{"id":3902,"date":"2015-11-07T01:10:23","date_gmt":"2015-11-06T23:10:23","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=3902"},"modified":"2015-07-16T14:43:11","modified_gmt":"2015-07-16T12:43:11","slug":"le-mousse-et-les-requins","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2015\/11\/le-mousse-et-les-requins\/","title":{"rendered":"Le mousse et les requins"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob_libertaire_1-copier.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3903\" title=\"Le Libertaire n32 20 au 26 juin 1896\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob_libertaire_1-copier-124x300.jpg\" alt=\"\" width=\"125\" height=\"305\" \/><\/a>Mais qu&rsquo;allait-il faire dans cette gal\u00e8re\u00a0? Voir le monde qui n&rsquo;est pas beau\u00a0? Suivre le chemin trac\u00e9 par son alcoolique et boulanger de p\u00e8re\u00a0? Toujours est-il que nous ne savons pas grand-chose de la p\u00e9riode de navigation du jeune Jacob. Une majorit\u00e9 des b\u00e2timents sur lesquels il a travaill\u00e9 appartiennent \u00e0 la compagnie des <em>Messageries maritimes<\/em>. Rappelons \u00e9galement que Joseph Jacob a \u00e9galement \u0153uvr\u00e9 pour cette compagnie. Nous n&rsquo;avons pu d\u00e9couvrir les dossiers des Jacob, p\u00e8re et fils. Cela s&rsquo;explique ais\u00e9ment. Les archives priv\u00e9es de cette compagnie ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9truites, br\u00fbl\u00e9es dans les ann\u00e9es 1980, soit peu de temps apr\u00e8s la fusion (le 23 f\u00e9vrier 1977) entre les <em>Messageries Maritimes<\/em> et la <em>Compagnie G\u00e9n\u00e9rale Transatlantique<\/em>. Nous ne saurions m\u00eame presque rien\u00a0 si Alexandre Jacob, \u00e0 la fin de sa vie, ne s&rsquo;\u00e9tait pas confi\u00e9 \u00e0 Alain Sergent son premier biographe. Quelques informations transparaissent encore dans la correspondance que l&rsquo;honn\u00eate cambrioleur a pu entretenir avec sa m\u00e8re depuis le bagne, avec Jean Maitron en 1948 ou encore avec les \u00e9poux Passas entre 1951 et 1954. L&rsquo;adolescence d&rsquo;Alexandre Jacob donne ainsi \u00a0lieu \u00e0 de multiples interrogations, vite r\u00e9solues par une imagination d\u00e9bordante. L&rsquo;effet, autoris\u00e9 et aliment\u00e9 par l&rsquo;absence de source, permet d&rsquo;entrevoir une jeunesse extraordinaire et accr\u00e9dite l&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;une r\u00e9volte en gestation. Sur terre comme sur mer, l&rsquo;enfant puis l&rsquo;adolescent Jacob prendrait la mesure de la question sociale. Il y a peu Eric, webmestre du site <a href=\"http:\/\/www.ephemanar.net\/\"><em>l&rsquo;Eph\u00e9m\u00e9ride anarchiste<\/em><\/a>, a retrouv\u00e9 dans un num\u00e9ro du <em>Libertaire<\/em> pour l&rsquo;ann\u00e9e 1896 un article fort int\u00e9ressant et riche ici d&rsquo;enseignement. <em>L&rsquo;engrenage autoritaire<\/em> est sign\u00e9 &#8230; Alexandre Jacob. Un document totalement ind\u00e9dit. <!--more--><\/p>\n<p>Le jeune homme a 17 ans lorsqu&rsquo;il \u00e9crit aux \u00ab\u00a0camarades\u00a0\u00bb de Paris. Jacob est bien d\u00e8s cette \u00e9poque de sensibilit\u00e9 anarchiste. Il apporte son t\u00e9moignage sur les conditions de navigation qu&rsquo;il a pu subir cette ann\u00e9e. Le jeune mousse, ouvrier boulanger sur un navire jusqu&rsquo;ici inconnu de nous, doit subir l&rsquo;exploitation mercantile des placeurs aupr\u00e8s des compagnies de navigation et l&rsquo;autoritarisme de son capitaine apr\u00e8s avoir essuy\u00e9 une temp\u00eate qui aurait pu lui \u00eatre fatale. A n&rsquo;en point douter, le jeune gar\u00e7on d\u00e9veloppe ici une r\u00e9elle conscience politique. Son sens de la justice sociale y apparait particuli\u00e8rement aiguis\u00e9. C&rsquo;est vers 1896 que prend fin la p\u00e9riode maritime d&rsquo;Alexandre Jacob\u00a0; un an plus tard le militant au sein du groupe la <em>Jeunesse Internationale<\/em> participe \u00e0 Marseille \u00e0 l&rsquo;\u00e9laboration de l&rsquo;\u00e9ph\u00e9m\u00e8re journal <em>L&rsquo;Agitateur<\/em> &#8230; et se fait arr\u00eater pour fabrication d&rsquo;explosif. <em>Tout cela m&rsquo;aigrit, me r\u00e9volta<\/em>, \u00e9crit-il \u00e0 Jean Maitron en 1948.<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob_libertaire_2-copier.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3904\" title=\"Le Libertaire n32 20 au 26 juin 1896\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob_libertaire_2-copier-113x300.jpg\" alt=\"\" width=\"113\" height=\"300\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob_libertaire_2-copier-113x300.jpg 113w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob_libertaire_2-copier.jpg 181w\" sizes=\"(max-width: 113px) 100vw, 113px\" \/><\/a>Le Libertaire<\/strong><\/p>\n<p>N\u00b032, 20 au 26 juin 1896<\/p>\n<p><strong>Engrenage autoritaire<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;article sur la boulange, paru dans le num\u00e9ro 30 du Libertaire, relatant les exploi\u00adtations dont les ouvriers boulangers sont victimes \u00e0 Paris me donne l&rsquo;id\u00e9e de vous raconter sommairement les tribulations qui m&rsquo;ont accabl\u00e9 ces trois derniers mois.<\/p>\n<p>A Marseille comme \u00e0 Paris la corpora\u00adtion des boulangers est plac\u00e9e sous la cou\u00adpe des placeurs, gens sans aveu, moiti\u00e9 policiers s&rsquo;ils ne le sont tout \u00e0 fait, qui exploitent sans vergogne les ouvriers en qu\u00eate de travail.<\/p>\n<p>L&rsquo;un des plus connus de ces marchands de chair humaine est un nomm\u00e9 Carle, rue Beauveau, et voici comment il s&rsquo;y prend pour d\u00e9pouiller ses victimes : il s&rsquo;en\u00adtend avec les capitaines, les lieutenants des navires en partance, et ceux-ci ne vous acceptent que sur un mot de lui ; de cette fa\u00e7on, il peut exiger de vous les conditions les plus on\u00e9reuses. Etant le seul soutien de mes vieux parents, je fus oblig\u00e9 de pas\u00adser par ses fourches caudines. Il me re\u00e7ut cal\u00e9 sur un fauteuil moelleux, avec un air sournois et hypocrite et me dit de revenir le lendemain. J&rsquo;y courus de bonne heure, car le pain manquait \u00e0 la maison. Au bout d&rsquo;une heure il arriva : je lui montrai mes certificats et il me donna un embarquement \u00e0 bord d&rsquo;un charbonnier corse : la Foi, moyennant une somme de 25 francs vers\u00e9e d&rsquo;avance.<\/p>\n<p>Pendant le cours du voyage qui dura cinquante-six jours, nous f\u00fbmes assaillis par un grain ; le bateau se mit \u00e0 rouler d&rsquo;une belle mani\u00e8re, des masses d&rsquo;eau \u00e9taient jet\u00e9es sur le pont ; passant pr\u00e8s du compas, une vague faillit m&rsquo;enlever. Heu\u00adreusement que je me cramponnais \u00e0 la barre, mais dans ma lutte, je crevais le pa\u00adpier de la boussole. Pour cette avarie, in\u00adsignifiante du reste, le capitaine me frappa, m&rsquo;injuria, me punit s\u00e9v\u00e8rement. D&rsquo;apr\u00e8s lui, j&rsquo;aurais d\u00fb me laisser enlever par les flots.<\/p>\n<p>Ce n&rsquo;\u00e9tait pas fini.<\/p>\n<p>Peu de jours apr\u00e8s, nous arriv\u00e2mes \u00e0 Marseille et le capitaine qui s&rsquo;\u00e9tait entendu avec le n\u00e9grier Carle me dit : \u00ab Il vous re\u00advient 13 fr. 65 c., et les d\u00e9g\u00e2ts que vous avez caus\u00e9s \u00e0 la boussole s&rsquo;\u00e9l\u00e8vent \u00e0 16 fr. 35c.\u00bb Je lui redevais donc 2 fr. 70 c.<\/p>\n<p>Je voulus m&rsquo;expliquer ; il me signifia de me rendre avec lui chez le commissaire en chef de la marine. Devant cet officier \u00e0 cinq galons, j&rsquo;esp\u00e9rais pouvoir expliquer les faits. Aux premiers mots que je pronon\u00ad\u00e7ais, il m&rsquo;imposa silence, me demanda si je voulais payer l&rsquo;avarie de la boussole. &#8211; N&rsquo;ayant pas touch\u00e9 un sou pour mon sa\u00adlaire je r\u00e9pondis n\u00e9gativement. Alors il m&rsquo;infligea six jours de prison.<\/p>\n<p>Voil\u00e0, camarades, comment sont trait\u00e9s les ouvriers boulangers par les chefs de la marine, \u00e0 Marseille, et par le sieur Carle :<\/p>\n<p>Cinquante-six jours de travail \u00e0 l&rsquo;\u0153il et six jours de cellule, prison Chave, pour avoir voulu donner du pain \u00e0 mes parents et avoir emp\u00each\u00e9 la mer de m&rsquo;engloutir.<\/p>\n<p align=\"left\">Alexandre JACOB<\/p>\n<p><!--[if gte mso 9]><xml> <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 10]>\n\n\n\n<style>\n \/* Style Definitions *\/\n table.MsoNormalTable\n\t{mso-style-name:\"Tableau Normal\";\n\tmso-tstyle-rowband-size:0;\n\tmso-tstyle-colband-size:0;\n\tmso-style-noshow:yes;\n\tmso-style-priority:99;\n\tmso-style-parent:\"\";\n\tmso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;\n\tmso-para-margin:0cm;\n\tmso-para-margin-bottom:.0001pt;\n\tmso-pagination:none;\n\tfont-size:12.0pt;\n\tfont-family:\"Arial Unicode MS\",\"sans-serif\";\n\tmso-bidi-language:FR;}\n<\/style>\n\n<![endif]--><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mais qu&rsquo;allait-il faire dans cette gal\u00e8re\u00a0? 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