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2016\/04\/un-medecin-au-bagne-chapitre-4\/","title":{"rendered":"Un m\u00e9decin au bagne chapitre 4"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/medecin-bagne1.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-510\" title=\"Un m\u00e9decin au bagne, \u00e9ditions Fleury, 1930\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/medecin-bagne1-221x300.jpg\" alt=\"\" width=\"113\" height=\"154\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/medecin-bagne1-221x300.jpg 221w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/medecin-bagne1.jpg 540w\" sizes=\"(max-width: 113px) 100vw, 113px\" \/><\/a><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gentil-toubib.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2359\" title=\"Jacobil m\u00e9decin\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gentil-toubib-225x300.jpg\" alt=\"\" width=\"115\" height=\"154\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gentil-toubib-225x300.jpg 225w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gentil-toubib.jpg 480w\" sizes=\"(max-width: 115px) 100vw, 115px\" \/><\/a>Le taux de mortalit\u00e9 au bagne oscille d\u00e8s le d\u00e9part autour de 10%. Il y a bien s\u00fbr des p\u00e9riodes de creux comme en 1911 (5%) et d&rsquo;autres voyant les fagots tomber comme \u00e0 Gravelotte. La grippe espagnole est ainsi fautive d&rsquo;une v\u00e9ritable saign\u00e9e en 1918. Si l&rsquo;on excepte le petit nombre, relativement parlant, de morts violentes (rixe, suicide, meurtre, violence des surveillants de l&rsquo;AP, accidents), la maladie occupe donc une part importante du d\u00e9compte macabre. Et tout concourt, nous dit Louis Rousseau dans le chapitre IV de son livre, \u00e0 faire de la Guyane un v\u00e9ritable charnier pour les hommes punis. L&rsquo;esp\u00e9rance de vie \u00e0 l&rsquo;arriv\u00e9e ne d\u00e9passe alors pas les cinq ans. La sant\u00e9 constitue un th\u00e8me r\u00e9current dans les pr\u00e9occupations du condamn\u00e9 aux travaux forc\u00e9s et du rel\u00e9gu\u00e9, tous deux soumis \u00e0 des maladies proprement tropicales. Elles sont aussi li\u00e9es au manque d&rsquo;hygi\u00e8ne, \u00e0 la claustration, aux d\u00e9ficiences m\u00e9dicales mais encore et surtout aux carences alimentaires. <em>L&rsquo;Administration a toujours affam\u00e9 les condamn\u00e9s et ab\u00eem\u00e9 leur sant\u00e9 par une nourriture insuffisante et malsaine<\/em>, \u00e9crit-il\u00a0 dans le chapitre 2 consacr\u00e9 au r\u00e9gime des condamn\u00e9s. Les affections les plus b\u00e9nignes deviennent fatalement mortelles et le m\u00e9decin peut alors livrer dans ce quatri\u00e8me chapitre un v\u00e9ritable inventaire de la pathologie carc\u00e9rale dans les bagnes guyanais. Force est de constater, que Louis Rousseau, du fait de sa profession, ma\u00eetrise son sujet. Aux \u00eeles du Salut comme sur la Grande Terre, le bagnard malade est un \u00eatre faible et les vell\u00e9it\u00e9s de soins qu&rsquo;affichent certains m\u00e9decins se brisent fr\u00e9quemment face \u00e0 la mauvaise volont\u00e9 de l&rsquo;A.P. qui voit d&rsquo;un tr\u00e8s mauvais \u0153il, et celui qui a pr\u00eat\u00e9 le serment d&rsquo;Hippocrate, et le d\u00e9tenu malade, le plus souvent consid\u00e9r\u00e9 comme un simulateur. Il y en eut peu en r\u00e9alit\u00e9. <!--more--><\/p>\n<p>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/medecin-bagne-3-copier.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3119\" title=\"Louis Rousseau, D\u00e9tective, n\u00b0415, 1936\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/medecin-bagne-3-copier-215x300.jpg\" alt=\"\" width=\"107\" height=\"150\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/medecin-bagne-3-copier-215x300.jpg 215w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/medecin-bagne-3-copier.jpg 414w\" sizes=\"(max-width: 107px) 100vw, 107px\" \/><\/a>Louis Rousseau<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Un m\u00e9decin au bagne<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Editions Armand Fleury, 1930<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">p.117-138<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>CHAPITRE IV<a name=\"bookmark0\"> Les Maladies et les Malades<\/a><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En 1897, il fut d\u00e9cid\u00e9 que la Guyane seule serait r\u00e9\u00adserv\u00e9e \u00e0 la transportation, qu&rsquo;elle seule pouvait \u00eatre la \u00ab terre d&rsquo;expiation \u00bb. Son climat meurtrier ajouterait \u00e0 l&rsquo;exemplarit\u00e9 de la peine. La vindicte publique serait satisfaite et la s\u00e9curit\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 assur\u00e9e. Sans effu\u00adsion de sang la population p\u00e9nale s&rsquo;\u00e9claircirait r\u00e9guli\u00e8\u00adrement. Peu de condamn\u00e9s en reviendraient.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les esp\u00e9rances de nos doux l\u00e9gislateurs furent com\u00adbl\u00e9es et la terre de Guyane ne faillit pas \u00e0 sa vieille r\u00e9putation. C&rsquo;est le paludisme qui fait le plus grand nombre de victimes dans les rangs de la transportation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A part quelques condamn\u00e9s intern\u00e9s d\u00e8s leur arriv\u00e9e et toujours maintenus aux Iles du Salut, tous sont t\u00f4t ou tard infest\u00e9s. Le travail sous un soleil torride ou sous la pluie diluvienne, le chagrin, la faim, les disposent \u00e0 la fi\u00e8vre qui rev\u00eat souvent chez eux la forme perni\u00adcieuse. Pendant la d\u00e9cade de 1909 \u00e0 1919, cette seule maladie a caus\u00e9 53.600 hospitalisations et 1.435 d\u00e9\u00adc\u00e8s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une autre cause de morbidit\u00e9 aussi importante que la fi\u00e8vre palud\u00e9enne est l&rsquo;infestation de l&rsquo;intestin par les ankylostomes. Dans les pays \u00e9quatoriaux les larves de ces parasites, favoris\u00e9es par la temp\u00e9rature, pullu\u00adlent dans tous les terrains habit\u00e9s et n&rsquo;\u00e9pargnent pres\u00adque personne. Nos bagnards entass\u00e9s sur des terrains contamin\u00e9s, mal nourris, mal v\u00eatus et pieds nus, sont infest\u00e9s et r\u00e9infest\u00e9s par ces vers qui font chez eux un grand nombre de victimes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Allez \u00e0 Cayenne, au Maroni, aux Iles du Salut, visi\u00adtez les p\u00e9nitenciers, les h\u00f4pitaux, allez surtout dans les villages et sur le territoire des communes, partout vous trouverez des figures de cire, des sujets amaigris ou bouffis selon que la cachexie les momifie ou les rend hydropiques. La plupart viennent mourir dans les h\u00f4\u00adpitaux des p\u00e9nitenciers. Leurs autopsies montrent invariablement une \u00e9norme rate, un foie gros et p\u00e2le, un pancr\u00e9as d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9, soud\u00e9 \u00e0 un duod\u00e9num \u00e9paissi par les morsures de centaines et de milliers d&rsquo;ankylostomes. Le plus souvent la tuberculose pulmonaire sera venue donner le coup de gr\u00e2ce \u00e0 ces cadavres ambulants que se seront disput\u00e9s jusqu&rsquo;\u00e0 la mort, l&rsquo;h\u00e9matozoaire du paludisme et le plus terrible des vers intestinaux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bien d&rsquo;autres maladies frappent la population p\u00e9\u00adnale : la l\u00e8pre introduite il y a deux ou trois cents ans par les esclaves venus de la c\u00f4te d&rsquo;Afrique s&rsquo;implanta dans le pays pour ne plus le quitter. Comme le milieu p\u00e9nal est assez ferm\u00e9, la l\u00e8pre n&rsquo;y apparut qu&rsquo;assez tard, mais quand elle s&rsquo;y installa, elle ne fit que s&rsquo;\u00e9ten\u00addre. Les deux premiers condamn\u00e9s l\u00e9preux furent si\u00adgnal\u00e9s en 1883. En 1915 il y en a soixante-treize, et depuis, malgr\u00e9 les morts et les \u00e9vasions, ce nombre se maintient<a name=\"_ftnref1\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a> si bien qu&rsquo;un m\u00e9decin a pu dire avec raison que la France avait r\u00e9alis\u00e9 par la transportation de ses condamn\u00e9s la plus vaste et la plus irr\u00e9prochable des exp\u00e9riences sur la contagiosit\u00e9 de la l\u00e8pre. Les condamn\u00e9s l\u00e9preux sont isol\u00e9s dans un \u00eelot du Maroni. Comme ils n&rsquo;y sont ni trait\u00e9s ni surveill\u00e9s, et qu&rsquo;ils y ont mille commodit\u00e9s pour s&rsquo;\u00e9vader, ils partent pour ne plus revenir. Seuls, ceux qui ont des mutilations trop apparentes ou le faci\u00e8s trop l\u00e9onin restent dans l&rsquo;\u00eele.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La conf\u00e9rence am\u00e9ricaine de la L\u00e8pre tenue en oc\u00adtobre 1922 \u00e0 Rio de Janeiro fut marqu\u00e9e par de vives critiques du professeur Alberastur, d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 de la R\u00e9\u00adpublique Argentine. Il d\u00e9clara que l&rsquo;on s&rsquo;\u00e9tonnait en Am\u00e9rique que les vieux pays d&rsquo;Europe et en particu\u00adlier la France &#8211; dont le pass\u00e9, la gloire, la science etc&#8230; &#8211; eussent dans les Guyanes une organisation sa\u00adnitaire si arri\u00e9r\u00e9e, et demanda que ses paroles fussent inscrites au proc\u00e8s-verbal de la s\u00e9ance. Cet orateur, qui cachait mal son panam\u00e9ricanisme fervent, s&rsquo;en prit au foyer guyanais fran\u00e7ais, moins important que beaucoup d&rsquo;autres. Il faut cependant reconna\u00eetre que notre trans\u00adportation a fabriqu\u00e9 plus de l\u00e9preux que notre r\u00e9cente organisation sanitaire, pourtant active aujourd&rsquo;hui, n&rsquo;a encore emp\u00each\u00e9 de petits guyanais de le devenir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les condamn\u00e9s des chantiers forestiers payent aussi un lourd tribut \u00e0 une maladie de peau que les cr\u00e9oles ont appel\u00e9e le pian-bois en raison de son origine syl\u00advestre et de sa ressemblance avec le pian de l&rsquo;Ancien monde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au reste si l&rsquo;on excepte l&rsquo;\u00e9l\u00e9phantiasis tr\u00e8s fr\u00e9quent en Guyane et qui, je ne sais d&rsquo;ailleurs pourquoi, \u00e9par\u00adgne les condamn\u00e9s, la population p\u00e9nale est un r\u00e9actif tr\u00e8s sensible \u00e0 toutes les maladies end\u00e9miques r\u00e9gnan\u00adtes. Les dysenteries produites par les amibes et les anguillules sont courantes et il est bien peu de condam\u00adn\u00e9s dont l&rsquo;intestin soit exempt de l&rsquo;un et l&rsquo;autre de ces deux parasites.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/ossements.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2781\" title=\"ossements\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/ossements-300x205.jpg\" alt=\"\" width=\"156\" height=\"106\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/ossements-300x205.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/ossements.jpg 863w\" sizes=\"(max-width: 156px) 100vw, 156px\" \/><\/a>Bien que les \u00e9pid\u00e9mies de fi\u00e8vre jaune qui d\u00e9ci\u00admaient autrefois p\u00e9riodiquement la population p\u00e9nale se fassent aujourd&rsquo;hui plus rares,<a name=\"_ftnref2\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a> la Guyane reste encore un pays tr\u00e8s malsain. Elle n&rsquo;est insalubre, di\u00adsent volontiers les hygi\u00e9nistes officiels, que pour ceux qui ne veulent pas se soumettre aux r\u00e8gles indispensables de l&rsquo;hygi\u00e8ne coloniale. A cela, il est raisonnable de r\u00e9pondre qu&rsquo;il ne suffit pas de vouloir, qu&rsquo;il faut aussi pouvoir suivre ces r\u00e8gles indispensables, c&rsquo;est-\u00e0-dire habiter une petite villa bien situ\u00e9e, coucher sous moustiquaire et bien manger. Tout ceci n&rsquo;est pas \u00e0 la port\u00e9e des condamn\u00e9s, pas plus d&rsquo;ailleurs qu&rsquo;\u00e0 celles des gens libres sans ressources qui forment une bonne partie de la population guyanaise et dont l&rsquo;\u00e9tat sani\u00adtaire est assez m\u00e9diocre. Les innombrables r\u00e8glements d&rsquo;hygi\u00e8ne \u00e9dict\u00e9s n&rsquo;ont pas servi \u00e0 grand&rsquo;chose, et la Guyane o\u00f9 vit une population faible et pauvre, r\u00e9par\u00adtie en petits \u00eelots clairsem\u00e9s dans une brousse luxu\u00adriante, est un pays qui se pr\u00eate difficilement aux en\u00adtreprises d&rsquo;assainissement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand on veut supprimer dans un pays les maladies transmissibles, il faut \u00e9viter d&rsquo;y introduire des gens ex\u00adpos\u00e9s \u00e0 toutes les contaminations en raison de leur mi\u00ads\u00e8re. Or, que se passe-t-il en Guyane ? Non seulement les communes ne poss\u00e8dent actuellement aucun homme susceptible d&rsquo;entreprendre la grande t\u00e2che d&rsquo;assistance et de prophylaxie, mais l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire lib\u00e8re tous les ans quatre cents individus astreints \u00e0 la r\u00e9sidence, qui ne trouvent dans les communes aucun travail r\u00e9mun\u00e9rateur et viennent grossir le nombre des malades. Tous les villages de la c\u00f4te donnent asile \u00e0 un nombre de lib\u00e9r\u00e9s qui atteint quelquefois le dixi\u00e8me de leur population. Ce sont tous des porteurs de ger\u00admes nuisibles \u00e0 la population indig\u00e8ne. Le plus grand service que la France pourrait rendre \u00e0 la Guyane se\u00adrait de supprimer la transportation qui est une mons\u00adtrueuse faute d&rsquo;hygi\u00e8ne. La plupart des Guyanais pa\u00adraissent ne pas voir ce danger. Peut-\u00eatre l&rsquo;app\u00e2t des quelques emplois et des gains que leur procure l&rsquo;admi\u00adnistration p\u00e9nitentiaire les emp\u00eache-t-il de voir clair.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les quelques milliers de Fran\u00e7ais qui, en 1764, trou\u00adv\u00e8rent la mort \u00e0 Kourou, o\u00f9 Choiseul les avait exp\u00e9\u00addi\u00e9s pour y fonder une colonie, et plus tard les pros\u00adcrits du 18 Fructidor qui, presque tous, p\u00e9rirent au bout d&rsquo;un court s\u00e9jour, ont fait \u00e0 la Guyane la r\u00e9puta\u00adtion qui en d\u00e9termina le choix comme colonie p\u00e9niten\u00adtiaire. Depuis 1852 tous les \u00e9tablissements agricoles ou forestiers, fond\u00e9s, abandonn\u00e9s, et repris tour \u00e0 tour, puis d\u00e9finitivement abandonn\u00e9s, l&rsquo;Oyapoc, l&rsquo;Approuague, la Comt\u00e9, l&rsquo;Orapu, Mont-Sin\u00e9ry, Kourou, sont de\u00advenus les cimeti\u00e8res de milliers d&rsquo;individus morts sans aucun profit pour la colonie. Les quelques kilom\u00e8tres de route automobilisable qui sillonnent l&rsquo;\u00eele de Cayenne sont bien ant\u00e9rieurs \u00e0 la transportation. La main-d&rsquo;\u0153u\u00advre p\u00e9nale s&rsquo;est born\u00e9e \u00e0 entretenir le r\u00e9seau, et ne l&rsquo;a accru que dans de faibles proportions. Il y avait encore de mon temps quelques vieux bagnards qui se souve\u00adnaient de la tranch\u00e9e de Stoupan qui relie les routes de Cayenne \u00e0 la rivi\u00e8re Mahury et o\u00f9 tant des leurs trouv\u00e8rent la mort.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La route de Saint-Laurent \u00e0 Charvein tour \u00e0 tour abandonn\u00e9e et reprise se fit au prix d&rsquo;un nombre ini\u00admaginable de vies humaines.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En 1913, le creusement du canal Roy \u00e0 Kourou fut amorc\u00e9 puis abandonn\u00e9 au quatri\u00e8me kilom\u00e8tre, \u00e0 cause de l&rsquo;\u00e9tat sanitaire d\u00e9plorable des travailleurs. Il devait drainer l&rsquo;eau qui s&rsquo;\u00e9ternise dans les savanes de Pariacabo, apr\u00e8s chaque grande mar\u00e9e et les rend in\u00adfertiles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, la route coloniale dite \u00ab num\u00e9ro un \u00bb desti\u00adn\u00e9e \u00e0 relier Cayenne \u00e0 Saint-Laurent, commenc\u00e9e en 1906, c\u00e9l\u00e8bre dans le monde p\u00e9nal par le chantier ci\u00admeti\u00e8re du kilom\u00e8tre 29, abandonn\u00e9e avant la guerre et reprise en 1923 fut termin\u00e9e en 1926 gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;acti\u00advit\u00e9 du gouverneur de la Colonie et de ses collabora\u00adteurs des Travaux publics qui mirent en \u0153uvre le mat\u00e9\u00adriel technique appropri\u00e9. Mais \u00e0 quel prix ! En 1924, le Service de Sant\u00e9 demanda que les Europ\u00e9ens n&rsquo;y fussent plus employ\u00e9s. Aucun n&rsquo;y r\u00e9sistait plus de trois mois. En fait les travaux de cette route furent r\u00e9serv\u00e9s aux asiatiques, aux africains et \u00e0 quelques europ\u00e9ens des Iles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A c\u00f4t\u00e9 des maladies imputables au climat, d&rsquo;autres et en premi\u00e8re ligne le scorbut, produites par la fa\u00admine et la claustration sont imputables \u00e0 la vie p\u00e9nale telle que la fait l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire. C&rsquo;\u00e9tait au cachot, c&rsquo;\u00e9tait et c&rsquo;est toujours en cellule, au cours des longues d\u00e9tentions pr\u00e9ventives, et \u00e0 la r\u00e9clusion cellulaire \u00e0 l&rsquo;\u00eele de Saint-Joseph, que le for\u00e7at devient<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">scorbutique. Tous les r\u00e9clusionnaires de Saint-Joseph sont s\u00fbrs, du fait du r\u00e9gime cellulaire strictement ap\u00adpliqu\u00e9, d&rsquo;\u00eatre frapp\u00e9s par le scorbut, t\u00f4t ou tard sui\u00advant la r\u00e9sistance de chacun. Si la plupart y \u00e9chappent, c&rsquo;est gr\u00e2ce \u00e0 des entr\u00e9es \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital syst\u00e9matiques, \u00e0 la dose moyenne de deux ou trois entr\u00e9es de quinze jours par an par exemple. Encore, malgr\u00e9 ces hospitalisa\u00adtions pr\u00e9ventives, ne peut-on arriver \u00e0 les pr\u00e9server tous, car ils ne sont visit\u00e9s qu&rsquo;une fois par semaine et en huit jours il peut se passer bien des choses. Les inter\u00adruptions trimestrielles introduites dans le r\u00e9gime cel\u00adlulaire strict par le d\u00e9cret de 1925 ne suffiront jamais \u00e0 triompher du scorbut. Quoiqu&rsquo;on fasse, il en entrera toujours quelques-uns \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital pour scorbut confirm\u00e9. Les d\u00e9livrances larges de citrons et de pourpier, les augmentations de la dur\u00e9e de sortie au pr\u00e9au, sont les moyens de lutter contre cette maladie qui est la condamnation la plus d\u00e9monstrative de l&rsquo;abominable r\u00e9gime des r\u00e9clusionnaires. Encore faut-il, pour que toutes ces mesures soient prises, le concours du com\u00admandant du p\u00e9nitencier, du m\u00e9decin et du surveillant charg\u00e9 de la r\u00e9clusion. Malheureusement, beaucoup de surveillants prennent \u00e0 la lettre le r\u00e8glement sur le r\u00e9\u00adgime des r\u00e9clusionnaires et croiraient faillir \u00e0 leur mandat en adoucissant les r\u00e8glements homicides. Ils consomment les citrons que produit en abondance l&rsquo;\u00eele de Saint-Joseph, indispensables \u00e0 la confection de leurs \u00ab punchs \u00bb. En laissant pourrir ceux qu&rsquo;ils ne consom\u00adment pas et n&rsquo;en d\u00e9livrant aux r\u00e9clusionnaires que sur prescription d&rsquo;un m\u00e9decin ou sur l&rsquo;ordre d&rsquo;un com\u00admandant avis\u00e9, et encore chichement, ils croient faire leur devoir. Quatre-vingt-dix r\u00e9clusionnaires sur cent sont \u00e0 la r\u00e9clusion pour le crime d&rsquo;\u00e9vasion et les fonctionnaires du bagne ne leur pardonnent pas d&rsquo;avoir os\u00e9 pr\u00e9tendre \u00e0 la libert\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est regrettable que certains m\u00e9decins se laissent influencer au point de partager cette haine du r\u00e9clusionnaire. Un soir du mois de mai 191.., le comman\u00addant du p\u00e9nitencier des \u00eeles fumait sa cigarette sur un banc de la \u00ab Pointe aux blagueurs \u00bb, en compagnie du m\u00e9decin du p\u00e9nitencier. Tous deux s&rsquo;entretenaient du service :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Croyez-en ma vieille exp\u00e9rience, docteur ! disait le commandant. En hospitalisant par principe \u00e0 tour de r\u00f4le les r\u00e9clusionnaires, vos pr\u00e9d\u00e9cesseurs ont cr\u00e9\u00e9 un f\u00e2cheux pr\u00e9c\u00e9dent. Non seulement tous ces condam\u00adn\u00e9s ne sont pas malades, je veux dire malades au point d&rsquo;entrer \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital, mais encore cette pratique qui va \u00e0 l&rsquo;encontre des mesures judiciaires, a l&rsquo;inconv\u00e9nient grave d&rsquo;\u00e9nerver la r\u00e9pression. Les condamn\u00e9s tablent tous sur un ou plusieurs s\u00e9jours \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital pour esqui\u00adver les duret\u00e9s du r\u00e9gime disciplinaire aff\u00e9rent \u00e0 cette peine qui, quoiqu&rsquo;on en dise, est encore trop douce. Ces gens-l\u00e0, voyez-vous, n&rsquo;ob\u00e9issent qu&rsquo;\u00e0 la peur, et cette peine de la r\u00e9clusion cellulaire ne sera vraiment effi\u00adcace que quand elle appara\u00eetra comme mortelle. Sai\u00adsissez-vous ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le jeune m\u00e9decin fit de timides objections. Les faits qui suivirent permettent de supposer qu&rsquo;il partagea les vues du commandant. Deux mois apr\u00e8s, en cin\u00adquante jours, sur un effectif de six-cent-cinquante hommes et de soixante r\u00e9clusionnaires, trente et un condamn\u00e9s dont quinze r\u00e9clusionnaires moururent aux Iles du Salut. Ce sont l\u00e0 des mortalit\u00e9s \u00e9vitables.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/ossements.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2781\" title=\"ossements\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/ossements-300x205.jpg\" alt=\"\" width=\"160\" height=\"109\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/ossements-300x205.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/ossements.jpg 863w\" sizes=\"(max-width: 160px) 100vw, 160px\" \/><\/a>Quelques statistiques annuelles ne mentionnent pas de cas de scorbut. Il ne faut pas en conclure que les condamn\u00e9s en aient \u00e9t\u00e9 exempts ces ann\u00e9es-l\u00e0. Cer\u00adtains commandants de p\u00e9nitencier, moins cyniques que notre th\u00e9oricien de la \u00ab Pointe aux blagueurs \u00bb, ont jug\u00e9 avec raison que le scorbut, pour peu qu&rsquo;il se g\u00e9\u00adn\u00e9ralise dans une prison, \u00e9tait la condamnation du r\u00e9\u00adgime de cette prison, et particuli\u00e8rement une preuve de l&rsquo;insuffisance de la ration. Parmi ceux-l\u00e0 les uns ont aid\u00e9 les m\u00e9decins \u00e0 lutter contre le mal en am\u00e9lio\u00adrant les conditions d&rsquo;existence des r\u00e9clusionnaires et ils ont vu leurs efforts r\u00e9ussir. D&rsquo;autres ont trouv\u00e9 un moyen tr\u00e8s \u00e9l\u00e9gant de supprimer le scorbut. Au lieu de donner des salades aux r\u00e9clusionnaires, ils les donnent au m\u00e9decin avec des l\u00e9gumes, des mangues, des ananas, des cocos, des poissons et les meilleurs morceaux de b\u0153uf aux jours d&rsquo;abatage. Apr\u00e8s s&rsquo;\u00eatre acquis par ces offrandes la cl\u00e9mence m\u00e9dicale, tout en causant un jour de choses et autres avec le dieu m\u00e9decin, ils lui glis\u00adsent la pri\u00e8re que voici :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Dites donc, docteur, vous seriez bien aimable, si cela ne vous d\u00e9range pas, de remplacer dans vos rap\u00adports les diagnostics de scorbut par d&rsquo;autres diagnostics. Vous comprenez que c&rsquo;est tr\u00e8s ennuyeux pour nous qui faisons tout ce que nous pouvons et ne pouvons faire davantage, de dire au gouverneur et au ministre que le scorbut r\u00e8gne dans nos \u00e9tablissements.<a name=\"_ftnref3\" href=\"#_ftn3\">[3]<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il existe au bagne de Cayenne une autre maladie moins grave que le scorbut, comme lui en rapport \u00e9troit avec la vie p\u00e9nale : d\u00e8s que le soleil se couche, avant m\u00eame que soit termin\u00e9 le court cr\u00e9puscule \u00e9qua\u00adtorial, un homme qui voyait bien jusque l\u00e0 se trouve brusquement plong\u00e9 dans le noir absolu. Il reste clou\u00e9 sur place et s&rsquo;il veut regagner son lit de camp ou aller aux cabinets, il doit demander \u00e0 un voisin de l&rsquo;y con\u00adduire. Le lendemain matin la vue revient aussi brus\u00adquement qu&rsquo;elle est partie pour dispara\u00eetre encore la nuit suivante et ainsi de suite. Ces aveugles de nuit peuvent le plus souvent distinguer la lueur de la lampe de leur case ou celle de la lune quand le ciel est clair. Ces lumi\u00e8res leur apparaissent comme des ha\u00adlos autour desquels r\u00e8gne une nuit compl\u00e8te. Cette af\u00adfection que les for\u00e7ats appellent le \u00ab coup de lune \u00bb se produit dans toutes les cat\u00e9gories p\u00e9nales, mais surtout chez les condamn\u00e9s qui ont subi l&rsquo;action d\u00e9bilitante du cachot, du camp disciplinaire, ou des \u00e9vasions. Cette fragilit\u00e9 r\u00e9tinienne est un curieux effet de la ca\u00adrence alimentaire. Le pronostic n&rsquo;est pas grave. Il suf\u00adfit d&rsquo;absorber cinquante grammes de foie cru, foie de b\u0153uf, foie de poisson. Tous les foies sont bons. Une ou deux cuiller\u00e9es d&rsquo;huile de foie de morue font presque aussi bien. L&rsquo;effet est imm\u00e9diat. La vue nocturne re\u00advient tout d&rsquo;un coup de cinq \u00e0 dix heures apr\u00e8s l&rsquo;ab\u00adsorption du foie cru, de deux ou trois jours apr\u00e8s celle d&rsquo;huile de foie de morue. Les d\u00e9tenus d\u00e9sirent vive\u00adment gu\u00e9rir de cette infirmit\u00e9. N&rsquo;y pas voir la nuit, c&rsquo;est \u00eatre sans d\u00e9fense. Il peut se trouver en case un mauvais voisin qui profite de l&rsquo;infirmit\u00e9 de l&rsquo;aveugle pour lui soustraire ce qu&rsquo;il poss\u00e8de. Les m\u00e9decins ont tous not\u00e9 ces cas fr\u00e9quents de c\u00e9cit\u00e9 nocturne et pres\u00adque tous ont d\u00e9livr\u00e9 le foie n\u00e9cessaire \u00e0 la gu\u00e9rison. Comme le sympt\u00f4me est subjectif et que le fond d&rsquo;\u0153il ne pr\u00e9sente rien d&rsquo;anormal, certains m\u00e9decins qui voient partout des carottiers ont syst\u00e9matiquement \u00e9conduit les condamn\u00e9s qui venaient leur demander \u00e0 revoir, jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;il ne s&rsquo;en pr\u00e9sente plus. Ceux-ci se sont alors rabattus sur des foies de poisson, de chat, de crapaud et en sont aussi tr\u00e8s bien trouv\u00e9s. Quand les animaux sont petits, il faut plusieurs glandes pour arriver seulement au r\u00e9sultat.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A toutes ces maladies caus\u00e9es par le climat et le r\u00e9gime s&rsquo;ajoutent la syphilis et la tuberculose qui non seulement ne peuvent \u00eatre suffisamment combattues, mais sont entretenues par la mis\u00e8re et par la faim. De toutes ces mauvaises conditions d&rsquo;existence r\u00e9sulte une effroyable mortalit\u00e9. Un m\u00e9decin estimait en 1902, que la moyenne de la vie p\u00e9nale en Guyane n&rsquo;atteignait pas cinq ans, la dur\u00e9e de la plus courte peine que l&rsquo;on puisse y subir. La situation ne s&rsquo;est pas am\u00e9lior\u00e9e de\u00adpuis comme elle aurait d\u00fb le faire, car si on sait beau\u00adcoup mieux qu&rsquo;il y a vingt ans comment venir \u00e0 bout des maladies qui d\u00e9ciment le bagne, le r\u00e9gime p\u00e9nal, consid\u00e9r\u00e9 comme intangible par l&rsquo;administration p\u00e9ni\u00adtentiaire, s&rsquo;oppose \u00e0 l&rsquo;exercice de toute prophylaxie large et raisonnable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire s&rsquo;acharne sur les vic\u00adtimes du r\u00e9gime p\u00e9nal. Tout for\u00e7at exempt\u00e9 de travail pour raison de sant\u00e9 est mis pour la journ\u00e9e dans un local sp\u00e9cial qu&rsquo;on appelle \u00ab case des malades \u00bb. J&rsquo;ad\u00admets que l&rsquo;administration prenne toutes les mesures d&rsquo;ordre int\u00e9rieur qu&rsquo;elle juge convenables. Encore fau\u00addrait-il que les malades soient plac\u00e9s dans une case au moins aussi confortable que leur case habituelle. Aux Iles du Salut ils sont parqu\u00e9s dans un r\u00e9duit sans fen\u00eatre o\u00f9 le jour ne p\u00e9n\u00e8tre que par une porte grillag\u00e9e. Huit, dix, quelquefois douze hommes sont entass\u00e9s dans ce local de quatre m\u00e8tres sur huit o\u00f9 toute la place est prise par le bat-flanc sur lequel ils s&rsquo;allongent, Enferm\u00e9s \u00e0 clef, ils sont group\u00e9s autour d&rsquo;une baille en bois sans couvercle. Plusieurs ont pris une purgation. La ti\u00adnette empeste l&rsquo;air de cette case des malades qui n&rsquo;est, en r\u00e9alit\u00e9 qu&rsquo;un infect local disciplinaire. J&rsquo;ai pu obte\u00adnir non sans peine que les condamn\u00e9s des deux pre\u00admi\u00e8res classes exempt\u00e9s de travail soient dispens\u00e9s de cet emprisonnement dans la case des malades. Ces hom\u00admes qui, bien portants, couchaient sur un hamac \u00e9taient condamn\u00e9s au lit de camp en bois dur, juste le jour o\u00f9 \u00e9tant exempt\u00e9s du travail, pour un lumbago par exem\u00adple, le hamac leur \u00e9tait plus que jamais indispensable. J&rsquo;ai su que cette mesure avait \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9e aussit\u00f4t apr\u00e8s mon d\u00e9part. Voil\u00e0 les s\u00e9vices que l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire d\u00e9guise du nom de mesures d&rsquo;ordre int\u00e9\u00adrieur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les condamn\u00e9s qui cessent d&rsquo;\u00eatre aptes \u00e0 tous les tra\u00advaux sont class\u00e9s par le m\u00e9decin dans la cat\u00e9gorie des \u00ab travaux l\u00e9gers \u00bb ou des \u00ab impotents \u00bb pour un temps d\u00e9termin\u00e9, mais il arrive aux surveillants de les d\u00e9si\u00adgner pour des travaux plus durs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aux Iles du Salut les impotents et les convalescents sont rassembl\u00e9s \u00e0 Saint-Joseph. Ils y sont enferm\u00e9s dans une case sp\u00e9ciale vingt-quatre heures sur vingt-quatre et ne peuvent jamais prendre l&rsquo;air, pas m\u00eame une heure par jour. Cette odieuse mesure de r\u00e9pression a pour but de diminuer le nombre des malades. Elle ne fait qu&rsquo;aug\u00admenter le nombre des journ\u00e9es d&rsquo;h\u00f4pital. Les hommes effray\u00e9s par une convalescence qui n&rsquo;est qu&rsquo;un dur in\u00adternement, demandent \u00e0 rester quelques jours de plus \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital pour reprendre le travail tout de suite en sor\u00adtant. Mais tous les impotents dont la plupart sont des vieillards ayant d\u00e9pass\u00e9 la soixantaine, et comme tels class\u00e9s impotents de droit, subissent les rigueurs de l&rsquo;in\u00adcarc\u00e9ration.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La plupart des fonctionnaires du bagne pensent que quand un m\u00e9decin met un condamn\u00e9 \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital, il ne saurait s&rsquo;agir d&rsquo;un acte m\u00e9dical qui a pour fin le traite\u00adment d&rsquo;un malade, mais bien d&rsquo;un acte antiadministra\u00adtif qui soustrait \u00e0 la corv\u00e9e un mauvais condamn\u00e9, pour le faire b\u00e9n\u00e9ficier d&rsquo;un matelas et quelquefois d&rsquo;un quart de vin, et qui diminue l&rsquo;autorit\u00e9 des repr\u00e9sentants de l&rsquo;ordre et de la loi, qui \u00e9nerve la r\u00e9pression &#8211; c&rsquo;est le mot consacr\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le m\u00e9pris du condamn\u00e9 malade est la r\u00e8gle de tous les p\u00e9nitenciers. Avant 1925 existait \u00e0 Saint-Laurent une salle des malades consign\u00e9s qui comprenait les pr\u00e9ventionnaires, les punis de cachot, les incorrigibles du camp de Charvein et les intern\u00e9s aux Iles qui pour une raison ou pour une autre n&rsquo;avaient pas encore rejoint leur destination, ou avaient quitt\u00e9 temporairement leur r\u00e9sidence habituelle. Ces malades \u00e9taient mis aux fers tous les soirs et d\u00e9ferr\u00e9s tous les matins \u00e0 six heures. Si un homme puni de trente jours de cachot entrait \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital au dixi\u00e8me jour de sa punition pour faire une grave maladie de trois mois, il \u00e9tait pendant trois mois mis aux fers, et comme le s\u00e9jour \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital ne comptait pas comme s\u00e9jour au cachot, il faisait \u00e0 sa sortie de l&rsquo;h\u00f4pital une convalescence de vingt jours de cachot. Il avait \u00e9t\u00e9 mis aux fers quatre mois de rang. Les surveil\u00adlants de l&rsquo;H\u00f4pital sont et restent surveillants. Ils ne sau\u00adraient remplir le r\u00f4le d&rsquo;infirmier. Il y a incompatibilit\u00e9 entre les deux fonctions ; on ne saurait nuire et soulager \u00e0 la fois. Aussi, en bons surveillants qu&rsquo;ils sont, n&rsquo;enle\u00advaient-ils jamais la boucle, si ce n&rsquo;est \u00ab in extremis \u00bb, les meilleurs un peu plus t\u00f4t, les plus mauvais au dernier moment et quelquefois pas du tout. Il est arriv\u00e9 fr\u00e9quem\u00adment que des malheureux soient morts aux fers. La der\u00adni\u00e8re mort dans ces conditions date du 25 septem\u00adbre 1925.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La suppression des fers nous pr\u00e9serve d\u00e9sormais de ces ignobles s\u00e9vices. Cependant ces faits sont trop r\u00e9cents pour \u00eatre tout de suite oubli\u00e9s. Ils doivent \u00eatre signal\u00e9s car ils caract\u00e9risent l&rsquo;esprit de notre administration p\u00e9ni\u00adtentiaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/ossements.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2781\" title=\"ossements\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/ossements-300x205.jpg\" alt=\"\" width=\"157\" height=\"107\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/ossements-300x205.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/ossements.jpg 863w\" sizes=\"(max-width: 157px) 100vw, 157px\" \/><\/a>Il existe aux environs de Saint-Laurent-du-Maroni un camp appel\u00e9 Nouveau-camp affect\u00e9 aux impotents et aux tuberculeux. En 1921, c&rsquo;\u00e9tait un v\u00e9ritable cloaque. Des hangars en planches d\u00e9pourvus de toute installation de couchage abritaient sous leurs toitures en feuillage les impotents et les tuberculeux parqu\u00e9s p\u00eale-m\u00eale. Seuls les tuberculeux tr\u00e8s malades \u00e9taient mis \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart dans un local sp\u00e9cial. Par n&rsquo;importe quel temps, sous le grand soleil aussi bien que sous la pluie battante, ces hommes travaillaient \u00e0 l&rsquo;abatis ou faisaient le dur travail du h\u00e2lage. Plus d&rsquo;un tuberculeux quitta la bricole pour cracher le sang \u00e0 pleine bouche. On disait aux impotents : \u00ab vous ne produisez pas, donc vous ne devez toucher ni effets, ni chaussures \u00bb. Ils \u00e9taient tous en haillons. La nuit ils \u00e9taient tortur\u00e9s par les puces, les poux et les moustiques. Les puces chiques s&rsquo;attaquaient \u00e0 leurs pieds ulc\u00e9r\u00e9s. Comme l&rsquo;infirmerie \u00e9tait d\u00e9pourvue de mat\u00e9riel, au ris\u00adque d&rsquo;\u00eatre punis, ils d\u00e9chiraient chemise et vareuse pour envelopper leurs pieds sanglants de chiffons bient\u00f4t souill\u00e9s par la boue. Une dizaine d&rsquo;aveugles et de para\u00adlytiques, qui ne pouvaient faire les quatre cents m\u00e8tres qui s\u00e9parent le camp de la crique, vendaient leur pain pour pouvoir faire laver leur linge. Le p\u00e9trole destin\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9clairage des cases \u00e9tait d\u00e9tourn\u00e9 par les surveillants. Il ne restait en tout que quatre centilitres par case et par nuit, ce qui donnait un \u00e9clairage en veilleuse incapable de pr\u00e9server les condamn\u00e9s des attaques des vampires, et la crainte d&rsquo;\u00eatre saign\u00e9 la nuit par cet animal r\u00e9pugnant venait encore s&rsquo;ajouter aux mille supplices du sanatorium p\u00e9nal. Un m\u00e9decin put obtenir la s\u00e9paration des tubercu\u00adleux et des impotents, la suppression des travaux de force pour les tuberculeux h\u00e9moptysiques et fi\u00e9vreux, et la construction de lits de camp pour les impotents. De plus, l&rsquo;administration accepta le principe du hamac individuel pour les tuberculeux et promit la cr\u00e9ation d&rsquo;une buande\u00adrie, mais ces progr\u00e8s indispensables devaient-ils \u00eatre ja\u00admais r\u00e9alis\u00e9s ? Sept ans apr\u00e8s ils ne le sont pas encore.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Chaque fois qu&rsquo;arrive un m\u00e9decin nouveau qui n&rsquo;a encore jamais servi dans les p\u00e9nitenciers, les fonctionnaires du bagne s&#8217;emploient \u00e0 le circonvenir. Les surveillants lui repr\u00e9sentent les for\u00e7ats malades comme de mauvais su\u00adjets, paresseux, simulateurs, dangereux et m\u00eame capables de tout. On lui raconte dix fois le meurtre du docteur Aquarone. En 1898, le docteur Aquarone fut tu\u00e9 par le condamn\u00e9 Hab\u00e9mont. Arm\u00e9 d&rsquo;un m\u00e9chant couteau du mod\u00e8le de ceux que d\u00e9livre aux d\u00e9tenus la cantine du d\u00e9p\u00f4t de Saint-Martin-du-R\u00e9, ce d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9 trancha la carotide du m\u00e9decin au moment o\u00f9 celui-ci s&rsquo;appr\u00eatait \u00e0 l&rsquo;examiner. Depuis lors deux surveillants assistent tou\u00adjours aux visites m\u00e9dicales et, quand le m\u00e9decin para\u00eet, les for\u00e7ats sont nus. Quelques surveillants brutaux font bien d\u00e9shabiller une demi-heure \u00e0 l&rsquo;avance des condam\u00adn\u00e9s fi\u00e9vreux, mais cette mesure prise convenablement est tellement avantageuse pour l&rsquo;examen m\u00e9dical que le m\u00e9\u00addecin s&rsquo;en trouve fort bien. Quant \u00e0 la pr\u00e9sence de deux surveillants \u00e0 la visite, elle offre beaucoup plus d&rsquo;incon\u00adv\u00e9nients que d&rsquo;avantages. S&rsquo;ils n&rsquo;\u00e9taient l\u00e0 que pour em\u00adp\u00eacher le m\u00e9decin d&rsquo;\u00eatre assassin\u00e9, ce qui est arriv\u00e9 une fois en soixante-dix ans, ce serait tr\u00e8s bien. Mais ils sont l\u00e0 pour \u00e9couter ce que le malade dit au m\u00e9decin et le m\u00e9decin au malade, et le rapporter avec des d\u00e9formations fantaisistes au chef du p\u00e9nitencier, toujours dans le but de nuire au for\u00e7at malade.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les m\u00e9decins \u00e0 qui il arrive fr\u00e9quemment de ne pas reconna\u00eetre un condamn\u00e9 malade sont tr\u00e8s appr\u00e9ci\u00e9s de l&rsquo;administration. Tout for\u00e7at qui obtient \u00e0 la visite m\u00e9dicale la mention \u00ab non malade \u00bb passe \u00e0 la commission disciplinaire. Beaucoup de commandants de p\u00e9nitencier infligent trente jours de cellule ; d&rsquo;autres ont des tarifs moins s\u00e9v\u00e8res. Quelques-uns m\u00eame sont tr\u00e8s r\u00e9serv\u00e9s dans leurs sanctions, ayant eu l&rsquo;occasion de s&rsquo;apercevoir qu&rsquo;entre le jour de la visite et celui de la comparution \u00e0 la commission, l&rsquo;homme a souvent eu le temps d&rsquo;entrer \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital et m\u00eame quelquefois d&rsquo;y mourir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans mes deux ann\u00e9es de pratique p\u00e9nale j&rsquo;ai peut-\u00eatre vu deux condamn\u00e9s \u00e0 qui la mention \u00ab non malade \u00bb aurait pu \u00eatre justement d\u00e9cern\u00e9e. Un de ces simulateurs \u00e9tait un r\u00e9clusionnaire qui simulait l&rsquo;acc\u00e8s de fi\u00e8vre. Il jouait tr\u00e8s bien la p\u00e9riode de frisson, claquait des dents, tremblait de tous ses membres et faisait monter le ther\u00admom\u00e8tre sous l&rsquo;aisselle. Malheureusement il le faisait monter \u00e0 une hauteur qui n&rsquo;a pas encore \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9e dans la science et si on mettait ensuite le thermom\u00e8tre dans l&rsquo;anus il y avait entre les deux temp\u00e9ratures une discordance qui d\u00e9jouait le com\u00e9dien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">S&rsquo;il est rare de voir un homme venir \u00e0 la visite m\u00e9di\u00adcale chercher une exemption sans le moindre sympt\u00f4me de maladie, il est plus fr\u00e9quent de voir des porteurs de maladies provoqu\u00e9es, de \u00ab maquillages \u00bb. C&rsquo;est chez les condamn\u00e9s \u00e0 de longues p\u00e9riodes de cachot, \u00e0 l&#8217;empri\u00adsonnement et surtout \u00e0 la r\u00e9clusion cellulaire que le ma\u00adquillage se pratique. J&rsquo;ai vu quelques phlegmons provo\u00adqu\u00e9s par des inclusions intradermiques de petits mor\u00adceaux de graines de ricin et quelques conjonctivites produites sans effraction de la muqueuse par la simple intro\u00adduction de petits morceaux de la m\u00eame graine dans les culs-de-sac conjonctivaux. Autrefois le r\u00e9gime de l&rsquo;h\u00f4pi\u00adtal \u00e9tait beaucoup plus engageant qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui et quelques r\u00e9clusionnaires se maquillaient pour entrer \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital. Une fois entr\u00e9s, ils s&rsquo;y cramponnaient. Je n&rsquo;ai jamais connu ces \u00ab pots \u00e0 tisane \u00bb dont le but \u00e9tait, une fois rendus \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital d&rsquo;y vendre une partie de leurs aliments et leur vin tonique. Ils ramassaient ainsi quel\u00adque argent et pouvaient fumer le restant de leur peine. Le r\u00e9gime alimentaire de l&rsquo;h\u00f4pital diff\u00e8re aujourd&rsquo;hui si peu du r\u00e9gime ordinaire que les fumeurs passionn\u00e9s ont d\u00fb se tourner sans doute d&rsquo;un autre c\u00f4t\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les maladies provoqu\u00e9es sont bien moins fr\u00e9quentes que ne le pensent les agents de l&rsquo;administration, toujours port\u00e9s \u00e0 voir des infractions qu&rsquo;il faut punir, l\u00e0 o\u00f9 il n&rsquo;y a rien que de naturel. Au reste doit-on punir les mutil\u00e9s volontaires ? J&rsquo;ai toujours trouv\u00e9 condamnable de punir un homme qui se mutilait, quand cette mutilation avait pour but de se soustraire, comme c&rsquo;est ici presque tou\u00adjours le cas, \u00e0 des conditions de vie intol\u00e9rables. Il m&rsquo;a paru tr\u00e8s net que la pratique du maquillage marchait de pair avec la rigueur du r\u00e9gime et que de nouvelles r\u00e9pressions augmenteraient cette rigueur et manqueraient leur but. Quand le maquillage provoque une infection, un phlegmon par exemple, il faut intervenir au plus vite. Le temps d&rsquo;hospitalisation sera d&rsquo;ailleurs d&rsquo;autant plus court que le malade sera trait\u00e9 plus t\u00f4t. Le m\u00e9decin qui dit au mutil\u00e9 : \u00ab c&rsquo;est toi qui l&rsquo;as voulu, d\u00e9brouille-toi ! \u00bb agit en insens\u00e9. Il ne pourra d&rsquo;ailleurs pas maintenir cette attitude jusqu&rsquo;\u00e0 la mort, et devra intervenir dans des conditions d&rsquo;autant plus mauvaise qu&rsquo;il aura davantage tard\u00e9. Au contraire, en traitant les maladies provoqu\u00e9es comme les autres, il s&rsquo;attirera la reconnaissance des malheureux. Ceux-ci r\u00e9fl\u00e9chiront au danger qu&rsquo;ils ont couru par leur faute et ne recommenceront pas. Plus le m\u00e9decin est impitoyable, plus les d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s se mutilent pour fl\u00e9chir son insensibilit\u00e9 et forcer sa compassion. La psychologie du d\u00e9sespoir est \u00e9trange.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/ossements.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2781\" title=\"ossements\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/ossements-300x205.jpg\" alt=\"\" width=\"151\" height=\"103\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/ossements-300x205.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/ossements.jpg 863w\" sizes=\"(max-width: 151px) 100vw, 151px\" \/><\/a>Dans le milieu p\u00e9nitentiaire on croit commun\u00e9ment que le m\u00e9decin se sert des condamn\u00e9s pour faire des ex\u00adp\u00e9riences, tenter des op\u00e9rations difficiles, voire inutiles, uniquement dans le but de se faire la main. On trouve cela tr\u00e8s naturel et tr\u00e8s bien. Cette croyance n&rsquo;est pas fond\u00e9e. A l&rsquo;encontre du petit public p\u00e9nitentiaire qui consid\u00e8re le for\u00e7at comme n&rsquo;appartenant plus \u00e0 la famille humaine, le m\u00e9decin &#8211; le plus souvent &#8211; consi\u00add\u00e8re le condamn\u00e9 comme un homme et, le consid\u00e9rant comme tel, n&rsquo;a aucune raison d&rsquo;agir avec lui autrement qu&rsquo;avec un homme libre. Quelques faits cependant s&rsquo;ac\u00adcordent avec cette croyance r\u00e9pandue chez les fonction\u00adnaires du bagne que le m\u00e9decin en use avec les con\u00addamn\u00e9s tout autrement qu&rsquo;avec les autres malades. Je sais un m\u00e9decin qui eut l&rsquo;intervention chirurgicale un peu trop facile. Il y a de cela quelques ann\u00e9es, on faisait aux \u00eeles du Salut, trois au moins, quelquefois quatre et cinq tr\u00e9panations de la masto\u00efde par mois, et cela dura pr\u00e8s de deux ans. Les quatre-vingt-dix ou cent r\u00e9clusionnaires fournirent les sujets. Ils trouvaient \u00e0 cela l&rsquo;avan\u00adtage de sortir de leur tombeau, et le m\u00e9decin, celui de faire une op\u00e9ration dont il voulait, il faut croire, poss\u00e9\u00adder la pratique \u00e0 fond. Presque tous d\u00e9fil\u00e8rent \u00e0 l&rsquo;h\u00f4\u00adpital. Jamais il n&rsquo;y eut tant d&rsquo;otites. Il y en eut des moyennes, des internes, des suppur\u00e9es, des scl\u00e9reuses, des labyrinthiques. Dans le nombre il est certain que quelques d\u00e9tenus \u00e9taient atteints d&rsquo;otite, mais le plus grand nombre avaient l&rsquo;oreille saine, le savaient du reste, mais \u00e9taient les premiers \u00e0 demander l&rsquo;op\u00e9ration. Il faut qu&rsquo;il y ait r\u00e9ellement beaucoup d&rsquo;amertume dans la vie de ces reclus pour que de ga\u00eet\u00e9 de c\u0153ur un si grand nombre soient all\u00e9s se faire tarauder la masto\u00efde !<\/p>\n<hr style=\"text-align: justify;\" size=\"1\" \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a name=\"_ftn1\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> En 1927 le chiffre officiel est de 70.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><a name=\"_ftn2\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> Il serait imprudent de croire tout danger amaryl \u00e9cart\u00e9. L&rsquo;\u00e9pid\u00e9mie qui s\u00e9vit en Afrique occidentale en 1927-28 donne \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a name=\"_ftn3\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> Les documents officiels du Service de Sant\u00e9 portent cependant quelques cas de scorbut.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En 1924, il y eut 64 entr\u00e9es aux h\u00f4pitaux pour le scorbut avec 4 d\u00e9c\u00e8s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">1925, 67-3<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">1926, 72-0<\/p>\n<p>1927,71-3<\/p>\n<p><!--[if gte mso 9]><xml> <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 10]>\n\n\n\n<style>\n \/* Style Definitions *\/\n table.MsoNormalTable\n\t{mso-style-name:\"Tableau Normal\";\n\tmso-tstyle-rowband-size:0;\n\tmso-tstyle-colband-size:0;\n\tmso-style-noshow:yes;\n\tmso-style-priority:99;\n\tmso-style-parent:\"\";\n\tmso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;\n\tmso-para-margin:0cm;\n\tmso-para-margin-bottom:.0001pt;\n\tmso-pagination:none;\n\tfont-size:12.0pt;\n\tfont-family:\"Arial Unicode MS\",\"sans-serif\";\n\tmso-bidi-language:FR;}\n<\/style>\n\n<![endif]--><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le taux de mortalit\u00e9 au bagne oscille d\u00e8s le d\u00e9part autour de 10%. Il y a bien s\u00fbr des p\u00e9riodes de creux comme en 1911 (5%) et d&rsquo;autres voyant les fagots tomber comme \u00e0 Gravelotte. La grippe espagnole est ainsi fautive d&rsquo;une v\u00e9ritable saign\u00e9e en 1918. 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