{"id":4029,"date":"2016-03-26T01:10:48","date_gmt":"2016-03-25T23:10:48","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=4029"},"modified":"2016-02-11T12:44:11","modified_gmt":"2016-02-11T10:44:11","slug":"un-medecin-au-bagne-chapitre-3","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2016\/03\/un-medecin-au-bagne-chapitre-3\/","title":{"rendered":"Un m\u00e9decin au bagne chapitre 3"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/medecin-bagne1.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-510\" title=\"Un m\u00e9decin au bagne, \u00e9ditions Fleury, 1930\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/medecin-bagne1-221x300.jpg\" alt=\"\" width=\"116\" height=\"158\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/medecin-bagne1-221x300.jpg 221w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/medecin-bagne1.jpg 540w\" sizes=\"(max-width: 116px) 100vw, 116px\" \/><\/a><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/h-etagere.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-507\" title=\"Louis Rousseau devant son armoire de souvenirs, vers 1947\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/h-etagere.jpg\" alt=\"Louis Rousseau devant son armoire de souvenirs, vers 1947\" width=\"112\" height=\"156\" \/><\/a>On ne vit pas au bagne\u00a0; on y cr\u00e8ve ou on survit. En d\u00e9taillant avec force d&rsquo;exemples le r\u00e9gime des condamn\u00e9s dans son chapitre 2, le docteur Louis Rousseau posait dans une aussi froide qu&rsquo;implacable et empirique d\u00e9monstration les conditions de l&rsquo;affaiblissement et donc de la mort programm\u00e9e du condamn\u00e9 \u00e0 la rel\u00e9gation ou aux travaux forc\u00e9s. Le fagot n&rsquo;a alors d&rsquo;autres choix pour \u00e9chapper \u00e0 sa triste condition que la Belle ou la camelote. Mais ces deux pratiques pour ill\u00e9gales qu&rsquo;elles soient font partie du syst\u00e8me\u00a0; elles le nourrissent m\u00eame, nous dit le m\u00e9decin du bagne. Il \u00e9voque l&rsquo;\u00e9vasion dans le VI<sup>e<\/sup> chapitre de son salutaire ouvrage apr\u00e8s avoir entrevue le tr\u00e9pas de l&rsquo;homme puni par la maladie et la r\u00e9pression. La camelote, c&rsquo;est la combine qui permet \u00e0 un bagnard, \u00e0 un surveillant d&rsquo;am\u00e9liorer son sort pour le premier et pour le second d&rsquo;arrondir ses fins de mois. Elle consiste g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 de la vente en tout genre : nourriture, tissus, m\u00e9dicaments, objets fabriqu\u00e9s par les bagnards, etc. Et tous en Guyane en croquent. <!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">M\u00eame Louis Rousseau\u00a0? Le 27 janvier 1932, le directeur de l&rsquo;Administration P\u00e9nitentiaire \u00e9crit au cur\u00e9 de Saint Laurent du Maroni pour lui ordonner de cesser de servir d&rsquo;interm\u00e9diaire dans les correspondances clandestines des bagnards. Le p\u00e8re Naegel, spiritain, ancien missionnaire en Afrique, est venu renforcer en 1927 le p\u00e8re Barri\u00e8re desservant de cette commune. \u00a0L&rsquo;injonction du haut fonctionnaire est d&rsquo;autant plus courrouc\u00e9e lorsque l&rsquo;eccl\u00e9siastique semble s&rsquo;appuyer pour justifier ses actes sur les \u00e9crits du docteur Rousseau accus\u00e9 d&rsquo;avoir produit, deux ans plus t\u00f4t, un coup facile et mensonger avec son <em>M\u00e9decin au bagne<\/em> alors qu&rsquo;il ne serait rest\u00e9 en Guyane que sept mois. En r\u00e9alit\u00e9, il y a prodigu\u00e9 ses soins de juillet 1920 \u00e0 mai 1922\u00a0! Toujours est-il que l&rsquo;Oncle de l&rsquo;honn\u00eate cambrioleur Jacob et de tant d&rsquo;autres fagots serait m\u00eame selon les dires du directeur de l&rsquo;AP \u00ab un des plus grands cameloteurs \u00bb que le bagne ait connu\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Louis Rousseau est donc accus\u00e9 de trafic. Il n&rsquo;a pourtant pas besoin de cela au regard de son aisance sociale. Louis Rousseau dispose du grade de commandant. Cet officier vit bien et n&rsquo;a officiellement d&rsquo;ordre \u00e0 recevoir de personne. De l\u00e0, les fr\u00e9quents conflits avec l&rsquo;AP alors qu&rsquo;il est en exercice aux \u00eeles de Salut. Mais s&rsquo;il camelote c&rsquo;est certainement pour d&rsquo;autres raisons que l&rsquo;app\u00e2t du gain. Retenons surtout que deux ans apr\u00e8s la sortie du livre d\u00e9cri\u00e9 le souvenir de Louis Rousseau semble encore tout empreint de fiel et de ranc\u0153ur \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 l&rsquo;institution bagne prend l&rsquo;eau de toute part. Cela se comprend ais\u00e9ment. Louis Rousseau en multipliant les exemples de camelote pratiqu\u00e9e par les chaouchs autant, sinon plus que par les bagnards, traite de toute \u00e9vidence les premiers de voleurs s&rsquo;engraissant au d\u00e9triment de la vie des seconds. Mais surtout, il le prouve. Au bagne, tout s&rsquo;ach\u00e8te, tout se vend, tout se vole.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/briques-de-lap.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1151\" title=\"briques de l\\'AP Saint Jean du Maroni\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/briques-de-lap-300x199.jpg\" alt=\"\" width=\"156\" height=\"103\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/briques-de-lap-300x199.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/briques-de-lap.jpg 600w\" sizes=\"(max-width: 156px) 100vw, 156px\" \/><\/a>Louis Rousseau<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong> <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Un m\u00e9decin au bagne<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">p.75-116<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Chapitre III<a name=\"bookmark0\"><\/a><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong> <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>La Camelote<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong> <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Travail p\u00e9nal. &#8211; Rel\u00e8vement moral<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Depuis l&rsquo;origine de la transportation le for\u00e7at affam\u00e9 cherche \u00e0 adoucir sa mis\u00e8re. C&rsquo;est au th\u00e9, au caf\u00e9, au tabac et, quand il le peut, \u00e0 l&rsquo;alcool qu&rsquo;il demande cet adoucissement. Au jeu aussi qui est sa passion favorite.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais pour fumer, jouer et boire, il faut de l&rsquo;argent. Il en faut aussi pour se procurer quelques extras quand on est las des haricots du camp. Il en faut surtout pour subsister le jour de la lib\u00e9ration ou celui o\u00f9 l&rsquo;on s&rsquo;\u00e9vade. Aussi tout condamn\u00e9 n&rsquo;a qu&rsquo;un but : gagner de l&rsquo;argent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A s&rsquo;en tenir au r\u00e8glement en vigueur<a name=\"_ftnref1\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>, on ne voit pas comment un condamn\u00e9 peut, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du travail quasi gratuit qui lui est impos\u00e9, d\u00e9ployer une activit\u00e9 r\u00e9mu\u00adn\u00e9ratrice quelconque, mais c&rsquo;est pourtant ce qui se passe. Cette activit\u00e9 rev\u00eat des formes diverses ; elle est manu\u00adfacturi\u00e8re ou commerciale. De plus, la population p\u00e9\u00adnale compte, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ses artisans et de ses trafiquants, de nombreux employ\u00e9s de l&rsquo;administration : ce sont les porte-cl\u00e9s, les hommes d&rsquo;\u00e9quipe ou gar\u00e7ons de famille, les boulangers, les bouchers, les p\u00eacheurs, les \u00e9crivains. Tous ces emplois rapportent des gratifications et des pourboires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire coloniale, qui n&rsquo;a ja\u00admais travaill\u00e9 que pour elle, a toujours laiss\u00e9 les con\u00addamn\u00e9s poss\u00e9der de l&rsquo;argent parce que c&rsquo;\u00e9tait son int\u00e9\u00adr\u00eat. Elle a estim\u00e9 que leur permettre de gagner de l&rsquo;argent et de le d\u00e9penser en consommant ce que le r\u00e8\u00adglement leur refuse, c&rsquo;\u00e9tait donner \u00e0 ses agents l&rsquo;occa\u00adsion de r\u00e9aliser des b\u00e9n\u00e9fices faciles et d&rsquo;am\u00e9liorer leur vie mat\u00e9rielle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Non seulement le surveillant vend aux condamn\u00e9s ce dont ils sont d\u00e9munis, mais il ach\u00e8te au commerce ce qui est n\u00e9cessaire aux travaux des artisans et aux tra\u00adfics des mercantis du bagne, devient leur interm\u00e9diaire et l&rsquo;entrepositaire de leurs stocks. Puis il ach\u00e8te \u00e0 vil prix aux condamn\u00e9s le mat\u00e9riel que ceux-ci volent dans les magasins de l&rsquo;Etat et devient leur rec\u00e9leur. De la sorte il b\u00e9n\u00e9ficie bien plus que le condamn\u00e9 de toutes ces transactions irr\u00e9guli\u00e8res, le plus souvent malhonn\u00eates auxquelles on donne au bagne le nom de camelote et gr\u00e2ce auxquelles le for\u00e7at apporte un temp\u00e9rament \u00e0 la mis\u00e8re de son existence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tous ces trafics illicites sont au moins des infractions aux r\u00e8glements disciplinaires, et dans la grande majo\u00adrit\u00e9 des cas des vols et des recels qui tombent sous le coup des articles 379 et suivants du Code p\u00e9nal.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y a tous les degr\u00e9s dans la camelote. La d\u00e9brouille en est un des aspects; c&rsquo;est une petite camelote. Un gar\u00e7on de famille &#8211; c&rsquo;est le nom donn\u00e9 aux transport\u00e9s affect\u00e9s au service des surveillants &#8211; gagne vingt francs par mois ; cette somme est sa d\u00e9brouille. Pareillement les condamn\u00e9s qui, aux heures de repos, confectionnent des tapis d&rsquo;alo\u00e8s, sculptent des noix de coco, font de petits bateaux avec des r\u00e9sidus d&rsquo;atelier, peignent des cartes postales, se d\u00e9brouillent honn\u00eatement. Mais le cuisinier qui d\u00e9tourne caf\u00e9 et saindoux, le boulanger qui vend de la farine en cachette, le jardinier qui pr\u00e9l\u00e8ve fruits et l\u00e9gumes au profit de son petit commerce, l&rsquo;infirmier ou l&rsquo;\u00e9crivain de l&rsquo;h\u00f4pital qui amasse des bo\u00eetes de lait con\u00addens\u00e9, soit en en portant en \u00e9critures plus qu&rsquo;il n&rsquo;y en a de prescrites, soit en diluant \u00e0 l&rsquo;exc\u00e8s le lait des malades, sont aussi des d\u00e9brouillards.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quelques chiffres sont n\u00e9cessaires pour donner une id\u00e9e de l&rsquo;importance de ces mille trafics. La d\u00e9brouille moyenne quotidienne des deux cuisiniers du p\u00e9nitencier de l&rsquo;Ile Royale est de huit \u00e0 dix francs ; celle du cui\u00adsinier de l&rsquo;h\u00f4pital de vingt-cinq \u00e0 trente francs. La d\u00e9\u00adbrouille mensuelle d&rsquo;un gar\u00e7on de cambuse est de cent cinquante \u00e0 deux cents francs. Le boucher se fait de quinze \u00e0 vingt francs chaque fois qu&rsquo;il abat ; il donne \u00e0 son aide des appointements fixes de cinq francs par jour. Les jardiniers se font de un \u00e0 deux francs par jour. Ces chiffres sont bien entendu variables. Un agent qui surveillera \u00e9troitement peut compromettre ces petits profits pour un temps ; un autre qui laissera faire les favorise et en prendra sa part.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les commandants de p\u00e9nitencier et les surveillants chefs de camp ont toujours tol\u00e9r\u00e9 l&rsquo;introduction et le trafic du tabac et du sucre dans les camps et dans les cases des condamn\u00e9s. La discipline bas\u00e9e sur la stricte ex\u00e9cution des r\u00e8glements e\u00fbt \u00e9t\u00e9 impossible \u00e0 maintenir. L&rsquo;oisivet\u00e9 forc\u00e9e engendre la r\u00e9volte. La cigarette \u00e0 dis\u00adcr\u00e9tion, le caf\u00e9 ou le th\u00e9 indien &#8211; boisson aromatique locale &#8211; \u00e9cartent les pens\u00e9es hostiles \u00e0 l&rsquo;administration ; c&rsquo;est pourquoi de larges tol\u00e9rances, indispensables \u00e0 la tranquillit\u00e9 des agents, adoucissent le r\u00e9gime p\u00e9nal. Elles ne sont pas la cons\u00e9quence de la philantropie des agents; elles r\u00e9sultent d&rsquo;un calcul.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/medecin-bagne1.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-510\" title=\"Un m\u00e9decin au bagne, \u00e9ditions Fleury, 1930\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/medecin-bagne1-221x300.jpg\" alt=\"\" width=\"111\" height=\"151\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/medecin-bagne1-221x300.jpg 221w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/medecin-bagne1.jpg 540w\" sizes=\"(max-width: 111px) 100vw, 111px\" \/><\/a>Tous les condamn\u00e9s marchands s&rsquo;approvisionnent par l&rsquo;interm\u00e9diaire des surveillants qui, moyennant commis\u00adsion, leur font venir ce qu&rsquo;ils veulent, tabac, sucre ou chocolat, de Cayenne ou de Saint-Laurent, ou le leur ach\u00e8tent sur place \u00e0 la Coop\u00e9rative p\u00e9nitentiaire. Le surveillant garde pour lui la dixi\u00e8me partie de la den\u00adr\u00e9e achet\u00e9e. C&rsquo;est l&rsquo;usage. Par la vente au d\u00e9tail des neuf parties qui lui restent le condamn\u00e9 fait encore un beau b\u00e9n\u00e9fice.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pendant mon s\u00e9jour aux Iles du Salut, le plus gros entrepositaire \u00e9tait le secr\u00e9taire du commandant du p\u00e9\u00adnitencier qui faisait le commerce en gros du sucre, du chocolat, du tabac et des cartes \u00e0 jouer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pendant que les surveillants ach\u00e8tent aux condamn\u00e9s les vivres de leur ration et ceux du magasin de l&rsquo;h\u00f4pital, saindoux, riz, lait condens\u00e9, tapioca, les condamn\u00e9s ach\u00e8tent de l&rsquo;alcool aux surveillants. Le vin est bien entendu exclu du r\u00e9gime p\u00e9nal. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital, et encore sur prescription m\u00e9dicale que le condamn\u00e9 peut en boire quelquefois. Il est des m\u00e9nages de surveil\u00adlants o\u00f9 le condamn\u00e9 peut aller acheter \u00e0 coup s\u00fbr une bouteille de vin. Par exemple il y met le prix. Elle lui revient a dix ou douze francs. Plus nombreux sont ceux qui vendent du tafia. De mon temps il y avait sur les Iles une population de cinquante surveillants et de dix autres fonctionnaires, commis ou chefs de bureau. La plupart faisaient venir chaque mois une dame-jeanne de douze litres de tafia, quelquefois deux, ce qui n&#8217;em\u00adp\u00eachait pas la Coop\u00e9rative p\u00e9nitentiaire dans les six der\u00adniers mois de l&rsquo;ann\u00e9e 1921 par exemple de leur vendre 1792 litres de tafia et la cantine du d\u00e9tachement d&rsquo;in\u00adfanterie 285. Je laisse de c\u00f4t\u00e9 la bi\u00e8re, le champagne, les liqueurs et les vins ap\u00e9ritifs. Si buveurs que soient bon nombre des fonctionnaires du bagne, il est \u00e9vident qu&rsquo;une partie notable de ce tafia \u00e9tait vendue aux con\u00addamn\u00e9s par petits verres et avec de jolis b\u00e9n\u00e9fices.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La camelote n&rsquo;est pas limit\u00e9e \u00e0 l&rsquo;alimentation. Elle s&rsquo;\u00e9tend au mat\u00e9riel qui regorge dans les magasins de l&rsquo;administration et \u00e0 la main-d&rsquo;\u0153uvre p\u00e9nale. Le d\u00e9cret du 20 novembre 1867 porte que \u00ab les surveillants ne doivent sous aucun pr\u00e9texte d\u00e9tourner les transport\u00e9s des travaux auxquels ils sont affect\u00e9s. Il leur est interdit d&#8217;employer les ouvriers de profession \u00e0 des travaux ayant un caract\u00e8re personnel, m\u00eame en dehors des heu\u00adres de travail \u00bb. Dans la pratique ces instructions sont toujours rest\u00e9es lettre morte, car il est facile de tour\u00adner le r\u00e8glement. Un fonctionnaire par exemple veut-il faire faire un garde-manger ? Le surveillant affect\u00e9 au Service des travaux portera sur un \u00ab Bon de cession de main-d&rsquo;\u0153uvre \u00bb la mention \u00ab R\u00e9paration d&rsquo;un garde-manger \u00bb, mais un garde-manger tout neuf sera fait. En sous-main l&rsquo;ouvrier est gratifi\u00e9 et le fonctionnaire n&rsquo;aura \u00e0 verser au Tr\u00e9sor pour un garde-manger tout neuf fait avec le mat\u00e9riel de l&rsquo;Etat que le prix infime de la r\u00e9pa\u00adration et d&rsquo;une cession de main-d&rsquo;\u0153uvre. La plupart du temps, il est rare qu&rsquo;on ait recours \u00e0 cette finesse et tout ce que le personnel libre commande directement et sans aucune proc\u00e9dure r\u00e9guli\u00e8re ou irr\u00e9guli\u00e8re, ustensiles de cuisine, mobilier, chaussures&#8230; etc., est confectionn\u00e9 en camelote par les condamn\u00e9s. En 1918, \u00e0 la suite d&rsquo;un gros scandale sur lequel j&rsquo;aurai l&rsquo;occasion de revenir, le directeur de l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire, beaucoup plus d\u00e9sireux de mettre sa responsabilit\u00e9 \u00e0 couvert que confiant dans les r\u00e9sultats de sa d\u00e9cision, interdit au personnel de faire faire quoi que ce soit dans les ate\u00adliers des p\u00e9nitenciers, sans qu&rsquo;une demande sur papier timbr\u00e9 ne lui e\u00fbt \u00e9t\u00e9 adress\u00e9e et qu&rsquo;il l&rsquo;e\u00fbt agr\u00e9\u00e9e. Les comptables des p\u00e9nitenciers demand\u00e8rent alors une pro\u00advision de papier timbr\u00e9. Ils n&rsquo;eurent pas, h\u00e9las, l&rsquo;oc\u00adcasion de renouveler au Tr\u00e9sor cette demande, car leur provision ne fut pas sensiblement entam\u00e9e cependant que la camelote durait toujours. Aujourd&rsquo;hui comme autrefois, les chefs d&rsquo;atelier les plus scrupuleux font \u00e9tablir sur un bon de cession une demande de r\u00e9para\u00adtion pour couvrir la fa\u00e7on de l&rsquo;objet neuf. Les plus coulants n&rsquo;exigent aucune paperasse, se font r\u00e9mun\u00e9rer en catimini et invitent \u00e0 r\u00e9mun\u00e9rer modestement le tra\u00advail du for\u00e7at. Un chef d&rsquo;atelier qui trafique \u00e0 son profit a d&rsquo;ailleurs mille moyens pour expliquer la disparition des mat\u00e9riaux utilis\u00e9s irr\u00e9guli\u00e8rement : porter des quan\u00adtit\u00e9s de mat\u00e9riaux exag\u00e9r\u00e9es pour un travail l\u00e9gitime et mettre de c\u00f4t\u00e9 pour les travaux illicites ce qui n&rsquo;aura pas servi ; porter sur ses livres comme ex\u00e9cut\u00e9e une r\u00e9paration imaginaire pour laquelle du mat\u00e9riel a \u00e9t\u00e9 sorti et mis de c\u00f4t\u00e9, condamner des mat\u00e9riaux en bon \u00e9tat qu&rsquo;on d\u00e9clare hors d&rsquo;usage mais qu&rsquo;on conserve et destine au travail en camelote ; faire un proc\u00e8s-verbal de vol &#8211; il y a tant de voleurs au bagne ! &#8211; et utiliser ensuite en toute tranquillit\u00e9 ce qu&rsquo;on aura fait passer pour vol\u00e9. Alors des faits invraisemblables et dont on n&rsquo;a id\u00e9e dans aucune autre administration se produisent. On a vu des chefs de camp faire confectionner avec les t\u00f4les de l&rsquo;administration des lessiveuses tr\u00e8s r\u00e9ussies qu&rsquo;ils exp\u00e9diaient en s\u00e9ries et vendaient \u00e0 Cayenne, con\u00advertir en chaussures des tuyaux de pompe en cuir tout neufs et des courroies de transmission, en espadrilles des seaux de toile&#8230;, etc&#8230; Les pliants, les chaises longues, la batterie de cuisine, les baignoires, les malles, les lits, les matelas, les petits et les gros meubles, des biblio\u00adth\u00e8ques, des salles \u00e0 manger et m\u00eame des maisons, tout se fait au bagne en camelote aux frais de l&rsquo;Etat.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les stocks de mat\u00e9riaux sont d&rsquo;autant plus facilement dilapid\u00e9s que les constructions propos\u00e9es et accept\u00e9es \u00e0 Paris auxquelles ces mat\u00e9riaux sont destin\u00e9s sont sou\u00advent escamot\u00e9es. Les \u00ab Comptes moraux \u00bb des travaux p\u00e9nitentiaires &#8211; qui n&rsquo;ont de moral que le nom &#8211; sont \u00e9tablis avec plus de fantaisie que d&rsquo;exactitude, mais avec une fantaisie calcul\u00e9e. Ils majorent les d\u00e9penses autori\u00ads\u00e9es de mani\u00e8re \u00e0 faire passer pour de simples d\u00e9passe\u00adments des d\u00e9penses inavouables. Souvent en contradic\u00adtion avec des comptes ant\u00e9rieurs, ils avouent que des maisons, des b\u00e2timents port\u00e9s comme presque achev\u00e9s l&rsquo;ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente ne sont m\u00eame pas commenc\u00e9s, que des travaux pr\u00e9vus au dernier plan de campagne n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 entrepris alors que d&rsquo;autres sont ex\u00e9cut\u00e9s sans que le D\u00e9partement l&rsquo;ait permis. Ces fa\u00e7ons de proc\u00e9der n&rsquo;ont qu&rsquo;un but : maintenir entre les travaux autoris\u00e9s et les travaux ex\u00e9cut\u00e9s une discordance qui affranchisse l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire de toute justification rela\u00adtive au co\u00fbt des ouvrages qu&rsquo;elle ex\u00e9cute ou fait sem\u00adblant d&rsquo;ex\u00e9cuter.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les d\u00e9tournements de la main-d&rsquo;\u0153uvre p\u00e9nale ne sont pas chose nouvelle. Aussi loin qu&rsquo;on remonte dans le pass\u00e9, on en trouve des preuves \u00e9crites. Les ministres des colonies, renseign\u00e9s par leurs inspecteurs, se sont souvent \u00e9lev\u00e9s, et bien inutilement, contre les graves abus auxquels donn\u00e8rent lieu l&#8217;emploi des d\u00e9tachements de condamn\u00e9s mis \u00e0 la disposition des services et des particuliers. Les fonctionnaires de l&rsquo;administration p\u00e9ni\u00adtentiaire ont toujours \u00e9t\u00e9 les premiers \u00e0 exploiter \u00e0 leur profit la main-d&rsquo;\u0153uvre p\u00e9nale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par exemple, lorsqu&rsquo;un cargo-boat vient \u00e0 Saint-Lau\u00adrent d\u00e9charger des marchandises, il arrive que des cor\u00adv\u00e9es de deux cents hommes sont effectivement employ\u00e9es au d\u00e9chargement. La compagnie de navigation paye donc \u00e0 l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire les deux cents jour\u00adn\u00e9es de main-d&rsquo;\u0153uvre qui lui sont c\u00e9d\u00e9es. Mais la \u00ab Si\u00adtuation \u00bb dite \u00ab de d\u00e9fil\u00e9 des corv\u00e9es \u00bb ne porte que soixante hommes pour le cargo. Les cent quarante au\u00adtres figurent comme employ\u00e9s \u00e0 des corv\u00e9es fictives, cor\u00adv\u00e9es d&rsquo;assainissement, corv\u00e9es volantes&#8230;, etc&#8230;, qui ne comportent aucun remboursement au Tr\u00e9sor, en sorte que la somme vers\u00e9e par la compagnie de navigation, pour les deux cents hommes qui lui avaient \u00e9t\u00e9 pr\u00eat\u00e9s, n&rsquo;entre qu&rsquo;en partie dans les coffres de l&rsquo;Etat, et que le restant va dans les poches de l&rsquo;agent qui \u00e9tablit la \u00ab Situation de d\u00e9fil\u00e9 des corv\u00e9es \u00bb, et celles d&rsquo;un ou de deux autres comp\u00e8res.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/medecin-bagne-3-copier.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3119\" title=\"Louis Rousseau, D\u00e9tective, n\u00b0415, 1936\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/medecin-bagne-3-copier-215x300.jpg\" alt=\"\" width=\"110\" height=\"154\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/medecin-bagne-3-copier-215x300.jpg 215w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/medecin-bagne-3-copier.jpg 414w\" sizes=\"(max-width: 110px) 100vw, 110px\" \/><\/a>Que le condamn\u00e9 soit employ\u00e9 ici ou l\u00e0, r\u00e9guli\u00e8rement ou irr\u00e9guli\u00e8rement, que lui importe ? Rien ne l&rsquo;\u00e9tonne de la part de ceux qui, selon l&rsquo;esprit de la loi, doivent en faire un honn\u00eate homme. Mais quand ils sont mal\u00adtrait\u00e9s cela ne leur va plus du tout. En 192 , le territoire forestier de Godebert \u00e9tait exploit\u00e9 par une soci\u00e9t\u00e9 foresti\u00e8re priv\u00e9e. Cette soci\u00e9t\u00e9 avait obtenu de l&rsquo;admi\u00adnistration que le surveillant principal Vac&#8230; dirige\u00e2t ses exploitations. Vac&#8230; \u00e9tait pay\u00e9 par la Soci\u00e9t\u00e9, et l&rsquo;Etat continuait de lui verser ses appointements de surveillant principal. Il embellissait encore sa situation en volant un peu sa soci\u00e9t\u00e9 et l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire, mais surtout les for\u00e7ats qui avaient le malheur d&rsquo;\u00eatre affect\u00e9s \u00e0 cette exploitation, o\u00f9 un nouveau syst\u00e8me de gratifi\u00adcations pr\u00e9tendait r\u00e9soudre le probl\u00e8me du travail p\u00e9\u00adnal. La Soci\u00e9t\u00e9 versait au Tr\u00e9sor 0 fr. 75 par jour et par homme pour leur location \u00e0 l&rsquo;administration. Elle nourrissait les for\u00e7ats et de plus, quand leur t\u00e2che \u00e9tait ex\u00e9cut\u00e9e enti\u00e8rement, donnait \u00e0 chaque travailleur une gratification de 1 fr. 50. La mani\u00e8re de proc\u00e9der de Vac&#8230; \u00e9tait simple. Sur deux cents hommes pr\u00e9sents au chantier, Vac&#8230; n&rsquo;en facturait que cent vingt-cinq \u00e0 la Soci\u00e9t\u00e9. Soixante-quinze autres \u00e9taient d\u00e9clar\u00e9s malades et ne travaillant pas, de sorte que la nourriture de ces soixante-quinze hommes \u00e9tait pay\u00e9e par l&rsquo;administra\u00adtion. En r\u00e9alit\u00e9 il n&rsquo;y avait jamais plus de vingt-cinq vrais malades incapables de travailler et oblig\u00e9s de res\u00adter au \u00ab carbet \u00bb<a name=\"_ftnref2\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>. Les cinquante autres travaillaient bel et bien, mais, \u00e0 tort ou \u00e0 raison, un pointeur les accusait de n&rsquo;avoir pas tout \u00e0 fait termin\u00e9 la t\u00e2che im\u00adpos\u00e9e. Cette t\u00e2che, beaucoup trop forte pour la plupart des travailleurs, avait \u00e9t\u00e9 adroitement d\u00e9termin\u00e9e pour que seuls les tr\u00e8s vigoureux puissent l&rsquo;accomplir. Pour n&rsquo;avoir fait que les trois-quarts ou les quatre cinqui\u00e8mes de la t\u00e2che, et ainsi perdu la gratification, ces quarante individus que l&rsquo;administration nourrissait comme s&rsquo;ils avaient \u00e9t\u00e9 r\u00e9ellement malades, n&rsquo;en avaient pas moins abattu, \u00e9quarri, sci\u00e9, roul\u00e9 et h\u00e2l\u00e9 du bois. Le produit de leur travail \u00e9tait purement et simplement accapar\u00e9 par Vac&#8230; qui faisait ses affaires en m\u00eame temps que celles de la Soci\u00e9t\u00e9. Il ne faut pas croire que les hom\u00admes qui \u00e9taient gratifi\u00e9s et touchaient 1 fr. 50 \u00e9taient beaucoup plus heureux. Quand on saura que M. Vac&#8230;, fils qui tenait la cantine du camp vendait le verre de vin un franc<a name=\"_ftnref3\" href=\"#_ftn3\">[3]<\/a> et le petit pain un franc cinquante, on verra que le syst\u00e8me des gratifications, adopt\u00e9 par la Soci\u00e9t\u00e9 foresti\u00e8re et appliqu\u00e9 par MM. Vac&#8230; p\u00e8re et fils, ne pouvait r\u00e9soudre les difficult\u00e9s du travail p\u00e9nal et ne fut entre les mains de ces derniers qu&rsquo;un grossier trompe-l&rsquo;\u0153il. A la suite de ces honteux abus, qui furent r\u00e9v\u00e9l\u00e9s au Tribunal maritime sp\u00e9cial par des for\u00e7ats \u00e9vad\u00e9s de ce chantier, o\u00f9 le pian-bois \u00e9tait venu s&rsquo;ajouter au surmenage et \u00e0 la famine, et qui furent d&rsquo;ailleurs acquitt\u00e9s, l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire parut d\u00e9cid\u00e9e \u00e0 d\u00e9placer le surveillant Vac&#8230; Mais la Soci\u00e9t\u00e9 foresti\u00e8re n&rsquo;eut qu&rsquo;\u00e0 insister un peu pour que ce surveillant f\u00fbt laiss\u00e9 \u00e0 sa disposition. L&rsquo;administration maint\u00eent alors le surveillant dans cet emploi hors cadre. Elle cessa seulement de lui verser son traitement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;\u00e9l\u00e9ment p\u00e9nal de chaque p\u00e9nitencier poss\u00e8de une grosse somme d&rsquo;argent, un fonds de roulement consid\u00e9\u00adrable. Au bagne comme dehors il y a des besogneux qui gagnent au jour le jour les quelques sous qu&rsquo;ils d\u00e9pen\u00adsent, et des riches qui peuvent se constituer un magot. Richesse relative sans doute, mais j&rsquo;en ai connu qui pos\u00ads\u00e9daient plusieurs milliers de francs et d\u00e9pensaient sept ou huit francs par jour. Si le for\u00e7at doit une grosse part de cet argent \u00e0 son industrie, une part aussi lui vient de France envoy\u00e9e par sa famille et ces envois d&rsquo;argent ont souvent tent\u00e9 la convoitise des agents de l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire. Il ne s&rsquo;agit pas ici des envois r\u00e9guliers adress\u00e9s au directeur et qui vont ali\u00admenter le p\u00e9cule administratif du condamn\u00e9, il s&rsquo;agit d&rsquo;argent exp\u00e9di\u00e9 par la famille ou un tiers quelconque et re\u00e7u en cachette par le condamn\u00e9. Le condamn\u00e9 peut recevoir de l&rsquo;argent dans un colis postal, quand les colis postaux sont autoris\u00e9s<a name=\"_ftnref4\" href=\"#_ftn4\">[4]<\/a>, mais il risque la fouille et peut \u00eatre cruellement puni. Les gar\u00e7ons de famille et les assign\u00e9s \u00e9vitent ce risque en faisant adresser le colis au fonctionnaire chez qui ils sont employ\u00e9s. Le plus souvent l&rsquo;argent arrive par l&rsquo;interm\u00e9diaire d&rsquo;un agent complaisant. Il est extr\u00eamement rare d&rsquo;ailleurs que l&rsquo;agent pr\u00e9occup\u00e9 de rendre service \u00e0 un condamn\u00e9 ne fasse pas payer sa complaisance et il est de r\u00e8gle qu&rsquo;une commission de vingt \u00e0 vingt-cinq pour cent soit exig\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y en e\u00fbt m\u00eame qui, non contents de pr\u00e9lever le quart de la somme, prirent la somme enti\u00e8re. Le sur\u00adveillant Mas&#8230; charg\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises du service postal aux Iles du Salut s&rsquo;\u00e9tait adonn\u00e9 \u00e0 la sp\u00e9cialit\u00e9 des escroqueries par colis-\u00e9chantillons. Il avait trouv\u00e9 dans le condamn\u00e9 Pil&#8230;, employ\u00e9 au s\u00e9maphore, un compa\u00adgnon digne de lui. Avec la complicit\u00e9 de Mas&#8230; Pil&#8230; adressait des demandes de fonds \u00e0 des familles de con\u00addamn\u00e9s qu&rsquo;il savait \u00e0 l&rsquo;aise, invitant l&rsquo;exp\u00e9diteur \u00e0 ca\u00adcher l&rsquo;argent dans un colis. Quand le colis arrivait, Mas&#8230; le donnait \u00e0 Pil&#8230; qui l&rsquo;ouvrait, soustrayait la somme, le refermait et le remettait \u00e0 Mas&#8230; qui donnait livraison au destinataire par l&rsquo;interm\u00e9diaire du Service int\u00e9rieur. Mas&#8230; et Pil&#8230; partageaient le butin. D&rsquo;autres fois Pil&#8230; savait par indiscr\u00e9tion qu&rsquo;un de ses co-d\u00e9tenus devait recevoir de l&rsquo;argent contenu dans un colis. Il pr\u00e9venait Mas&#8230; Si le colis \u00e9tait recommand\u00e9 ils agissaient tous deux comme pr\u00e9c\u00e9demment. S&rsquo;il ne l&rsquo;\u00e9tait pas c&rsquo;\u00e9tait la confiscation pure et simple du colis entier. Puisque les envois de fonds sont prohib\u00e9s ils ne crai\u00adgnaient aucune plainte et jouaient sur le velours.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand les agents de l&rsquo;administration font venir de l&rsquo;argent pour un condamn\u00e9 ils op\u00e8rent en toute s\u00e9curit\u00e9. La lettre de demande est \u00e9crite par le condamn\u00e9. Elle prie les parents d&rsquo;exp\u00e9dier l&rsquo;argent sous forme de billets de banque dans une lettre ordinaire, sans recomman\u00addation ni d\u00e9claration, qu&rsquo;ils adresseront au surveillant. C&rsquo;est pour n&rsquo;avoir pas suivi cette m\u00e9thode \u00e9l\u00e9mentaire que, lors de mon s\u00e9jour \u00e0 la Guyane, Mme Soc&#8230;, em\u00adploy\u00e9e dans un de nos p\u00e9nitenciers, fut prise en flagrant d\u00e9lit d&rsquo;escroquerie et de chantage au pr\u00e9judice d&rsquo;un for\u00e7at. La veuve Soc&#8230; allait marier sa fille cadette. Sa modeste solde ne suffisait pas \u00e0 ses besoins. Aussi em\u00adpruntait-elle \u00e0 tout le monde et ne rendait \u00e0 personne. Quand son proc\u00e9d\u00e9 fut \u00e9vent\u00e9 elle ne trouva plus pr\u00ea\u00adteur et se tourna du c\u00f4t\u00e9 des condamn\u00e9s ; l\u00e0, au moins, pensait-elle, elle aurait la discr\u00e9tion. Bient\u00f4t ses dettes devinrent aussi criardes dans le monde p\u00e9nal que dans le monde libre. Elle dut cinquante francs \u00e0 un con\u00addamn\u00e9 tourneur aux Travaux, trente francs \u00e0 un cordonnier, vingt francs au tailleur de la lingerie de l&rsquo;h\u00f4\u00adpital ; cent francs \u00e0 un gar\u00e7on de famille, cent francs encore au boucher. De plus, elle avait fait confection\u00adner en camelote douze couteaux de table, une batterie de cuisine rudimentaire et achet\u00e9 en camelote du p\u00e9\u00adtrole, des tomates, des carottes, qu&rsquo;elle ne payait pas. Elle refusait aussi de rembourser \u00e0 l&rsquo;aide-boucher une somme assez ronde pour fourniture journali\u00e8re et illicite de viande pendant un mois. J&rsquo;aurais volon\u00adtiers accord\u00e9 les circonstances att\u00e9nuantes \u00e0 la malheu\u00adreuse Mme Soc&#8230; qui avait quelques charges de famille, si elle n&rsquo;avait abus\u00e9 de gens plus malheureux qu&rsquo;elle, qui n&rsquo;en ont souvent pas fait davantage pour aller au bagne, et n&rsquo;ont trouv\u00e9 alors aucune piti\u00e9. Press\u00e9e par quelques cr\u00e9anciers, Mme Soc&#8230; r\u00e9solut de se re\u00admettre \u00e0 flot et de retrouver du cr\u00e9dit en payant non pas les for\u00e7ats, mais au moins les personnes libres les moins patientes. Elle accepta de faire venir de France la somme de huit cents francs pour un condamn\u00e9, mais ne s&rsquo;entoura pas des pr\u00e9cautions d&rsquo;usage. Les parents du for\u00e7at, pour qui le sacrifice \u00e9tait consid\u00e9rable, exp\u00e9\u00addi\u00e8rent \u00e0 Mme Soc&#8230; qu&rsquo;ils prenaient sans doute pour une philantrope, une lettre charg\u00e9e. A l&rsquo;arriv\u00e9e du cour\u00adrier tout le monde sut que Mme Soc&#8230; avait re\u00e7u la grosse somme. Le for\u00e7at sut par le planton de la poste que cette somme provenait du bureau de poste de sa commune. Il se rendit chez sa commissionnaire. Celle-ci nia avoir re\u00e7u quoi que ce soit. Le for\u00e7at devint bruyant et mena\u00e7ant. Mme Soc&#8230; eut peur et se voyant dans l&rsquo;impossibilit\u00e9 de garder tout pour elle, ce qu&rsquo;elle avait r\u00eav\u00e9, reconnut avoir re\u00e7u la somme, mais ne consentit \u00e0 remettre imm\u00e9diatement de l&rsquo;argent \u00e0 son client que s&rsquo;il doublait la commission pr\u00e9vue et lui laissait deux cent cinquante francs et non pas cent vingt-cinq comme il avait \u00e9t\u00e9 convenu. Le for\u00e7at, au courant des relations de famille qui existaient entre Mme Soc&#8230; et le direc\u00adteur de l&rsquo;Administration p\u00e9nitentiaire, crut prudent de n&rsquo;\u00eatre pas trop exigeant. Cette p\u00e9nible histoire se r\u00e9\u00adpandit aussit\u00f4t. Le commandant du p\u00e9nitencier l&rsquo;apprit le dernier. Il dut rendre compte au directeur. Celui-ci ordonna de saisir l&rsquo;argent du condamn\u00e9, mais cet argent bien cach\u00e9 resta insaisissable. Il fit verser les deux cent cinquante francs extorqu\u00e9s au p\u00e9cule de son adminis\u00adtr\u00e9 ; puis il demanda qu&rsquo;une punition de quatre mois de suspension de solde f\u00fbt inflig\u00e9e \u00e0 l&#8217;employ\u00e9e impru\u00addente. Le gouverneur la punit de six mois de suspen\u00adsion de solde, mais n&rsquo;osa pas la r\u00e9voquer. J&rsquo;ai appris de\u00adpuis que Mme Soc&#8230; avait \u00e9t\u00e9 r\u00e9voqu\u00e9e l&rsquo;ann\u00e9e suivante pour avoir r\u00e9cidiv\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/medecin-bagne1.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-510\" title=\"Un m\u00e9decin au bagne, \u00e9ditions Fleury, 1930\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/medecin-bagne1-221x300.jpg\" alt=\"\" width=\"115\" height=\"155\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/medecin-bagne1-221x300.jpg 221w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/medecin-bagne1.jpg 540w\" sizes=\"(max-width: 115px) 100vw, 115px\" \/><\/a>La camelote est devenue la forme exclusive du travail p\u00e9nal. Ce fait a \u00e9t\u00e9 souvent signal\u00e9 par les Inspecteurs des Colonies, mais, comprenant les raisons profondes de cette corruption du travail forc\u00e9, ceux-ci n&rsquo;ont jamais song\u00e9 \u00e0 la combattre. Ils ont pens\u00e9 qu&rsquo;elle ne finirait qu&rsquo;avec l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire et la transporta\u00adtion. Quelques-uns ont cru trouver une explication ac\u00adceptable de tous ces abus dans la modicit\u00e9 des salaires des agents \u00ab La camelote, disaient-ils, mais elle est forc\u00e9e ! Nous payons un surveillant de troisi\u00e8me classe 145 francs par mois ! Comment voulez-vous que ces gens vivent s&rsquo;ils ne volent pas ? Que l&rsquo;Etat commence par les payer et apr\u00e8s on verra !\u00bb Tel \u00e9tait du moins le langage que pouvait tenir un inspecteur avant et pen\u00addant la guerre. Il trouvait dans la situation plus que modeste des agents une excuse \u00e0 leurs tripotages. Je fe\u00adrai remarquer en passant que bien des bagnards au\u00adraient voulu qu&rsquo;on les excus\u00e2t de la sorte. Mais depuis la guerre les soldes ont \u00e9t\u00e9 augment\u00e9es. Les surveillants touchent de 660 \u00e0 943 francs par mois, selon leur classe<a name=\"_ftnref5\" href=\"#_ftn5\">[5]<\/a>. Les surveillants-chefs de l<sup>re<\/sup> classe et les surveillants principaux touchent bien davantage. Tous sont log\u00e9s et je ne tiens pas compte des indemnit\u00e9s pour charges de famille. Cependant la camelote n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 si active. J&rsquo;ai d&rsquo;ailleurs remarqu\u00e9 qu&rsquo;elle \u00e9tait tou\u00adjours en raison directe des \u00e9moluments touch\u00e9s par les fonctionnaires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Puisqu&rsquo;elle fait l&rsquo;affaire des condamn\u00e9s et de ceux qui les administrent, que les gens du pays n&rsquo;en souffrent pas, qu&rsquo;il leur arrive m\u00eame d&rsquo;en profiter et qu&rsquo;elle se pratique enfin dans un pays \u00e9loign\u00e9 du contr\u00f4le m\u00e9tro\u00adpolitain, on ne voit ni quand ni comment la camelote pourrait \u00eatre combattue. Au fond, et pour ne se placer qu&rsquo;au point de vue du condamn\u00e9, est-il d\u00e9sirable qu&rsquo;elle le soit ? Est-ce que cette corruption du travail p\u00e9nal, vieille comme le bagne lui-m\u00eame, est nuisible ou favo\u00adrable au condamn\u00e9 ? Ne vaut-il pas mieux \u00ab cameloter \u00bb \u00e0 l&rsquo;abri du soleil dans un atelier de p\u00e9nitencier relativement sain que d&rsquo;aller mourir d&rsquo;acc\u00e8s pernicieux sur un chantier de travaux dits d&rsquo;int\u00e9r\u00eat public ? En outre, supposons que le for\u00e7at touche int\u00e9gralement sa ration r\u00e9glementaire et que cette ration ne laisse rien \u00e0 d\u00e9sirer sous le rapport de la qualit\u00e9, serait-il encore assez repu pour que tout murmure soit \u00e9touff\u00e9, assez nourri pour que, dig\u00e9rant en paix, le silence et la dis\u00adcipline s&rsquo;ensuivent et que le commandant du p\u00e9nitencier et les surveillants puissent dormir tranquilles ? Car, apr\u00e8s tout, c&rsquo;est l\u00e0 le but \u00e0 atteindre. J&rsquo;en doute. Pas plus que l&rsquo;homme libre, le condamn\u00e9 ne peut se passer d&rsquo;un minimum de distractions sans d\u00e9p\u00e9rir, et pour se les offrir il lui faut de l&rsquo;argent. Un r\u00e9gime cellulaire sp\u00e9cial peut seul lui interdire ces distractions, et le r\u00e9\u00adsultat est loin d&rsquo;\u00eatre brillant puisqu&rsquo;il aboutit \u00e0 la carence physique et morale, au scorbut et \u00e0 la d\u00e9ch\u00e9ance de la conscience. De plus, l&rsquo;exp\u00e9rience des p\u00e9nitenciers coloniaux am\u00e8ne \u00e0 conclure que, quand des initiatives bien intentionn\u00e9es &#8211; et d&rsquo;ailleurs assez rares &#8211; s&rsquo;occu\u00adpent de relever l&rsquo;ordinaire des d\u00e9tenus, elles n&rsquo;obtien\u00adnent jamais que des r\u00e9sultats partiels ou momentan\u00e9s. Vouloir que toutes les denr\u00e9es soient bonnes ensemble et que la cuisine soit bien faite, c&rsquo;est vouloir l&rsquo;impos\u00adsible. Tant\u00f4t c&rsquo;est la viande ict\u00e9rique ou an\u00e9mi\u00e9e, ou le pain sans gluten, tant\u00f4t les haricots charan\u00e7onn\u00e9s ou le bacaliau ammoniacal. Ce sera toujours une ou plusieurs parties de la nourriture qui laisseront \u00e0 d\u00e9sirer quand elles ne seront pas tout \u00e0 fait inconsommables. D\u00e8s lors et dans de telles conditions, le droit qu&rsquo;on pourrait faire aux condamn\u00e9s serait une chose encore bien p\u00e9nible, si ceux-ci n&rsquo;avaient en poche de quoi suppl\u00e9er \u00e0 leur mi\u00ads\u00e8re. Or qui leur procure le moyen de suppl\u00e9er \u00e0 cette mis\u00e8re si ce n&rsquo;est la d\u00e9brouille et la camelote des uns et des autres ? Qu&rsquo;importe que, se faisant la part du lion, le fonctionnaire du bagne y trouve occasion \u00e0 gros b\u00e9n\u00e9fices. Le proverbe : \u00ab Passe-moi la casse, je te pas\u00adserai le s\u00e9n\u00e9 \u00bb, est ici de mise plus que partout ailleurs. La discipline n&rsquo;est rel\u00e2ch\u00e9e que pour \u00eatre maintenue d&rsquo;une autre mani\u00e8re ; des entorses sont faites \u00e0 certains r\u00e8glements pour que d&rsquo;autres soient plus facilement res\u00adpect\u00e9s, et c&rsquo;est \u00e0 tous ces usages irr\u00e9guliers que le for\u00e7at est redevable d&rsquo;un mieux-\u00eatre appr\u00e9ciable. Je crois donc que la camelote a adouci la rigueur des textes et que gr\u00e2ce \u00e0 elle le for\u00e7at \u00e0 la vie moins dure, peut-\u00eatre un peu plus longue. Elle a pris la place du travail forc\u00e9 gratuit ou mal r\u00e9mun\u00e9r\u00e9, qui est une chim\u00e8re. Elle, au moins, a prouv\u00e9 qu&rsquo;elle \u00e9tait r\u00e9alisable et viable. Mal\u00adheureusement, elle ne rel\u00e8ve pas le condamn\u00e9 comme le ferait le travail accompli dans des conditions nor\u00admales. Elle apprend \u00e0 voler \u00e0 un grand nombre de condamn\u00e9s, Venus au bagne pour crime passionnel, et qui n&rsquo;avaient jamais vol\u00e9 jusque-l\u00e0. Elle est peu faite pour inspirer aux professionnels du cambriolage le respect de la propri\u00e9t\u00e9. Enfin, si elle est bien excusable chez les malheureux qui meurent de faim, elle est scandaleuse, pratiqu\u00e9e par les gardiens de l&rsquo;ordre social, et elle d\u00e9moralise tout un corps de fonctionnaires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La plupart des agents de l&rsquo;Administration succom\u00adbent \u00e0 la tentation. Pendant mon s\u00e9jour aux Iles du Salut, j&rsquo;eus l&rsquo;occasion de voir des gens contre qui je n&rsquo;avais aucune pr\u00e9vention, et \u00e0 qui j&rsquo;attribuais la loyaut\u00e9 et l&rsquo;honn\u00eatet\u00e9 coutumi\u00e8re aux gendarmes, commettre les d\u00e9lits les plus ignobles qui se puissent imaginer. Car est-il rien de plus d\u00e9shonorant que de tromper l&rsquo;Etat, \u00e0 qui on a pr\u00eat\u00e9 serment, et que de nuire \u00e0 des condamn\u00e9s sans d\u00e9fense ? Les crimes qui conduisent au bagne tant d&rsquo;\u00e9gar\u00e9s sont souvent engendr\u00e9s par la mi\u00ads\u00e8re. Il y a quelquefois chez leurs auteurs un courage qui en att\u00e9nue la laideur. Rien ne diminue l&rsquo;ignominie des m\u00e9faits commis journellement par les fonction\u00adnaires de l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">M. Rod&#8230;, ancien sous-officier, commandait le p\u00e9ni\u00adtencier. A la commission disciplinaire, il infligeait tou\u00adjours le maximum par syst\u00e8me, sans r\u00e9flexion, sans dis\u00adcussion, sans recours. Je prisais peu sa mani\u00e8re de con\u00adcevoir la discipline, mais je le croyais incapable de voler son prochain. Il laissait bien ses agents cameloter en paix, mais il aimait \u00e0 s&rsquo;\u00e9lever contre leur mani\u00e8re de faire et le vieux militaire y mettait une ardeur qui donnait \u00e0 ses indignations une apparence de sinc\u00e9rit\u00e9. Je fus un jour bien d\u00e9sillusionn\u00e9. Le 10 novembre 192., un colis postal qui contenait deux tricots de laine, six chemises, du chocolat et du tabac, arrivait aux Iles \u00e0 l&rsquo;adresse du condamn\u00e9 arabe Tayeb. L&rsquo;exp\u00e9diteur qui \u00e9tait son beau-fr\u00e8re, cafetier \u00e0 S\u00e9tif, l&rsquo;avait avis\u00e9 de l&rsquo;envoi dans trois lettres successives que l&rsquo;interpr\u00e8te du camp avait traduites, car Tayeb ne savait pas lire. Dans la troisi\u00e8me lettre le beau-fr\u00e8re s&rsquo;\u00e9tonnait que Tayeb n&rsquo;accus\u00e2t pas r\u00e9ception. Le colis \u00e9tait rest\u00e9 longtemps en souffrance \u00e0 Saint-Laurent et Tayeb l&rsquo;avait en vain r\u00e9clam\u00e9 au commandant du p\u00e9nitencier des Iles. A. la troisi\u00e8me lettre il retourna chez le commandant et lui demanda si le colis \u00e9tait arriv\u00e9. Le commandant lui r\u00e9pondit qu&rsquo;il \u00e9tait arriv\u00e9 depuis quelques jours. Il fit observer au condamn\u00e9 que les envois de ce genre \u00e9taient interdits et qu&rsquo;il \u00e9tait oblig\u00e9 de confisquer le colis. Il ajouta que toutefois il ne le punirait pas, bien au contraire, et que m\u00eame il \u00e9tait dispos\u00e9 \u00e0 lui remettre vingt-cinq francs s&rsquo;il voulait signer sur un registre et lui donner ainsi d\u00e9charge du colis postal. Tayeb qui savait tout juste signer, h\u00e9sita puis signa. Le comman\u00addant lui dit de repasser le lendemain. Le lendemain il fit observer \u00e0 Tayeb que les objets contenus dans le colis \u00e9taient ab\u00eem\u00e9s par l&rsquo;humidit\u00e9 et ne lui remit que six francs et un paquet de tabac&#8230; M. Rod&#8230; n&rsquo;aurait pas spoli\u00e9 n&rsquo;importe quel condamn\u00e9. S\u00e9duit par les tricots et les chemises, il s&rsquo;arr\u00eata \u00e0 cette id\u00e9e que leur propri\u00e9taire, arabe illettr\u00e9 et fataliste, accepterait le march\u00e9 forc\u00e9 avec une muette r\u00e9signation. La tentation de faire ce petit coup malpropre en toute s\u00e9curit\u00e9 s&rsquo;of\u00adfrit \u00e0 lui, et il c\u00e9da. Malheureusement Tayeb dig\u00e9ra mal le mauvais tour. Il ne savait pas \u00e9crire, mais il savait parler. Quand il eut perdu au jeu les six francs de Rod&#8230; et fum\u00e9 son paquet de tabac, il regretta che\u00admises, tricots et chocolat et raconta sa m\u00e9saventure \u00e0 qui voulait l&rsquo;entendre sur un ton de j\u00e9r\u00e9miade co\u00admique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s lors, je compris que M. Rod&#8230; si peu s\u00e9v\u00e8re pour lui-m\u00eame, ne le fut pas pour ses collaborateurs, et en effet ceux-ci ne se g\u00eanaient pas. Le cambusier vivait sur son magasin. Un jour il nous fit condamner un estagnon de saindoux avari\u00e9 de dix-huit kilos. L&rsquo;immersion en fut d\u00e9cid\u00e9e, mais le saindoux avari\u00e9 fut d\u00e9livr\u00e9 \u00e0 la cuisine du camp. Les condamn\u00e9s ne s&rsquo;en aper\u00e7urent gu\u00e8re puisque, bon ou mauvais, le saindoux leur \u00e9tait toujours soustrait. Un estagnon de dix-huit kilos de bon saindoux prit aussit\u00f4t le chemin de la cuisine du cam\u00adbusier qui n&rsquo;avait pas d&rsquo;autres modes de ravitaillement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/hopital-ile-royale-2.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-539\" title=\"l\\'h\u00f4pital de l\\'\u00eele Royale\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/hopital-ile-royale-2-300x166.jpg\" alt=\"l\\'h\u00f4pital de l\\'\u00eele Royale\" width=\"176\" height=\"97\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/hopital-ile-royale-2-300x166.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/hopital-ile-royale-2.jpg 480w\" sizes=\"(max-width: 176px) 100vw, 176px\" \/><\/a>A l&rsquo;h\u00f4pital, m\u00eame gabegie. Ici le comptable ou Com\u00admis aux Entr\u00e9es a toujours v\u00e9cu sur le magasin, le pou\u00adlailler et le jardin de l&rsquo;h\u00f4pital. Rien ne peut l&rsquo;inqui\u00e9\u00adter. Quand le commandant adjoint v\u00e9rifie sa comptabi\u00adlit\u00e9, il refait ses additions et constate d&rsquo;ailleurs qu&rsquo;elles sont exactes. Il s&rsquo;assure aussi que les marchandises sor\u00adties portent bien en face de leur d\u00e9signation le prix exact du Grand livre, et il ne constate l\u00e0 aussi aucune erreur. Mais quant \u00e0 voir si les sorties correspondent aux Extraits de r\u00e9gime que signent tous les jours les m\u00e9decins et qui sont les pi\u00e8ces justificatives, cela ne se fait jamais. Cela n&rsquo;est pas dans les habitudes et risque\u00adrait de g\u00eaner un coll\u00e8gue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Autrefois le commis aux entr\u00e9es percevait mensuel\u00adlement un mandat de 500 francs pour menus achats pour les malades. Les objets achet\u00e9s devaient figurer sur une pi\u00e8ce mensuelle et cette pi\u00e8ce devait \u00eatre sign\u00e9e par les fournisseurs, mais il n&rsquo;y avait qu&rsquo;un \u00e9tat sur lequel il n&rsquo;y avait place que pour une signature. Le commis aux entr\u00e9es demandait \u00e0 un commer\u00e7ant de vouloir bien certifier l&rsquo;achat fait chez lui et par la m\u00eame occasion de pr\u00e9tendus achats faits chez d&rsquo;autres. Cette pi\u00e8ce jus\u00adtificative qui couvrait un affreux tripotage permettait aux commis aux entr\u00e9es de s&rsquo;enrichir aux d\u00e9pens des malades de la Transportation. Un d\u00e9cret de M. Daladier, ministre des colonies en 1925, permit au m\u00e9decin seul d&rsquo;acheter des vivres dans le commerce pour les malades, mais celui-ci ne fait gu\u00e8re d&rsquo;achats que pour les malades appartenant au personnel libre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les commis aux entr\u00e9es que j&rsquo;ai connus aux Iles rem\u00adplissaient aussi les fonctions de Substitut du Commis\u00adsaire rapporteur pr\u00e8s le Tribunal maritime sp\u00e9cial. A ce titre, apr\u00e8s avoir fait leurs distributions quotidiennes de vivres au cours de laquelle ils ne s&rsquo;oubliaient jamais, ils se muaient en magistrats instructeurs et enqu\u00eataient sur les vols commis par les autres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est assez plaisant de voir la surprise de tous ces filous quand, \u00e0 leur tour, ils se font voler. Ils ont de ces indignations qui d\u00e9passent les r\u00e9actions habi\u00adtuelles \u00e0 l&rsquo;homme naturellement honn\u00eate. Un jour, quatre beaux draps de lit tout neufs disparurent de la buanderie de l&rsquo;h\u00f4pital. Le Commis aux entr\u00e9es-Substitut fit un bruit consid\u00e9rable. Il voulut incarc\u00e9rer les vingt condamn\u00e9s employ\u00e9s \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital pour \u00eatre bien s\u00fbr de ne pas manquer le coupable. Peu lui importait que le service m\u00e9dical f\u00fbt suspendu. Ce fut du cachot, des mises au secret, des menaces et des promesses de r\u00e9compense. Quelques jours apr\u00e8s, je rencontrai le fa\u00adrouche policier :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Eh bien, lui dis-je, et cette enqu\u00eate ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 L&rsquo;enqu\u00eate des draps ? Elle a \u00e9t\u00e9 vite termin\u00e9e !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Puis, comme s&rsquo;il en avait trop dit il tourna les talons et s&rsquo;\u00e9carta pour fuir l&rsquo;interview. L&rsquo;enqu\u00eate en effet \u00e9tait termin\u00e9e. Elle s&rsquo;\u00e9tait arr\u00eat\u00e9e au seuil de la maison d&rsquo;un coll\u00e8gue receleur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A la m\u00eame \u00e9poque je m&rsquo;aper\u00e7us que M. Peg&#8230;, phar\u00admacien de l&rsquo;h\u00f4pital volait le vin de la pharmacie destin\u00e9 \u00e0 faire le quinquina des malades. Tous les jours le con\u00addamn\u00e9 \u00e0 son service venait chercher un litre de vin qui jamais n&rsquo;\u00e9tait restitu\u00e9. Un pharmacien expert vint au mois de mars suivant faire une enqu\u00eate. Il v\u00e9rifia la comptabilit\u00e9 et s&rsquo;aper\u00e7ut que le coulage du vin datait de l&rsquo;arriv\u00e9e de Peg&#8230; Paternellement il se contenta de proposer qu&rsquo;on imput\u00e2t \u00e0 son ind\u00e9licat coll\u00e8gue deux cents litres de vin. Il dut lui imputer aussi quelques kilos d&rsquo;alcool et d&rsquo;alcoolat de m\u00e9lisse, et enfin la mor\u00adphine et tout l&rsquo;opium de la pharmacie, car Peg&#8230; fumait l&rsquo;opium !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;inventaire de la pharmacie fut marqu\u00e9 par un inci\u00addent p\u00e9nible. Quand l&rsquo;expert arriva \u00e0 l&rsquo;article \u00ab Extrait d&rsquo;opium \u00bb, Peg&#8230; devait en pr\u00e9senter environ deux ki\u00adlos, car bien qu&rsquo;il eut l&rsquo;habitude de faire sortir des \u00e9critures l&rsquo;extrait qu&rsquo;il prenait pour son usage, il n&rsquo;avait quand m\u00eame pas os\u00e9 faire sortir tout ce qui \u00e9tait entr\u00e9 en pharmacie. Peg&#8230; montra un pot \u00e9tiquet\u00e9 \u00ab Extrait d&rsquo;opium \u00bb sur lequel l&rsquo;expert s&rsquo;arr\u00eata et qu&rsquo;alternativement il flaira et regarda. Puis celui-ci fit appeler le tisanier, prit une infime partie du produit pr\u00e9sent\u00e9 et en toucha la conjonctive du con\u00addamn\u00e9. Peg&#8230; n&rsquo;\u00e9tait \u00e9videmment pas \u00e0 la noce. Un quart d&rsquo;heure apr\u00e8s la pupille du condamn\u00e9 \u00e9tait dila\u00adt\u00e9e \u00e0 bloc et Peg&#8230; qui avait substitu\u00e9 \u00e0 l&rsquo;extrait d&rsquo;opium de l&rsquo;extrait de belladone pour masquer ses d\u00e9tourne\u00adments, vit sombrer sa r\u00e9putation d&rsquo;honn\u00eate homme dans l&rsquo;\u0153il du for\u00e7at.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le manipulateur de la pharmacie, M. Geai, ne valait pas mieux que son patron. Pris en flagrant d\u00e9lit de vol par un de mes successeurs et mis en demeure de d\u00e9mis\u00adsionner ou d&rsquo;\u00eatre poursuivi, il opta pour la d\u00e9mission. Un mois apr\u00e8s on lisait dans l&rsquo;Officiel de la Guyane : \u00ab M. Geai est nomm\u00e9 agent de police de la commune de Saint-Laurent-du-Maroni \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Eh bien, si tous ces honn\u00eates fonctionnaires qui en ont donn\u00e9 plus de cent fois l&rsquo;occasion, avaient \u00e9t\u00e9 seulement trois fois poursuivis, ils n&rsquo;\u00e9chapperaient pas \u00e0 certaines dispositions de la loi du 27 mars 1885 sur les r\u00e9cidivistes et iraient grossir le nombre des rel\u00e9gu\u00e9s \u00e0 Saint-Jean-du-Maroni.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je ne suis cependant pas tomb\u00e9 sur un lot sp\u00e9cialement choisi de fonctionnaires ind\u00e9licats. J&rsquo;aurais s\u00e9journ\u00e9 aux Iles du Salut deux ans, quatre ans, dix ans plus t\u00f4t, j&rsquo;y aurais s\u00e9journ\u00e9 depuis, j&rsquo;aurais vu se produire les m\u00eames abus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Que font pendant ce temps-l\u00e0 les directeurs ? Dans ce milieu o\u00f9 la hi\u00e9rarchie est forte et respect\u00e9e, il est admis que la camelote doit \u00eatre proportionnelle au grade, et que les directeurs, comme leurs subordonn\u00e9s, doublent leurs soldes par mille tours de b\u00e2ton. Il leur arrive quelquefois de s&rsquo;indigner en voyant un de leurs inf\u00e9rieurs gagner plus d&rsquo;argent qu&rsquo;eux : ce manque de discipline les choque. Ils voient encore avec peine un agent cameloter assez ouvertement, assez cyniquement, pour que le fait soit connu du public et qu&rsquo;un scandale menace. Il leur faut alors intervenir. Cette intervention a d&rsquo;ailleurs ses avantages. Pendant qu&rsquo;on fait le gendarme, on passe pour honn\u00eate, et quand le public voit poursuivre un \u00ab cameloteur \u00bb par l&rsquo;autorit\u00e9 p\u00e9nitentiaire, il est \u00e0 cent lieues de croire que cette autorit\u00e9 pratique ce qu&rsquo;elle r\u00e9prime chez les autres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est ainsi que le directeur X&#8230;, il y a de cela quelques ann\u00e9es d\u00e9j\u00e0, r\u00e9digea une circulaire sur les confections illicites, contre lesquelles il s&rsquo;\u00e9leva non sans \u00e9loquence. Pendant ce temps-l\u00e0 les for\u00e7ats marchaient pieds nus, alors que les cuirs provenaient r\u00e9guli\u00e8rement de France et alimentaient largement les ateliers de Saint- Jean, o\u00f9 sont confectionn\u00e9s les souliers de la population p\u00e9nale. Le stock de cuir avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9tourn\u00e9 tout entier. Malheureusement ce directeur fut remplac\u00e9 dans ses fonctions par M. Y&#8230; qui exigea un passage de service minutieux, trouva la comptabilit\u00e9 frauduleuse et porta plainte. M. Ver&#8230;, sous-chef de bureau, juge au Tribunal maritime sp\u00e9cial depuis deux ans, fut poursuivi et condamn\u00e9 \u00e0 deux ans de prison. La population p\u00e9nale fut tr\u00e8s agr\u00e9ablement surprise car ce gar\u00e7on \u00e9tait extr\u00eamement dur pour les for\u00e7ats. Aux commissions disciplinaires, il donnait toujours le maximum, trente jours de cachot au malheureux va-nu-pieds qui, crevant de faim, avait chip\u00e9 une banane ou un coco dans un jardin. Si le malheureux implorait : \u00ab Allez, allez, criait-il en lui coupant la parole, j&rsquo;aime pas les voleurs ! \u00bb Le sous-chef de bureau Pierre b\u00e9n\u00e9ficia d&rsquo;une ordonnance de non-lieu, mais fut puni disciplinairement. Quant \u00e0 M. Y&#8230; on le fit filer par le premier courrier avec un cong\u00e9 de convalescence de trois mois et depuis on ne le vit plus jamais revenir. Il fut peu apr\u00e8s ray\u00e9 des contr\u00f4les de l&rsquo;activit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sous le directeur suivant aucune affaire ne fit scandale. La camelote s\u00e9vit surtout dans les exploitations agricoles. Ce fut le temps o\u00f9 un chaland de soixante-quinze tonnes de ma\u00efs pouvait arriver \u00e0 Saint-Laurent sans qu&rsquo;aucune graine ne soit prise en compte. Dans l&rsquo;Administration p\u00e9nitentiaire, l&rsquo;usage veut qu&rsquo;on ne prenne jamais en recettes que les quantit\u00e9s de produits du sol qu&rsquo;on ne peut se passer de d\u00e9livrer, et au fur et \u00e0 mesure de leur d\u00e9livrance. Les soixante-quinze tonnes de ma\u00efs, auxquelles je fais allusion, n&rsquo;auraient donc \u00e9t\u00e9 vers\u00e9es en compte que s&rsquo;il avait absolument fallu les utiliser r\u00e9guli\u00e8rement, et au moment o\u00f9 elles seraient sorties de leur entrep\u00f4t pour cette utilisation indispensable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cet usage explique que l&rsquo;ann\u00e9e la meilleure du premier quart de ce si\u00e8cle (1907 je crois), la plantation de la Montagne d&rsquo;argent qui comptait 55.000 pieds de caf\u00e9iers ne rapporta pas plus de 440 kilos de caf\u00e9, chiffre pris dans la notice officielle<a name=\"_ftnref6\" href=\"#_ftn6\">[6]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/medecin-bagne1.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-510\" title=\"Un m\u00e9decin au bagne, \u00e9ditions Fleury, 1930\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/medecin-bagne1-221x300.jpg\" alt=\"\" width=\"115\" height=\"157\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/medecin-bagne1-221x300.jpg 221w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/medecin-bagne1.jpg 540w\" sizes=\"(max-width: 115px) 100vw, 115px\" \/><\/a>M. Z&#8230; r\u00e9gna pendant la guerre. Il fut insatiable. A cette \u00e9poque, que craignait M. Z&#8230; ? Il \u00e9tait Gouverneur par int\u00e9rim en m\u00eame temps que directeur de prison ! La passion des beaux meubles lui fut pourtant fatale. Les chefs de camp de Tollinche, de Godebert, de la Foresti\u00e8re, lui envoyaient des billes magnifiques. Il se fit ainsi construire avec les plus beaux bois des tropiques un magnifique ameublement, chambre \u00e0 coucher, salle \u00e0 manger, salon et bureau, qui lui revint \u00e0 cinq cents francs. Il se vanta beaucoup trop de la bonne affaire qu&rsquo;il avait faite et manifesta son intention d&#8217;emmener en France ce mobilier superbe qui aujourd&rsquo;hui vaudrait de cinquante \u00e0 soixante-quinze mille francs. Le gouverneur titulaire, qui \u00e9tait revenu, dut rendre compte au Ministre des abus de M. Z&#8230; qui fut rappel\u00e9. Un cong\u00e9 de convalescence lui fut remis \u00e0 son d\u00e9part de Guyane, mais il ne put en jouir, car \u00e0 son arriv\u00e9e \u00e0 Paris, le Ministre lui fendit l&rsquo;oreille.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est au temps de ce directeur que se d\u00e9roula l&rsquo;affaire Fouras. Elle vaut qu&rsquo;on s&rsquo;y arr\u00eate. En 191.., le surveillant principal Fouras dirigeait les chantiers des constructions navales de l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire. C&rsquo;est sur ces chantiers situ\u00e9s sur la rive droite du Maroni qu&rsquo;on entretient, r\u00e9pare et construit les diverses unit\u00e9s de la flottille. Au point de vue administratif Fouras relevait du 3e Bureau de la Direction, mais comme le chef de ce bureau manquait de connaissances techniques, il laissait \u00e0 Fouras la bride sur le cou, et celui-ci, sachant qu&rsquo;aucun contr\u00f4le s\u00e9rieux ne viendrait l&rsquo;importuner, dirigeait son service \u00e0 sa guise. Comme il \u00e9tait m\u00e9canicien et ajusteur de m\u00e9tier, le directeur l&rsquo;honorait de sa confiance, et il \u00e9tait toujours consult\u00e9 et \u00e9cout\u00e9 pour tout ce qui concernait la flottille. Depuis longtemps, Fouras travaillait pour le commerce local en m\u00eame temps que pour l&rsquo;administration et cela lui rapportait beaucoup. Pour satisfaire aux demandes qui l&rsquo;assaillaient, il lui fallait un stock important de mati\u00e8res premi\u00e8res. Chaque fois qu&rsquo;une des unit\u00e9s en service &#8211; baleini\u00e8re, canot \u00e0 p\u00e9trole, chaland ou chaloupe \u00e0 vapeur &#8211; entrait au chantier pour une r\u00e9paration, Fouras majorait les demandes de mat\u00e9riel selon les besoins pr\u00e9sents ou futurs du travail pour les particuliers. Il acquit bient\u00f4t un stock de r\u00e9serve consid\u00e9rable, ainsi que devait le d\u00e9montrer plus tard l&rsquo;inventaire dress\u00e9 par M. M&#8230;, inspecteur des Colonies. Les sorties du mat\u00e9riel demand\u00e9 par Fouras \u00e9taient couvertes par le visa du Chef du 3e Bureau. Celui-ci aurait vis\u00e9 n&rsquo;importe quoi, il \u00e9tait facile \u00e0 Fouras de justifier l&#8217;emploi de tout ce qu&rsquo;il demandait par la tenue de ses feuilles d&rsquo;ouvrage, sur lesquelles il doublait ou triplait le mat\u00e9riel d\u00e9pens\u00e9. D\u00e8s l&rsquo;instant que ces feuilles concordaient avec les sorties du magasin, le chef de bureau consid\u00e9rait sa t\u00e2che comme termin\u00e9e, et jamais ce rond-de-cuir ne serait venu contr\u00f4ler sur place les travaux ex\u00e9cut\u00e9s. Il en e\u00fbt \u00e9t\u00e9 parfaitement incapable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Fouras \u00e9tait implacable avec ses subordonn\u00e9s et mauvais avec les condamn\u00e9s. Seuls quelques sp\u00e9cialistes indispensables pouvaient conserver ses bonnes gr\u00e2ces. Ceux-ci devenaient par force les complices de ses fraudes. Les autres transport\u00e9s \u00e9taient malmen\u00e9s, punis s\u00e9v\u00e8rement pour des peccadilles, exp\u00e9di\u00e9s pour un rien dans les chantiers forestiers. Aussi quand en Octobre 191.., les inspecteurs vinrent \u00e0 Saint-Laurent, Fouras fut d\u00e9nonc\u00e9. Un carnet aide-m\u00e9moire, sur lequel \u00e9taient enregistr\u00e9s les mat\u00e9riaux qui sortaient journellement du magasin et la d\u00e9signation de leur emploi \u00e0 des travaux pour des particuliers qui n&rsquo;avaient le plus souvent demand\u00e9 aucune cession, perdit Fouras. Ce livre et le registre des cessions furent examin\u00e9s parall\u00e8lement, et la confrontation de ces \u00e9critures, d\u00e9montra clairement, qu&rsquo;aux dates correspondantes, aucune des mati\u00e8res inscrites en sortie ne figurait dans les comptes pay\u00e9s au Tr\u00e9sor par les cessionnaires. M. M&#8230;, Inspecteur des Colonies, ordonna de faire l&rsquo;inventaire du magasin des constructions navales. Aussit\u00f4t averti Fouras, pris de peur, employa quelques transport\u00e9s qu&rsquo;il se croyait fid\u00e8les \u00e0 dissimuler l&rsquo;\u00e9norme quantit\u00e9 de mat\u00e9riaux qu&rsquo;il avait en exc\u00e9dent dans ses ateliers. Mais des indiscr\u00e9tions furent commises et Fouras fut mis en \u00e9tat d&rsquo;arrestation. Il fut proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 un recolement g\u00e9n\u00e9ral du mat\u00e9riel qui fit ressortir l&rsquo;\u00e9norme exc\u00e9dent avec lequel Fouras travaillait pour le commerce local. C&rsquo;est ainsi que l&rsquo;on trouva plus d&rsquo;une tonne de bronze en barre, des centaines de kilos d&rsquo;\u00e9tain, d&rsquo;aluminium et de feuilles de cuivre. Tout cela avait \u00e9t\u00e9 enfoui, partie dans le jardin potager, partie dans le barrage \u00e0 poissons attenant au chantier. On d\u00e9couvrit aussi de pleins tonneaux de peinture, des bidons d&rsquo;huile et d&rsquo;essence, des quantit\u00e9s de cartouches, de clous, de paquets de vis de fer ou de cuivre, du coaltar, du goudron, des tonnes de zinc en feuilles, de fer, d&rsquo;acier en barre et en tube, des ballots d&rsquo;\u00e9toupe, des gl\u00e8nes de cordage, enfin un \u00e9norme stock de bois ouvr\u00e9. Le 7 d\u00e9cembre, l&rsquo;Inspecteur chef de mission d\u00e9posa au Parquet g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 Cayenne une plainte contre Fouras pour d\u00e9tournement de mat\u00e9riaux et de main-d&rsquo;\u0153uvre p\u00e9nale au pr\u00e9judice de l&rsquo;Etat.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une instruction fut ouverte et confi\u00e9e \u00e0 M. Poulain, juge au Tribunal de Saint-Laurent. Celle-ci d\u00e9montra que Fouras avait de nombreux clients chez qui l&rsquo;on dut perquisitionner. L&rsquo;un avait fait remettre \u00e0 neuf ses alambics, l&rsquo;autre s&rsquo;\u00e9tait fait construire un canot, un troisi\u00e8me avait fait transformer un remorqueur en chaloupe \u00e0 passagers, deux autres encore avaient fait r\u00e9parer des go\u00e9lettes ; ici c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;am\u00e9nagement d&rsquo;une usine \u00e0 glace avec la confection de mouleaux en t\u00f4le et d&rsquo;une chaudi\u00e8re tubulaire, l\u00e0 le montage d&rsquo;une presse \u00e0 balata avec une belle vis sans fin. Cette vis provenait d&rsquo;un arbre de couche de chaloupe \u00e0 vapeur qui fut sorti du magasin sans qu&rsquo;aucun bon r\u00e9gulier f\u00fbt \u00e9tabli. Cet arbre de couche figurait toujours dans les \u00e9critures quand la presse fut saisie. C&rsquo;est en d\u00e9couvrant deux tron\u00e7ons de cet arbre dans un tas de ferrailles qu&rsquo;on put identifier la vis et certifier sa provenance. Des arrestations furent op\u00e9r\u00e9es. M. L&#8230;, associ\u00e9 de la maison B&#8230; et Cie, sous le coup d&rsquo;un mandat de d\u00e9p\u00f4t, perdit la t\u00eate et se suicida. Finalement l&rsquo;instruction inculpa comme auteurs principaux les surveillants militaires Fouras et Secchi. Celui-ci avait fait l&rsquo;ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente l&rsquo;int\u00e9rim de Fouras et suivi ses d\u00e9plorables m\u00e9thodes. Elle inculpa comme complices huit commer\u00e7ants de Saint-Laurent. Le juge d&rsquo;instruction conclut \u00e0 leur renvoi, devant la Cour d&rsquo;Assises de la Guyane pour qu&rsquo;ils soient jug\u00e9s conform\u00e9ment \u00e0 la loi et d\u00e9cerna contre eux l&rsquo;ordonnance de prise de corps.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;affaire fut jug\u00e9e \u00e0 une session extraordinaire qui s&rsquo;ouvrit le 7 octobre 191.., \u00e0 Cayenne. Il importait pour le bon renom de la bourgeoisie locale que les commer\u00e7ants de Saint-Laurent accus\u00e9s d&rsquo;\u00eatre les complices de Fouras fussent acquitt\u00e9s ; aussi la d\u00e9fense s&#8217;employa-t- elle \u00e0 d\u00e9fendre Fouras, car obtenir son acquittement c&rsquo;\u00e9tait enlever du m\u00eame coup celui des complices beaucoup moins coupables. Tout le monde fut acquitt\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Malgr\u00e9 cet acquittement les commer\u00e7ants de Saint-Laurent craignirent que leur vertu soit encore discut\u00e9e. Ils \u00e9prouv\u00e8rent le besoin de se disculper en publiant un factum intitul\u00e9 \u00ab l&rsquo;Affaire du Maroni. Scandale judiciaire \u00bb. Ce factum assez maladroit ne peut tromper qu&rsquo;un lecteur peu avis\u00e9. Il suffit de lire cet opuscule pour \u00eatre \u00e9difi\u00e9 sur les tripotages des chantiers des constructions navales et convaincu que Fouras et ses clients pillaient le budget de l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La d\u00e9fense fit valoir, que de tout temps, la main d&rsquo;\u0153uvre p\u00e9nale n&rsquo;avait utilement servi que d\u00e9tourn\u00e9e des buts impraticables et mal d\u00e9finis que lui assignait la loi, et que d&rsquo;ailleurs, ceux qui l&rsquo;utilisaient trouvaient toujours un concours dont ils n&rsquo;avaient pas \u00e0 juger la l\u00e9gitimit\u00e9. S&rsquo;il pla\u00eet \u00e0 l&rsquo;administration de vendre au premier venu son mat\u00e9riel et sa main-d&rsquo;\u0153uvre, ce premier venu pense que c&rsquo;est r\u00e9gulier. Pour aucun des n\u00e9gociants de la Guyane il ne pouvait \u00eatre criminel de faire des affaires avec Fouras, alors que le directeur de l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire \u00e9tait l\u00e0, tout \u00e0 c\u00f4t\u00e9, en train de se faire faire un ameublement luxueux dans des conditions de bon march\u00e9 vraiment extravagantes. Certes, il pouvait leur para\u00eetre singulier que l&rsquo;Etat op\u00e9r\u00e2t ainsi, et qu&rsquo;au lieu de b\u00e9n\u00e9ficier, comme il aurait pu le faire, des cessions de main- d&rsquo;\u0153uvre et de mat\u00e9riel, il se laiss\u00e2t voler ; mais apr\u00e8s tout, n&rsquo;est-ce pas \u00e0 l&rsquo;Etat de faire sa police et de mieux choisir ses fonctionnaires ? Et puis tout le monde en faisait autant !&#8230; J&rsquo;avoue, en effet, que si j&rsquo;avais \u00e9t\u00e9 membre du jury, j&rsquo;aurais acquitt\u00e9 sans r\u00e9serves les commer\u00e7ants profiteurs. Il m&rsquo;aurait paru inadmissible que, puisque ces abus se pratiquaient depuis plus d&rsquo;un demi-si\u00e8cle, au point d&rsquo;\u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme des usages r\u00e9guliers, il se trouv\u00e2t parmi les membres d&rsquo;un jury local un seul homme qui os\u00e2t condamner ceux qui avaient eu la malchance d&rsquo;\u00eatre les premiers poursuivis.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/ossements.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2781\" title=\"ossements\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/ossements-300x205.jpg\" alt=\"\" width=\"148\" height=\"101\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/ossements-300x205.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/ossements.jpg 863w\" sizes=\"(max-width: 148px) 100vw, 148px\" \/><\/a>Fouras paraissait plus difficile \u00e0 d\u00e9fendre. La main-d&rsquo;\u0153uvre p\u00e9nale, dit son avocat, ne rend pas. Elle fournit une recette si modique qu&rsquo;elle est n\u00e9gligeable, et ne saurait att\u00e9nuer la charge l\u00e9gale consentie par l&rsquo;Etat pour la Transportation, et dont le chiffre annuel est \u00e0 peu pr\u00e8s constant. Si cette main-d&rsquo;\u0153uvre rapporte si peu \u00e0 l&rsquo;Etat, qu&rsquo;elle serve au moins au personnel et \u00e0 l&rsquo;habitant !&#8230; Mais, avilir la main-d&rsquo;\u0153uvre p\u00e9nale n&rsquo;excusait pas Fouras de la c\u00e9der \u00e0 son profit ou de n&rsquo;en pas faire tirer \u00e0 l&rsquo;Etat le b\u00e9n\u00e9fice, si faible soit-il, qu&rsquo;il devait en tirer. Et puis, comment expliquer le mat\u00e9riel d\u00e9tourn\u00e9 ? L&rsquo;avocat de Fouras fit de son client un chef d&rsquo;atelier accompli, habile \u00e0 construire des canots, \u00e0 r\u00e9parer des go\u00e9lettes, \u00e0 faire des presses \u00e0 balata, et des chaudi\u00e8res d&rsquo;usine \u00e0 glace avec des tomb\u00e9es, des chutes, des rognures, des copeaux et des r\u00e9sidus d&rsquo;atelier, pass\u00e9 ma\u00eetre en somme dans l&rsquo;art d&rsquo;utiliser les restes. Quant aux modestes honoraires qu&rsquo;il recevait des commer\u00e7ants qu&rsquo;il obligeait, ils t\u00e9moignaient de leur reconnaissance envers celui qu&rsquo;on devait consid\u00e9rer \u00e0 juste titre comme un grand bienfaiteur du commerce local. L&rsquo;argument d\u00e9cisif fut celui-ci : le directeur de l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire venait de se faire construire des meubles dans les m\u00eames conditions que les clients de Fouras. Bien plus ! La mission d&rsquo;inspection qui avait d\u00e9nonc\u00e9 la gestion fantaisiste du surveillant Fouras \u00e9tait compos\u00e9e de deux inspecteurs. Le plus ancien des deux, chef de mission, venait de se faire construire par le service des Travaux de l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire une biblioth\u00e8que \u00e0 deux portes vitr\u00e9es, d&rsquo;une hauteur de deux m\u00e8tres, en tr\u00e8s beau bois du pays. Il avait, il est vrai, vers\u00e9 deux cents francs au Tr\u00e9sor, mais l\u00e0 aussi, la main-d&rsquo;\u0153uvre p\u00e9nale n&rsquo;avait-elle pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9tourn\u00e9e de ses vrais buts ? Avait-elle \u00e9t\u00e9 convenablement rembours\u00e9e, et le mat\u00e9riel aussi ? Pourquoi le directeur et un inspecteur en chef pourraient-ils faire ce qu&rsquo;on d\u00e9fend \u00e0 d&rsquo;autres ? Ce serait affreux, dirent les avocats aux jur\u00e9s de frapper les petits pour couvrir les gros. Il convient de faire remarquer que, parmi les petits se trouvaient non seulement Fouras, qui avait d\u00e9sormais de quoi vivre de ses rentes, mais aussi les fr\u00e8res M&#8230;, millionnaires, les fr\u00e8res C&#8230;, millionnaires, Mme Vve G&#8230;, millionnaire, enfin toutes les grosses fortunes de la Guyane. Tous ces braves gens en furent quittes pour les fatigues de quinze audiences.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le verdict d&rsquo;acquittement prononc\u00e9, et la demande de dommages et int\u00e9r\u00eats formul\u00e9e par le gouverneur au nom de l&rsquo;Etat partie civile ayant \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9e, les deux surveillants coupables eurent encore \u00e0 passer par les transes d&rsquo;un conseil d&rsquo;enqu\u00eate. Il y avait dans ce conseil six membres. Trois appartenant \u00e0 l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire, et comme tels pleins de mansu\u00e9tude pour les cameloteurs, les reconnurent non coupables. Par trois voix contre trois Fouras et Secchi furent une fois de plus absous. C&rsquo;est alors que le Ministre des Colonies, sur la proposition du gouverneur, les r\u00e9voqua. Ils eurent alors recours au Conseil d&rsquo;Etat qui d\u00e9cida de rejeter leurs requ\u00eates.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un incident des plus int\u00e9ressants se produisit au cours des d\u00e9bats de l&rsquo;affaire Fouras. Les irr\u00e9gularit\u00e9s du surveillant principal avaient \u00e9t\u00e9 d\u00e9nonc\u00e9es par des for\u00e7ats. Les avocats tir\u00e8rent parti de ce fait. \u00ab Le t\u00e9moignage de ces gens-l\u00e0, d\u00e9clama path\u00e9tiquement Ma\u00eetre Q. L. du barreau de Cayenne, ne compte pour personne ! \u00bb Quand, apr\u00e8s l&rsquo;interrogatoire du treizi\u00e8me et dernier accus\u00e9, le pr\u00e9sident des assises voulut faire compara\u00eetre huit t\u00e9moins transport\u00e9s dont quatre encore en cours de peine et quatre autres lib\u00e9r\u00e9s ou rel\u00e9gu\u00e9s, Ma\u00eetre Q. L. lui fit remarquer qu&rsquo;en vertu de l&rsquo;article 317 du Code d&rsquo;instruction criminelle, ces transport\u00e9s devaient pr\u00eater serment avant de d\u00e9poser. Comme d&rsquo;autre part leurs condamnations ant\u00e9rieures leur interdisaient de pr\u00eater serment<a name=\"_ftnref7\" href=\"#_ftn7\">[7]<\/a> (1), ils ne pouvaient d\u00e9poser. Il fit observer au pr\u00e9sident qu&rsquo;en vertu de son pouvoir discr\u00e9tionnaire, il pouvait seulement les entendre \u00e0 titre de renseignement. Encore aurait-il fallu pour que ce pouvoir discr\u00e9tionnaire s&rsquo;exer\u00e7\u00e2t, que ce f\u00fbt de sa propre initiative, librement et spontan\u00e9ment, et non pas sur les indications de l&rsquo;accusation. La Cour alors se retira, d\u00e9lib\u00e9ra, reconnut l&rsquo;incapacit\u00e9 de t\u00e9moigner en justice des huit for\u00e7ats et n&rsquo;admit m\u00eame pas qu&rsquo;elle p\u00fbt les entendre \u00e0 titre de renseignement. Ces huit t\u00e9moins \u00e0 charge ne furent donc pas appel\u00e9s. Il arriva cependant qu&rsquo;en vertu de son pouvoir discr\u00e9tionnaire, le Pr\u00e9sident put faire appeler, pour l&rsquo;entendre \u00e0 titre de renseignement, un transport\u00e9 qui n&rsquo;avait pas figur\u00e9 sur la liste de ceux que l&rsquo;accusation avait cit\u00e9s comme t\u00e9moins. D\u00e8s que ce transport\u00e9 fut introduit dans la salle, les trois avocats de la d\u00e9fense quitt\u00e8rent l&rsquo;enceinte de la Cour en mani\u00e8re de protestation. Auparavant, ils avaient donn\u00e9 l&rsquo;ordre \u00e0 leurs clients de ne pas discuter les d\u00e9clarations du for\u00e7at, et ceux-ci oppos\u00e8rent tous un mutisme rigoureux aux questions que le Pr\u00e9sident leur posa relativement aux d\u00e9clarations du paria. Ma\u00eetre Q. L. \u00e9tait tout \u00e0 fait dans son r\u00f4le de d\u00e9fenseur en exigeant qu&rsquo;on observ\u00e2t les articles de la loi qui interdisent aux for\u00e7ats de t\u00e9moigner en justice. Il \u00e9cartait ainsi la plupart des t\u00e9moins \u00e0 charge, et c&rsquo;e\u00fbt \u00e9t\u00e9 vraiment p\u00e9nible \u00e0 tous ces honn\u00eates gens de s&rsquo;entendre dire leurs v\u00e9rit\u00e9s par des bagnards. Il n&rsquo;en est pas, moins vrai que les auteurs du Code p\u00e9nal qui ont interdit de d\u00e9poser en justice \u00e0 des individus qui, en fait, ont \u00e9t\u00e9 les t\u00e9moins de l&rsquo;acte jug\u00e9, n&rsquo;avaient aucun esprit de m\u00e9thode, qu&rsquo;ils ont priv\u00e9 la Justice de moyens rationnels pour d\u00e9couvrir la v\u00e9rit\u00e9 et sacrifier la logique au pr\u00e9jug\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/justice.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1621\" title=\"justice\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/justice-300x270.jpg\" alt=\"\" width=\"154\" height=\"138\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/justice-300x270.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/justice.jpg 400w\" sizes=\"(max-width: 154px) 100vw, 154px\" \/><\/a>C&rsquo;est justement parce que la parole des for\u00e7ats ne compte plus que vous, honn\u00eates fonctionnaires, en faites les t\u00e9moins ou les collaborateurs de vos fraudes. La faim les pousse \u00e0 accepter le r\u00f4le de complices. La crainte du cachot vous assure leur discr\u00e9tion. Alors vous en faites vos garde-magasins, vos teneurs de livres, vos hommes de confiance. Le jour o\u00f9 vous fausserez vos \u00e9critures, vous direz que c&rsquo;est eux et on vous croira. Le jour o\u00f9 ils vous accuseront, vous r\u00e9cuserez leurs t\u00e9moignages, puisque la loi vous y autorise. Ainsi, en toute s\u00e9curit\u00e9, vous leur donnez l&rsquo;exemple d&rsquo;une mauvaise conduite. Vous vous d\u00e9moralisez non pas, comme le public en est \u00e0 tort persuad\u00e9, en suivant leur mauvais exemple, mais parce qu&rsquo;ils sont d\u00e9pourvus de tous droits et particuli\u00e8rement de celui d&rsquo;\u00eatre crus quand ils parlent. Ce for\u00e7at que vous faites le complice forc\u00e9 de vos d\u00e9tournements, que vous pr\u00e9tendez faire le t\u00e9moin aveugle, sourd et muet de toutes vos salet\u00e9s, vous oubliez un jour de le r\u00e9mun\u00e9rer suffisamment et vous le laissez mourir de faim. Au lieu de l&rsquo;honorer de la sympathie que doit un polisson qui conna\u00eet les usages, \u00e0 celui qui l&rsquo;aide \u00e0 faire un mauvais coup, vous le brimez et le punissez \u00e0 outrance tout en l&rsquo;\u00e9crasant de votre m\u00e9pris d&rsquo;honn\u00eate homme. D\u00e9go\u00fbt\u00e9 de vous voir voler en toute s\u00e9curit\u00e9, d&rsquo;\u00eatre honteusement exploit\u00e9 par un gardien plus criminel que lui, justement \u00e9c\u0153ur\u00e9 des mauvais traitements que vous lui faites subir et des mois de cachots que lui valent tous vos faux rapports, il attend la premi\u00e8re occasion de d\u00e9noncer votre hypocrisie et vous traite de voleurs. Chacun son tour\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il ne faut pas croire qu&rsquo;un petit scandale comme l&rsquo;affaire Fouras change quoi que ce soit aux m\u0153urs p\u00e9nitentiaires. Depuis cette affaire, les vols se sont succ\u00e9d\u00e9 sans interruption, sans qu&rsquo;il en soit fait une mati\u00e8re criminelle. J&rsquo;ai dit plus haut comment j&rsquo;avais vu la population p\u00e9nale v\u00eatue de toile de sacs \u00e0 charbon pendant que 65.000 francs d&rsquo;effets r\u00e9glementaires exp\u00e9di\u00e9s de France \u00e9taient en moins d&rsquo;un an vendus \u00e0 la population libre ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quelle autorit\u00e9 pouvait avoir un directeur qui, de tous les chantiers agricoles, recevait une abondance incroyable de produits comestibles ? Les surveillants complaisants et flatteurs qui le ravitaillaient \u00e9taient r\u00e9compens\u00e9s par de bonnes notes et de l&rsquo;avancement. Le caf\u00e9 des plantations lui \u00e9tait directement exp\u00e9di\u00e9, sans jamais \u00eatre vers\u00e9 en compte, pendant que celui que consomment les rationnaires de l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire \u00e9tait achet\u00e9 au commerce. Un wagonnet partait tous les jours du Nouveau camp, charg\u00e9 de bananes, d&rsquo;oranges, d&rsquo;ananas et de gibier de toute sorte pris au pi\u00e8ge par les condamn\u00e9s. Tous les fruits dont il n&rsquo;avait que faire pour son usage personnel, et particuli\u00e8rement les bananes qui abondent, \u00e9taient vendus tous les jours au march\u00e9 de Saint-Laurent par des Arabes, dont la servilit\u00e9 et la discr\u00e9tion \u00e9taient habilement mises \u00e0 profit. Tout condamn\u00e9 d\u00e9sireux d&rsquo;\u00eatre assign\u00e9 devait remettre vingt-cinq francs au planton du directeur. Quelques places en assignation tr\u00e8s recherch\u00e9es et les concessions de terrain co\u00fbtaient plus cher : il fallait alors verser cent francs et toujours \u00e0 des interm\u00e9diaires, qui en touchaient leur part et op\u00e9raient en sorte que le directeur ne parut jamais dans ce bas n\u00e9goce. Des condamn\u00e9s, intern\u00e9s aux Iles du Salut depuis des ann\u00e9es, furent d\u00e9sintern\u00e9s gr\u00e2ce aux milliers de francs qu&rsquo;ils y avaient amass\u00e9s par un travail opini\u00e2tre..,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A mentionner, pour finir, une escroquerie qui s&rsquo;est toujours pratiqu\u00e9e au Bureau des finances sous l&rsquo;\u0153il aveugle des diff\u00e9rents directeurs. Chaque convoi am\u00e8ne \u00e0 Saint-Laurent les nouveaux condamn\u00e9s et leurs p\u00e9cules. Il y en a qui n&rsquo;ont pas un sou ; d&rsquo;autres ont des centaines de francs ; quelques-uns en ont des milliers. Il y a de plus des successions. Tout cet argent arrive en billets de la Banque de France. Ces billets sont remplac\u00e9s en caisse par des billets de la Guyane portant la m\u00eame valeur nominale. Ceux-ci pourtant sont loin d&rsquo;\u00eatre au pair. A qui profite le change ? Qui mettra un terme \u00e0 cette exploitation ? De quel c\u00f4t\u00e9 de la barri\u00e8re sont les r\u00e9cidivistes incorrigibles ? Si pour changer, nous parlions de l&rsquo;amendement des honn\u00eates gens ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Depuis 1854, les directeurs les plus s\u00e9rieux, incapables de corriger des erreurs, dont il serait d&rsquo;ailleurs injuste de les rendre responsables, durent les tol\u00e9rer. Les autres, les plus nombreux, donn\u00e8rent le mauvais exemple et firent leurs affaires. Voil\u00e0 quatre ans, dit-on qu&rsquo;un honn\u00eate homme a pris la direction. On aurait pu croire que son attitude correcte en imposerait au personnel et qu&rsquo;on enregistrerait une tr\u00eave, non pas dans la camelote courante, normale, indispensable \u00e0 la vie du bagne, mais au moins dans les vols \u00e9hont\u00e9s qui marqu\u00e8rent ces derni\u00e8res ann\u00e9es et qui se reproduisent fatalement quand on ne parle plus \u00e0 Paris de la Transportation. On se serait tromp\u00e9. Les commis aux entr\u00e9es font toujours fortune. J&rsquo;apprends que l&rsquo;un d&rsquo;eux a lev\u00e9 le pied il n&rsquo;y a pas six mois ; apr\u00e8s avoir pill\u00e9 son magasin et br\u00fbl\u00e9 sa comptabilit\u00e9. C&rsquo;est le petit cambusier dont j&rsquo;ai parl\u00e9 plus haut, celui qui, sept ans plus t\u00f4t, apr\u00e8s avoir fait condamner dix-huit kilos de graisse avari\u00e9e, les distribuait aux for\u00e7ats, cependant qu&rsquo;il faisait passer du magasin dans son m\u00e9nage dix-huit kilos de bon saindoux. On l&rsquo;a jug\u00e9 excellent comptable et digne d&rsquo;avancement.<\/p>\n<hr style=\"text-align: justify;\" size=\"1\" \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a name=\"_ftn1\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> L&rsquo;article 13 du d\u00e9cret du 18 septembre 1925 d\u00e9fend \u00e2 tout condamn\u00e9 de d\u00e9tenir aucune somme d&rsquo;argent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><a name=\"_ftn2\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> Abri forestier fait de branchages.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a name=\"_ftn3\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> Ce prix, six ans plus tard, ne para\u00eet plus excessif.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a name=\"_ftn4\" href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a> La r\u00e9ception des colis postaux est interdite depuis 1921.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a name=\"_ftn5\" href=\"#_ftnref5\">[5]<\/a> Journal Officiel du 27 mars 1926.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a name=\"_ftn6\" href=\"#_ftnref6\">[6]<\/a> Cela fait peut-\u00eatre 40 tonnes de caf\u00e9 perdues pour l&rsquo;Etat.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a name=\"_ftn7\" href=\"#_ftnref7\">[7]<\/a> Art. 28, 34 et 42 du Code p\u00e9nal et art. 2 et 6 de la loi du 5 mai 1854.<\/p>\n<p><!--[if gte mso 9]><xml> <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 10]>\n\n\n\n<style>\n \/* Style Definitions *\/\n table.MsoNormalTable\n\t{mso-style-name:\"Tableau Normal\";\n\tmso-tstyle-rowband-size:0;\n\tmso-tstyle-colband-size:0;\n\tmso-style-noshow:yes;\n\tmso-style-priority:99;\n\tmso-style-parent:\"\";\n\tmso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;\n\tmso-para-margin:0cm;\n\tmso-para-margin-bottom:.0001pt;\n\tmso-pagination:none;\n\tfont-size:12.0pt;\n\tfont-family:\"Arial Unicode MS\",\"sans-serif\";\n\tmso-bidi-language:FR;}\n<\/style>\n\n<![endif]--><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On ne vit pas au bagne\u00a0; on y cr\u00e8ve ou on survit. En d\u00e9taillant avec force d&rsquo;exemples le r\u00e9gime des condamn\u00e9s dans son chapitre 2, le docteur Louis Rousseau posait dans une aussi froide qu&rsquo;implacable et empirique d\u00e9monstration les conditions de l&rsquo;affaiblissement et donc de la mort programm\u00e9e du condamn\u00e9 \u00e0 la rel\u00e9gation ou aux [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_publicize_message":"","jetpack_is_tweetstorm":false,"jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","enabled":false}}},"categories":[6,1346],"tags":[2475,50,2806,888,32,5013,2449,258,5012,450,51,37,961,5017,5016,411,3506,563,606,5014,607,5008,5007,5020,44,230,5009,414,776,5021,5011,1297,1827,257,5010,5015,1287,5404,81,5018,5019],"jetpack_publicize_connections":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4029"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4029"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4029\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4029"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4029"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4029"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}