{"id":3783,"date":"2015-06-20T01:10:01","date_gmt":"2015-06-19T23:10:01","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=3783"},"modified":"2015-01-26T15:21:43","modified_gmt":"2015-01-26T13:21:43","slug":"lenfermement-des-enfants","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2015\/06\/lenfermement-des-enfants\/","title":{"rendered":"L&rsquo;enfermement des enfants"},"content":{"rendered":"<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n152-octobre-novembre-decembre-2007-1.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3784\" title=\"Gavroche, N\u00b0152, octobre-novembre-d\u00e9cembre 2007\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n152-octobre-novembre-decembre-2007-1-206x300.jpg\" alt=\"\" width=\"142\" height=\"207\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n152-octobre-novembre-decembre-2007-1-206x300.jpg 206w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n152-octobre-novembre-decembre-2007-1.jpg 420w\" sizes=\"(max-width: 142px) 100vw, 142px\" \/><\/a>Gavroche<\/strong><\/p>\n<p>N\u00b0152, octobre-novembre-d\u00e9cembre 2007, p.26-33<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;enfermement des enfants<\/strong><\/p>\n<p>On a longtemps enferm\u00e9 les enfants d\u00e9linquants ou pseudo-d\u00e9linquants au m\u00eame titre que les adultes et dans les m\u00eames lieux, les prisons. C&rsquo;est \u00e0 partir de 1840 que seront cr\u00e9\u00e9es les premi\u00e8res maisons de correction, des bagnes ou enfants et adolescents sont souvent exploit\u00e9s dans des conditions inhumaines.<\/p>\n<p><em>La d\u00e9linquance<\/em> : conduite caract\u00e9ri\u00ads\u00e9e par des d\u00e9lits r\u00e9p\u00e9\u00adt\u00e9s, consid\u00e9r\u00e9e surtout sous son aspect social. <em>Le d\u00e9linquant<\/em> est une personne contrevenant \u00e0 une r\u00e8gle de droit p\u00e9nal, qui s&rsquo;expose, de ce fait, \u00e0 des poursuites <em>(Dictionnaire de la langue fran\u00e7aise<\/em>, <em>Le<\/em> <em>nouveau petit Robert).<!--more--><\/em><\/p>\n<p>Cette d\u00e9finition pr\u00e9cis\u00e9e, il nous reste \u00e0 aborder les individus que le code p\u00e9nal nomme enfants d\u00e9linquants. Il s&rsquo;agit d&rsquo;enfants de moins de 16 ans, ou sous l&rsquo;Ancien R\u00e9gime non pub\u00e8res, ayant enfreint les lois. Quels sont les d\u00e9lits dont se rendent coupables ces enfants ? La grande majorit\u00e9 commet des vols de n\u00e9cessit\u00e9, \u00e0 savoir vols alimentaires, vestimentaires, num\u00e9raires. Ce sont plus les besoins urgents qui les poussent \u00e0 commettre ces d\u00e9lits.<\/p>\n<p>Le sort qui leur est r\u00e9serv\u00e9 \u00e9volue avec le temps. Sous l&rsquo;Ancien R\u00e9gime c&rsquo;est souvent la prison. Mais il n&rsquo;y a pas de code g\u00e9n\u00e9ral traitant les d\u00e9linquants.<\/p>\n<p><a name=\"bookmark0\"><strong><\/strong><\/a><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n152-octobre-novembre-decembre-2007-2.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3785\" title=\"Gavroche n152 octobre-novembre-decembre 2007\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n152-octobre-novembre-decembre-2007-2-300x297.jpg\" alt=\"\" width=\"154\" height=\"153\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n152-octobre-novembre-decembre-2007-2-300x297.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n152-octobre-novembre-decembre-2007-2-150x150.jpg 150w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n152-octobre-novembre-decembre-2007-2.jpg 406w\" sizes=\"(max-width: 154px) 100vw, 154px\" \/><\/a>Les prisons<\/strong><\/p>\n<p>Philippe Pagnon, en novembre 1740, est condamn\u00e9 par \u00ab <em>jugement pr\u00e9v\u00f4tal \u00e0 faire amende honorable devant la principale porte<\/em> <em>de l&rsquo;\u00e9glise Saint Pierre de la ville de Caen, t\u00eate et pieds nus, en chemise, la corde au cou avec dans ses mains une torche ardente d&rsquo;un poids de deux livres et l\u00e0 agenouil<\/em> [agenouill\u00e9] <em>dire \u00e0 haute et intelligible voix que m\u00e9chamment et de dessein pr\u00e9m\u00e9dit\u00e9 il a commis les crimes dont on l&rsquo;accuse et qu&rsquo;il demande pardon \u00e0 Dieu, au Roi, \u00e0 la Justice \u00e0 \u00eatre fustig\u00e9 par les carrefours et lieux accoutum\u00e9s de cette ville ce jourd&rsquo;huy et par deux jours de march\u00e9 cons\u00e9\u00adcutifs et \u00e0 servir le Roi comme for\u00e7at sur les gal\u00e8res \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9, pr\u00e9alablement marqu\u00e9 des lettres G.A.L. sur l&rsquo;\u00e9paule droite au fer chaud par ledit ex\u00e9cuteur sur la place publique <\/em>\u00bb<a name=\"_ftnref1\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>.<\/p>\n<p>Cet enfant Pagnon ou Paignon est peut-\u00eatre \u00e2g\u00e9 de 15 ou 16 ans au moment des faits. Il dit qu&rsquo;il n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 \u00e0 confesse, qu&rsquo;il ne poss\u00e8de aucun m\u00e9tier ni profession, n&rsquo;en ayant jamais appris. Tente de vivre de mendicit\u00e9 et vaga\u00adbonde. Il n&rsquo;a aucun domicile et n&rsquo;a plus ses parents. Il est accus\u00e9 de nombreux vols avec effraction commis en r\u00e9union (ils sont trois enfants). Les vols ont un caract\u00e8re utilitaire. Tous ces enfants reconnaissent les faits et se solidarisent les uns des autres. Le verdict tient compte de leur \u00e2ge lors du jugement, ils ont alors trois ans de plus. Les deux autres sont Guillaume Gosselin, \u00e2g\u00e9 au moment des faits de 10 ou 11 ans, et Etienne Lemi\u00e8re, \u00e2g\u00e9 approximativement de 10 ans lors de son interpellation.<\/p>\n<p>Bien plus que la violence, les bagarres et que\u00adrelles, \u00ab <em>le vol suscite la peur, la haine et le m\u00e9pris \u00bb<a name=\"_ftnref2\" href=\"#_ftn2\"><strong>[2]<\/strong><\/a>.<\/em> Le voleur op\u00e8re dans la foule ou les lieux d\u00e9serts, souvent \u00e0 l&rsquo;abri de l&rsquo;obscurit\u00e9. Cependant les enfants \u00e9chappent aux ch\u00e2ti\u00adments exemplaires : \u00ab <em>les accusations ne pou\u00advaient \u00eatre intent\u00e9es, dans notre ancien droit, que contre des mineurs approchant de la pubert\u00e9 ; elles ne pouvaient l&rsquo;\u00eatre contre des enfants \u00bb.<\/em> Il n&#8217;emp\u00eache que les enfants cou\u00adpables de vol \u00e9taient retenus en prison \u00e0 cause de complices \u00e9ventuels. Ils pouvaient \u00eatre enferm\u00e9s pour une dur\u00e9e d\u00e9termin\u00e9e ou pour toujours, \u00eatre expos\u00e9s \u00e0 une potence, pendus sous les aisselles, recevoir le fouet.<\/p>\n<p>L&rsquo;ordonnance de Louis IX (1225-1270) prise contre ceux qui blasph\u00e8ment pr\u00e9voit un ch\u00e2timent particulier pour les enfants. De dix \u00e0 qua\u00adtorze ans, ils peuvent \u00eatre battus par la justice du lieu : \u00ab <em>Tout nud de verges en apert ou plus ou moins, selon la gri\u00e8v\u00e9t\u00e9 du mesfait ou de vilaine parole, il ne racheteroit la batture, en payant convenable poine selon la forme dite \u00bb. <\/em>A quatorze ans et plus, celui qui jure ou blasph\u00e8me paie de 40 \u00e0 20 livres ; s&rsquo;il est trop pauvre pour payer, il sera \u00ab <em>mis \u00e0 l&rsquo;\u00e9chiau, une heure par jour, en lieu de notre justice o\u00f9 les gens ont accoustum\u00e9 de s&rsquo;assembler plus com\u00admun\u00e9ment et puis sera mis en la prison pour six jours ou pour huit au pain et \u00e0 l&rsquo;eau<a name=\"_ftnref3\" href=\"#_ftn3\"><strong>[3]<\/strong><\/a>. \u00bb<\/em><\/p>\n<p>A l&rsquo;\u00e9poque, on ne badine pas avec le vol et la religion.<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n152-octobre-novembre-decembre-2007-3.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3786\" title=\"Gavroche n152 octobre-novembre-decembre 2007\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n152-octobre-novembre-decembre-2007-3-300x296.jpg\" alt=\"\" width=\"156\" height=\"154\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n152-octobre-novembre-decembre-2007-3-300x296.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n152-octobre-novembre-decembre-2007-3.jpg 421w\" sizes=\"(max-width: 156px) 100vw, 156px\" \/><\/a>Les articles 66 et 67 du code p\u00e9nal<\/strong><\/p>\n<p>Il faut attendre le XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle et le code p\u00e9nal pour que les enfants d\u00e9linquants b\u00e9n\u00e9ficient de mesures particuli\u00e8res, ce qui ne sous-entend pas de mesures plus favorables. Le code p\u00e9nal est institu\u00e9 en 1791 et repris en 1810 par le Premier Empire. Avec les deux fameux articles 66 et 67 concer\u00adnant les mineurs. L&rsquo;article 66 pr\u00e9\u00advoit l&rsquo;acquittement de l&rsquo;enfant ayant agi sans discernement. Le magistrat peut le remettre \u00e0 ses parents ou comme c&rsquo;est presque toujours le cas, l&rsquo;envoyer dans une maison de correction. Il saute aux yeux qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une duperie puisque ce sont les m\u00eames lieux et les m\u00eames conditions de d\u00e9tention qui attendent l&rsquo;un ou l&rsquo;autre, condamn\u00e9 ou acquitt\u00e9.<\/p>\n<p>Aucun philanthrope, homme de bien, bien pensant, \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, ne trouve injuste un tel traitement. Peut-on trouver une explication d&rsquo;une telle indiff\u00e9rence ? Il s&rsquo;agit, selon l&rsquo;appr\u00e9ciation des magistrats, d&rsquo;enfants ayant commis un d\u00e9lit. Celui qui a agi sans discernement doit \u00eatre \u00ab corrig\u00e9 \u00bb de ses mauvais pen\u00adchants alors que celui qui a transgress\u00e9 les lois en pleine conscience doit \u00eatre puni.<\/p>\n<p><em>\u00ab Un double mouvement s&rsquo;amorce au XIX<sup>e <\/sup>si\u00e8cle au sujet de l&rsquo;enfance consid\u00e9r\u00e9e comme dangereuse : r\u00e9soudre la question sociale \u00e0 sa racine par la r\u00e9\u00e9ducation forc\u00e9e des enfants des classes pauvres ; les placer dans des \u00e9ta\u00adblissements sp\u00e9cifiques o\u00f9 priv\u00e9s de libert\u00e9, ils seraient trait\u00e9s avec plus d&rsquo;humanit\u00e9 que dans les prisons d&rsquo;adultes<a name=\"_ftnref4\" href=\"#_ftn4\"><strong>[4]<\/strong><\/a><\/em>. \u00bb<\/p>\n<p>Il y a quatre types de maisons de d\u00e9tention dans les d\u00e9partements : les maisons d&rsquo;arr\u00eat, les maisons de justice, les maisons de d\u00e9tention et les d\u00e9p\u00f4ts de mendicit\u00e9 qui ne subsisteront que peu de temps pour la plupart.<\/p>\n<p><em>\u00ab Au terme de la loi du 3 brumaire an 4, for\u00admant le code p\u00e9nal, il doit y avoir une maison d&rsquo;arr\u00eat aupr\u00e8s de chaque tribunal de premi\u00e8re instance. Ces tribunaux sont au nombre de 436. Les maisons d&rsquo;arr\u00eat sont en nombre \u00e9gal<a name=\"_ftnref5\" href=\"#_ftn5\"><strong>[5]<\/strong><\/a>. \u00bb<\/em><\/p>\n<p>\u00c9voquer les prisons qui enferment les adultes, hommes et femmes, c&rsquo;est aussi consid\u00e9rer les enfants, puisqu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de lieux sp\u00e9cifiques s\u00e9par\u00e9s pour eux.<\/p>\n<p>En 1821, sur 952 enfants \u00e9tudi\u00e9s sur dix ans et incarc\u00e9r\u00e9s dans le Calvados, 610 ont un domicile dans le d\u00e9partement. Ceux emprisonn\u00e9s dans les maisons d&rsquo;arr\u00eat des arrondissements de ce d\u00e9par\u00adtement ont \u00e9t\u00e9 appr\u00e9hend\u00e9s \u00e0 la suite d&rsquo;un d\u00e9lit commis ou suppos\u00e9, dans les limites g\u00e9ogra\u00adphiques des arrondissements.<\/p>\n<p>Le d\u00e9partement du Calvados ressemble aux autres d\u00e9partements quant aux structures de l&#8217;emprisonnement et aux comportements d\u00e9lic\u00adtueux des enfants et adolescents.<\/p>\n<p>Dans une note adress\u00e9e en 1851 aux pr\u00e9fets des d\u00e9partements, le ministre de l&rsquo;Int\u00e9rieur livre le r\u00e9sultat d&rsquo;une enqu\u00eate faite sur 1294 enfants d\u00e9tenus et \u00e9crit : \u00ab <em>Le nombre des enfants soumis \u00e0 la d\u00e9tention correctionnelle s &lsquo;est accru depuis quelques ann\u00e9es de mani\u00e8re consid\u00e9rable ; il est devenu de 1846 \u00e0 1850, huit fois plus fort qu&rsquo;il ne l&rsquo;\u00e9tait de 1826 \u00e0 1830. \u00bb \u00ab Leurs ant\u00e9c\u00e9dents, sous le rapport du caract\u00e8re, de la moralit\u00e9 et de la conduite, \u00e9taient g\u00e9n\u00e9ralement m\u00e9diocres. \u00bb <\/em>La moiti\u00e9 des enfants n&rsquo;exerce aucune profes\u00adsion et ceux qui ont un m\u00e9tier le pratiquaient dans l&rsquo;artisanat industriel. Peu nombreux \u00e9taient les journaliers agricoles.<\/p>\n<p>Il y a six prisons dans le d\u00e9partement de la Seine : le D\u00e9p\u00f4t, la Conciergerie, la Sant\u00e9, Saint Lazare, la Petite Roquette et Fresnes.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n152-octobre-novembre-decembre-2007-4.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3787\" title=\"Gavroche n152 octobre-novembre-decembre 2007\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n152-octobre-novembre-decembre-2007-4-229x300.jpg\" alt=\"\" width=\"119\" height=\"156\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n152-octobre-novembre-decembre-2007-4-229x300.jpg 229w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n152-octobre-novembre-decembre-2007-4.jpg 414w\" sizes=\"(max-width: 119px) 100vw, 119px\" \/><\/a><strong>Les conditions de vie en prison<\/strong><\/p>\n<p>Jusqu&rsquo;en 1819, les d\u00e9tenus ne sont pas s\u00e9par\u00e9s au niveau des sexes. Ils sont enferm\u00e9s dans d&rsquo;obscurs cabanons o\u00f9 l&rsquo;air circule \u00e0 peine et sont des foyers continus de maladie.<\/p>\n<p>Moreau-Christophe raconte<a name=\"_ftnref6\" href=\"#_ftn6\">[6]<\/a> : \u00ab <em>Entrez dans nos prisons d\u00e9partementales, vous verrez, dans presque toutes, les d\u00e9tenus au milieu de l&rsquo;hiver, couverts de haillons et souvent sans chaussures, tournoyer dans les cours comme des b\u00eates fauves dans leur cage, ou grelotter par groupes dans<\/em> <em>l&rsquo;angle d&rsquo;un corridor ou d&rsquo;un promenoir, cher\u00adchant vainement, en se pressant le long de la muraille, \u00e0 se communiquer r\u00e9ciproquement une chaleur mutuelle qu&rsquo;ils n&rsquo;ont plus<\/em> [&#8230;] <em>C&rsquo;est le concierge ou le ge\u00f4lier qui exploite, \u00e0 son profit, la cantine et la pistole<a name=\"_ftnref7\" href=\"#_ftn7\"><strong>[7]<\/strong><\/a>. Malheur au d\u00e9tenu sobre qui se contente de la pitance de la maison. \u00bb<\/em><\/p>\n<p>Le marquis Barb\u00e9-Marbois<a name=\"_ftnref8\" href=\"#_ftn8\">[8]<\/a>, charg\u00e9 sous la Restauration de la visite des prisons, note le 25 novembre 1819 : \u00ab <em>Les v\u00eatements propres, le linge blanchi, sont au nombre des conditions d&rsquo;une bonne sant\u00e9. Ils manquent dans presque toutes les prisons, et celles o\u00f9 il a \u00e9t\u00e9 fait \u00e0 ce sujet quelques dispositions utiles laissent beau\u00adcoup \u00e0 d\u00e9sirer.<\/em> [&#8230;] <em>Souvent sans couverture pendant la nuit, ils s&rsquo;enfoncent dans la paille, ils en prennent dessous pour en avoir sur eux. \u00bb<\/em><\/p>\n<p>Moreau-Christophe relate l&rsquo;histoire d&rsquo;un jeune homme livr\u00e9 \u00e0 ses passions, ayant s\u00e9journ\u00e9 au d\u00e9p\u00f4t de la pr\u00e9fecture de police de Paris puis \u00e0 Poissy et ayant termin\u00e9 sa vie sur l&rsquo;\u00e9chafaud : c&rsquo;est Lacenaire (coupable de plusieurs vols et de deux assassinats et ex\u00e9cut\u00e9 en 1836)<a name=\"_ftnref9\" href=\"#_ftn9\">[9]<\/a>, qui a un moment mobilis\u00e9 l&rsquo;opinion publique contre lui, dans une r\u00e9probation g\u00e9n\u00e9rale o\u00f9 se m\u00ealaient attirance et r\u00e9pulsion pour ces actes et le ch\u00e2ti\u00adment prononc\u00e9.<\/p>\n<p>La prison est un lieu o\u00f9 la diff\u00e9rence sociale est rendue intol\u00e9rable par l&rsquo;institution de la cantine et de la pistole dont les enfants sont \u00e9cart\u00e9s faute de moyens financiers.<\/p>\n<p>Barb\u00e9-Marbois, lors de la visite de la prison de Pont-L&rsquo;Ev\u00eaque en 1821 note : c&rsquo;\u00ab <em>est la plus hideuse que j&rsquo;ai vue. Les huttes des sauvages de la Gu\u00efane les retraites souterraines de ceux du Nord, sont des habitations commodes et d\u00e9si\u00adrables, compar\u00e9es \u00e0 cette affreuse prison \u00bb.<\/em> Il ajoute : \u00ab <em>Tandis que j&rsquo;examinais des registres mal cousus, j&rsquo;entendis des g\u00e9missements de deux enfans de douze \u00e0 treize ans que les gendarmes venaient d&rsquo;amener. Quelques haillons les cou\u00advraient \u00e0 peine. Il y avait, me dit le concierge, vingt-quatre heures qu&rsquo;ils n&rsquo;avaient pas mang\u00e9.<\/em> <em>et l&rsquo;on pr\u00e9tendit que des ordres nouvellement donn\u00e9s \u00e9taient la cause de cette \u00e9trange n\u00e9gli\u00adgence ; qu&rsquo;ils \u00e9taient de petits vagabonds et que le fournisseur avait d\u00e9fense de leur donner la ration. Mais il n&rsquo;y a rien qui puisse excuser le refus de nourrir ceux que l&rsquo;on prive de libert\u00e9. Le comte de Gasville, sous pr\u00e9fet, \u00e9tait pr\u00e9sent et leur fit donner du pain et de la soupe.<\/em> [&#8230;] <em>Ce n&rsquo;est ni les traitements inhumains ni la mis\u00e8re, qui corrigent les hommes, au contraire ils les exasp\u00e8rent<a name=\"_ftnref10\" href=\"#_ftn10\"><strong>[10]<\/strong><\/a>. \u00bb<\/em><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n152-octobre-novembre-decembre-2007-5.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3788\" title=\"Gavroche n152 octobre-novembre-decembre 2007\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n152-octobre-novembre-decembre-2007-5-149x300.jpg\" alt=\"\" width=\"117\" height=\"236\" \/><\/a>Le docteur Villerm\u00e9 d\u00e9clare<a name=\"_ftnref11\" href=\"#_ftn11\">[11]<\/a> : \u00ab <em>Aux effroyables d\u00e9sordres qui r\u00e9sultent, dans les pri\u00adsons d\u00e9partementales, de la confusion des d\u00e9te\u00adnus, vient s&rsquo;ajouter l&rsquo;influence d\u00e9l\u00e9t\u00e8re de leur insalubrit\u00e9. Quand on voit ces pi\u00e8ces si insa\u00adlubres o\u00f9 l&rsquo;on entasse, disons mieux, o\u00f9 l&rsquo;on enterre tout vivans la plus part ces prisonniers on dirait que la justice, en faisant enfermer un homme, a voulu qu&rsquo;il mourut dans un air empoi\u00adsonn\u00e9. Dans vingt prisons, les parois sont cou\u00advertes de moisissures et verdies par l&rsquo;infiltration des eaux ou d\u00e9jection des urines ; le plancher inf\u00e9rieur du rez-de- chauss\u00e9e est pav\u00e9 comme les rues et le sable entre les pierres s&rsquo;im\u00adpr\u00e8gne de toutes les mati\u00e8res infec\u00adtes qui y tombent&#8230; \u00bb<\/em> Les condi\u00adtions sanitaires sont d\u00e9sastreuses et la propret\u00e9 inexistante. La description continue et jette une lumi\u00e8re crue sur la salet\u00e9 qui r\u00e8gne dans ces lieux abjects. Tous les acteurs de la vie politique s&rsquo;insurgent contre les conditions inadmissibles faites aux prisonniers. Cela durera encore longtemps et peu de choses seront entre\u00adprises pour donner des conditions de vie plus sai\u00adnes \u00e0 ceux qui ont transgress\u00e9 les lois.<\/p>\n<p>Barb\u00e9-Marbois \u00e9crit en 1824 en visitant la pri\u00adson de Cherbourg : \u00ab <em>S\u00e9bastien W&#8230; enfant de quatorze ans, se plaignit cependant et me dit qu&rsquo;il avait \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 13 mois de prison pour avoir vol\u00e9 des noix. J&rsquo;eus recours au registre, et je trouvais en effet, sans autre d\u00e9tail, qu&rsquo;il avait d\u00e9rob\u00e9 des noix. D&rsquo;autres ont \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9s pour des crimes qui sont \u00e0 peu pr\u00e8s du m\u00eame genre : quatre pour avoir d\u00e9rob\u00e9 quelques volailles, deux pour vol de pommes de terre, deux pour vol de quelques bottes de foin. \u00bb<\/em><\/p>\n<p>D\u00e8s 1840, les enfants ne purgent plus leur peine en maison d&rsquo;arr\u00eat ou dans les centrales ; ils vont rejoindre les maisons de correction qui s&rsquo;ouvrent un peu partout \u00e0 travers la France. Cependant, en attente de jugement, les enfants continuent \u00e0 hanter ces lieux jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;un magistrat d\u00e9cide l&rsquo;envoi du \u00ab garnement \u00bb en maison de correction.<\/p>\n<p>Le 4 juin 1855, le ministre de l&rsquo;Int\u00e9rieur adresse une circulaire aux pr\u00e9fets : \u00ab <em>Le nombre de jeunes<\/em> <em>d\u00e9tenus est devenu depuis quelques ann\u00e9es si consid\u00e9\u00adrable que les \u00e9tablissements publics ou priv\u00e9s ne suffisent plus \u00e0 les recevoir et que ces d\u00e9linquants doivent faire un assez long s\u00e9jour dans les prisons d\u00e9partementales.<\/em> [&#8230;] <em>Cet accroissement porte exclusivement sur les enfants acquitt\u00e9s faute de discerne\u00adment et envoy\u00e9s en correc\u00adtion jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 18 ou 20 ans, souvent pour des d\u00e9lits peu graves. \u00bb<\/em> Une autre mesure va \u00eatre un moment appliqu\u00e9 : \u00ab <em>le visage cach\u00e9 du d\u00e9tenu \u00bb.<\/em> <em>\u00ab Afin de pr\u00e9venir les com\u00admunications visuelles, chaque d\u00e9tenu de l&rsquo;un ou l&rsquo;autre sexe sera pourvu d&rsquo;un capuchon en \u00e9ta\u00admine de fil couvrant enti\u00e8rement, lorsqu&rsquo;il est baiss\u00e9, la t\u00eate et le visage. \u00bb<\/em> Cet emprunt aux coutumes monastiques s&rsquo;\u00e9tend aux prisonniers. Les jeunes d\u00e9tenus pourront en \u00eatre dispens\u00e9s \u00e0 condition que la hi\u00e9rarchie carc\u00e9rale en soit d&rsquo;accord.<\/p>\n<p>En 1860, des instructions sont donn\u00e9es dans le but de former des quartiers sp\u00e9\u00adciaux pour les jeunes d\u00e9tenus de 16 \u00e0 18 ans.<\/p>\n<p>La multiplication des cat\u00e9gories d&rsquo;enfants re\u00e7us (des mineurs acquitt\u00e9s et des mineurs condamn\u00e9s puis des corrections paternelles, des vagabonds et mendiants, des <em>pupilles vicieux<\/em> de l&rsquo;Assistance Publique, des mineurs rel\u00e9gables, des mineurs de 16 \u00e0 18 ans acquitt\u00e9s) marque l&rsquo;\u00e9tendue des moyens r\u00e9pressifs r\u00e9serv\u00e9s \u00e0 un nombre grandissant d&rsquo;enfants.<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n152-octobre-novembre-decembre-2007-6.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3789\" title=\"Gavroche n152 octobre-novembre-decembre 2007\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n152-octobre-novembre-decembre-2007-6-300x297.jpg\" alt=\"\" width=\"149\" height=\"147\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n152-octobre-novembre-decembre-2007-6-300x297.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n152-octobre-novembre-decembre-2007-6.jpg 348w\" sizes=\"(max-width: 149px) 100vw, 149px\" \/><\/a>Les bagnes d&rsquo;enfants<\/strong><\/p>\n<p>C&rsquo;est d&rsquo;abord l&rsquo;appellation de maison de correc\u00adtion qui est donn\u00e9e aux \u00e9tablissements correction\u00adnels tant publics que priv\u00e9s charg\u00e9s de recevoir les mineurs d\u00e9linquants acquitt\u00e9s ou condamn\u00e9s par les tribunaux devant lesquels ils ont comparu. Le terme maison d&rsquo;\u00e9ducation correctionnelle agricole ou industrielle est bien plus rare.<\/p>\n<p>Plusieurs campagnes de presse entre 1928 et 1935 sont entreprises par des journalistes comme Alexis Danan, Louis Roubaud, Jacqueline Albert-Lambert, utilisant le terme de \u00ab <strong>bagnes d&rsquo;enfants <\/strong>\u00bb. C&rsquo;est une r\u00e9alit\u00e9 cruelle qu&rsquo;ils d\u00e9crivent apr\u00e8s avoir p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 dans ces lieux. A la fin du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, le journal <em>L&rsquo;assiette au beurre <\/em>se livre \u00e0 une v\u00e9ritable critique des \u00ab bagnes d&rsquo;enfants \u00bb et en particulier attaque celui de Mettray pour sa violence et les vols commis \u00e0 l&rsquo;encontre des pupilles. Ces articles de presse contribueront \u00e0 la suppression de ces institutions scandaleuses, indignes de la condition humaine. En attendant, nous \u00e9voque\u00adrons sommairement la vie dans ces lieux de mis\u00e8re et de torture mentale, sinon physique.<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n152-octobre-novembre-decembre-2007-8.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3790\" title=\"Gavroche n152 octobre-novembre-decembre 2007, Mettray\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n152-octobre-novembre-decembre-2007-8-300x195.jpg\" alt=\"\" width=\"179\" height=\"116\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n152-octobre-novembre-decembre-2007-8-300x195.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n152-octobre-novembre-decembre-2007-8.jpg 361w\" sizes=\"(max-width: 179px) 100vw, 179px\" \/><\/a>Mettray: une colonie exemplaire&#8230;<\/strong><\/p>\n<p>Le premier \u00ab bagne d&rsquo;enfants \u00bb cr\u00e9\u00e9 est la \u00ab maison d&rsquo;\u00e9ducation correctionnelle agricole \u00bb sise \u00e0 Mettray, \u00e0 7 kilom\u00e8tres de Tours sur la route du Mans. Le rapport de l&rsquo;assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9\u00adrale des fondateurs de la colonie tenue \u00e0 Paris le 20 mai 1841 mentionne : <em>\u00ab nous ne n\u00e9gligeons aucun des moyens qui peuvent contribuer \u00e0 forti\u00adfier la constitution de nos colons. Ainsi, cet hiver, \u00e0 l&rsquo;exception d&rsquo;un tr\u00e8s petit nombre de jours o\u00f9 le froid a \u00e9t\u00e9 excessif, ils ont constamment tra\u00advaill\u00e9 \u00e0 une carri\u00e8re qui se trouve pr\u00e8s de la colonie, v\u00eatus de toile grossi\u00e8re, les pieds nus dans leurs sabots<\/em> [&#8230;] <em>L&rsquo;uniforme qu&rsquo;ils portent est d&rsquo;une extr\u00eame simplicit\u00e9 et confectionn\u00e9 de mani\u00e8re \u00e0 laisser la plus grande libert\u00e9 d&rsquo;action et \u00e0 favoriser ainsi le d\u00e9veloppement de leurs forces. Sans avoir rien de singulier, il est cepen\u00addant remarquable pour signaler nos colons \u00e0 l&rsquo;attention publique en cas d&rsquo;\u00e9vasion<a name=\"_ftnref12\" href=\"#_ftn12\"><strong>[12]<\/strong><\/a>. \u00bb <\/em>Beaucoup de choses sont dites dans ce rapport et les conditions de vie fort pr\u00e9caires sont bien indi\u00adqu\u00e9es ; de m\u00eame il est pr\u00e9vu de faire reconna\u00eetre les enfants en cas d&rsquo;\u00e9vasion par le port du costume. Il est dit dans un autre rapport que la nourriture de 230 personnes (y compris les fonc\u00adtionnaires et les employ\u00e9s) ne revient qu&rsquo;\u00e0 100 F par jour, ce qui fait moins de 44 centimes par individu. L&rsquo;habillement des colons repr\u00e9sente 60 F par an.<\/p>\n<p>Le vicomte Bretigni\u00e8res de Courteilles loue \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 La Paternelle une immense propri\u00e9t\u00e9 de 700 hectares pour y implanter une colonie agri\u00adcole destin\u00e9e aux enfants acquitt\u00e9s en vertu de l&rsquo;article 66 du code p\u00e9nal. Bretigni\u00e8res partagera la direction de l&rsquo;\u00e9tablissement avec Demetz sans qu&rsquo;on connaisse le r\u00f4le respectif de chacun d&rsquo;eux. Conseiller g\u00e9n\u00e9ral d&rsquo;Indre-et-Loire, il d\u00e9c\u00e8de en 1852. La colonie loue aux h\u00e9ritiers 187 hectares de terres et de prairies et ach\u00e8te les constructions qui ont \u00e9t\u00e9 faites sur ces terrains.<\/p>\n<p>\u00ab <em>Les enfants \u00e9taient surtout des petites b\u00eates de somme \u00bb<\/em> \u00e9crit Christian Carlier dans son remarquable ouvrage<a name=\"_ftnref13\" href=\"#_ftn13\">[13]<\/a>. Demetz ouvre un \u00ab <em>h\u00f4tel<\/em> <em>de la colonie<\/em> \u00bb pour h\u00e9berger les visiteurs qui se rendent \u00e0 Mettray. \u00ab <em>Il n&rsquo;y a pas de petits profits<\/em> \u00bb pr\u00e9cise Christian Carlier.<\/p>\n<p>La dur\u00e9e de s\u00e9jour \u00e0 Mettray varie de 5 mois \u00e0 11 ans. Trois gar\u00e7ons sont rest\u00e9s un an ou moins d&rsquo;un an. Ils ont \u00e9t\u00e9 ren\u00advoy\u00e9s pour des raisons d&rsquo;indis\u00adcipline ou de maladie. Les enfants les plus p\u00e9na\u00adlis\u00e9s sont les plus jeunes qui bien qu&rsquo;acquitt\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 contraints \u00e0 subir leurs peines jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 21 ans. Il s&rsquo;agit donc d&rsquo;enfants \u00e2g\u00e9s de 10 ans ou moins. La moiti\u00e9 des enfants doit subir des peines \u00e9lev\u00e9es de 6 \u00e0 11 ans. Un peu moins de l&rsquo;autre moiti\u00e9 reste enferm\u00e9e pour un moyen s\u00e9jour de 2 \u00e0 5 ans.<\/p>\n<p>Avant les premi\u00e8res admissions, Demetz avait cr\u00e9\u00e9 une \u00e9cole de contrema\u00eetres, sorte d&rsquo;\u00e9cole d&rsquo;\u00e9ducateurs, o\u00f9 pendant une ann\u00e9e les futurs sur\u00adveillants, ma\u00eetres d&rsquo;atelier, parfaisaient leurs connaissances sur la religion, la langue fran\u00e7aise, l&rsquo;histoire, la g\u00e9ographie, l&rsquo;arithm\u00e9tique, la g\u00e9om\u00e9\u00adtrie, la gymnastique, l&rsquo;agriculture, etc. Que de connaissances sont demand\u00e9es \u00e0 des hommes qui vont surtout jouer les gardes chiourmes aupr\u00e8s des colons ! Ces \u00e9l\u00e8ves gardiens sont soumis \u00e0 une dis\u00adcipline s\u00e9v\u00e8re qu&rsquo;ils s&#8217;empresseront d&rsquo;imposer aux gar\u00e7ons d\u00e9tenus dans cet \u00e9tablissement.<\/p>\n<p>La colonie p\u00e9nitentiaire ouvre ses portes le 29 juillet 1839 et officiellement le 22 janvier 1840. Les enfants sont r\u00e9partis dans des pavillons comprenant 40 hamacs, avec au pre\u00admier \u00e9tage une vaste salle servant de dortoir la nuit et de r\u00e9fectoire le jour. Mettray comprendra jusqu&rsquo;\u00e0 600 colons. Le nom de g\u00e9n\u00e9reux dona\u00adteurs est inscrit dans la chapelle : Lamartine, Arago, Ledru Rollin&#8230;<\/p>\n<p>Accol\u00e9e \u00e0 la chapelle, \u00ab la paternelle \u00bb, r\u00e9ser\u00adv\u00e9e aux enfants riches, cach\u00e9s, isol\u00e9s les uns des autres et vivant constamment enferm\u00e9s. Tout se passe dans la cellule, visite du pr\u00e9cepteur, de l&rsquo;aum\u00f4nier. Les aristocrates et les grands bour\u00adgeois n&rsquo;acceptent pas leurs enfants jug\u00e9s indignes et les confient \u00e0 Mettray. C&rsquo;est peut-\u00eatre aussi un moyen de se d\u00e9barrasser d&rsquo;enfants que l&rsquo;on veut d\u00e9sh\u00e9riter.<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n152-octobre-novembre-decembre-2007-10.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3791\" title=\"Gavroche n152 octobre-novembre-decembre 2007\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n152-octobre-novembre-decembre-2007-10.jpg\" alt=\"\" width=\"102\" height=\"145\" \/><\/a>Sous<\/strong><strong> le regard de Dieu<\/strong><\/p>\n<p>Un peu plus loin se trouve le quartier discipli\u00adnaire avec ses cellules de punition, obscures, basses, non \u00e9clair\u00e9es, peintes en noir, a\u00e9r\u00e9es par une chemin\u00e9e comportant l&rsquo;inscription en lettres blanches \u00ab <strong>DIEU TE VOIT <\/strong>\u00bb. Cette inscription se retrouve dans la cellule claire et sur les murs de la colonie. L&rsquo;enfant d\u00e9tenu n&rsquo;\u00e9chappe ni au regard des surveillants ni \u00e0 celui de Dieu. \u00ab <em>Ces mots DIEU TE VOIT sont inscrits sur presque toutes nos murailles afin de rappeler sans cesse<\/em> <em>\u00e0 l&rsquo;esprit de nos colons que s&rsquo;il est possible de tromper la vigilance des hommes, il n&rsquo;est pas d&rsquo;ombre ni de retraite qui puisse les soustraire \u00e0 celle de Dieu<a name=\"_ftnref14\" href=\"#_ftn14\"><strong>[14]<\/strong><\/a>. \u00bb<\/em> Comme les appels et la sur\u00adveillance constante ne suffisent pas \u00e0 contr\u00f4ler tous les actes des enfants d\u00e9tenus, une interven\u00adtion divine para\u00eet n\u00e9cessaire pour s&#8217;emparer des quelques instants o\u00f9 l&rsquo;enfant ne se sent pas espionn\u00e9, regard\u00e9. Un autre regard se pose sur lui, combien plus redoutable et p\u00e9n\u00e9trant, combien plus culpabilisateur. Ceci constitue sans nul doute la pression morale la plus diabolique qui se puisse imaginer.<\/p>\n<p>Les dortoirs sont \u00e9clair\u00e9s la nuit et des veilleurs ambulants s&rsquo;assurent que tout est calme, que les enfants dorment ou font semblant. Les hamacs sont suffisamment espac\u00e9s les uns des autres afin d&rsquo;\u00e9viter tout contact, toute conversation. Pour plus de pr\u00e9caution, les colons inversent les posi\u00adtions. L&rsquo;un a les pieds vers le mur, l&rsquo;autre la t\u00eate et ainsi de suite. Le silence est de rigueur aussi bien \u00e0 table qu&rsquo;au coucher. Les ordres sont donn\u00e9s \u00e0 coups de sifflet ou en frappant des mains. Le clairon ponctue l&rsquo;extinction des feux, le r\u00e9veil, les repas ; les marches s&rsquo;effectuent au son de la fanfare jouant des marches militaires.<\/p>\n<p>La colonie vit en presque compl\u00e8te autarcie. Les enfants sont r\u00e9partis selon ses besoins. Le plus grand nombre travaille dans les champs ; d&rsquo;autres sont cuisiniers, tailleurs, charrons, mar\u00e9chaux-ferrants, jardiniers.<\/p>\n<p>La vie des enfants se d\u00e9roule sous la menace constante de la punition pour une faute m\u00eame l\u00e9g\u00e8re et la pression insidieuse des ca\u00efds, abu\u00adsant de leur force aupr\u00e8s des plus jeunes pour obtenir toutes sortes de faveurs, y compris sur le plan sexuel.<\/p>\n<p>L&rsquo;alimentation donn\u00e9e aux colons est des plus frugales. Le matin, soupe de l\u00e9gumes \u00e0 six heures, le lever ayant lieu \u00e9t\u00e9 comme hiver \u00e0 cinq heures trente. Le second repas se compose vers douze heures d&rsquo;une soupe et d&rsquo;une pitance de pommes de terre ou de riz ou de l\u00e9gumes secs. Le troisi\u00e8me repas, vers dix-neuf heures, comprend une troi\u00adsi\u00e8me soupe l&rsquo;\u00e9t\u00e9 avec les m\u00eames l\u00e9gumes que le midi. Deux soupes grasses avec ration de 50 \u00e0 75 grammes de viande bouillie chaque semaine. Le pain doit \u00eatre de farine de froment distribu\u00e9 \u00e0 dis\u00adcr\u00e9tion, mais il est le plus souvent limit\u00e9 \u00e0 500 ou 750 grammes y compris celui mis dans la soupe.<\/p>\n<p>En 1873, Demetz, au congr\u00e8s de l&rsquo;Alliance Universelle de l&rsquo;Ordre et de la Civilisation (ce qui constitue tout un programme sur le plan id\u00e9o\u00adlogique), d\u00e9clare : \u00ab <em>La fondation de Mettray le 29 juillet 1839 a voulu que la maison d&rsquo;\u00e9duca\u00adtion correctionnelle soit un exemple de ce qui se fait en mati\u00e8re de redressement. O\u00f9 l&rsquo;enfant \u00e9lev\u00e9 par des parents irr\u00e9ligieux, d\u00e9sordonn\u00e9s, vicieux, pourrait-il puiser les principes moraux qui sont la sauvegarde de tous ? Nous nous r\u00e9su\u00admons en disant : nous avons pris \u00e0 Mettray pour base de notre \u00e9ducation le sentiment religieux, pour lieu l&rsquo;esprit de famille, et pour ordre la dis\u00adcipline militaire ; trois \u00e9l\u00e9ments qui concourent efficacement \u00e0 maintenir l&rsquo;homme dans le divin<a name=\"_ftnref15\" href=\"#_ftn15\"><strong>[15]<\/strong><\/a>. \u00bb<\/em><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n152-octobre-novembre-decembre-2007-12.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3792\" title=\"Gavroche n152 octobre-novembre-decembre 2007\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n152-octobre-novembre-decembre-2007-12-204x300.jpg\" alt=\"\" width=\"105\" height=\"155\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n152-octobre-novembre-decembre-2007-12-204x300.jpg 204w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n152-octobre-novembre-decembre-2007-12.jpg 237w\" sizes=\"(max-width: 105px) 100vw, 105px\" \/><\/a>Michel Foucault \u00e9crit<a name=\"_ftnref16\" href=\"#_ftn16\">[16]<\/a> <em>\u00ab Pourquoi Mettray ? Parce que c&rsquo;est la forme disciplinaire \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat le plus intense, le mod\u00e8le o\u00f9 se concentrent toutes les technologies coercitives du comportement. II y a l\u00e0<\/em> \u00ab\u00a0du clo\u00eetre, de la prison, du coll\u00e8ge, du r\u00e9giment\u00a0\u00bb. \u00bb Ces derniers mots emprunt\u00e9s \u00e0 Ducp\u00e9tiaux r\u00e9sument, dans un raccourci saisissant, la structure des colonies p\u00e9ni\u00adtentiaires agricoles ou industrielles.<\/p>\n<p>La colonie agricole p\u00e9nitentiaire de Mettray, de laquelle se sont inspir\u00e9s bien des cr\u00e9ateurs de bagnes d&rsquo;enfants, est le prototype de toutes les maisons de correction qui verront le jour au cours du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Autres lieux, m\u00eames m\u0153urs<\/p>\n<p><em>\u00ab Il avait dit : j&rsquo;en ai assez de la maison de correction<\/em><\/p>\n<p><em>\u00ab Et les gardiens \u00e0 coups de cl\u00e9s lui avaient bris\u00e9 les dents<\/em><\/p>\n<p><em>\u00ab Et puis ils l&rsquo;avaient laiss\u00e9 \u00e9tendu sur le ciment.<\/em><\/p>\n<p><em>\u00ab Bandit! voyou! voleur! chenapan! \u00bb<\/em><\/p>\n<p>(Extrait de \u00ab La chasse \u00e0 l&rsquo;enfant \u00bb, Jacques Pr\u00e9vert.)<\/p>\n<p>Ainsi la colonie de <strong>Belle-Ile-en-Mer, <\/strong>publique, ne proc\u00e9dera pas autrement pour venir \u00e0 bout d&rsquo;enfants r\u00e9calcitrants en utilisant les moyens coercitifs les plus violents. La r\u00e9volte de 1934 a pour cause une entrave au r\u00e8glement. Un colon a os\u00e9 mordre dans son fromage au d\u00e9but du repas. Les matons lui tombent dessus \u00e0 bras raccourcis. La r\u00e9volte qui s&rsquo;ensuit d\u00e9g\u00e9n\u00e8re tr\u00e8s vite en r\u00e9bellion qui ne sera mat\u00e9e qu&rsquo;avec la plus grande violence.<\/p>\n<p>Des eccl\u00e9siastiques s&rsquo;int\u00e9ressent de pr\u00e8s aux enfants d\u00e9linquants. Un monast\u00e8re, la <strong>Grande Trappe \u00e0 Soligny, <\/strong>dans l&rsquo;Orne, pr\u00e8s de l&rsquo;Aigle, re\u00e7oit \u00e0 partir de 1854 des enfants acquitt\u00e9s mais condamn\u00e9s \u00e0 passer leur enfance dans ces maisons de correction. Ce sont des moines qui deviennent ge\u00f4liers ! Les condi\u00adtions de vie sont fort pr\u00e9caires et les sanctions se distinguent quelquefois par des \u00ab origina\u00adlit\u00e9s \u00bb comme la tonte des cheveux d&rsquo;un seul c\u00f4t\u00e9 ou un habit de d\u00e9shonneur. Les enfants couchent tout habill\u00e9s avec leur pantalon et leurs bretelles. Les comptes du monast\u00e8re et ceux de la maison de correction sont confondus et le sup\u00e9rieur ne veut rien changer \u00e0 ces pra\u00adtiques. Les inspections ne parviennent pas \u00e0 modifier cet ent\u00eatement born\u00e9 des moines. Des scandales \u00e9clatent, mettant en cause des moines bruns et m\u00eame un trappiste. Cela va pr\u00e9cipiter la fermeture du bagne.<\/p>\n<p>La <strong>colonie du Luc, <\/strong>dans la commune de Campestre dans le Gard, produit du fromage de Roquefort pour lequel un prix est d\u00e9cern\u00e9. Mais ce sont les enfants qui installent, creu\u00adsent, nivellent une grotte qui pr\u00e9sente toutes les caract\u00e9ristiques voulues pour la production de ce fameux fromage. L&rsquo;installation se fait au prix d&rsquo;un grand effort des enfants et de grandes fatigues. Ici, comme dans les autres lieux d&rsquo;enfermement, les conditions de vie sont pr\u00e9\u00adcaires pour les enfants d\u00e9tenus<a name=\"_ftnref17\" href=\"#_ftn17\">[17]<\/a>. \u00ab \u00ab\u00a0Mundatur culpa labore\u00a0\u00bb <em>Ils connurent ce silence et ce froid.<\/em> [&#8230;] <em>La faute est purifi\u00e9e par le travail, par toute la vie men\u00e9e au p\u00e9nitencier<\/em> [&#8230;] \u00ab\u00a0labor\u00a0\u00bb <em>c&rsquo;est la tranquillit\u00e9 des poss\u00e9dants, c&rsquo;est l&rsquo;ordre social assur\u00e9. \u00bb<\/em><\/p>\n<p><strong>La colonie industrielle d&rsquo;Aniane <\/strong>pour enfants et adolescents est install\u00e9e dans les Causses en 1885. Elle produit de la bonneterie, de la cartonnerie, de l&rsquo;\u00e9b\u00e9nisterie, de la sculp\u00adture sur bois. Comme partout dans ces bagnes, abus de travail, abus de ch\u00e2timents, soins et nourriture insuffisants<a name=\"_ftnref18\" href=\"#_ftn18\">[18]<\/a>.<\/p>\n<p>D&rsquo;autres colonies pourraient \u00eatre \u00e9voqu\u00e9es comme celle <strong>d&rsquo;Ostwald <\/strong>cr\u00e9\u00e9e par la ville de Strasbourg, dont la majorit\u00e9 des enfants se livraient \u00e0 la mendicit\u00e9 et au vagabondage avant leur incarc\u00e9ration.<\/p>\n<p>Deux colonies vont se disputer les enfants d\u00e9linquants dans le Nord. La <strong>colonie de Saint-Bernard, <\/strong>d\u00e9pendante de la centrale de Loos, n&rsquo;a jamais pu s&rsquo;en d\u00e9marquer compl\u00e8tement. La <strong>colonie de Guermanez <\/strong>est cr\u00e9\u00e9e par un m\u00e9decin qui intervient \u00e0 la maison centrale. Son existence est entour\u00e9e d&rsquo;esbroufes en tout genre. Les condi\u00adtions de vie des enfants sont comme partout ailleurs : dortoirs d&rsquo;une salet\u00e9 repoussante, nour\u00adriture insuffisante et de tr\u00e8s mauvaise qualit\u00e9, dis\u00adcipline s\u00e9v\u00e8re voire inhumaine, manque d&rsquo;ins\u00adtruction. Les enfants sont exploit\u00e9s d&rsquo;une mani\u00e8re \u00e9hont\u00e9e, tant dans l&rsquo;\u00e9tablissement que chez les patrons o\u00f9 ils sont plac\u00e9s.<\/p>\n<p>Il est inutile d&rsquo;en \u00e9voquer d&rsquo;autres tant elles se ressemblent toutes. Beaucoup sont le fait d&rsquo;eccl\u00e9\u00adsiastiques qui trouvent l\u00e0 un moyen de moraliser les classes pauvres. C&rsquo;est l&rsquo;obsession de l&rsquo;\u00e9poque, qui se prolongera sous tous les r\u00e9gimes politiques tant du XIX<sup>e<\/sup> que du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle.<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n152-octobre-novembre-decembre-2007-11.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3793\" title=\"Gavroche n152 octobre-novembre-decembre 2007\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n152-octobre-novembre-decembre-2007-11-300x190.jpg\" alt=\"\" width=\"190\" height=\"120\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n152-octobre-novembre-decembre-2007-11-300x190.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n152-octobre-novembre-decembre-2007-11.jpg 350w\" sizes=\"(max-width: 190px) 100vw, 190px\" \/><\/a>Pour les filles<\/strong><\/p>\n<p><strong>Les filles <\/strong>ne sont pas mieux trait\u00e9es, bien qu&rsquo;il soit plus difficile de trouver des renseignements suffisamment d\u00e9taill\u00e9s. Ce sont la plupart du temps des religieuses qui vont se charger de les enfermer. Les congr\u00e9gations sont en nombre rela\u00adtivement important. Parmi elles, il convient de citer les <strong>Bons Pasteurs <\/strong>qui ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9s en 1852 par une femme remarquable : la m\u00e8re Marie<\/p>\n<p>Euphrasie Pelletier. Ses conceptions \u00e9ducatives sont aux antipodes de celles de Demetz, Fissiaux et autres fondateurs des colonies p\u00e9nitentiaires. Elle \u00e9crit : \u00ab <em>Cherchez \u00e0 voir ce qu&rsquo;il y a de bon dans les enfans qui vous sont confi\u00e9es. Appliquez- vous \u00e0 le faire ressortir et en particulier et en public ; voyez les aspects consolants de vos enfans, de votre classe. Si vous n&rsquo;avez d&rsquo;yeux que pour les d\u00e9fauts, les travers, les imperfections et les fautes, vous risquez de d\u00e9courager tr\u00e8s vite les enfans. Vous leur donnez en second lieu l&rsquo;impression qu&rsquo;elles seront aussi bien m\u00e9pris\u00e9es dans cette maison que dehors.<\/em> [&#8230;] <em>Il faut, mes bien aim\u00e9es filles, que nous vous renouvelions aujourd&rsquo;hui une recommandation d&rsquo;une grande importance : c&rsquo;est celle de ne jamais frapper les enfans. Je sais qu&rsquo;aucune de vous ne manque en ce point, mais il est de mon devoir de vous r\u00e9p\u00e9\u00adter d&rsquo;\u00eatre toujours fid\u00e8les \u00e0 cette recommanda\u00adtion .Ah! mes ch\u00e8res filles, n&#8217;employez jamais ces moyens de rigueur. Il est reconnu qu&rsquo;ils ne corri\u00adgent pas, et ils ne seraient bons qu&rsquo;\u00e0 nous rendre coupables devant Dieu et devant les hommes. \u00bb <\/em>Malheureusement, si ce discours rencontre une certaine audience parmi les religieuses, ces sages principes seront oubli\u00e9s dans l&rsquo;enceinte m\u00eame des Bons Pasteurs. Affirmer avec une telle conviction que les mauvais traitements n&rsquo;appor\u00adtent que haine et ranc\u0153ur est une fa\u00e7on de res\u00adpecter les enfants plac\u00e9s. Il fallait une clair\u00advoyance certaine pour affirmer si fort le respect d\u00fb \u00e0 tout \u00eatre humain. Ce comportement m\u00e9ritait d&rsquo;\u00eatre fortement soulign\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Paul DARTIGUENAVE<\/strong><\/p>\n<p>Article tir\u00e9 du livre de l&rsquo;auteur <em>Les bagnes d&rsquo;enfants et<\/em> <em>autres lieux d&rsquo;enfermement.<\/em> Editions Libertaires, 2005.<\/p>\n<hr size=\"1\" \/><a name=\"_ftn1\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> A.D. Calvados.9B. 53.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn2\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> Paul Buquet, Inspecteur g\u00e9n\u00e9ral adjoint des prisons. Tableau de la situation morale des jeunes d\u00e9tenus et des jeunes lib\u00e9r\u00e9s et recherches statistiques sur les colonies agricoles, les \u00e9tablissements correctionnels et les soci\u00e9t\u00e9s de patronage des jeunes d\u00e9tenus. Imp. Administrative Paul Dupont, 1853, 78p.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn3\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> Ibid.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn4\" href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a> Jacques, Guy Petit, Nicole Castan, Claude Faugeron, Michel Pierre, <em>Histoire des gal\u00e8res, bagnes et prisons, XII<sup>e<\/sup>-XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle<\/em>, Biblioth\u00e8que historique, Privat, 1991, 369 p.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn5\" href=\"#_ftnref5\">[5]<\/a> A.N. : F \/ 16 \/ 117.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn6\" href=\"#_ftnref6\">[6]<\/a> L.M. Moreau- Christophe. Inspecteur des prisons. 1799-1881.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn7\" href=\"#_ftnref7\">[7]<\/a> Cantine : salle o\u00f9 l&rsquo;on sert \u00e0 boire et \u00e0 manger moyennant finance dans une maison d&rsquo;arr\u00eat. Pistole : r\u00e9gime de faveur dans une prison. Moyennant une pis\u00adtole par mois le d\u00e9tenu obte\u00adnait un lit confortable avec des draps et une chambre bien meubl\u00e9e.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn8\" href=\"#_ftnref8\">[8]<\/a> Comte Fran\u00e7ois Barbe-Marbois 1745-1837. Nomm\u00e9 par Bonaparte ministre du Tr\u00e9sor. Il deviendra premier pr\u00e9sident de la Cour des Comptes, s\u00e9nateur et pair de France.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn9\" href=\"#_ftnref9\">[9]<\/a> A.D. Calvados 8\u00b0 7821.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn10\" href=\"#_ftnref10\">[10]<\/a> B.N.F. 4 R. Pi\u00e8ce 1541,1590. Cette prison fera parler d&rsquo;elle en 1955 \u00e0 cause du laisser-aller qui y r\u00e9gna quelques ann\u00e9es.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn11\" href=\"#_ftnref11\">[11]<\/a> Docteur Villerm\u00e9. 1782-1863. A \u00e9crit sur l&rsquo;\u00e9tat physique et moral des ouvriers en 1840. En 1829 il \u00e9tudie la mortalit\u00e9 des pri\u00adsonniers en France.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn12\" href=\"#_ftnref12\">[12]<\/a> Rapport moral du 25 janvier 1842 p. 11 A.D. Calvados Y. 295.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn13\" href=\"#_ftnref13\">[13]<\/a> <em>Christian Carlier. <\/em>La prison aux champs. Les colo\u00adnies d&rsquo;enfants d\u00e9linquants du nord de la France au XIX<sup>e <\/sup>si\u00e8cle,<em> p. 229.<\/em><\/p>\n<p><a name=\"_ftn14\" href=\"#_ftnref14\">[14]<\/a> A.D. Calvados Y. 295. Rapports moraux de 1841 et 1842.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn15\" href=\"#_ftnref15\">[15]<\/a> B.N.F.. Rp 9730.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn16\" href=\"#_ftnref16\">[16]<\/a> Michel Foucault. <em>Surveiller et punir. Naissance de la prison.<\/em> \u00c9d. Gallimard. Paris. 1975. p. 300.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn17\" href=\"#_ftnref17\">[17]<\/a> Marie Rouanet. <em>Les enfants du bagne.<\/em> \u00c9d. Payot. 1992.337 p.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn18\" href=\"#_ftnref18\">[18]<\/a> Ibid., note 17.<\/p>\n<p><!--[if gte mso 9]><xml> Print   FullPage         21      9,05 pt   9,05 pt      false   false   false      FR   X-NONE   X-NONE <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 9]><xml> <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 10]>\n\n\n\n<style>\n \/* Style Definitions *\/\n table.MsoNormalTable\n\t{mso-style-name:\"Tableau Normal\";\n\tmso-tstyle-rowband-size:0;\n\tmso-tstyle-colband-size:0;\n\tmso-style-noshow:yes;\n\tmso-style-priority:99;\n\tmso-style-parent:\"\";\n\tmso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;\n\tmso-para-margin:0cm;\n\tmso-para-margin-bottom:.0001pt;\n\tmso-pagination:widow-orphan;\n\tfont-size:11.0pt;\n\tfont-family:\"Calibri\",\"sans-serif\";\n\tmso-ascii-font-family:Calibri;\n\tmso-ascii-theme-font:minor-latin;\n\tmso-hansi-font-family:Calibri;\n\tmso-hansi-theme-font:minor-latin;\n\tmso-fareast-language:EN-US;}\n<\/style>\n\n<![endif]--><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Gavroche N\u00b0152, octobre-novembre-d\u00e9cembre 2007, p.26-33 L&rsquo;enfermement des enfants On a longtemps enferm\u00e9 les enfants d\u00e9linquants ou pseudo-d\u00e9linquants au m\u00eame titre que les adultes et dans les m\u00eames lieux, les prisons. C&rsquo;est \u00e0 partir de 1840 que seront cr\u00e9\u00e9es les premi\u00e8res maisons de correction, des bagnes ou enfants et adolescents sont souvent exploit\u00e9s dans des conditions [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_publicize_message":"","jetpack_is_tweetstorm":false,"jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","enabled":false}}},"categories":[1144],"tags":[4738,32,4744,4730,4735,4741,4733,248,2506,4737,292,4734,4732,172,4742,5402,4740,4263,4726,3861,4729,4728,4743,4731,28,4739,4736],"jetpack_publicize_connections":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3783"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3783"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3783\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3783"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3783"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3783"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}