{"id":3883,"date":"2015-09-26T01:10:05","date_gmt":"2015-09-25T23:10:05","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=3883"},"modified":"2015-07-12T17:42:15","modified_gmt":"2015-07-12T15:42:15","slug":"premier-semestre-1910-aux-iles-du-salut","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2015\/09\/premier-semestre-1910-aux-iles-du-salut\/","title":{"rendered":"Premier semestre 1910 aux \u00eeles du Salut"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/boite-aux-lettres.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1182\" title=\"boite aux lettres\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/boite-aux-lettres-213x300.jpg\" alt=\"\" width=\"142\" height=\"200\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/boite-aux-lettres-213x300.jpg 213w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/boite-aux-lettres.jpg 283w\" sizes=\"(max-width: 142px) 100vw, 142px\" \/><\/a>Le 25 d\u00e9cembre 1908, avertis par le for\u00e7at Ferranti, Alexandre Jacob et Joseph Ferrand surprennent le bagnard Capeletti en train d&rsquo;essayer de les empoisonner avec du datura mis dans leur plat de lentilles. Ils le tuent. Le 5 octobre 1909, le Tribunal Maritime Sp\u00e9cial de Saint Laurent du Maroni condamne les deux hommes \u00e0 cinq ann\u00e9es de r\u00e9clusion. Sur le vapeur qui les ram\u00e8ne aux \u00eeles du Salut, le surveillant Bonal assassine le for\u00e7at Vinci d&rsquo;un coup de revolver tir\u00e9 \u00e0 bout portant. Ferrand tente alors de s&rsquo;\u00e9vader en se jetant \u00e0 l&rsquo;eau mais il est vite rattrap\u00e9. A leur retour, les deux hommes d\u00e9posent une plainte pour relater le crime dont ils ont \u00e9t\u00e9 t\u00e9moin. Le 13 mai 1910, le TMS confirme en appel la condamnation de Jacob et Ferrand qui avait \u00e9t\u00e9 cass\u00e9 le 3 d\u00e9cembre 1909. La peine de r\u00e9clusion est ramen\u00e9e \u00e0 deux ans. Jacob ne doit donc sortir des cachots de Saint Joseph qu&rsquo;en 1912. Si les lettres qu&rsquo;il adresse \u00e0 sa m\u00e8re sont manquantes pour les ann\u00e9es 1906 \u00e0 1909, celles du premier semestre 1910, largement cod\u00e9es, nous permettent de retrouver les cons\u00e9quences de l&rsquo;affaire Capeletti et de l&rsquo;affaire Vinci. Jacob croupit au fond de sa cellule. Il est malade mais il tient bon. Il lit, s&rsquo;inqui\u00e8te de la crue de la Seine, se moque de l&rsquo;id\u00e9e de sa m\u00e8re de venir le rejoindre en Guyane et, surtout, il pr\u00e9pare activement sa d\u00e9fense devant le TMS. Il demande l&rsquo;activation les r\u00e9seaux de soutien car Barrabas, alias Julien, alias Jacob, tient toujours \u00e0 fausser compagnie \u00e0 ses ge\u00f4liers. L&rsquo;affaire Madelon avorte en mai 1910. L&rsquo;Administration P\u00e9nitentiaire a mis la main sur deux boites de sardines \u00e9trangement lourdes. Elles contenaient deux revolvers. Les boites \u00e9taient adress\u00e9es au for\u00e7at lib\u00e9r\u00e9 Fau, nom de code Madelon. Jacob ne sera jamais inqui\u00e9t\u00e9 pour cet envoi d\u00e9lictueux. Ce n&rsquo;est que partie remise pour le matricule 34777, un des plus mauvais sujets du bagne parait-il.<!--more--><\/p>\n<p><strong>18 janvier 1910<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00cele Royale<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ch\u00e8re maman,<\/strong><\/p>\n<p>Tu as fait erreur toi-m\u00eame ou bien t&rsquo;y a-t-on induite. Ce n&rsquo;est pas le 10 d\u00e9cembre que la Cour de cassation a statu\u00e9 mais bien le 3. J&rsquo;en ai \u00e9t\u00e9 avis\u00e9 officiellement le 2 janvier, soit seize jours avant la r\u00e9ception de ta ch\u00e8re lettre. Pourquoi te donnes-tu tant de peine, pourquoi fais-tu tant de d\u00e9marches ? Vraiment je me le demande. Tu te rends malade, tu perds ton temps inutilement car si la solution a \u00e9t\u00e9 affirmative, c&rsquo;est tout simplement que ces messieurs n&rsquo;ont pu faire autrement. \u00c0 cet \u00e9gard que te dirai-je ? Que je ne connais pas les motifs de cassation ; l&rsquo;arr\u00eat ne nous a pas \u00e9t\u00e9 lu ; que je ne sais si l&rsquo;instruction se refera ou si nous repara\u00eetrons sans autre formalit\u00e9. Mais je ne tarderai pas \u00e0 \u00eatre inform\u00e9 de ces choses, et, quoi qu&rsquo;il en soit, crois bien que j&rsquo;attends les \u00e9v\u00e9nements de pied ferme surtout si, comme je l&rsquo;esp\u00e8re, je re\u00e7ois le code maritime \u00e0 la fin de ce mois. Il n&rsquo;y a rien de tel que d&rsquo;\u00eatre bien instruit des choses pour les bien discuter.<\/p>\n<p>Alors la situation de Lucien promet de s&rsquo;am\u00e9liorer<a name=\"_ftnref1\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a> ? Tant mieux. J&rsquo;attends le courrier anglais pour mieux conna\u00eetre et appr\u00e9cier les nouvelles que tu m&rsquo;as annonc\u00e9es. Pour la milli\u00e8me fois, je t&rsquo;engage \u00e0 ne pas te mettre martel en t\u00eate lorsque les choses ne vont pas \u00e0 ton gr\u00e9. Il ne faut jamais se buter contre l&rsquo;impossible. Une chose ne r\u00e9ussit pas ? eh bien, on en choisit une autre, voil\u00e0 tout. Soigne-toi bien et ne te chagrine pas pour rien.<\/p>\n<p><strong><em>28 janvier<\/em><\/strong><\/p>\n<p>J&rsquo;ai tout re\u00e7u ce que tu m&rsquo;as envoy\u00e9 au courrier anglais : chocolat, p\u00e2te de coings, plumes, cahiers et crayons en couleur (je les ai donn\u00e9s \u00e0 Joseph<a name=\"_ftnref2\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>) ainsi que les cinq volumes de Diderot. Aurai-je le code de justice maritime au courrier fran\u00e7ais ? Je l&rsquo;esp\u00e8re. J&rsquo;en ai un pressant besoin.<\/p>\n<p>Toujours rien de nouveau \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de notre affaire. J&rsquo;ai bien \u00e9crit \u00e0 mon d\u00e9fenseur, mais il ne m&rsquo;a pas encore r\u00e9pondu. Le chef du parquet de la justice sp\u00e9ciale se promet-il de nous faire recompara\u00eetre \u00e0 la prochaine session du tribunal maritime qui doit avoir lieu dans le courant du mois d&rsquo;avril ? Je l&rsquo;ignore ; mais ce que je sais mieux, par exemple, c&rsquo;est que nous ne repara\u00eetrons pas sans qu&rsquo;une nouvelle information ait eu lieu, de fa\u00e7on \u00e0 pouvoir \u00e9claircir certains points qui \u00e9taient demeur\u00e9s obscurs. Si la Cour supr\u00eame, faute d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments pr\u00e9cis, patents, n&rsquo;a pu faire d&rsquo;elle-m\u00eame la d\u00e9nonciation en forfaiture, je te promets qu&rsquo;\u00e0 la prochaine, elle se trouvera mieux \u00e9clair\u00e9e. Les preuves dissiperont ses doutes. Il est certain que tout cela va nous allonger la dur\u00e9e d\u00e9j\u00e0 fort longue de la pr\u00e9vention ; qu&rsquo;importe. Nous ne sortons pas au travail dans l&rsquo;\u00eele ; mais depuis quelques jours nous sommes employ\u00e9s \u00e0 la corv\u00e9e de propret\u00e9 des cellules. Cela nous permet de respirer un peu plus copieusement et de nous d\u00e9gourdir les membres rouill\u00e9s par l&rsquo;inaction ; en outre, nous touchons une ration de caf\u00e9 chaque matin.<\/p>\n<p>Je suis \u00e0 me demander si j&rsquo;en gu\u00e9rirai des suites de cet empoisonnement. Je viens de subir, je subis encore pour mieux dire une rechute de rectite comme je n&rsquo;en avais encore jamais ressentie. En ce moment, je suis un r\u00e9gime di\u00e9t\u00e9tique s\u00e9v\u00e8re et une m\u00e9dication&#8230; plus s\u00e9v\u00e8re encore. Le m\u00e9decin-major m&rsquo;a assur\u00e9 que \u00e7a me gu\u00e9rirait. S&rsquo;il pouvait dire vrai ! De fait, depuis trois jours de r\u00e9gime, je me sens un peu mieux ; la fi\u00e8vre a disparu; les garde-robes sont plus rares bien que toujours sanguinolentes. Il faut dire aussi que le mal est tellement inv\u00e9t\u00e9r\u00e9 qu&rsquo;il ne se peut d\u00e9truire d&rsquo;un seul coup. Enfin j&rsquo;ai la conviction d&rsquo;\u00eatre, non pas seulement soulag\u00e9, mais compl\u00e8tement gu\u00e9ri dans quelques jours si je continue \u00e0 recevoir des soins. J&rsquo;y prends peine.<\/p>\n<p><strong><em>31 janvier<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Ta lettre de fin d&rsquo;ann\u00e9e m&rsquo;a \u00e9t\u00e9 remise avant-hier ; mais j&rsquo;\u00e9tais si d\u00e9prim\u00e9 par les effets de la m\u00e9dication qui m&rsquo;est prescrite que je n&rsquo;ai pas eu la force d&rsquo;y r\u00e9pondre aussit\u00f4t. Cela n&rsquo;y fait rien, en somme, puisque le dernier d\u00e9lai est le premier du mois.<\/p>\n<p>Je le pressentais bien que tu \u00e9tais malade ; cela se sentait \u00e0 te lire. Enfin si tu vas mieux en ce moment, si tu es tout \u00e0 fait r\u00e9tablie comme tu me l&rsquo;assures, c&rsquo;est encore heureux. C&rsquo;est que c&rsquo;est grave une congestion. Il te faut prendre des soins, ma bien bonne, suivre un r\u00e9gime ; sinon tu pourrais rechuter. Tu n&rsquo;as pas eu raison de me le cacher. En toute chose, j&rsquo;estime qu&rsquo;il vaut mieux savoir la v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>Je suis de ton avis pour Lucien. Il est certain que, pr\u00e9sentement, sa situation s&rsquo;est am\u00e9lior\u00e9e. Le nuage qui l&rsquo;obscurcissait a \u00e9t\u00e9 dissip\u00e9 par le soleil de la capitale. Cependant il lui reste beaucoup \u00e0 faire ; il lui faut lutter contre de fortes puissances. Sera-t-il vainqueur ? Je le lui souhaite. Dans ta prochaine tu me l&rsquo;apprendras.<\/p>\n<p>De mon c\u00f4t\u00e9, bien que le jugement soit cass\u00e9, il ne faut pas que j'[<em>illisible<\/em>] sur ce r\u00e9sultat. J&rsquo;ai pr\u00e9par\u00e9 tout un plan de d\u00e9fense de fa\u00e7on \u00e0 ce que la v\u00e9rit\u00e9 se manifeste en ses moindres d\u00e9tails. Et tout ce travail c\u00e9r\u00e9bral m&rsquo;est bien p\u00e9nible en ce moment tant je suis d\u00e9bilit\u00e9. Mais cela ne me durera pas ; j&rsquo;ai tout un mois pour me gu\u00e9rir et me reposer.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai bien un avocat, mais j&rsquo;aime mieux ne m&rsquo;en fier qu&rsquo;\u00e0 moi-m\u00eame ; je suis ainsi plus s\u00fbr du succ\u00e8s. C&rsquo;est pour cela que j&rsquo;aurais tenu \u00e0 recevoir au plus t\u00f4t le code de justice maritime. Mais comme tu ne m&rsquo;en parles pas dans ta lettre, tu l&rsquo;as oubli\u00e9 ou peut-\u00eatre qu&rsquo;\u00e9tant malade tu n&rsquo;as pas pu aller l&rsquo;acheter.<\/p>\n<p>Je comprends toute la peine que tu te donnes avec ces demandes chez l&rsquo;un, chez l&rsquo;autre ; elles te sont dict\u00e9es par le d\u00e9vouement ; tu crois bien faire. Cependant il ne faut pas t&rsquo;illusionner. On te consolera ; on t&rsquo;accablera de pr\u00e9venances ; on te noiera sous un torrent de promesses. C&rsquo;est tout. Mais quant \u00e0 t&rsquo;accorder un concours effectif, n&rsquo;y compte pas. L&rsquo;homme descend du singe et le plus grimacier n&rsquo;est pas celui qui vit au fond des bois. Ne te tracasse plus pour cela, va, ma bien bonne ; je me sens de force \u00e0 mener cette affaire tout seul, sans protection aucune. Ce n&rsquo;est pas tant d&rsquo;avoir la v\u00e9rit\u00e9 pour soi ; il faut encore prouver que c&rsquo;est une v\u00e9rit\u00e9 ; et cela, il n&rsquo;y a que moi qui le puisse faire. Je comptais recevoir une lettre de notre d\u00e9fenseur aujourd&rsquo;hui, mais mon attente a \u00e9t\u00e9 d\u00e9\u00e7ue. De sorte que je ne connais pas encore les consid\u00e9rants de l&rsquo;arr\u00eat, et ne les conna\u00eetrai que dans un mois, lors de mon arriv\u00e9e \u00e0 Saint-Laurent. Je ne pense pas y \u00eatre transf\u00e9r\u00e9 avant plus tard peut-\u00eatre.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai fait erreur pour S\u00e9vine ? Tant mieux. C&rsquo;est l\u00e0 une question \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de laquelle il est pr\u00e9f\u00e9rable de se tromper que de tomber juste. C&rsquo;est Rose qui serait heureuse de voir Yvonne aussi grandie ! S&rsquo;en souvient-elle de sa tante ? Il faut le croire car son affection pour elle \u00e9tait r\u00e9ellement sinc\u00e8re : elle l&rsquo;aimait autant que sa m\u00e8re. Tu as raison, va ; quand tu le peux, fais-lui quelques gentillesses. Qu&rsquo;elle profite de son jeune \u00e2ge ; plus tard, la loi de la n\u00e9cessit\u00e9 lui fera toujours trop cruellement conna\u00eetre les d\u00e9sillusions de la vie. Qui sait si elle vivra seulement jusqu&rsquo;\u00e0 25 ans ? J&rsquo;en doute. Elle a une tare physiologique qui pardonne rarement. Et son d\u00e9veloppement pr\u00e9matur\u00e9, sa pr\u00e9cocit\u00e9 physique sont des sympt\u00f4mes plut\u00f4t alarmants qu&rsquo;heureux.<\/p>\n<p>Pour ne pas changer, je vais encore te demander quelque chose ; mais avant de me l&rsquo;envoyer tu te renseigneras. Comme tous les malades, je ne sais plus quel rem\u00e8de essayer pour \u00e9viter le retour de mon affection. L&rsquo;intoxication a produit une rectite (c&rsquo;est une maladie intestinale) et j&rsquo;ai id\u00e9e que les comprim\u00e9s Vichy-C\u00e9lestins ou autres sources me feraient du bien. Adresse-toi \u00e0 l&rsquo;un de nos amis docteurs et si son opinion est affirmative tu m&rsquo;en adresseras une bo\u00eete par la poste. En ce moment, je suis \u00e0 la di\u00e8te (2 litres de lait par jour) et je prends des lavements au permanganate de potasse. Tu ne peux croire les douleurs qu&rsquo;ils me produisent. C&rsquo;est intol\u00e9rable. Il faut une volont\u00e9 peu commune et un vif d\u00e9sir de gu\u00e9rir pour les supporter. Si \u00e7a doit vraiment me gu\u00e9rir, le mal n&rsquo;est pas grand; mais aussi si \u00e7a ne fait que me soulager, c&rsquo;est ce qu&rsquo;on peut appeler souffrir pour le roi de Prusse. \u00c0 ma prochaine j&rsquo;esp\u00e8re pouvoir t&rsquo;annoncer ma compl\u00e8te gu\u00e9rison.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai attendu jusqu&rsquo;au dernier moment pour terminer ma lettre et j&rsquo;ai bien fait. Je puis ainsi te dire que je vais un peu mieux ; cette journ\u00e9e je n&rsquo;ai presque pas eu de douleurs intestinales. D&rsquo;ici huit jours je compte bien \u00eatre r\u00e9tabli. Ce ne serait pas trop t\u00f4t !<\/p>\n<p>Amiti\u00e9s sinc\u00e8res aux camarades et mes plus tendres et affectueuses caresses \u00e0 toi,<\/p>\n<p>Alexandre<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/iles-du-salut.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-248\" title=\"iles-du-salut\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/iles-du-salut-300x131.jpg\" alt=\"Vue des \u00eeles du Salut\" width=\"197\" height=\"86\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/iles-du-salut-300x131.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/iles-du-salut.jpg 320w\" sizes=\"(max-width: 197px) 100vw, 197px\" \/><\/a>22 f\u00e9vrier 1910<\/strong><\/p>\n<p><strong>Lettre intercept\u00e9e par l&rsquo;administration<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ma bien bonne,<\/strong><\/p>\n<p>Je ne sais pas encore quand je d\u00e9camperai d&rsquo;ici. Je verrai \u00e0 la fin de ce mois. En pr\u00e9vision je fais toujours ma lettre, je la donnerai \u00e0 quelqu&rsquo;un avec mission de la remettre \u00e0 Andr\u00e9 qui te la fera parvenir.<\/p>\n<p>\u00c0 te parler franchement, la situation n&rsquo;est pas tr\u00e8s rose, mais n\u00e9anmoins elle n&rsquo;est pas tout \u00e0 fait noire. Tu n&rsquo;aurais pas pu te figurer que je te dirais cela. Je vais te faire un tableau v\u00e9ridique du couvent et tu en jugeras par toi-m\u00eame.<\/p>\n<p>Commen\u00e7ons par la sant\u00e9. Je te dirai que je suis bien portant, mais robuste serait exag\u00e9r\u00e9. Ces quinze mois de cellule<a name=\"_ftnref3\" href=\"#_ftn3\">[3]<\/a>, d&rsquo;une part, et le poison<a name=\"_ftnref4\" href=\"#_ftn4\">[4]<\/a>, de l&rsquo;autre, m&rsquo;ont fort d\u00e9prim\u00e9. Mais enfin je tiens debout, et si j&rsquo;arrivais \u00e0 pouvoir changer de marmite, je me rel\u00e8verais facilement.<\/p>\n<p>Aujourd&rsquo;hui ce serait une folie de compter pouvoir arriver avec les moyens que j&rsquo;essayais jusqu&rsquo;ici. Depuis quatre ans le bagne a chang\u00e9. Autant c&rsquo;\u00e9tait facile, possible, quand je suis arriv\u00e9, autant c&rsquo;est difficile, pour ainsi dire impossible, maintenant. Je parle des Trois-Roses<a name=\"_ftnref5\" href=\"#_ftn5\">[5]<\/a>, bien s\u00fbr. On a \u00e9lev\u00e9 des murs de ronde, on a tripl\u00e9 la garde, on a mis des chiens partout. Bref, c&rsquo;est une v\u00e9ritable forteresse. Il y a bien quelques coins encore o\u00f9 ce serait facile avec de l&rsquo;\u00e9nergie, de l&rsquo;audace mais on ne me place pas l\u00e0-bas, donc ce n&rsquo;est pas la peine d&rsquo;en causer. Il ne me reste que deux moyens, le premier c&rsquo;est celui que je t&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 indiqu\u00e9, le microbe, l&rsquo;autre serait d&rsquo;acheter un [<em>illisible<\/em>] avec des faux billets de banque. Mais ce sont les relations, les connaissances qu&rsquo;il faut avoir surtout pour se les procurer pour rien. Renseigne-toi et si tu ne peux pas arriver \u00e0 te procurer ou l&rsquo;un ou l&rsquo;autre, il ne faut pas te d\u00e9sesp\u00e9rer pour cela.<\/p>\n<p>De mon c\u00f4t\u00e9 je ne reste pas inactif. Je pr\u00e9pare par ci, je projette par l\u00e0. Tu peux croire que si je n&rsquo;arrive pas, ce ne sera pas de ma faute. Quant au microbe, j&rsquo;ai r\u00e9fl\u00e9chi et je comprends qu&rsquo;il te sera malais\u00e9 de le trouver. Que veux-tu, contre l&rsquo;impossible il n&rsquo;y a rien \u00e0 faire. Il ne faut pas te chagriner. Je sais, p\u00e9ca\u00efre !, que tu fais tout ce que tu peux. \u00c7a m&#8217;emb\u00eate m\u00eame de te donner tant de tracas. Car tu as besoin de repos, surtout que tu es peut-\u00eatre plus mal fichue que moi. Si des fois tu ne savais pas o\u00f9 aller pour trouver le microbe, je peux te renseigner \u00e0 quel endroit tu le trouveras s\u00fbrement. C&rsquo;est \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital Saint-Louis \u00e0 Paris ; l\u00e0 se trouve un petit cabanon habit\u00e9 par deux qui ont le mal. L&rsquo;un y est depuis vingt ans au moins, l&rsquo;autre \u00e0 peu pr\u00e8s autant. De sorte que par l&rsquo;interm\u00e9diaire de quelqu&rsquo;un, un interne peut fournir ce qu&rsquo;il faut. Si tu vas voir Sebat<a name=\"_ftnref6\" href=\"#_ftn6\">[6]<\/a> ou Charles<a name=\"_ftnref7\" href=\"#_ftn7\">[7]<\/a>, dis-leur qu&rsquo;ils fassent l&rsquo;impossible, que j&rsquo;en suis arriv\u00e9 \u00e0 user de ce moyen pour me donner tout entier \u00e0 la r\u00e9volte, pour pouvoir te servir, t&rsquo;aider et pour arranger tout ce qu&rsquo;on nous fait souffrir ici.<\/p>\n<p>Derni\u00e8rement tu me dis, ma bonne, de penser \u00e0 employer A. Dumas; j&rsquo;y pense, mais avant que mon temps soit fini, j&rsquo;ai le temps de mourir vingt fois. Il lui reste encore un an \u00e0 faire, et puis qui sait si une fois qu&rsquo;il aura chang\u00e9 de milieu, il y pensera encore. Et si m\u00eame en y pensant, il sera en mesure de faire face aux besoins. Non, va, le mieux et le plus s\u00fbr est de ne compter que sur nous autres. Ainsi nous y verrons plus clair, nous savons \u00e0 quoi nous en tenir. Le principal est d&rsquo;aller doucement, d&rsquo;agir prudemment et secr\u00e8tement de fa\u00e7on \u00e0 ce qu&rsquo;Octave<a name=\"_ftnref8\" href=\"#_ftn8\">[8]<\/a> ne sache rien. Si tu penses arriver \u00e0 d\u00e9couvrir cette petite b\u00eate, tu verras que nous les roulerons comme il faut.<\/p>\n<p>L&rsquo;autre moyen, celui de la galette, serait bon aussi mais il demanderait plus de complications, plus de temps, plus de d\u00e9marches qui pourraient bien ne pas aboutir. Tu peux me comprendre. Quant \u00e0 mon affaire, je ne connais pas encore la teneur de l&rsquo;arr\u00eat, on refuse de m&rsquo;en donner connaissance. Mais il faut que je m&rsquo;attende \u00e0 \u00eatre de nouveau condamn\u00e9 malgr\u00e9 que tout le droit et toute la v\u00e9rit\u00e9 soient pour moi. Avec le code que tu m&rsquo;as envoy\u00e9, je me d\u00e9fendrai plus \u00e0 l&rsquo;aise ; j&rsquo;ai appris ainsi tout un tas de choses que je ne savais pas. C&rsquo;est pour cela que j&rsquo;aurais voulu aussi recevoir le code maritime. Je suis tr\u00e8s contrari\u00e9 de ne pas l&rsquo;avoir re\u00e7u. Si je le re\u00e7ois avant de passer en jugement, il me sera d&rsquo;une grande utilit\u00e9.<\/p>\n<p>Depuis aujourd&rsquo;hui je vais fort mieux, je me sens bien gaillard. J&rsquo;en profite pour pr\u00e9parer ma d\u00e9fense, \u00e9crire une d\u00e9nonciation en forfaiture contre le surveillant-chef Raymond<a name=\"_ftnref9\" href=\"#_ftn9\">[9]<\/a>. Je l&rsquo;enverrai au ministre imm\u00e9diatement apr\u00e8s le jugement. Si tu peux, tu feras appuyer par les personnes qui s&rsquo;int\u00e9ressent \u00e0 l&rsquo;affaire. Si on accepte mes dires, on le mettra en jugement, lui, et le n\u00f4tre sera cass\u00e9 encore une fois. Du matin au soir, j&rsquo;\u00e9tudie le code et j&rsquo;en connais autant qu&rsquo;un avocat. Il ne faut pas abuser de la correspondance en mots cod\u00e9s, n&rsquo;en usons que pour ce que tu ne peux pas expliquer sur la lettre. Tu m&rsquo;as parl\u00e9 de Clichy, mais je n&rsquo;ai pas compris ce que tu as voulu me dire, c&rsquo;est peut-\u00eatre une nouvelle adresse de tante<a name=\"_ftnref10\" href=\"#_ftn10\">[10]<\/a>. Quant \u00e0 tante Madeleine, c&rsquo;est un bonheur que tu n&rsquo;aies pas pu [illisible] ; apr\u00e8s la condamnation les langues ont march\u00e9 et j&rsquo;ai fini par savoir le fin mot.<\/p>\n<p>Voici l&rsquo;histoire : depuis mon arriv\u00e9e, j&rsquo;avais un coll\u00e8gue du nom de Bessolo. Fais bien attention au chiffre du milieu [<em>illisible<\/em>]. Ne t&rsquo;y trompe pas. Comme je le supposais capable de quelque chose, je l&rsquo;avais toujours combl\u00e9 de pr\u00e9venances. Au moment en question, il marchait avec nous autres ; un de ses amis, le nomm\u00e9 Verniori, \u00e9tait aussi avec nous autres. Nous avions confiance en eux comme en nous, et bien ce sont eux deux avec un nomm\u00e9 Vinci, \u00e0 qui nous avions toujours fait de bonnes mani\u00e8res, qui nous ont empoisonn\u00e9s et vol\u00e9s. Ensuite, de peur que nous venions \u00e0 le savoir, ils ont donn\u00e9 10 francs \u00e0 ce malheureux ignorant, que j&rsquo;ai tu\u00e9<a name=\"_ftnref11\" href=\"#_ftn11\">[11]<\/a> en le prenant sur le fait de nous empoisonner tout \u00e0 fait une seconde fois, pour ne plus rien craindre de notre part. Crois-tu qu&rsquo;il faille \u00eatre canaille et inf\u00e2me : voil\u00e0 les hommes qu&rsquo;il y a au bagne. J&rsquo;avais tellement confiance en eux qu&rsquo;il a fallu qu&rsquo;on me mette les preuves en main pour que je le croie.<\/p>\n<p>Mais je t&rsquo;assure que je leur ferai payer. Je ne te dis pas d&rsquo;adresser le m\u00eame colis<a name=\"_ftnref12\" href=\"#_ftn12\">[12]<\/a> qu&rsquo;\u00e0 Madelon<a name=\"_ftnref13\" href=\"#_ftn13\">[13]<\/a>, j&rsquo;ai compris que c&rsquo;\u00e9tait peut-\u00eatre cela qui m&rsquo;avait fait tomber malade, mais je vais te dire de faire quelque chose. \u00c9coute-moi bien, depuis qu&rsquo;ils ont cet argent, ces trois coquins se sont mis bien avec l&rsquo;administration, ils suivent la bonne conduite pour se faire d\u00e9sinterner de fa\u00e7on \u00e0 m&rsquo;\u00e9chapper. S&rsquo;ils r\u00e9ussissent, ils jouiront de la vie aux d\u00e9pens de la mienne ; si je les tue, ils ne souffriront plus. Je me vengerai davantage en les faisant rester o\u00f9 ils sont, en renversant leur combinaison. C&rsquo;est pour cela que je voudrais que tu envoies \u00e0 Bessolo et \u00e0 Verniori un petit colis \u00e0 chacun. Envoie-le de Marseille et mets-y deux ou trois [<em>illisible<\/em>] et quelques pi\u00e8ces de 10 francs, fausses, avec un petit bout de lettre bien arrang\u00e9e, leur disant que pour cela il faut du temps, que son coll\u00e8gue ne peut pas leur renvoyer les faux papiers qu&rsquo;on te demande, mais que tu ne les oublies pas et que, d\u00e8s que tu pourras, tu leur enverras de la m\u00eame fa\u00e7on. Dis-leur aussi que tu as re\u00e7u les lettres qu&rsquo;ils ont fait mettre \u00e0 la poste par un lib\u00e9r\u00e9. Comme tous deux sont de la m\u00eame affaire, et qu&rsquo;ils ne se quittent pas, sur la lettre parle \u00e0 l&rsquo;un et \u00e0 l&rsquo;autre. Arrange tout dans un colis de fa\u00e7on que cela semble cach\u00e9, et de mani\u00e8re cependant que cela ne puisse passer inaper\u00e7u. Ainsi ils ne seront jamais d\u00e9sintern\u00e9s et l&rsquo;infamie qu&rsquo;ils m&rsquo;ont faite ne leur servira de rien.<\/p>\n<p>Dans tout cela il ne faut pas qu&rsquo;il y ait un seul mot \u00e9crit de ta main, car il y aura des recherches. \u00c0 la poste, il faudra aussi donner une fausse adresse. Maintenant si tu ne peux pas le faire partir de Marseille, sur le billet tu leur dis que tu es oblig\u00e9e de quitter Marseille pour te procurer ce que tu envoies, et tu me feras savoir, en sous-entendu (nous appellerons cela le mariage de Madelon), si tu peux faire ce que je te dis. Quant \u00e0 la mani\u00e8re, comme c&rsquo;est un [<em>illisible<\/em>], je me charge de lui jouer le m\u00eame tour moi-m\u00eame; tu n&rsquo;as pas \u00e0 t&rsquo;en occuper.<\/p>\n<p>Si, des fois, avec les camarades tu ne pouvais pas te procurer de fausses pi\u00e8ces, tu les remplaceras par des faux papiers d&rsquo;identit\u00e9. Ce sera pareil. Fais cela sans te faire de mauvais sang, en t&rsquo;amusant. Quant au dernier cas, les papiers, l&rsquo;un a 26 et l&rsquo;autre 24 ans \u00e0 peu pr\u00e8s.<\/p>\n<p>Pour la petite b\u00eate, rien de chang\u00e9. Il faut toujours s&rsquo;adresser \u00e0 celui qui a \u00e9crit tant d&rsquo;ouvrages et toujours de la m\u00eame fa\u00e7on que je t&rsquo;ai dit. Surtout tant que je ne te demande rien, ne m&rsquo;envoie jamais ni grosses ni petites photographies ou vues de Saint-Louis. \u00c0 ce propos est-ce vrai qu&rsquo;il y avait deux livres et demi avec les Fr\u00e8res Rabatin ? On me l&rsquo;a dit mais je ne le crois pas possible car je t&rsquo;avais bien recommand\u00e9 de ne rien y mettre. Alors si c&rsquo;\u00e9tait vrai ce serait le comble du malheur ! Aujourd&rsquo;hui, un courrier est arriv\u00e9 et je n&rsquo;ai ni lettre ni colis. Je m&rsquo;\u00e9tonne, il faut que j&rsquo;esp\u00e8re un bon courrier fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Je garde encore un peu de place au cas o\u00f9 j&rsquo;aurais encore quelque chose \u00e0 te dire.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 un autre courrier et toujours rien. Nous sommes le 25. J&rsquo;attends le 28 ou le 1<sup>er<\/sup> pour voir si je recevrai le code de justice maritime. J&rsquo;en ai fort besoin. On m&rsquo;a averti que nous partirions \u00e0 Saint-Laurent le 2 ou le 5. Mais \u00e9cris-moi toujours aux \u00eeles.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s r\u00e9flexion, j&rsquo;ai pens\u00e9 qu&rsquo;il te serait plus facile de faire tout simplement recopier un billet plut\u00f4t que de le composer toi-m\u00eame. C&rsquo;est pour cela que je l&rsquo;ai \u00e9crit \u00e0 l&rsquo;encre rouge et je le joins \u00e0 cette lettre. Ce te sera plus ais\u00e9. Tu feras l&rsquo;exp\u00e9dition le plus t\u00f4t possible.<\/p>\n<p><strong><em>Le 28 f\u00e9vrier<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Ma sant\u00e9 va de mieux en mieux. Accuse-moi r\u00e9ception de la lettre,<\/p>\n<p>Alexandre<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/r-clusion-640x480.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1867\" title=\"Les b\u00e2timents de la r\u00e9clusion par Laurent Maffre\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/r-clusion-640x480-300x284.jpg\" alt=\"\" width=\"184\" height=\"174\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/r-clusion-640x480-300x284.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/r-clusion-640x480.jpg 507w\" sizes=\"(max-width: 184px) 100vw, 184px\" \/><\/a>2 mars 1910<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00celes du Salut<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ma pauvre maman,<\/strong><\/p>\n<p>Je ne suis pas parti, comme tu le vois ; ce sera pour le 10 ou le 11, peut-\u00eatre pour le 18 ou le 20, comme tout aussi bien pour le mois prochain. Ma foi ! peu m&rsquo;importe. Attendre pour attendre, j&rsquo;aime encore mieux rester en pr\u00e9vention aux \u00eeles qu&rsquo;\u00e0 Saint-Laurent o\u00f9 je suis contraint de dormir le pied aux fers.<\/p>\n<p>Hier apr\u00e8s-midi j&rsquo;ai re\u00e7u un t\u00e9l\u00e9gramme de notre d\u00e9fenseur, Me Hersil, m&rsquo;avisant qu&rsquo;il prendrait copie au greffe du parquet de la justice sp\u00e9ciale de l&rsquo;arr\u00eat de la Cour de cassation, afin de me l&rsquo;exp\u00e9dier. Il sera temps ce me semble ; il y a d\u00e9j\u00e0 deux mois que je devrais en avoir connaissance. Si tu savais les d\u00e9marches qu&rsquo;il m&rsquo;a fallu faire pour obtenir satisfaction !&#8230; Enfin, mieux vaut tard que jamais.<\/p>\n<p>Maintenant que j&rsquo;ai \u00e9puis\u00e9 tout mon stock de nouvelles, parlons un peu de toi, ma bien bonne, et de celles que tu m&rsquo;as annonc\u00e9es toi-m\u00eame. Que te dirai-je de ce malheur monstre<a name=\"_ftnref14\" href=\"#_ftn14\">[14]<\/a> qui a endeuill\u00e9 Paris et m\u00eame quelques d\u00e9partements ? Pas grand-chose. C&rsquo;est triste, affreusement triste, pour les d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9s surtout, qui dans toutes les calamit\u00e9s sont toujours les premi\u00e8res et les plus nombreuses des victimes ; mais c&rsquo;\u00e9tait in\u00e9vitable quoi qu&rsquo;on puisse d\u00e9biter \u00e0 cet \u00e9gard. Que peut l&rsquo;\u00eatre, homme ou animal, contre l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment en fureur ? Rien. On ne peut pas en dire autant des fl\u00e9aux sociaux, lesquels sont l&rsquo;oeuvre de la m\u00e9chancet\u00e9 des hommes. Ceux-l\u00e0 ne sont pas in\u00e9luctables pourtant ; on pourrait les \u00e9viter, les emp\u00eacher. La v\u00e9rit\u00e9 est qu&rsquo;on les suscite, au contraire, de sorte que pour les malheureux, la vie est une continuelle inondation. \u00c7a dure des si\u00e8cles au lieu de quelques jours ; l\u00e0 seulement est la diff\u00e9rence. Esp\u00e9rons avec confiance qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;avenir il n&rsquo;y aura plus de sinistr\u00e9s, dans le sens que nous l&rsquo;entendons.<\/p>\n<p>Avec la temp\u00e9rature froide et humide que Paris a subie ces mois \u00e9coul\u00e9s, il faut le dire, avec les imprudences que tu as d\u00fb commettre, je ne m&rsquo;\u00e9tonne plus que tu aies eu une congestion pulmonaire. Pauvre femme! t&rsquo;en ai-je donn\u00e9 du tracas et cela, je l&rsquo;avoue, sans trop m&rsquo;en rendre compte. Lorsque je te disais, va voir telle personne, va consulter telle autre, je ne me rendais pas compte que tu serais oblig\u00e9e de perdre un temps qu&rsquo;\u00e0 la coutume et par n\u00e9cessit\u00e9 tu emploies plus pr\u00e9cieusement. Excuse-moi, ma bien bonne ; depuis sept ans que je suis enterr\u00e9 vivant, j&rsquo;ai pour ainsi dire perdu les notions de la vie sociale ; ce n&rsquo;est que par ce que tu m&rsquo;as \u00e9crit que j&rsquo;ai enfin compris combien j&rsquo;\u00e9tais responsable de l&rsquo;affection qui a failli te terrasser, toi pourtant si \u00e9nergique, si robuste. Je veux bien croire que tu ailles mieux. Mais ce n&rsquo;est pas une raison, notamment \u00e0 la saison o\u00f9 nous sommes encore, de courir Paris et \u00e0 la prime aube et bien apr\u00e8s le coucher du soleil, lorsqu&rsquo;il y a eu du soleil. Les soir\u00e9es surtout sont tr\u00e8s humides et une rechute est vite arriv\u00e9e. Prends bien garde de ne pas prendre froid. Il en faut si peu ! Permets-moi une remarque. Vraiment, je ne te comprends pas. Tu as \u00e0 faire dans le 17e et tu vas te loger dans le 11e. De sorte qu&rsquo;il te faut ainsi traverser tout Paris au moins deux fois par jour. Il en r\u00e9sulte un surcro\u00eet de fatigue et une perte de temps. \u00c0 moins de raisons que je ne connais pas et qui peuvent \u00eatre excellentes, je ne m&rsquo;explique pas ce non-sens. Enfin, fais pour le mieux, ma bonne ; toi qui es sur place, dois savoir mieux que moi ce qu&rsquo;il te faut faire. Le principal est que ta sant\u00e9 se maintienne bonne le plus longtemps possible ; c&rsquo;est le meilleur et le plus utile de tous les biens. Pour ma part, \u00e0 ce sujet, je suis heureux de pouvoir te confirmer ce que je t&rsquo;ai dit d\u00e9j\u00e0 dans ma derni\u00e8re. Je me porte bien, tr\u00e8s bien. Du reste, tu sais que je ne te mens pas et que si j&rsquo;\u00e9tais malade, l\u00e9g\u00e8rement ou gravement, je te le dirais tout aussi bien. \u00c0 cet \u00e9gard, il est bon que je te dise qu&rsquo;il n&rsquo;est pas utile que tu m&rsquo;envoies les comprim\u00e9s de Vichy-\u00c9tat-Source de l&rsquo;h\u00f4pital que je t&rsquo;avais demand\u00e9s. Comme tous les malades, lorsque je souffre, j&rsquo;ai toujours foi dans quelques rem\u00e8des qui, au fond, ne sont que des vide-goussets. Le sulfate de soude remplace tout aussi bien et m\u00eame mieux tous les sp\u00e9cifiques de ce genre. Seulement, comme mes intestins y sont accoutum\u00e9s, j&rsquo;en absorbe environ 100 grammes par semaine tant j&rsquo;ai la constipation opini\u00e2tre, et tu peux, si tu le veux, m&rsquo;adresser un flacon de poudre Rocher ou tout autre laxatif en poudre ou en pilules. Si \u00e7a ne me fait pas de bien, \u00e0 compte s\u00fbr, \u00e7a ne me fera pas de mal.<\/p>\n<p>En ai-je re\u00e7u un bazar hier. Je ne sais plus o\u00f9 mettre tout cela. J&rsquo;en ai pour un moment, va, avant d&rsquo;user tout ce papier, tous ces cahiers, bien que j&rsquo;en aie donn\u00e9 \u00e0 Joseph. J&rsquo;aime beaucoup les livres et revues que tu m&rsquo;as envoy\u00e9s, mais les revues surtout. Cela dissipe la tristesse du lieu, on revit de la vie ; pour un moment, l&rsquo;illusion est agr\u00e9able, on se croit ailleurs que l\u00e0 o\u00f9 l&rsquo;on se trouve en r\u00e9alit\u00e9. Aussi accepte avec plaisir tous les recueils similaires qu&rsquo;on voudra bien t&rsquo;offrir. Tu me les adresseras lorsque je t&rsquo;en ferai la demande. Comme je te l&rsquo;ai dit, pour le moment, \u00e9tant sur le qui-vive d&rsquo;un d\u00e9part, je ne tiens pas \u00e0 \u00eatre encombr\u00e9. Tu dois le comprendre. Il n&rsquo;y a pas loin des \u00eeles \u00e0 Saint-Laurent, environ seize heures de navigation, mais si tu savais comme c&rsquo;est p\u00e9nible pour nous autres for\u00e7ats de subir ce voyage ! Cela est inexprimable. Cependant, ne souffrant pas du mal de mer, je ne suis pas des plus \u00e0 plaindre. Lorsque je faisais les voyages de la c\u00f4te de Syrie \u00e0 Marseille, charg\u00e9 d&rsquo;\u00e9migrants, et que, pendant la man\u0153uvre, je pi\u00e9tinais, bousculais, violentais ces victimes de la N\u00e9cessit\u00e9, j&rsquo;\u00e9tais loin de penser que je pourrais me trouver un jour dans des conditions pires que la leur. Que veux-tu, la plupart du temps, on ne se rend compte du malheur d&rsquo;autrui que par celui que l&rsquo;on subit soi-m\u00eame.<\/p>\n<p><strong><em>5 mars<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Pr\u00e9sentement, il est possible que tu connaisses le r\u00e9sultat de la d\u00e9marche faite sous les auspices de M. Flaissi\u00e8res<a name=\"_ftnref15\" href=\"#_ftn15\">[15]<\/a>, et que le peu d&rsquo;espoir que tu y attachais se soit \u00e9vanoui. La d\u00e9sillusion ne doit pas te chagriner, car il ne pouvait en \u00eatre autrement. Je vais t&rsquo;en donner l&rsquo;explication en deux mots. Tout transport\u00e9 qui a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 la peine des travaux forc\u00e9s \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9, d&rsquo;abord, et une seconde fois, soit \u00e0 la m\u00eame peine, soit \u00e0 celle des travaux forc\u00e9s \u00e0 temps, bien que ces deux peines aient \u00e9t\u00e9 confondues, ne peut jamais b\u00e9n\u00e9ficier d&rsquo;une r\u00e9duction de peine. Au mieux, et pour un cas tout \u00e0 fait exceptionnel &#8211; ce qui ne peut m&rsquo;\u00eatre applicable -, quoiqu&rsquo;il n&rsquo;y ait aucun pr\u00e9c\u00e9dent, du moins je ne le pense pas, on pourrait biaiser avec ce principe en usage en mati\u00e8re de gr\u00e2ce ; mais crois bien que cette nouveaut\u00e9 n&rsquo;est pas faite pour moi, si jamais elle \u00e9tait mise en vigueur, ce qui est fort douteux. Ainsi, tu le vois, tout ce que l&rsquo;on te dira de contraire ne sera que mensonge, mensonge excusable, certes, d&rsquo;un noble motif, mais mensonge tout de m\u00eame. Or laissons ces sortes de r\u00eaveries \u00e0 ceux qui ne peuvent supporter l&rsquo;image de la r\u00e9alit\u00e9. Nous qu&rsquo;elle n&rsquo;effraye pas, regardons-la en face, dussions-nous y succomber.<\/p>\n<p>Au bagne je suis, au bagne je dois rester. Et cela sans le moindre espoir d&rsquo;am\u00e9lioration dans ma situation p\u00e9nale, puisque, m\u00eame en supposant que je sois de 1re classe un jour, je ne serai jamais d\u00e9sintern\u00e9, de sorte que je ne pourrai jamais jouir du b\u00e9n\u00e9fice d&rsquo;une concession. Cela est p\u00e9remptoire et ne souffre pas discussion. Le comprendras-tu ?<\/p>\n<p>Il n&rsquo;en est pas de m\u00eame \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de l&rsquo;affaire pour laquelle je suis en pr\u00e9vention<a name=\"_ftnref16\" href=\"#_ftn16\">[16]<\/a>. \u00c0 ce sujet, au contraire, tous les d\u00e9vouements, tous les concours de personnalit\u00e9s qui s&rsquo;y sont int\u00e9ress\u00e9es ne pourront que m&rsquo;\u00eatre utiles, notamment apr\u00e8s le prochain jugement \u00e0 l&rsquo;occasion de mon second pourvoi, si je suis recondamn\u00e9, ou \u00e0 celle de mon m\u00e9moire \u00e0 M. le ministre de la Justice, si je suis acquitt\u00e9<a name=\"_ftnref17\" href=\"#_ftn17\">[17]<\/a>. Les faits sont patents, ind\u00e9niables.<\/p>\n<p>J&rsquo;irai jusqu&rsquo;au bout, en explorant pouce par pouce les coins les plus vierges de la for\u00eat du code. Et, s&rsquo;il le faut, comme pour certains actes juridiques je suis frapp\u00e9 d&rsquo;incapacit\u00e9 l\u00e9gale, puisque la condamnation aux travaux forc\u00e9s \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 entra\u00eene la mort civile, s&rsquo;il le faut, dis-je, ce sera toi, ma tutrice, qui adresseras les plaintes que je t&rsquo;indiquerai.<\/p>\n<p>Mais n&rsquo;anticipons pas. Je te reparlerai de cela en temps plus opportun. Pour le moment, attendons et les \u00e9v\u00e9nements et les d\u00e9cisions. Nous aviserons ensuite.<\/p>\n<p><strong><em><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/cd-la-belle-1.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-640\" title=\"cd-la-belle-1\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/cd-la-belle-1-290x300.jpg\" alt=\"pochette du cd La Belle, Au pied du mur, L\\'Insomniaque, 2000\" width=\"148\" height=\"153\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/cd-la-belle-1-290x300.jpg 290w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/cd-la-belle-1.jpg 310w\" sizes=\"(max-width: 148px) 100vw, 148px\" \/><\/a>6 mars<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Aujourd&rsquo;hui Joseph a re\u00e7u un volumineux colis contenant deux gilets de flanelle, deux maillots en coton, des chaussettes, une ceinture en flanelle, du papier \u00e0 lettres, des plumes, etc. ; le tout d&rsquo;une valeur de 30,70 francs. Voil\u00e0 qui doit t&rsquo;\u00e9tonner, hein !<\/p>\n<p>Attends ; suis-moi bien, tu vas mieux comprendre. Il est arriv\u00e9 au bagne ayant pour toute fortune \u00e0 son p\u00e9cule la modeste somme de 14 sous. Le Juif errant n&rsquo;en eut bien que les deux tiers en moins ! Mais il y a quelques mois, alors que nous retournions de Saint-Laurent, il faisait si chaud qu&rsquo;il piqua un plongeon dans le fleuve ; on nous permet bien de nous baigner une fois la semaine, mais il faut y \u00eatre autoris\u00e9. Sa baignade n&rsquo;\u00e9tant pas de r\u00e8gle, il fut rep\u00each\u00e9<a name=\"_ftnref18\" href=\"#_ftn18\">[18]<\/a>. On le fouilla et ses poches accouch\u00e8rent de deux pi\u00e8ces de 20 francs, fruit de son labeur de graveur sur cocos. Le quart de cette somme ayant \u00e9t\u00e9 employ\u00e9 \u00e0 payer la prime de son arrestation, il lui restait donc 30 francs qui, ajout\u00e9s aux 70 centimes pr\u00e9cit\u00e9s, forment le total du prix de son colis. Comme tu dois le penser, nous avons partag\u00e9 ces objets de lingerie ; c&rsquo;est pourquoi d&rsquo;assez longtemps, tu n&rsquo;auras pas besoin de nous en envoyer. Amen!<\/p>\n<p><strong><em>7 mars<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Le <em>Maroni<\/em> est venu hier, il est reparti, et je suis toujours aux \u00eeles. Ne partirai-je m\u00eame pas au prochain convoi ? C&rsquo;est bien possible. Dans ce cas, il se pourrait que l&rsquo;instruction se refasse aux \u00eeles et non \u00e0 Saint-Laurent. Peu m&rsquo;importe.<\/p>\n<p>Je croyais recevoir enfin la copie de l&rsquo;arr\u00eat, mais rien, pas m\u00eame un mot de la part du d\u00e9fenseur. Je lui ai r\u00e9\u00e9crit aujourd&rsquo;hui. Serai-je plus heureux au prochain passage du courrier ? Je le verrai bien. Quel dommage que je n&rsquo;aie pas le code de justice maritime en main ! Comme je m&rsquo;occuperais utilement. Enfin, j&rsquo;esp\u00e8re le recevoir sous peu.<\/p>\n<p><strong><em>12 mars<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Les journ\u00e9es s&rsquo;\u00e9coulent et les courriers passent et repassent sans que je re\u00e7oive jamais la copie de l&rsquo;arr\u00eat. C&rsquo;est \u00e0 n&rsquo;y rien comprendre. Bah ! au fond, je ne m&rsquo;en inqui\u00e8te pas. Je laisse pisser le mouton, comme dit l&rsquo;autre. T\u00f4t ou tard, le jour des explications arrivera.<\/p>\n<p>Parlons d&rsquo;autre chose.<\/p>\n<p>Ma m\u00e9moire est plus heureuse que la tienne. Je puis donc te donner les renseignements que, je ne sais pourquoi, tu tiens \u00e0 avoir. 1) \u00c0 Marseille, nous demeurions impasse Am\u00e9d\u00e9e-Autran, villa des Trois-Soeurs. 2) L&rsquo;avocat que j&rsquo;ai eu \u00e0 Toulon se nomme Me Audrien. Si cela peut te servir&#8230;<\/p>\n<p><strong><em>24 mars<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Cette fois il est d\u00e9cid\u00e9 que je dois partir ; je pars ce soir pour Saint-Laurent aussi ignorant des choses de mon affaire, pour ainsi dire, que le jour o\u00f9 j&rsquo;en suis parti. Le pire, c&rsquo;est que depuis sept mois que je te l&rsquo;ai demand\u00e9, tu ne m&rsquo;as pas encore envoy\u00e9 le code de justice militaire maritime, de sorte que je risque fort bien d&rsquo;\u00eatre roul\u00e9 une fois de plus. Ma demande a d\u00fb passer inaper\u00e7ue, ou bien avec tout ce qui t&rsquo;est arriv\u00e9 de f\u00e2cheux, tu n&rsquo;as pu y donner suite. Enfin, il n&rsquo;y a pas de rem\u00e8de \u00e0 ce retard. N&rsquo;y pensons plus. Si je le recevais \u00e0 la fin de ce mois, ce ne serait encore que demi-mal ; je pourrais encore me pr\u00e9parer. J&rsquo;attends.<\/p>\n<p>Ce n&rsquo;est pas la peine que tu m&rsquo;\u00e9crives \u00e0 ce certain courrier hollandais ou anglais (je ne sais plus lequel des deux) car les lettres que tu exp\u00e9dies le 25 ne me sont remises qu&rsquo;apr\u00e8s l&rsquo;arriv\u00e9e et la distribution du courrier fran\u00e7ais. Ne vaudrait-il pas mieux que tu m&rsquo;\u00e9crivisses au courrier partant d&rsquo;Europe le 17 ? Renseigne-toi et fais pour le mieux.<\/p>\n<p>D\u00e8s que je serai \u00e0 Saint-Laurent, j&rsquo;\u00e9crirai \u00e0 tante<a name=\"_ftnref19\" href=\"#_ftn19\">[19]<\/a>. Dis-lui qu&rsquo;elle ne se formalise pas si je ne lui \u00e9cris pas \u00e0 ce courrier-ci. J&rsquo;aurais bien voulu aussi \u00e9crire \u00e0 Jacques pour le remercier de son envoi, mais je le remets \u00e0 un peu plus tard.<\/p>\n<p>Tu as raison pour les envois de livres \u00e0 Joseph, d&rsquo;autant plus qu&rsquo;il peut lire tous ceux que je re\u00e7ois. Du reste, \u00e0 part les revues dont il a \u00e9t\u00e9 question d\u00e9j\u00e0, je ne vois pas l&rsquo;utilit\u00e9 d&rsquo;en recevoir moi-m\u00eame, sauf, je te le refraine une fois de plus, le code de justice militaire maritime. De m\u00eame pour tout autre objet. Tant que je serai \u00e0 Saint-Laurent, tant que je ne te dirai pas : envoie-moi ceci ou cela, ne m&rsquo;adresse plus rien.<\/p>\n<p><strong><em>Derni\u00e8re heure :<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Notre d\u00e9fenseur, Me Justal, vient de m&rsquo;\u00e9crire, m&rsquo;annon\u00e7ant l&rsquo;ouverture de la prochaine session pour le 5 avril ; par m\u00eame courrier il m&rsquo;a exp\u00e9di\u00e9 l&rsquo;arr\u00eat de la Cour supr\u00eame. Nous allons donc recompara\u00eetre dans quelques jours, sans information pr\u00e9alable, et nous serons certainement recondamn\u00e9s aux m\u00eames peines, moi plus s\u00e9v\u00e8rement peut-\u00eatre ; mais ne te chagrine pas. J&rsquo;irai de nouveau en cassation, et par m\u00eame exp\u00e9dition je d\u00e9poserai une d\u00e9nonciation en forfaiture \u00e0 M. le ministre de la Justice. Il te faudra aller consulter Me Lafont<a name=\"_ftnref20\" href=\"#_ftn20\">[20]<\/a> afin de savoir si, en raison de mon incapacit\u00e9 l\u00e9gale, il est utile que toi, ma tutrice, contresignes cette d\u00e9nonciation.<\/p>\n<p>Le d\u00e9part se pr\u00e9pare, h\u00e2tivement. Que te dirai-je encore? Qu&rsquo;il ne faut pas prendre \u00e0 la lettre ce que je viens de te dire relativement \u00e0 notre recondamnation. Tu dois penser que je ne me laisserai pas condamner sans \u00e9puiser tous mes moyens de d\u00e9fense. Cela me sera d&rsquo;autant plus ais\u00e9 que j&rsquo;ai la v\u00e9rit\u00e9 pour moi. Du reste, il est fort douteux que nous repassions \u00e0 la prochaine session, car d\u00e8s mon arriv\u00e9e \u00e0 Saint-Laurent, je vais soulever des questions de droit auxquelles le parquet est loin de s&rsquo;attendre. Bien mieux. Si la copie de l&rsquo;arr\u00eat de la Cour de cassation est conforme \u00e0 l&rsquo;original, cette juridiction elle-m\u00eame s&rsquo;est tromp\u00e9e dans ses consid\u00e9rants, de sorte que d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0, nous avons un s\u00fbr moyen. Mais est-ce bien certain que l&rsquo;erreur<a name=\"_ftnref21\" href=\"#_ftn21\">[21]<\/a> ne soit pas l&rsquo;oeuvre du copiste ? L\u00e0 est la question. D&rsquo;ici peu je serai fix\u00e9.<\/p>\n<p>D\u00e8s que tu recevras la nouvelle du nouveau r\u00e9sultat, tu n&rsquo;auras pas besoin, pauvre femme! de te donner un mal de tous les diables comme l&rsquo;autre fois, afin de conna\u00eetre la d\u00e9cision de la Cour supr\u00eame ; il te suffira d&rsquo;acheter le journal <em>La Gazette des tribunaux <\/em>qui te donnera le texte <em>in extenso <\/em>de l&rsquo;arr\u00eat. Tu n&rsquo;auras qu&rsquo;\u00e0 me l&rsquo;adresser, quel qu&rsquo;il soit.<\/p>\n<p>Amiti\u00e9s aux camarades, et \u00e0 toi mes plus tendres et affectueuses caresses,<\/p>\n<p>Alexandre<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/boite-aux-lettres-1900.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-593\" title=\"boite-aux-lettres-1900\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/boite-aux-lettres-1900-225x300.jpg\" alt=\"boite aux lettres\" width=\"139\" height=\"186\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/boite-aux-lettres-1900-225x300.jpg 225w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/boite-aux-lettres-1900.jpg 338w\" sizes=\"(max-width: 139px) 100vw, 139px\" \/><\/a>24 mars 1910<\/strong><\/p>\n<p><strong>Lettre de Jacob \u00e0 sa m\u00e8re intercept\u00e9e par l&rsquo;administration<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ma bien bonne,<\/strong><\/p>\n<p>Au dernier moment je t&rsquo;adresse encore quelques lignes. J&rsquo;avais bien raison de douter de 2903 [<em>cod\u00e9<\/em>], ce n&rsquo;est pas qu&rsquo;il ait mal agi avec moi, qu&rsquo;il ait fait du mal, non ce serait trop dire. Mais comme il est d&rsquo;une camaraderie trop intime avec ceux qui m&rsquo;ont empoisonn\u00e9 et vol\u00e9, je ne puis plus avoir confiance en lui, surtout qu&rsquo;il est seul au courant de la v\u00e9rit\u00e9. C&rsquo;est te dire de ne pas <em>li mandalou<a name=\"_ftnref22\" href=\"#_ftn22\"><strong>[22]<\/strong><\/a><\/em>. <em>Li mandaras <\/em>\u00e0 027, de cette fa\u00e7on je n&rsquo;aurai de remerciements \u00e0 devoir \u00e0 personne. \u00c0 combien vais-je \u00eatre condamn\u00e9 ? Je n&rsquo;en sais trop rien. Si l&rsquo;on m&rsquo;appliquait la loi justement, je ne pourrais l&rsquo;\u00eatre \u00e0 plus de deux ans de prison. Et le r\u00e9gime de la prison est le m\u00eame que celui du camp. Ce serait encore tenable. Si je devais aller \u00e0 la r\u00e9clusion, surtout pour cinq ann\u00e9es, alors ce serait une mort certaine, lente et douloureuse, sans rem\u00e8des.<\/p>\n<p>J&rsquo;aime mieux te dire toute la v\u00e9rit\u00e9 que de te conter des r\u00eavasseries. C&rsquo;est triste, ma toute bonne, et pourtant il ne faut pas nous lamenter. Certes, je ne regrette pas d&rsquo;avoir discut\u00e9 la loi dans cette affaire, contrairement \u00e0 mes id\u00e9es, parce que le but excuse le moyen. Si je ne vois pas d&rsquo;issue, je laisserai les arguties de c\u00f4t\u00e9 et me r\u00e9volterai ouvertement plut\u00f4t que de souffrir en r\u00e9sign\u00e9. Mais pour en arriver l\u00e0, j&rsquo;attendrai que tu m&rsquo;en dises ton id\u00e9e. Je ne veux pas te faire de la peine. Je sais que je suis et ai \u00e9t\u00e9 le but de toute ta pauvre vie, de sorte qu&rsquo;il y aurait de l&rsquo;ingratitude et de la cruaut\u00e9 de ma part en te causant la moindre des peines. C&rsquo;est sans le vouloir, crois-le bien, que je me suis emp\u00eatr\u00e9 dans cette affaire. J&rsquo;ai agi sans r\u00e9flexion, impulsivement pour ainsi dire, tant j&rsquo;\u00e9tais indign\u00e9.<\/p>\n<p>Pour ne pas changer, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 la dupe d&rsquo;ignobles sc\u00e9l\u00e9rats. De m\u00eame que Joseph du reste qui, lui, s&rsquo;est compromis dans ses d\u00e9positions, avec la seule id\u00e9e de me sauver. Enfin c&rsquo;est fait, n&rsquo;y pensons plus.<\/p>\n<p>Dans quelques jours je vais me d\u00e9battre, et de la belle mani\u00e8re ; je ferai pour le mieux et ce mieux ne sera pas mal et serait mieux encore si j&rsquo;avais le code de justice militaire du tribunal maritime. Je con\u00e7ois qu&rsquo;avec ta maladie d&rsquo;une part, et avec le malheur qui s&rsquo;est abattu sur Paris, tu n&rsquo;aies pu me l&rsquo;adresser plus t\u00f4t. Ne te chagrine pas, va. Je ferai en sorte d&rsquo;y rem\u00e9dier par les conseils que je puiserai chez mon d\u00e9fenseur. J&rsquo;entends les serrures qui grincent, des bruits significatifs : le d\u00e9part approche. Je boucle le courrier. Au revoir ma bien bonne et conserve ta sant\u00e9. \u00c0 propos, un dernier renseignement : lorsque tu \u00e9criras ou que tu iras consulter Me Lafont, demande-lui aussi si tout r\u00e9cemment il n&rsquo;est pas sorti un nouveau d\u00e9cret ou une nouvelle loi concernant les for\u00e7ats et relativement \u00e0 l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation de la peine \u00e0 la r\u00e9clusion cellulaire. Il y a dix-huit mois, on a graci\u00e9 un condamn\u00e9 \u00e0 mort en le relevant \u00e0 dix ans de cette peine, alors que le maximum de cette loi ne va qu&rsquo;\u00e0 cinq ans. C&rsquo;est le premier cas qui se produit, de l\u00e0 ma demande.<\/p>\n<p>Alexandre<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/les-mysteres-du-bagne-de-jean-normand-1.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-881\" title=\"les-mysteres-du-bagne-de-jean-normand-1\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/les-mysteres-du-bagne-de-jean-normand-1-227x300.jpg\" alt=\"Les myst\u00e8res du bagne\" width=\"125\" height=\"164\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/les-mysteres-du-bagne-de-jean-normand-1-227x300.jpg 227w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/les-mysteres-du-bagne-de-jean-normand-1.jpg 364w\" sizes=\"(max-width: 125px) 100vw, 125px\" \/><\/a>20 avril 1910<\/strong><\/p>\n<p><strong>Gouverneur de la Guyane fran\u00e7aise au ministre des Colonies<\/strong><\/p>\n<p><strong>Au sujet d&rsquo;une plainte port\u00e9e contre les surveillants militaires par les prisonniers Jacob<\/strong><\/p>\n<p><strong>34777 et Ferrand 34524<\/strong><\/p>\n<p>J&rsquo;ai l&rsquo;honneur de vous faire conna\u00eetre, en vous retournant la plainte adress\u00e9e \u00e0 M. le garde des Sceaux par les transport\u00e9s Jacob et Ferrand que vous avez bien voulu me communiquer, le r\u00e9sultat de l&rsquo;enqu\u00eate \u00e0 laquelle a proc\u00e9d\u00e9 M. le procureur g\u00e9n\u00e9ral, conform\u00e9ment aux prescriptions de votre d\u00e9p\u00eache n\u00b0 127 en date du 20 janvier 1910.<\/p>\n<p>Les faits all\u00e9gu\u00e9s par ces transport\u00e9s sont compl\u00e8tement d\u00e9natur\u00e9s et pr\u00e9sent\u00e9s de fa\u00e7on \u00e0 laisser croire que dans cette malheureuse affaire du 11 octobre 1909, les surveillants militaires charg\u00e9s de la garde du convoi de transport\u00e9s, dirig\u00e9s de Saint-Laurent aux \u00eeles du Salut, ont agi avec une brutalit\u00e9 excessive malgr\u00e9 l&rsquo;attitude toute passive et soumise des condamn\u00e9s. Or il n&rsquo;en est pas ainsi et Jacob, qui est l&rsquo;instigateur de cette tentative d&rsquo;\u00e9vasion concert\u00e9e entre tous les transport\u00e9s qui se trouvaient \u00e0 bord du <em>Maroni <\/em>\u00e0 ce moment, a pris soin de d\u00e9naturer la sc\u00e8ne et d&rsquo;essayer de faire tomber toute la responsabilit\u00e9 des mesures de rigueur qu&rsquo;il a fallu employer pour calmer les mutins sur le manque de sang-froid du surveillant Bonal.<\/p>\n<p>Au moment o\u00f9 Ferrand, apr\u00e8s avoir r\u00e9ussi \u00e0 se d\u00e9gager des fers qu&rsquo;il avait aux pieds, ainsi que Jacob, qui venait avec lui d&rsquo;\u00eatre condamn\u00e9 par le tribunal sp\u00e9cial maritime \u00e0 cinq ann\u00e9es de r\u00e9clusion cellulaire pour meurtre, se jetait \u00e0 l&rsquo;eau et nageait vers la rive droite du fleuve, les surveillants militaires, pour effrayer le fugitif, firent usage de leurs armes. Mais sans le viser, bien entendu, car ils n&rsquo;auraient pas manqu\u00e9 de l&rsquo;atteindre s&rsquo;ils l&rsquo;avaient voulu. Ce n&rsquo;est pas Bonal qui a saisi Ferrand, il a fallu agir de force pour le r\u00e9int\u00e9grer \u00e0 bord. Mais il n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;objet d&rsquo;aucune violence abusive. La sc\u00e8ne dramatique racont\u00e9e par Jacob au vu du d\u00e9pouillement de cet homme des v\u00eatements et des valeurs qu&rsquo;il poss\u00e9dait n&rsquo;existe que dans l&rsquo;imagination de Jacob. Ferrand a \u00e9t\u00e9 en effet d\u00e9shabill\u00e9 et l&rsquo;argent trouv\u00e9 en sa possession a \u00e9t\u00e9 confisqu\u00e9, mais de la fa\u00e7on la plus r\u00e9guli\u00e8re et sans qu&rsquo;\u00e0 aucun moment il n&rsquo;y ait eu tentative de vol de la part des hommes de l&rsquo;\u00e9quipage ou des surveillants militaires.<\/p>\n<p>L&rsquo;attitude mena\u00e7ante des transport\u00e9s \u00e0 ce moment exigeait de la part des surveillants militaires une certaine \u00e9nergie et il fallait \u00e0 tout prix r\u00e9tablir l&rsquo;ordre. C&rsquo;est alors que le surveillant Bonal, voulant les faire ranger et les \u00e9loigner des bastingages, car le <em>Maroni <\/em>avait stopp\u00e9 et il \u00e9tait \u00e0 craindre que l&rsquo;exemple de Ferrand ne soit suivi par quelques autres, leur ordonna de s&rsquo;asseoir sur le pont. Il pleuvait, il est vrai, et le pont \u00e9tait mouill\u00e9. Cette mesure \u00e9tait cependant prudente et m\u00eame n\u00e9cessaire \u00e0 ce moment. Le transport\u00e9 Vinci, debout devant lui, gesticulait et protestait d&rsquo;un air agressif contre l&rsquo;ordre donn\u00e9. Peut-\u00eatre Bonal a-t-il agi alors avec trop de pr\u00e9cipitation, et braquant son revolver sur cet homme, il fit feu. Vinci est en effet mort le lendemain des suites de cette blessure. En raison de ces faits, le surveillant Bonal est d\u00e9f\u00e9r\u00e9 au conseil de guerre ; il a \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 la Martinique.<\/p>\n<p>Le dossier de cette affaire ainsi que les principaux t\u00e9moins se trouvaient d\u00e9j\u00e0 \u00e0 Fort de France au moment o\u00f9 le chef du service judiciaire proc\u00e9dait \u00e0 son enqu\u00eate. Il n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 possible \u00e0 ce magistrat d&rsquo;obtenir des renseignements plus pr\u00e9cis. Toutefois, il semble r\u00e9sulter de l&rsquo;impression qu&rsquo;il a recueillie que Jacob et Ferrand, qui sont deux des plus mauvais sujets du bagne, ont essay\u00e9 sciemment d&rsquo;\u00e9garer l&rsquo;opinion de M. le garde des Sceaux, en exposant la fa\u00e7on barbare dont ils pr\u00e9tendent avoir \u00e9t\u00e9 trait\u00e9s par les surveillants militaires. Ceux-ci qui, expos\u00e9s au plus grand danger, font preuve, au contraire, d&rsquo;une grande patience et d&rsquo;une grande mod\u00e9ration. L&rsquo;administration sup\u00e9rieure, de son c\u00f4t\u00e9, a toujours tenu la main \u00e0 la r\u00e9pression de tout \u00e9cart signal\u00e9 dans la conduite de ses agents, qui chaque fois qu&rsquo;ils ont \u00e9t\u00e9 reconnus en faute ont \u00e9t\u00e9 punis disciplinairement ou traduits devant un conseil de guerre. Aussi, en pr\u00e9sence de la mauvaise foi \u00e9vidente manifest\u00e9e en cette circonstance par Jacob et Ferrand, j&rsquo;estime avec M. le procureur g\u00e9n\u00e9ral qu&rsquo;il serait n\u00e9cessaire de poursuivre ces deux transport\u00e9s devant le tribunal maritime sp\u00e9cial, et de leur faire application rigoureuse des textes qui punissent la d\u00e9nonciation calomnieuse<a name=\"_ftnref23\" href=\"#_ftn23\">[23]<\/a>.<\/p>\n<p><strong>26 mai 1910<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00celes du Salut<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ma ch\u00e8re maman,<\/strong><\/p>\n<p>Pour une bonne id\u00e9e, \u00e7a c&rsquo;est une bonne id\u00e9e ; m\u00eame en cherchant bien je ne crois pas que l&rsquo;on puisse en trouver de meilleure. Ainsi tu veux venir me rejoindre ? \u00c0 la bonne heure ! C&rsquo;est un joli pays, sais-tu, que la Guyane fran\u00e7aise ; si joli, si beau, si pittoresque, si d\u00e9licieux surtout, que je ne m&rsquo;\u00e9tonne plus, mais plus du tout de ta d\u00e9cision.<\/p>\n<p>S&rsquo;il m&rsquo;\u00e9tait permis d&rsquo;exprimer toute ma pens\u00e9e \u00e0 cet \u00e9gard, mon \u00e9loge serait plus laudatif encore, mais puisque les r\u00e8glements ne me permettent pas cette licence, je me bornerai \u00e0 te dire, ma bien bonne, que ton id\u00e9e, ton id\u00e9e fixe comme tu le dis, n&rsquo;est pas des plus raisonnables. Si tu veux m&rsquo;en croire, tu resteras bien tranquillement \u00e0 Paris. D&rsquo;ailleurs, en supposant que tu veuilles ne faire qu&rsquo;\u00e0 ta t\u00eate, il te faudra toujours attendre l&rsquo;autorisation des pouvoirs, et cela me console. Je crois t&rsquo;avoir dit d\u00e9j\u00e0 que je ne voulais pas entendre parler de faveurs. Il est fort regrettable que tu ne t&rsquo;en sois pas souvenue.<\/p>\n<p>Si tu savais \u00e0 quoi il faudrait me r\u00e9soudre pour obtenir cette fameuse concession, j&rsquo;ai id\u00e9e que tu me tiendrais un tout autre langage. Il y a des souplesses, des gymnastiques pour lesquelles je n&rsquo;ai ni go\u00fbt ni aptitudes. C&rsquo;est tout ce que je puis te dire \u00e0 ce sujet. Sera-ce suffisant pour t&rsquo;\u00e9viter l&rsquo;ennui d&rsquo;un tas de d\u00e9marches qui, en fin de compte, n&rsquo;aboutiraient \u00e0 rien ? Je l&rsquo;esp\u00e8re.<\/p>\n<p>Ne te chagrine pas pour mon \u00e9tat de sant\u00e9. J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 bien d\u00e9prim\u00e9, il est vrai, mais en ce moment je me sens beaucoup mieux et il serait \u00e0 souhaiter que tous ceux qui m&rsquo;entourent se portassent aussi bien que moi. D&rsquo;ailleurs, si je rechutais, sois persuad\u00e9e que je saurais me faire soigner. Laisse donc de c\u00f4t\u00e9 ta demande au ministre.<\/p>\n<p>Parlons un peu de nos affaires : cela vaudra beaucoup mieux. Dans quelques jours, en ce moment peut-\u00eatre, la Cour de cassation va statuer ou statue sur notre pourvoi. Il est fort probable que si Me Justal s&rsquo;en est occup\u00e9, il y aura cassation. Cependant le rejet est possible. Tout d\u00e9pend des dispositions p\u00e9nales du d\u00e9cret du 5 octobre 1889. Quoi qu&rsquo;il en soit, acceptation ou rejet, ne manque pas de m&rsquo;adresser l&rsquo;arr\u00eat. Tu feras en sorte \u00e9galement de te procurer les d\u00e9crets \u00e9nonc\u00e9s dans la feuille ci-jointe. Tu trouveras \u00e7a au d\u00e9p\u00f4t des lois, chez Muzard et \u00c9bin, libraires, 26, place Dauphine. Quant \u00e0 ta demande en gr\u00e2ce, ma foi, tu es mieux plac\u00e9e que moi pour savoir ce qu&rsquo;il te faut faire. La r\u00e9ponse sera sans doute tardive, si tardive qu&rsquo;elle pourrait bien n&rsquo;arriver qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;expiration de ma peine. Nous le verrons bien. C&rsquo;est qu&rsquo;il est bon de te dire que je ne partage pas ton enthousiasme. Toi, pauvre femme, tu ajoutes foi \u00e0 tout ce que l&rsquo;on te dit, \u00e0 tout ce que l&rsquo;on te promet pourvu que ces dires, ces promesses soient conformes \u00e0 tes esp\u00e9rances. Et, h\u00e9las ! il y a loin, bien loin d&rsquo;une promesse \u00e0 un fait accompli. En principe, vois-tu, cela ne vaut rien de compter sur la protection de celui-ci, sur l&rsquo;influence de celui-l\u00e0. Il est pr\u00e9f\u00e9rable de ne compter que sur soi-m\u00eame. Et puis, en outre, il est pr\u00e9f\u00e9rable aussi de ne pas ennuyer les gens heureux, puissants, par des sollicitations. M\u00eame en cas d&rsquo;insucc\u00e8s, cela engage \u00e0 la reconnaissance et ce sentiment est souvent une cha\u00eene bien p\u00e9nible \u00e0 supporter. Pour ma part, j&rsquo;aime trop la libert\u00e9 pour m&rsquo;enliser dans ces sortes de compromissions.<\/p>\n<p>Certes, ce que je te dis l\u00e0 n&rsquo;est pas une mani\u00e8re de reproche. En agissant comme tu l&rsquo;as fait, tu as cru bien faire ; je le con\u00e7ois. N&#8217;emp\u00eache que je crains fort que tu ne te sois donn\u00e9 un mal de tous les diables pour aboutir \u00e0 une triste d\u00e9ception. Je ne veux pas dire non plus que les sympathies, les amiti\u00e9s dont tu me parles ne soient pas sinc\u00e8res ; non. Leur bonne foi ne peut \u00eatre mise en doute, mais, comme toi, elles se leurrent sur le r\u00e9sultat de protection. Puisse l&rsquo;avenir me donner tort. Au fond, je ne demande pas mieux.<\/p>\n<p>Tout \u00e7a c&rsquo;est bien beau, mais \u00e7a ne vaut pas ta sant\u00e9 si elle est bonne comme tu me l&rsquo;assures. Soigne-toi bien, ma bien bonne, fais attention de ne pas rechuter. Et puis, ne te fais pas de mauvais sang pour moi. Le temps est un grand ma\u00eetre qui modifie bien des choses. J&rsquo;oubliais de t&rsquo;annoncer la r\u00e9ception de ta lettre du courrier fran\u00e7ais. Je l&rsquo;ai re\u00e7ue avec dix jours de retard, mais je l&rsquo;ai re\u00e7ue, c&rsquo;est l&rsquo;essentiel. Joseph a \u00e9t\u00e9 l\u00e9g\u00e8rement indispos\u00e9, mais il se porte comme un charme en ce moment. Il te demandera sans doute des pelotes de fil multicolores. Envoie-les-lui. Cela l&rsquo;aidera \u00e0 supporter sa mis\u00e8re.<\/p>\n<p>Amiti\u00e9s sinc\u00e8res aux camarades, et \u00e0 toi mes plus tendres et affectueuses caresses,<\/p>\n<p>Alexandre<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/boite-de-sardines.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-438\" title=\"bo\u00eete de sardines\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/boite-de-sardines-234x300.jpg\" alt=\"\" width=\"117\" height=\"150\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/boite-de-sardines-234x300.jpg 234w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/boite-de-sardines.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 117px) 100vw, 117px\" \/><\/a>27 mai 1910<\/strong><\/p>\n<p><strong>Gouverneur de la Guyane fran\u00e7aise au ministre des Colonies<\/strong><\/p>\n<p>Transmission de divers papiers saisis qui paraissent \u00e9maner du transport\u00e9 Jacob<\/p>\n<p>J&rsquo;ai l&rsquo;honneur de vous transmettre pour la suite que vous jugerez utile le dossier ci-joint, relatif \u00e0 divers papiers saisis au cours d&rsquo;une fouille faite aux locaux disciplinaires de Saint-Laurent, et qui paraissent \u00e9maner du transport\u00e9 Jacob 34777, alors en instance de jugement devant le tribunal maritime sp\u00e9cial. Ces papiers n&rsquo;ont pu \u00eatre qu&rsquo;imparfaitement traduits. \u00c0 cette occasion, je me permettrai de rappeler, M. le ministre, que les lettres num\u00e9rot\u00e9es 1672 et 1743 des 2 et 18 novembre 1909 vous signalant la saisie de deux revolvers adress\u00e9s au transport\u00e9 Fau, matricule 32107, dans l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment p\u00e9nal sous le pseudonyme de Madelon, il y a tout lieu de croire qu&rsquo;il y a corr\u00e9lation entre l&rsquo;envoi de ces armes<a name=\"_ftnref24\" href=\"#_ftn24\">[24]<\/a> et la lettre du transport\u00e9 Jacob destin\u00e9e \u00e0 sa m\u00e8re, la femme Bouillot, domicili\u00e9e \u00e0 Paris, 24, rue Voltaire. Jacob semble y faire allusion. D&rsquo;autre part, les objets portant l&rsquo;adresse du transport\u00e9 Fau avaient \u00e9t\u00e9 d\u00e9pos\u00e9s au bureau de poste de la rue du Chemin-Vert dans le m\u00eame arrondissement et \u00e0 proximit\u00e9 de l&rsquo;adresse sus-indiqu\u00e9e. Quoi qu&rsquo;il en soit, des instructions ont \u00e9t\u00e9 donn\u00e9es pour qu&rsquo;une surveillance sp\u00e9ciale soit exerc\u00e9e sur le transport\u00e9 Jacob, ainsi que sur les condamn\u00e9s d\u00e9sign\u00e9s dans la correspondance intercept\u00e9e, et dont l&rsquo;individualit\u00e9 a pu \u00eatre d\u00e9voil\u00e9e.<\/p>\n<hr size=\"1\" \/><a name=\"_ftn1\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Sans doute a-t-il re\u00e7u de bonnes nouvelles quant aux d\u00e9marches entreprises par sa m\u00e8re aupr\u00e8s des minist\u00e8res (voir article LIBEREZ MON FILS, 26 avril 2008).<\/p>\n<p><a name=\"_ftn2\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> Il s&rsquo;agit de Ferrand.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn3\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> La d\u00e9tention pr\u00e9ventive de Jacob pour le meurtre de Capeletti avait commenc\u00e9 le 30 janvier 1909.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn4\" href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a> Jacob parle bien \u00e9videmment du poison que Capeletti lui faisait ingurgiter avant qu&rsquo;il ne le d\u00e9masque et ne le tue.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn5\" href=\"#_ftnref5\">[5]<\/a> Nom de code assez transparent pour les \u00eeles du Salut.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn6\" href=\"#_ftnref6\">[6]<\/a> S\u00e9bastien Faure\u00a0?<\/p>\n<p><a name=\"_ftn7\" href=\"#_ftnref7\">[7]<\/a> Charles Malato\u00a0?<\/p>\n<p><a name=\"_ftn8\" href=\"#_ftnref8\">[8]<\/a> Nom de code pour d\u00e9signer la police.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn9\" href=\"#_ftnref9\">[9]<\/a> Il avait fait changer le contenu de la gamelle empoisonn\u00e9e pour mieux accuser Jacob qui retirera sa plainte lors de la s\u00e9ance du 5 octobre 1909 du tribunal militaire sp\u00e9cial.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn10\" href=\"#_ftnref10\">[10]<\/a> Nom de code.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn11\" href=\"#_ftnref11\">[11]<\/a> Il s&rsquo;agit de Capeletti. Le lecteur comparera en d\u00e9finitive cette version des faits \u00e0 celle qu&rsquo;Antoine Mesclon relate dans son ouvrage <em>Comment j&rsquo;ai subi quinze ans de bagne<\/em>, 1924, et \u00e0 celle que Jacob raconta \u00e0 Alain Sergent \u00e0 la fin des ann\u00e9es quarante. Notons enfin que le docteur Rousseau dans son ouvrage (<em>Un m\u00e9decin au bagne,<\/em> Fleury, 1930) inverse totalement la situation : Bonal assassinant Vinci apr\u00e8s la tentative d&rsquo;\u00e9vasion de Ferrand. Il reste enfin la version officielle de ces \u00e9v\u00e9nements telle qu&rsquo;elle nous est relat\u00e9e par la lettre du gouverneur de la Guyane du 20 avril 1910.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn12\" href=\"#_ftnref12\">[12]<\/a> C&rsquo;est-\u00e0-dire des armes.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn13\" href=\"#_ftnref13\">[13]<\/a> En mai 1910, L&rsquo;AP met la main sur deux revolvers, cach\u00e9s dans des boites de sardines, adress\u00e9s au for\u00e7at Fau, nom de code Madelon, et semble-t-il destin\u00e9s \u00e0 Jacob.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn14\" href=\"#_ftnref14\">[14]<\/a> En f\u00e9vrier 1910 la Seine quitta son lit, provoquant une des inondations parmi les plus destructrices que connurent Paris et sa r\u00e9gion.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn15\" href=\"#_ftnref15\">[15]<\/a> S\u00e9nateur des Bouches-du-Rh\u00f4ne de 1906 \u00e0 1930.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn16\" href=\"#_ftnref16\">[16]<\/a> Encore et toujours l&rsquo;affaire Capeletti.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn17\" href=\"#_ftnref17\">[17]<\/a> Jacob d\u00e9posera en effet un recours, qui sera imm\u00e9diatement rejet\u00e9, sit\u00f4t son retour de Saint-Joseph apr\u00e8s le jugement du 13 avril 1910. Confirmant de fait celui du 5 octobre 1909, il le condamne \u00e0 deux ans, l&rsquo;administration ne tenant pas compte de la d\u00e9tention pr\u00e9ventive qui avait dur\u00e9 quinze mois. Le r\u00e9clusionnaire ne quittera la cellule qu&rsquo;en juin 1912.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn18\" href=\"#_ftnref18\">[18]<\/a> Le 11 octobre 1909, sur le vapeur <em>Maroni<\/em> qui ram\u00e8ne Jacob et Ferrand aux Iles du Salut, le surveillant Bonal abat le for\u00e7at Vinci, Ferrand tente de s&rsquo;\u00e9vader en se jetant \u00e0 l&rsquo;eau, Jacob et Ferrand \u00e0 leur retour d\u00e9posent une plainte relatant l&rsquo;affaire.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn19\" href=\"#_ftnref19\">[19]<\/a> Personnage r\u00e9current pendant de longues ann\u00e9es dans la correspondance. Sa disparition est signal\u00e9e dans la lettre dat\u00e9e du 25 novembre 1918.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn20\" href=\"#_ftnref20\">[20]<\/a> Avocat d&rsquo;Ader, obscur comparse de Jacob acquitt\u00e9 au proc\u00e8s d&rsquo;Amiens. Les deux hommes \u00e9tabliront en 1932 une courte correspondance.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn21\" href=\"#_ftnref21\">[21]<\/a> Il s&rsquo;agit de la m\u00e9tamorphose de la soupe de lentilles en bouillon de b\u0153uf.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn22\" href=\"#_ftnref22\">[22]<\/a> Du proven\u00e7al : envoyer.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn23\" href=\"#_ftnref23\">[23]<\/a> Effectivement poursuivis, les deux hommes se disculperont de cette accusation lors de la session du 22 novembre 1911 du tribunal militaire sp\u00e9cial.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn24\" href=\"#_ftnref24\">[24]<\/a> Jacob comptait sur ce mat\u00e9riel pour pouvoir s&rsquo;\u00e9vader de Saint-Laurent au moment de son proc\u00e8s d&rsquo;octobre 1909. Mais quand bien m\u00eame le colis serait arriv\u00e9 \u00e0 temps, son poids \u00e9veilla la curiosit\u00e9 d&rsquo;un surveillant z\u00e9l\u00e9 : \u00ab Le pot aux roses d\u00e9couvert, l&rsquo;\u00e9motion fut grande parmi le personnel de la Tentiaire. \u00bb (Sergent, <em>Un anarchiste de la Belle Epoque<\/em>, Le Seuil, 1950, p. 153).<\/p>\n<p><!--[if gte mso 9]><xml> Normal   0         21         false   false   false      FR   X-NONE   X-NONE <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 9]><xml> <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 10]>\n\n\n\n<style>\n \/* Style Definitions *\/\n table.MsoNormalTable\n\t{mso-style-name:\"Tableau Normal\";\n\tmso-tstyle-rowband-size:0;\n\tmso-tstyle-colband-size:0;\n\tmso-style-noshow:yes;\n\tmso-style-priority:99;\n\tmso-style-parent:\"\";\n\tmso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;\n\tmso-para-margin:0cm;\n\tmso-para-margin-bottom:.0001pt;\n\tmso-pagination:widow-orphan;\n\tfont-size:11.0pt;\n\tfont-family:\"Calibri\",\"sans-serif\";\n\tmso-ascii-font-family:Calibri;\n\tmso-ascii-theme-font:minor-latin;\n\tmso-hansi-font-family:Calibri;\n\tmso-hansi-theme-font:minor-latin;\n\tmso-fareast-language:EN-US;}\n<\/style>\n\n<![endif]--><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le 25 d\u00e9cembre 1908, avertis par le for\u00e7at Ferranti, Alexandre Jacob et Joseph Ferrand surprennent le bagnard Capeletti en train d&rsquo;essayer de les empoisonner avec du datura mis dans leur plat de lentilles. 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