{"id":3794,"date":"2015-06-27T01:10:46","date_gmt":"2015-06-26T23:10:46","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=3794"},"modified":"2015-06-27T06:13:15","modified_gmt":"2015-06-27T04:13:15","slug":"1905-un-printemps-en-rouge-et-noir-a-limoges","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2015\/06\/1905-un-printemps-en-rouge-et-noir-a-limoges\/","title":{"rendered":"1905, un printemps en rouge et noir \u00e0 Limoges"},"content":{"rendered":"<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n153-janvier-mars-2008-1.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3795\" title=\"Gavroche n153 janvier-mars 2008\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n153-janvier-mars-2008-1-203x300.jpg\" alt=\"\" width=\"129\" height=\"191\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n153-janvier-mars-2008-1-203x300.jpg 203w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n153-janvier-mars-2008-1.jpg 411w\" sizes=\"(max-width: 129px) 100vw, 129px\" \/><\/a>Gavroche<\/strong><\/p>\n<p>N\u00b0153, janvier-mars 2008, p.9-13<\/p>\n<p><strong>1905, un printemps en rouge et noir \u00e0 Limoges<\/strong><\/p>\n<p>Mars-avril 1905. Une gr\u00e8ve des ouvriers des usines de porcelaine de Limoges se transforme en bataille rang\u00e9e dans les rues de la ville entre les manifestants et l&rsquo;arm\u00e9e. Retour sur les \u00e9v\u00e9nements et leur traitement photographique. A l&rsquo;initiative de quelques associations cultu\u00adrelles, d&rsquo;associations d&rsquo;historiens, les \u00e9v\u00e9\u00adnements, les \u00ab \u00e9meutes \u00bb qui ont marqu\u00e9 la ville au printemps 1905 et qui ont laiss\u00e9 une empreinte dans la m\u00e9moire collective ont \u00e9t\u00e9 revisit\u00e9s, rejou\u00e9s et r\u00e9envisag\u00e9s. Ils ont fait l&rsquo;objet, par ailleurs, de discr\u00e8tes comm\u00e9mora\u00adtions officielles.<!--more--><\/p>\n<p>Un <strong>contexte social et politique de revendications ouvri\u00e8res<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Les \u00ab troubles \u00bb de 1905 s&rsquo;inscrivent dans un contexte national et local marqu\u00e9 par des mutations importantes dans les modes de produc\u00adtion, par la multiplicit\u00e9 des conflits du travail, \u00ab <em>l&rsquo;engouement pour la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale<a name=\"_ftnref1\" href=\"#_ftn1\"><strong>[1]<\/strong><\/a><\/em> \u00bb et l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;un syndicalisme non corporatiste.<\/p>\n<p>La ville conna\u00eet, comme dans tout le pays, des gr\u00e8ves multiples et r\u00e9p\u00e9t\u00e9es soutenues par les syndicats et la bourse du travail. Depuis les ann\u00e9es 1870, des chambres syndicales se sont constitu\u00e9es dans les diff\u00e9rents secteurs indus\u00adtriels. Elles assument la fonction de mutuelle, de fonds de ch\u00f4mage, de d\u00e9fense des int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques et professionnels. En 1895, les syndicats rejoignent la CGT, nouvellement constitu\u00e9e lors de son congr\u00e8s \u00e0 Limoges. La bourse du travail est tr\u00e8s active. Elle regroupe environ 3500 syndiqu\u00e9s.<\/p>\n<p>Par ailleurs, les ouvriers participent \u00e0 la vie politique et se montrent actifs dans la vie des cercles (qui deviendront les partis politiques) et plus particuli\u00e8rement le Cercle de l&rsquo;union d\u00e9mo\u00adcratique des travailleurs, plut\u00f4t r\u00e9formiste, et le Cercle des r\u00e9publicains socia\u00adlistes, qui va int\u00e9grer le parti ouvrier de Jules Guesde, aux positions plus r\u00e9volutionnaires.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n153-janvier-mars-2008-2.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3799\" title=\"Gavroche n153 janvier-mars 2008\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n153-janvier-mars-2008-2-300x225.jpg\" alt=\"\" width=\"154\" height=\"115\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n153-janvier-mars-2008-2-300x225.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n153-janvier-mars-2008-2.jpg 428w\" sizes=\"(max-width: 154px) 100vw, 154px\" \/><\/a>La mairie est depuis 1895 aux mains des socia\u00adlistes mod\u00e9r\u00e9s en la personne d&rsquo;\u00c9mile Labussi\u00e8re. Le parti guesdiste se radicalise et les affrontements entre les deux courants sont vio\u00adlents. La bourse du travail passe en ce d\u00e9but de si\u00e8cle sous le contr\u00f4le des socialistes r\u00e9volution\u00adnaires. La notion de lutte des classes appara\u00eet dans son r\u00e8glement en 1903 et un soutien tr\u00e8s actif est apport\u00e9 aux gr\u00e8ves.<\/p>\n<p>A ce contexte favorable aux id\u00e9es d&rsquo;\u00e9mancipa\u00adtion de la classe ouvri\u00e8re s&rsquo;ajoute une tradition antimilitariste dans la ville li\u00e9e \u00e0 la r\u00e9pression exerc\u00e9e par l&rsquo;arm\u00e9e au cours du si\u00e8cle pr\u00e9c\u00e9dent (en 1848, 1851, 1871&#8230;). Le courant anarcho-syndicaliste entretient et d\u00e9veloppe \u00ab <em>la force de l&rsquo;antimilitarisme populaire \u00bb.<\/em><\/p>\n<p>Limoges, en ce d\u00e9but de si\u00e8cle, est une ville industrielle o\u00f9 dominent les manufactures de porcelaine et les usines de chaussures. L&rsquo;industrie de la porcelaine est en plein essor. La modernisation progressive au cours des d\u00e9cen\u00adnies pr\u00e9c\u00e9dentes de l&rsquo;outil de fabrication, avec l&rsquo;introduction de la m\u00e9canisation et la concentra\u00adtion des lieux de production, a permis d&rsquo;augmen\u00adter la productivit\u00e9, mais a modifi\u00e9 profond\u00e9ment les conditions de travail et les rapports sociaux \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de l&rsquo;usine.<\/p>\n<p>La machine disqualifie les savoir-faire tradi\u00adtionnels et soumet l&rsquo;ouvrier aux cadences et au contr\u00f4le du temps travaill\u00e9. Le syst\u00e8me se hi\u00e9rar\u00adchise et les distances entre le patron et les ouvriers s&rsquo;accroissent. A l&rsquo;int\u00e9rieur m\u00eame du monde ouvrier, se d\u00e9veloppent des niveaux de qualification et de salaire tr\u00e8s diff\u00e9renci\u00e9s entre les ouvriers qualifi\u00e9s, les diff\u00e9rents types de man\u0153uvres, les femmes et les enfants apprentis. Une figure, qui va \u00eatre centrale dans le conflit, \u00e9merge, celle du contrema\u00eetre. Charg\u00e9 d&rsquo;enca\u00addrer la production, il incarne au quotidien l&rsquo;auto\u00adrit\u00e9 qui impose ce processus.<\/p>\n<p>Les multiples gr\u00e8ves que connaissent la ville et m\u00eame le d\u00e9partement (par exemple, les luttes sociales \u00e0 Saint-Junien autour de la ganterie) depuis le d\u00e9but du si\u00e8cle portent bien \u00e9videmment sur les conditions de travail, les r\u00e9mun\u00e9ra\u00adtions, mais surtout se r\u00e9v\u00e8lent des conflits d&rsquo;autorit\u00e9 dirig\u00e9s contre cette figure du contre\u00adma\u00eetre exer\u00e7ant un pouvoir jug\u00e9 tyrannique et arbitraire. Le d\u00e9but de l&rsquo;ann\u00e9e 1905 conna\u00eet une recrudescence des conflits dirig\u00e9s contre les chefs d&rsquo;atelier.<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n153-janvier-mars-2008-4.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3798\" title=\"Gavroche n153 janvier-mars 2008\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n153-janvier-mars-2008-4-213x300.jpg\" alt=\"\" width=\"108\" height=\"153\" \/><\/a>Le printemps rouge de Limoges<\/strong><\/p>\n<p>Les troubles dans l&rsquo;entreprise de porcelaine Th\u00e9odore Haviland \u00e0 la fin du mois de mars vont d\u00e9clencher les \u00e9v\u00e9nements. Apr\u00e8s le ren\u00advoi de trois peintres sur porcelaine puis leur r\u00e9int\u00e9gration, le conflit s&rsquo;amplifie, quelques jours plus tard, dans le m\u00eame atelier autour de la pr\u00e9sence du contrema\u00eetre \u00e0 l&rsquo;origine du ren\u00advoi des ouvriers. Le contrema\u00eetre est aussi accus\u00e9 d&rsquo;exercer \u00ab <em>un droit de cuissage \u00bb<\/em> sur les ouvri\u00e8res de l&rsquo;atelier. La solidarit\u00e9 ouvri\u00e8re s&rsquo;organise et se d\u00e9veloppe de mani\u00e8re bruyante et parfois festive autour des entreprises en gr\u00e8ve.<\/p>\n<p>Face \u00e0 la mont\u00e9e en puissance des revendica\u00adtions, les patrons r\u00e9agissent et d\u00e9cident le lock-out le 13 avril. Des milliers d&rsquo;ouvriers sont au ch\u00f4mage. D\u00e8s le lendemain, les manifestants occupent la rue, visitent les diff\u00e9rentes entre\u00adprises de porcelaine. Le 15, ils envahissent l&rsquo;usine de Th\u00e9odore Haviland, conspuent le patron et br\u00fblent son automobile. Le pr\u00e9fet des\u00adsaisit alors le maire de ses pouvoirs de police et fait appel \u00e0 l&rsquo;arm\u00e9e pour r\u00e9tablir l&rsquo;ordre. Cette d\u00e9cision est d&rsquo;autant plus mal v\u00e9cue qu&rsquo;au mois de f\u00e9vrier pr\u00e9c\u00e9dent a \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 \u00e0 Limoges un responsable r\u00e9put\u00e9 pour ses positions conserva\u00adtrices, le g\u00e9n\u00e9ral Tournier. Son arriv\u00e9e avait d&rsquo;ailleurs fait l&rsquo;objet de manifestations antimilita\u00adristes. Les heurts entre les manifestants et l&rsquo;arm\u00e9e vont se multiplier, des barricades se dressent, deux armureries sont pill\u00e9es, des suspects sont arr\u00eat\u00e9s. Une fusillade met fin \u00e0 ces affrontements. Les soldats tirent dans la foule. Camille Vardelle, un jeune ouvrier en porcelaine venu observer les affrontements, tombe sous les balles de l&rsquo;arm\u00e9e.<\/p>\n<p>Tel un rituel sacrificiel, la mort de ce jeune ouvrier et les fun\u00e9railles publiques qui lui sont consacr\u00e9es vont mettre un terme aux \u00e9meutes. Le travail reprend dans les usines de porcelaine sans que les ouvriers obtiennent gain de cause sur d&rsquo;autres revendications que l&rsquo;\u00e9loignement du contrema\u00eetre honni et le fait de ne pas \u00eatre licenci\u00e9s pour faits de gr\u00e8ves.<\/p>\n<p>Annette MARSAC et Vincent BROUSSE<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n153-janvier-mars-2008-5.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3797\" title=\"Gavroche n153 janvier-mars 2008\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n153-janvier-mars-2008-5-300x191.jpg\" alt=\"\" width=\"203\" height=\"129\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n153-janvier-mars-2008-5-300x191.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n153-janvier-mars-2008-5.jpg 441w\" sizes=\"(max-width: 203px) 100vw, 203px\" \/><\/a>1905 photographi\u00e9, une r\u00e9alit\u00e9 imparfaite<\/strong><\/p>\n<p>Il y a 49 photographies des \u00e9v\u00e9nements de 1905 \u00e0 Limoges, presque toutes \u00e9dit\u00e9es en cartes postales, pour \u00eatre vendues, par les \u00e9diteurs locaux tels que Batier, en cinq s\u00e9ries. Plus de 75, pour l&rsquo;ensemble de l&rsquo;ann\u00e9e 1905 si on int\u00e8gre les photos du conflit Beaulieu, r\u00e9alis\u00e9es en mai, celles du 1<sup>er<\/sup> mai 1905 sur la tombe de Vardelle et les 3 des \u00ab restaurants communistes \u00bb, r\u00e9alis\u00e9es apr\u00e8s le 27 mai 1905, pour le conflit Monteux.<\/p>\n<p>Pour le photographe, 1905 d\u00e9bute au lende\u00admain de la journ\u00e9e du 15 avril. Les traces des violences de la veille sont immortalis\u00e9es : car\u00adcasse de la voiture incendi\u00e9e de Th\u00e9odore Haviland, armurerie pill\u00e9e, barricades de l&rsquo;actuelle rue Fran\u00e7ois-Perrin, cadavre de la jument occise. L&rsquo;\u00e9v\u00e9nement est en train de se cr\u00e9er. On remarquera \u00e9galement que les toutes premi\u00e8res photos prises chronologiquement le sont le 16 pour rendre compte des \u00e9v\u00e9nements du 15. Rappelons rapidement que le jeudi 13 avril, 22 patrons porcelainiers appliquent le lock-out, que le 14 des chasses aux \u00ab jaunes, ren\u00e9gats \u00bb interviennent et que le samedi 15 d\u00e9butent les \u00e9v\u00e9nements photographi\u00e9s :<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 la voiture incendi\u00e9e de Th\u00e9odore Haviland ;<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 les barricades de l&rsquo;ancienne route d&rsquo;Aixe (l&rsquo;actuelle rue Fran\u00e7ois-Perrin) ;<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 l&rsquo;une des armureries pill\u00e9es, Geanty.<\/p>\n<p>Ce n&rsquo;est pas le social qui fait l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement, mais le fait divers, et de ce point de vue, d&rsquo;avril 1905 \u00e0 mai 1968, il y a similitude dans le traitement par la presse. \u00ab Les faits et les images instantan\u00e9es amplifient la peur de la bourgeoisie \u00bb comme l&rsquo;\u00e9crit Alain Monteaux. Les voitures incendi\u00e9es de la rue Gay-Lussac \u00e0 Paris font \u00e9cho \u00e0 la voiture incendi\u00e9e d&rsquo;Haviland.<\/p>\n<p>Le 17, l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement est anticip\u00e9 car on peut en deviner une partie du d\u00e9roulement. Un photographe attend devant le cirque place Jourdan pour la tenue du grand meeting en d\u00e9but d&rsquo;apr\u00e8s-midi et se trouve sur le passage du cort\u00e8ge se rendant \u00e0 la Pr\u00e9fecture. Mais, lorsque la manifestation d\u00e9g\u00e9n\u00e8re en \u00e9meute, il n&rsquo;y a plus personne pour en garder la trace. D&rsquo;une part la nuit est en train de tomber, d&rsquo;autre part la foule tumultueuse, les mouvements impr\u00e9visibles, la m\u00eal\u00e9e agit\u00e9e, l&rsquo;\u00e9clatement de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement sur plusieurs sites emp\u00eachent le travail du photographe. Le dessin de presse prend alors le relais. Ce n&rsquo;est que le lendemain matin que le spectacle des rues saccag\u00e9es et du d\u00e9ploiement des troupes donne une id\u00e9e des violences de la veille. Les barricades retiennent particuli\u00e8rement l&rsquo;attention des photographes. Images de la r\u00e9volte, symboles d&rsquo;un peuple qui se dresse, elles figurent pas moins de vingt fois dans ce corpus.<\/p>\n<p>Le 19, lors des fun\u00e9railles de Camille Vardelle, la photographie reprend ses droits. Le cort\u00e8ge avance lentement, le parcours est connu. L&rsquo;op\u00e9rateur a donc tout le temps de choisir des points de vue privil\u00e9giant soit l&rsquo;esth\u00e9tique (la ville de Limoges silhouett\u00e9e en arri\u00e8re-plan), soit le spectaculaire (la foule place Carnot), soit le politique (les couronnes et les drapeaux). \u00c0 la diff\u00e9rence des \u00e9v\u00e9nements du 17, c&rsquo;est l&rsquo;ensemble de l&rsquo;espace urbain, dans une symbolique unanimiste et endeuill\u00e9e (les t\u00eates se d\u00e9couvrant au passage du corbillard), qui est ainsi d\u00e9roul\u00e9 au fil du cort\u00e8ge.<\/p>\n<p>Cette tension entre l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement pr\u00e9vu que l&rsquo;on photographie et l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement impr\u00e9vu qui ne laisse aucune trace se retrouve pour le conflit Beaulieu. Une importante s\u00e9rie de photographies, publi\u00e9es notamment dans L&rsquo;Illustration du 13 mai, immortalise les journ\u00e9es des 9 et 10 mai durant lesquelles les gendarmes sont intervenus pour d\u00e9loger les derniers assi\u00e9geants de l&rsquo;usine, conclusion d&rsquo;un conflit qui durait depuis plusieurs semaines.<\/p>\n<p>Le d\u00e9sir de photographies s&rsquo;inscrit dans une \u00e9poque qui a vu l&rsquo;explosion de l&rsquo;usage de l&rsquo;image, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de la presse ou de la carte postale. Il correspond aussi au go\u00fbt pour le spectaculaire, le pittoresque, le dramatique, que l&rsquo;on retrouve par exemple dans le suppl\u00e9ment illustr\u00e9 du Petit Journal ou dans le magazine <em>L&rsquo;Illustration.<\/em> Aussi n&rsquo;est-il gu\u00e8re \u00e9ton\u00adnant que certaines images aient \u00e9t\u00e9 retra\u00advaill\u00e9es (photomontage de la foule devant la distillerie Nouhaud) ou que des barricades aient \u00e9t\u00e9 partiellement reconstruites pour les besoins de la photographie.<\/p>\n<p>Si d&rsquo;autres s\u00e9ries de cartes postales de gr\u00e8ves ou de manifestations ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9es avant 1914 (notamment \u00e0 propos du drame de Fourmies), il faut toutefois souligner que ces photographies ont fortement contribu\u00e9 \u00e0 ancrer l&rsquo;image d&rsquo;une \u00ab <em>ville rouge \u00bb.<\/em><\/p>\n<p>Vincent BROUSSE et Philippe GRANDCOING<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n153-janvier-mars-2008-6.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3796\" title=\"Gavroche n153 janvier-mars 2008\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n153-janvier-mars-2008-6-140x300.jpg\" alt=\"\" width=\"140\" height=\"300\" \/><\/a>1<sup>e<\/sup> carte postale\u00a0:<\/strong><\/p>\n<p>Barricade route d&rsquo;Angoul\u00eame, photo (ayant servi apr\u00e8s pour une carte postale),<\/p>\n<p>1905, coll. part. Le 15 avril, les ouvriers partent en direction de la fabrique Touze, o\u00f9 ils \u00e9difient au moins cinq barricades. \u00a0Assez vite d\u00e9gag\u00e9es par l&rsquo;arm\u00e9e, elles sont photographi\u00e9es le lendemain, puis \u00e9dit\u00e9es sous forme de cartes postales. Symboles des violences ou troph\u00e9es<\/p>\n<p>de la lutte ouvri\u00e8re ? (V Br &amp; Ph. G.)<\/p>\n<p><strong>2<sup>e<\/sup> carte postale\u00a0:<\/strong><\/p>\n<p>Prosper Batier \u00e9diteur. Gr\u00e8ves de Limoges, l9 avril 1905. Fun\u00e9railles de Vardelle. Le cort\u00e8ge sort de la rue de la Roche et va s&rsquo;engager sur le Pont St Martial, carte postale, coll. part. La foule qui se presse \u00e0 proximit\u00e9 du domicile des Vardelle, dans le vieux faubourg populaire du quartier des Ponts, est r\u00e9v\u00e9latrice de l&rsquo;intensit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9motion qui pr\u00e9sida aux obs\u00e8ques du jeune ouvrier tu\u00e9 le 17 avril.<\/p>\n<p>(Ph. G.)<\/p>\n<p><strong>3<sup>e<\/sup> carte postale\u00a0:<\/strong><\/p>\n<p>Prosper Batier \u00e9diteur, Gr\u00e8ves de Limoges, mai 1905. Les gendarmes et les agents sous la direction de M. Busnel, commissaire de police, gardant l&rsquo;usine Beaulieu apr\u00e8s le d\u00e9part de celui-ci. Carte postale, coll. part. Cette photographie a sans doute \u00e9t\u00e9 prise le 9 mai, lorsqu&rsquo;une centaine de gendarmes fit \u00e9vacuer les abords de l&rsquo;usine Beaulieu rue d&rsquo;Auzette, afin de mettre un terme au blocus de l&rsquo;entreprise qui durait depuis 5 jours. Elle t\u00e9moigne de l&rsquo;\u00e9cho qu&rsquo;a eu ce conflit aupr\u00e8s des photographes de la ville de Limoges. (Ph. G.)<\/p>\n<hr size=\"1\" \/><a name=\"_ftn1\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> G\u00e9rard Noiriel, <em>Les ouvriers dans la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00ad\u00e7aise,<\/em> Points Seuil, 1986, Paris.<\/p>\n<p><!--[if gte mso 9]><xml> Normal   0         21         false   false   false      FR   X-NONE   X-NONE <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 9]><xml> <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 10]>\n\n\n\n<style>\n \/* Style Definitions *\/\n table.MsoNormalTable\n\t{mso-style-name:\"Tableau Normal\";\n\tmso-tstyle-rowband-size:0;\n\tmso-tstyle-colband-size:0;\n\tmso-style-noshow:yes;\n\tmso-style-priority:99;\n\tmso-style-parent:\"\";\n\tmso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;\n\tmso-para-margin:0cm;\n\tmso-para-margin-bottom:.0001pt;\n\tmso-pagination:widow-orphan;\n\tfont-size:11.0pt;\n\tfont-family:\"Calibri\",\"sans-serif\";\n\tmso-ascii-font-family:Calibri;\n\tmso-ascii-theme-font:minor-latin;\n\tmso-hansi-font-family:Calibri;\n\tmso-hansi-theme-font:minor-latin;\n\tmso-fareast-language:EN-US;}\n<\/style>\n\n<![endif]--><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Gavroche N\u00b0153, janvier-mars 2008, p.9-13 1905, un printemps en rouge et noir \u00e0 Limoges Mars-avril 1905. Une gr\u00e8ve des ouvriers des usines de porcelaine de Limoges se transforme en bataille rang\u00e9e dans les rues de la ville entre les manifestants et l&rsquo;arm\u00e9e. Retour sur les \u00e9v\u00e9nements et leur traitement photographique. 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