{"id":3813,"date":"2015-05-06T01:10:12","date_gmt":"2015-05-05T23:10:12","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=3813"},"modified":"2015-03-26T12:21:08","modified_gmt":"2015-03-26T10:21:08","slug":"sherlockholmesite","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2015\/05\/sherlockholmesite\/","title":{"rendered":"SherlockHolmesite"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/historia-819-mars-2015-2.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3815\" title=\"Historia n819 mars 2015\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/historia-819-mars-2015-2-229x300.jpg\" alt=\"\" width=\"118\" height=\"155\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/historia-819-mars-2015-2-229x300.jpg 229w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/historia-819-mars-2015-2.jpg 394w\" sizes=\"(max-width: 118px) 100vw, 118px\" \/><\/a>Et si, avec le mensuel <em>Historia<\/em>, on traversait la Manche\u00a0? Et si, comme Maurice Leblanc, Sir Arthur Conan Doyle n&rsquo;avait pas \u00e9t\u00e9 aussi imaginatif qu&rsquo;il y parait\u00a0? Et si le fameux d\u00e9tective coca\u00efnomane avait incontestablement exist\u00e9\u00a0? On pourrait bien \u00e9videmment mettre Londres dans une bouteille et se plonger au c\u0153ur de White Chapel o\u00f9 le vraiment vrai Sherlock Holmes, chirurgien \u00e9cossais de son \u00e9tat, aurait aider \u00e0 l&rsquo;arrestation d&rsquo;un suspect dans l&rsquo;affaire Jack l&rsquo;Eventreur\u00a0! Si, si, si &#8230; Pour amusant qu&rsquo;il soit, l&rsquo;amalgame entre Joseph Bell et sa transfiguration litt\u00e9raire\u00a0 proc\u00e8de du m\u00eame m\u00e9canisme qui fait d&rsquo;un honn\u00eate cambrioleur anarchiste un aventurier de papier, dandy, voleur et bourgeois. On savait lourdingue la lupinose, il n&rsquo;y avait pas de raison pour que la SherlockHolmesite soit plus l\u00e9g\u00e8re qu&rsquo;un m\u00e9chant rago\u00fbt de mouton \u00e0 la confiture de menthe ou qu&rsquo;un pav\u00e9 de pudding arros\u00e9 de cr\u00e8me anglaise.<!--more--><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/historia-819-mars-2015-6.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3814\" title=\"Historia n819 mars 2015\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/historia-819-mars-2015-6-213x300.jpg\" alt=\"\" width=\"110\" height=\"155\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/historia-819-mars-2015-6-213x300.jpg 213w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/historia-819-mars-2015-6.jpg 453w\" sizes=\"(max-width: 110px) 100vw, 110px\" \/><\/a><strong>Historia<\/strong><\/p>\n<p>N\u00b0819, mars 2015<\/p>\n<p><strong>Joseph Bell<\/strong><\/p>\n<p><strong>Le vrai Sherlock Holmes<\/strong><\/p>\n<p><em>OBSERVATEUR HORS PAIR, CE CHIRURGIEN \u00c9COSSAIS FONDE SA PRATIQUE SUR LE RAISONNEMENT.<\/em><em> ET S&rsquo;IL AIDE PARFOIS LA POLICE, C&rsquo;EST SURTOUT SON HUMANISME QUI IMPOSE LE RESPECT. UN MOD\u00c8LE PASS\u00c9 \u00c0 LA LOUPE.<\/em><\/p>\n<p>PAR <strong>Martine Devillers-Argouarc&rsquo;h<\/strong><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0C&rsquo;est \u00e0 vous, assur\u00e9\u00adment, que je dois Sherlock Holmes ! \u00bb Cet aveu retentis\u00adsant aurait pu res\u00adter longtemps nich\u00e9 au creux de la longue lettre qu&rsquo;Arthur Conan Doyle adresse \u00e0 son \u00abcher mon\u00adsieur Bell\u00bb un jour de mai 1892. Mais, peu apr\u00e8s, l&rsquo;auteur d&rsquo;<em>Une \u00e9tude en rouge se<\/em> confie \u00e0 Harry How, journaliste du <em>Strand Maga\u00adzine<\/em> venu l&rsquo;interviewer chez lui.<\/p>\n<p>Il \u00e9voque son exp\u00e9rience sur un baleinier dans l&rsquo;Arctique, son retour \u00e0 la facult\u00e9 de m\u00e9decine en octobre 1878 et sa rencontre avec le professeur qui lui a servi de mod\u00e8le. Il lui montre le por\u00adtrait de cet homme qui r\u00e9p\u00e9tait : \u00abLes yeux et les oreilles sont faits pour voir et entendre, la m\u00e9moire pour enregistrer les impressions re\u00e7ues par les sens, et l&rsquo;imagina\u00adtion pour forger une th\u00e9orie. \u00bb Un visage anguleux, le nez busqu\u00e9 et le regard per\u00e7ant. Doyle explique : \u00ab J&rsquo;\u00e9tais son assistant, j&rsquo;interro\u00adgeais les patients de la consulta\u00adtion externe, mais le D<sup>r<\/sup> Bell en apprenait plus en quelques coups d&rsquo;\u0153il que moi-m\u00eame avec toutes mes questions ! \u00bb Une confidence anodine s&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait question de celui dont tout le monde parle : Sherlock Holmes, le d\u00e9tective qui r\u00e9volutionne le genre. Pour Harry How, l&rsquo;affaire ne peut en rester l\u00e0. Il doit rencontrer ce Joseph Bell.<\/p>\n<p><strong>D\u00e8s le lendemain, Doyle mesure les cons\u00e9quences possibles <\/strong>de cette indiscr\u00e9tion. Il s&rsquo;en excuse aussi\u00adt\u00f4t dans une lettre \u00e0 son profes\u00adseur: \u00ab Je serais vraiment navr\u00e9 de vous voir importun\u00e9 parce que je me suis servi de vos enseigne\u00adments ! \u00bb Trop tard. Le mal est fait. Pour la presse, un bin\u00f4me existe que rien ne s\u00e9parera plus jamais: D<sup>r<\/sup> Bell et M<sup>r<\/sup> Holmes&#8230; La vie de cet homme bien plus modeste et bienveillant que son double litt\u00e9\u00adraire prend une autre tournure.<\/p>\n<p>Le personnage qui d\u00e9sormais lui colle \u00e0 la peau lui arrache un cri du c\u0153ur: \u00ab J&rsquo;esp\u00e8re que ceux qui me connaissent me voient sous un meilleur jour que Conan Doyle! \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Joe \u00bb Bell ne prend pas de coca\u00efne, ne range pas ses cigares dans un seau \u00e0 charbon ni son tabac dans une pantoufle per\u00adsane. Et si, avec son macfarlane et sa casquette de tweed \u00e0 rabats, il ressemble \u00e0 s&rsquo;y m\u00e9prendre \u00e0 l&rsquo;image du c\u00e9l\u00e8bre d\u00e9tective, ses yeux expriment une affectueuse bienveillance qui n&rsquo;a rien d&rsquo;holm\u00e9sien. Comme son humour, che\u00advill\u00e9 au corps : \u00e0 un clochard qui veut un justificatif pour une allo\u00adcation, il donne un certificat attestant qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un cas typique d&rsquo;\u00ab inertie \u00bb &#8211; et l&rsquo;assortit d&rsquo;une prescription : le patient est vive\u00adment encourag\u00e9 \u00e0&#8230; travailler !<\/p>\n<p>En 1893, \u00e0 la question \u00ab Votre vie \u00e0 vous a-t-elle \u00e9t\u00e9 plac\u00e9e sous le signe de l&rsquo;aventure ? \u00bb, il r\u00e9pond tranquillement par la n\u00e9gative et r\u00e9sume en quelques mots les d\u00e9tails d&rsquo;une existence qu&rsquo;il vou\u00addrait banale : des \u00e9tudes sup\u00e9\u00adrieures, un dipl\u00f4me \u00e0 22 ans, apr\u00e8s deux ann\u00e9es comme assistant d\u00e9monstrateur d&rsquo;anatomie \u00e0 l&rsquo;uni\u00adversit\u00e9 d&rsquo;\u00c9dimbourg, et ensuite l&rsquo;Infirmerie royale, en tant qu&rsquo;in\u00adterne d&rsquo;abord, puis chirurgien attach\u00e9 et sp\u00e9cialiste consultant. Il ne dit pas, bien s\u00fbr, qu&rsquo;avant sa naissance, en 1837, sa famille compte d\u00e9j\u00e0 trois g\u00e9n\u00e9rations de chirurgiens illustres, avec une alternance de Ben\u00adjamin et de Joseph, et qu&rsquo;entre l&rsquo;Infirmerie royale et le prestigieux Royal College of Surgeons, dont son p\u00e8re a assur\u00e9 la pr\u00e9\u00adsidence, les Bell sont devenus une v\u00e9ritable institution locale.<\/p>\n<p><strong>Sa modestie l&rsquo;incite aussi \u00e0 pas\u00adser sous silence sa formation <\/strong>aupr\u00e8s des grands noms de la m\u00e9decine d&rsquo;\u00c9dimbourg: James Syme, son mentor, r\u00e9put\u00e9 pour la finesse de son diagnostic, Joseph Lis\u00adter, qui d\u00e9veloppera bient\u00f4t le concept d&rsquo;antisepsie chirurgicale et s&rsquo;int\u00e9resse de pr\u00e8s aux soins postop\u00e9ratoires, et James Simp\u00adson, premier obst\u00e9tricien \u00e0 utili\u00adser le chloroforme contre les dou\u00adleurs de l&rsquo;enfantement. Un ami de son p\u00e8re lui donne un conseil :<\/p>\n<p>\u00ab Reste avec Syme. Ne le quitte pas d&rsquo;une semelle. \u00bb Impressionn\u00e9 par la curiosit\u00e9 du jeune homme et son int\u00e9r\u00eat pour sa m\u00e9thode &#8211; un examen clinique soumis \u00e0 un bon sens imparable -, Syme prend Bell comme assistant \u00e0 l&rsquo;In\u00adfirmerie royale. Ce chirurgien brillant qui \u00e9l\u00e8ve le tr\u00e8s petit au rang de dignit\u00e9 majeure (\u00ab jamais il ne laisse perdre un seul mot, une seule goutte d&rsquo;encre ou de sang \u00bb) deviendra, en partie gr\u00e2ce \u00e0 Joseph Bell, une figure famili\u00e8re de la m\u00e9decine de l&rsquo;\u00e9poque. C&rsquo;est aupr\u00e8s de Syme que Bell apprend \u00e0 observer, tirer des conclusions et exposer clairement. Une limpidit\u00e9 oratoire qui lui vaut une ovation lorsqu&rsquo;il soutient sa th\u00e8se sur le cancer \u00e9pith\u00e9lial devant la Royal Medical Society, toujours avare d&rsquo;\u00e9loges et d&rsquo;effusions.<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/historia-819-mars-2015-5.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3816\" title=\"Historia n819 mars 2015\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/historia-819-mars-2015-5.jpg\" alt=\"\" width=\"87\" height=\"143\" \/><\/a>En octobre 1860, conscient de la p\u00e9nurie de soins, <\/strong>il profite de la renomm\u00e9e acquise apr\u00e8s la paru\u00adtion d&rsquo;un article sur les tumeurs orbitales dans la prestigieuse <em>Edinburg Medical Review<\/em> pour soutenir Florence Nightingale et son projet de cr\u00e9ation d&rsquo;une \u00e9cole pour infirmi\u00e8res \u00e0 Londres, la Nightingale School. Ma\u00eetre de conf\u00e9rences fort appr\u00e9ci\u00e9 de ses \u00e9l\u00e8ves, Bell n&rsquo;est pas un profes\u00adseur comme les autres. Il solli\u00adcite les aptitudes intellectuelles, innove sans arr\u00eat, insiste sur l&rsquo;observation : \u00ab Vos yeux, mes\u00adsieurs, servez-vous-en! La fiole que voici renferme une drogue puissante au go\u00fbt tr\u00e8s amer. Je vous demanderai de la sentir et de la go\u00fbter, comme moi. \u00bb Il trempe son doigt dans le liquide, le porte \u00e0 la bouche, esquisse une grimace et fait circuler le flacon. Puis, devant la mine un peu pinc\u00e9e des \u00e9tudiants qui se sont pli\u00e9s \u00e0 l&rsquo;ex\u00adp\u00e9rience, il l\u00e2che: \u00ab Messieurs, vous ne savez pas observer, sinon vous auriez vu que, si j&rsquo;ai plong\u00e9 mon index dans le liquide, c&rsquo;est le majeur que j&rsquo;ai port\u00e9 aux l\u00e8vres ! \u00bb Le m\u00eame hiver, on le solli\u00adcite pour seconder des forces de police encore embryonnaires. En 1864, apr\u00e8s le chol\u00e9ra, \u00c9dimbourg conna\u00eet une \u00e9pid\u00e9mie de dipht\u00e9rie. Bell travaille sans rel\u00e2che pour aider les enfants \u00e0 lutter contre la fausse membrane qui, malgr\u00e9 la r\u00e9cente pratique de la trach\u00e9otomie, tapisse leur pharynx et finit par les \u00e9touffer. D\u00e9licatement, \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;une pipette qu&rsquo;il met au point lui-m\u00eame, il aspire la masse meurtri\u00e8re&#8230; et tombe gravement malade \u00e0 son tour, faute de s&rsquo;\u00eatre suffisamment prot\u00e9g\u00e9.<\/p>\n<p>En 1865, Bell qui garde de sa paralysie postdipht\u00e9rique une d\u00e9marche saccad\u00e9e et une voix aux aigus discordants, comme Holmes, se consacre \u00e0 un nouveau hobby\u00a0: l&rsquo;analyse graphologique, comme Holmes encore. Et il \u00e9pouse Edith, avec qui il arpente longuement la campagne. L&rsquo;enseignement lui tenant de plus en plus \u00e0 c\u0153ur, il cr\u00e9e une nouvelle classe de chirurgie op\u00e9ratoire. Transportant\u00a0 Edinburgh les efforts de Florence Nightingale, il d\u00e9cide d&rsquo;enseigner lui-m\u00eame au personnel soignant f\u00e9minin de l&rsquo;Infirmerie royale.<\/p>\n<p><strong>Depuis la suppression des monas\u00adt\u00e8res au Moyen Age, <\/strong>les infirmi\u00e8res sont plut\u00f4t consid\u00e9r\u00e9es comme des domestiques. Mal log\u00e9es, mal nourries, elles ne re\u00e7oivent souvent aucune formation.<\/p>\n<p>Alors Joseph Bell les emm\u00e8ne le dimanche matin pour sa tour\u00adn\u00e9e des salles, s&rsquo;int\u00e9resse \u00e0 leurs conditions de vie, veille \u00e0 la qua\u00adlit\u00e9 de leur travail&#8230; sans \u00eatre dupe : il sait reconna\u00eetre l&rsquo;authen\u00adticit\u00e9 d&rsquo;une vocation et perd faci\u00adlement patience en face de jeunes <em>ladies<\/em> venues uniquement pour arborer leur bel uniforme.<\/p>\n<p>Le D<sup>r<\/sup> Bell d\u00e9teste l&rsquo;hypocrisie. Il veut voir dans leurs yeux \u00e0 toutes une \u00e9tincelle de compr\u00e9hension, un r\u00e9el d\u00e9sir d&rsquo;apprendre et une vraie capacit\u00e9 \u00e0 observer.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1869, il reprend la chaire de chirurgie clinique que Syme, malade, a laiss\u00e9e vacante et devient examinateur du Royal Col\u00adlege of Surgeon, poste qui requiert un maximum de comp\u00e9tences. L&rsquo;ann\u00e9e suivante, son confr\u00e8re Patrick H\u00e9ron Watson prend fait et cause pour Sophia Jex-Blake, une jeune femme d\u00e9cid\u00e9e, avec six autres, \u00e0 fr\u00e9quenter les bancs de l&rsquo;\u00e9cole de m\u00e9decine d&rsquo;\u00c9dimbourg au m\u00eame titre que les hommes. Lorsque les jeunes filles sont enfin autoris\u00e9es \u00e0 suivre les cours des professeurs qui accepteront de les instruire, Joe Bell est le pre\u00admier \u00e0 proposer de leur enseigner l&rsquo;anatomie et la chirurgie. Mais il se montre aussi plus s\u00e9v\u00e8re avec elles. Parfois, le ton est cinglant: \u00ab Rentrez chez vous ! Vos connais\u00adsances sont trop insuffisantes pour que l&rsquo;on puisse esp\u00e9rer vous apprendre quelque chose ! \u00bb<\/p>\n<p>En 1873, Bell est nomm\u00e9 r\u00e9dacteur en chef du <em>Edinburgh Medical Journal.<\/em> L&rsquo;ann\u00e9e sui\u00advante, \u00c9dith meurt d&rsquo;une p\u00e9rito\u00adnite puerp\u00e9rale. Du jour au lende\u00admain, la tignasse brune du professeur vire au blanc. Il ne sera jamais plus le m\u00eame homme.<\/p>\n<p><a name=\"bookmark0\"><strong>Au cours des ann\u00e9es suivantes, il prend en charge le tout nouveau service de chirurgie p\u00e9diatrique <\/strong><\/a>de l&rsquo;H\u00f4pital des enfants malades et multiplie ses interventions au service de la Couronne avec un autre de ses confr\u00e8res, le D<sup>r<\/sup> Henry Littlejohn, professeur de m\u00e9de\u00adcine l\u00e9gale et de sant\u00e9 publique qui n&rsquo;aime rien tant que d&#8217;emme\u00adner ses \u00e9tudiants sur les sc\u00e8nes de crime. Pourtant, de cette acti\u00advit\u00e9-l\u00e0, dont il nie le caract\u00e8re offi\u00adciel, Bell dira seulement qu&rsquo;elle d\u00e9coule de sa profonde amiti\u00e9 pour Littlejohn, lequel aime \u00ab dis\u00adposer d&rsquo;un second point de vue \u00bb. En 1888, ils partent ensemble sur les traces de Jack l&rsquo;\u00c9ventreur&#8230; et finissent par donner le nom d&rsquo;un suspect \u00e0 Scotland Yard. Une semaine apr\u00e8s, la s\u00e9rie meurtri\u00e8re prend fin. Co\u00efncidence ?<\/p>\n<p>D\u00e9j\u00e0, Sherlock Holmes a fait son apparition. En campant son personnage, Arthur Conan Doyle pensait au visage aquilin de son professeur et \u00e0 sa curieuse mani\u00e8re de s&rsquo;attacher aux d\u00e9tails. Pourtant, en juin 1892, Joseph Bell r\u00e9pond \u00e0 Harry How, le jour\u00adnaliste du <em>Strand Magazine<\/em> :<\/p>\n<p>\u00ab Gr\u00e2ce \u00e0 sa flamboyante imagi\u00adnation, le D<sup>r<\/sup> Conan Doyle est par\u00advenu \u00e0 faire une montagne de petits riens, et le souvenir cha\u00adleureux qu&rsquo;il garde de son vieux professeur a ajout\u00e9 du panache&#8230; mais il m&rsquo;est bien moins redevable qu&rsquo;il ne le pense ! \u00bb<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/historia-819-mars-2015-1.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3817\" title=\"Historia n819 mars 2015\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/historia-819-mars-2015-1-200x300.jpg\" alt=\"\" width=\"100\" height=\"151\" \/><\/a>Esquisse graphologique<\/strong><\/p>\n<p>De cette lettre dat\u00e9e de 1893 &#8211; Joseph Bell est alors \u00e2g\u00e9 de 56 ans -, il \u00e9mane d&#8217;embl\u00e9e une forte personnalit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;intelligence percutante. Bell se distingue par un esprit clair, r\u00e9fl\u00e9chi, novateur. Son sens aigu de l&rsquo;observation, sa curiosit\u00e9 toujours en alerte favorisent une diversit\u00e9 d&rsquo;angles de vue dont il fait judicieusement l&rsquo;analyse et la synth\u00e8se. Perspicace, intuitif, clairvoyant et logique dans la compr\u00e9\u00adhension des faits, il \u00e9tablit avec ing\u00e9niosit\u00e9 et bon sens des relations de cause \u00e0 effet.<\/p>\n<p>Rude \u00e0 la t\u00e2che, il aime les d\u00e9fis, s&rsquo;implique avec autant de passion combative que de d\u00e9termination, sans pour autant manquer de recul. Il est m\u00e9thodique, organis\u00e9, tenace. Il en impose par son pouvoir de persuasion et peut par impatience et nervosit\u00e9 avoir des r\u00e9actions directes et tranchantes. \u00c9mo\u00adtif et plus affectif qu&rsquo;il n&rsquo;y para\u00eet, il est r\u00e9serv\u00e9. Parfois peu disert, voire froid et distant, il n&rsquo;est pas enclin \u00e0 s&rsquo;\u00e9pancher ni \u00e0 s&rsquo;attendrir sur lui-m\u00eame. Une attitude contrastant avec sa capacit\u00e9 de compr\u00e9hension et d&rsquo;\u00e9coute.<\/p>\n<p>Sa nature quelque peu aust\u00e8re trouve dans des moments de solitude un ressourcement n\u00e9cessaire ainsi qu&rsquo;un temps pour approfondir et nourrir sa r\u00e9flexion. Attach\u00e9 \u00e0 des principes, arm\u00e9 d&rsquo;une rigueur g\u00e9n\u00e9ratrice d&rsquo;exigences tr\u00e8s qualitatives envers lui et les autres, c&rsquo;est un homme droit. Si, de ce gra\u00adphisme, il ressort de l&#8217;empathie, notamment dans le trait, on peut aussi d\u00e9celer dans les forts appuis et les all\u00e9gements la marque d&rsquo;une r\u00e9ceptivit\u00e9 hors norme et d&rsquo;une intelligence qui comprend en un \u00e9clair le n\u0153ud d&rsquo;une situation.<\/p>\n<p>Monique Riley et Myriam Surville, graphologues-conseils<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Et si, avec le mensuel Historia, on traversait la Manche\u00a0? Et si, comme Maurice Leblanc, Sir Arthur Conan Doyle n&rsquo;avait pas \u00e9t\u00e9 aussi imaginatif qu&rsquo;il y parait\u00a0? Et si le fameux d\u00e9tective coca\u00efnomane avait incontestablement exist\u00e9\u00a0? 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