{"id":4025,"date":"2016-03-19T01:10:28","date_gmt":"2016-03-18T23:10:28","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=4025"},"modified":"2016-02-01T11:49:27","modified_gmt":"2016-02-01T09:49:27","slug":"charles-la-poucave","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2016\/03\/charles-la-poucave\/","title":{"rendered":"Charles la poucave"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/avis-de-recherche-charles-bernard-640x480.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1777\" title=\"avis de recherche de Charles Bernard lanc\u00e9 par le tribunal de Nancy\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/avis-de-recherche-charles-bernard-640x480-300x237.jpg\" alt=\"\" width=\"185\" height=\"146\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/avis-de-recherche-charles-bernard-640x480-300x237.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/avis-de-recherche-charles-bernard-640x480.jpg 606w\" sizes=\"(max-width: 185px) 100vw, 185px\" \/><\/a>Le 12 novembre 1902, Armand Chelle, commissaire aux d\u00e9l\u00e9gations judiciaires de Cayenne se rend \u00e0 la prison de la ville pour y entendre le for\u00e7at matricule 31011 qu&rsquo;il a arr\u00eat\u00e9 deux jours plus t\u00f4t. Celui-ci a tent\u00e9 de s&rsquo;\u00e9vader. Loin de s&rsquo;enfermer dans un mur de silence et d&rsquo;opposition \u00e0 l&rsquo;Administration P\u00e9nitentiaire, le fagot s&rsquo;av\u00e8re plut\u00f4t loquace au grand \u00e9tonnement du policier qui r\u00e9it\u00e8re ses visites les 17, 21 et 22 de ce mois et une derni\u00e8re fois le 9 d\u00e9cembre. De toute \u00e9vidence, l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un envoi au camp de la Montagne d&rsquo;Argent effraie le bagnard au plus haut point. Ouvert d\u00e8s 1852, le chantier forestier, situ\u00e9 sur la commune d&rsquo;Ouanary, est \u00e9vacu\u00e9 douze ans plus tard, les hommes punis y tombent comme des mouches\u00a0: plus de 60% de mortalit\u00e9 enregistr\u00e9e par exemple pour la seule ann\u00e9e 1856\u00a0! R\u00e9occup\u00e9 partiellement en 1886, on y envoie d\u00e9sormais les incorrigibles, les r\u00e9fractaires, ceux qui ont tent\u00e9 d&#8217;embrasser la Belle. Alors, le matricule 31011 se met imm\u00e9diatement \u00e0 table\u00a0; il justifie son \u00ab\u00a0absence ill\u00e9gale\u00a0\u00bb par les mauvais traitements que lui ont inflig\u00e9 ses cod\u00e9tenus mais surtout, r\u00e9v\u00e8le par sa d\u00e9lictueuse exp\u00e9rience l&rsquo;existence d&rsquo;une Internationale Anarchiste de la Cambriole. Il \u00e9nonce des faits, il signale des lieux, il donne des noms. Il est coutumier du fait. Quatre mois plus tard, le 22 avril 1903 au petit matin, l&rsquo;agent Pruvost est tu\u00e9 \u00e0 Pont R\u00e9my, dans la Somme, par F\u00e9lix Bour alors qu&rsquo;il tent\u00e9 d&rsquo;arr\u00eater avec son coll\u00e8gue Anquier trois cambrioleurs signal\u00e9s la veille au soir \u00e0 Abbeville. Le m\u00eame jour Alexandre Jacob est arr\u00eat\u00e9 \u00e0 Airaisne non loin de l\u00e0. L&rsquo;instruction en vue du proc\u00e8s de la bande dite \u00ab\u00a0sinistre\u00a0\u00bb commence et, pour le juge Hatt\u00e9, les r\u00e9v\u00e9lations guyanaises du for\u00e7at 31011 ne manquent pas d&rsquo;int\u00e9r\u00eat.<!--more--><\/p>\n<p>Nom : Bernard. Pr\u00e9noms : Charles Nicolas. Profession : voleur. Il est \u00e0 peu pr\u00e8s s\u00fbr que le passif du susnomm\u00e9 ne plaide pas en sa faveur lors de son proc\u00e8s aux assises de Nancy le 28 mars 1900. Le Rambuvetais y est jug\u00e9 pour le vol commis \u00e0 Rosi\u00e8res aux Salines huit mois plus t\u00f4t chez le rentier Marchal. Le larcin avait rapport\u00e9 quelques 120000 francs en valeurs. Deux des complices se sont fait rapidement pincer, l&rsquo;un \u00e0 Paris le 30 juillet 1899, l&rsquo;autre peu de temps apr\u00e8s. De Besan\u00e7on o\u00f9 il a appris la nouvelle de leur arrestation, Bernard a fui vers la Suisse. C&rsquo;est \u00e0 Zurich qu&rsquo;il est alpagu\u00e9 le 3 d\u00e9cembre, avec sa compagne, le p\u00e8re de celle-ci et une autre femme, par les forces helv\u00e8tes de l&rsquo;ordre. Bernard fait partie de ces multir\u00e9cidivistes que la troisi\u00e8me R\u00e9publique esp\u00e8re bien \u00e9liminer en les envoyant expier leurs crimes et d\u00e9lits en Guyane. Bernard est condamn\u00e9 \u00e0 15 ans de travaux forc\u00e9s, assortis de la rel\u00e9gation \u00e0 vie. Fin de carri\u00e8re Il y mourra l\u00e0-bas.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/rambervillers-copier.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-4026\" title=\"Rambervillers\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/rambervillers-copier-300x191.jpg\" alt=\"\" width=\"186\" height=\"118\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/rambervillers-copier-300x191.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/rambervillers-copier.jpg 640w\" sizes=\"(max-width: 186px) 100vw, 186px\" \/><\/a>N\u00e9 \u00e0 Rambervillers, entre Epinal et Saint Di\u00e9, le 31 mai 1874, le Vosgien est condamn\u00e9 une premi\u00e8re fois le 07\u00a0 septembre 1894 \u00e0 trois mois de prison \u00e0 Belfort pour abus de confiance. C&rsquo;est encore la m\u00eame accusation qui est confirm\u00e9e un peu moins de deux mois apr\u00e8s sa lib\u00e9ration par le tribunal de Mirecourt. Mais la peine prononc\u00e9e est le double de celle subie \u00e0 Belfort. Cela ne d\u00e9courage de tout \u00e9vidence pas le jeune Bernard. Le tribunal d&rsquo;Orange rajoute le 21 f\u00e9vrier 1895 quatre mois suppl\u00e9mentaires pour escroquerie. Le tout jeune majeur est ensuite imm\u00e9diatement incorpor\u00e9 dans les bataillons d&rsquo;Afrique pour trois ans \u00e0 la suite d&rsquo;un vol commis sous les drapeaux et d&rsquo;une d\u00e9sertion. L\u00e0, le tribunal de Tunis lui inflige une peine de deux ans de prison pour vol le 28 novembre 1896. Mais l&rsquo;escarpe vosgienne s&rsquo;\u00e9vade de Biribi. On le retrouve \u00e0 Marseille o\u00f9, en 1897, d&rsquo;apr\u00e8s ses dires, il commet un premier cambriolage en compagnie des fr\u00e8res Paulin qu&rsquo;un soi-disant hasard lui aurait mis sur la route. \u00ab\u00a0Cette somme\u00a0 gagn\u00e9e aussi facilement et en peu de temps m&rsquo;encouragea. Quinze jour plus tard, avec un nomm\u00e9 Jacob de Marseille, je commettais un autre vol.\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le voil\u00e0 lanc\u00e9 dans la profession mais aussi dans cette anarchie \u00e0 laquelle il nie apr\u00e8s coup toute adh\u00e9sion. Dans l&rsquo;attente de son d\u00e9part pour la Guyane, il \u00e9crit du d\u00e9p\u00f4t p\u00e9nitentiaire de Saint Martin de R\u00e9 le 17 octobre 1900 au ministre de la justice en lettres majuscules\u00a0: \u00ab\u00a0JE NE SUIS PAS ET N&rsquo;AI JAMAIS ETE ANARCHISTE\u00a0\u00bb. Redoute-t-il un internement aux \u00eeles du Salut\u00a0? C&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;on parque les agit\u00e9s du drapeau noir\u00a0; qu&rsquo;on les massacre aussi comme lors de la r\u00e9volte des 21\/22 octobre 1894<a name=\"_ftnref1\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>. L&rsquo;\u00e9vasion y est impossible. Toujours est-il qu&rsquo;\u00e0 Lyon, puis \u00e0 Paris, il rencontre un certain nombre de compagnons dont certains pratiquent l&rsquo;usage de la pince monseigneur. Mais Bernard n&rsquo;a pas d\u00fb rester tr\u00e8s longtemps dans la capitale et nous le retrouvons une fois encore devant le tribunal de Nancy le 25 f\u00e9vrier 1897 ; il est condamn\u00e9 \u00e0 six mois de prison pour vol et escroquerie. Dix mois plus tard, le m\u00eame tribunal lui inflige une peine de quinze mois de prison pour abus de confiance. Lib\u00e9r\u00e9 en mars 1899, il semble avoir repris ses visites nocturnes des demeures bourgeoises jusqu&rsquo;au vol du 10 juin\u00a0 de cette ann\u00e9e\u00a0 \u00e0 Rosi\u00e8re aux Salines, pr\u00e8s de Nancy.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/bernard-charles.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-4027\" title=\"Bernard Charles\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/bernard-charles.jpg\" alt=\"\" width=\"102\" height=\"186\" \/><\/a>Le cas de Bernard d\u00e9passe largement le cadre de la d\u00e9linquance, petite, moyenne ou grande. Le dossier du voleur, conserv\u00e9 aux Archives d\u00e9partementales de la Meurthe et Moselle et fort de quelques 1200 pi\u00e8ces, constitue m\u00eame une des pi\u00e8ces de la d\u00e9monstration de l&rsquo;historien Vivien Bouhey visant, en 2009 dans son ouvrage <em>Les anarchistes contre la R\u00e9publique<a name=\"_ftnref2\" href=\"#_ftn2\"><strong>[2]<\/strong><\/a><\/em>, \u00e0 \u00e9tablir un tr\u00e8s improbable complot international financ\u00e9 par un vaste mouvement ill\u00e9galiste. Car Charles Bernard ne comparait pas seul pour le jugement de cette affaire. Cinq co-accus\u00e9s se tiennent avec lui devant les jur\u00e9s. Quatre hommes et deux femmes ont donc \u00e0 r\u00e9pondre de l&rsquo;accusation de vol qualifi\u00e9, complicit\u00e9 de vol qualifi\u00e9, abus de confiance et complicit\u00e9, recel et association de malfaiteurs : Fernand Pr\u00e9valet, 23 ans, typographe ; Schouppe Julienne, 18 ans, fille de Placide Schouppe et amante de Bernard ; Temp\u00e9r\u00e9 Jeanne, 25 ans, modiste ; Desmons Bernard dit Del Ribo, colporteur ; et\u00a0 surtout Placide Schouppe, cambrioleur anarchiste bien connu des services de police et de justice. L&rsquo;instruction a montr\u00e9 des ramifications \u00e0 Londres, \u00e0 Bruxelles et \u00e0 Z\u00fcrich. Un autre (Mayer Alfred, 25 ans, sans profession) est en fuite. Bernard a la langue bien pendue ; les interrogatoires de la police nanc\u00e9enne montrent une \u00e9vidente culpabilit\u00e9. L&#8217;empreinte anarchiste de facto un dossier au demeurant bien charg\u00e9. Est-ce pour cela que l&rsquo;homme cherche \u00e0 all\u00e9ger son cas ?<\/p>\n<p>Dans le dossier d&rsquo;instruction de l&rsquo;affaire figure une liste, donn\u00e9e par Bernard \u00e0 la police, d&rsquo;une quarantaine d&rsquo;individus mentionn\u00e9s comme anarchistes connus par lui, en France et au-del\u00e0. Dans cette liste, apparaissent les noms de Malato (dont on retrouve dans ce dossier d&rsquo;instruction une courte correspondance avec Placide Schouppe), mais aussi de Sim\u00e9on Charles (d\u00e9sign\u00e9 par le d\u00e9lateur comme fabricant principal \u00e0 Paris du mat\u00e9riel pour cambrioleurs) et de Jules Lemaire \u00e0 Amiens, de Marocco \u00e0 Londres, etc.<\/p>\n<p>Bernard affirme \u00e9galement avoir assist\u00e9 dans le local du journal <em>Le Peuple<\/em> \u00e0 de nombreuses conf\u00e9rences au cours desquelles les orateurs de l&rsquo;anarchie S\u00e9bastien Faure, Constant Martin (le fameux p\u00e8re Lapurge), Matha, Compain et Libertad prirent souvent la parole. Ce dernier est m\u00eame l&rsquo;objet d&rsquo;une convocation de la S\u00fbret\u00e9 parisienne pour s&rsquo;expliquer sur le fait d&rsquo;avoir h\u00e9berg\u00e9 Del Ribo en fuite. Toujours dans le m\u00eame dossier, la S\u00fbret\u00e9 r\u00e9v\u00e8le la tenue \u00e0 Z\u00fcrich d&rsquo;une \u00ab r\u00e9union secr\u00e8te \u00bb au mois de novembre 1899 chez le compagnon Antonio Gagliardi, originaire du canton du Tessin et ici retranscrit par la maladroite dextre polici\u00e8re \u00ab Gailliardi \u00bb, en vue de la pr\u00e9paration d&rsquo;un attentat \u00e0 la bombe devant perturber l&rsquo;exposition universelle de Paris \u00e0 venir. Il est encore pr\u00e9cis\u00e9 que l&rsquo;anarchiste, connu pour apporter son aide aux proscrits, serait \u00ab en relation avec un nomm\u00e9 Malatesta l&rsquo;un des chefs de groupes anarchistes italiens et suisses \u00bb.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/pref-police.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-158\" title=\"l\\'oeil de la police\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/pref-police-300x300.jpg\" alt=\"l\\'oeil de la police\" width=\"154\" height=\"154\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/pref-police-300x300.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/pref-police-150x150.jpg 150w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/pref-police.jpg 320w\" sizes=\"(max-width: 154px) 100vw, 154px\" \/><\/a>Le cas du voleur Bernard permettrait, dans le cadre d&rsquo;une analyse, peu critique et tr\u00e8s parano\u00efaque, des sources polici\u00e8res de mettre effectivement en lumi\u00e8re des r\u00e9seaux internationaux agissant. Bernard assure\u00a0 m\u00eame depuis la Guyane que le journal <em>Le Peuple<\/em> est financ\u00e9 par le produit des cambriolages, que Faure et Malatesta se voient r\u00e9guli\u00e8rement, qu&rsquo;ils projettent nombre d&rsquo;attentats alors qu&rsquo;ils vivent grassement comme ces m\u00eames petits et gros bourgeois qu&rsquo;ils n&rsquo;ont de cesse de d\u00e9noncer\u00a0! Le fagot si conciliant signale encore depuis la Guyane que Malatesta entretient le mouvement jusqu&rsquo;aux Etats Unis\u00a0; qu&rsquo;il \u00ab\u00a0y est appel\u00e9 souvent, qu&rsquo;il s&rsquo;y rend et dirige un parti tr\u00e8s exalt\u00e9 dont l&rsquo;assassin du Pr\u00e9sident Mac Kinley doit \u00eatre du nombre.\u00a0\u00bb Malatesta, Faure, des voleurs, des assassins, la grande arm\u00e9e du drapeau noir apparait particuli\u00e8rement agissante dans les \u00e9crits accusateurs du fagot Bernard. Le d\u00e9lateur force de toute \u00e9vidence le trait, tout en se d\u00e9douanant, pour mieux convaincre et app\u00e2ter son judiciaire et policier lectorat.<\/p>\n<p>Il va de soi que cette hypoth\u00e8se nous parait tr\u00e8s critiquable. Car ne serait-il pas plus judicieux d&rsquo;entrevoir, dans ce dossier, la psychose de l&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9 et de la propagande par le fait d&rsquo;une part, et, de l&rsquo;autre, la d\u00e9nonciation affabulatrice par le voleur vosgien de militants de premier et de second ordre dans l&rsquo;unique but, non de se disculper, mais d&rsquo;all\u00e9ger son cas en servant d&rsquo;indicateur. Bernard se servirait alors des r\u00e9seaux de relation de son beau-p\u00e8re Placide Schouppe, voleur et ill\u00e9galiste anarchiste de renom.<\/p>\n<p>De la Guyane o\u00f9 il purge sa peine, le fagot Bernard \u00e9crit, en 1903, une lettre au ministre des colonies dans laquelle il raconte, \u00ab \u00e0 tort ou \u00e0 raison, qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 initi\u00e9 dans le m\u00e9tier de cambrioleur par Jacob avec qui il a fait un grand nombre de m\u00e9faits \u00bb. Quel cr\u00e9dit pouvons-nous accorder \u00e0 la nouvelle d\u00e9nonciation de Bernard, le sachant rompu \u00e0 de telles pratiques ? Gr\u00e2ce \u00e0 la d\u00e9lation, les bagnards obtiennent en effet de nombreux avantages : adoucissement de peine, ration suppl\u00e9mentaire, suppression de corv\u00e9e, etc. Pour Bernard, il s&rsquo;agit d&rsquo;\u00e9viter un envoi au camp de la Montagne d&rsquo;Argent et il esp\u00e8re m\u00eame avec un peu de chance pouvoir \u00eatre transf\u00e9r\u00e9 en France de mani\u00e8re \u00e0 pouvoir aider au d\u00e9mant\u00e8lement d&rsquo;une bande de cambrioleurs anarchistes. Bernard cherche \u00e0 sortir du bagne.<\/p>\n<p>Mais il est\u00a0 toutefois troublant de voir appara\u00eetre dans le dossier d&rsquo;instruction de Bernard les noms de personnalit\u00e9s proches d&rsquo;Alexandre Jacob. Sim\u00e9on Charles compara\u00eet \u00e0 Amiens avec lui du 8 au 22 mars 1905. Jules Lemaire est le g\u00e9rant de journal libertaire ami\u00e9nois <em>Germinal<\/em> \u00e0 partir de novembre 1904 et ce journal prend une part active dans la propagande anarchiste en faveur des Travailleurs de la Nuit jug\u00e9s par la cour d&rsquo;assises picarde. Nous n&rsquo;accr\u00e9ditons pas pour autant la th\u00e8se d&rsquo;une internationale noire de la pince monseigneur.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/alexandre-jacob-17-ans.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-306\" title=\"Alexandre Jacob \u00e0 17 ans\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/alexandre-jacob-17-ans.jpg\" alt=\"Alexandre Jacob \u00e0 17 ans\" width=\"146\" height=\"201\" \/><\/a>Si le lien qui unit Bernard \u00e0 Schouppe est ind\u00e9niable, \u00e0 aucun moment en revanche le nom d&rsquo;Alexandre Jacob n&rsquo;est cit\u00e9 dans le dossier d&rsquo;instruction du juge nanc\u00e9ien en 1900 et n&rsquo;apparait que deux fois dans le dossier du bagnard 31011 conserv\u00e9 aux ANOM d&rsquo;Aix en Provence. De plus, la concordance des temps pose probl\u00e8me. En effet, Bernard est pass\u00e9 par Marseille et donne la date de 1897 sans pr\u00e9ciser de mois. Or\u00a0 il est condamn\u00e9 par le tribunal de Nancy le 25 f\u00e9vrier de cette ann\u00e9e et commet le vol aux Rosi\u00e8res aux salines au mois de novembre 1899 (avant d&rsquo;\u00eatre jug\u00e9 une nouvelle fois au mois de mars 1900). Dans ce laps de temps, Alexandre Jacob int\u00e8gre le groupe libertaire de <em>la Jeunesse Internationale<\/em>, participe \u00e0 la cr\u00e9ation du journal <em>L&rsquo;Agitateur<\/em> et fait ses premiers pas dans l&rsquo;ill\u00e9galisme anarchiste \u00e0 Marseille (1897 : arrestation pour fabrication d&rsquo;explosif ; 31 mars 1899 : vol du mont de pi\u00e9t\u00e9 ; avril 1900 : \u00e9vasion de l&rsquo;asile de Montperrin \u00e0 Aix en Provence). Une rencontre entre les deux voleurs au d\u00e9but de l&rsquo;ann\u00e9e 1897 est possible mais il appara\u00eet difficile d&rsquo;imaginer une quelconque initiation du Vosgien de 23 ans \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque par un minot marseillais de cinq ans son cadet au monde des p\u00e8gres d&rsquo;une part, \u00e0 celui de l&rsquo;anarchie de l&rsquo;autre m\u00eame si Bernard affirme le 8 d\u00e9cembre 1902 avoir \u00e9t\u00e9 porteur d&rsquo;une lettre de recommandation sign\u00e9e de la main de Jacob pour les camarades parisiens.<\/p>\n<p>Les informations donn\u00e9es par Bernard mettent n\u00e9anmoins en relief un r\u00e9seau dans lequel Alexandre Jacob a tr\u00e8s bien pu \u00e9voluer par la suite puisque l&rsquo;on retrouve les noms de Sim\u00e9on Charles, de Jules Lemaire ou encore de Marocco qui, \u00e0 Londres, \u00e9coule les titres vol\u00e9s. Le juge d&rsquo;instruction Hatt\u00e9, qui m\u00e8ne l&rsquo;enqu\u00eate en vue du proc\u00e8s de la \u00ab bande d&rsquo;Abbeville \u00bb, d\u00e9mantel\u00e9e progressivement apr\u00e8s l&rsquo;arrestation de Jacob \u00e0 Airaisne en 1903, retient en tout cas la d\u00e9nonciation de Charles Bernard alors que le s\u00e9tois Ernest Saurel, ami de Caserio chez qui Jacob avait form\u00e9 sa premi\u00e8re brigade de Travailleur de la Nuit n&rsquo;est jamais inqui\u00e9t\u00e9 par dame Justice malgr\u00e9 la lettre d&rsquo;accusation envoy\u00e9e en 1904 par un d\u00e9nomm\u00e9 Salvatore. Le \u00ab drame de Pont R\u00e9my \u00bb (nuit du 21 au 22 avril 1903) ayant \u00ab \u00e9mu \u00bb l&rsquo;opinion publique \u00e0 la suite de la mort de l&rsquo;agent Pruvost tu\u00e9 par F\u00e9lix Bour, le cas Jacob doit fatalement \u00eatre charg\u00e9. Le propos de Charles Bernard alimente donc l&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;un Alexandre Jacob chef anarchiste influent, \u00ab\u00a0leader charismatique\u00a0\u00bb et bandit des plus dangereux. Les propos du commissaire Girault d&rsquo;Abbeville, enqu\u00eatant pour le juge Hatt\u00e9, vont \u00e9galement dans le sens d&rsquo;un organisateur hors pair, sachant diriger et mener ses hommes. Mais ni le juge Hatt\u00e9, ni le commissaire Girault n&rsquo;ont une connaissance pointue du fait anarchiste. Celui-l\u00e0 va m\u00eame, dans ces rapports, m\u00ealer l&rsquo;honn\u00eate cambrioleur Jacob \u00e0 Ravachol, guillotin\u00e9 en 1892 alors que le premier n&rsquo;a que 13 ans ! La question qui doit donc \u00eatre pos\u00e9e est celle de la connaissance par Bernard de la geste \u00ab jacobienne \u00bb \u00e0 Marseille et des cambriolages commis par les Travailleurs de la Nuit.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/bernard-charles.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-4027\" title=\"Bernard Charles\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/bernard-charles.jpg\" alt=\"\" width=\"112\" height=\"204\" \/><\/a>Charles Bernard purge sa peine de 15 ans de travaux forc\u00e9s \u00e0 Cayenne. Il est arriv\u00e9 dans la colonie p\u00e9nitentiaire en janvier 1901 et, jusqu&rsquo;\u00e0 son \u00e9vasion rat\u00e9e de novembre 1902, qu&rsquo;une l\u00e9g\u00e8re punition de 15 jours de cachots. Son beau-p\u00e8re Placide Schouppe est intern\u00e9 sur l&rsquo;\u00eele Saint joseph et se lie d&rsquo;amiti\u00e9 avec Arthur Roques, le \u00ab\u00a0professeur de vol\u00a0\u00bb et complice de Jacob dans l&rsquo;affaire du Mont de Pi\u00e9t\u00e9 de Marseille (31 mars 1899). Le lien Bernard-Schouppe-Roques pourrait expliquer de fait la lettre de d\u00e9nonciation que le premier envoie \u00e0 la justice fran\u00e7aise dans le cadre de l&rsquo;affaire Jacob. Remarquons enfin que Placide Schouppe, avant de s&rsquo;\u00e9vader une 1\u00e8re fois de Guyane en 1891, s&rsquo;int\u00e8gre avec son fr\u00e8re dans la bande d&rsquo;ill\u00e9galistes que les anarchistes italiens Pini et Parmeggiani organisent \u00e0 Paris en 1887. Jean Graves, dans ses souvenirs donne un portrait peu flatteur des fr\u00e8res Schouppe m\u00eame s&rsquo;il appara\u00eet certain que devant les jur\u00e9s qui les condamn\u00e8rent, ils ne firent gu\u00e8re preuve d&rsquo;ardeur militante, contrairement \u00e0 Pini : \u00ab Ce ne fut que plus tard que j&rsquo;appris, qu&rsquo;associ\u00e9s avec les fr\u00e8res Schouppe, Pini et Parmeggiani formaient une bande de cambrioleurs dont les op\u00e9rations se chiffraient par centaines de mille de francs. Ces Schouppe, parait-il, se targuaient d&rsquo;\u00eatre anarchistes mais, en r\u00e9alit\u00e9, ils n&rsquo;\u00e9taient que des jouisseurs et de vulgaires voleurs. De leurs fructueux vols, je n&rsquo;ai jamais entendu dire que la moindre partie soit all\u00e9e \u00e0 une \u0153uvre de propagande \u00bb. Les lettres de Schouppe \u00e0 Malato, conserv\u00e9es dans le dossier Bernard, tendent \u00e0 prouver contrairement \u00e0 ce qu&rsquo;affirme le \u00ab\u00a0pape de la rue Mouffetard\u00a0\u00bb que le beau-p\u00e8re du voleur vosgien est bien un libertaire.<\/p>\n<p>L&rsquo;amiti\u00e9 qui unit Schouppe \u00e0 Roques permet alors \u00e0 Bernard d&rsquo;esp\u00e9rer adoucir son sort de bagnard en donnant sur Jacob des informations pour le moins ambigu\u00ebs. Si le crime ne paie pas, la d\u00e9lation non plus parfois et c&rsquo;est sur la Terre de Grande Punition que le voleur, menteur et vosgien Charles Bernard finit sa douloureuse exp\u00e9rience de l&rsquo;expiation \u00e0 la fran\u00e7aise. Le 3 d\u00e9cembre 1903, le Garde des Sceaux \u00e9crit au gouverneur de la Guyane\u00a0: \u00ab\u00a0J&rsquo;ai d\u00e9cid\u00e9 apr\u00e8s enqu\u00eate que ces r\u00e9v\u00e9lations ne sont pas de nature \u00e0 motiver le retour du nomm\u00e9 Bernard en France\u00a0\u00bb. Le matricule 31011 n&rsquo;ira pas non plus au camp de la Montagne d&rsquo;Argent\u00a0; il n&rsquo;\u00e9cope que de 90 jours de cellule pour avoir \u00e9chou\u00e9 son \u00e9vasion. Faut-il y voir une mesure gracieuse\u00a0? Toujours est-il que Bernard ne se fait quasiment plus remarquer par la suite. C&rsquo;est un for\u00e7at mod\u00e8le qui devient m\u00eame porte-cl\u00e9 et acc\u00e8de \u00e0 la rel\u00e9gation individuelle le 27 mai 1915. Charles la poucave meurt dans les ann\u00e9es 1930.<\/p>\n<p><strong>Tribunal de Nancy<\/strong><\/p>\n<p><strong>1899<\/strong><\/p>\n<p><strong>Vol de 120000 francs<\/strong><\/p>\n<p>Le 10 juin 1899, vers 7h1\/2 du soir, un individu, reconnu dpuis pour \u00eatre un nomm\u00e9 Bernard Charles, r\u00e9ussit \u00e0 \u00e9loigner de son domicile, M. Marchal, rentier, \u00e0 Rosi\u00e8res aux Salines, en lui faisant croire qu&rsquo;un nomm\u00e9 Berthold Messer, &#8211; dont il lui remettait la carte de visite imprim\u00e9e, &#8211; \u00e9tait charg\u00e9 d&rsquo;une commission pour lui de la part d&rsquo;un de ses fr\u00e8res de Fametz, et en lui donnant rendez-vous \u00e0 la gare, entre les trains de 9h23 et 9h35. A son retour, vers 10h1\/4, M. Marchal constata que des cambrioleurs avaient profit\u00e9 de son absence pour p\u00e9n\u00e9trer\u00a0 chez lui \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;escalade et d&rsquo;effraction, avaient \u00e9ventr\u00e9 son coffre-fort, y avaient d\u00e9rob\u00e9 pour 120000 francs environ de valeurs au porteur, enfin lui avaient soustrait divers effets et quelques bijoux.<\/p>\n<p>L&rsquo;un des auteurs de ce vol est s\u00fbrement le nomm\u00e9 Bernard,Charles Nicolas, \u00e2g\u00e9 de 25 ans, n\u00e9 \u00e0 Rambervillers le 21 mai 1874, fils d&rsquo;Alexandre et de Marie Louise Jos\u00e9phine Pilot et dont la photographie est ci-contre. Il faut noter toutefois que, le 10 juin, il \u00e9tait ras\u00e9 et ne portait qu&rsquo;une petite moustache.<\/p>\n<p>Son signalement est le suivant :<\/p>\n<p>Taille 1m69 \u00e0 1m70. Cheveux ch\u00e2tains, coup\u00e9s en brosse. Petite moustache blonde. Front fuyant. Grands yeux marrons. Nez effil\u00e9. Figure allong\u00e9e. Joues creuses. Teint p\u00e2le, mat, jaun\u00e2tre. L\u00e8vre inf\u00e9rieure pro\u00e9minente. Menton bi-lob\u00e9. Assez beau gar\u00e7on, maigre, mais bien charpent\u00e9. Regard dur, en dessous. Air intelligent. Ton imp\u00e9rieux. S&rsquo;exprimant bien. Ayant suivi les cours d&rsquo;une \u00e9cole professionnelle. Ancien sergent de chasseurs \u00e0 pied, ayant servi en Alg\u00e9rie et aux Colonies.<\/p>\n<p>Bernard a voyag\u00e9 en Belgique, en Hollande, en Alg\u00e9rie et peut-\u00eatre en Am\u00e9rique, car il s&rsquo;est vant\u00e9 d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 plusieurs fois \u00e0 New York. Il a manifest\u00e9 l&rsquo;intention de partir pour les Indes anglaises ou n\u00e9erlandaises.<\/p>\n<p>Il a l&rsquo;habitude de changer de noms et, lors des faits qui ont motiv\u00e9 sa derni\u00e8re condamnation, il a dit successivement s&rsquo;appeler de Villantroy, Mathieu, Keesmaecker Albert Emile, n\u00e9 \u00e0 Maestrickt, Drosz, Richard, n\u00e9 \u00e0 Solingen (Prusse), Vermesch, Vinger ou Morel. Il s&rsquo;intitulait marchand de vins, voyageur de la maison Peugeot, ing\u00e9nieur \u00e0 Ghlins et Anvers ou encore avocat \u00e0 Lille. Sa sp\u00e9cialit\u00e9 jusqu&rsquo;ici consistait \u00e0 voler des bicyclettes, des tricycles \u00e0 p\u00e9trole et des automobiles. A rechercher particuli\u00e8rement parmi les cyclistes fr\u00e9quentant les v\u00e9lodromes.<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/bernard-charles.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-4027\" title=\"Bernard Charles\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/bernard-charles.jpg\" alt=\"\" width=\"105\" height=\"190\" \/><\/a>Cayenne le 27 novembre 1902<\/strong><\/p>\n<p><strong>Monsieur le Commissaire,<\/strong><\/p>\n<p>En vous transmettant ci-inclus la lettre que j&rsquo;adresse \u00e0 Monsieur le chef de la S\u00fbret\u00e9 d&rsquo;Amiens, je tiens encore une fois \u00e0 vous rappeler aux fins que vous jugez convenables les motifs qui m&rsquo;ont oblig\u00e9 \u00e0 m&rsquo;absenter ill\u00e9galement de ce p\u00e9nitencier. Depuis mon arriv\u00e9e \u00e0 la colonie, je fus employ\u00e9 \u00e0 divers services qui me mettaient en pr\u00e9sence constante avec nos sup\u00e9rieurs, emplois qui me procur\u00e8rent \u00e9galement quelques faveurs. De l\u00e0, la jalousie de mes cod\u00e9tenus. Principalement \u00e0 Cayenne, je fus l&rsquo;objet d&rsquo;injures telles que mouchard, fumier, etc. Enfin, tout le dictionnaire outrageant du bagne me fut qualifi\u00e9 et, plus encore, je fus maltrait\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises sans avoir prononc\u00e9 une seule parole. D\u00e9sol\u00e9, toujours sur le qui-vive des coups, j&rsquo;avais r\u00e9solu de mourir dans un cul de basse-fosse plut\u00f4t que de vivre dans un milieu aussi corrompu. C&rsquo;est pourquoi je me suis absent\u00e9 ill\u00e9galement.<\/p>\n<p>N&rsquo;osant en r\u00e9f\u00e9rer dans la crainte de repr\u00e9sailles plus graves, cependant, \u00e0 ma r\u00e9int\u00e9gration, j&rsquo;en ai fait part \u00e0 Monsieur le chef de d\u00e9p\u00f4t. Ainsi, Monsieur le Commissaire, esp\u00e9rant obtenir comme pr\u00e9vu par les r\u00e9v\u00e9lations que je vois ai faites une am\u00e9lioration par r\u00e9duction de peine \u00e0 ma situation, je vous serez profond\u00e9ment reconnaissant de vouloir bien parler en ma faveur \u00e0 Monsieur le Procureur G\u00e9n\u00e9ral en lui exposant ma malheureuse situation et en sollicitant pour moi, tout en me maintenant \u00e0 Cayenne, une s\u00e9paration de mes cod\u00e9tenus, en me faisant diriger sur l&rsquo;Enfant perdu en attendant mon d\u00e9part probable pour la France.<\/p>\n<p>Dans cet espoir, veuillez agr\u00e9er Monsieur le Commissaire l&rsquo;assurance de mon enti\u00e8re reconnaissance.<\/p>\n<p>Charles Bernard<\/p>\n<p>N\u00b0 M\u00b0 31011<\/p>\n<p><strong>Proc\u00e8s-verbal de d\u00e9clarations du transport\u00e9 Bernard,<\/strong><\/p>\n<p><strong>Commissaire de police aux d\u00e9l\u00e9gations judiciaires de Cayenne, Armand Chelle,<\/strong><\/p>\n<p><strong>8 d\u00e9cembre 1902<\/strong><\/p>\n<p>(&#8230;) Anarchie. Cette question est une des plus minutieuses vue son importance. Je tiens tout d&rsquo;abord \u00e0 vous faire conna\u00eetre que je n&rsquo;ai jamais adh\u00e9r\u00e9 en quoi que ce soit aux principes et th\u00e9orie qu&rsquo;elle enseigne, lesquels me r\u00e9pugnent outre-mesure. J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 tout simplement le jouet d&rsquo;individus, mes complices des diff\u00e9rents vols que j&rsquo;ai commis. Je vais vous expliquer comment je me suis trouv\u00e9 parmi cette bande et les relations qui m&rsquo;ont oblig\u00e9 \u00e0 garder le silence jusqu&rsquo;\u00e0 ce jour.<\/p>\n<p>Par une circonstance absolument fortuite \u00e0 la suite de ma d\u00e9sertion, je fis la connaissance en 1897, \u00e0 Marseille, au caf\u00e9 des [Paludiers], de deux individus, les fr\u00e8res Paulin, habitant cette ville.<\/p>\n<p>Au caf\u00e9 situ\u00e9 pr\u00e8s de l&rsquo;h\u00f4tel de la Croix de Malte, au coin du boulevard Belsunce, je trouvais mes camarades charg\u00e9s d&rsquo;outils \u00e0 l&rsquo;usage des cambrioleurs. Apr\u00e8s avoir bu quelques verres que j&rsquo;absorbais avec plaisir pour me donner les forces et le courage n\u00e9cessaires, [nous cambriol\u00e2mes une demeure marseillaise]. Le produit du vol, 7000 francs environ, fut partag\u00e9\u00a0; j&rsquo;obtins ma part\u00a0: 2250 francs. Cette somme\u00a0 gagn\u00e9e aussi facilement et en peu de temps m&rsquo;encouragea. Quinze jour plus tard, avec un nomm\u00e9 Jacob de Marseille, je commettais un autre vol.<\/p>\n<p>Je me d\u00e9cidai alors \u00e0 quitter Marseille pour aller \u00e0 Lyon et \u00e0 Paris. Avant de partir, Jacob m&rsquo;avait charg\u00e9 de certaines commissions pour les camarades \u00e0 Paris parmi lesquels S\u00e9bastien Faure. J&rsquo;avais \u00e9galement une lettre de recommandation et je fus donc re\u00e7u. Jusqu&rsquo;\u00e0 ce moment, je n&rsquo;avais entendu parler de Faure pas plus que je ne savais ce que c&rsquo;\u00e9tait que l&rsquo;anarchie. Je fus pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 un groupe d&rsquo;individus et, avec deux d&rsquo;entre eux, je commettais quinze jours apr\u00e8s mon arriv\u00e9e un vol peu important \u00e0 Paris. (&#8230;)<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/imgp2538-copier.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-4016\" title=\"L\\'honn\u00eate cambrioleur \u00e0 Amiens\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/imgp2538-copier-225x300.jpg\" alt=\"\" width=\"114\" height=\"152\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/imgp2538-copier-225x300.jpg 225w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/imgp2538-copier.jpg 432w\" sizes=\"(max-width: 114px) 100vw, 114px\" \/><\/a>Amiens le 3 juin 1903<\/strong><\/p>\n<p><strong>La Commissaire central d&rsquo;Amiens \u00e0 Monsieur le Pr\u00e9fet de la Somme<\/strong><\/p>\n<p>J&rsquo;ai re\u00e7u en communication copie d&rsquo;un proc\u00e8s-verbal de 70 pages dress\u00e9 par le commissaire de police aux d\u00e9l\u00e9gations judiciaires de Cayenne qui a re\u00e7u les confidences ou plut\u00f4t les r\u00e9v\u00e9lations d&rsquo;un nomm\u00e9 Bernard Charles, Nicolas, n\u00e9 en 1874 \u00e0 Rambervillers (Vosges), qui subit actuellement \u00e0 la Guyane fran\u00e7aise une peine de 15 ans de travaux forc\u00e9s \u00e0 laquelle il a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 le 4 ao\u00fbt 1900 par les assises de la Meurthe et Moselle, pour vol qualifi\u00e9, association de malfaiteurs et abus de confiance.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir racont\u00e9 ses d\u00e9buts dans la vie et comment il est entr\u00e9 dans une association de malfaiteurs qui avait des adeptes dans presque tous les pays d&rsquo;Europe, m\u00eame aux Etats Unis et s&rsquo;\u00eatre avou\u00e9 l&rsquo;auteur de nombreux cambriolages pour lesquels il n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9, cet individu revient sur certaines r\u00e9v\u00e9lations qu&rsquo;il fit en 1900 \u00e0 l&rsquo;inspecteur de police Lhennet qui \u00e9tait all\u00e9 le voir \u00e0 la prison de Nancy.<\/p>\n<p>Je rel\u00e8ve les passages de ses d\u00e9clarations qui peuvent nous int\u00e9resser\u00a0:<\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\">Page 17\u00a0:<\/span> \u00ab\u00a0En dehors de l&rsquo;affaire pour laquelle j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9, Catelli a liquid\u00e9 les titres du vol commis en 1898 au pr\u00e9judice de la succursale de la maison Peugeot situ\u00e9e avenue de la grande arm\u00e9e Paris. Les auteurs de ces vols, je les connais mais sous des noms d&#8217;emprunt, \u00ab\u00a0Louis et Gustave\u00a0\u00bb. Ces individus sont tr\u00e8s faciles \u00e0 retrouver, ils ont des relations ou du moins ils en avaient et de tr\u00e8s constants en 1899 avec le directeur du journal du Peuple dont le milieu est le rendez-vous des malfaiteurs. Le nomm\u00e9 Catelli dont je viens de vous parler, a n\u00e9goci\u00e9 les titres d&rsquo;un vol commis \u00e0 Amiens au pr\u00e9judice de la Compagnie du gaz et de plusieurs autres propri\u00e9taires dont je ne me rappelle pas le nom\u00a0; ces derniers vols ont \u00e9t\u00e9 commis dans le m\u00eame mois. Sur mes d\u00e9clarations au chef de la s\u00fbret\u00e9 d&rsquo;Amiens, ce Catelli a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 Londres comme \u00e9tranger. Les complices qui n&rsquo;ont jamais \u00e9t\u00e9 entendus, sont \u00e9galement les nomm\u00e9s Adolphus et Fontaine. Nous ne les avons jamais vendus et eux nous ayant envoy\u00e9 de l&rsquo;argent pendant que nous \u00e9tions en pr\u00e9vention, j&rsquo;ai m\u00eame re\u00e7u pour ma part en une seule fois 300 francs d&rsquo;Aldolphus qui me promettait dans cette m\u00eame lettre que j&rsquo;en aurai quand je serai dans le besoin, voulant me faire comprendre par l\u00e0 de ne pas le d\u00e9noncer \u00e0 la justice. Je regrette de ne pas \u00eatre d\u00e9tenu en France, je le ferais retrouver imm\u00e9diatement.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\">Page 20\u00a0:<\/span> \u00ab\u00a0Vers la fin d&rsquo;ao\u00fbt &#8211; ou septembre 1899, Demons avec un nomm\u00e9 Lapeyre \u00ab\u00a0dit le Maure\u00a0\u00bb natif de Bordeaux, (il a subi une condamnation \u00e0 un an de prison pour vol \u00e0 Bordeaux), sont venus me retrouver \u00e0 Paris et sur une lettre d&rsquo;appel du nomm\u00e9 Jules Lemaire, cordonnier \u00e0 Amiens, nous nous sommes rendus dans cette ville\u00a0; sur les indications de ce dernier, nous avons fractur\u00e9, en travaillant \u00e0 tour de r\u00f4le, une fen\u00eatre donnant sur une petite rue et devant laquelle se trouvait une maison en construction. Cette effraction faite, nous avons p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur qui \u00e9tait un magasin de draperies. Apr\u00e8s avoir travers\u00e9 cette pi\u00e8ce, nous sommes arriv\u00e9s dans les bureaux o\u00f9 se trouvait un coffre-fort que nous avons \u00e9galement fractur\u00e9 par perforation &#8230; Je me rappelle que nous avons laiss\u00e9 sur place un outil dit \u00ab\u00a0tourne \u00e0 gauche\u00a0\u00bb. Ce meuble de s\u00fbret\u00e9 contenait 6000 francs que nous avons partag\u00e9 tous ensemble \u00e0 part \u00e9gale.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\">Page 23\u00a0:<\/span> \u00ab\u00a0Avec Lemaire, cordonnier \u00e0 Amiens, nous lui \u00e9crivions chez lui (adresse que j&rsquo;ai \u00ab\u00a0oubli\u00e9e\u00a0\u00bb, mais pr\u00e8s d&rsquo;une place o\u00f9 se tient le march\u00e9 et quelques fois poste restante PB, n\u00b020). Ce dernier avait un ouvrier ou un camarade qui travaillait avec lui, mais dont j&rsquo;oublie le nom, il s&rsquo;occupait \u00e9galement de nous donner des indications.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\">Page 36\u00a0:<\/span> \u00ab\u00a0Dans les diff\u00e9rentes villes de France et de l&rsquo;\u00e9tranger, sous des titres plus ou moins pompeux, il existe des soci\u00e9t\u00e9s dont les adh\u00e9rents prennent les noms d&rsquo;intellectuels. Chaque soci\u00e9t\u00e9, si je puis m&rsquo;exprimer ainsi, a son rapporteur avec Paris, si\u00e8ge social bureau du journal dirig\u00e9 par S\u00e9bastien Faure. Ce n&rsquo;est pas que la correspondance parviennent enti\u00e8rement \u00e0 cet endroit, peu s&rsquo;en faut. Tout ce qui ne risque rien est adress\u00e9 au bureau du journal, celles compromettantes aux adresses que je donnerai par la suite.<\/p>\n<p>Parmi ces soci\u00e9taires, il y en a o\u00f9 le but poursuivi, qui ne s&rsquo;occupent d&rsquo;une fa\u00e7on sp\u00e9ciale que des vols \u00e0 commettre dans des circonstances o\u00f9 les risques sont minimes. Ces vols pouvant \u00eatre commis suivant leur jugement, sont inform\u00e9s \u00e0 Paris avec les d\u00e9tails n\u00e9cessaires.\u00a0L\u00e0, ils sont inscrits par lettre alphab\u00e9tique sur des carnets et r\u00e9partis aux professionnels qui, par ces moyens, gagnent la vie, l&rsquo;existence de certains individus, cet argent, vous l&rsquo;avez d\u00e9j\u00e0 compris, sert \u00e9galement \u00e0 pousser les masses par la propagande et arriver au but illusoire de la soci\u00e9t\u00e9 future.<\/p>\n<p>Lors de notre arrestation, il fut saisi en notre possession plusieurs de ces carnets qui ont \u00e9t\u00e9 vers\u00e9s au dossier et dont le but n&rsquo;en a jamais \u00e9t\u00e9 d\u00e9montr\u00e9. Ils ont \u00e9galement fait l&rsquo;objet de bien des suppositions, mais toutes erron\u00e9es.<\/p>\n<p>Emploi de l&rsquo;argent. L&rsquo;amoncellement des sommes vol\u00e9es forme un total prodigieux ou tout au moins le semble, mais il est une chose \u00e0 remarquer, que bien souvent les sommes pr\u00e9lev\u00e9es sont en valeurs au porteur, qui deviennent appos\u00e9es par la suite, c&rsquo;est-\u00e0-dire dans les 48 heures et bien souvent dans les 24, si ce n&rsquo;est m\u00eame quelques heures apr\u00e8s le vol commis. De l\u00e0 d\u00e9coulent bien des difficult\u00e9s pour la liquidation et l&rsquo;on parvient \u00e0 s&rsquo;end d\u00e9faire moyennant des sommes mineures. Valeurs fran\u00e7aises 10% au plus\u00a0; \u00e9trang\u00e8res\u00a0: 30 \u00e0 50%. Il existe cependant une fa\u00e7on de liquidation plus fructueuse mais qui entra\u00eene un temps ind\u00e9termin\u00e9\u00a0; j&rsquo;en parlerai en temps et lieu. Les sommes recrut\u00e9es sont ainsi r\u00e9parties\u00a0:<\/p>\n<p>1\u00b0 Une partie pour les auteurs des vols, sommes qui sont rapidement gaspill\u00e9es par le jeu et l&rsquo;opulence, par la vie bourgeoise, quoiqu&rsquo;ils en disent et pr\u00eachent le contraire<\/p>\n<p>2\u00b0 pour les indicateurs qui s&rsquo;en servent \u00e0 leur gr\u00e9, mais sans profit\u00a0; gaspillage sur toute la ligne<\/p>\n<p>3\u00b0 pour la propagande. Celle-ci \u00e0 un but plus important. Elle sert \u00e0 l&rsquo;achat de papier servant aux imprim\u00e9s de brochures, de journaux r\u00e9volutionnaires, \u00e0 l&rsquo;achat de mat\u00e9riaux n\u00e9cessaires \u00e0 l&rsquo;imprimerie, \u00e0 la paie des ouvriers typographes et imprimeurs et surtout aux gaspillages des directeurs, r\u00e9dacteurs et conf\u00e9renciers.<\/p>\n<p>Les directeurs pr\u00e9l\u00e8vent la forte somme ajout\u00e9e \u00e0 des frais de voyage pour les conf\u00e9rences qui semblent \u00eatre leurs moyens d&rsquo;existence puisqu&rsquo;ils re\u00e7oivent les prix d&rsquo;entr\u00e9es.<\/p>\n<p>Les r\u00e9dacteurs sont pay\u00e9s suivant leurs droits et cachent sous cette rubrique certains m\u00e9faits.<\/p>\n<p>Exemple\u00a0: (charg\u00e9 du change)<\/p>\n<p>Les conf\u00e9renciers re\u00e7oivent eux aussi une certaine somme consistant en frais de voyages ou autres etc. &#8230; en somme tous des parapluies, autrement dit en fran\u00e7ais, un voile d&rsquo;honn\u00eatet\u00e9.<\/p>\n<p>En r\u00e9sum\u00e9, une masse de bandits internationaux s&rsquo;entraidant les uns les autres, purgeant un tas de malheureux ignorants ou \u00e9tiol\u00e9s sous pr\u00e9texte d&rsquo;un avenir meilleur, passant ainsi malgr\u00e9 les th\u00e9ories jolies en paroles, mais non pratiqu\u00e9es, de la bourgeoisie d&rsquo;aujourd&rsquo;hui \u00e0 la bourgeoisie de demain\u00a0; en un mot le changement pur et simple de propri\u00e9taire. Voil\u00e0 le bilan de ces affreux meneurs.<\/p>\n<p>Outillage. Les outils et appareils \u00e0 l&rsquo;usage des cambrioleurs sont fabriqu\u00e9s moyennant des prix fort \u00e9lev\u00e9s\u00a0: une pince monseigneur d\u00e9montable et tubulaire, de 20 \u00e0 50 F suivant la longueur\u00a0; un vilbrequin sp\u00e9cial 35 F\u00a0; m\u00e8ches am\u00e9ricaines au prix du commerce\u00a0; une vis filet\u00e9e 15 \u00e0 25 F\u00a0; un tourne \u00e0 gauche avec accessoires, taraud etc. de 50 \u00e0 80 francs. Enfin, l&rsquo;appareil dit \u00ab\u00a0perforeuse\u00a0\u00bb qui n&rsquo;est autre qu&rsquo;une raboteuse circulaire avec ses accessoires 300 francs. Ces prix sont pour pr\u00e9judice des diverses pommes donn\u00e9es \u00e0 la suite d&rsquo;une premi\u00e8re op\u00e9ration r\u00e9ussie. Les fabricants sont\u00a0:<\/p>\n<p>1\u00b0 Pour Paris, un sieur Charles, 61 rue de Charenton (serrurier m\u00e9canicien)<\/p>\n<p>2\u00b0 Un m\u00e9canicien de Montmartre, le nom m&rsquo;\u00e9chappe<\/p>\n<p>3\u00b0 Un inconnu &#8230; beau-fr\u00e8re de Kenel, demeurant \u00e0 Fontenay sous Bois<\/p>\n<p>4\u00b0 D&rsquo;autres encore dont les noms m&rsquo;\u00e9chappent mais que je pourrais citer par la suite, suivant \u00f9on souvenir, je connais cependant leurs demeures.<\/p>\n<p>5\u00b0 En Belgique &#8230; Beguin, serrurier, 20 rue Donys, \u00e0 Bruxelles<\/p>\n<p>6\u00b0 A Londres, un sieur Laurent Charlotte, st. Oxford, srw<\/p>\n<p>Fausse monnaie. J&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 eu l&rsquo;occasion de parler au cours de ces r\u00e9v\u00e9lations de la fausse monnaie. Vu l&rsquo;\u00e9tendue qu&rsquo;elle comporte, j&rsquo;ai cru devoir m&rsquo;abstenir pour en faire un chapitre sp\u00e9cial.<\/p>\n<p>Il existe parmi cette bande organis\u00e9e un travail sp\u00e9cial, celui de la fausse monnaie. Il est d\u00e9volu \u00e0 ceux qui ne se sentent pas capables de faire du cambriolage soit par manque d&rsquo;\u00e9nergie, soit par manque de courage.<\/p>\n<p>Cette fabrication consiste d&rsquo;une part au moulage coulage de pi\u00e8ces de 2 et 5 francs en m\u00e9tal, dit m\u00e9tal allemand, de 10 francs et quelques fois 20 francs du m\u00eame m\u00e9tal. Mais ces pi\u00e8ces quelles que soient leurs valeurs, ne poss\u00e8dent jamais le poids l\u00e9gal. Il y a cependant certains alliages qui obtiennent \u00e0 peu de choses pr\u00e8s le poids des pi\u00e8ces r\u00e9elles.<\/p>\n<p>Ces fausses pi\u00e8ces apr\u00e8s le coulage subissent l&rsquo;op\u00e9ration du modelage sur la tranche, cad la rectification des crans que poss\u00e8dent les pi\u00e8ces de certaines \u00e9missions. Un petit appareil est destin\u00e9 \u00e0 cet usage. Cette op\u00e9ration finie, chaque pi\u00e8ce est plac\u00e9e dans un bain \u00e9lectrique d&rsquo;azotate d&rsquo;argent, puis ensuite brunie pour imiter le vieil argent.<\/p>\n<p>Pour les pi\u00e8ces d&rsquo;or, il est proc\u00e9d\u00e9 en fait de fonte et de pr\u00e9paration d&rsquo;alliage, de la m\u00eame fa\u00e7on que pour les pi\u00e8ces d&rsquo;argent, sauf bien entendu qu&rsquo;elles sont soumises au bain d&rsquo;or \u00e9lectrique. Ces derni\u00e8res pi\u00e8ces quelques difficult\u00e9s pour l&rsquo;\u00e9coulement, surtout celles de 20 fr car elles s&rsquo;\u00e9cartent assez du poids r\u00e9el des bonnes pi\u00e8ces\u00a0; aussi il est peu proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 la fabrication de ces derni\u00e8res.<\/p>\n<p>Au contraire, les pi\u00e8ces d&rsquo;argent poss\u00e8dent une grande ressemblance en tout point de vue avec les r\u00e9elles et les personnes les plus exp\u00e9riment\u00e9es s&rsquo;y trompent facilement.<\/p>\n<p>Il existe aussi la fabrication de la fausse monnaie dans de meilleures conditions avec du bon argent achet\u00e9 aux ventes du mont de pi\u00e9t\u00e9 et provenant de vols.<\/p>\n<p>Avec ce m\u00e9tal des alliages sont pr\u00e9par\u00e9s et fondus dans des creusets o\u00f9 l&rsquo;argent et autres m\u00e9taux restent pendant plusieurs heures en \u00e9bullition. Ce temps est aussi consacr\u00e9 au brassage. Le liquide est ensuite coul\u00e9 dans des lingoti\u00e8res o\u00f9 l&rsquo;on cherche avant le refroidissement d&rsquo;en extraire les diff\u00e9rentes mati\u00e8res s&rsquo;y trouver et nuire au sou.<\/p>\n<p>Pour la pr\u00e9paration ou mieux la fabrication de ces pi\u00e8ces en bon m\u00e9tal, il existe des appareils pour en assurer la bonne confection.<\/p>\n<p>Cette sorte de fabrication, tout en \u00e9tant plus on\u00e9reuse que la premi\u00e8re et le prix plus \u00e9lev\u00e9 des mati\u00e8res premi\u00e8res, est cependant la plus fructueuse car le placement en est plus facile et se fait sur une plus grande \u00e9chelle. On re\u00e7oit de cette monnaie venant d&rsquo;Italie et \u00e0 l&rsquo;adresse d&rsquo;un nomm\u00e9 Charles Moreau qui n&rsquo;est pas le m\u00eame individu parl\u00e9 d&rsquo;autres part. Ces genres d&rsquo;envoi consistent en pi\u00e8ces de 5 francs.<\/p>\n<p>Billets de banque. Titres au porteur \u00e9trangers. Il existe aussi la fabrication de faux billets fran\u00e7ais et italiens \u00e0 ma connaissance. Cette fabrication a pour but les billets de 50 et 100 francs. Le graveur des pierres destin\u00e9es \u00e0 cet effet est un nomm\u00e9 Mohneret, originaire de Lyon, anarchiste convaincu, pratiquant, dont j&rsquo;aurai encore \u00e0 parler.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\">Page 48\u00a0:<\/span> \u00ab\u00a0Fabrication de billets de banque et valeurs. J&rsquo;ai parl\u00e9 plus haut de la fabrication et de l&rsquo;\u00e9mission de papier monnaie mais je crois avoir omis de faire conna\u00eetre l&rsquo;endroit de l&rsquo;impression.<\/p>\n<p>Sous la direction de S\u00e9bastien Faure et consorts, dans l&rsquo;imprimerie du journal, a lieu le tirage des billets de banque et valeurs\u00a0; ceci fait, des clich\u00e9s ou plaques sont emport\u00e9s dans des caves adh\u00e9rentes \u00e0 la maison du journal, rue du faubourg Montmartre. Dans ces caves, ces clich\u00e9s sont enterr\u00e9s.<\/p>\n<p>Dans une maison sise rue Lafayette, un petit appartement avait \u00e9t\u00e9 lou\u00e9 par un individu nomm\u00e9 Vila, typographe. Je ne sais s&rsquo;il avait donn\u00e9 ce nom\u00a0; dans cet appartement il avait transport\u00e9 un monceau d&rsquo;objets compromettants, provenant de vol, n&rsquo;ayant pu \u00eatre liquid\u00e9 imm\u00e9diatement\u00a0; c&rsquo;\u00e9tait \u00e9galement le magasin aux brochures.<\/p>\n<p>Le prix de la location \u00e9tait remis \u00e0 Vila par S\u00e9bastien Faure. Cette maison o\u00f9 je suis all\u00e9 et dont je ne me souviens du num\u00e9ro, est \u00e0 proximit\u00e9 de la gare de l&rsquo;Est.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le Commissaire central<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/abbeville.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-80\" title=\"abbeville\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/abbeville-300x177.jpg\" alt=\"Abbeville\" width=\"158\" height=\"93\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/abbeville-300x177.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/abbeville.jpg 320w\" sizes=\"(max-width: 158px) 100vw, 158px\" \/><\/a>Rapport du commissaire Girault<\/strong><\/p>\n<p><strong>Abbeville, 18 juin 1903<\/strong><\/p>\n<p>Pour faire suite \u00e0 mes rapports des 22 et 23 avril dernier et \u00e0 celui du 1er juin courant, relatif \u00e0 l&rsquo;arrestation et \u00e0 la proc\u00e9dure en instruction contre les cambrioleurs anarchistes, Jacob dit Escande, P\u00e9lissard dit Edme et Bour dit Hercelin ou \u00ab Le petit Blond \u00bb \u00ab le M\u00f4me \u00bb qui ont tu\u00e9 un de\u00a0 mes agents et bless\u00e9 gri\u00e8vement mon brigadier de police en gare de Pont R\u00e9my, pr\u00e8s Abbeville, le 22 avril dernier.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai l&rsquo;honneur de rendre compte \u00e0 Monsieur le Pr\u00e9fet que j&rsquo;adresse \u00e0 Monsieur le Directeur de la S\u00fbret\u00e9 G\u00e9n\u00e9rale, le rapport suivant :<\/p>\n<p>Il r\u00e9sulte d&rsquo;une longue d\u00e9claration faite par le nomm\u00e9 Bernard (Charles) condamn\u00e9 \u00e0 quinze ans de travaux forc\u00e9s par la cour d&rsquo;assises de Nancy en 1900, en m\u00eame temps que le c\u00e9l\u00e8bre cambrioleur anarchiste Placide Schouppe, que l&rsquo;inculp\u00e9 Jacob, dit \u00ab Le Marseillais \u00bb, dit \u00ab Escande \u00bb, le chef de la bande d&rsquo;Abbeville, a particip\u00e9 \u00e0 de nombreux cambriolage commis tant en France qu&rsquo;en Belgique.<\/p>\n<p>Bernard vient de faire cette d\u00e9claration \u00e0 la Guyane o\u00f9 il subit sa peine.<\/p>\n<p>Le dossier o\u00f9 il commente ses exploits et ses relations comporte plus de soixante-dix pages. Il a \u00e9t\u00e9 transmis au parquet g\u00e9n\u00e9ral d&rsquo;Amiens par la Chancellerie.<\/p>\n<p>Bernard raconte \u00e0 tort ou \u00e0 raison qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 initi\u00e9 dans le m\u00e9tier de cambrioleur par Jacob avec lequel il a fait un grand nombre de m\u00e9faits.<\/p>\n<p>Bernard s&rsquo;\u00e9tait mari\u00e9 avec la fille de Schouppe. Il partage les id\u00e9es de son beau-p\u00e8re.<\/p>\n<p>Schouppe parait \u00e9galement avoir \u00e9t\u00e9 en relation avec Jacob. Il est d&rsquo;ailleurs venu op\u00e9rer dans la r\u00e9gion il y a une dizaine d&rsquo;ann\u00e9es et c&rsquo;est lui qui a cambriol\u00e9 \u00e0 Abbeville dans la nuit du 14 au 15 ao\u00fbt 1592, l&rsquo;immeuble de M. Flandrin, ancien juge\u00a0 o\u00f9 il a \u00e9t\u00e9 soustrait pour pr\u00e8s de 500000 francs de bijoux et de valeurs.<\/p>\n<p>En r\u00e9sum\u00e9, Bernard, Schouppe, Jacob, Bour, P\u00e9lissard, Ferret, Ader et autres non encore d\u00e9sign\u00e9s, paraissent avoir eu des relations plus ou moins directes et sous le couvert d&rsquo;id\u00e9es libertaires, ils ont, pendant de nombreuses ann\u00e9es, commis une succession ininterrompue de crimes de droit commun.<\/p>\n<p>Dans sa d\u00e9claration, Bernard parait \u00e9galement incriminer d&rsquo;autres individus et l&rsquo;on parle m\u00eame, \u00e0 tort ou \u00e0 raison, de l&rsquo;anarchiste Libertad, qui est fort connu par ses conf\u00e9rences.<\/p>\n<p>Inclus, je joins copie d&rsquo;un signalement important transmis le 15 novembre 1899 par M. le juge d&rsquo;instruction de Nancy qui contient des renseignements sur Bernard dans le sens que j&rsquo;indique.<\/p>\n<p>L&rsquo;instruction suit son cours normal pour la bande d&rsquo;Abbeville.<\/p>\n<p>Il serait certainement int\u00e9ressant au point de vue de la S\u00fbret\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale de conna\u00eetre toutes les ramifications et tous les liens communs qui unissent ces malfaiteurs, et, c&rsquo;est pourquoi l&rsquo;information ouverte devrait porter non seulement sur tous les faits portant strictement sur le coup de la loi p\u00e9nale mais encore sur les faits accessoires qui peuvent justifier certaines surveillances.<\/p>\n<p>Le commissaire de police<\/p>\n<p>Giraud<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/nancy-palais-de-justice-copier.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-4028\" title=\"Nancy palais de justice\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/nancy-palais-de-justice-copier-300x190.jpg\" alt=\"\" width=\"173\" height=\"109\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/nancy-palais-de-justice-copier-300x190.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/nancy-palais-de-justice-copier.jpg 640w\" sizes=\"(max-width: 173px) 100vw, 173px\" \/><\/a>Pi\u00e8ce jointe au rapport<\/strong><\/p>\n<p><strong>Tribunal de Nancy<\/strong><\/p>\n<p>Le nomm\u00e9 Bernard Charles, auteur principal du vol de 120000 francs qui a \u00e9t\u00e9 commis \u00e0 Rosi\u00e8res aux salines (arrt de Nancy) et qui fait l&rsquo;objet de ma circulaire du 20 juillet dernier, est toujours en fuite. On a cependant retrouv\u00e9 traces de son passage<\/p>\n<p>1\u00b0) A Paris, o\u00f9 il a habit\u00e9, un mois environ, sous le nom de Jacquet Victor, rue Pascal 39, en compagnie d&rsquo;une jeune fille, \u00e2g\u00e9e de 18 ans environ, blonde, assez grande et mince, paraissant s&rsquo;appeler Julienne Sauvager, mais r\u00e9pondant aussi au pr\u00e9nom d&rsquo;Adrienne ou de Valentine.<\/p>\n<p>2\u00b0) A Rouen, o\u00f9, sous les noms de Barthelmes et de (Lamberjack ?), il s&rsquo;est pr\u00e9sent\u00e9, le 9 ao\u00fbt, au Grand H\u00f4tel d&rsquo;Angleterre, avec un tricycle \u00e0 p\u00e9trole, marque \u00ab Gladiator \u00bb moteur Hasler, et accompagn\u00e9e d&rsquo;une jeune fille, \u00e2g\u00e9e de 30 ans ou plus, brune assez grande, o\u00f9 il est revenu cette fois avec un jeune homme \u00e2g\u00e9 d&rsquo;une trentaine d&rsquo;ann\u00e9es, taille 1m75 \u00e0 1m78, tr\u00e8s maigre.<\/p>\n<p>3\u00b0) A Besan\u00e7on, o\u00f9, les 9 et 10 septembre 1899, il a pris le nom de Br\u00e9ard, et d&rsquo;o\u00f9 il s&rsquo;est enfui, d\u00e8s qu&rsquo;il a appris l&rsquo;arrestation de ses complices, Pr\u00e9valet et Del Ribo. Il s&rsquo;est rendu \u00e9galement \u00e0 Amiens o\u00f9 il est en relation avec des anarchistes, et il fait de fr\u00e9quents voyages en Angleterre et en Belgique. De plus, il est \u00e9tabli qu&rsquo;\u00e0 Paris, dans la premi\u00e8re quinzaine d&rsquo;ao\u00fbt, il a d\u00e9rob\u00e9 au pr\u00e9judice de Mme Bijou, Bd Arago n\u00b01, un trocycle d&rsquo;une valeur de 1750 francs, (tr\u00e8s probablement celui avec lequel il s&rsquo;est rendu \u00e0 Rouen) et que vers la m\u00eame \u00e9poque, il a tent\u00e9 de voler une bicyclette \u00e0 Duclair, dans les environs de Rouen.<\/p>\n<p>Enfin, il est affili\u00e9 \u00e0 une bande d&rsquo;anarchistes cambrioleurs et de faux monnayeurs.<\/p>\n<p>Il est certain que pour d\u00e9router les recherches, Bernard Charles change constamment de nom. Il s&rsquo;attribue, en outre, les professions les plus diverses, telles que officier de r\u00e9serve et professeur, mais il prend plus ordinairement celle de voyageur de la maison Peugeot, ou de coureur de la maison Gladiator. Il lui est arriv\u00e9 aussi de d\u00e9clarer que son fr\u00e8re habitait Valenciennes, et \u00e9tait fabricant de bicyclettes.<\/p>\n<p>Le moyen le plus s\u00fbr, semble-t-il, d&rsquo;arriver \u00e0 l&rsquo;arrestation de ce malfaiteur, extr\u00eamement habile et dangereux, est de le signaler dans les principaux h\u00f4tels et surtout aux marchands d&rsquo;automobiles et de bicyclettes, chez qui il ne manquera pas de se pr\u00e9senter \u00e0 nouveau.<\/p>\n<p>Pri\u00e8re en cons\u00e9quence de vouloir bien aviser ceux-ci et de laisser m\u00eame entre leurs mains une reproduction de la photographie de l&rsquo;inculp\u00e9.<\/p>\n<p>Pri\u00e8re en outre de surveiller d&rsquo;une fa\u00e7on sp\u00e9ciale les individus voyageant en automobile ou en bicyclette, et fr\u00e9quentant les v\u00e9lodromes, car Bernard a toujours une ou plusieurs bicyclettes avec lui. Voir ci-contre sa photographie.<\/p>\n<p>Son signalement est le suivant :<\/p>\n<p>Taille 1m69 \u00e0 1m70, cheveux ch\u00e2tains, coup\u00e9s en brosse, ne porte qu&rsquo;une petite moustache, nez effil\u00e9, figure allong\u00e9e, joues creuses, teint p\u00e2le, mat, jaun\u00e2tre, l\u00e8vre inf\u00e9rieure pro\u00e9minente, menton bi-lob\u00e9 ; assez beau gar\u00e7on, maigre, mais bien charpent\u00e9 ; regard dur, en dessous ; air intelligent, ton imp\u00e9rieux, s&rsquo;exprimant bien, ayant suivi les cours d&rsquo;une \u00e9cole professionnelle ; ancien sergent de chasseurs \u00e0 pied, ayant servi en Alg\u00e9rie et aux colonies.<\/p>\n<p><strong>Dictionnaire des Anarchistes<\/strong><\/p>\n<p><strong>SCHOUPPE Placide<\/strong><\/p>\n<p>N\u00e9 le 12 mars 1858 \u00e0 Dukeuven (Belgique) ; m\u00e9canicien ; partisan de la reprise individuelle ; bagnard \u00e9vad\u00e9.<\/p>\n<p>Placide Schouppe, en compagnie de Pini et de son fr\u00e8re Julien, commit une dizaine de vols durant les ann\u00e9es 1888-1889. Selon M. Goron, chef de la s\u00fbret\u00e9, Schouppe \u00e9tait \u00e0 la t\u00eate d&rsquo;une bande de voleurs cosmopolites qui s&rsquo;intitulaient anarchistes.<\/p>\n<p>La bande \u00e9coulait le produit de ses vols \u00e0 Londres par l&rsquo;entremise de Marocco, membre du groupe \u00ab\u00a0Gli Intransigenti di Londra e Parigi\u00a0\u00bb. Une partie de l&rsquo;argent \u00ab expropri\u00e9 \u00bb (400.000 Francs au total) servit \u00e0 financer la propagande anarchiste.<\/p>\n<p>Les papiers saisis lors d&rsquo;une perquisition montr\u00e8rent que le groupe avait cr\u00e9\u00e9 une imprimerie clandestine, 11 rue de Bellefond \u00e0 Paris, d&rsquo;o\u00f9 sortaient chaque jour des ballots de brochures anarchistes. Pini \u00e9tait le correcteur de cette imprimerie.<\/p>\n<p>La police d\u00e9couvrit \u00e9galement chez Placide Schouppe des cartouches vides et plusieurs m\u00e8tres de m\u00e8che de mine, ce qui fit soup\u00e7onner le groupe d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 l&rsquo;auteur des explosions \u00e0 la dynamite qui s&rsquo;\u00e9taient produites lors du mouvement contre les bureaux de placements mais aucune preuve ne put \u00eatre apport\u00e9e.<\/p>\n<p>Lors du proc\u00e8s le 6 novembre 1889, Placide Schouppe fut condamn\u00e9 \u00e0 10 ans de travaux forc\u00e9s et 10 ans d&rsquo;interdiction de s\u00e9jour. Son fr\u00e8re Julien \u00e0 5 ans de travaux forc\u00e9s en Nouvelle Cal\u00e9donie.<\/p>\n<p>Placide fut envoy\u00e9 \u00e0 Cayenne en compagnie de Pini. En avril 1891, il s&rsquo;\u00e9vada avec Pini et un bagnard d&rsquo;origine roumaine. Ils s&#8217;embarqu\u00e8rent sur une pirogue, remont\u00e8rent l&rsquo;estuaire du Maroni jusqu&rsquo;au territoire hollandais. Les journaux de l&rsquo;\u00e9poque donn\u00e8rent des versions assez diff\u00e9rentes de l&rsquo;\u00e9pop\u00e9e des fuyards.<\/p>\n<p>Dans un r\u00e9cit, ils furent surpris par un jaguar ou des jaguars, le Roumain aurait \u00e9t\u00e9 d\u00e9vor\u00e9 et Schouppe bless\u00e9 au bras. Pini et Schouppe continu\u00e8rent leur chemin, se firent embaucher dans une plantation de caf\u00e9 et de cacao. Pini ayant les pieds gonfl\u00e9s ne put continuer \u00e0 marcher ; le 1er ao\u00fbt 1891 Schouppe continua seul vers le Venezuela. Pini fut surpris par la police hollandaise et reconduit \u00e0 Cayenne.<\/p>\n<p>Schouppe rejoignit ensuite le Mexique mais ne put y gagner sa vie, ne connaissant pas la langue. Il passa en Angleterre puis en Belgique. Allant d&rsquo;une ville \u00e0 l&rsquo;autre, il fit des collectes pour fournir \u00e0 Pini de l&rsquo;argent pour s&rsquo;\u00e9vader.<\/p>\n<p>Dans une autre version Schouppe aurait laiss\u00e9 seul Pini dans la plantation pour aller chercher des v\u00eatements civils. Pendant son absence une ronde de gendarmes hollandais aurait surpris Pini qui se serait enfui, bless\u00e9 \u00e0 la jambe par un coup de feu mais, la gangr\u00e8ne s&rsquo;\u00e9tant mis dans la plaie, il fut repris.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 Schouppe. voyant Pini d\u00e9couvert, il se serait embarqu\u00e9 sur un steam-boat \u00e0 destination de Vera Cruz. Pendant la travers\u00e9e, le bateau aurait fait naufrage, des 40 passagers, la moiti\u00e9 se serait noy\u00e9e. Schouppe et un Espagnol \u00e9chou\u00e8rent sur un \u00eelot pendant plusieurs jours ; son compagnon mourut et Schouppe aurait \u00e9t\u00e9 r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 par un bateau anglais qui le laissa \u00e0 Liverpool.<\/p>\n<p>En 1892, il fut log\u00e9 chez Ortiz qui demeurait 65 rue Lepic \u00e0 Paris dans un logement juste en dessous de celui d&rsquo;un chef de bureau de la pr\u00e9fecture de police qui discutait avec lui sans jamais se douter de rien.<\/p>\n<p>Schouppe fut arr\u00eat\u00e9 le 14 mars 1893 dans un caf\u00e9 sur les grands boulevards de Bruxelles. Au m\u00eame moment la police arr\u00eata son fr\u00e8re R\u00e9my dit \u00ab Revolver \u00bb chez qui on d\u00e9couvrit des objets provenant de vols commis en Belgique et en France, de fausses clefs et des barbes postiches. Gustave Mathieu \u00e9tait h\u00e9berg\u00e9 dans la maison de \u00ab Revolver \u00bb mais avait pu s&rsquo;enfuir avant l&rsquo;arriv\u00e9e de la police.<\/p>\n<p>Le 16 mai 1893, Placide Schouppe fut condamn\u00e9 \u00e0 deux ans de correction pour d\u00e9sertion \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger. Soldat de la milice du 1er r\u00e9giment des guides, il avait quitt\u00e9 le r\u00e9giment depuis 1880.<\/p>\n<p>Le 22 juillet de la m\u00eame ann\u00e9e, il fut condamn\u00e9 \u00e0 5 ans de prison pour affiliation \u00e0 des associations de malfaiteurs, port de faux noms, fabrication de fausses clefs. Son fr\u00e8re R\u00e9my, ayant une peine de 6 mois de prison pour avoir h\u00e9berg\u00e9 Mathie, fut acquitt\u00e9 en appel. Quant \u00e0 Placide, la cour militaire de Bruxelles le condamna le 23 avril 1895 \u00e0 10 ans de r\u00e9clusion pour vol qualifi\u00e9 et recel. Si son jugement fut annul\u00e9, faute de preuves suffisantes, il resta en d\u00e9tention pour purger sa peine ant\u00e9rieure.<\/p>\n<p>Le 5 mai 1895, la police de Bruxelles arr\u00eata Mathieu et R\u00e9my Schouppe au moment o\u00f9 les deux cambrioleurs fracturaient un coffre-fort. Le produit du vol devait servir \u00e0 financer l&rsquo;\u00e9vasion de Simon dit Biscuit, condamn\u00e9 au bagne lors du proc\u00e8s Ravachol. Ils furent condamn\u00e9s \u00e0 10 ans de prison.<\/p>\n<p>Placide ayant purg\u00e9 sa peine \u00e0 la prison de Louvain fut lib\u00e9r\u00e9 le 30 novembre 1897. Il rentra en France et fut arr\u00eat\u00e9 le 28 d\u00e9cembre 1897 dans un garni de Montmartre. Devant \u00eatre transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Ile de R\u00e9 pour retour au bagne de Cayenne, son avocat interc\u00e9da en sa faveur et il fut expuls\u00e9 vers l&rsquo;Angleterre le 23 mars 1898.<\/p>\n<p>A la m\u00eame \u00e9poque son fr\u00e8re Julien, selon le Gaulois du 28 d\u00e9cembre 1897, se serait \u00e9vad\u00e9 de Nouvelle-Cal\u00e9donie.<\/p>\n<p>Revenu en Belgique, Placide fut arr\u00eat\u00e9 le 16 avril 1898, alors qu&rsquo;il pr\u00e9parait le vol d&rsquo;un h\u00f4tel.<\/p>\n<p>On le retrouve \u00e0 Nancy en 1900, condamn\u00e9 \u00e0 15 ans de travaux forc\u00e9s et \u00e0 la rel\u00e9gation perp\u00e9tuelle par la cour d&rsquo;assises pour association de malfaiteurs \u00e0 l&rsquo;occasion d&rsquo;un vol de 120.000 francs \u00e0 Rosi\u00e8res-aux-Salines, en compagnie d&rsquo;autres anarchistes.<\/p>\n<p>Reconduit \u00e0 Cayenne, il s&rsquo;\u00e9vada de nouveau en 1905. R\u00e9fugi\u00e9 en Hollande, il fut expuls\u00e9 et revint en Belgique en mars 1908. Il fut arr\u00eat\u00e9 dans un tramway de Bruxelles le 22 mai 1908, transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 Paris le 24 mai et \u00e9crou\u00e9 au d\u00e9p\u00f4t avec retour probable \u00e0 Cayenne.<\/p>\n<p>Dominique Petit<\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\">Sources\u00a0:<\/span><\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Archives Nationales de l&rsquo;Outre-Mer, H31011<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Archives D\u00e9partementales de Meurthe et Moselle, 2 U 1557, 2 U 1558<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Archives D\u00e9partementales de la Somme, 99M13\/2 : suspects anarchistes (affaire Jacob)<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Archives D\u00e9partementales de l&rsquo;H\u00e9rault, 4M1318<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Claude Barousse, Paroles de for\u00e7at, Acte Sud, 1988<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Jean Grave, Quarante ans de propagande anarchistes, Flammarion, 1994<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Dictionnaire des Anarchistes, Editions de l&rsquo;Atelier, 2014<\/p>\n<hr size=\"1\" \/><a name=\"_ftn1\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Marianne Enckell, article \u00ab\u00a0Une r\u00e9volte au bagne\u00a0\u00bb, dans <em>Gavroche<\/em>, n\u00b050, mars-avril 1990.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn2\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> Ouvrage paru aux Presses Universitaires de Rennes.<\/p>\n<p><!--[if gte mso 9]><xml> Normal   0         21         false   false   false      FR   X-NONE   X-NONE <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 9]><xml> <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 10]>\n\n\n<style>\n \/* Style Definitions *\/\n table.MsoNormalTable\n\t{mso-style-name:\"Tableau Normal\";\n\tmso-tstyle-rowband-size:0;\n\tmso-tstyle-colband-size:0;\n\tmso-style-noshow:yes;\n\tmso-style-priority:99;\n\tmso-style-parent:\"\";\n\tmso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;\n\tmso-para-margin:0cm;\n\tmso-para-margin-bottom:.0001pt;\n\tmso-pagination:widow-orphan;\n\tfont-size:11.0pt;\n\tfont-family:\"Calibri\",\"sans-serif\";\n\tmso-ascii-font-family:Calibri;\n\tmso-ascii-theme-font:minor-latin;\n\tmso-hansi-font-family:Calibri;\n\tmso-hansi-theme-font:minor-latin;\n\tmso-fareast-language:EN-US;}\n<\/style>\n\n<![endif]--><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le 12 novembre 1902, Armand Chelle, commissaire aux d\u00e9l\u00e9gations judiciaires de Cayenne se rend \u00e0 la prison de la ville pour y entendre le for\u00e7at matricule 31011 qu&rsquo;il a arr\u00eat\u00e9 deux jours plus t\u00f4t. 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