{"id":3939,"date":"2015-12-26T01:10:34","date_gmt":"2015-12-25T23:10:34","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=3939"},"modified":"2015-08-17T14:07:07","modified_gmt":"2015-08-17T12:07:07","slug":"barrabas-va-mieux","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2015\/12\/barrabas-va-mieux\/","title":{"rendered":"Barrabas va mieux"},"content":{"rendered":"<p><!--[if gte mso 9]><xml> <\/xml><![endif]--><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/globeol-1-copier.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3940\" title=\"Publicit\u00e9 Glob\u00e9ol\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/globeol-1-copier-206x300.jpg\" alt=\"\" width=\"126\" height=\"184\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/globeol-1-copier-206x300.jpg 206w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/globeol-1-copier.jpg 330w\" sizes=\"(max-width: 126px) 100vw, 126px\" \/><\/a>Deuxi\u00e8me semestre 1911, cellules de la r\u00e9clusion, \u00eele Saint Joseph. Le matricule 34777 attend son transfert pour Saint Laurent du Maroni. Le Tribunal Maritime Sp\u00e9cial doit se prononcer sur l&rsquo;accusation de d\u00e9nonciation calomnieuse lanc\u00e9e \u00e0 l&rsquo;encontre de Jacob et Ferrand. Les deux bagnards avaient \u00e9crit au gouverneur de la Guyane pour t\u00e9moigner du meurtre du for\u00e7at Vinci par l&rsquo;agent Bonal sur le vapeur Maroni survenu le 11 octobre 1909. Mais Barrabas dit esp\u00e9rer \u00eatre condamn\u00e9\u00a0! Pour lui, il y aurait de la sorte la perspective d&rsquo;un pourvoi en cassation qui lui permettrait de sortir encore de sa cellule et de humer un peu d&rsquo;air libre m\u00eame si le voyage se fait \u00e0 fond de cale, les fers aux pieds, avec les b\u0153ufs\u00a0: <em>\u00e0 voir cela<\/em>, \u00e9crit-il le 28 juillet \u00e0 sa m\u00e8re, <em>on comprend mieux le v\u00e9g\u00e9tarisme<\/em> ! L&rsquo;acquittement du 22 novembre vient briser ce fac\u00e9tieux dessein.<!--more--><\/p>\n<p>L&rsquo;ironie et le cynisme reste la marque de fabrique de l&rsquo;homme puni. Jacob va mieux. Il se r\u00e9concilie m\u00eame avec Joseph Ferrand et son app\u00e9tit de lecture va grandissant. Il d\u00e9vore la <em>Feuille Litt\u00e9raire<\/em> et les livres de Paul Adam. Sa sant\u00e9, surtout s&rsquo;am\u00e9liore \u00e0 un moment o\u00f9 il envisageait de <em>tourner la page<\/em>. Les envois m\u00e9dicamenteux de sa m\u00e8re (du Glob\u00e9ol et du Maya Bulgare essentiellement) et un r\u00e9gime lact\u00e9 semblent avoir vaincu fi\u00e8vres et diarrh\u00e9es sanguinolentes. Il demeure atteint pourtant d&rsquo;ankylostomiase mais le corps reprend vie dans cet espace clos et mortif\u00e8re <em>qui n&rsquo;est pas un sanatorium<\/em> (20 octobre). Oubli\u00e9s les 39 kilogrammes de f\u00e9vrier. Jacob en gagne sept au mois d&rsquo;ao\u00fbt pour atteindre 64 kg en en novembre\u00a0!<\/p>\n<p>C&rsquo;est alors un survivant. Et le survivant nourrit toujours l&rsquo;espoir d&#8217;embrasser la Belle. La multiplication de noms cod\u00e9s dans sa correspondance r\u00e9v\u00e8le aussi l&rsquo;envoi de courriers clandestins ou bien l&rsquo;activation de r\u00e9seau de soutien, ou encore des conseils de prudence vis-\u00e0-vis de personnes jug\u00e9es peu s\u00fbres. Julien et Paul doivent ainsi se confronter \u00e0 Octave et Elisabeth dont on peut soup\u00e7onner de mauvaises accointances avec Paulin. Une bien belle famille que celle imagin\u00e9e par Jacob\u00a0! De la m\u00eame mani\u00e8re Tante ne peut \u00e9crire \u00e0 Myra car son mari intercepterait le courrier. Tante\u00a0? C&rsquo;est Jacob \u00e0 coup s\u00fbr\u00a0! Et, si sa m\u00e8re, Marie, devient Myra par contrepet, elle est aussi Elisabeth &#8211; son deuxi\u00e8me pr\u00e9nom \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat civil &#8211; comme le pr\u00e9nom utilis\u00e9 pour d\u00e9signer la censure de l&rsquo;Administration P\u00e9nitentiaire que tente de contourner le bagnard r\u00e9calcitrant en multipliant les confusions. Jacob va mieux, il \u00e9crit.<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/globeol-3-copier.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3941\" title=\"Publicit\u00e9 Glob\u00e9ol\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/globeol-3-copier-300x296.jpg\" alt=\"\" width=\"156\" height=\"154\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/globeol-3-copier-300x296.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/globeol-3-copier.jpg 485w\" sizes=\"(max-width: 156px) 100vw, 156px\" \/><\/a>28 juillet 1911<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00celes du Salut<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ma ch\u00e8re maman,<\/strong><\/p>\n<p>Je suis enfin retourn\u00e9 aux \u00eeles ; j&rsquo;y suis arriv\u00e9 depuis trois jours. Les soins ne m&rsquo;y ont pas fait d\u00e9faut. Je suis un traitement \u00e0 l&rsquo;infirmerie de la r\u00e9clusion : r\u00e9gime lact\u00e9 absolu et m\u00e9dication rationnelle. Je ne te dirai pas que je suis gu\u00e9ri, bien s\u00fbr, mais j&rsquo;esp\u00e8re pouvoir m&rsquo;en relever. Ce sera long, certes ; d\u00e9prim\u00e9 comme je le suis, ce n&rsquo;est pas dans un mois ni m\u00eame dans deux que j&rsquo;esp\u00e8re me voir compl\u00e8tement remplum\u00e9. Mais le temps importe peu. L&rsquo;essentiel est que je sois soign\u00e9 et je t&rsquo;assure que je le suis et le serai jusqu&rsquo;\u00e0 parfaite gu\u00e9rison, si toutefois la gu\u00e9rison est possible. Voil\u00e0 donc des bonnes nouvelles qui te feront plaisir et estomperont un peu les sombres couleurs de ma derni\u00e8re. Aussi, si tu savais, ma bien bonne, ce qu&rsquo;il m&rsquo;a fallu endurer \u00e0 Saint-Laurent ! Tu dois t&rsquo;en faire une id\u00e9e. Bien que tr\u00e8s malade durant le trajet, le voyage n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 p\u00e9nible comme les autres. Cela a tenu \u00e0 ce que le vapeur n&rsquo;\u00e9tant pas de nationalit\u00e9 fran\u00e7aise, le capitaine n&rsquo;a pas voulu que nous fussions mis aux fers. C&rsquo;est te dire que je n&rsquo;ai pas trop souffert. Combien autrement malheureux et \u00e0 plaindre sont les b\u0153ufs, passagers ordinaires de ce bateau, qui, pendant des huit et dix jours, ne peuvent prendre une seconde de repos. \u00c0 voir cela une seule fois, en observateur sagace, on comprend mieux le v\u00e9g\u00e9tarisme.<\/p>\n<p><strong><em>29 juillet<\/em><\/strong><\/p>\n<p>J&rsquo;\u00e9cris \u00e0 b\u00e2tons rompus. Imagine-toi que mes potions sont sucr\u00e9es au sirop de morphine et je ne fais que dormir. J&rsquo;en suis comme stup\u00e9fi\u00e9, abruti. Je serais bien en peine de lier deux id\u00e9es. Aussi ne t&rsquo;\u00e9crirai-je pas bien longuement. Que te dirai-je de plus, au fond ? Si, pourtant. Contrairement \u00e0 ce que je t&rsquo;ai dit dans ma derni\u00e8re, adresse-moi de la lecture d\u00e8s que tu pourras ; d&rsquo;ici l\u00e0 je serai un peu remis et je lirai avec plaisir. Seulement, au lieu d&rsquo;en faire de volumineux colis, d\u00e9taille ; tu envoies un peu \u00e0 chaque courrier. Le tricot en laine m&rsquo;a \u00e9t\u00e9 saisi et vendu. Inutile d&rsquo;en envoyer un autre. Je m&rsquo;en ferai prescrire un par le m\u00e9decin et c&rsquo;est l&rsquo;\u00c9tat qui le payera. Lorsque j&rsquo;aurai la t\u00eate \u00e0 moi, je verrai \u00e0 m&rsquo;informer de ce que sont devenues toutes les sommes r\u00e9alis\u00e9es par les ventes de colis. \u00c7a me distraira. Dans tes lettres, mets-moi toujours une enveloppe pour la r\u00e9ponse. \u00c7a a encore chang\u00e9. On n&rsquo;en donne plus.<\/p>\n<p>Pour Joseph, ne manque pas de te conformer \u00e0 ce que je t&rsquo;ai dit. Il n&rsquo;est m\u00eame pas utile que tu r\u00e9pondes \u00e0 ses lettres. Il n&rsquo;a que de la boue comme cervelle, et chez lui, le si\u00e8ge de la pens\u00e9e se trouve dans le ventre.<\/p>\n<p>\u00c0 propos de lecture, j&rsquo;ai appris que J. Rouff<a name=\"_ftnref1\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a> avait \u00e9dit\u00e9 une \u0153uvre populaire de Charles<a name=\"_ftnref2\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>. Ce n&rsquo;est pas cher. Tu me l&rsquo;enverras, <em>qu\u00e9 ?<\/em><\/p>\n<p>Je te quitte, ma bien bonne, en te recommandant de ne pas te chagriner pour moi. Je suis tr\u00e8s bien soign\u00e9 et tu verras que je me retaperai. J&rsquo;en ai connu qui furent aussi bas que moi, et aujourd&rsquo;hui ils ont tripl\u00e9 leurs muscles.<\/p>\n<p>\u00c0 bient\u00f4t de tes ch\u00e8res nouvelles, amiti\u00e9 \u00e0 ta bonne voisine, \u00e0 tante, \u00e0 Louise et aux camarades, et \u00e0 toi, ma bien bonne, mes plus tendres et affectueuses caresses,<\/p>\n<p>Alexandre<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/globeol-2-copier.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3942\" title=\"Publicit\u00e9 Glob\u00e9ol\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/globeol-2-copier-222x300.jpg\" alt=\"\" width=\"123\" height=\"167\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/globeol-2-copier-222x300.jpg 222w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/globeol-2-copier.jpg 356w\" sizes=\"(max-width: 123px) 100vw, 123px\" \/><\/a>12 ao\u00fbt 1911<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00celes du Salut<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ma ch\u00e8re maman,<\/strong><\/p>\n<p>Allons, \u00e7a va un peu mieux. Les forces reviennent lentement, en proportion des soins m\u00e9dicaux qui me sont donn\u00e9s. Apr\u00e8s vingt jours de di\u00e8te lact\u00e9e absolue, je suis de nouveau \u00e0 la ration normale, avec un suppl\u00e9ment d&rsquo;un litre de lait par jour. D\u00e9prim\u00e9 comme je le suis, j&rsquo;esp\u00e9rais un meilleur r\u00e9gime : des oeufs, des cr\u00e8mes, des l\u00e9gumes frais, bref, ce que les autres ont en pareil cas. Mais pour cela, il e\u00fbt fallu que je fusse hospitalis\u00e9 et ce n&rsquo;est, para\u00eet-il, pas possible. Je suis donc trait\u00e9 \u00e0 l&rsquo;infirmerie de la r\u00e9clusion. Par comparaison, cela vaut toujours mieux que rien. Tu dois penser avec quelle impatience j&rsquo;attends le Glob\u00e9ol et les comprim\u00e9s de Maya bulgare. Le premier surtout me sera pr\u00e9cieux car je ne p\u00e8se plus que 46 kilos. Je suis maigre comme un <em>estocaf\u00e9<\/em>, mais \u00e7a, ce n&rsquo;est pas grave ; c&rsquo;est m\u00eame un peu la mode dans ce pays. Avec la sant\u00e9, les muscles ont t\u00f4t fait de se reconstituer.<\/p>\n<p>Bien qu&rsquo;avec un l\u00e9ger retard, j&rsquo;ai re\u00e7u tes trois lettres du mois pass\u00e9. Mazette ! si \u00e7a continue, tu finiras bien par y loger un platane dans tes lettres. Bien s\u00fbr que \u00e7a me fait plaisir de recevoir des fleurs de toi, mais pourquoi les tuer, ces plantes, les esquicher sur des feuilles de papier, alors qu&rsquo;elles seraient plus belles en pleine vie, au soleil. Et puis, c&rsquo;est pas tout \u00e7a ; tu risques de te faire coller une amende par la poste. On le tol\u00e8re, il est vrai, mais si un agent z\u00e9l\u00e9 voulait s\u00e9vir, tu serais bel et bien contrainte de payer en esp\u00e8ces ou en prison. Comme l&rsquo;on ne nous a pas beaucoup en odeur de saintet\u00e9, ce sont l\u00e0 des petits accidents qu&rsquo;il vaut mieux \u00e9viter.<\/p>\n<p><strong><em>14 ao\u00fbt<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Pas de chance ! Rechute de diarrh\u00e9e. \u00c7a ne m&rsquo;\u00e9tonne pas, certes. En passant brusquement de la di\u00e8te \u00e0 la ration normale c&rsquo;\u00e9tait, non pas \u00e0 pr\u00e9voir, mais certain. On peut appeler \u00e7a cultiver une maladie. Voil\u00e0 trente-trois mois que \u00e7a dure.<\/p>\n<p><strong><em>19 ao\u00fbt<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Pas plus mal, mieux plut\u00f4t, bien que la diarrh\u00e9e persiste. J&rsquo;ai un app\u00e9tit de loup et, ce qui ne g\u00e2te rien, de quoi le satisfaire : ration normale, un litre de lait, un coco vert et une banane. Depuis six ans, je n&rsquo;avais encore jamais \u00e9t\u00e9 trait\u00e9 de la sorte. Quelle diff\u00e9rence avec Saint-Laurent. Un mois de s\u00e9jour de plus et je tournais la page. Je ne sais au juste quand j&rsquo;y retournerai, en octobre sans doute. Mais \u00e0 cette \u00e9poque, j&rsquo;esp\u00e8re avoir re\u00e7u les m\u00e9dicaments que tu dois m&rsquo;envoyer, de sorte que je pourrai lutter victorieusement contre&#8230; le climat.<\/p>\n<p>Rien de neuf concernant l&rsquo;affaire. Le suppl\u00e9ment d&rsquo;information n&rsquo;a pas encore \u00e9t\u00e9 fait. J&rsquo;en connais qui, \u00e0 cette heure, sont plus embarrass\u00e9s que moi. J&rsquo;attends le jour des d\u00e9bats avec confiance. Je ne redoute qu&rsquo;un acquittement et c&rsquo;est bien ce qui me chagrine. Que veux-tu ? Je n&rsquo;ai jamais eu de veine.<\/p>\n<p><strong><em>20 ao\u00fbt<\/em><\/strong><\/p>\n<p>C&rsquo;est toi surtout qui as besoin de sant\u00e9. \u00c0 ta place, je prendrais du Glob\u00e9ol. Il n&rsquo;y a pas \u00e0 en dire autant des beefsteaks en pilules que ce m\u00e9dicament-l\u00e0. \u00c7a remplume un malade comme par enchantement. Je vais mieux, certes, en ce moment beaucoup mieux. Chaque jour, je m&rsquo;\u00e9veille avec un peu plus de force, d&rsquo;\u00e9nergie ; je sors \u00e0 la promenade depuis plusieurs jours ; bref, ce ne sera pas pour cette fois le repos de toujours.<\/p>\n<p>N&#8217;emp\u00eache que j&rsquo;attends le Glob\u00e9ol avec impatience et, \u00e0 l&rsquo;avenir, je ferai en sorte de n&rsquo;en jamais manquer.<\/p>\n<p>Alors Yvonne a obtenu un certificat d&rsquo;\u00e9tudes primaires ? Tant mieux. C&rsquo;est un commencement, et c&rsquo;est aussi la fin pour les pauvres. \u00c0 part \u00e7a, tout le monde est libre, a le droit de s&rsquo;instruire&#8230; si on en a les moyens. S&rsquo;instruire ? \u00c0 quoi \u00e7a sert, au fond, sinon \u00e0 mieux s&rsquo;apercevoir qu&rsquo;\u00e0 force d&rsquo;apprendre, on ne sait rien. Je crois que je deviens bouddhiste.<\/p>\n<p><strong><em>23 ao\u00fbt<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Hier, visite m\u00e9dicale. Continuation du r\u00e9gime augment\u00e9 d&rsquo;une banane et d&rsquo;huile de foie de morue. Tu ne peux pas croire ce que j&rsquo;en suis friand de cette huile. J&rsquo;y sauce du pain. \u00c7a me rappelle le go\u00fbt du hareng et de la sardine.<\/p>\n<p><strong><em><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/globeol-12-copier.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3950\" title=\"Publicit\u00e9 Glob\u00e9ol\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/globeol-12-copier-200x300.jpg\" alt=\"\" width=\"114\" height=\"172\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/globeol-12-copier-200x300.jpg 200w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/globeol-12-copier.jpg 320w\" sizes=\"(max-width: 114px) 100vw, 114px\" \/><\/a>24 ao\u00fbt<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Je re\u00e7ois ta lettre du 13 juillet. Pas de colis de lecture. Cependant, je ne crois pas t&rsquo;avoir dit de cesser les envois. C&rsquo;est permis, la lecture. Bah ! ce sera pour le courrier de septembre. En effet, je me souviens de la personne dont tu me parles, non de la fille, elle devait \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque \u00eatre bien jeune, mais du p\u00e8re. Tu as raison, va, de te rendre utile dans la mesure de tes moyens. Faire du bien, c&rsquo;est encore ce qu&rsquo;il y a de meilleur dans la vie.<\/p>\n<p><strong><em>26 ao\u00fbt<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Le courrier anglais est pass\u00e9 et point de lettre. Ce sera, comme bien des fois, pour le courrier fran\u00e7ais. L&rsquo;attente ne sera pas longue, deux ou trois jours. Encore un peu et j&rsquo;oubliais encore de te dire tout le plaisir que j&rsquo;ai \u00e9prouv\u00e9 en apprenant que tu t&rsquo;\u00e9tais enfin d\u00e9cid\u00e9e \u00e0 prendre un peu d&rsquo;agr\u00e9ment. N&rsquo;est-ce pas suffisant que d&rsquo;\u00eatre atteint par le sort ? Pourquoi aggraver ta douleur en restant recluse ? Puisque tu peux en avoir l&rsquo;occasion, tu devrais en profiter et aller au th\u00e9\u00e2tre un peu plus souvent. Une fois en huit ans, ce n&rsquo;est pas beaucoup, tu sais.<\/p>\n<p><strong><em>28 ao\u00fbt<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Le courrier fran\u00e7ais est en avance ce mois-ci. Il est pass\u00e9 hier. Je pense donc avoir de tes ch\u00e8res nouvelles demain.<\/p>\n<p><strong><em>29 ao\u00fbt<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Point de lettre du courrier anglais, mais j&rsquo;ai re\u00e7u celle du 6 courant. Je m&rsquo;y attendais.<\/p>\n<p>Te voil\u00e0 d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e, abattue et pourquoi ? Pour rien autant dire. Comme si de ne pas recevoir de mes nouvelles, surtout en de telles circonstances, devait te chagriner \u00e0 ce point-l\u00e0. Dans ma situation, je dois faire comme je puis et non comme je voudrais. Un peu de r\u00e9flexion devrait te le faire entendre. En outre, j&rsquo;aurais pu ne pas t&rsquo;\u00e9crire et ce silence, loin d&rsquo;\u00eatre un mauvais pr\u00e9sage, aurait d\u00fb te sugg\u00e9rer de bien meilleures id\u00e9es.<\/p>\n<p>Mais non ; tu es toute plong\u00e9e \u00e0 la m\u00e9lancolie et tu ne vois que du noir l\u00e0 o\u00f9 quelquefois c&rsquo;est, ou \u00e7a pourrait \u00eatre d&rsquo;un beau rose. R\u00e9fl\u00e9chis un peu mieux \u00e0 l&rsquo;avenir, ma bien bonne, et ne te fais plus du mauvais sang mal \u00e0 propos. Bien s\u00fbr, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 malade ; je l&rsquo;ai m\u00eame \u00e9t\u00e9 d&rsquo;une triste mani\u00e8re. Mais \u00e0 cette heure, j&rsquo;ai remis le nez au cap et je file bon vent. Les soins ne me font pas d\u00e9faut et avec ce que tu m&rsquo;enverras le mois prochain, j&rsquo;esp\u00e8re me remettre compl\u00e8tement.<\/p>\n<p>L&rsquo;impatience d&rsquo;\u00c9lisa est concevable ; cependant faut-il encore tenir compte que<\/p>\n<p>Paul n&rsquo;a pas ses coud\u00e9es franches. Une lettre est bient\u00f4t \u00e9crite, me diras-tu. Soit. Mais il est possible qu&rsquo;il pr\u00e9f\u00e8re ne lui \u00e9crire qu&rsquo;apr\u00e8s l&rsquo;obtention de son divorce, de fa\u00e7on \u00e0 pouvoir lui pr\u00e9senter de s\u00e9rieuses garanties. Tout \u00e7a, ce n&rsquo;est qu&rsquo;une question de temps, d&rsquo;un peu de temps. Console-la, et adresse-lui de ma part ma sinc\u00e8re amiti\u00e9.<\/p>\n<p>C&rsquo;est assez \u00e9tonnant qu&rsquo;Auguste n&rsquo;ait pas pens\u00e9 depuis longtemps au concours tr\u00e8s efficace de Me Payan de Mempent\u00e9, ou pour mieux dire de ses confr\u00e8res de province, de ceux notamment qui r\u00e9sident au pays de Julien. Au minist\u00e8re, il doit y avoir un chef affect\u00e9 \u00e0 ce service, et par lui, il serait facile d&rsquo;avoir un mot pour l&rsquo;un de ses subordonn\u00e9s en fonction en province. On peut encore s&rsquo;adresser directement \u00e0 l&rsquo;un de ces derniers, en supposant, bien entendu, qu&rsquo;on le connaisse ou qu&rsquo;on lui soit pr\u00e9sent\u00e9. Dis-en un mot \u00e0 tes amies et si elles ont des relations dans ce monde-l\u00e0, tu verras qu&rsquo;Auguste ne s&rsquo;en trouverait pas plus mal<a name=\"_ftnref3\" href=\"#_ftn3\">[3]<\/a>.<\/p>\n<p>Je suis toujours sans nouvelles \u00e0 l&rsquo;endroit de ma prochaine comparution. Sera-ce pour le mois prochain ou pour le mois d&rsquo;octobre ? Je l&rsquo;ignore. L&rsquo;accusation manquant absolument de base l\u00e9gale, le parquet voudrait bien se d\u00e9barrasser de cette affaire avec un non-lieu, mais ce n&rsquo;est pas possible, puisqu&rsquo;il y a eu d\u00e9cision minist\u00e9rielle. Alors, tout \u00e7a brass\u00e9 ensemble avec d&rsquo;autres circonstances qu&rsquo;il serait trop long de t&rsquo;expliquer, \u00e7a forme une salade des plus compliqu\u00e9es. Je ferai tout mon possible pour pr\u00eater le flanc \u00e0 une condamnation, mais je crains bien que ce sera en vain. Acquittement et tout sera b\u00e2cl\u00e9.<\/p>\n<p>Sais-tu qu&rsquo;il y a longtemps que tu ne m&rsquo;as pas envoy\u00e9 de lecture ? Vraiment je m&rsquo;ennuie. J&rsquo;en ai bien encore des derniers re\u00e7us, mais je les ai lus et relus. D&rsquo;ailleurs, je vais m&rsquo;en d\u00e9barrasser en les versant \u00e0 la biblioth\u00e8que de l&rsquo;\u00e9tablissement. Ne vaut-il pas mieux que tout le monde en profite que de les laisser moisir dans un coin de ma cellule ? Je m&rsquo;attends \u00e9galement \u00e0 recevoir du Glob\u00e9ol et des comprim\u00e9s de Maya bulgare.<\/p>\n<p>Amiti\u00e9 sinc\u00e8re \u00e0 ta bonne voisine, \u00e0 tante, aux camarades, et \u00e0 toi, ma bien bonne, mes plus tendres et affectueuses caresses,<\/p>\n<p>Alexandre<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/globeol-5-copier.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3943\" title=\"Publicit\u00e9 Glob\u00e9ol\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/globeol-5-copier-233x300.jpg\" alt=\"\" width=\"127\" height=\"164\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/globeol-5-copier-233x300.jpg 233w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/globeol-5-copier.jpg 373w\" sizes=\"(max-width: 127px) 100vw, 127px\" \/><\/a>14 septembre 1911<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00celes du Salut<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ch\u00e8re maman,<\/strong><\/p>\n<p>Il est probable que tu ne dois pas m&rsquo;avoir \u00e9crit trois lettres, le mois de juillet, car je n&rsquo;en ai re\u00e7u que deux : une dat\u00e9e du 6 et l&rsquo;autre du 13 juillet. Du 25 point. Au reste, tu as bien fait car ce courrier est des plus irr\u00e9guliers et n&rsquo;est assur\u00e9, neuf fois sur dix, que par le courrier fran\u00e7ais. Je la re\u00e7ois donc en m\u00eame temps que celle exp\u00e9di\u00e9e le 6 ou 7 du mois suivant.<\/p>\n<p>Ces jours-ci je m&rsquo;attends \u00e0 recevoir de maigres nouvelles, si toutefois tu m&rsquo;en adresses. Il te faut peu de choses pour te faire jeter le manche apr\u00e8s la cogn\u00e9e. Et dire que tu t&rsquo;es alarm\u00e9e pour un cas qui aurait d\u00fb te causer plus de plaisir que d&rsquo;angoisse. Manque de r\u00e9flexion. Allons, une autre fois, si le cas se renouvelle, tu seras plus perspicace, <em>qu\u00e9?<\/em><\/p>\n<p><strong><em>20 septembre<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Depuis quelques jours, j&rsquo;entends siffler les courriers et j&rsquo;ai beau m&rsquo;attendre \u00e0 recevoir de tes ch\u00e8res nouvelles, je ne re\u00e7ois rien. Mon silence d&rsquo;un mois doit \u00eatre la cause du tien. Pourtant tu n&rsquo;as pas raison, ma bien bonne, de proc\u00e9der ainsi. Nos situations ne sont pas les m\u00eames. De l\u00e0, des diff\u00e9rences dans nos agissements. Peut-\u00eatre as-tu \u00e9t\u00e9 malade, toi aussi ? Ce serait bien malheureux. Enfin dans quelques jours, j&rsquo;esp\u00e8re recevoir une lettre. Puisse-t-elle ne contenir que de bonnes nouvelles.<\/p>\n<p><strong><em>22 septembre<\/em><\/strong><\/p>\n<p>D\u00e9cid\u00e9ment, c&rsquo;est une vraie mal\u00e9diction que cette maladie. Depuis plus d&rsquo;un mois, j&rsquo;allais mieux, beaucoup mieux ; au dernier pesage, j&rsquo;ai repris 9 kilos, ce qui fait que j&rsquo;en p\u00e8se 57 ; bref, le r\u00e9gime que je suivais m&rsquo;avait mis de la viande sur les os. Et puis voil\u00e0 que tout d&rsquo;un coup, je me revois chip\u00e9, mais chip\u00e9 de la belle mani\u00e8re. Des douleurs atroces comme si j&rsquo;avais un millier d&rsquo;aiguilles dans l&rsquo;intestin, une diarrh\u00e9e carabin\u00e9e, \u00e9preintes, t\u00e9nesme, toute la lyre, quoi ; le tout assaisonn\u00e9 d&rsquo;un peu de fi\u00e8vre. Quelle mis\u00e8re !<\/p>\n<p><strong><em>23 septembre<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Plus de peur que de gravit\u00e9. La soudainet\u00e9 du mal me faisait supposer le vomito negro ou la typho\u00efde. Mais, fort heureusement, ce n&rsquo;est ni l&rsquo;une ni l&rsquo;autre de ces dames. Je buvais un peu trop d&rsquo;eau ces temps derniers et comme en ce moment l&rsquo;eau n&rsquo;est pas des plus saines, j&rsquo;en ai \u00e9t\u00e9 indispos\u00e9. Je ne suis pas remis, mais la fi\u00e8vre a disparu. C&rsquo;est l&rsquo;essentiel. Je ne redoute gu\u00e8re les maladies qui ne provoquent point de fi\u00e8vre. Pour calmer ces douleurs, j&rsquo;ai pris des potions \u00e0 base d&rsquo;opium qui m&rsquo;ont litt\u00e9ralement assomm\u00e9. J&rsquo;en suis encore tout abruti.<\/p>\n<p><strong><em>25 septembre<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Demain, je dois \u00eatre dirig\u00e9 sur l&rsquo;\u00eele Royale pour y \u00eatre interrog\u00e9. Mieux vaut tard que jamais. On se d\u00e9cide enfin \u00e0 proc\u00e9der au compl\u00e9ment d&rsquo;information. D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, \u00e7a va me distraire, et de l&rsquo;autre, c&rsquo;est bien ennuyeux. Demain, c&rsquo;est le jour de la visite m\u00e9dicale, et si je ne suis pas \u00e0 la r\u00e9clusion, cela va encore \u00eatre la cause d&rsquo;un tas de complications plut\u00f4t f\u00e2cheuses. Je suis atteint d&rsquo;une [<em>illisible<\/em>]. J&rsquo;en ressens tous les sympt\u00f4mes et aurais grand besoin d&rsquo;avoir le for int\u00e9rieur minutieusement d\u00e9sinfect\u00e9. Ici, la m\u00e9dication d&rsquo;usage est \u00e0 base de formol ou d&rsquo;eucalyptol, parfois de graines m\u00e2les de foug\u00e8res. C&rsquo;est une maladie tr\u00e8s grave caract\u00e9ris\u00e9e par l&rsquo;infection de petits vers ou bacilles log\u00e9s dans l&rsquo;intestin gr\u00eale. Renseigne-toi un peu pour savoir si depuis peu on n&rsquo;aurait pas trouv\u00e9 un antiseptique nouveau pour cette affection. Bien qu&rsquo;\u00e0 des degr\u00e9s diff\u00e9rents, tous les for\u00e7ats en sont atteints. Pour en \u00eatre [<em>illisible<\/em>], il faudrait ne pas respirer, ne pas boire et ne pas manger. C&rsquo;est un peu difficile, comme tu le vois. Mais avec des soins, on s&rsquo;en tire tr\u00e8s bien. J&rsquo;esp\u00e8re qu&rsquo;ils ne me manqueront pas.<\/p>\n<p><strong><em>26 septembre<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Je reviens de l&rsquo;instruction. Les t\u00e9moins corroborent en tous points les faits relat\u00e9s dans ma lettre. De ce coup-l\u00e0, je me demande un peu o\u00f9 l&rsquo;accusation va pouvoir prendre pied. Tout \u00e7a ne me dit rien qui vaille. Mon troisi\u00e8me voyage est bien malade. L&rsquo;acquittement devient de plus en plus probable. Quelle guigne ! La prochaine session aura lieu probablement le mois prochain. Je ne vais donc pas tarder \u00e0 \u00eatre transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 Saint-Laurent-du-Maroni. L&rsquo;essentiel est que je re\u00e7oive le Glob\u00e9ol, la Maya et la lecture ici, avant mon d\u00e9part, sinon nous risquerions fort de jouer \u00e0 cache-cache.<\/p>\n<p><strong><em>28 septembre<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Tu sais, il ne faut pas te mettre martel en t\u00eate pour ce qu&rsquo;Auguste t&rsquo;a dit relativement \u00e0 la ou aux personnes pouvant lui \u00eatre utiles. C&rsquo;est \u00e0 l&rsquo;occasion, c&rsquo;est-\u00e0-dire si parfois le hasard voulait que l&rsquo;on ait des relations parmi ce monde ; mais il ne faut pas entasser d\u00e9marche sur d\u00e9marche pour cela. Tu dois me comprendre. \u00c0 propos, sais-tu que Me Boncoeur a fait ses malles ? C&rsquo;est Julien qui me l&rsquo;a appris. Bon voyage !<\/p>\n<p><strong><em>29 septembre<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Ce mois-ci, le courrier n&rsquo;est pas en avance. Il n&rsquo;est pas encore arriv\u00e9. Je n&rsquo;attends donc pas ta lettre pour y r\u00e9pondre, car je risquerais fort d&rsquo;\u00eatre en retard. J&rsquo;y r\u00e9pondrai de Saint-Laurent. En outre de la lecture et du Glob\u00e9ol (je dis du Glob\u00e9ol parce que j&rsquo;ignore ce que tu m&rsquo;en as adress\u00e9 ce mois-ci ; c&rsquo;est \u00e0 toi d&rsquo;appr\u00e9cier et surtout de ne pas croire qu&rsquo;un flacon fasse trois mois : ce n&rsquo;est pas du caoutchouc), envoie-moi quatre pelotes de fil blanc solide et un paquet d&rsquo;aiguilles, des barres \u00e0 mine.<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;attente de recevoir de tes ch\u00e8res nouvelles, j&rsquo;adresse ma sinc\u00e8re amiti\u00e9 \u00e0 tante, \u00e0 ta bonne voisine, aux camarades, et \u00e0 toi, ma bien bonne, mes plus tendres et affectueuses caresses,<\/p>\n<p>Alexandre<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/globeol-6-copier.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3944\" title=\"Publicit\u00e9 Glob\u00e9ol\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/globeol-6-copier-225x300.jpg\" alt=\"\" width=\"121\" height=\"162\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/globeol-6-copier-225x300.jpg 225w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/globeol-6-copier.jpg 361w\" sizes=\"(max-width: 121px) 100vw, 121px\" \/><\/a>10 octobre 1911<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00celes du Salut<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ma ch\u00e8re maman,<\/strong><\/p>\n<p>Ta lettre m&rsquo;a bien tranquillis\u00e9. Je te croyais malade ou bien indispos\u00e9e par le chagrin de ne pas avoir re\u00e7u de mes nouvelles. Et puis, j&rsquo;ai toujours peur que tu te surm\u00e8nes, que tu ne te soignes pas assez. C&rsquo;est tr\u00e8s bien de penser \u00e0 moi, mais il ne faut pas t&rsquo;en oublier toi-m\u00eame. J&rsquo;ai re\u00e7u les deux colis-\u00e9chantillons contenant une bo\u00eete de comprim\u00e9s de Maya bulgare, un flacon de levure de bi\u00e8re, un couvert en bois, trois <em>Feuilles litt\u00e9raires <\/em>et un volume. Cette m\u00e9dication me fait beaucoup de bien. C&rsquo;est un excellent d\u00e9sinfectant de l&rsquo;appareil digestif qui a le double m\u00e9rite de soulager en ne fatiguant pas. C&rsquo;est te dire, ma bien bonne, que je me porte aussi bien que se peut porter un homme se trouvant dans ma situation. Au dernier pesage, j&rsquo;ai encore gagn\u00e9 4 kilos.<\/p>\n<p><strong><em>15 octobre<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Ne te l&rsquo;avais-je pas dit d\u00e9j\u00e0 que le tricot de laine avait \u00e9t\u00e9 saisi et vendu, vendu 3,52 francs ? Il me semble bien que si. Enfin, je te le r\u00e9p\u00e8te. Bien entendu, ne m&rsquo;en adresse pas un autre, car il suivrait le m\u00eame chemin.<\/p>\n<p>L&rsquo;adresse de Marseille ? Mais o\u00f9 veux-tu que je la prenne ? Il y a douze ans, c&rsquo;\u00e9tait \u00e0 Solli\u00e8s Toucas sur la route de Belgentier au lieu-dit La Gipi\u00e9ro, ce qui en fran\u00e7ais veut dire : la fabrique de pl\u00e2tre. Mais j&rsquo;ai su qu&rsquo;il avait quitt\u00e9 cette ferme pour en louer une autre dans une partie des Maures. Au reste, depuis si longtemps, qui sait s&rsquo;il est encore dans le d\u00e9partement, qui sait m\u00eame s&rsquo;il est encore en vie. Ma foi, il \u00e9tait d&rsquo;un \u00e2ge tr\u00e8s respectable et on ne sait jamais. Aurais-tu l&rsquo;intention d&rsquo;aller s\u00e9journer quelques mois dans le Var ? Dans ce cas, il vaudrait mieux pour toi loger \u00e0 l&rsquo;h\u00f4tel que chez des connaissances.<\/p>\n<p>\u00c7a revient toujours \u00e0 meilleur compte. En outre, je vais te dire, si tu y vas une ann\u00e9e, il faudra y retourner encore ou sinon le changement de climat, au lieu de t&rsquo;\u00eatre favorable, pourrait te faire du mal.<\/p>\n<p>Alors tantine ne t&rsquo;a pas r\u00e9pondu ? Je crois qu&rsquo;il e\u00fbt mieux valu ne pas lui \u00e9crire. Si la lettre ne t&rsquo;est pas retourn\u00e9e, son mari l&rsquo;aura peut-\u00eatre intercept\u00e9e. Il est si ombrageux que pour un rien il en fait une histoire. Pas de nouvelles de Paul non plus ? \u00c9tonnant. Bah ! son silence est peut-\u00eatre motiv\u00e9<a name=\"_ftnref4\" href=\"#_ftn4\">[4]<\/a>.<\/p>\n<p><strong><em>17 octobre<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Sans en \u00eatre certain, je crois partir ce soir pour Saint-Laurent. Il y a un vapeur en rade et je ne crois pas me tromper. D&rsquo;ailleurs, l&rsquo;ouverture de la session ne saurait tarder ; elle est d\u00e9j\u00e0 assez en retard.<\/p>\n<p>Le mari de Toinette m&rsquo;avait \u00e9crit il y a deux ou trois ans. Sa sant\u00e9 \u00e9tait bonne et ses intentions excellentes. Je m&rsquo;\u00e9tonne donc qu&rsquo;il n&rsquo;ait pas rendu visite \u00e0 Myra. Je r\u00e9pondis bien \u00e0 sa lettre, mais nous nous trouvions alors en pleine gr\u00e8ve des postiers, de sorte qu&rsquo;il est probable qu&rsquo;il ne la re\u00e7ut jamais. J&rsquo;aurais pu lui r\u00e9\u00e9crire, mais ne sachant pas son adresse, je n&rsquo;ai pas cru devoir le faire. Si tu en as l&rsquo;occasion, adresse-lui ma sinc\u00e8re amiti\u00e9. Bien qu&rsquo;\u00e0 certains \u00e9gards on sente en lui quelque chose de l\u00e9g\u00e8rement bourgeois, c&rsquo;est un homme de c\u0153ur. Il est vrai qu&rsquo;avec les ans, il a d\u00fb suivre l&rsquo;\u00e9volution humaine, et peut-\u00eatre que pr\u00e9sentement, il voit les choses sous un autre jour que lorsqu&rsquo;il avait 30 ans. Quoi qu&rsquo;il en puisse \u00eatre, ce sera toujours avec plaisir que je recevrai de ses nouvelles, qui, je l&rsquo;esp\u00e8re, seront toujours bonnes. Je pars ce soir \u00e0 9 heures.<\/p>\n<p>Bon courage et pas de chagrin, ma bien bonne. Sinc\u00e8re affection,<\/p>\n<p>Alexandre<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/globeol-7-copier.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3945\" title=\"Publicit\u00e9 Glob\u00e9ol\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/globeol-7-copier-221x300.jpg\" alt=\"\" width=\"118\" height=\"160\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/globeol-7-copier-221x300.jpg 221w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/globeol-7-copier.jpg 354w\" sizes=\"(max-width: 118px) 100vw, 118px\" \/><\/a>18 octobre 1911<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00celes du Salut<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ma ch\u00e8re maman,<\/strong><\/p>\n<p>Le convoi est bien parti, mais moi je suis rest\u00e9. Ah \u00e7a ! esp\u00e9rerait-on liquider cette affaire avec un non-lieu ? L\u00e9galement ce n&rsquo;est pas possible. Je dois \u00eatre jug\u00e9. Vois-tu que l&rsquo;on me souffle mon voyage, ma vill\u00e9giature \u00e0 la sous-pr\u00e9fecture guyanaise : \u00e7a non, par exemple ! \u00c0 cette session on m&rsquo;a escamot\u00e9 comme une muscade, mais \u00e0 la prochaine, je prendrai mes mesures. Donc me voil\u00e0 en expectative jusqu&rsquo;au mois de mai ou d&rsquo;avril de l&rsquo;ann\u00e9e prochaine, car je ne crois pas qu&rsquo;il y ait de session avant. Au fond, je me fiche de tout \u00e7a comme du premier pot de chambre o\u00f9 j&rsquo;ai fait pipi dedans. Si je m&rsquo;en occupe un peu, c&rsquo;est tout bonnement pour me distraire, et je t&rsquo;assure que c&rsquo;est parfois bien amusant. Tu vois, ma bien bonne, que j&rsquo;ai de l&rsquo;agr\u00e9ment.<\/p>\n<p>Ajoute \u00e0 cela le plaisir que me cause la lecture que tu m&rsquo;envoies, et tu conviendras que je suis plus heureux que tu ne crois. Je passe des heures d\u00e9licieuses \u00e0 lire ; les journ\u00e9es s&rsquo;\u00e9coulent rapides. Ces <em>Feuilles litt\u00e9raires <\/em>sont tr\u00e8s, tr\u00e8s int\u00e9ressantes. Quant au roman, ma foi, bien que la facture en soit tr\u00e8s soign\u00e9e, la charpente irr\u00e9prochable, quoique, de-ci de-l\u00e0, on y rencontre de cinglantes remarques, quelques envol\u00e9es philosophiques, c&rsquo;est toujours du roman-feuilleton. Le nom de l&rsquo;auteur faisait esp\u00e9rer un peu plus&#8230; d&rsquo;audace. Bah ! quand on \u00e9crit pour gagner sa vie, on ne fait pas toujours comme l&rsquo;on veut. Les \u00e9diteurs sont exigeants. \u00c0 propos, tu es toujours en bons termes avec Charles ? Tu n&rsquo;as toujours jamais pu savoir quel \u00e9tait l&rsquo;auteur de l&rsquo;indiscr\u00e9tion \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de Betty<a name=\"_ftnref5\" href=\"#_ftn5\">[5]<\/a> aupr\u00e8s d&rsquo;Octave ? Ne serait-ce pas Betty elle-m\u00eame par fanfaronnade ou autre mobile ? Pr\u00e9sentement Paul-Louis aura d\u00fb \u00e9crire \u00e0 Myra. Tu me le feras savoir, <em>qu\u00e9 ?<\/em><\/p>\n<p><strong><em>20 octobre<\/em><\/strong><\/p>\n<p>\u00c7a, par exemple ! C&rsquo;est une surprise. Je viens de recevoir deux colis-\u00e9chantillons : lecture et m\u00e9dicaments. Tu me g\u00e2tes, ma bien bonne. Que dis-tu ? M&rsquo;envoyer de l&rsquo;argent. Mais tu n&rsquo;y penses pas. C&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 bien assez de t&rsquo;occasionner toutes ces d\u00e9penses. D&rsquo;ailleurs, je ne pourrais en disposer pour l&rsquo;achat d&rsquo;aliments. En mati\u00e8re de l\u00e9gislation, les choses vont lentement. Or il n&rsquo;y a jamais que cinquante-sept ans que la loi du 31 mai 1854 a \u00e9t\u00e9 promulgu\u00e9e, autorisant les for\u00e7ats condamn\u00e9s aux peines perp\u00e9tuelles \u00e0 recevoir des secours pour cause d&rsquo;aliments. Il faut esp\u00e9rer que vers la fin de ce si\u00e8cle des cantines auront \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9es. Apr\u00e8s tout, ce n&rsquo;est qu&rsquo;une question de patience. Amen!<\/p>\n<p>Comme tu te frappes vite, pauvre sainte femme de m\u00e8re ! Puisque je te l&rsquo;ai dit, puisque je te l&rsquo;assure que je suis hors de tout danger. Bien s\u00fbr, je ne p\u00e9tille pas de sant\u00e9, je ne suis pas robuste comme quatre Turcs ; mais en toute v\u00e9rit\u00e9, je me porte bien, surtout en tenant compte de ce que j&rsquo;ai d\u00fb subir depuis trois ans. La r\u00e9clusion, ce n&rsquo;est pas un sanatorium. Ce n&rsquo;est pas pour tonifier les hommes, pour augmenter leur long\u00e9vit\u00e9 qu&rsquo;on les soumet \u00e0 un r\u00e9gime nocif, mais bien pour les d\u00e9primer et ch\u00e2trer leur \u00e9nergie morale. Tu devrais comprendre cela, ma bien bonne, et ne pas t&rsquo;alarmer pour une l\u00e9g\u00e8re indisposition ou bien alors tu me forceras \u00e0 te mentir. Va, encore un peu de patience, huit mois et puis tu verras qu&rsquo;avec l&rsquo;aide du plein air et du soleil, j&rsquo;aurai t\u00f4t fait de me remplumer de la belle mani\u00e8re.<\/p>\n<p>Tu n&rsquo;as aucune explication \u00e0 fournir \u00e0 la poste. Je m&rsquo;\u00e9tonne m\u00eame que l&rsquo;on ose te poser des questions. Ces employ\u00e9s sont donc bien audacieux&#8230; en outrecuidance. \u00c0 moins qu&rsquo;il en reparaisse du m\u00eame auteur, ne m&rsquo;envoie pas d&rsquo;autre ouvrage de cette collection.<\/p>\n<p>Si, sans trop te cr\u00e9er de d\u00e9marches, tu peux te procurer le catalogue de l&rsquo;\u00e9diteur Schlosser, ou nom germanique tr\u00e8s approchant (je ne m&rsquo;en souviens plus au juste), rue des Saints-P\u00e8res, tu me l&rsquo;enverras. C&rsquo;est le libraire-\u00e9diteur des oeuvres de B\u00fcchner<a name=\"_ftnref6\" href=\"#_ftn6\">[6]<\/a>, \u00e9ditions \u00e0 bon march\u00e9. \u00c7a ne presse pas. Si ce n&rsquo;est pas \u00e0 un courrier, ce sera pour le suivant. Pour terminer, je ne saurais trop te recommander de te bien soigner. Ne prends pas froid surtout. Voici l&rsquo;hiver avec son cort\u00e8ge de maladies et les plus petites pr\u00e9cautions ne sont jamais de trop.<\/p>\n<p>Amiti\u00e9 \u00e0 tous et \u00e0 toi, ma bien bonne, ma sinc\u00e8re affection,<\/p>\n<p>Alexandre<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/globeol-8-copier.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3946\" title=\"Publicit\u00e9 Glob\u00e9ol\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/globeol-8-copier-221x300.jpg\" alt=\"\" width=\"143\" height=\"195\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/globeol-8-copier-221x300.jpg 221w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/globeol-8-copier.jpg 354w\" sizes=\"(max-width: 143px) 100vw, 143px\" \/><\/a>30 octobre 1911<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00celes du Salut<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ma ch\u00e8re maman,<\/strong><\/p>\n<p>Comme si ce n&rsquo;\u00e9tait pas assez de t&rsquo;occasionner beaucoup de peine et d&rsquo;ennui avec l&rsquo;envoi de ces colis, il faut encore que je te chagrine au point de t&rsquo;en rendre malade. Excuse-moi, ma bien bonne. C&rsquo;est moi qui ai eu tort. Ma lettre devait \u00eatre bien incoh\u00e9rente. C&rsquo;est la maladie qui en fut cause. Je croyais ne t&rsquo;avoir d\u00e9nigr\u00e9 que le Jubal et sans m&rsquo;en rendre compte, j&rsquo;ai d\u00fb comprendre aussi le Glob\u00e9ol qui pourtant m&rsquo;avait fait beaucoup de bien. Aussi, si tu savais ce qu&rsquo;il m&rsquo;a fallu endurer \u00e0 Saint-Laurent. Te le narrerais-je que tu ne le croirais pas. Je te le r\u00e9p\u00e8te, un mois de plus et je tournais la page. De l\u00e0 ma torpeur, ma prostration et le peu de liaison entre ce que je t&rsquo;ai \u00e9crit : mais d&rsquo;ailleurs, le retard de la r\u00e9ception du Glob\u00e9ol ne m&rsquo;a pas du tout port\u00e9 pr\u00e9judice, car l&rsquo;euss\u00e9-je re\u00e7u avant que je ne l&rsquo;aurais pas consomm\u00e9 avant ce mois-ci. Donc, tout est pour le mieux, ma bien bonne. J&rsquo;ai re\u00e7u \u00e9galement les cachets de pancr\u00e9atine, la levure, les comprim\u00e9s de Maya bulgare, les <em>Feuilles litt\u00e9raires <\/em>et enfin les deux volumes : un de Paul Adam<a name=\"_ftnref7\" href=\"#_ftn7\">[7]<\/a> ; l&rsquo;autre, <em>La Vie secr\u00e8te de la cour de Chine<\/em>. Tu me g\u00e2tes, ma bien bonne, \u00e7a c&rsquo;est trop. Je ne veux pas que tu continues \u00e0 faire de telles d\u00e9penses. Les Feuilles litt\u00e9raires, passe ; ce n&rsquo;est pas bien cher. De temps \u00e0 autre, un livre bon march\u00e9, passe encore. Mais deux volumes dans le mois et des volumes \u00e0 3,50 francs encore, oh ! non, \u00e7a c&rsquo;est aller trop loin. Bien s\u00fbr, la lecture me fait beaucoup de plaisir, mais de cette mani\u00e8re, ce plaisir est g\u00e2t\u00e9 par l&rsquo;id\u00e9e du sacrifice que tu t&rsquo;imposes. Quant aux m\u00e9dicaments, \u00e0 pr\u00e9sent c&rsquo;est assez. J&rsquo;ai encore en r\u00e9serve un flacon de levure et une bo\u00eete de comprim\u00e9s que je conserve en cas de rechute grave, de fa\u00e7on \u00e0 en avoir sous la main en attendant ceux que je pourrais te demander par la suite. D\u00e8s aujourd&rsquo;hui, je vais prendre du Glob\u00e9ol. Un flacon me suffira pour me r\u00e9tamer. Si j&rsquo;en re\u00e7ois un second, je le joindrai \u00e0 la r\u00e9serve.<\/p>\n<p>Enfin avec tout \u00e7a, je me porte bien. Je suis m\u00eame \u00e9tonn\u00e9, tr\u00e8s \u00e9tonn\u00e9 de ne pas me voir plus d\u00e9prim\u00e9. Si j&rsquo;\u00e9tais certain que tu ne sois pas malade, eh bien, j&rsquo;en serais fort heureux car les choses iraient alors pour le mieux.<\/p>\n<p>Pour Laure, mais fais tout ce que tu pourras pour elle, ma bien bonne. Tu n&rsquo;avais m\u00eame pas besoin de me le demander. Tu sais bien qu&rsquo;en ces sortes de choses, nous sommes toujours d&rsquo;accord. Bien s\u00fbr qu&rsquo;elle ne te demandera rien. Ce n&rsquo;est pas par fiert\u00e9 de mani\u00e8re, mais par fiert\u00e9 de coeur, par d\u00e9licatesse. Alors sa d\u00e9tresse est extr\u00eame. Je le crois. Dans sa position, il est des phases tr\u00e8s p\u00e9nibles. Mais dis-lui d&rsquo;\u00eatre courageuse. Rien n&rsquo;est stable, pas m\u00eame le malheur. Le principal est d&rsquo;avoir de la sant\u00e9. Qu&rsquo;elle ne tombe pas malade, et qui sait ! peut-\u00eatre se trouvera-t-elle en mesure de secourir sa s\u0153ur Lucienne qui, \u00e0 vrai dire, est encore plus malheureuse qu&rsquo;elle<a name=\"_ftnref8\" href=\"#_ftn8\">[8]<\/a>.<\/p>\n<p>Alors Lorand a \u00e9t\u00e9 si mal re\u00e7u que \u00e7a ? \u00c7a ne m&rsquo;\u00e9tonne pas. Dans la lettre qu&rsquo;il m&rsquo;\u00e9crivit il y a deux ou trois ans, il se plaignait d\u00e9j\u00e0 du peu d&rsquo;\u00e9gard que l&rsquo;on manifestait \u00e0 l&rsquo;endroit de sa fille Toinon<a name=\"_ftnref9\" href=\"#_ftn9\">[9]<\/a>. Ce qui m&rsquo;\u00e9tonne, c&rsquo;est son \u00e9tonnement, car ce n&rsquo;est pas un sot et il conna\u00eet assez bien les hommes. Aurait-il commis l&rsquo;erreur de les consid\u00e9rer comme des camarades?<\/p>\n<p>F\u00e2cheuse erreur ! ce sont des \u00eatres profond\u00e9ment \u00e9go\u00efstes, des individualistes \u00e0 l&rsquo;esprit tr\u00e8s \u00e9troit. Ils sont tout ventre, de cerveau point. Le comble c&rsquo;est que voil\u00e0 des gens qui prennent des habitudes d&rsquo;ap\u00f4tres. C&rsquo;est \u00e0 peu pr\u00e8s comme si un singe voulait se faire passer pour un \u00e9l\u00e9phant. Ce qui me fait plaisir dans tout \u00e7a, c&rsquo;est que Lorand n&rsquo;ait pas chang\u00e9, lui. Il n&rsquo;a qu&rsquo;\u00e0 laisser cette familiasse de c\u00f4t\u00e9 et n&rsquo;agir que par lui-m\u00eame. Car je crains bien que, s&rsquo;il persistait dans leur relation, oncle et cousins pourraient bien lui jouer un vilain tour, mani\u00e8re de se d\u00e9barrasser de lui. D&rsquo;ailleurs je ne crois pas qu&rsquo;il ait besoin d&rsquo;eux. \u00c0 sa place, je me mettrais \u00e0 l&rsquo;ouvrage avec acharnement. Dipl\u00f4m\u00e9, brevet\u00e9, c&rsquo;est bien le diable si les emplois lui faisaient d\u00e9faut. Bah! tu verras qu&rsquo;il s&rsquo;en sortira tr\u00e8s victorieusement.<\/p>\n<p><strong><em>Mardi 7 novembre<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Je partirai demain soir. Je viens d&rsquo;en \u00eatre avis\u00e9. J&rsquo;aime mieux \u00e7a que de partir ce jour, c&rsquo;est toujours autant moins de pass\u00e9 \u00e0 Saint-Laurent. Il est vrai que depuis le temps, le m\u00e9decin a pu changer. G\u00e9n\u00e9ralement, ils changent tous les semestres. Au fond, je m&rsquo;en fiche \u00e0 pr\u00e9sent. Je suis tr\u00e8s solide et, en outre, je suis pourvu de m\u00e9dicaments. La session ne tardera pas, j&rsquo;esp\u00e8re, de s&rsquo;ouvrir ; de sorte que je pense \u00eatre de retour vers la fin de ce mois. Pourvu que j&rsquo;aie la chance de pouvoir obtenir une condamnation, c&rsquo;est tout ce que je souhaite. Les moyens d&rsquo;annulation ne manquant pas, je pourrais ainsi refaire un petit voyage au mois d&rsquo;avril. \u00c7a manque de confort, assur\u00e9ment, mais \u00e7a distrait tout de m\u00eame. J&rsquo;aime bien le plein air, les vastes horizons.<\/p>\n<p>Tu ne trouves pas \u00e9tonnant que Myra n&rsquo;ait rien re\u00e7u de Paul, alors que ce dernier a dit \u00e0 Lucie qu&rsquo;il lui avait \u00e9crit ? Au fond, pour le moment \u00e7a a peu d&rsquo;importance. N\u00e9anmoins, il faudrait pouvoir se rendre compte si Octave n&rsquo;a pas encore fait des siennes<a name=\"_ftnref10\" href=\"#_ftn10\">[10]<\/a>. Console ta pauvre et bonne voisine qui en a bien besoin. Sinc\u00e8re amiti\u00e9 \u00e0 tante que j&rsquo;oublie de nommer parfois, mais \u00e0 qui pourtant je pense toujours, ainsi qu&rsquo;\u00e0 Louise et F\u00e9licie. En attendant de tes ch\u00e8res et bonnes nouvelles, re\u00e7ois ma ch\u00e8re maman ma plus tendre affection,<\/p>\n<p>Alexandre<\/p>\n<p>P.-S. &#8211; Tu ne trouves pas comme elle est p\u00e2le mon encre ? Envoie-moi donc deux sous de poudre noire, <em>qu\u00e9 ? <\/em>Je t&rsquo;\u00e9crirai encore de Saint-Laurent.<\/p>\n<p>&#8211; Mais oui, c&rsquo;est moi qui l&rsquo;ai ce coupe-papier. Dans ta h\u00e2te, tu l&rsquo;as empaquet\u00e9 avec un livre et l&rsquo;as exp\u00e9di\u00e9. Il me serait bien difficile de te le renvoyer.<\/p>\n<p>&#8211; Il y a une vue photographique, Le Crotoy. \u00c7a se trouve en face de Saint-Val\u00e9ry. Et par association d&rsquo;id\u00e9es, Saint-Val\u00e9ry m&rsquo;a rappel\u00e9 Abbeville.<\/p>\n<p>&#8211; J&rsquo;ai encore gagn\u00e9 en poids 9 kilos. J&rsquo;en p\u00e8se donc 64. Il va me falloir y mettre un frein, tout de m\u00eame, \u00e0 ce crescendo, sinon la graisse risquera de m&rsquo;\u00e9touffer. Plaisanterie \u00e0 part, je me porte fort bien. Je ne me souviens m\u00eame pas de m&rsquo;\u00eatre si bien port\u00e9 depuis plus de huit ans. Ainsi vois.<\/p>\n<p>&#8211; Tu me demandes si le Paul Adam me pla\u00eet. Mazette ! Il faudrait \u00eatre bien difficile pour que cet auteur ne me conv\u00eent pas. Comme forme litt\u00e9raire, ceux qui le valent ne se comptent pas \u00e0 la douzaine. Les <em>Feuilles litt\u00e9raires <\/em>ont publi\u00e9 de lui, sous le n\u00b0 16, <em>Les Lions<\/em>, que tu as omis de m&rsquo;envoyer. De m\u00eame pour les nos 10, 18, 23, 26 que je te prie de m&rsquo;adresser.<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/globeol-9-copier.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3947\" title=\"Publicit\u00e9 Glob\u00e9ol\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/globeol-9-copier-223x300.jpg\" alt=\"\" width=\"123\" height=\"166\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/globeol-9-copier-223x300.jpg 223w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/globeol-9-copier.jpg 357w\" sizes=\"(max-width: 123px) 100vw, 123px\" \/><\/a>10 novembre 1911<\/strong><\/p>\n<p><strong>Saint-Laurent-du-Maroni<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ma ch\u00e8re maman,<\/strong><\/p>\n<p>Me voil\u00e0 un peu remis des fatigues du voyage. Pas tr\u00e8s confortable ce voyage, mais pas trop p\u00e9nible non plus. Beau temps, belle mer, un ciel superbe et les pieds aux fers, mani\u00e8re d&#8217;emp\u00eacher que l&rsquo;on tombe \u00e0 l&rsquo;eau. Un accident est si vite arriv\u00e9 !<\/p>\n<p>J&rsquo;ai re\u00e7u communication de l&rsquo;ordre de mise en jugement. Je dois compara\u00eetre le 14 courant, mais je ne pense pas passer avant le 20. Au reste, j&rsquo;ai encore d\u00e9nich\u00e9 un moyen dilatoire, de sorte qu&rsquo;il n&rsquo;est pas absolument s\u00fbr que la cause soit jug\u00e9e \u00e0 cette session. Cela me permettrait de m&rsquo;offrir un troisi\u00e8me voyage. En somme, je ne redoute que l&rsquo;acquittement car, manquant de base l\u00e9gale, m\u00eame en cas de condamnation, le jugement serait annul\u00e9, et de cette fa\u00e7on encore, j&rsquo;aurais le plaisir de ma vill\u00e9giature.<\/p>\n<p>Pour ma sant\u00e9 : tu sais, c&rsquo;est tout simplement renversant. Je me porte comme un charme ; je ne me suis jamais senti tel. Tous mes camarades en sont \u00e9tonn\u00e9s. C&rsquo;est une v\u00e9ritable r\u00e9surrection.<\/p>\n<p><strong><em>21 novembre<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Je comparais demain. Sant\u00e9 : toujours excellente. C&rsquo;est la premi\u00e8re fois que je ne suis pas malade en me trouvant ici. Il est vrai que j&rsquo;ai eu soin de porter avec moi une bo\u00eete de comprim\u00e9s, un flacon de levure et le Glob\u00e9ol. Avec encore un flacon de Glob\u00e9ol (qui est peut-\u00eatre en route), j&rsquo;en aurai suffisamment, je crois, pour jusqu&rsquo;\u00e0 la mi-juin.<\/p>\n<p><strong><em>22 novembre<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Patatras ! Je m&rsquo;en doutais. Le tribunal, ayant compris, sans doute, qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;aide de ces questions de forme je les m\u00e8nerai jusqu&rsquo;aux calendes grecques, a rejet\u00e9 mes conclusions et nous a tout bonnement acquitt\u00e9s, moi et Joseph, de fa\u00e7on \u00e0 couper court \u00e0 toutes chicanes.<\/p>\n<p>Me voil\u00e0 fichu. Fini les voyages en mer, fini les vastes horizons. Amen !<\/p>\n<p>La session a \u00e9t\u00e9 close aujourd&rsquo;hui. J&rsquo;esp\u00e8re donc ne pas moisir ici. Il est question de repartir aux \u00eeles demain ou apr\u00e8s-demain. Je voudrais bien qu&rsquo;il en f\u00fbt ainsi car, sous bien des rapports, j&rsquo;aime mieux le r\u00e9gime de la r\u00e9clusion que celui des locaux disciplinaires de Saint-Laurent. Le voyage d&rsquo;aller est pass\u00e9, mais c&rsquo;est celui du retour qui m&rsquo;inqui\u00e8te ; le retour s&rsquo;effectue toujours dans de tr\u00e8s p\u00e9nibles conditions. Heureusement que je ne suis pas malade, pas m\u00eame l\u00e9g\u00e8rement indispos\u00e9, de sorte qu&rsquo;il me suffira de deux ou trois jours pour me remettre. Pr\u00e9sentement, il ne reste plus que sept mois ; il est m\u00eame possible que je sois lib\u00e9r\u00e9 avant, en f\u00e9vrier peut-\u00eatre. Le commandant me l&rsquo;a presque promis, mais les promesses, ce n&rsquo;est pas bien solide. Nous le verrons bien, d&rsquo;ailleurs. Je te le r\u00e9p\u00e8te encore, le principal, c&rsquo;est la sant\u00e9 ; le reste importe peu. Et toi, au moins, es-tu bien portante ? Je l&rsquo;esp\u00e8re et suis impatient de recevoir de tes ch\u00e8res nouvelles pour en avoir la certitude. Demain, arrive le courrier anglais ou hollandais, je ne sais au juste, et je pense en avoir. Dans tous les cas, j&rsquo;en aurai s\u00fbrement \u00e0 la fin du mois.<\/p>\n<p>Ainsi, c&rsquo;est bien entendu, <em>qu\u00e9<\/em>, ma bien bonne : pour le moment, ne m&rsquo;envoie plus de m\u00e9dicaments. J&rsquo;en ai encore aux \u00eeles, en r\u00e9serve, et ici, avec moi, pour jusqu&rsquo;\u00e0 la fin du mois.<\/p>\n<p>Envoie tout juste un peu de lecture, mais rien de cher. Il ne faut pas faire de d\u00e9penses inutiles. J&rsquo;ai quelque argent \u00e0 mon p\u00e9cule, provenant de la vente des colis qui m&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 saisis et vendus, de sorte que je vais les employer \u00e0 l&rsquo;achat de deux tricots en coton pour remplacer mes deux flanelles qui sont encore bonnes mais un peu \u00e9troites. C&rsquo;est tout ce dont j&rsquo;ai besoin.<\/p>\n<p>Amiti\u00e9 sinc\u00e8re \u00e0 tante, \u00e0 ta bonne voisine, aux camarades, et \u00e0 toi, ma ch\u00e8re maman, ma sinc\u00e8re affection,<\/p>\n<p>Alexandre<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/globeol-10-copier.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3948\" title=\"Publicit\u00e9 Glob\u00e9ol\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/globeol-10-copier-300x193.jpg\" alt=\"\" width=\"181\" height=\"116\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/globeol-10-copier-300x193.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/globeol-10-copier.jpg 640w\" sizes=\"(max-width: 181px) 100vw, 181px\" \/><\/a>4 d\u00e9cembre 1911<\/strong><\/p>\n<p><strong>Saint-Laurent-du-Maroni<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ma ch\u00e8re maman,<\/strong><\/p>\n<p>N&rsquo;\u00e9tant pas encore retourn\u00e9 aux \u00eeles, je n&rsquo;ai pu recevoir de tes ch\u00e8res nouvelles. C&rsquo;est bien ennuyeux. Je suis toujours bien portant, mais si je restais encore un mois ici, avec les pluies, il est probable que je retomberais malade. Enfin, esp\u00e9rons qu&rsquo;il n&rsquo;en sera rien.<\/p>\n<p>D&rsquo;ailleurs, il est fort possible que nous partions vers le milieu du mois, en compagnie de nos fr\u00e8res inf\u00e9rieurs, les b\u0153ufs.<\/p>\n<p><strong><em>7 d\u00e9cembre<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Il est question de partir demain. Il y a tellement de fausses alertes que je n&rsquo;y crois pas plus que \u00e7a, malgr\u00e9 tous les pr\u00e9paratifs. Cependant, \u00e7a para\u00eet s\u00e9rieux ce coup-ci. On vient de me donner mes v\u00eatements de r\u00e9clusionnaire. Allons ! \u00e7a sera un p\u00e9nible voyage, \u00e0 la broche et tamis comme des anchois \u00e0 la saumure. Le plus emb\u00eatant, c&rsquo;est encore pour mes lettres et mes colis. Le caboteur qui assure le service postal \u00e9tant le m\u00eame que celui qui doit nous transporter aux \u00eeles, lettres et colis vont se trouver \u00e0 Saint-Laurent au moment o\u00f9 j&rsquo;en partirai ; de sorte que je ne les recevrai pas avant le 17 ou le 18 prochain.<\/p>\n<p>Quelle salade !<\/p>\n<p><strong><em>8 d\u00e9cembre<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Le demain d&rsquo;hier est devenu celui d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. Le caboteur <em>Mana <\/em>s&rsquo;est \u00e9chou\u00e9, sur vase, dans le fleuve homonyme. De l\u00e0 le retard. Sauf contrordre ou accident, le d\u00e9part est fix\u00e9 \u00e0 demain midi. Amen !<\/p>\n<p><strong><em>10 d\u00e9cembre<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Arriv\u00e9s apr\u00e8s vingt heures de voyage et quel voyage ! Il est inutile de t&rsquo;en raconter les souffrances : tu ne le croirais pas. Il faut les endurer pour en comprendre toute la cruaut\u00e9. D&rsquo;une mentalit\u00e9 de formation toute professionnelle, ceux qui en sont cause le font inconsciemment, le coeur l\u00e9ger, l&rsquo;\u00e2me sereine. C&rsquo;est affreux et triste. Passons, mais \u00e0 l&rsquo;occasion, sachons nous souvenir.<\/p>\n<p>Mes lettres et mes colis sont-ils rest\u00e9s aux \u00eeles ou bien sont-ils all\u00e9s vagabonder dans les bureaux de poste de la colonie ? Je n&rsquo;en sais rien encore. J&rsquo;attends. Si demain je n&rsquo;ai rien re\u00e7u, j&rsquo;\u00e9crirai.<\/p>\n<p><strong><em>11 d\u00e9cembre<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Je viens de recevoir trois colis-\u00e9chantillons contenant deux flacons de Glob\u00e9ol (c&rsquo;est trop ; un seul m&rsquo;aurait suffi), cinq <em>Feuilles litt\u00e9raires <\/em>et deux volumes. J&rsquo;oublie une paire de lunettes. Mais de lettres, point. Cependant, tu m&rsquo;as \u00e9crit ; c&rsquo;est certain. Je vais me renseigner.<\/p>\n<p>\u00c9patant ! Je les re\u00e7ois \u00e0 la minute. Je te plaque pour te lire, <em>qu\u00e9 ?<\/em>&#8230;<\/p>\n<p>Tu dois faire erreur pour le nombre de colis exp\u00e9di\u00e9s. C&rsquo;est trois flacons de levure de bi\u00e8re, trois bo\u00eetes de comprim\u00e9s Maya bulgare et non quatre comme tu me l&rsquo;indiques. S&rsquo;il en \u00e9tait autrement adresse une r\u00e9clamation \u00e0 la poste. En cas de perte du colis, tu as droit \u00e0 une indemnit\u00e9. Quant au Glob\u00e9ol, c&rsquo;est exact. J&rsquo;en ai re\u00e7u trois flacons. Ne m&rsquo;en envoie plus, ma bien bonne. J&rsquo;en ai assez, de reste m\u00eame, pour le moment.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai bien un peu, moi aussi, des [<em>illisible<\/em>], mais l&rsquo;\u00e9tat g\u00e9n\u00e9ral est tr\u00e8s satisfaisant, je te prie de le croire. J&rsquo;en suis \u00e9tonn\u00e9 tant j&rsquo;\u00e9tais accoutum\u00e9 \u00e0 la maladie. Et, puisque toi aussi, ma bien bonne, tu te portes bien, c&rsquo;est tout ce que nous pouvons souhaiter de mieux. Je ne crois pas qu&rsquo;il y ait de bonheur plus d\u00e9sirable que celui-l\u00e0, puisqu&rsquo;il est la base de tous les autres. Aussi, soigne-toi bien ; ne fais pas des \u00e9conomies de bouts de chandelles ; \u00e9coute les conseils du docteur. Tu dois comprendre que s&rsquo;il t&rsquo;a dit cela, c&rsquo;est qu&rsquo;il y a motif.<\/p>\n<p>Comme il me tarde que l&rsquo;hiver soit \u00e9coul\u00e9. Je crains toujours pour toi une rechute. Sois prudente, au moins. Un froid est si vite attrap\u00e9 ! C&rsquo;est comme pour ton travail, il ne faut pas te surmener, que diable ! Que tu tiennes \u00e0 contenter ta client\u00e8le, soit, mais il y a un moyen de rem\u00e9dier \u00e0 tout. Pourquoi ne prendrais-tu pas une ouvri\u00e8re qui, au point de vue du salaire, serait tout simplement une associ\u00e9e ? Au fait, il y a peut-\u00eatre des inconv\u00e9nients qui m&rsquo;\u00e9chappent et qui ont pu t&#8217;emp\u00eacher d&#8217;employer ce moyen, car tu as d\u00fb s\u00fbrement y penser. Enfin, fais pour le mieux, mais ne te surm\u00e8ne pas.<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr que j&rsquo;ai revu Joseph. Je l&rsquo;ai revu le jour de mon d\u00e9part des \u00eeles. Il a \u00e9t\u00e9 aimable, m&rsquo;a donn\u00e9 quelques fruits. Il s&rsquo;est plaint de ne plus recevoir de lettres. Je lui en ai donn\u00e9 la raison. Au fond, j&rsquo;ai peut-\u00eatre \u00e9t\u00e9 un peu injuste. La maladie aigrit beaucoup, et lui-m\u00eame \u00e9tait aussi malade que moi. Notre brouille \u00e9tait venue \u00e0 propos d&rsquo;une question de principe. Il m&rsquo;avait dit regretter d&rsquo;avoir contresign\u00e9 la lettre pour laquelle nous f\u00fbmes poursuivis. Tu dois concevoir que cela ne me fit pas plaisir. Que veux-tu, la mis\u00e8re \u00e9nerve et donne peu de courage. De plus forts que lui ont eu de ces d\u00e9couragements-l\u00e0. Depuis peu, il est employ\u00e9 de son m\u00e9tier. Or, comme on ne consomme pas de la p\u00e2tisserie et des confiseries tous les jours, il ne travaille que le dimanche. C&rsquo;est pourquoi il voudrait un livre de cuisine qui lui permette de se perfectionner en culinaire de fa\u00e7on \u00e0 cumuler les deux emplois. Envoie-le-lui, ce livre ; \u00e7a l&rsquo;aidera beaucoup. Mais ne confonds pas. Il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;un de ces livres \u00e0 l&rsquo;usage des ma\u00eetresses de maison et farcis de recettes, de formules plus ou moins fantaisistes, mais bien d&rsquo;un manuel, d&rsquo;un guide \u00e0 l&rsquo;usage des professionnels. Renseigne-toi en librairie ou bien aupr\u00e8s d&rsquo;un copain ayant des relations \u00e0 la Bourse du travail, au syndicat de l&rsquo;alimentation. Il n&rsquo;a plus de ceinture de flanelle. Celle qu&rsquo;il porte est toute trou\u00e9e, d\u00e9chir\u00e9e, un vrai chiffon. S&rsquo;il le faut, ne m&rsquo;envoie rien \u00e0 moi, un courrier ou deux, et contente-le. \u00c0 vrai dire, il en a un v\u00e9ritable besoin. Un froid de ventre est si vite contract\u00e9, pendant la saison pluvieuse surtout. C&rsquo;est un malheureux et rien qu&rsquo;\u00e0 ce titre, nous ne devons pas l&rsquo;abandonner. \u00c9cris-lui aussi. Sauf nous, il n&rsquo;a plus personne au monde et tes lettres lui font grand plaisir. En ce moment, il purge quinze jours de cachot pour bavardage. Il n&rsquo;est pas chanceux. \u00c0 propos de ce livre, prends garde de ne pas te laisser coller un vieux rossignol, \u00e9dit\u00e9 du temps des omnibus. Bien que tr\u00e8s honn\u00eates et d&rsquo;une probit\u00e9 commerciale parfaite, les libraires ne manquent jamais ces occasions-l\u00e0. Mets-y, s&rsquo;il le faut, quelques sous de plus, mais exige une \u00e9dition premi\u00e8re r\u00e9cente.<\/p>\n<p>Plus de nouvelles de Laurent ? Ce n&rsquo;est peut-\u00eatre pas sa faute. Dans sa position, les obstacles, les difficult\u00e9s ne sont pas rares. En somme, tout ce qu&rsquo;il pourra faire pour Auguste, ce sera de secourir p\u00e9cuniairement Myra. Tu le vois, il faut d&rsquo;abord qu&rsquo;il songe \u00e0 lui, \u00e0 sa famille. Sans trop y compter, Myra peut cependant esp\u00e9rer<a name=\"_ftnref11\" href=\"#_ftn11\">[11]<\/a>. Au reste, rien ne presse.<\/p>\n<p>Il va bien, le petit Jacquelin ! C&rsquo;est un produit de l&rsquo;\u00e9poque, un fruit de l&rsquo;arrivisme. Un estomac \u00e0 la place du coeur. Rien que des app\u00e9tits, point de sentiments. Kif-kif des porcs. Encore, la comparaison n&rsquo;est pas juste, car les porcs ne sont pas vicieux. La course au bonheur, la chasse au meilleur \u00eatre, soit ; jouir de la vie avec mesure, tr\u00e8s bien ; mais sans frein, c&rsquo;est b\u00eate, stupide. Il n&rsquo;y a pas de plus mauvais calcul. Et d&rsquo;abord, ce n&rsquo;est pas un calcul, c&rsquo;est une passion. Or toute passion conduit au vice, et le vice enfante la douleur.<\/p>\n<p>Pour celui dont nous parlons, vois : il n&rsquo;a pas 18 ans et il a d\u00e9j\u00e0 le sang pourri.<\/p>\n<p>Quant au moral, il est un peu de l&rsquo;\u00e9cole du p\u00e8re Vengu\u00e9i\u00e8vre. Ne crains rien pour Lucien, ma bonne. Les aigles ne s&rsquo;associent pas avec les buses.<\/p>\n<p><strong><em><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/globeol-11-copier.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3949\" title=\"Publicit\u00e9 Glob\u00e9ol\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/globeol-11-copier-194x300.jpg\" alt=\"\" width=\"102\" height=\"158\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/globeol-11-copier-194x300.jpg 194w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/globeol-11-copier.jpg 311w\" sizes=\"(max-width: 102px) 100vw, 102px\" \/><\/a>22 d\u00e9cembre<\/em><\/strong><\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;instant, je viens de recevoir tes deux ch\u00e8res lettres (une du 12 ; l&rsquo;autre du 22 novembre) et un seul colis contenant fil, aiguilles et une <em>Feuille litt\u00e9raire<\/em>. Quant \u00e0 celui annonc\u00e9 en ta lettre du 12 et devant contenir un illustr\u00e9 et un volume (tu devrais bien sp\u00e9cifier les titres), je ne l&rsquo;ai pas re\u00e7u. Est-ce une erreur de ta part ou bien un simple retard de distribution ? Je ne sais. D&rsquo;ici trois ou quatre jours, je te confirmerai la chose. Veux-tu que je te dise mon id\u00e9e pour Paulin, eh bien, j&rsquo;avais une sorte de pressentiment.<\/p>\n<p>Bien que dans ces sortes de questions la raison doive primer le sentiment, c&rsquo;est par d\u00e9licatesse que je n&rsquo;en ai pas os\u00e9 m&rsquo;en ouvrir plus t\u00f4t. Te souviens-tu de ce que je t&rsquo;avais dit \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de L\u00e9onie<a name=\"_ftnref12\" href=\"#_ftn12\">[12]<\/a> ? Eh bien la m\u00eame id\u00e9e, le m\u00eame soup\u00e7on m&rsquo;est venu pour Paulin<a name=\"_ftnref13\" href=\"#_ftn13\">[13]<\/a>. Cela explique bien des choses. Bien entendu, ne brusque rien. Un ennemi, une fois connu, n&rsquo;en est plus un. Au contraire, il devient pr\u00e9cieux en ce sens qu&rsquo;il peut servir nos int\u00e9r\u00eats. Pour cela, il suffit d&rsquo;user envers lui de ses propres armes.<\/p>\n<p>Dis-moi, je te prie, si ses relations avec Myra datent des derniers jours de l&rsquo;ann\u00e9e 1907.<\/p>\n<p>En somme, au point de vue social, le fait est banal et n&rsquo;a rien qui puisse \u00e9tonner. L&rsquo;amour ou l&rsquo;int\u00e9r\u00eat, de nos jours l&rsquo;un implique presque toujours l&rsquo;autre, est le grand niveleur. Un riche se marie avec une pauvre ; un voleur avec une vol\u00e9e ; un chr\u00e9tien avec une s\u00e9mite. Les cas ne sont pas rares. Cela se voit tous les jours. N&rsquo;importe, comme tu le dis, j&rsquo;en connais un qui, s&rsquo;il ressuscitait, en serait peut-\u00eatre surpris. Et la grand-maman, et la fillette, que doivent-elles en penser ?<\/p>\n<p>Pour les Jacquelin, il n&rsquo;est pas n\u00e9cessaire que tu les fr\u00e9quentes \u00e0 la mani\u00e8re d&rsquo;une patelle (<em>arrapido<\/em>) contre un rocher. Un soup\u00e7on de relation suffit, soit une visite de cent en quatre, \u00e0 l&rsquo;occasion. Je les connais, va, et con\u00e7ois que ce milieu ne soit pas parfait pour te convenir. De m\u00eame pour la m\u00e8re d&rsquo;Yvonne. Fais toujours ce que tu pourras pour la petite, <em>peuch\u00e8re <\/em>: elle n&rsquo;en est pas la cause. Mais laisse la m\u00e8re de c\u00f4t\u00e9 enti\u00e8rement. Il faut, je ne dis pas avoir peu de bon sens, mais en \u00eatre totalement d\u00e9pourvu pour faire apprendre la danse et la gymnastique \u00e0 une enfant rachitique. Autant lui mettre une pierre au cou et la jeter dans la Seine. Elle souffrirait moins. Quelle brute ! Bien s\u00fbr, ce n&rsquo;est pas bien gai tout \u00e7a. Mais tu ne peux pas, non plus, soulager toutes les mis\u00e8res.<\/p>\n<p>Aussi, je con\u00e7ois fort bien que tu ne puisses la reprendre avec toi. T\u00e2che plut\u00f4t de la mettre en apprentissage chez cette personne qui alla \u00e0 Lisbonne au temps de la r\u00e9volution portugaise<a name=\"_ftnref14\" href=\"#_ftn14\">[14]<\/a> et dont tu me parlas. N&rsquo;y gagnerait-elle que l&rsquo;\u00e9loignement du milieu perverti o\u00f9 elle est oblig\u00e9e de vivre en \u00e9tant avec sa m\u00e8re que ce serait d\u00e9j\u00e0 beaucoup.<\/p>\n<p>Ainsi, toujours pas de nouvelles de Laure? Patience. L&rsquo;essentiel est qu&rsquo;il ne lui soit rien arriv\u00e9 de f\u00e2cheux. Avais-tu parl\u00e9 d&rsquo;elle \u00e0 la femme d&rsquo;Andr\u00e9? Attention de ne plus laisser entrer de renard dans le poulailler, <em>qu\u00e9 ?<\/em><\/p>\n<p>Bon sort ! tu te mets en peine pour rien, ma bien bonne. Mais non, \u00e7a ne fait rien que tu aies retard\u00e9 l&rsquo;envoi du fil et des aiguilles. C&rsquo;est pour coudre les livres que je verse \u00e0 la biblioth\u00e8que. Je t&rsquo;avais dit de grosses aiguilles, des barres \u00e0 mine, et coquin de sort ! tu m&rsquo;as servi \u00e0 la lettre. Je ne crois pas qu&rsquo;elles se cassent, celles-l\u00e0, non, elles ne risquent pas. Et puis, tu m&rsquo;en as trop envoy\u00e9. J&rsquo;en ai pour la <em>vido dei gari<\/em>.<\/p>\n<p><strong><em>26 d\u00e9cembre<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Je ne sais rien encore pour ce colis \u00e9gar\u00e9. Peut-\u00eatre arrivera-t-il dans deux ou trois jours, avec le courrier fran\u00e7ais. Ce qui est \u00e9tonnant, c&rsquo;est d&rsquo;avoir re\u00e7u celui exp\u00e9di\u00e9 le 22 septembre tandis que celui du 12 du m\u00eame mois est rest\u00e9 en panne.<\/p>\n<p>Non, je ne suis plus \u00e0 l&rsquo;infirmerie. Je n&rsquo;y suis plus depuis mon d\u00e9part pour Saint-Laurent. Et puis, que voudrais-tu que j&rsquo;y fasse ? Je m&rsquo;en fiche pas mal du lit ; j&rsquo;aime mieux la planche et la sant\u00e9. J&rsquo;ai encore gagn\u00e9 2 kilos. Cette fois j&rsquo;ai d\u00e9pass\u00e9 la normale. C&rsquo;est la premi\u00e8re fois de ma vie que j&rsquo;atteins ce poids : 66 kilos. \u00c7a va bien, tr\u00e8s bien.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai demand\u00e9 \u00e0 \u00eatre propos\u00e9 pour l&rsquo;obtention de la lib\u00e9ration conditionnelle. Refus\u00e9. Amen!<\/p>\n<p>Tu m&rsquo;as dit que tante venait de supporter une rude \u00e9preuve. C&rsquo;est sans doute de sa maladie que tu as voulu me parler. Enfin, en disant \u00ab vient de supporter \u00bb cela donne \u00e0 esp\u00e9rer qu&rsquo;elle va mieux. Je le lui souhaite de tout c\u0153ur.<\/p>\n<p>Amiti\u00e9 \u00e0 ta bonne voisine, \u00e0 tous et \u00e0 bient\u00f4t de te lire, ma bien bonne.<\/p>\n<p>Ton fils qui t&rsquo;aime bien,<\/p>\n<p>Alexandre<\/p>\n<hr size=\"1\" \/><a name=\"_ftn1\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> \u00c9diteur de collections populaires, il publia en 1890 <em>Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise <\/em>de Jules Michelet.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn2\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> Tr\u00e8s certainement Charles Malato.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn3\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> Jacob se demande si une des personnalit\u00e9s sollicit\u00e9es par Marie n&rsquo;aurait pas des relations en Guyane ou dans un service s&rsquo;occupant des colonies, aupr\u00e8s de qui interc\u00e9der.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn4\" href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a> Jacob s&rsquo;inqui\u00e8te-t-il de l&rsquo;envoi d&rsquo;un courrier clandestin non re\u00e7u par sa m\u00e8re\u00a0?<\/p>\n<p><a name=\"_ftn5\" href=\"#_ftnref5\">[5]<\/a> Betty : d\u00e9clinaison d&rsquo;\u00c9lisa-\u00c9lisabeth, figure de l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire. Jacob fera dispara\u00eetre ce surnom le 12 mars 1912, simulant ironiquement un suicide.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn6\" href=\"#_ftnref6\">[6]<\/a> \u00c9crivain et dramaturge allemand, n\u00e9 en octobre 1813, mort en exil \u00e0 Zurich vingt-trois ans plus tard. En 1834, il avait fond\u00e9 un journal clandestin, <em>Le Messager hessois<\/em>, qui portait en exergue \u00ab paix aux chaumi\u00e8res, guerre aux palais \u00bb et appelait la paysannerie \u00e0 la r\u00e9volte.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn7\" href=\"#_ftnref7\">[7]<\/a> N\u00e9 \u00e0 Paris en d\u00e9cembre 1862, Paul Adam y meurt cinquante-sept ans plus tard, laissant apr\u00e8s lui une oeuvre litt\u00e9raire de quelque soixante volumes, dont bien peu sont encore lus aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn8\" href=\"#_ftnref8\">[8]<\/a> Allusion \u00e0 une connaissance qui vivait en France ; peut-\u00eatre une compagne de bagnard? En tout cas, Jacob rappelle qu&rsquo;elle doit se reprendre et ne pas oublier que sa situation est tout de m\u00eame meilleure que celle de Lucienne (Jacob lui-m\u00eame).<\/p>\n<p><a name=\"_ftn9\" href=\"#_ftnref9\">[9]<\/a> Lorand et sa fille Toinon sont \u00e0 rapprocher du mari de Toinette de la lettre du 10 octobre pr\u00e9c\u00e9dent. Le point commun \u00e9tant cette lettre \u00e9crite \u00e0 Jacob deux ou trois ans auparavant.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn10\" href=\"#_ftnref10\">[10]<\/a> Jacob s&rsquo;inqui\u00e8te d&rsquo;un courrier envoy\u00e9 clandestinement \u00e0 sa m\u00e8re et envisage une intervention de la police \u00e0 ce sujet.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn11\" href=\"#_ftnref11\">[11]<\/a> L&rsquo;ami Laurent a disparu et ne peut plus, du coup, aider financi\u00e8rement Marie.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn12\" href=\"#_ftnref12\">[12]<\/a> Ce personnage visiblement peu recommandable r\u00e9appara\u00eet dans la lettre du 12 septembre 1913.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn13\" href=\"#_ftnref13\">[13]<\/a> Sans doute un auxiliaire de police. Jacob le soup\u00e7onnait d&rsquo;entretenir des relations avec \u00c9lise et Octave (voir lettre suivante).<\/p>\n<p><a name=\"_ftn14\" href=\"#_ftnref14\">[14]<\/a> C&rsquo;est-\u00e0-dire en octobre 1910.<\/p>\n<p><!--[if gte mso 9]><xml> Normal   0         21         false   false   false      FR   X-NONE   X-NONE <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 9]><xml> <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 10]>\n\n\n\n<style>\n \/* Style Definitions *\/\n table.MsoNormalTable\n\t{mso-style-name:\"Tableau Normal\";\n\tmso-tstyle-rowband-size:0;\n\tmso-tstyle-colband-size:0;\n\tmso-style-noshow:yes;\n\tmso-style-priority:99;\n\tmso-style-parent:\"\";\n\tmso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;\n\tmso-para-margin:0cm;\n\tmso-para-margin-bottom:.0001pt;\n\tmso-pagination:widow-orphan;\n\tfont-size:11.0pt;\n\tfont-family:\"Calibri\",\"sans-serif\";\n\tmso-ascii-font-family:Calibri;\n\tmso-ascii-theme-font:minor-latin;\n\tmso-hansi-font-family:Calibri;\n\tmso-hansi-theme-font:minor-latin;\n\tmso-fareast-language:EN-US;}\n<\/style>\n\n<![endif]--><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Deuxi\u00e8me semestre 1911, cellules de la r\u00e9clusion, \u00eele Saint Joseph. 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