{"id":4011,"date":"2016-02-27T01:10:02","date_gmt":"2016-02-26T23:10:02","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=4011"},"modified":"2015-12-31T15:19:10","modified_gmt":"2015-12-31T13:19:10","slug":"victor-et-barrabas","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2016\/02\/victor-et-barrabas\/","title":{"rendered":"Victor et Barrabas"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/victor-petit-copier.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-4012\" title=\"Victor Petit avant le bagne en chasseur alpin\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/victor-petit-copier-213x300.jpg\" alt=\"\" width=\"121\" height=\"171\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/victor-petit-copier-213x300.jpg 213w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/victor-petit-copier.jpg 341w\" sizes=\"(max-width: 121px) 100vw, 121px\" \/><\/a><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob1903.bmp\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-84\" title=\"jacob1903\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob1903.bmp\" alt=\"Jacob 1903\" width=\"109\" height=\"171\" \/><\/a>Victor Petit (1879-1919) figure en place au rayon anonyme du panth\u00e9on des oubli\u00e9s de la fortune et de la f\u00e9licit\u00e9. Son biographe, Alain Dalotel, \u00e9voque \u00ab\u00a0une vie de malheur\u00a0\u00bb pour dresser le portrait du pas-de-chance Petit\u00a0: orphelin, il a 10 ans lorsque ses parents se suicident pour \u00e9viter une vie de mis\u00e8re\u00a0; ils laissent une fratrie de quatre enfants. Engag\u00e9 volontaire dans le corps exp\u00e9ditionnaires fran\u00e7ais de Chine \u00e0 l&rsquo;occasion de la guerre des Boxers, il d\u00e9serte deux fois et se fait arr\u00eater. Condamnation \u00e0 20 ans de travaux forc\u00e9s. Victor Petit d\u00e9barque en Guyane le 8 janvier 1903. Il porte le matricule 32308. Apr\u00e8s de multiples tentatives d&rsquo;\u00e9vasion, la Belle finit par lui sourire le 11 octobre 1911. Commence un long p\u00e9riple qui le conduit du Venezuela \u00e0 Ha\u00efti, de Ha\u00efti \u00e0 la France, en passant par les USA et le Canada. Il retrouve le sol hexagonal en 1915 mais vit en r\u00e9gion parisienne dans la clandestinit\u00e9. L&rsquo;ancien bagnard consigne ses m\u00e9moires\u00a0; elles sont interrompues le 20 octobre 1919 par une mort aussi myst\u00e9rieuse que brutale. Retrouv\u00e9s par ses arri\u00e8re-petit-neveux, les souvenirs de Victor Petit ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s pour la premi\u00e8re fois en 1996 aux \u00e9ditions <em>La Fabrique de l&rsquo;Histoire<\/em>. V\u00e9ritable mine de renseignements sur les effets soi-disant positifs de la colonisation fran\u00e7aise en Chine et en Guyane, l&rsquo;ouvrage de Victor Petit \u00e9voque un grand nombre de faits, mentionne une multitude de lieux. On croise aussi la route d&rsquo;une foule de personnages. Victor Petit a connu un honn\u00eate cambrioleur condamn\u00e9 au bagne \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 le 22 mars 1905. <!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le propos du fagot n&rsquo;est pas franchement \u00e9logieux pour Jacob. Nous sommes bien loin du Barrabas, le parangon des for\u00e7ats, vertueux et r\u00e9sistant, d\u00e9crit par Eug\u00e8ne Dieudonn\u00e9 en 1930.\u00a0 Pour autant, la plume de Victor Petit r\u00e9v\u00e8le une vraie personnalit\u00e9. Si Jacob y est d\u00e9crit comme un pingre \u00e9go\u00efste, refusant de verser au pot commun de la case \u00e0 l&rsquo;occasion d&rsquo;une gr\u00e8ve de bagnards refusant l&rsquo;immangeable repas qui leur est servi, il apparait aussi que nous sommes en pr\u00e9sence d&rsquo;une des vedettes du bagne depuis son arriv\u00e9e aux \u00eeles du Salut le 13 janvier 1906. La popularit\u00e9 de l&rsquo;anarchiste l&rsquo;a ind\u00e9niablement suivi jusqu&rsquo;en Guyane et l&rsquo;homme a su imposer son autorit\u00e9. \u00ab\u00a0Ce fut Jacob, l&rsquo;anar, d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 d\u00e9sign\u00e9\u00a0\u00bb pour aller n\u00e9gocier la reprise du travail. Le m\u00eame Jacob n&rsquo;aurait par la suite \u00e9cop\u00e9 que d&rsquo;une l\u00e9g\u00e8re punition pour son impertinence devant la commission disciplinaire pr\u00e9sid\u00e9e par le commandant Lhuerre. Il \u00e9tait poursuivi pour un vol de noix de coco et faisait ironiquement valoir une pratique g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e chez les agents de la Tentiaire\u00a0! Nous retrouvons ainsi la l\u00e9gendaire faconde de l&rsquo;ill\u00e9galiste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une gr\u00e8ve au bagne\u00a0? Le fait peut para\u00eetre exceptionnel. Les \u00e9crits de Petit permettent de le dater. Nous sommes en 1908 et depuis le mois de janvier de cette ann\u00e9e le matricule 34777 est class\u00e9 B \u00e0 la suite de l&rsquo;affaire Kazelnelson. Il s&rsquo;agissait d&rsquo;un mariage blanc orchestr\u00e9 depuis Paris par Charles Malato afin de pouvoir faire transf\u00e9rer Jacob sur le continent o\u00f9 il aurait pu obtenir une concession et, comme son coreligionnaire Duval en 1901, s&rsquo;\u00e9vader plus facilement. L&rsquo;affaire est \u00e9vent\u00e9e. Le classement B pr\u00e9voit alors que le for\u00e7at Jacob ne peut en aucun cas &#8211; sauf avis minist\u00e9riel &#8211; \u00eatre d\u00e9sintern\u00e9 des \u00eeles du Salut. Victor Petit signale aussi son passage \u00e0 la 2<sup>e<\/sup> classe des for\u00e7ats de 1<sup>e<\/sup> cat\u00e9gorie le 1<sup>er<\/sup> juillet 1908. La gr\u00e8ve relat\u00e9e par le fagot a donc eu lieu entre janvier et juillet 1908 aux \u00eeles du Salut. Nous pouvons alors nous interroger sur le refus de Jacob de donner un peu des 500 francs qu&rsquo;il aurait poss\u00e9d\u00e9s. La somme, certainement cach\u00e9 dans un plan (ce tube que les for\u00e7ats introduisent dans leur rectum), doit de toute \u00e9vidence servir aux pr\u00e9paratifs d&rsquo;\u00e9vasion. Jacob ne peut alors se permettre de d\u00e9penser le moindre centime.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais Petit raconte que l&rsquo;argent dont disposait Jacob lui fut subtilis\u00e9e peu de temps apr\u00e8s. C&rsquo;est alors dans ce cadre qu&rsquo;intervient l&rsquo;affaire Capeletti, narr\u00e9e par Antoine Mesclon dans <em>Comment j&rsquo;ai subi quinze ans de bagne<\/em>, livre de souvenirs publi\u00e9s aux <em>Editions Sociales <\/em>en 1926. Le 25 d\u00e9cembre 1908, avertis par le for\u00e7at Ferranti, Alexandre Jacob et Joseph Ferrand surprennent le bagnard Capeletti en train d&rsquo;essayer de les empoisonner avec du datura mis dans leur plat de lentilles. Ils le tuent. Le 5 octobre 1909, le Tribunal Maritime Sp\u00e9cial de Saint Laurent du Maroni condamne les deux hommes \u00e0 cinq ann\u00e9es de r\u00e9clusion. Victor Petit, qui s&rsquo;\u00e9vade en 1911 ne doit plus revoir Jacob qui croupit dans les sinistres cellules de l&rsquo;\u00eele Saint Joseph. Il laisse un souvenir d&rsquo;autant plus ambigu que les faits qu&rsquo;il d\u00e9crit dans ses souvenirs se retrouvent dans d&rsquo;autres m\u00e9moires. Dans ceux de Dieudonn\u00e9, encore, Barrabas rabroue ses camarades d&rsquo;infortune se plaignant avec v\u00e9h\u00e9mence de la fraude g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e aux cuisines du bagne alors qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas un bagnard qui n&rsquo;y ait pas pris part. Et \u00ab\u00a0leur gamelle \u00e0 la main, les for\u00e7ats regagnent leur place sur le bat-flanc\u00a0\u00bb. Victor Petit faisait-il partie de la troupe des hommes punis en col\u00e8re\u00a0? A-t-il saisi l&rsquo;attitude r\u00e9elle de Jacob\u00a0? Cela explique en tout cas le ressenti n\u00e9gatif vis-\u00e0-vis du matricule 34777, surnomm\u00e9 Barrabas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/de-la-chine-a-la-guyane-memoires-du-bagnard-victor-petit.gif\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3516\" title=\"De la Chine \u00e0 la Guyane memoires du bagnard Victor Petit\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/de-la-chine-a-la-guyane-memoires-du-bagnard-victor-petit-184x300.gif\" alt=\"\" width=\"123\" height=\"201\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/de-la-chine-a-la-guyane-memoires-du-bagnard-victor-petit-184x300.gif 184w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/de-la-chine-a-la-guyane-memoires-du-bagnard-victor-petit.gif 292w\" sizes=\"(max-width: 123px) 100vw, 123px\" \/><\/a>Alain Delotel<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>De la Chine \u00e0 la Guyane<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>M\u00e9moires du bagnard Victor Petit 1879-1919<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Cahier III L&rsquo;enfer du bagne<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Editions La Boutique de l&rsquo;Histoire, 1996<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">p.165-167<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais les fagots prirent une autre mesure\u00a0; ordinairement, deux hommes par case vont toucher la ration \u00e0 la cuisine, l&rsquo;un prenant le pain, l&rsquo;autre la viande ou les l\u00e9gumes. La consigne f\u00fbt pass\u00e9e, et seul le pain sortait de la cuisine, personne n&#8217;emportait de riz, les plats restant intacts \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur. En m\u00eame temps, le commandant du P\u00e9nitencier ainsi que le chef de camp furent avertis par lettres qu&rsquo;il leur \u00e9tait accord\u00e9 un d\u00e9lai de huit jours pour trouver du sucre et d&rsquo;autres l\u00e9gumes que du riz. Ces huit jours, les hommes travaill\u00e8rent ne vivant que de pain, personne ne voulant emporter autre chose de la cuisine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cet accord aurait d\u00fb donner \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 l&rsquo;A P, surtout que c&rsquo;\u00e9tait la premi\u00e8re fois qu&rsquo;un mouvement d&rsquo;ensemble se manifestait. Mais comme peut-\u00eatre les membres de l&rsquo;A P esp\u00e9raient avoir une r\u00e9pression \u00e0 faire si ce mouvement continuait, occasion favorable pour promotion, citation, d\u00e9coration etc, le riz continua comme par le pass\u00e9. \u00c0 la suite d&rsquo;une entente entre tous les transport\u00e9s du camp, il f\u00fbt d\u00e9cid\u00e9 que le lendemain matin personne ne sortirait des cases \u00e0 l&rsquo;heure du travail, et que tous les employ\u00e9s par solidarit\u00e9 devraient faire cause commune. Moi et le gar\u00e7on \u00e9tant employ\u00e9s \u00e0 la gamelle n&rsquo;avions aucune raison plausible pour participer \u00e0 ce mouvement, puisque nous mangions presque comme les surveillants, n&rsquo;allant jamais chercher que notre pain \u00e0 la cuisine. Mais par esprit d&rsquo;entente et pour l&rsquo;exemple, nous r\u00e9sol\u00fbmes d&rsquo;y prendre part. Le matin je sortais des cases du camp le premier, \u00e0 4 heures 30, les autres ne sortant qu&rsquo;\u00e0 5 heures 45. Quand le surveillant de service vint m&rsquo;ouvrir la porte comme d&rsquo;habitude, je lui r\u00e9pondis que je ne sortais pas. Mais qui est-ce qui va faire notre caf\u00e9, s&rsquo;\u00e9cria le surveillant. Tu feras comme nous, tu n&rsquo;en boiras pas, lui r\u00e9pondit une voix dans la case. Le surveillant se retira sans insister. \u00c0 l&rsquo;heure du travail, chacun resta \u00e0 sa place dans la case. Croyant impressionner les hommes, le chef de camp Raymond fit lire l&rsquo;article 7, refus de travail 6 mois \u00e0 2 ans de prison \u00e0 chaque homme, individuellement. Chacun \u00e9couta la lecture de l&rsquo;article 7, mais personne ne bougea. Raymond fit refermer les cases, et le camp entier 300 hommes, (sauf quelques sortants de l&rsquo;h\u00f4pital du p\u00e9nitencier de Kourou), resta sans travailler. Le camp entier f\u00fbt mis au pain sec, ce qui ne changeait rien, les condamn\u00e9s s y \u00e9tant d\u00e9j\u00e0 astreints auparavant. Les surveillants aid\u00e9s par la troupe de Royale (soldats de couleur), montaient la garde autour des cases. Il avait \u00e9t\u00e9 entendu que le mouvement resterait calme ; il \u00e9tait d\u00e9fendu \u00e0 tout fagot de r\u00e9pondre insolemment, de ne faire aucun geste, et surtout d&rsquo;observer un silence absolu aux provocations qui pourraient nous \u00eatre faites. Tout cela f\u00fbt religieusement observ\u00e9 pendant cinq jours ; les soldats n\u00e8gres et surveillants, fusil charg\u00e9 et ba\u00efonnette au canon, purent nous traiter de l\u00e2ches et de toutes les insultes \u00e0 eux connues (particuli\u00e8rement les soldats) sans qu&rsquo;aucun de nous paraisse avoir entendu. Les fagots suivaient le mot d&rsquo;ordre, patience et silence. Comme quelques fagots, argent\u00e9s ou dor\u00e9s, poss\u00e9daient certaines provisions tabac, etc, il avait \u00e9t\u00e9 convenu dans chaque case qu&rsquo;une qu\u00eate serait faite. Chacun verserait \u00e0 son id\u00e9e, suivant ses moyens, les provisions existantes achet\u00e9es seraient r\u00e9parties \u00e9galement entre tous. Dans ma case, je fus choisi pour faire la qu\u00eate et \u00eatre le tr\u00e9sorier ; je ramassai 110 francs sur lesquels j&rsquo;avais vers\u00e9 20 francs, seul l&rsquo;anarchiste Jacob ne me donna rien pr\u00e9textant qu&rsquo;il n&rsquo;avait pas de monnaie. Le croyant vraiment, je m&rsquo;offris \u00e0 lui avancer la somme n\u00e9cessaire. Il refusa ; il poss\u00e9dait 500 francs qu&rsquo;un autre fagot lui vola par la suite. Avec des oignons et de l&rsquo;huile r\u00e9quisitionn\u00e9s, nous trouv\u00e2mes malgr\u00e9 la surveillance le moyen de faire la soupe \u00e0 l&rsquo;oignon ; des chiffons imbib\u00e9s de p\u00e9trole dans une gamelle \u00e9taient le fourneau. Finalement, le commandant du p\u00e9nitencier demanda des d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s pour discuter avec lui les conditions de la reprise du travail. Dans ma case, on me pria d&rsquo;y aller, mais je refusai cet honneur, jug\u00e9 par moi dangereux ; ce fut Jacob, l&rsquo;anar, d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 d\u00e9sign\u00e9. Le travail devait reprendre imm\u00e9diatement, aux m\u00eames conditions de nourriture que pr\u00e9c\u00e9demment. Ceci pour sauver la face de l&rsquo;A P qui ne doit pas capituler, mais sit\u00f4t le travail repris, le commandant promettait le caf\u00e9 sucr\u00e9, et les vivres r\u00e9guliers : haricots, lentilles, pois cass\u00e9s, le riz ne venant qu&rsquo;\u00e0 son tour. Les fagots accept\u00e8rent \u00e0 la condition que personne ne serait puni, que chacun retournerait \u00e0 son poste, se r\u00e9servant si ces conditions n&rsquo;\u00e9taient pas appliqu\u00e9es de reprendre la cessation du travail. A la reprise du travail, deux jours apr\u00e8s, le sucre et les vivres \u00e9taient envoy\u00e9s, personne ne fut puni, du moins les jours qui suivirent, quant aux emplois ils furent tous perdus. Au lieu de d\u00e9biter des biftecks, je d\u00e9bitais des pierres bleues avec des masses de quinze kilos, \u00c9tant tr\u00e8s exp\u00e9ditif pour d\u00e9biter la pierre et bon ouvrier, le chef de camp ne me tint pas rancune ; sans punition depuis le 17 octobre 1906, je passai de la 3\u00eame \u00e0 la 2\u00e8me classe au 1<sup>er<\/sup> juillet 1908 (la loi exige six mois de bonne conduite au minimum pour passer d&rsquo;une classe \u00e0 F autre).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/victor-petit-copier.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-4012\" title=\"Victor Petit avant le bagne en chasseur alpin\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/victor-petit-copier-213x300.jpg\" alt=\"\" width=\"99\" height=\"140\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/victor-petit-copier-213x300.jpg 213w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/victor-petit-copier.jpg 341w\" sizes=\"(max-width: 99px) 100vw, 99px\" \/><\/a>Cahier V L&rsquo;Eldorado introuvable<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">p.265<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le fait de s&rsquo;approprier les cocos de l&rsquo;\u00c9tat est envisag\u00e9 de fa\u00e7on diff\u00e9rente selon que l&rsquo;on soit for\u00e7at ou fonctionnaire. Pour un for\u00e7at, cela s&rsquo;appelle vol, et il est puni pour l&rsquo;avoir commis ; pour un fonctionnaire, je ne sais pas comment la chose s&rsquo;appelle, mais elle lui est permise, ou il se le permet.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un jour, le transport\u00e9 Jacob (anarchiste) passant \u00e0 la commission pour un vol de cocos, demanda \u00e0 cette commission pr\u00e9sid\u00e9e par le Commandant Lhuerre \u00e0 partir de quel grade ou quel emploi s&rsquo;approprier des cocos appartenant \u00e0 l&rsquo;\u00c9tat cessait d&rsquo;\u00eatre un vol. Jacob eut huit jours de cellule au lieu des trente jours octroy\u00e9s ordinairement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand un for\u00e7at veut boire des cocos, il les ach\u00e8te \u00e0 un camarade ou va les chercher lui m\u00eame.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand un fonctionnaire veut en boire, il commande un for\u00e7at et ferme les yeux sur la part que celui-ci s&rsquo;attribue. Il ne doit pas risquer sa vie pour rien, et dans son esprit il va au fade (il partage).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/viedesforcats-libertalia.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-109\" title=\"viedesforcats-libertalia\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/viedesforcats-libertalia.jpg\" alt=\"La vie des for\u00e7ats, Libertalia 2007\" width=\"104\" height=\"150\" \/><\/a>Eug\u00e8ne Dieudonn\u00e9<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>La vie des for\u00e7ats<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Libertalia, 2007, r\u00e9\u00e9dition 2014<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">p.70-71 :<\/span><\/strong> Un commandant voulut un jour faire cesser ces vols. C&rsquo;\u00e9tait aux Iles du Salut. Sachant que ces agents \u00e9taient impuissants ou corrompus, sachant que les emplois de cuisiniers \u00e9taient vendus par les comptables, le commandant d\u00e9cida de faire choisir le cuisinier en pied par les for\u00e7ats eux-m\u00eames. \u00ab Choisissez entre vous le plus int\u00e8gre pour l&#8217;emploi de cuisinier \u00bb, leur dit-il. Cent voix r\u00e9pondirent : \u00ab Barrabas ! Barrabas ! \u00bb. Le for\u00e7at Barrabas \u00e9tait int\u00e8gre entre tous. Il s&rsquo;en fut en cuisine. Pendant plusieurs jours, les hommes touch\u00e8rent leur ration int\u00e9gralement. Barrabas allait lui-m\u00eame \u00e0 la cambuse pour toucher ses vivres, v\u00e9rifiait les poids et les balances qu&rsquo;il savait truqu\u00e9es, et, dans sa cuisine, il avait pos\u00e9 des cadenas aux couvercles de ses marmites. Les for\u00e7ats pauvres \u00e9taient dans la joie. Jamais ils n&rsquo;avaient autant mang\u00e9 et aussi bien, car Barrabas \u00e9tait un as de la po\u00eale ; les for\u00e7ats les plus riches, eux, faisaient une dr\u00f4le de t\u00eate. Plus de bif steak ni de caf\u00e9 en suppl\u00e9ment mais la ration comme tout le monde. Les cambusiers ne pouvaient plus rien voler. Les boulangers \u00e9taient contraints de livrer du pain cuit et au poids r\u00e9glementaire. Tous ces voleurs l\u00e9s\u00e9s r\u00e9solurent de jouer un tour \u00e0 Barrabas. Ils pay\u00e8rent un habile voleur qui s&rsquo;introduisit dans les cuisines et d\u00e9tourna une boite de graisse. Des surveillants pressentis aussit\u00f4t, firent une fouille. Il manquait une boite de graisse. Barrabas \u00e9tait responsable. Il fut remplac\u00e9. Les vols continu\u00e8rent. Ils continuent toujours.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">p.141 :<\/span><\/strong> Selon l&rsquo;usage, les for\u00e7ats grognent. Les haricots ne sont pas cuits. Les cuisiniers ont vendu la graisse &#8230; \u00ab A quoi bon grogner, fait Barrabas, quand vous \u00eates cuisiniers, vous volez pareillement. Alors, fermez-l\u00e0. &#8211; Chacun pour soi, le bagne pour tous \u00bb, appuie Oldjohn. Leur gamelle \u00e0 la main, les for\u00e7ats regagnent leur place sur le bat-flanc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/15ans.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-130\" title=\"15ans\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/15ans-208x300.jpg\" alt=\"Comment j\\'ai subi quinze ans de bagne, Antoine Mesclon\" width=\"106\" height=\"153\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/15ans-208x300.jpg 208w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/15ans.jpg 481w\" sizes=\"(max-width: 106px) 100vw, 106px\" \/><\/a>Antoine Mesclon<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Comment j&rsquo;ai subi quinze ans de bagne<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">461 p., Editions Sociales, Paris 1926, p.63 \u00e0 66 :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Capeletti, une des mentalit\u00e9s les plus basses que j&rsquo;ai connues, \u00e9tait sp\u00e9cialiste de ces attentats. Grand ferrailleur en outre, le couteau toujours tir\u00e9 en bataille, il cherchait toute occasion d&rsquo;inspirer la terreur. Avec \u00e7\u00e0, inverti, actif et passif, surtout passif. Comme circonstance att\u00e9nuante, il \u00e9tait entr\u00e9 tout enfant, vers sept ou huit ans, je crois, dans les maisons de correction o\u00f9 il \u00e9tait rest\u00e9 illettr\u00e9. Je connaissais par le d\u00e9tail la tentative de vol \u00e0 main arm\u00e9e qu&rsquo;il avait commise \u00e0 Valence, d&rsquo;o\u00f9 je venais moi-m\u00eame, et pour laquelle il avait \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 vingt ans. (&#8230;) Un jour, \u00e0 l&rsquo;\u00eele Saint Joseph o\u00f9 il \u00e9tait intern\u00e9, Capeletti qui \u00e9tait surveill\u00e9 en raison d&rsquo;une r\u00e9cente tentative d&#8217;empoisonnement contre J&#8230; et F&#8230;, qu&rsquo;il savait poss\u00e9der quelques centaines de francs, fut surpris par J&#8230; au moment o\u00f9 les gamelles rang\u00e9e autour du plat venaient d&rsquo;\u00eatre servies, \u00e0 glisser ce qui ne pouvait \u00eatre autre chose que du poison dans la gamelle. Sans crier gare, J&#8230; et F&#8230; se ru\u00e8rent sur lui et sans arr\u00eat lui plong\u00e8rent plusieurs fois chacun leur couteau dans le dos et dans la poitrine. Cependant que Capeletti \u00e9perdue fuyait au fond de la case. L\u00e0, d\u00e9j\u00e0 frapp\u00e9 \u00e0 mort et s&rsquo;\u00e9tant effondr\u00e9 sur le bat-flanc, il cria dans un reste de force \u00e0 ses meurtriers : \u00ab Assassins, assassins \u00bb, J&#8230; revint alors et le frappa jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;il eut fini de respirer, ce qui d&rsquo;ailleurs ne tarda pas. Capeletti mourut compl\u00e8tement exsangue. Ce fut un soulagement, une satisfaction g\u00e9n\u00e9rale sur le camp. Cependant, un chien \u00e0 qui fut donn\u00e9 du contenu de la gamelle, en creva. J&#8230; et F&#8230; demand\u00e8rent que l&rsquo;analyse indispensable fut faite. Mais comme au bagne il y a toujours quelqu&rsquo;un d&rsquo;int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 ce qu&rsquo;un autre soit condamn\u00e9, tant parmi l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment p\u00e9nal que parmi l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment administratif, le contenu de la gamelle fut jet\u00e9 et remplac\u00e9 et l&rsquo;analyse fut naturellement n\u00e9gative. Ce qui permit \u00e0 l&rsquo;Administration de faire condamner J&#8230; qui \u00e9tait parmi ses b\u00eates noires et F&#8230; \u00e0 cinq et trois ans de r\u00e9clusion.<\/p>\n<p><!--[if gte mso 9]><xml> <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 10]>\n\n\n\n<style>\n \/* Style Definitions *\/\n table.MsoNormalTable\n\t{mso-style-name:\"Tableau Normal\";\n\tmso-tstyle-rowband-size:0;\n\tmso-tstyle-colband-size:0;\n\tmso-style-noshow:yes;\n\tmso-style-priority:99;\n\tmso-style-parent:\"\";\n\tmso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;\n\tmso-para-margin:0cm;\n\tmso-para-margin-bottom:.0001pt;\n\tmso-pagination:none;\n\tfont-size:12.0pt;\n\tfont-family:\"Arial Unicode MS\",\"sans-serif\";\n\tmso-bidi-language:FR;}\n<\/style>\n\n<![endif]--><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Victor Petit (1879-1919) figure en place au rayon anonyme du panth\u00e9on des oubli\u00e9s de la fortune et de la f\u00e9licit\u00e9. 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