{"id":3914,"date":"2015-11-28T01:10:00","date_gmt":"2015-11-27T23:10:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=3914"},"modified":"2015-08-04T09:46:23","modified_gmt":"2015-08-04T07:46:23","slug":"39-kilogrammes-avec-les-chaussettes","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2015\/11\/39-kilogrammes-avec-les-chaussettes\/","title":{"rendered":"39 kilogrammes avec les chaussettes !"},"content":{"rendered":"<p><!--[if gte mso 9]><xml> <\/xml><![endif]--><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/chaussette-2.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3915\" title=\"chaussette\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/chaussette-2-300x178.jpg\" alt=\"\" width=\"203\" height=\"120\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/chaussette-2-300x178.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/chaussette-2.jpg 602w\" sizes=\"(max-width: 203px) 100vw, 203px\" \/><\/a>Instinct de survie\u00a0? Si l&rsquo;affaire Capeletti et le meurtre du for\u00e7at Vinci par le surveillant Bonal impriment encore leur marque \u00e0 la correspondance du matricule 34777 pour l&rsquo;ann\u00e9e 1911, force est de constater que pour le premier semestre de cette ann\u00e9e les passages devant le Tribunal Maritime Sp\u00e9cial et donc les envois \u00e0 Saint Laurent du Maroni ne figurent pas au centre de ses pr\u00e9occupations. L&rsquo;enferm\u00e9, le r\u00e9clusionnaire Jacob est au plus mal. Il multiplie les probl\u00e8mes de sant\u00e9 et les envois m\u00e9dicamenteux de Marie, sa m\u00e8re, ne parviennent pas \u00e0 le soulager du scorbut, des diarrh\u00e9es sanguinolentes ou encore des n\u00e9vralgies faciales. Effet d\u00e9l\u00e9t\u00e8re du milieu mais aussi cons\u00e9quence d&rsquo;une ration alimentaire insuffisante et de tr\u00e8s basse qualit\u00e9 ou encore d\u00e9tournement des paquets re\u00e7us par les agents de la Tentiaire, l&rsquo;homme puni affiche de fait une affolante et squelettique maigreur\u00a0: <em>ces derniers jours, j&rsquo;avais perdu du poids mais au pesage d&rsquo;aujourd&rsquo;hui &#8211; <\/em>constate-t-il avec une superbe ironie le 2 f\u00e9vrier<em> &#8211; j&rsquo;ai regagn\u00e9 deux kilos. Il est vrai que j&rsquo;avais mes chaussettes &#8230; Je p\u00e8se 39 kilogrammes. J&rsquo;en pesai 65 il y a un an\u00a0!<\/em> Mais il est \u00e9crit que le syst\u00e8me \u00e9liminatoire ne peut avoir raison du for\u00e7at r\u00e9calcitrant &#8230; et de son active g\u00e9nitrice qui multiplie les d\u00e9marches administratives et les appels \u00e0 l&rsquo;aide pour soutenir son rejeton enchrist\u00e9. Jacob tient bon malgr\u00e9 tout et envisage m\u00eame une \u00e9ni\u00e8me Belle. Ses lettres le r\u00e9v\u00e8lent. Si Julien, malgr\u00e9 une brouille apparente avec Joseph et un d\u00e9but de d\u00e9pression, c\u00f4toie Auguste,\u00a0 c&rsquo;est bien que Barrabas, par l&rsquo;entremise de Tante ou de Bonne Voisine, entend fausser compagnie \u00e0 Elisabeth au grand dam d&rsquo;Octave.<!--more--><\/p>\n<p><strong>26 d\u00e9cembre 1910<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00celes du Salut<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ch\u00e8re maman,<\/strong><\/p>\n<p>Contrairement \u00e0 ce que je t&rsquo;ai dit dans ma derni\u00e8re lettre, les quatre colis m&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 remis en partie. Seules <em>Les Feuilles litt\u00e9raires <\/em>m&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 confisqu\u00e9es. C&rsquo;est te dire de ne plus m&rsquo;en adresser, pas plus, d&rsquo;ailleurs, qu&rsquo;aucune autre publication.<\/p>\n<p>Comme il est probable que la lettre que je t&rsquo;ai adress\u00e9e le mois pass\u00e9 et qui a \u00e9t\u00e9 intercept\u00e9e ne te soit pas parvenue, je vais t&rsquo;expliquer de nouveau ce qu&rsquo;il te faut faire.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai besoin de lait ; j&rsquo;en ai un besoin imp\u00e9rieux. Va donc consulter Me Justal et prie-le de te r\u00e9diger une demande en secours alimentaire en se basant sur l&rsquo;article 3 de la loi du<\/p>\n<p>31 mai 1854<a name=\"_ftnref1\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>.<\/p>\n<p>L&rsquo;arr\u00eat\u00e9 local du 1er juillet 1908 et les instructions minist\u00e9rielles de 1903 traitant de cette mati\u00e8re sont aussi utiles \u00e0 consulter. Par la voie ordinaire, la demande pourrait avoir une tardive r\u00e9ponse ; tandis que pr\u00e9sent\u00e9e par qui tu sais, elle serait plus prompte.<\/p>\n<p>Fais pour le mieux. L&rsquo;autorisation obtenue, tu n&rsquo;auras qu&rsquo;\u00e0 porter les denr\u00e9es au minist\u00e8re des Colonies qui se charge gratuitement de l&rsquo;exp\u00e9dition, sauf les frais d&rsquo;envoi de mer. D&rsquo;ailleurs, tu es bien plac\u00e9e pour te renseigner.<\/p>\n<p>Ta ch\u00e8re lettre du 12 novembre que j&rsquo;ai re\u00e7ue exalte toujours l&rsquo;esp\u00e9rance, comme les pr\u00e9c\u00e9dentes. Il ne me faudra pas longue attente pour en v\u00e9rifier l&rsquo;exactitude. Dans quarante-huit heures, je serai fix\u00e9.<\/p>\n<p><em>30 d\u00e9cembre<\/em><\/p>\n<p>Le courrier n&rsquo;est pas encore arriv\u00e9, de sorte que je ne puis attendre la remise de tes lettres pour te r\u00e9pondre, car la mienne risquerait fort de ne pas partir. Que te dirai-je ? La vie est si monotone que les nouvelles n&rsquo;encombrent pas mon esprit. Quant \u00e0 te dire ce que je pense, ce n&rsquo;est gu\u00e8re utile : du reste, tu dois bien t&rsquo;en douter. D\u00e8s que tu le pourras, envoie moi une serviette \u00e9ponge, une seule. Pour le moment je n&rsquo;ai pas besoin d&rsquo;autre linge.<\/p>\n<p>Re\u00e7ois, ma bien bonne, mes plus tendres et affectueuses caresses,<\/p>\n<p>Alexandre<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/chaussette-3-copier.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3917\" title=\"chaussette\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/chaussette-3-copier-300x225.jpg\" alt=\"\" width=\"163\" height=\"122\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/chaussette-3-copier-300x225.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/chaussette-3-copier.jpg 640w\" sizes=\"(max-width: 163px) 100vw, 163px\" \/><\/a>17 janvier 1911<\/strong><\/p>\n<p><strong>Saint-Joseph<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ch\u00e8re maman,<\/strong><\/p>\n<p>Il m&rsquo;est bien p\u00e9nible d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 si peu compris. Certes, ma situation n&rsquo;est pas faite pour me porter \u00e0 l&rsquo;optimisme; j&rsquo;admets volontiers que l&rsquo;irritabilit\u00e9 nerveuse, effet in\u00e9vitable de cette situation, m&rsquo;ait entra\u00een\u00e9 \u00e0 t&rsquo;\u00e9crire des choses qui ont pu te para\u00eetre d\u00e9plac\u00e9es ; cela je le regrette sinc\u00e8rement, ma bien bonne, surtout en pensant que tu en as \u00e9t\u00e9 afflig\u00e9e. Cependant, il a fallu que je me fusse bien mal exprim\u00e9 pour que ces appr\u00e9ciations aient \u00e9t\u00e9 comprises comme \u00e9tant \u00e0 l&rsquo;adresse de personnes envers qui je professe la plus sinc\u00e8re gratitude.<\/p>\n<p>Comment veux-tu, sainte femme, que je puisse mettre en doute et leur bonne foi et leur d\u00e9vouement? Mais ce n&rsquo;est pas possible. Avec toutes les marques de bont\u00e9 qu&rsquo;elles t&rsquo;ont prodigu\u00e9es et dont tu n&rsquo;as cess\u00e9 de m&rsquo;entretenir, il faudrait que je fusse un monstre, non seulement pour douter de leurs intentions, mais encore pour me permettre la plus l\u00e9g\u00e8re des critiques \u00e0 leur endroit. Crois-tu que j&rsquo;ignore \u00e0 combien d&rsquo;obstacles on a d\u00fb se heurter ? Crois-tu que je ne sache pas appr\u00e9cier toute la bonne volont\u00e9, le d\u00e9vouement m\u00eame qu&rsquo;il a fallu d\u00e9penser pour tenter une pareille d\u00e9marche \u00e0 mon sujet ? Je sais tout cela, ma bien bonne, et c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment parce que j&rsquo;en \u00e9tais instruit que j&rsquo;ai toujours cherch\u00e9 \u00e0 te d\u00e9tourner d&#8217;employer ces moyens ; c&rsquo;\u00e9tait surtout par d\u00e9licatesse, plus encore que par orthodoxie, que je te disais de ne pas faire agir ces personnes en ma faveur, certain d&rsquo;avance que leurs d\u00e9marches n&rsquo;auraient aucun succ\u00e8s. Mais de l\u00e0 \u00e0 penser ce que tu t&rsquo;es imagin\u00e9, il y a une \u00e9norme nuance. J&rsquo;esp\u00e8re que tu sauras le comprendre<a name=\"_ftnref2\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>.<\/p>\n<p>Il est surprenant que tu ne saches encore rien de ta demande du 18 juin. Je suis plus avanc\u00e9 que toi et puis te dire qu&rsquo;elle est rejet\u00e9e : je l&rsquo;ai appris ce matin. J&rsquo;ai su \u00e9galement que tu avais \u00e9crit \u00e0 M. le directeur qui a d\u00fb te r\u00e9pondre ce qu&rsquo;il m&rsquo;a dit lui-m\u00eame, d&rsquo;ailleurs, qu&rsquo;il ne pouvait rien pour moi. Tu vois, pauvre maman, tu as cru, tu as eu la foi, une foi presque aveugle en une entit\u00e9 que je ne veux pas nommer et tu as \u00e9t\u00e9 d\u00e9\u00e7ue. Il ne pouvait en \u00eatre autrement. Cela n&rsquo;existe pas, et bien que le devoir de chacun soit de croire \u00e0 la possibilit\u00e9 de son av\u00e8nement, c&rsquo;est \u00e0 en douter. Pour moi, sois certaine que ce r\u00e9sultat m&rsquo;indiff\u00e8re ; il me fait plut\u00f4t plaisir car ainsi je ne suis pas li\u00e9 par une sorte de reconnaissance qui m&rsquo;e\u00fbt peut-\u00eatre contraint \u00e0 me conduire autrement que selon ma conscience. Mais c&rsquo;est pour toi que j&rsquo;en suis pein\u00e9. Pourvu que cela ne te rende pas plus malade que tu ne l&rsquo;es. Et, pourtant, au fond, tu aurais tort, ma bien bonne, de te chagriner pour \u00e7a. \u00c7a n&rsquo;en vaut vraiment pas la peine. J&rsquo;ai encore dix-sept mois de r\u00e9clusion \u00e0 subir et pas plus. En voil\u00e0 une affaire ! Tout est relatif. Il y a des malheureux qui en purgent dix ans.<\/p>\n<p>Comme je ne veux rien te cacher, je dois ajouter que ma r\u00e9clusion finie, il est probable qu&rsquo;il me faudra encore subir une ann\u00e9e d&#8217;emprisonnement. Voici pourquoi. Tu dois te souvenir de ce qui arriva \u00e0 Joseph, il y a un peu plus d&rsquo;un an, sur le bateau qui nous ramenait de Saint-Laurent-du-Maroni et que je te relatai alors. \u00c0 ce sujet, j&rsquo;\u00e9crivis une lettre au ministre de la Justice (que Joseph signa aussi) et les faits ayant paru faux, nous sommes tous deux, pour ce fait, traduits devant le prochain tribunal maritime sp\u00e9cial. J&rsquo;ignore ce que Joseph en pense; mais quant \u00e0 moi, \u00e7a ne me fait ni chaud ni froid. J&rsquo;ai \u00e9crit ce que mes convictions et ma conscience me dictaient d&rsquo;\u00e9crire et je suis pr\u00eat \u00e0 r\u00e9p\u00e9ter aujourd&rsquo;hui ce que j&rsquo;ai dit hier. J&rsquo;estime qu&rsquo;entre deux voix il vaut mieux \u00e9couter celle du c\u0153ur que celle de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat.<\/p>\n<p>La vie est courte; qu&rsquo;un homme ait v\u00e9cu quarante ans, qu&rsquo;il en ait v\u00e9cu quatre-vingt-dix, au moment final ils ne sont pas plus avanc\u00e9s l&rsquo;un que l&rsquo;autre; que nous soyons heureux ou malheureux, riches ou pauvres, for\u00e7ats ou ministres, \u00e0 la derni\u00e8re seconde nous devenons tous des Gros-Jean. Aussi est-il pr\u00e9f\u00e9rable de se conformer \u00e0 ce que nous croyons la v\u00e9rit\u00e9 sans nous inqui\u00e9ter des cons\u00e9quences, ces cons\u00e9quences dussent-elles \u00eatre p\u00e9nibles pour nous.<\/p>\n<p>Remarque bien que, dans la circonstance, il n&rsquo;y a rien de p\u00e9nible et que tu ne serais pas raisonnable de te chagriner de ce contretemps. Au reste, nous pouvons \u00eatre acquitt\u00e9s. Mais m\u00eame condamn\u00e9s, nous ne pouvons l&rsquo;\u00eatre \u00e0 plus d&rsquo;un an et, en outre, l&#8217;emprisonnement ce n&rsquo;est pas la r\u00e9clusion. On y travaille en plein air, en commun; on y travaille deux heures de plus, il est vrai, mais c&rsquo;est pour donner de l&rsquo;app\u00e9tit ; enfin \u00eatre for\u00e7at tout court ou for\u00e7at-prisonnier, la diff\u00e9rence n&rsquo;est pas \u00e9norme. Aussi tu me ferais bien plaisir de ne pas te faire du mauvais sang pour une chose qui, en toute v\u00e9rit\u00e9, n&rsquo;en vaut pas la peine.<\/p>\n<p>Exceptionnellement, les dix colis que tu m&rsquo;as envoy\u00e9s m&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 remis. Aussi tu ne veux pas m&rsquo;\u00e9couter ; tu m&rsquo;en envoies trop \u00e0 la fois, ma bien bonne. Sur le camp, ce n&rsquo;est m\u00eame pas permis ; en droit, c&rsquo;est simplement tol\u00e9r\u00e9 ; donc \u00e0 plus forte raison pour des r\u00e9clusionnaires. \u00c0 l&rsquo;avenir mod\u00e8re-toi ou sinon, malgr\u00e9 le bon vouloir, on se verra forc\u00e9 de ne plus me les donner. Je suis content surtout d&rsquo;avoir re\u00e7u ce m\u00e9dicament. Ce n&rsquo;est pas que je sois plus malade, non, au contraire ; en ce moment je vais m\u00eame beaucoup mieux. Te dire que je suis gu\u00e9ri ne serait pas exact, car la maladie \u00e9tant inh\u00e9rente au r\u00e9gime p\u00e9nal, je ne crois pas qu&rsquo;il soit possible de gu\u00e9rir absolument. Mais j&rsquo;esp\u00e8re me porter mieux encore gr\u00e2ce \u00e0 ce rem\u00e8de tonifiant. Par la suite, je te dirai s&rsquo;il m&rsquo;a \u00e9t\u00e9 salutaire.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai lu la brochure-r\u00e9clame. Comme c&rsquo;est bien pr\u00e9sent\u00e9 tout de m\u00eame ! Ce n&rsquo;est pas seulement de la r\u00e9clame, c&rsquo;est aussi de la litt\u00e9rature, presque de la po\u00e9sie ! Un homme qui n&rsquo;est pas malade et qui lit cela, \u00e7a doit lui sugg\u00e9rer l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;il n&rsquo;est pas des mieux portants.<\/p>\n<p>Et puis, comme \u00e7a traite des maladies les plus communes, il est bien rare que \u00e7a ne s&rsquo;adresse \u00e0 bon escient. \u00c7a, c&rsquo;est une caract\u00e9ristique de l&rsquo;\u00e9poque. Avant on s&rsquo;adressait au pr\u00eatre ou au sorcier, aujourd&rsquo;hui on pr\u00e9f\u00e8re le m\u00e9decin et le pharmacien ; on aime mieux soigner le corps que l&rsquo;\u00e2me et je crois que c&rsquo;est plus raisonnable. Abstraction faite du [<em>illisible<\/em>] que contient cette brochure (la concurrence en fait une n\u00e9cessit\u00e9), je dois avouer que toutes les indications, les critiques de syst\u00e8mes qui y sont d\u00e9velopp\u00e9es me paraissent d&rsquo;une rare exactitude, car j&rsquo;ai pu les constater par de nombreuses observations faites sur moi-m\u00eame. Ainsi, il n&rsquo;est pas \u00e9tonnant que j&rsquo;aie l&rsquo;appareil digestif d\u00e9traqu\u00e9, puisque certaines semaines j&rsquo;ai eu absorb\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 150 grammes de sulfate de soude ; j&rsquo;ajoute que depuis vingt-six mois, j&rsquo;en suis au moins \u00e0 mon 500e lavement cons\u00e9cutivement administr\u00e9, de sorte que j&rsquo;ai de la chance de ne pas \u00eatre encore plus malade que je ne le suis. \u00c0 la derni\u00e8re visite m\u00e9dicale, le m\u00e9decin m&rsquo;a dit que j&rsquo;avais une ent\u00e9rite, et le Jubal \u00e9tant justement le traitement sp\u00e9cifique de cette affection, ne vaudrait-il pas mieux que tu m&rsquo;adressasses de cette sp\u00e9cialit\u00e9 au lieu du Glob\u00e9ol ? \u00c7a co\u00fbte cher, c&rsquo;est vrai, mais si \u00e7a devait me gu\u00e9rir, coquin de sort, cela en vaudrait la peine. Qu&rsquo;en penses-tu ?<\/p>\n<p>Mes deux flanelles commencent \u00e0 \u00eatre us\u00e9es. Au prochain courrier, tu m&rsquo;enverras donc deux gilets de flanelle sans manches auxquels tu auras soin de faire subir la pr\u00e9paration d&rsquo;usage de fa\u00e7on \u00e0 ce qu&rsquo;apr\u00e8s deux ou trois lavages, ils ne ressemblent pas \u00e0 des maillots de nouveau-n\u00e9. Des deux que j&rsquo;ai en ce moment, il y en a un \u00e0 qui j&rsquo;ai d\u00fb mettre des pointes, des contre-pointes, des demi-lunes, des contrescarpes. Ce n&rsquo;est plus un linge, c&rsquo;est un ch\u00e2teau fort.<\/p>\n<p>Alors tu d\u00e9sesp\u00e8res pour Yvonne ? Que veux-tu, il est bien difficile d&rsquo;extirper les racines des id\u00e9es, des habitudes donn\u00e9es par la prime \u00e9ducation. \u00c7a peut se modifier, bien s\u00fbr, mais le milieu o\u00f9 elle est quasiment oblig\u00e9e de demeurer n&rsquo;y est gu\u00e8re favorable.<\/p>\n<p>Enfin, que veux-tu que je te dise?&#8230; Fais pour le mieux. \u00c0 propos : j&rsquo;oubliais de te dire que parmi les renseignements figurant au dossier de ta demande de gr\u00e2ce, il s&rsquo;en trouve un disant que tu \u00e9tais partie en Angleterre. L&rsquo;agent qui s&rsquo;est pr\u00e9sent\u00e9 chez toi pour prendre des renseignements a sans doute \u00e9t\u00e9 mystifi\u00e9 par un voisin. Et c&rsquo;est ainsi qu&rsquo;on \u00e9crit l&rsquo;histoire. Tu peux croire ce que je te dis. La personne de qui je le tiens est digne de foi et ses dires ne sauraient \u00eatre mis en doute.<\/p>\n<p>Amiti\u00e9s \u00e0 tous les camarades, \u00e0 tante-, \u00e0 ta bonne voisine- et \u00e0 toi, ma bien bonne, mes plus tendres et affectueuses caresses,<\/p>\n<p>Alexandre<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/chaussette-1.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3916\" title=\"chaussette\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/chaussette-1-199x300.jpg\" alt=\"\" width=\"103\" height=\"154\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/chaussette-1-199x300.jpg 199w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/chaussette-1.jpg 243w\" sizes=\"(max-width: 103px) 100vw, 103px\" \/><\/a>20 janvier 1911<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00celes du Salut<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ch\u00e8re maman,<\/strong><\/p>\n<p>Tes lettres m&rsquo;\u00e9tant toujours remises apr\u00e8s le d\u00e9part du courrier, je n&rsquo;y puis r\u00e9pondre imm\u00e9diatement. Au fond, cela n&rsquo;est pas g\u00eanant puisque je puis me rattraper au courrier suivant. Mes deux avant-derni\u00e8res ont d\u00fb te sugg\u00e9rer mille suppositions f\u00e2cheuses tant elles \u00e9taient laconiques. Que veux-tu, ma bien bonne, j&rsquo;\u00e9tais tellement d\u00e9prim\u00e9 par la maladie ou, si tu aimes mieux, par le r\u00e9gime &#8211; l&rsquo;un \u00e9tant cause et l&rsquo;autre effet, je crois que c&rsquo;est la m\u00eame chose -, que je ne savais quoi te dire. Le cerveau n&rsquo;agit pas exactement \u00e0 la mani\u00e8re des autres organes. Avec un peu de bon vouloir, au pis-aller, on peut toujours faire aller les jambes, les bras, les mains ; mais pour l&rsquo;esprit, c&rsquo;est autre chose. On a beau vouloir, dans ces cas, sa paresse est telle que rien ne peut la r\u00e9veiller. Heureusement que cette crise n&rsquo;a pas dur\u00e9 ; depuis quelques jours \u00e7a va mieux et je fais tout mon possible pour que cela continue.<\/p>\n<p><strong><em>22 janvier<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Tiens ! \u00e0 quels heureux concours de circonstances dois-je le plaisir de recevoir ta ch\u00e8re lettre du 12 d\u00e9cembre 1910 plus t\u00f4t qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;ordinaire ? Qu&rsquo;importe. L&rsquo;essentiel est de l&rsquo;avoir re\u00e7ue. Pauvre m\u00e8re ! je t&rsquo;ai beaucoup chagrin\u00e9e en te disant que je ne t&rsquo;\u00e9crirais plus. Je t&rsquo;ai dit cela dans un moment d&rsquo;humeur, ma bien bonne ; il ne fallait pas s&rsquo;y arr\u00eater.<\/p>\n<p>Comment veux-tu que je veuille sciemment te faire de la peine ? N&rsquo;aie crainte, va ; \u00e0 moins d&rsquo;\u00eatre puni, ce qui peut m&rsquo;arriver au moment o\u00f9 je m&rsquo;y attends le moins, sois assur\u00e9e que je ne manquerai jamais l&rsquo;occasion de te donner de mes nouvelles. Alors l&rsquo;hiver est si rude que cela. Pourvu que tu ne tombes pas malade. Je ne fais qu&rsquo;y songer jour et nuit. Ne te surm\u00e8ne pas toujours. Tu sais, lorsqu&rsquo;il n&rsquo;y a plus de sant\u00e9, le reste ne vaut plus rien. Et, avec les bonnes nouvelles que Julien- t&rsquo;a donn\u00e9es et qu&rsquo;il ne fera que confirmer \u00e0 l&rsquo;avenir, esp\u00e9rons-le pour lui et Doroth\u00e9e-, il ne faudrait pas que tu fusses malade. Il faut, au contraire, que tu te portes tr\u00e8s bien, que tu sois tr\u00e8s contente, de fa\u00e7on \u00e0 pouvoir les aider de ton mieux. Apr\u00e8s la crise qu&rsquo;ils viennent de traverser, un peu de bonheur leur est bien d\u00fb. Tout irait pour le mieux si Paul Reboul se rapprochait de tantine. Au demeurant, leur brouille n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 qu&rsquo;un regrettable malentendu et, comme toi, je pense que tantine, lors des prochaines vacances d&rsquo;ao\u00fbt, sera la premi\u00e8re \u00e0 lui tendre la perche. Au reste, Paul doit \u00e9crire \u00e0 David et par ses confidences tu dois bien savoir le fond de ses intentions, qui ne peuvent \u00eatre qu&rsquo;excellentes<a name=\"_ftnref3\" href=\"#_ftn3\">[3]<\/a>. Fais pour le mieux pour eux tous, ma bien bonne, puisque cela te cause un si sinc\u00e8re plaisir. Je con\u00e7ois ce que tu me dis d&rsquo;Yvonne ; mais qu&rsquo;y faire ? Quoi qu&rsquo;on en dise, on ne moule pas une mentalit\u00e9 \u00e0 la fa\u00e7on d&rsquo;un morceau de cire, surtout lorsque la prime \u00e9ducation a \u00e9t\u00e9 d\u00e9fectueuse.<\/p>\n<p>Je crois avoir annonc\u00e9, dans ma derni\u00e8re, la r\u00e9ception des dix colis, mais je n&rsquo;en suis pas plus certain que \u00e7a. Je le r\u00e9p\u00e8te donc pour te tranquilliser. La sant\u00e9 va de mieux en mieux. Faut-il en attribuer le m\u00e9rite au Glob\u00e9ol ? Il y a tellement d&rsquo;int\u00e9r\u00eats cach\u00e9s derri\u00e8re les pompeuses phrases de cette r\u00e9clame que j&rsquo;aime mieux attendre encore quelques jours avant de me prononcer.<\/p>\n<p><strong><em>30 janvier<\/em><\/strong><\/p>\n<p>La sant\u00e9 s&rsquo;am\u00e9liore, faiblement, bien s\u00fbr, mais le mieux gagne du terrain au lieu d&rsquo;en perdre. Je t&rsquo;ai dit de faire cette demande pour du lait, croyant que cet \u00e9l\u00e9ment me gu\u00e9rirait ; mais pour ne pas changer, je crois t&rsquo;avoir encore donn\u00e9 du tracas pour rien. Le lait me soulage, mais il ne me peut gu\u00e9rir. J&rsquo;ai plus de confiance au Jubal que tu dois m&rsquo;envoyer prochainement. \u00c0 l&rsquo;user nous verrons ses qualit\u00e9s. Au lieu de m&rsquo;adresser un tas de denr\u00e9es comme tu l&rsquo;as fait, envoie-moi seulement quelques jolis harengs saurs, au lait. Pas en bo\u00eetes, simplement saur\u00e9s. C&rsquo;est ce qui me fait le plus de profit et stimule le mieux mon app\u00e9tit. Emballe-les dans du papier imperm\u00e9able, sinon avec la chaleur ils risquent de parfumer les autres colis. Joins \u00e0 l&rsquo;envoi un peu de poivre et de la poudre de malt. \u00c9coute-moi une fois pour toutes et n&rsquo;exp\u00e9die plus de papier ni d&rsquo;enveloppes puisque c&rsquo;est d\u00e9fendu. De m\u00eame \u00e0 Joseph.<\/p>\n<p><strong><em>2 f\u00e9vrier<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Ces derniers mois j&rsquo;avais perdu du poids ; mais au pesage d&rsquo;aujourd&rsquo;hui j&rsquo;ai regagn\u00e9 2 kilos. Il est vrai que j&rsquo;avais mes chaussettes&#8230; Je p\u00e8se 39 kilogrammes. J&rsquo;en pesais 65 il y a un an.<\/p>\n<p><strong><em>7 f\u00e9vrier<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Le scorbut a fini par m&rsquo;atteindre. Ce n&rsquo;est pas grave puisque selon certaine opinion la gravit\u00e9 d&rsquo;une affection ne consiste que dans son exception. \u00c0 ce compte-l\u00e0, la tuberculose en Europe, le chol\u00e9ra dans l&rsquo;Inde et la peste en Palestine n&rsquo;ont rien de grave non plus. Ici, peu ou prou, tout condamn\u00e9 a le scorbut et je dois m\u00eame m&rsquo;estimer chanceux d&rsquo;avoir pu l&rsquo;\u00e9viter jusqu&rsquo;\u00e0 ce jour. Au d\u00e9but, le mal est vite enray\u00e9. Dans quinze jours de r\u00e9gime, il n&rsquo;y para\u00eetra plus. C&rsquo;est pour m&rsquo;en pr\u00e9server que je t&rsquo;ai demand\u00e9 de la poudre de malt qui est un excellent antiscorbutique.<\/p>\n<p><strong><em>8 f\u00e9vrier<\/em><\/strong><\/p>\n<p>J&rsquo;attendrais bien encore quelques jours, la fin du mois m\u00eame, avant que de remettre ma lettre ; mais je dois compara\u00eetre devant la commission disciplinaire demain<a name=\"_ftnref4\" href=\"#_ftn4\">[4]<\/a>, de sorte qu&rsquo;il est pr\u00e9f\u00e9rable d&rsquo;en devancer la remise de plusieurs jours, de mani\u00e8re \u00e0 ne pas te priver de mes nouvelles. Ce n&rsquo;est pas que je doive certainement \u00eatre puni ; selon moi, je devrais \u00eatre justifi\u00e9. Mais comme la perfection n&rsquo;existe nulle part, sans r\u00e9criminer, il vaut mieux en prendre son parti et tabler sur le pire plut\u00f4t que sur le mieux. Tu le croiras si tu veux, c&rsquo;est une m\u00e9thode philosophique qui ne m&rsquo;a pas encore caus\u00e9 la plus petite des d\u00e9sillusions.<\/p>\n<p>En relisant ta derni\u00e8re lettre, je crois m&rsquo;apercevoir que, de nouveau, te voil\u00e0 lanc\u00e9e avec une foi \u00e0 coup s\u00fbr sinc\u00e8re, mais aussi aveugle que sinc\u00e8re, dans les nuages de l&rsquo;espoir. Tu crois \u00e0 la bont\u00e9 de certaines gens avec la conviction d&rsquo;un musulman pour Mahomet. Soit.<\/p>\n<p>Puissent les \u00e9v\u00e9nements ne pas te retirer trop brusquement \u00e0 tes r\u00eaves. Je ne t&rsquo;en dirai plus rien, mais je te prie simplement de ne plus m&rsquo;en parler. Fais comme tu l&rsquo;entendras ; tout ce que tu feras aura toujours mon approbation et mes sinc\u00e8res remerciements, mais, je te le r\u00e9p\u00e8te, ne m&rsquo;en informe pas. Lorsque tu auras un r\u00e9sultat, vers l&rsquo;an 2000 sans doute, alors tu m&rsquo;en feras part. Jusque-l\u00e0, mes id\u00e9es, mes convictions et mes tendances me font un devoir d&rsquo;avoir une croyance diam\u00e9tralement oppos\u00e9e.<\/p>\n<p>C&rsquo;est tout juste si tu m&rsquo;as dit deux mots de la s\u0153ur Th\u00e9r\u00e8se, deux mots il est vrai qui sont \u00e9loquents. La brave femme ! et pourtant si heureuse. La vie d&rsquo;abn\u00e9gation et de douleur est bien le soufflet le plus ironique que l&rsquo;on puisse appliquer \u00e0 certaine morale. Et dire qu&rsquo;avec un tel exemple, il se trouve encore des \u00e2mes aussi na\u00efves que toi pour croire \u00e0 la bont\u00e9 chez des personnes qui ne peuvent faire que du mal ! C&rsquo;est l\u00e0 pourtant un exemple frappant, tangible, indiscutable. Existe-t-il une autre personne au monde aussi bonne, autant d\u00e9vou\u00e9e, d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9e, aussi h\u00e9ro\u00efque m\u00eame que soeur Th\u00e9r\u00e8se ? C&rsquo;est \u00e0 se demander. Et pourtant, pas une vie n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 si mis\u00e9rable que la sienne ; personne n&rsquo;a subi autant d&rsquo;avanies de toutes sortes que cette sainte femme. Heureuse est-elle d&rsquo;esp\u00e9rer en la justice divine car sur cette plan\u00e8te, m\u00eame en prenant le m\u00e9tropolitain, il est douteux qu&rsquo;elle ne la rencontre jamais. Enfin, si, comme tu le supposes, Paul se rapprochait de tantine, cela serait un bien grand bonheur pour elle. Apr\u00e8s tant de vicissitudes, ce serait quasiment le repos. Souhaitons-le-lui du fond du coeur et dans la mesure de tes moyens, emploie-toi-z-y de ton mieux, comme je te l&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 dit plus haut.<\/p>\n<p>Que te dirai-je encore, ma bien bonne ? D&#8217;employer tes efforts \u00e0 ne pas tomber malade ; de me donner des nouvelles de Brun, si tu peux en avoir, ainsi que de Caba<a name=\"_ftnref5\" href=\"#_ftn5\">[5]<\/a>, d&rsquo;Albert et toute la famille. \u00c0 propos, et Honor\u00e9, sais-tu ce qu&rsquo;il est devenu?<\/p>\n<p>Amiti\u00e9s sinc\u00e8res \u00e0 tante, \u00e0 ta bonne voisine, \u00e0 Yvonne et aux camarades, et \u00e0 toi, ma bien bonne, mes plus tendres et affectueuses caresses,<\/p>\n<p>Alexandre<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/chaussette-4-copier.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3918\" title=\"chaussette\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/chaussette-4-copier-300x148.jpg\" alt=\"\" width=\"197\" height=\"97\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/chaussette-4-copier-300x148.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/chaussette-4-copier.jpg 640w\" sizes=\"(max-width: 197px) 100vw, 197px\" \/><\/a>12 mars 1911<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00celes du Salut<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ma ch\u00e8re maman,<\/strong><\/p>\n<p>Hier, je suis sorti du cachot, apr\u00e8s y avoir pass\u00e9 trente jours. J&rsquo;y ai gagn\u00e9, non pas le gros lot, mais ce qui vaut mieux, 3 kilos en poids. Dr\u00f4le, hein ? Dr\u00f4le, mais vrai pourtant, \u00e0 moins que la balance&#8230; Le Glob\u00e9ol me r\u00e9ussit assez bien comme tu vois ; je me sens revivre. J&rsquo;avais les nerfs comme des ficelles ; ils sont \u00e0 pr\u00e9sent comme des cordes \u00e0 violon. \u00c7a va mieux, beaucoup mieux. Et si le Jubal est aussi efficace pour l&rsquo;estomac et les tripes que le Glob\u00e9ol l&rsquo;est pour le sang, eh bien, je vais joliment me radouber. Je pense le recevoir \u00e0 la fin de ce mois.<\/p>\n<p>Si c&rsquo;\u00e9tait bien vrai, au moins, que tu ne sois pas malade comme tu me l&rsquo;assures dans ta lettre, ce que j&rsquo;en serais heureux ! Toutes mes pens\u00e9es gravitent autour de cette question : ta sant\u00e9 ! Avec ces sautes de temp\u00e9rature, ces froidures, ces brouillards, je crains toujours que tu ne rechutes encore. Pauvre sainte femme ! Il ne te manquerait plus que \u00e7a. Aussi, ma bien bonne, ne n\u00e9glige rien, mais absolument rien de ce qui peut t&rsquo;\u00eatre utile pour te bien soigner, m&rsquo;entends-tu ? Ne fais pas des \u00e9conomies de bouts de chandelle en te privant de ce qui peut te soulager. Je me languis que la bonne saison arrive. Je serai moins soucieux pour toi. En juillet ou en ao\u00fbt, pourquoi n&rsquo;irais-tu pas passer quelques semaines \u00e0 Chatou ? L&rsquo;air y est pur, le site charmant. Qu&rsquo;en penses-tu ? Chatou vaut mieux, en tout cas, que Levallois qui n&rsquo;est apr\u00e8s tout qu&rsquo;une extension parisienne.<\/p>\n<p>Certes, pour bien des motifs, il est possible que tu ne partages pas ma fa\u00e7on de voir. Ton travail, tes amies, etc. Mais ce qu&rsquo;il faut consid\u00e9rer surtout, ce sont les personnes chez qui l&rsquo;on va. \u00c0 Chatou, c&rsquo;est de la famille ; tandis qu&rsquo;\u00e0 Perret tu ne connais m\u00eame pas le nom, puisque tu t&rsquo;es content\u00e9e d&rsquo;un pr\u00e9nom pour le nommer. Enfin, cela te regarde, au fond. L&rsquo;essentiel, c&rsquo;est que tu ne te tues pas \u00e0 l&rsquo;ouvrage, que tu te reposes et prennes un peu d&rsquo;agr\u00e9ment \u00e0 l&rsquo;occasion. Si tu savais, ma bien bonne, comme \u00e7a m&rsquo;est p\u00e9nible de lire tes usines, tes coll\u00e8gues et tous les coquins du diable qui les [<em>illisible<\/em>]. Je te l&rsquo;ai dit d\u00e9j\u00e0, que tes [<em>illisible<\/em>], je te le r\u00e9p\u00e8te et \u00e0 ma prochaine, s&rsquo;il le faut, je le mettrai en musique : ne me parle plus de ces choses-l\u00e0, en ces termes surtout.<\/p>\n<p>\u00c7a t&rsquo;\u00e9tonne que l&rsquo;on m&rsquo;ait repr\u00e9sent\u00e9 sous de si sombres couleurs ? Moi, pas. Comme dit l&rsquo;autre, avec une l\u00e9g\u00e8re variante, quand on a noy\u00e9 son chien, on s&rsquo;en excuse en pr\u00e9textant qu&rsquo;il avait la rage. Mais ce qui me surprend, c&rsquo;est le conseil que tu me donnes en me disant d&rsquo;\u00e9crire, de me justifier. Ah ! celle-l\u00e0 elle [<em>illisible<\/em>], par exemple ! Doublement victime et trois fois dupe, il faudrait que je me justifiasse, par-dessus le march\u00e9 ? En premier lieu, n&rsquo;oublie pas que neuf fois et demie sur dix, se justifier c&rsquo;est s&rsquo;accuser. Secondement, s&rsquo;il fallait d\u00e9montrer que deux et deux font quatre, de ne pas le faire, cela les ferait-il \u00eatre cinq ? Je n&rsquo;ai rien \u00e0 \u00e9crire \u00e0 ce sujet. Ma propre estime et celle de ceux qui me sont chers me suffisent. Il est bien regrettable que je ne puisse t&rsquo;exprimer toute ma pens\u00e9e \u00e0 cet \u00e9gard. Qui n&rsquo;entend qu&rsquo;une cloche n&rsquo;entend qu&rsquo;un son, et celle qui a pu vibrer \u00e0 certaines oreilles \u00e9tait bougrement f\u00eal\u00e9e. Ainsi, moi qui \u00e9tais acteur autant que spectateur, je n&rsquo;ai connu le fin mot de l&rsquo;affaire que quinze mois apr\u00e8s, et tu voudrais que des gens qui n&rsquo;en ont \u00e9t\u00e9 inform\u00e9s que par des on-dit pussent conna\u00eetre la v\u00e9rit\u00e9. Laisse dire et laisse faire, ma bien bonne. Ne te fais pas de la mousse pour ces b\u00eatises-l\u00e0 ; crois-moi. T&rsquo;y int\u00e9resser, ce serait leur accorder une valeur qu&rsquo;elles n&rsquo;ont pas.<\/p>\n<p><strong><em>16 mars<\/em><\/strong><\/p>\n<p>D\u00e9cid\u00e9ment je ne sais pas dans quelles eaux tu navigues pour aller p\u00eacher de pareilles id\u00e9es. Franchement, je suis navr\u00e9 de te voir couper dans le panneau verniss\u00e9, truqu\u00e9 et caduc des conventions sociales. C&rsquo;est en appr\u00e9ciant les hommes et les choses \u00e0 travers le prisme de ses int\u00e9r\u00eats que l&rsquo;on commence par des capitulations de conscience et que l&rsquo;on finit dans la boue. Je crois te l&rsquo;avoir dit d\u00e9j\u00e0, c&rsquo;est l\u00e0 une gymnastique \u00e0 laquelle mon cerveau n&rsquo;est pas exerc\u00e9 et je ne tiens nullement \u00e0 ce qu&rsquo;il le devienne. Tu ne sais pas, pauvre m\u00e8re, et ceux qui te conseillent ne savent pas non plus, sinon vous ne me tracasseriez pas tant pour m\u00e9riter ce que tu appelles bien improprement une am\u00e9lioration \u00e0 mon sort. Mazette ! tu en as de bonnes, sais-tu, pour d\u00e9signer le grand art des cabrioles morales. Grande sagesse, \u00e7a c&rsquo;est tap\u00e9. Sais-tu ce que c&rsquo;est que la grande sagesse ? Figure-toi un chien \u00e0 qui son ma\u00eetre ou son ennemi &#8211; c&rsquo;est la m\u00eame chose &#8211; allonge un fort coup de pied dans les environs de la queue. Pleurnichant, la b\u00eate se sauve et va se tapir dans un coin. Quelques minutes apr\u00e8s, ayant besoin de lui, l&rsquo;homme le rappelle et pour l&rsquo;engager \u00e0 venir, lui pr\u00e9sente un morceau de sucre. Et l&rsquo;animal, qui sait faire preuve de grande sagesse, accourt, tortillant la queue, l&rsquo;\u00e9chine basse, happe sa r\u00e9compense et, tout en la d\u00e9gustant, il songe que si les coups sont amers, le sucre est fameusement doux. Ma foi ! pour un chien c&rsquo;est pas mal raisonner, pas vrai ; mais pour des hommes&#8230; C&rsquo;est comme ton grand coeur et ta haute intelligence. Autre perle. Pourquoi pas tolsto\u00efste. Dans un salon, la nuit, en se tenant dans l&rsquo;ombre, je ne dis pas, bien maquill\u00e9, \u00e7a peut para\u00eetre ainsi ; mais en plein soleil, au pied du mur, ce n&rsquo;est pas sans un frisson dans le dos que l&rsquo;on songe, par comparaison, ce que ce serait si l&rsquo;intelligence \u00e9tait basse, le coeur \u00e9troit. Brrr ! tout \u00e7a, ma bien bonne, c&rsquo;est de la blague ; \u00e7a ne vaut pas un pet de lapin. Au-dessus du convenu il y a le vrai, le beau, le juste. C&rsquo;est l\u00e0 une v\u00e9rit\u00e9 qu&rsquo;il ne faut pas perdre de vue et ne pas en faire liti\u00e8re lorsque l&rsquo;int\u00e9r\u00eat semble l&rsquo;exiger. D&rsquo;abord, sainte femme, tu te chagrines bien mal \u00e0 propos. Tu te donnes du mal, au fond, pour une chim\u00e8re. Tu me crois malheureux et je le suis beaucoup moins que tu ne penses. Le malheur ne r\u00e9sulte pas des situations, mais plut\u00f4t des id\u00e9es que l&rsquo;on s&rsquo;en fait. Et c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment parce que je vois les choses sous un autre jour que le commun des mortels que je suis moins malheureux dans un cachot que bien des gens qui passent pour heureux ne le sont dans leurs salons. Il n&rsquo;y a qu&rsquo;une chose qui me pourrait toucher : ton malheur, si tu \u00e9tais malheureuse. Je te sais \u00e0 l&rsquo;abri d&rsquo;un besoin imm\u00e9diat et cela me console un peu. Je ne crains pour toi que la maladie. C&rsquo;est pourquoi je te le dis encore une fois, laisse pisser le mouton ; ne te mets pas martel en t\u00eate \u00e0 cause de ma r\u00e9clusion.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;heure pr\u00e9sente, j&rsquo;ai le sang rajeuni, les nerfs solides et la viande dure. De bric et de brac je terminerai, j&rsquo;irai jusqu&rsquo;au bout des quinze mois qu&rsquo;il me reste \u00e0 faire. Nous verrons apr\u00e8s. D&rsquo;ici l\u00e0 beaucoup d&rsquo;eau aura pass\u00e9 sous le pont.<\/p>\n<p>Remercie bien les personnes qui ont bien voulu s&rsquo;occuper de nous. Dis-leur qu&rsquo;il n&rsquo;y a rien \u00e0 faire &#8211; c&rsquo;est rigoureusement vrai d&rsquo;ailleurs -, r\u00e9glementairement avant 1915, aucune am\u00e9lioration ne pourra \u00eatre accord\u00e9e. Reste chez toi, bien tranquille ; va ton petit train-train, sans plus rien solliciter, ni demander. Ton amour maternel t&rsquo;aveugle, ma bien bonne ; tu ne t&rsquo;aper\u00e7ois pas que tu dois importuner ces personnes. Et enfin attends-toi, sinon \u00e0 voir le Messie, du moins \u00e0 recevoir de bonnes nouvelles de son proph\u00e8te.<\/p>\n<p>Amen !<\/p>\n<p><strong><em>17 mars<\/em><\/strong><\/p>\n<p>R\u00e9ponse \u00e0 ta lettre du 23 janvier 1911 que j&rsquo;ai re\u00e7ue il y a bient\u00f4t un mois. Ta, ta, ta, ta, qu&rsquo;est-ce que tu me racontes l\u00e0 ? As-tu besoin de ces personnes ? Non, pas vrai ? Alors pourquoi t&rsquo;occuper d&rsquo;elles ? Nous ne leur devons rien, et n&rsquo;oublie pas qu&rsquo;\u00e0 leur tour, elles ne nous doivent pas davantage. Oui, je sais. La solidarit\u00e9, le d\u00e9vouement r\u00e9ciproque auxquels on \u00e9tait en droit de s&rsquo;attendre, etc., que de phrases banales et creuses. Ces parents-l\u00e0, l&rsquo;un d&rsquo;eux surtout, sont plut\u00f4t des arrivistes que des camarades. Plaignons-les, mais ne les imitons pas. Il ne te manquerait plus que \u00e7a que d&rsquo;aller t&#8217;emp\u00eatrer dans de telles histoires. Vraiment, je ne sais pas \u00e0 quoi tu penses. Bref, n&rsquo;en parlons plus. Octave en serait trop heureux.<\/p>\n<p><strong><em>18 mars<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Depuis le 24 f\u00e9vrier, je n&rsquo;ai plus re\u00e7u de lettres. Au courrier fran\u00e7ais, le plus r\u00e9gulier d&rsquo;ordinaire, rien. Rien ce n&rsquo;est pas le mot, j&rsquo;ai re\u00e7u les colis, mais de lettres point. La police parisienne a d\u00fb les intercepter, de sorte que je ne les recevrai pas avant le prochain courrier. Pourquoi ne mets-tu pas en grosses lettres : \u00ab Rien d&rsquo;int\u00e9ressant pour les curieux \u00bb ? Je les recevrai peut-\u00eatre plus t\u00f4t. Quel tracas pour ce lait et ce chocolat. \u00c0 force de d\u00e9marches, j&rsquo;ai eu le lait par autorisation m\u00e9dicale ; quant au chocolat, il a \u00e9t\u00e9 saisi, le pauvre ! et exp\u00e9di\u00e9 au notaire-greffier, puis au commissaire-priseur de la colonie pour \u00eatre vendu. Si tu n&rsquo;\u00e9coutais pas ce que je te dis \u00e0 la fa\u00e7on dont le Grand Turc \u00e9coute les bulles du pape, tu n&rsquo;aurais pas gaspill\u00e9 de l&rsquo;argent inutilement. J&rsquo;ai touch\u00e9 \u00e9galement Glob\u00e9ol et serviette. Ainsi c&rsquo;est bien compris, n&rsquo;est-ce pas ? Sauf le Jubal qui est un m\u00e9dicament que le docteur me fera toujours remettre, ne m&rsquo;envoie plus rien comme denr\u00e9es, \u00e0 moins que je t&rsquo;en fasse la demande, car dans ce cas j&rsquo;en aurai la permission.<\/p>\n<p><strong><em>22 mars<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Enfin, des nouvelles. Je re\u00e7ois quatre lettres, une du 6 f\u00e9vrier et trois du 13. Pauvre m\u00e8re ! que de tracas je te donne. Comme si ce n&rsquo;\u00e9tait pas assez que les colis que tu m&rsquo;adresses ne soient saisis en partie, voil\u00e0 que la poste te cherche des querelles d&rsquo;Allemand. Tout \u00e7a c&rsquo;est la police qui le sugg\u00e8re. Pourquoi ? Ma foi, je n&rsquo;en sais rien. Je comprends bien qu&rsquo;il y a une anguille sous roche, mais je ne puis arriver \u00e0 d\u00e9chiffrer le fin mot. Patientons, ma bien bonne, ne nous plaignons m\u00eame pas. Ce que l&rsquo;on veut, ce que l&rsquo;on cherche \u00e0 provoquer, c&rsquo;est la suppression des colis \u00e0 mon adresse. Eh bien, contente le bon sort ! \u00c0 part le Jubal, ne m&rsquo;envoie plus rien. En ce moment, je suis bougrement retap\u00e9, va. Ces quelques bo\u00eetes de lait m&rsquo;ont permis de pouvoir r\u00e9tamer mon estomac qui, \u00e0 te dire vrai, en avait grand besoin. Je ne pouvais plus, mais absolument plus dig\u00e9rer.<\/p>\n<p>\u00c0 pr\u00e9sent \u00e7a coule comme un fleuve, \u00e7a glisse comme un lancement de bateau. Plus tard, si \u00e7a me reprenait, je t&rsquo;en informerais et tu m&rsquo;en enverrais encore quelques bo\u00eetes puisque j&rsquo;ai obtenu l&rsquo;autorisation m\u00e9dicale ; mais pour le moment, \u00e9coute-moi, ma bien bonne, ne m&rsquo;envoie plus rien ; cela me cause bien des ennuis. Il me faut subir des propos peu plaisants, des mesures r\u00e9guli\u00e8res mais rigoureuses, et par-dessus le souci du chagrin que tu dois \u00e9prouver \u00e0 la nouvelle que ce que ton c\u0153ur de sainte m\u00e8re te fait un devoir de m&rsquo;envoyer ne m&rsquo;est m\u00eame pas remis. Et puis, pour te dire vrai, le chocolat je n&rsquo;y tiens pas plus que cela. J&rsquo;en donnais la plus grande partie \u00e0 des camarades malades. Dans ce lieu c&rsquo;est la mis\u00e8re et la souffrance qui r\u00e8gnent. Je ne suis pas le seul \u00e0 ne me pas bien porter. Les maux qui m&rsquo;atteignent n&rsquo;\u00e9pargnent pas les autres, puisqu&rsquo;ils sont inh\u00e9rents au r\u00e9gime. M\u00eame, je suis des plus heureux d&rsquo;avoir une m\u00e8re comme toi. Bon nombre n&rsquo;ont personne ; isol\u00e9s, perdus au fond de ce gouffre, ils ne vivent que pour souffrir, comme d&rsquo;autres ne vivent que pour jouir. Alors tu comprends, ce peu de chocolat, ce n&rsquo;est pas \u00e7a qui peut les gu\u00e9rir, certes, mais \u00e7a leur faisait plaisir ; c&rsquo;\u00e9tait un p\u00e2le rayon de soleil dans leur sombre existence. Et j&rsquo;\u00e9tais encore le mieux partag\u00e9 par la satisfaction que j&rsquo;en \u00e9prouvais. Bref, n&rsquo;en parlons plus ; n&rsquo;en envoie plus, puisque cela d\u00e9pla\u00eet \u00e0 l&rsquo;autorit\u00e9. Amen !<\/p>\n<p>Ainsi Louise habite pour ainsi dire avec toi. Tant mieux. Console-la, pauvre femme ! La douleur qui l&rsquo;a frapp\u00e9e est de celles que le temps seul apaise sans les gu\u00e9rir jamais. Bient\u00f4t je retournerai \u00e0 Saint-Laurent revoir ces tristes lieux, qui me raviveront des souvenirs plus tristes encore. Pauvre Andr\u00e9<a name=\"_ftnref6\" href=\"#_ftn6\">[6]<\/a> ! je le revois encore d\u00e9charn\u00e9, squelettique, rong\u00e9 de fi\u00e8vre et de dysenterie, me racontant les m\u00e9chancet\u00e9s dont il fut victime de la part de ses voisins de cellule et d&rsquo;h\u00f4pital. Il conclut, devant tant de l\u00e2chet\u00e9 et de cruaut\u00e9 : \u00abEt dire que Jean-Jacques soutient que l&rsquo;homme na\u00eet bon&#8230; \u00bb La douleur, la mis\u00e8re l&rsquo;\u00e9garaient. S&rsquo;en tenant aux effets sans rechercher les causes, il jugeait s\u00e9v\u00e8rement des inconscients que l&rsquo;ignorance et le milieu excusent pourtant. Au fait, n&rsquo;ai-je pas fait pire ? Je ne m&rsquo;en suis pas tenu aux propos, j&rsquo;ai agi ; j&rsquo;ai jug\u00e9 irr\u00e9m\u00e9diablement et&#8230; je me suis tromp\u00e9. Quelle le\u00e7on ! Quel regret!&#8230;<\/p>\n<p>Que se passe-t-il donc de si extraordinaire ? Peuh ! du moment que tu m&rsquo;assures que ta sant\u00e9 est satisfaisante, qu&rsquo;importe les \u00e9v\u00e9nements g\u00e9n\u00e9raux. Laissons les pitres d\u00e9clamer leurs boniments, les saltimbanques faire leurs tours d&rsquo;adresse. Esp\u00e9rons, esp\u00e9rons en des jours meilleurs. Soigne-toi bien ; ne fais pas d&rsquo;imprudences et laisse tourner la terre.<\/p>\n<p>La bonne saison approche. Lisa sera bien contente de pouvoir te faire plaisir tant elle est serviable, de m\u00eame que Paul, du reste. Tu verras qu&rsquo;\u00e0 la fin de l&rsquo;\u00e9t\u00e9, ils ne manqueront pas de t&rsquo;inviter \u00e0 aller passer quelques mois \u00e0 la campagne<a name=\"_ftnref7\" href=\"#_ftn7\">[7]<\/a>. \u00c7a te fera du bien.<\/p>\n<p>D&rsquo;ici l\u00e0, va ton petit train-train sans te chagriner. Je me porte fort bien, toi aussi, que veux-tu de plus ?<\/p>\n<p>Sinc\u00e8res amiti\u00e9s \u00e0 Louise, \u00e0 tante-, \u00e0 tous nos amis et \u00e0 toi, ma bien bonne, mes plus tendres et affectueuses caresses,<\/p>\n<p>Alexandre<\/p>\n<p>P.-S. Tes derniers colis, exp\u00e9di\u00e9s par courrier hollandais sont arriv\u00e9s, mais sauf le lait, du moins je le pense, ils subiront le sort des pr\u00e9c\u00e9dents : saisis et vendus.<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/chaussette-5.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3919\" title=\"chaussette\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/chaussette-5-300x225.jpg\" alt=\"\" width=\"159\" height=\"119\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/chaussette-5-300x225.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/chaussette-5.jpg 320w\" sizes=\"(max-width: 159px) 100vw, 159px\" \/><\/a>14 avril 1911<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00celes du Salut<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ma ch\u00e8re maman,<\/strong><\/p>\n<p>Par extraordinaire, j&rsquo;ai re\u00e7u hier ta ch\u00e8re lettre du 12 mars. Comme toujours, tu te chagrines pour peu de choses. Il est vrai que cette fois, j&rsquo;en suis un peu la cause, car en t&rsquo;annon\u00e7ant les nouvelles poursuites dont j&rsquo;\u00e9tais l&rsquo;objet, j&rsquo;aurais pu \u00eatre plus rassurant.<\/p>\n<p>Je n&rsquo;ai rien de neuf \u00e0 t&rsquo;annoncer \u00e0 ce sujet. Une mani\u00e8re d&rsquo;instruction a \u00e9t\u00e9 faite, mais aucun des t\u00e9moins cit\u00e9s n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 interrog\u00e9. D&rsquo;ordinaire, la session du tribunal a lieu au mois d&rsquo;avril, quelquefois au mois de mai. Si l&rsquo;ordre de mise en jugement est prononc\u00e9, je compara\u00eetrai donc le mois prochain, tr\u00e8s probablement pour y \u00eatre acquitt\u00e9 ou, au pire, tr\u00e8s certainement pour entendre prononcer la confusion des peines : celle qui peut m&rsquo;\u00eatre inflig\u00e9e avec celle que je subis en ce moment<a name=\"_ftnref8\" href=\"#_ftn8\">[8]<\/a>. De sorte que ce grand malheur se r\u00e9duit aux petits tracas d&rsquo;une vill\u00e9giature \u00e0 la sous-pr\u00e9fecture guyanaise. Amen !<\/p>\n<p>Dans ma derni\u00e8re, je t&rsquo;avais donn\u00e9 \u00e0 entendre que le colis contenant des sardines, du chocolat et des enveloppes ne me serait pas remis. La pr\u00e9vision s&rsquo;est r\u00e9alis\u00e9e. Il a \u00e9t\u00e9 saisi et vendu. Quant au lait, sur les six bo\u00eetes, je n&rsquo;en ai re\u00e7u que cinq, la sixi\u00e8me \u00e9tant all\u00e9e s&rsquo;\u00e9ventrer dans le bureau du receveur-g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 Cayenne. Laisse courir. La sauce te reviendrait plus cher que le fricot. Les trois colis du courrier suivant m&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 remis int\u00e9gralement, m\u00eame le chocolat. Bien entendu, ce n&rsquo;est pas une raison pour que tu m&rsquo;en envoies encore. Sauf le Jubal, de la lecture et du linge lorsque je t&rsquo;en ferai la demande, ne m&rsquo;adresse plus d&rsquo;aliments. C&rsquo;est bien compris, n&rsquo;est-ce pas ? Ce serait perdu.<\/p>\n<p><strong><em>20 avril<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Je m&rsquo;attendais \u00e0 recevoir une seconde bo\u00eete de Jubal ces jours-ci, mais je n&rsquo;ai re\u00e7u que ta lettre du 22 mars. Ce sera sans doute pour la fin du mois, au courrier fran\u00e7ais. Bien que je sois tr\u00e8s sceptique quant \u00e0 l&rsquo;efficacit\u00e9 des sp\u00e9cialit\u00e9s pharmaceutiques, je dois convenir que dans le court espace de vingt jours, j&rsquo;ai obtenu des r\u00e9sultats inesp\u00e9r\u00e9s, r\u00e9sultats que n&rsquo;avaient pu obtenir trente mois de m\u00e9dication&#8230; r\u00e9glementaire. Je suis r\u00e9ellement en bonne sant\u00e9 et je d\u00e9sirerais bien pouvoir continuer la cure de Jubal pendant un semestre.<\/p>\n<p>Tu feras donc pour le mieux, ma bien bonne. Je sais que si tu ne m&rsquo;en as pas envoy\u00e9 \u00e0 ce courrier, c&rsquo;est que tu n&rsquo;as pas pu le faire, ou plut\u00f4t que tu as pens\u00e9 qu&rsquo;une bo\u00eete me ferait l&rsquo;usage d&rsquo;un mois. Les derni\u00e8res me feront plus d&rsquo;un mois ; mais au d\u00e9but, l&rsquo;intestin est tellement paresseux qu&rsquo;il m&rsquo;en faudrait bien trois bo\u00eetes pour deux mois.<\/p>\n<p>Je con\u00e7ois qu&rsquo;\u00c9lise soit impatiente, d&rsquo;autant plus qu&rsquo;elle n&rsquo;est pas tr\u00e8s au courant des d\u00e9marches commerciales entreprises par Paul. Elle le sera moins, esp\u00e9rons-le, dans quelques mois, pas avant le mois d&rsquo;ao\u00fbt comme tu le supposes, lorsque Reboul ira se reposer quelques semaines \u00e0 la campagne. \u00c9loign\u00e9 de sa femme, il sera sans doute moins r\u00e9serv\u00e9 et lui expliquera tout au long ses esp\u00e9rances, et leur union depuis si longtemps projet\u00e9e se r\u00e9alisera peut-\u00eatre enfin.<\/p>\n<p><strong><em>21 avril<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Il y a aujourd&rsquo;hui huit ans que je quittais Paris pour n&rsquo;y plus revenir. Comme c&rsquo;est loin tout \u00e7a et pourtant il me semble que ce n&rsquo;est que d&rsquo;hier. L&rsquo;avenir sera-t-il meilleur? Esp\u00e9rons-le tout en nous contentant du pr\u00e9sent ; puisque nos sant\u00e9s sont bonnes, c&rsquo;est l&rsquo;essentiel.<\/p>\n<p><strong><em>27 avril<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Je ne peux pas encore partir pour Saint-Laurent. Sans doute dans les premiers jours du mois prochain, si toutefois la session n&rsquo;est pas recul\u00e9e au mois suivant ; cela arrive parfois. Au fond, peu importe. Il vaut m\u00eame mieux que ce soit un mois plus tard que plus t\u00f4t, \u00e0 cause du mauvais temps : depuis cinq mois les grains font rage, kif-kif le d\u00e9luge. Les sinistres maritimes n&rsquo;ont pas d\u00fb \u00eatre rares dans la r\u00e9gion, et les requins ont d\u00fb se trouver \u00e0 la f\u00eate. Il faut bien que tous les \u00eatres se r\u00e9galent.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai lu le morceau choisi du <em>Petit Parisien<\/em>. Bien inform\u00e9, hein, ce \u00ab trois-millions-d&rsquo;\u00e9lecteurs<\/p>\n<p>\u00bb. Laisse-le chanter.<\/p>\n<p><strong><em>28 avril<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Le courrier n&rsquo;est pas encore arriv\u00e9, que je sache ; de sorte que si je pars apr\u00e8s-demain pour Saint-Laurent, je ne toucherai le ou les colis que je pense recevoir qu&rsquo;\u00e0 mon retour. C&rsquo;est bien ennuyeux \u00e0 cause des rem\u00e8des. Enfin, j&rsquo;esp\u00e8re que ces quelques jours de retard ne suffiront pas au mal pour reconqu\u00e9rir le terrain perdu.<\/p>\n<p>Je suis tr\u00e8s satisfait des gilets de flanelle. Encore que lav\u00e9s plusieurs fois d\u00e9j\u00e0, ils n&rsquo;ont pas bronch\u00e9. Cela doit tenir surtout \u00e0 la qualit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9toffe. Au prochain courrier ou au suivant, cela ne presse pas puisque nous allons entrer en la saison s\u00e8che, tu m&rsquo;enverras un jersey en laine gris mais simple, sans gris-gris. Choisis-le de mani\u00e8re \u00e0 ce qu&rsquo;il ne subisse pas le sort des pr\u00e9c\u00e9dents avec lesquels j&rsquo;ai d\u00fb me confectionner des chaussettes, tant ils se r\u00e9tr\u00e9cissaient par le lavage. Les nuits sont parfois si fra\u00eeches que ce linge m&rsquo;est bien utile.<\/p>\n<p><strong><em>29 avril<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Le courrier est enfin pass\u00e9 ce matin ; mais je n&rsquo;aurai de tes ch\u00e8res nouvelles qu&rsquo;apr\u00e8s-demain, si toutefois je ne pars pas avant.<\/p>\n<p>Amiti\u00e9s sinc\u00e8res aux camarades, \u00e0 ta bonne voisine, \u00e0 tante &#8211; remercie-la bien pour le chocolat &#8211; ainsi qu&rsquo;\u00e0 Louise, et \u00e0 toi, ma bien bonne, mes plus tendres et affectueuses caresses,<\/p>\n<p>Alexandre<\/p>\n<p><strong>21 mai 1911<\/strong><\/p>\n<p><strong>Saint-Laurent-du-Maroni<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ma ch\u00e8re maman,<\/strong><\/p>\n<p>Ce mois-ci je n&rsquo;ai encore re\u00e7u qu&rsquo;une seule lettre de toi ; cela tient sans doute \u00e0 mon transfert ; le courrier hollandais et l&rsquo;anglais ont d\u00fb \u00eatre exp\u00e9di\u00e9s aux \u00eeles tandis que je suis \u00e0 Saint-Laurent depuis trois jours. N&rsquo;importe, je les recevrai toujours.<\/p>\n<p>N&rsquo;ayant pas encore re\u00e7u le proc\u00e8s-verbal notifiant l&rsquo;ordre de mise en jugement, j&rsquo;ignore la date de notre comparution (car Joseph est \u00e9galement ici) ; mais je pr\u00e9sume que ce sera dans les premiers jours de juin. Pour l&rsquo;instant je ne puis rien te dire de nos moyens de d\u00e9fense, tu dois concevoir pourquoi, mais je puis t&rsquo;assurer que, de toutes les mani\u00e8res, il ne peut rien, absolument rien en r\u00e9sulter de p\u00e9nible pour nous. Je t&rsquo;en expliquerai le pourquoi avec moins de r\u00e9serve dans ma prochaine lettre, apr\u00e8s comparution.<\/p>\n<p>Ta ch\u00e8re lettre du 6 avril m&rsquo;a caus\u00e9 beaucoup de plaisir. J&rsquo;ai vu qu&rsquo;\u00c9lisabeth avait su fort bien comprendre le sens des d\u00e9marches que Paul s&rsquo;\u00e9tait promis d&rsquo;entreprendre pour Auguste. C&rsquo;est un bien brave parent. C\u0153ur excellent, plein de d\u00e9vouement et de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, intelligent et ne manquant pas d&rsquo;initiative, il est probable qu&rsquo;il saura relever les affaires de son fr\u00e8re. Il n&rsquo;y a rien de certain, bien s\u00fbr. En mati\u00e8re commerciale, il y a toujours de l&rsquo;impr\u00e9vu ; il faut compter avec le cr\u00e9dit, la concurrence, le caprice de la client\u00e8le, etc. Mais crois-tu qu&rsquo;il ne vaut pas mieux qu&rsquo;Auguste se soit adress\u00e9 \u00e0 lui plut\u00f4t que de s&rsquo;acheminer \u00e0 une d\u00e9confiture quasi in\u00e9vitable ? Du reste, dans quelques mois, j&rsquo;esp\u00e8re que tu me donneras de leurs nouvelles, bonnes plut\u00f4t que f\u00e2cheuses. En attendant, adresse-leur \u00e0 tous ma sinc\u00e8re amiti\u00e9<a name=\"_ftnref9\" href=\"#_ftn9\">[9]<\/a>.<\/p>\n<p>Il ne faut pas te chagriner comme \u00e7a, ma bien bonne, lorsqu&rsquo;il n&rsquo;y a pas lieu surtout. \u00c0 moins de purger une tr\u00e8s forte peine de r\u00e9clusion ou de subir souvent du cachot, nous n&rsquo;avons pas le scorbut \u00e0 la fa\u00e7on des marins qui s\u00e9journent aux r\u00e9gions polaires. C&rsquo;est moins grave. D&rsquo;ailleurs c&rsquo;est une des maladies inh\u00e9rentes au r\u00e9gime p\u00e9nal que l&rsquo;on combat avec le plus d&rsquo;efficacit\u00e9 gr\u00e2ce au citron, \u00e0 une vari\u00e9t\u00e9 de cresson et au lait de coco que l&rsquo;on donne \u00e0 ceux qui en sont atteints, m\u00eame quelquefois \u00e0 titre pr\u00e9ventif. J&rsquo;ai suivi ce r\u00e9gime pendant quatre mois et m&rsquo;en trouve fort bien. Il me tarde d&rsquo;\u00eatre retransf\u00e9r\u00e9 \u00e0 la r\u00e9clusion afin de pouvoir le continuer.<\/p>\n<p>La bo\u00eete de Jubal que tu m&rsquo;as envoy\u00e9e en avril m&rsquo;a \u00e9t\u00e9 remise ainsi que la poudre de malt ; mais tout le restant a \u00e9t\u00e9 saisi et vendu conform\u00e9ment \u00e0 la r\u00e8gle. C&rsquo;est te dire, te r\u00e9p\u00e9ter de ne plus m&rsquo;envoyer d&rsquo;aliments. De m\u00eame \u00e0 Joseph.<\/p>\n<p>\u00c0 propos de Joseph, il n&rsquo;exag\u00e9rait pas en se plaignant d&rsquo;\u00eatre malade. Ch\u00e9tif de son naturel, ces trente mois de d\u00e9tention cellulaire l&rsquo;ont beaucoup d\u00e9bilit\u00e9. \u00c0 lui envoyer quelque chose, un flacon de Glob\u00e9ol ferait mieux son affaire qu&rsquo;un dictionnaire. Heureusement pour lui qu&rsquo;il ne tardera pas \u00e0 \u00eatre lib\u00e9r\u00e9 (le 17 du mois prochain), car s&rsquo;il lui fallait purger seulement une ann\u00e9e de plus je ne sais pas trop s&rsquo;il en verrait le terme<a name=\"_ftnref10\" href=\"#_ftn10\">[10]<\/a>.<\/p>\n<p>Je ne suis pas des plus robustes non plus ; je suis le courant de la mode contemporaine : je me d\u00e9gonfle ; chaque mois, au pesage, je constate la perte d&rsquo;un ou deux kilos. Arriverai-je \u00e0 devenir plus l\u00e9ger que l&rsquo;air ? Cependant, le moral est on ne peut meilleur. Stabilit\u00e9 et \u00e9nergie parfaites. Amen !<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr qu&rsquo;il te faut aller voir Jacques de temps \u00e0 autre. Fr\u00e9quentation banale, mais qui pourra t&rsquo;\u00eatre utile \u00e0 l&rsquo;avenir. Pour tantine cela n&rsquo;est que secondaire. Je con\u00e7ois ta d\u00e9ception \u00e0 l&rsquo;endroit de la cousine; mais il faut compter avec ces choses-l\u00e0 dans la vie et y songer avec indiff\u00e9rence plut\u00f4t que d&rsquo;en \u00eatre pein\u00e9e. Tu as raison d&rsquo;\u00eatre r\u00e9serv\u00e9e. L\u00e0 o\u00f9 r\u00e8gne un \u00e9go\u00efsme \u00e9troit, la franchise devient un d\u00e9faut. Constate, appr\u00e9cie et laisse courir. L&rsquo;essentiel est que tu ne sois pas malade, ce que j&rsquo;esp\u00e8re. Quant au restant&#8230; Peuh!<\/p>\n<p>N&rsquo;oublie pas de remercier chaleureusement les personnes qui ont eu la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 de s&rsquo;occuper de moi ; pas en mon nom : on ne tient pas, dans ce monde-l\u00e0, aux remerciements d&rsquo;un for\u00e7at, mais au tien propre. \u00c0 d\u00e9faut de r\u00e9ciprocit\u00e9, soyons reconnaissants par la politesse, puisque nous manquons d&rsquo;autres moyens.<\/p>\n<p>En attendant de tes ch\u00e8res nouvelles, amiti\u00e9s sinc\u00e8res \u00e0 ta bonne voisine, \u00e0 tante, aux camarades, et \u00e0 toi, ma bien bonne, mes plus tendres et affectueuses caresses,<\/p>\n<p>Alexandre<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/chaussette-6.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3920\" title=\"chaussette\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/chaussette-6-300x174.jpg\" alt=\"\" width=\"188\" height=\"109\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/chaussette-6-300x174.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/chaussette-6.jpg 450w\" sizes=\"(max-width: 188px) 100vw, 188px\" \/><\/a>24 juin 1911<\/strong><\/p>\n<p><strong>Saint-Laurent-du-Maroni<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ch\u00e8re maman,<\/strong><\/p>\n<p>J&rsquo;ai comparu hier. Le tribunal, acceptant mes conclusions, a renvoy\u00e9 l&rsquo;examen de l&rsquo;affaire \u00e0 une prochaine session, pour plus ample inform\u00e9, aucun t\u00e9moin n&rsquo;ayant \u00e9t\u00e9 interrog\u00e9.<\/p>\n<p>Je vais donc retourner aux \u00eeles du Salut pour ce suppl\u00e9ment d&rsquo;information et reviendrai \u00e0 Saint-Laurent vers le mois de septembre. \u00c0 moins d&rsquo;acquittement, ce qui est fort probable, j&rsquo;esp\u00e8re pouvoir m&rsquo;offrir un troisi\u00e8me voyage, toujours avec la m\u00eame affaire. Quelle riche id\u00e9e a eue le ministre de me faire poursuivre. Cela brise un peu la monotonie du r\u00e9gime r\u00e9clusionnaire. \u00c7a distrait, \u00e7a dore la pilule du temps.<\/p>\n<p>Malheureusement, il y a le revers de la m\u00e9daille. Chaque fois que je viens dans ce pays, j&rsquo;y tombe malade. C&rsquo;est le paradis des escargots ; il y pleut presque tout le temps. De l\u00e0 des temp\u00e9ratures insupportables, malsaines. J&rsquo;ai pris froid et pendant quinze jours, j&rsquo;ai d\u00fb garder la planche. Une autre diarrh\u00e9e et gastro-ent\u00e9rite. Ce n&rsquo;est pas gai. Bien s\u00fbr, j&rsquo;avais et j&rsquo;ai encore du Jubal ; mais bien que ce m\u00e9dicament poss\u00e8de de r\u00e9elles qualit\u00e9s laxatives, il n&rsquo;est pas de force \u00e0 lutter contre l&rsquo;infection microbienne produite par le r\u00e9gime p\u00e9nal et alimentaire. C&rsquo;est excellent pour un habitant de la chauss\u00e9e d&rsquo;Antin ; c&rsquo;est insuffisant pour un for\u00e7at. La Maya bulgare, qui est pourtant moins ch\u00e8re, lui est bien sup\u00e9rieure car, au moins, elle d\u00e9sinfecte l&rsquo;appareil digestif.<\/p>\n<p>Tu me demandes si je veux encore du Glob\u00e9ol. Mais, ma bien bonne, c&rsquo;est demander \u00e0 un noy\u00e9 s&rsquo;il veut une bou\u00e9e de sauvetage. Tu devrais comprendre que tout ce qui est capable de donner de la force, de fortifier le sang, de reconstituer de la chair et de d\u00e9sinfecter le tube intestinal, le gros intestin surtout, ne peut que m&rsquo;aider \u00e0 me relever. Si tu voyais comme je suis \u00e9tique ! Je ressemble un peu \u00e0 ces maquettes qui sont \u00e0 la montre des marchands de pi\u00e8ces anatomiques. Au fond, ce n&rsquo;est rien, car la maigreur n&rsquo;exclut pas la sant\u00e9. N\u00e9anmoins, un peu de viande sur les os ferait bien mon affaire. D&rsquo;autre part, je n&rsquo;ai pas le sang bien propre et, faible comme je suis, je ne puis supporter l&rsquo;iodure de potassium. J&rsquo;ai des boutons scorbutiques qui ressemblent \u00e0 des scrofules. Le sang en est noir comme de l&rsquo;encre et en s\u00e9chant, \u00e7a laisse des marques comme des grosses lentilles. Si tu crois que l&rsquo;Urodonal puisse m&rsquo;en d\u00e9barrasser ? Renseigne-toi et fais pour le mieux. Il vaut mieux se fier aux lumi\u00e8res d&rsquo;un m\u00e9decin qu&rsquo;au tam-tam d&rsquo;un prospectus. Bien entendu, tiens-t&rsquo;en aux m\u00e9dicaments ; plus d&rsquo;aliments. Tu peux m&rsquo;adresser de la lecture de notre biblioth\u00e8que, on m&rsquo;a toujours permis de la recevoir, \u00e0 moins d&rsquo;\u00eatre puni. Dans ce cas, on ne me la remet que plus tard, un mois apr\u00e8s avoir subi la punition, de sorte que ce n&rsquo;est jamais perdu. Avant d&rsquo;envoyer de nouveaux colis \u00e0 Joseph, tu m&rsquo;informeras toujours de ce qu&rsquo;il te demande avant de le satisfaire. Ce n&rsquo;est pas le moment de d\u00e9penser inutilement de l&rsquo;argent. C&rsquo;est bien compris, n&rsquo;est-ce pas ?<\/p>\n<p>Pour Chatou, en effet, \u00c9lisa s&rsquo;est un peu trop press\u00e9e. Que diable ! aux environs de Paris, ce n&rsquo;est pas comme dans le Var ; le soleil y \u00e9tant plus rare, les cerises y m\u00fbrissent un peu plus tard. En r\u00e9fl\u00e9chissant, si \u00c9lisa, \u00e0 cause du d\u00e9rangement, pr\u00e9f\u00e9rait la Bouletterie plut\u00f4t que Chatou, ce serait bien facile : elle n&rsquo;aurait qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9crire \u00e0 Paul.<\/p>\n<p><strong><em>26 juin<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Pas de chance ! Comme si ce n&rsquo;\u00e9tait assez du reste, me voil\u00e0 atteint de n\u00e9vralgies faciales. Quel supplice ! Et avec \u00e7a des soins inexistants, pas m\u00eame un analg\u00e9sique. Tu dois penser s&rsquo;il me tarde de me retrouver \u00e0 la m\u00eame r\u00e9clusion cellulaire. Mal que mal, j&rsquo;y aurai au moins des soins m\u00e9dicaux.<\/p>\n<p><strong><em>29 juin<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Partirai-je sous peu ou bien pr\u00e9tend-on me faire rester ici jusqu&rsquo;\u00e0 la prochaine session ? Dans ce dernier cas, je ne manquerai pas de me plaindre au gouverneur, car cela ne me para\u00eet pas r\u00e9gulier. C&rsquo;est aux \u00eeles que l&rsquo;information doit \u00eatre faite et non pas ici. Au fond, je m&rsquo;inqui\u00e8te peut-\u00eatre \u00e0 tort et ne tarderai pas \u00e0 \u00eatre dirig\u00e9 sur les \u00eeles. Si je m&rsquo;y trouve avant le 3, date o\u00f9 passe le courrier, tu auras ma lettre comme \u00e0 l&rsquo;ordinaire, c&rsquo;est-\u00e0-dire le 24 ou 25 juillet ; mais si je suis transf\u00e9r\u00e9 plus tard, tu ne la recevras pas avant le 24 ou 25 ao\u00fbt. C&rsquo;est justement ce qui me chagrine le plus, tant pour la peine que tu vas \u00e9prouver en ne recevant pas de mes nouvelles que pour le retard que cela va apporter \u00e0 ce que je te demande. Je t&rsquo;aurais bien \u00e9crit plus t\u00f4t, mais pour te dire quoi? Que j&rsquo;\u00e9tais bien malade ? Et puis je me trouvais tellement \u00e0 bout de souffle que c&rsquo;est tout juste si j&rsquo;aurais pu te griffonner quatre lignes. Tu en aurais donc \u00e9t\u00e9 plus chagrin\u00e9e encore. Tandis qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui je puis t&rsquo;annoncer un mieux sensible. Si ce n&rsquo;\u00e9taient ces maudites n\u00e9vralgies, \u00e7a pourrait encore passer par force. Le scorbut semble s&rsquo;am\u00e9liorer ; l&rsquo;haleine n&rsquo;est pas autant f\u00e9tide, le go\u00fbt moins atrophi\u00e9. Je puis manger le pain. La diarrh\u00e9e, plus rebelle, est cependant moins forte. Que veux-tu que j&rsquo;y fasse ? Rien. Je patiente dans l&rsquo;espoir de pouvoir me remettre \u00e0 flot avec les m\u00e9dicaments que tu m&rsquo;enverras. Mais d&rsquo;ici l\u00e0, c&rsquo;est long et c&rsquo;est p\u00e9nible. Enfin&#8230;<\/p>\n<p>J&rsquo;oubliais de te dire que Me F\u00e9lix Hersil a bien voulu se charger gracieusement de notre d\u00e9fense. \u00c0 propos de cette affaire, ce qui me turlupine le plus, c&rsquo;est qu&rsquo;il est presque certain que nous serons acquitt\u00e9s. Alors <em>adio\u00f9 botto <\/em>pour le troisi\u00e8me voyage. Il est \u00e9crit que je n&rsquo;aurai jamais de chance !<\/p>\n<p>Puisque j&rsquo;y pense autant te le dire tout de suite. Envoie-moi un couvert en bois, cuiller et fourchette. J&rsquo;\u00e9viterai ainsi un tas de maladies en mangeant avec la cuiller de n&rsquo;importe qui.<\/p>\n<p><strong><em>10 juillet<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Pas encore parti et toujours malade. Je n&rsquo;en puis plus. Je passe les jours et les nuits \u00e0 la selle : diarrh\u00e9e et glaires sanguinolentes. \u00c7a m&rsquo;\u00e9puise. J&rsquo;ai bien encore du Jubal cependant ; mais je le r\u00e9p\u00e8te, il ne m&rsquo;est d&rsquo;aucune efficacit\u00e9. Toute cette r\u00e9clame \u00e0 grand orchestre, c&rsquo;est du charlatanisme. C&rsquo;est un moyen comme un autre de p\u00eacher des pi\u00e8ces de cent sous avec gr\u00e2ce, sans violence, rien plus. \u00c0 la place des deux bo\u00eetes de Jubal que j&rsquo;ai re\u00e7ues hier, j&rsquo;aurais mieux aim\u00e9 des comprim\u00e9s de Maya bulgare. Mais, ma bien bonne, tu ne pouvais savoir. Si seulement j&rsquo;allais aux \u00eeles dans quelques jours, il me semble qu&rsquo;avec des soins je pourrais encore me relever ; mais si je dois rester ici jusqu&rsquo;\u00e0 la prochaine session, je crains bien que ce soit la derni\u00e8re \u00e9tape. C&rsquo;est le r\u00e9gime alimentaire qui aggrave mon mal. Il ne faudrait pas que je mangeasse de viande, de f\u00e9culents, et il n&rsquo;est compos\u00e9 que de cela. Si tu savais&#8230;<\/p>\n<p>Je n&rsquo;ai plus que peu de place. Je vais me r\u00e9sumer. J&rsquo;ai re\u00e7u \u00e9galement trois paires de chaussettes qui m&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 donn\u00e9es et un chandail qui m&rsquo;a \u00e9t\u00e9 saisi parce qu&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait pas blanc. Remarque que le commandant des \u00eeles m&rsquo;avait permis de le recevoir gris clair. J&rsquo;ai \u00e9crit au directeur et j&rsquo;attends sa d\u00e9cision. Il ne faut pas, parce que je t&rsquo;expose franchement ma situation sanitaire, t&rsquo;alarmer comme tu as coutume de le faire. \u00c7a ne sert \u00e0 rien. Va voir le docteur et remets-t&rsquo;en \u00e0 ce qu&rsquo;il te dira pour l&rsquo;envoi des m\u00e9dicaments. Ne te fie plus au tam-tam de la r\u00e9clame. Il n&rsquo;est pas utile pour le moment que tu m&rsquo;adresses de la lecture. Je n&rsquo;ai pas la t\u00eate \u00e0 lire. Tu m&rsquo;en enverras, non pas une grande quantit\u00e9 comme tu as coutume de le faire, mais un volume par courrier ou deux ou trois Feuilles litt\u00e9raires, mais pas avant le mois d&rsquo;octobre. Pour Joseph, c&rsquo;est bien compris, hein ? Il ne m\u00e9rite aucune bont\u00e9, pas la moindre. De nature profond\u00e9ment \u00e9go\u00efste, la mis\u00e8re, loin de le rendre meilleur, l&rsquo;a affreusement perverti.<\/p>\n<p><strong><em>13 juillet<\/em><\/strong><\/p>\n<p>\u00c7a ne va pas mieux, mais \u00e7a ne va pas plus mal. Ce matin, j&rsquo;ai pass\u00e9 la visite m\u00e9dicale et j&rsquo;ai obtenu un peu de soins qui, je l&rsquo;esp\u00e8re, me seront efficaces. Ne te fais pas du mauvais sang, ma bien bonne. Dans quelques jours, j&rsquo;irai mieux et je surmonterai cette crise comme j&rsquo;en ai surmont\u00e9 tant d&rsquo;autres d\u00e9j\u00e0.<\/p>\n<p>Si cette personne connaissait un Payan de Mempent\u00e9 de l&rsquo;endroit \u00e7a serait, je crois, le plus heureux pour Auguste. J&rsquo;ai re\u00e7u la lettre de Jeanne, mais je ne puis lui r\u00e9pondre ; les r\u00e8gles s&rsquo;y opposent. Il ne m&rsquo;est permis d&rsquo;\u00e9crire qu&rsquo;\u00e0 mes ascendants ou descendants.<\/p>\n<p>En attendant de tes ch\u00e8res nouvelles, re\u00e7ois, ma bien bonne, mes plus tendres et affectueuses caresses,<\/p>\n<p>Alexandre<\/p>\n<hr size=\"1\" \/><a name=\"_ftn1\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Il s&rsquo;agit de la loi instituant la peine de travaux forc\u00e9s avec transportation dans les colonies.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn2\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> Allusion aux d\u00e9marches entreprises aupr\u00e8s de personnalit\u00e9s politiques par Marie Jacob, d\u00e9marches qui se poursuivront tant que durera la d\u00e9tention de son fils.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn3\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> Jacob emploie plusieurs noms de code pour parler de lui dans des situations diff\u00e9rentes ; il semble \u00eatre \u00e0 la fois Julien et Paul. Julien pour l&rsquo;affaire pass\u00e9e avec Joseph (vraisemblablement Doroth\u00e9e), Paul pour une nouvelle tentative qui appara\u00eet pour le coup administrative. La brouille entre Paul et tantine est certainement un probl\u00e8me de r\u00e9ception de courrier entre Jacob et sa m\u00e8re.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn4\" href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a> Jacob s&rsquo;y verra notifier une punition d&rsquo;un mois de cachot.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn5\" href=\"#_ftnref5\">[5]<\/a> L&rsquo;unique mention de ce nom ; au m\u00eame titre que M. Brun, peut-\u00eatre un ancien complice de Jacob.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn6\" href=\"#_ftnref6\">[6]<\/a> Andr\u00e9, on le sait par la lettre du 22 f\u00e9vrier 1910, \u00e9tait un ami de Jacob qui pouvait faire passer du courrier clandestin. Il est vraisemblablement mort et Jacob regrette des reproches qu&rsquo;il a d\u00fb formuler \u00e0 son \u00e9gard, ignorant du sort de son camarade.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn7\" href=\"#_ftnref7\">[7]<\/a> Jacob semble bien parler d&rsquo;une nouvelle tentative d&rsquo;\u00e9vasion au travers de l&rsquo;image du s\u00e9jour \u00e0 la campagne.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn8\" href=\"#_ftnref8\">[8]<\/a> Jacob sera finalement acquitt\u00e9 le 22 novembre suivant.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn9\" href=\"#_ftnref9\">[9]<\/a> Le projet d&rsquo;\u00e9vasion dont parlait Jacob pr\u00e9c\u00e9demment semble avoir \u00e9chou\u00e9 ; la m\u00e9taphore de la difficult\u00e9 du commerce d\u00e9crit cet \u00e9chec, qui pourtant ne para\u00eet pas avoir de trop grandes cons\u00e9quences, cela aurait pu \u00eatre pire. Notons que Jacob d\u00e9double encore son personnage (Paul et Auguste) pour mieux brouiller la lecture de l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire (\u00c9lisabeth).<\/p>\n<p><a name=\"_ftn10\" href=\"#_ftnref10\">[10]<\/a> En fait, Ferrand sera condamn\u00e9, lors de l&rsquo;audience qui jugeait les faits survenus \u00e0 bord du <em>Maroni<\/em>, \u00e0 une ann\u00e9e de r\u00e9clusion suppl\u00e9mentaire pour sa tentative d&rsquo;\u00e9vasion.<\/p>\n<p><!--[if gte mso 9]><xml> Normal   0         21         false   false   false      FR   X-NONE   X-NONE <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 9]><xml> <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 10]>\n\n\n\n<style>\n \/* Style Definitions *\/\n table.MsoNormalTable\n\t{mso-style-name:\"Tableau Normal\";\n\tmso-tstyle-rowband-size:0;\n\tmso-tstyle-colband-size:0;\n\tmso-style-noshow:yes;\n\tmso-style-priority:99;\n\tmso-style-parent:\"\";\n\tmso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;\n\tmso-para-margin:0cm;\n\tmso-para-margin-bottom:.0001pt;\n\tmso-pagination:widow-orphan;\n\tfont-size:11.0pt;\n\tfont-family:\"Calibri\",\"sans-serif\";\n\tmso-ascii-font-family:Calibri;\n\tmso-ascii-theme-font:minor-latin;\n\tmso-hansi-font-family:Calibri;\n\tmso-hansi-theme-font:minor-latin;\n\tmso-fareast-language:EN-US;}\n<\/style>\n\n<![endif]--><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Instinct de survie\u00a0? 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