{"id":3758,"date":"2015-05-16T01:10:01","date_gmt":"2015-05-15T23:10:01","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=3758"},"modified":"2015-05-16T06:27:15","modified_gmt":"2015-05-16T04:27:15","slug":"sylvain-le-rebelle-a-chope-la-lupinose","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2015\/05\/sylvain-le-rebelle-a-chope-la-lupinose\/","title":{"rendered":"Sylvain le rebelle a chop\u00e9 la lupinose"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/sylvain-boulouque.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3759\" title=\"Sylvain Boulouque\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/sylvain-boulouque-300x167.jpg\" alt=\"\" width=\"216\" height=\"120\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/sylvain-boulouque-300x167.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/sylvain-boulouque.jpg 1286w\" sizes=\"(max-width: 216px) 100vw, 216px\" \/><\/a>R\u00e9aliser une anthologie n&rsquo;est pas chose ais\u00e9e. L&rsquo;op\u00e9ration n\u00e9cessite forc\u00e9ment de faire des choix. En 2012, la <em>Soci\u00e9t\u00e9 Editrice du Monde<\/em> publiait une s\u00e9rie de dix-huit volumes consacr\u00e9s aux Rebelles. Vaste programme dont on a pu voir deux ans apr\u00e8s, aux Rendez-Vous de l&rsquo;Histoire de Blois, journ\u00e9es inaugur\u00e9es par le tr\u00e8s r\u00e9actionnaire Marcel Gauchet, combien le mot, aussi polys\u00e9mique soit-il, peut donner lieu \u00e0 un nombre incroyable de manipulations et de r\u00e9cup\u00e9rations plus ou moins politiques, plus ou moins commerciales. Le rebelle fait vendre et la collection du Monde fut dirig\u00e9e par Jean-No\u00ebl Jeanneney. Victo Hugo devenait &#8230; un rebelle. Jean Jaur\u00e8s, Georges Cl\u00e9menceau itou. L\u00e9on Blum aussi et les jans\u00e9sistes, ceux-l\u00e0 m\u00eame dont les boyaux du dernier pouvait servir \u00e0 \u00e9trangler le dernier des j\u00e9suites, figuraient encore dans la listes consacr\u00e9e \u00e0 ceux qui <em>ont un jour rompu avec les accommodements, les mensonges ou les pr\u00e9jug\u00e9s de leur temps pour faire de leur vie un combat<\/em>. Tout est, bien \u00e9videmment question de d\u00e9finition du terme rebelle mais le premier lecteur venu peut ais\u00e9ment comprendre que les anarchistes figurassent en bonne position dans cette collection. Le volume 4 leur est consacr\u00e9s. Sylvain Boulouque, auteur en 2003 des <em>Anarchistes fran\u00e7ais face aux guerres coloniales<\/em> \u00e0 l&rsquo;Atelier de Cr\u00e9ation Libertaire, s&rsquo;est attach\u00e9 \u00e0 la p\u00e9rilleuse entreprise. Chaque texte, de <em>Proudhon aux B\u00e9rurier Noir en passant par Bakounine, Kropotkine, Louise Michel, Jean Grave, \u00c9mile Pouget, S\u00e9bastien Faure, Georges Brassens ou L\u00e9o Ferr\u00e9<\/em>, est accompagn\u00e9e d&rsquo;une succincte pr\u00e9sentation de son auteur et c&rsquo;est bien souvent l\u00e0 o\u00f9 le b\u00e2t blesse. Qui a-t-on choisi pour illustrer l&rsquo;ill\u00e9galisme\u00a0? Devinez\u00a0! Devinez\u00a0! Qui est ce personnage, bien connu de nos jacoblogueurs et jacoblogueuses, \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat-civil invers\u00e9 et dont <em>la premi\u00e8re partie de la vie <\/em>(&#8230;) <em>a inspir\u00e9<\/em> &#8230;\u00a0? Devinez ! Devinez ! Sylvain, historien &#8211; ici approximatif &#8211; mais aussi collaborateur au tr\u00e8s lib\u00e9ral think tank <em>Fondapol<\/em>, a chop\u00e9 la lupinose. <!--more--><\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/sylvain-boulouque-2.png\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3760\" title=\"Sylvain Boulouque, Ni dieu ni ma\u00eetre ! Les anarchistes, coll Les Rebelles, Soci\u00e9t\u00e9 \u00e9ditrice du Monde,  2012\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/sylvain-boulouque-2-194x300.png\" alt=\"\" width=\"97\" height=\"150\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/sylvain-boulouque-2-194x300.png 194w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/sylvain-boulouque-2.png 665w\" sizes=\"(max-width: 97px) 100vw, 97px\" \/><\/a>Les anarchistes<\/strong><\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong>Ni dieu ni ma\u00eetre<\/strong><\/p>\n<p><em>Soci\u00e9t\u00e9 \u00e9ditrice du Monde<\/em>, collection<em> Les rebelles<\/em><\/p>\n<p>Paris, 2012, p.113-117<\/p>\n<p><strong>Marius Alexandre Jacob (1879-1954)<\/strong><\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong>Le vol comme restitution<\/strong><\/p>\n<p>La premi\u00e8re partie de la vie de Marius Alexandre Jacob a inspir\u00e9 \u00e0 Maurice Leblanc son h\u00e9ros Ars\u00e8ne Lupin. Jacob s&rsquo;engage dans la marine comme mousse et, revenu d&rsquo;un voyage en Australie, d\u00e9couvre l&rsquo;anarchisme, qui entre alors dans la p\u00e9riode de la propagande par le fait. Il participe\u00a0 un groupe libertaire fabriquant des explosifs. Il se lance dans la \u00ab\u00a0reprise individuelle\u00a0\u00bb, une nouvelle forme d&rsquo;ill\u00e9galisme pr\u00f4nant la r\u00e9cup\u00e9ration de la richesse chez les antis \u00e0 des fins de redistribution aux plus besogneux. Condamn\u00e9 \u00e0 la prison, il parvient \u00e0 s&rsquo;\u00e9vader, simulant la folie. Il commet des centaines de cambriolages, d\u00e9ployant des tr\u00e9sors d&rsquo;imagination qui d\u00e9frayent la chronique. De nouveau arr\u00eat\u00e9 en 1903, il est condamn\u00e9 au bagne et envoy\u00e9\u00a0 Cayenne, d&rsquo;o\u00f9 il tente plusieurs fois de s&rsquo;\u00e9vader. Albert Londres, dans son enqu\u00eate sur les bagnes, y d\u00e9crit sa condition de d\u00e9tenu. Lib\u00e9r\u00e9, Jacob rejoint la m\u00e9tropole et participe aux activit\u00e9s de groupes anarchistes jusqu&rsquo;\u00e0 sa mort volontaire, refusant que la maladie et la vieillesse l&#8217;emportent.<\/p>\n<p>Sa d\u00e9claration lors de son proc\u00e8s s&rsquo;inscrit dans la pure tradition anarchiste. Revendiquant devant ses juges son m\u00e9pris de la loi, Jacob d\u00e9crit une justice arbitraire, au service de l&rsquo;ordre bourgeois, et revendique le vol comme \u00ab\u00a0reprise de possession\u00a0\u00bb des plus d\u00e9munis. Germinal, l&rsquo;hebdomadaire libertaire d&rsquo;Amiens, titre \u00e0 cette occasion\u00a0: \u00ab\u00a0Marius Jacob devant nos ennemis\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><em>Messieurs,<\/em><\/p>\n<p><em>Vous savez maintenant qui je suis : un r\u00e9volt\u00e9 vivant du produit des cambriolages. De plus, j&rsquo;ai incendi\u00e9 plusieurs h\u00f4tels et d\u00e9fendu ma libert\u00e9 contre l&rsquo;agression des agents du pouvoir. J&rsquo;ai mis \u00e0 nu toute mon existence de lutte, je la soumets comme un probl\u00e8me \u00e0 vos intelligences. Ne reconnaissant \u00e0 personne le droit de me juger, je n&rsquo;implore ni pardon ni indulgence. Je ne sollicite pas ceux que je m\u00e9prise et que je hais. Vous \u00eates les plus forts ! Disposez de moi comme vous l&rsquo;entendez ; envoyez-moi au bagne, \u00e0 l&rsquo;\u00e9chafaud, peu m&rsquo;importe ! Mais avant de nous s\u00e9parer laissez-moi vous dire un dernier mot.<\/em><\/p>\n<p><em>Puisque vous me reprochez surtout d&rsquo;\u00eatre un voleur, il est utile de d\u00e9finir ce qu&rsquo;est le vol.<\/em><\/p>\n<p><em>A mon avis, le vol est un besoin de prendre que ressent tout homme pour satisfaire ses app\u00e9tits. Or ce besoin se manifeste en toute chose depuis les astres qui naissent et qui meurent pareils \u00e0 des \u00eatres jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;insecte qui \u00e9volue dans l&rsquo;espace, si petit, si infime que nos yeux ont de la peine \u00e0 le distinguer. La vie n&rsquo;est que vols et massacres. Les plantes, les b\u00eates s&rsquo;entre-d\u00e9vorent pour subsister. L&rsquo;un ne na\u00eet que pour servir de p\u00e2ture \u00e0 l&rsquo;autre ; malgr\u00e9 le degr\u00e9s de civilisation, de perfectibilit\u00e9 pour mieux dire, o\u00f9 il est arriv\u00e9, l&rsquo;homme ne faillit pas \u00e0 cette loi ; il ne peut s&rsquo;y sous traire sous peine de mort. Il tue et les plantes et les b\u00eates pour s&rsquo;en nourrir. Roi des animaux, il est insatiable. Outre les objets alimentaires qui lui assurent la vie, l&rsquo;homme se nourrit aussi d&rsquo;air, d&rsquo;eau et de lumi\u00e8re.<\/em><\/p>\n<p><em>Or, a-t-on jamais vu deux hommes se quereller, s&rsquo;\u00e9gorger pour la partage de ces aliments ? Pas que je sache. Cependant, ce sont les plus pr\u00e9cieux, sans lesquels un homme ne peut vivre. On peut demeurer plusieurs jours sans absorber de substances pour lesquelles nous nous faisons esclaves. Peut-on en faire autant de l&rsquo;air ? Pas m\u00eame un quart d&rsquo;heure ! L&rsquo;eau compte pour trois quarts du poids de notre organisme et est indispensable pour entretenir l&rsquo;\u00e9lasticit\u00e9 de nos tissus ; sans la chaleur, sans le soleil, la vie serait tout \u00e0 fait impossible.<\/em><\/p>\n<p><em>Or tout homme prend, vole ces aliments. Lui en fait-on un crime, un d\u00e9lit ? Non, certes ! Pourquoi r\u00e9serve-t-on le reste ? Parce que ce reste exige une d\u00e9pense d&rsquo;effort, une somme de travail. Mais le travail est le propre d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9, c&rsquo;est \u00e0 dire l&rsquo;association de tous les individus pour conqu\u00e9rir, avec peu d&rsquo;efforts, beaucoup de bien \u00eatre. Est-ce bien l\u00e0 l&rsquo;image de ce qui existe ? Vos institutions sont-elles bas\u00e9es sur un tel mode d&rsquo;organisation ? La v\u00e9rit\u00e9 d\u00e9montre le contraire. Plus un homme travaille, moins il gagne ; moins il produit, plus il b\u00e9n\u00e9ficie. Le m\u00e9rite n&rsquo;est donc pas consid\u00e9r\u00e9. Les audacieux seuls s&#8217;emparent du pouvoir et s&#8217;empressent de l\u00e9galiser leurs rapines. Du haut en bas de l&rsquo;\u00e9chelle sociale, tout n&rsquo;est que friponnerie d&rsquo;une part et idiotie de l&rsquo;autre. Comment voulez-vous que, p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 de ces v\u00e9rit\u00e9s, j&rsquo;aie respect\u00e9 un tel \u00e9tat de choses ?<\/em><\/p>\n<p><em>Un marchand d&rsquo;alcool, un patron de bordel s&rsquo;enrichit alors qu&rsquo;un homme de g\u00e9nie va crever de mis\u00e8re sur un grabat d&rsquo;h\u00f4pital. Le boulanger qui p\u00e9trit le pain en manque ; le cordonnier qui confectionne des milliers de chaussures montre ses orteils ; le tisserand qui fabrique des stocks de v\u00eatements n&rsquo;en a pas pour se couvrir ; le ma\u00e7on qui construit des ch\u00e2teaux et des palais manque d&rsquo;air dans un infect taudis. Ceux qui produisent tout n&rsquo;ont rien et ceux qui ne produisent rien ont tout. Un tel \u00e9tat des choses ne peut que produire l&rsquo;antagonisme entre les classes laborieuses et les classes poss\u00e9dantes c&rsquo;est \u00e0 dire fain\u00e9antes. La lutte surgit et la haine porte ses coups.<\/em><\/p>\n<p><em>Vous appelez un homme \u00ab\u00a0voleur\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0bandit\u00a0\u00bb, vous appliquez contre lui les rigueurs de la loi sans vous demander s&rsquo;il pouvait \u00eatre autre chose. A-t-on jamais vu un rentier se faire cambrioleur ? J&rsquo;avoue ne pas en conna\u00eetre. Moi qui ne suis ni rentier ni propri\u00e9taire, qui ne suis qu&rsquo;un homme ne poss\u00e9dant que ses bras et son cerveau pour assurer sa conservation, il m&rsquo;a fallu tenir une autre conduite. La soci\u00e9t\u00e9 ne m&rsquo;accordait que trois moyens d&rsquo;existence : le travail, la mendicit\u00e9, le vol. Le travail, loin de me r\u00e9pugner, me pla\u00eet. L&rsquo;homme ne peut m\u00eame pas se passer de travailler ; ses muscles, son cerveau poss\u00e8dent une somme d&rsquo;\u00e9nergie \u00e0 d\u00e9penser. Ce qui m&rsquo;a r\u00e9pugn\u00e9, c&rsquo;est de suer sang et eau pour l&rsquo;aum\u00f4ne d&rsquo;un salaire, c&rsquo;est de cr\u00e9er des richesses dont j&rsquo;aurais \u00e9t\u00e9 frustr\u00e9. En un mot, il m&rsquo;a r\u00e9pugn\u00e9 de me livrer \u00e0 la prostitution du travail. La mendicit\u00e9, c&rsquo;est l&rsquo;avilissement, la n\u00e9gation de toute dignit\u00e9. Tout homme a droit au banquet de la vie.<\/em><\/p>\n<p><strong><em>Le droit de vivre ne se mendie pas, il se prend<\/em><\/strong><em>.<\/em><\/p>\n<p><em>Le vol, c&rsquo;est la restitution, la reprise de possession. Plut\u00f4t que d&rsquo;\u00eatre clo\u00eetr\u00e9 dans une usine, comme dans un bagne, plut\u00f4t que de mendier ce \u00e0 quoi j&rsquo;avais droit, j&rsquo;ai pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 m&rsquo;insurger et combattre pieds \u00e0 pieds mes ennemis en faisant la guerre aux riches, en attaquant leurs biens. Certes, je con\u00e7ois que vous auriez pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 que je me soumisse \u00e0 vos lois ; qu&rsquo;ouvrier docile avachi j&rsquo;eusse cr\u00e9\u00e9 des richesses en \u00e9change d&rsquo;un salaire d\u00e9risoire et, lorsque le corps us\u00e9 et le cerveau ab\u00eati, je m&rsquo;en fusse crever au coin d&rsquo;une rue. Alors vous ne m&rsquo;appelleriez pas \u00ab\u00a0bandit cynique\u00a0\u00bb mais \u00ab\u00a0honn\u00eate ouvrier\u00a0\u00bb. Usant de la flatterie, vous m&rsquo;auriez accord\u00e9 la m\u00e9daille du travail. Les pr\u00eatres promettent un paradis \u00e0 leurs dupes ; vous, vous \u00eates abstraits, vous leurs offrez un chiffon de papier.<\/em><\/p>\n<p><em>Je vous remercie beaucoup de tant de bont\u00e9, de tant de gratitude Messieurs. Je pr\u00e9f\u00e8re \u00eatre un cynique conscient de mes droits qu&rsquo;un automate, qu&rsquo;une cariatide.<\/em><\/p>\n<p><em>D\u00e8s que j&rsquo;eus possession de ma conscience, je me livrai au vol sans aucun scrupule. Je ne coupe pas dans votre pr\u00e9tendue morale, qui pr\u00f4ne le respect de la propri\u00e9t\u00e9 comme une vertu, alors qu&rsquo;en r\u00e9alit\u00e9 il n&rsquo;y a de pires voleurs que les propri\u00e9taires.<\/em><\/p>\n<p><em>Estimez-vous heureux, Messieurs, que ce pr\u00e9jug\u00e9 ait pris racine dans le peuple car c&rsquo;est l\u00e0 votre meilleur gendarme. Connaissant l&rsquo;impuissance de la loi, de la force pour mieux dire, vous en avez fait le plus solide de vos protecteurs. Mais prenez garde, tout n&rsquo;a qu&rsquo;un temps. Tout ce qui est construit, \u00e9difi\u00e9 par la ruse et par la force, la ruse et la force peuvent le d\u00e9molir.<\/em><\/p>\n<p><em>Le peuple \u00e9volue tous les jours. Voyez-vous qu&rsquo;instruits de ces v\u00e9rit\u00e9s, conscients de leurs droits, tous les meurt-de-faim, tous les gueux, en un mot toutes vos victimes, s&rsquo;armant d&rsquo;une pince monseigneur aillent livrer l&rsquo;assaut \u00e0 vos demeures pour reprendre leurs richesses, qu&rsquo;ils ont cr\u00e9\u00e9es et que vous avez vol\u00e9es ? Croyez-vous qu&rsquo;ils en seraient plus malheureux ? J&rsquo;ai l&rsquo;id\u00e9e du contraire. S&rsquo;ils y r\u00e9fl\u00e9chissaient bien, ils pr\u00e9f\u00e9reraient courir tous les risques plut\u00f4t que de vous engraisser en g\u00e9missant dans la mis\u00e8re. La prison &#8230; Le bagne &#8230; L&rsquo;\u00e9chafaud ! dira-t-on. Mais que sont ces perspectives en comparaison d&rsquo;une vie d&rsquo;abruti, faite de toutes les souffrances ? Le mineur qui dispute son pain aux entrailles de la terre, ne voyant jamais luire le soleil, peut p\u00e9rir d&rsquo;un instant \u00e0 l&rsquo;autre, victime d&rsquo;une explosion ; le couvreur qui p\u00e9r\u00e9grine sur les toitures peut faire une chute et se r\u00e9duire en miettes ; le marin conna\u00eet tous les jours son d\u00e9part mais il ignore s&rsquo;il reviendra au port. Bon nombre d&rsquo;autres ouvriers contractent des maladies fatales dans l&rsquo;exercice de leur m\u00e9tier, s&rsquo;\u00e9puisent, s&#8217;empoisonnent, se tuent \u00e0 cr\u00e9er pour vous ; il n&rsquo;est pas jusqu&rsquo;aux gendarmes, aux policiers, vos valets qui, pour un os que vous leur donnez \u00e0 manger, trouvent parfois la mort dans la lutte qu&rsquo;ils entreprennent contre vos ennemis.<\/em><\/p>\n<p><em>Ent\u00eat\u00e9s dans vos \u00e9go\u00efsmes \u00e9troits, vous demeurez sceptique \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de cette vision, n&rsquo;est-ce pas ? Le peuple a peur, semblez-vous dire. Nous le gouvernons par la crainte de la r\u00e9pression ; s&rsquo;il crie, nous le jetterons en prison ; s&rsquo;il bronche, nous le d\u00e9porterons au bagne ; s&rsquo;il agit, nous le guillotinerons ! Mauvais calcul, messieurs, croyez-m&rsquo;en ! Les peines que vous infligerez ne sont pas un rem\u00e8de contre les actes de r\u00e9volte. La r\u00e9pression, bien loin d&rsquo;\u00eatre un rem\u00e8de, voire m\u00eame un palliatif, n&rsquo;est qu&rsquo;une aggravation du mal.<\/em><\/p>\n<p><em>Les mesures coercitives ne peuvent que semer la haine et la vengeance. C&rsquo;est un cycle fatal. Du reste, depuis que vous tranchez des t\u00eates, depuis que vous peuplez les prisons et les bagnes, avez-vous emp\u00each\u00e9 la haine de se manifester ? Dites ! R\u00e9pondez ! Les faits d\u00e9montrent votre impuissance. Pour ma part, je savais pertinemment que ma conduite ne pouvait avoir d&rsquo;autre issue que la bagne ou l&rsquo;\u00e9chafaud. Vous devez voir que ce n&rsquo;est pas ce qui m&rsquo;a emp\u00each\u00e9 d&rsquo;agir. Si je me suis livr\u00e9 au vol, \u00e7a n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 une question de gains, de livres mais une question de principe, de droit. J&rsquo;ai pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 conserver ma libert\u00e9, mon ind\u00e9pendance, ma dignit\u00e9 d&rsquo;homme que de me faire l&rsquo;artisan de la fortune d&rsquo;un ma\u00eetre. En termes plus crus, sans euph\u00e9misme, j&rsquo;ai pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00eatre voleur que vol\u00e9.<\/em><\/p>\n<p><em>Certes, moi aussi je r\u00e9prouve le fait par lequel un homme s&#8217;empare violemment du fruit et du labeur d&rsquo;autrui. Mais c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment pour cela que je fais la guerre aux riches, voleurs du bien des pauvres. Moi aussi, je voudrais vivre dans une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 le vol serait banni. Je n&rsquo;approuve et n&rsquo;ai us\u00e9 du vol que comme moyen de r\u00e9volte propre \u00e0 combattre le plus inique de tous les vols : la propri\u00e9t\u00e9 individuelle.<\/em><\/p>\n<p><em>Pour d\u00e9truire un effet, il faut au pr\u00e9alable en d\u00e9truire la cause. S&rsquo;il y a vol, ce n&rsquo;est que parce qu&rsquo;il y abondance d&rsquo;une part et disette de l&rsquo;autre, que parce que tout n&rsquo;appartient qu&rsquo;\u00e0 quelques-uns. La lutte ne dispara\u00eetra que lorsque les hommes mettront en commun leurs joies et leurs peines, leurs travaux et leurs richesses ; que lorsque tout appartiendra \u00e0 tous.<\/em><\/p>\n<p><em>Anarchiste r\u00e9volutionnaire, j&rsquo;ai fais ma R\u00e9volution, vienne l&rsquo;Anarchie.<\/em><\/p>\n<p><em>Alexandre Jacob<\/em><\/p>\n<p>Marius Alexandre Jacob, Ecrits, vol.I, Ed. L&rsquo;Insomniaque, 1995.<\/p>\n<p>Droits r\u00e9serv\u00e9s<\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">4<sup>e<\/sup> de couverture\u00a0:<\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong>LES ANARCHISTES ni dieu ni ma\u00eetre\u00a0!<\/strong><\/p>\n<p>Ni Dieu ni ma\u00eetre ! La propri\u00e9t\u00e9, c&rsquo;est le vol ! \u00c0 bas toutes les arm\u00e9es ! Police partout, justice nulle part ! De Proudhon aux B\u00e9rurier Noir en passant par Bakounine, Kropotkine, Louise Michel, Jean Grave, \u00c9mile Pouget, S\u00e9bastien Faure, Georges Brassens ou L\u00e9o Ferr\u00e9, le drapeau noir de l&rsquo;anarchie claque comme un refus de la soci\u00e9t\u00e9 bourgeoise, de l&rsquo;\u00c9tat, de l&rsquo;Eglise, des juges et de la police, des banquiers et des militaires, des patrons et des technocrates. Tiraill\u00e9e entre l&rsquo;apologie de la violence et la recherche d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 pacifique, la pens\u00e9e libertaire eut pour h\u00e9rauts des g\u00e9n\u00e9rations de rebelles qui pay\u00e8rent cher leur insoumission quotidienne. Voici r\u00e9unis les textes, inconnus ou embl\u00e9matiques, de leurs combats men\u00e9s au nom des libert\u00e9s individuelles et collectives.<\/p>\n<p><strong>LES REBELLES<\/strong><br \/>\nHommes d&rsquo;action, \u00e9crivains, penseurs ou artistes, ils ont un jour rompu avec les accommodements, les mensonges ou les pr\u00e9jug\u00e9s de leur temps pour faire de leur vie un combat. S&rsquo;ils se sont \u00e9galement battus avec la plume, c&rsquo;est qu&rsquo;ils \u00e9taient convaincus du formidable pouvoir des mots pour \u00e9veiller les consciences, r\u00e9sister \u00e0 l&rsquo;oppression et transformer le monde. Leurs \u00e9crits n&rsquo;ont rien perdu de leur force ni de leur justesse, et restent des manuels d&rsquo;insoumission pour les temps pr\u00e9sents.<\/p>\n<p>Responsable \u00e9ditorial Gr\u00e9goire Kauffmann<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>R\u00e9aliser une anthologie n&rsquo;est pas chose ais\u00e9e. L&rsquo;op\u00e9ration n\u00e9cessite forc\u00e9ment de faire des choix. En 2012, la Soci\u00e9t\u00e9 Editrice du Monde publiait une s\u00e9rie de dix-huit volumes consacr\u00e9s aux Rebelles. Vaste programme dont on a pu voir deux ans apr\u00e8s, aux Rendez-Vous de l&rsquo;Histoire de Blois, journ\u00e9es inaugur\u00e9es par le tr\u00e8s r\u00e9actionnaire Marcel Gauchet, combien [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_publicize_message":"","jetpack_is_tweetstorm":false,"jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","enabled":false}}},"categories":[1452],"tags":[108,863,4608,4677,121,25,1806,1523,4678,5407,4679,4676,1035,998,4680,4675],"jetpack_publicize_connections":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3758"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3758"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3758\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3758"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3758"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3758"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}