{"id":3674,"date":"2015-03-21T01:10:45","date_gmt":"2015-03-20T23:10:45","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=3674"},"modified":"2014-10-18T19:32:14","modified_gmt":"2014-10-18T17:32:14","slug":"fou-ou-dynamiteur-jules-clarenson","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2015\/03\/fou-ou-dynamiteur-jules-clarenson\/","title":{"rendered":"Fou ou dynamiteur ? Jules Clarenson"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/clarenson-1-1-copier.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3675\" title=\"Jules Clarenson\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/clarenson-1-1-copier-230x300.jpg\" alt=\"\" width=\"128\" height=\"166\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/clarenson-1-1-copier-230x300.jpg 230w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/clarenson-1-1-copier.jpg 369w\" sizes=\"(max-width: 128px) 100vw, 128px\" \/><\/a>Jules Clarenson se fait remarquer une premi\u00e8re fois en 1884. Il a 17 ans. Le 20 d\u00e9cembre de\u00a0 cette ann\u00e9e, la cour d&rsquo;assises de la Gironde le condamne \u00e0 trois ans d&#8217;emprisonnement pour vol et tentative d&rsquo;homicide sur l&rsquo;agent de police Reffort. Il obtient une remise de peine de six mois, le 6 avril 1886, mais est arr\u00eat\u00e9 un an plus tard pour son appartenance \u00e0 une bande de cambrioleurs bordelais officiant des Landes jusqu&rsquo;\u00e0 la Dordogne. L&rsquo;affaire porte sur un cambriolage commis dans une propri\u00e9t\u00e9 de la famille Yquem dans le quartier de Bordeaux Bastide. Mais Clarenson s&rsquo;\u00e9vade apr\u00e8s avoir ass\u00e9n\u00e9 de violents coups de poing aux deux policiers qui le conduisaient au palais de justice.<!--more--><\/p>\n<p>Rep\u00e9r\u00e9 \u00e0 Marseille, il blesse gri\u00e8vement un des gendarmes venus l&rsquo;arr\u00eater. La cour d&rsquo;assises des Bouches du Rh\u00f4ne l&rsquo;astreint, le 4 ao\u00fbt 1890, \u00e0 une peine de 3 ans d&#8217;emprisonnement qu&rsquo;il ne purge que jusqu&rsquo;au 15 septembre de l&rsquo;ann\u00e9e suivante, date \u00e0 laquelle il est intern\u00e9 \u00e0 l&rsquo;asile d&rsquo;ali\u00e9n\u00e9s du Montperrin \u00e0 Aix en Provence. D\u00e8s le 10 mars 1890, le m\u00e9decin chef de l&rsquo;asile Saint Pierre de Marseille avait alert\u00e9 les autorit\u00e9s judiciaires sur la folie dont Clarenson pr\u00e9sentait les sympt\u00f4mes :<\/p>\n<p><em>Son \u00e9tat mental actuel\u00a0 doit faire pr\u00e9voir le retour des m\u00eames d\u00e9sordres dans les id\u00e9es et dans les actes. La suppression des troubles intellectuels n&rsquo;est pas suffisamment compl\u00e8te pour qu&rsquo;on doive cesser de consid\u00e9rer Clarenson comme un individu dangereux<\/em><a name=\"_ftnref1\" href=\"#_ftn1\"><sup><sup>[1]<\/sup><\/sup><\/a>.<\/p>\n<p>Six mois apr\u00e8s ce rapport m\u00e9dical, un autre vient confirmer le diagnostic initial. Clarenson simule-t-il la folie ? Est-il r\u00e9ellement atteint d&rsquo;une esp\u00e8ce de schizophr\u00e9nie cr\u00e9ant chez le sujet <em>deux personnalit\u00e9s bien distinctes ; l&rsquo;une, l&rsquo;anarchiste, (&#8230;) en possession de ses facult\u00e9s ; l&rsquo;autre, l&rsquo;ali\u00e9n\u00e9, fatalement aux prises avec les atteintes de son affection<\/em><a name=\"_ftnref2\" href=\"#_ftn2\"><sup><sup>[2]<\/sup><\/sup><\/a> ? Toujours est-il que Jules Clarenson est libre \u00e0 la fin de l&rsquo;ann\u00e9e 1891. Nous le retrouvons l&rsquo;ann\u00e9e suivante \u00e0 Bordeaux, inculp\u00e9 dans une affaire de possession de dynamite. Le 20 mars 1892, 6 cartouches de cet explosif sont d\u00e9couvertes dans la cave de la maison Soubeyroux, sise au 44 rue Bouqui\u00e8re. Or cette demeure est mitoyenne de celle des Clarenson et la police remarque un trou dans leur cave permettant de communiquer avec celle des Soubeyroux ; Les charges ne sont visiblement pas suffisantes \u00e0 l&rsquo;encontre de Clarenson. Le 15 avril, le procureur de la R\u00e9publique du parquet de Bordeaux prononce un non-lieu \u00e0 son \u00e9gard<a name=\"_ftnref3\" href=\"#_ftn3\"><sup><sup>[3]<\/sup><\/sup><\/a>. Mais, du fort du H\u00e2, o\u00f9 il attend le verdict de la justice, Clarenson est transf\u00e9r\u00e9 sur l&rsquo;asile d&rsquo;ali\u00e9n\u00e9s de Cadillac. Il s&rsquo;en \u00e9vade le 22 ao\u00fbt.<\/p>\n<p>L&rsquo;affaire Deka\u00ebtler<a name=\"_ftnref4\" href=\"#_ftn4\"><sup><sup>[4]<\/sup><\/sup><\/a>, le 28 f\u00e9vrier 1893, vient le rappeler \u00e0 l&rsquo;attention de la police girondine. Ce jour-l\u00e0, se tient une r\u00e9union anarchiste \u00e0 Langon. Les compagnons Goua, Deka\u00ebtler et Clarenson s&rsquo;y rendent. A onze heures du soir, une rixe \u00e9clate entre les trois hommes et les d\u00e9nomm\u00e9s Jean Duluc et Marcel Castets \u00e0 la gare de Langon. Deka\u00ebtler est tu\u00e9 par Duluc tandis que Clarenson, atteint au visage par un coup de cl\u00e9, blesse Castets gri\u00e8vement. Il r\u00e9ussit n\u00e9anmoins \u00e0 s&rsquo;enfuir et \u00e0 \u00e9chapper aux recherches de la police qui, en 1894, le signale \u00e0 Toulouse puis \u00e0 Marseille.<\/p>\n<p><em>C&rsquo;est un cambrioleur dangereux et ferait partie de la bande des faux-monnayeurs arr\u00eat\u00e9s ces derniers temps<\/em><a name=\"_ftnref5\" href=\"#_ftn5\"><sup><sup>[5]<\/sup><\/sup><\/a>.<\/p>\n<p>Pendant deux ans, Jules Clarenson demeure introuvable m\u00eame si on le croit un certain temps en relation avec l&rsquo;anarchiste espagnol Salvoch\u00e9a qui r\u00e9siderait dans la banlieue de la m\u00e9tropole des Bouches du Rh\u00f4ne. Bernard Thomas, dans sa biographie d&rsquo;Alexandre Jacob, en fait l&rsquo;amant et le souteneur de Rose Roux<a name=\"_ftnref6\" href=\"#_ftn6\"><sup><sup>[6]<\/sup><\/sup><\/a> autorisant ainsi dans sa narration la rencontre avec l&rsquo;honn\u00eate cambrioleur qui, \u00e0 cette \u00e9poque, n&rsquo;a qu&rsquo;entre 15 et 17 ans. Quoi qu&rsquo;il en soit de la v\u00e9racit\u00e9 de ce propos, il faut attendre le 16 ao\u00fbt 1896 pour voir une fois de plus le nom de Clarenson affich\u00e9 dans la rubrique <em>faits divers<\/em> de la presse nationale. Il est arr\u00eat\u00e9 \u00e0 Montpellier en flagrant d\u00e9lit de cambriolage et, au cours de cette interpellation houleuse, il blesse d&rsquo;un coup de revolver un ouvrier venu en aide aux forces de l&rsquo;ordre.<\/p>\n<p>C&rsquo;est de cette interpellation dont il est question dans le dossier Clarenson conserv\u00e9 aux Archives de la ville de Paris. Ce dossier nous permet de pr\u00e9ciser le parcours de cet homme l\u00e9g\u00e8rement fada mais acteur important des Travailleurs de la Nuit. Pour se soustraire \u00e0 la justice, Clarenson joue le d\u00e9rangement mental et s&rsquo;accuse des attentats commis par l&rsquo;anarchiste belge Pauwels \u00e0 Paris rue Saint Martin et rue du faubourg Saint Jacques en f\u00e9vrier 1894 avant que ce dernier ne se fasse sauter avec son engin explosif \u00e0 l&rsquo;\u00e9glise de la Madeleine le 15 mars 1894. Clarenson donne un certain nombre de d\u00e9tails, se justifie politiquement et affirme une certaine tendance suicidaire. \u00a0Seulement, il m\u00e9lange les faits, r\u00e9pond de mani\u00e8re approximative aux interrogatoires judiciaires et l&rsquo;instruction qui fait suite \u00e0 ses pseudo-r\u00e9v\u00e9lations finit par aboutir \u00e0 une ordonnance de non-lieu. La justice l&rsquo;envoie alors une fois encore\u00a0 se faire soigner en asile psychiatrique. Le sc\u00e9nario de l&rsquo;\u00e9vasion se reproduit le 23 octobre 1897 et Jules Clarenson ne refait plus parler de lui pendant au moins trois ans, date \u00e0 laquelle on le retrouve dans le Midi et \u00e0 Marseille o\u00f9 il a tr\u00e8s certainement d\u00fb se lier avec les ill\u00e9galistes locaux et bien \u00e9videmment Alexandre Jacob.<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/clarenson-1-3-copier.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3676\" title=\"Jules Clarenson\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/clarenson-1-3-copier-225x300.jpg\" alt=\"\" width=\"112\" height=\"150\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/clarenson-1-3-copier-225x300.jpg 225w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/clarenson-1-3-copier.jpg 361w\" sizes=\"(max-width: 112px) 100vw, 112px\" \/><\/a>Archives de Paris<\/strong><\/p>\n<p><strong>D.3.U6.56.Clarenson<\/strong><\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong>Interrogatoire<\/strong><\/p>\n<p><strong>L&rsquo;an mille huit cent quatre-vingt-seize, le deux du mois de septembre \u00e0 cinq heures du soir<\/strong><\/p>\n<p><strong>Devant nous Henri Vernet, Juge d&rsquo;instruction de l&rsquo;arrondissement de Montpellier, d\u00e9partement de l&rsquo;H\u00e9rault, assist\u00e9 de Jules Dejean, faisant fonction de greffier, d\u00fbment asserment\u00e9 d&rsquo;office, accompagn\u00e9 de M. Gaillard, substitut du Procureur de la R\u00e9publique,<\/strong><\/p>\n<p><strong>A comparu Clarenson Jules<\/strong><\/p>\n<p>A l&rsquo;interrogatoire duquel nous avons proc\u00e9d\u00e9 comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>D &#8211; Vous venez de m&rsquo;adresser une lettre dans laquelle vous vous d\u00e9noncez vous-m\u00eame comme l&rsquo;auteur de deux attentats commis \u00e0 Paris au mois de mars 1894\u00a0; vous auriez dites-vous d\u00e9pos\u00e9 des bombes dans deux h\u00f4tels\u00a0; vous vouliez ainsi atteindre M. Dehrs Commissaire de Police qui avait arr\u00eat\u00e9 Ravachol, persistez-vous dans ces d\u00e9clarations\u00a0?<\/p>\n<p>R &#8211; Je vous ai dit la v\u00e9rit\u00e9\u00a0; j&rsquo;ai fabriqu\u00e9 \u00e0 Marseille deux bombes remplies de poudre chlorat\u00e9es, un tube rempli d&rsquo;acide sulfurique devait en se renversant enflammer la poudre\u00a0et provoquer l&rsquo;explosion\u00a0; je me proposai de jeter ces bombes dans la salle des s\u00e9ances du S\u00e9nat ou \u00e0 la porte du Palais du Luxembourg \u00e0 la sortie des s\u00e9nateurs. La surveillance de la police \u00e9tait trop bien organis\u00e9e et j&rsquo;ai d\u00fb renoncer \u00e0 ce projet. Je louai alors dans un h\u00f4tel garni de la rue Saint Martin une petite chambre sous le nom de Rabardi\u00a0; j&rsquo;\u00e9crivis \u00e0 M. Dhers Commissaire de Police du quartier une lettre dans laquelle je l&rsquo;informais que j&rsquo;allais me suicider \u00e0 la suite d&rsquo;un d\u00e9sespoir d&rsquo;amour, je le priais de venir constater mon d\u00e9c\u00e8s. J&rsquo;avais d\u00e9pos\u00e9 au-dessus de la porte de la chambre une petite planchette supportant une des bombes, la porte en s&rsquo;ouvrant devait faire toucher cet engin aux pieds de la personne p\u00e9n\u00e9trant dans l&rsquo;appartement.<\/p>\n<p>Le Commissaire de Police en vint pas lui-m\u00eame et envoya les agents, la propri\u00e9taire les conduisit pour leur indiquer ma chambre d\u00e8s qu&rsquo;ils eurent pouss\u00e9 la porte, pour achever de disposer mon appareil, l\u00e9g\u00e8rement entreb\u00e2ill\u00e9e, la bombe tomba, ils eurent un moment d&rsquo;h\u00e9sitation, mais voyant au bout d&rsquo;un moment qu&rsquo;aucune explosion ne se produisait ils p\u00e9n\u00e9tr\u00e8rent dans l&rsquo;appartement. L&rsquo;engin \u00e9clata alors tuant ou blessant quelques personnes.<\/p>\n<p>L&rsquo;id\u00e9e de cet attentat avait \u00e9t\u00e9 inspir\u00e9e par l&rsquo;anarchiste Pauwels et qui p\u00e9rit dans l&rsquo;\u00e9glise de la Madeleine, victime de son propre attentat. Pauwels n&rsquo;avait pas voulu me suivre au S\u00e9nat et participer \u00e0 la tentative dont je vous ai parl\u00e9 tout \u00e0 l&rsquo;heure. C&rsquo;est lui qui \u00e9crivit \u00e0 M. Dhers la lettre qui devait l&rsquo;amener dans ma chambre.<\/p>\n<p>Je regrette que cette bombe, uniquement destin\u00e9 \u00e0 M. Dhers, ait frapp\u00e9 ou tu\u00e9 des personnes que certainement je ne me proposai pas d&rsquo;atteindre.<\/p>\n<p>J&rsquo;avais \u00e9galement lou\u00e9 dans un autre quartier que je ne puis vous d\u00e9signer d&rsquo;une fa\u00e7on pr\u00e9cise car je connais assez peu Paris une autre chambre garnie, je donnai \u00e0 la longue le nom de Rabardy, le jour m\u00eame de ma prise de possession j&rsquo;installai dans les m\u00eames conditions au-dessus de la porte une bombe dans la m\u00eame composition. Pauwels \u00e9crivit au Commissaire de Police du quartier une lettre sign\u00e9e Rabardy dans laquelle il l&rsquo;informait de son suicide. Un secr\u00e9taire de police arriva, ouvrit la porte et d\u00e9termina ainsi la chute de la bombe mais l&rsquo;engin, qui \u00e9tait probablement d&rsquo;une fabrication d\u00e9fectueuse, n&rsquo;\u00e9clata pas sur le coup. L&rsquo;agent sachant qu&rsquo;une explosion venait de se produire quelques heures avant dans des conditions analogues s&rsquo;enfuit imm\u00e9diatement, ou pr\u00e9vint M. Girard, Directeur du Laboratoire Municipal, qui prit les mesures n\u00e9cessaires pour provoquer sans danger l&rsquo;explosion. Pauwels et moi avions seuls et de concert pr\u00e9par\u00e9 ces attentats, aucun compagnon n&rsquo;\u00e9tait dans la confidence, d&rsquo;ailleurs je ne veux vous d\u00e9noncer personne et si je mets Pauwels en cause c&rsquo;est qu&rsquo;il est mort depuis longtemps.<\/p>\n<p>Les personnes qui ont pu me voir dans les circonstances dont je vous parle, notamment les propri\u00e9taires des chambres que j&rsquo;ai lou\u00e9es, les gar\u00e7ons d&rsquo;h\u00f4tel peut-\u00eatre, pourraient ais\u00e9ment me reconnaitre\u00a0; pourtant, \u00e0 cette \u00e9poque, je ne portais pas comme aujourd&rsquo;hui la barbe, la moustache \u00e9tait moins forte et je l&rsquo;avais par pr\u00e9caution l\u00e9g\u00e8rement blondie.<\/p>\n<p>J&rsquo;\u00e9tais, je crois, v\u00eatu \u00e0 cette \u00e9poque d&rsquo;un costume gris et coiff\u00e9 d&rsquo;un chapeau mou.<\/p>\n<p>Je puis pr\u00e9ciser que les deux bombes \u00e0 renversement dont je me suis servi \u00e9taient compos\u00e9es des m\u00eames mati\u00e8res, toutes deux renfermaient des morceaux de fonte et de gros clous de souliers. Ces mati\u00e8res \u00e9taient contenues dans des boites de conserve ramass\u00e9es dans la rue dont l&rsquo;une \u00e9tait rev\u00eatue d&rsquo;une \u00e9tiquette de couleur, toutes deux de forme cylindrique et mesurant environ 15 centim\u00e8tres de longueur sur 7 ou 8 de diam\u00e8tre. Ces engins avaient \u00e9t\u00e9 fabriqu\u00e9s \u00e0 Marseille, je les ai emport\u00e9s \u00e0 Paris dans ma sacoche. C&rsquo;est Pauwels que j&rsquo;avais d\u00e9j\u00e0 eu l&rsquo;occasion de fr\u00e9quenter \u00e0 Marseille qui m&rsquo;avait fait venir \u00e0 Paris et comme je ne connaissais qu&rsquo;assez vaguement cette ville, c&rsquo;est lui qui m&rsquo;y pilota et m&rsquo;indiqua notamment les deux chambres garnies.<\/p>\n<p>J&rsquo;\u00e9tais d\u00e9j\u00e0 \u00e0 Paris au mois de juillet 1893, j&rsquo;avais vu Pauwels \u00e0 l&rsquo;usine de produits chimiques o\u00f9 il \u00e9tait employ\u00e9 dans la rue de Paris je crois, en tout cas sur la grande avenue qui conduit de Paris \u00e0 Saint Denis, c&rsquo;est l\u00e0) que je vis pour la premi\u00e8re fois Vaillant avec lequel j&rsquo;\u00e9changeai quelques paroles relatives \u00e0 la cr\u00e9ation d&rsquo;un journal anarchiste \u00ab\u00a0L&rsquo;Agitateur\u00a0\u00bb \u00e0 Marseille.<\/p>\n<p>Je puis vous dire aussi que Pauwels assistait aux d\u00e9bats de l&rsquo;affaire Francis devant la Cour d&rsquo;Assises de la Seine dans les premiers mois de cette ann\u00e9e 1893, il \u00e9tait porteur d&rsquo;une ou plusieurs bombes et \u00e9tait d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 les lancer dans la salle d&rsquo;audience dans le cas o\u00f9 Francis serait condamn\u00e9, il n&rsquo;eut pas l&rsquo;occasion de mettre ce projet \u00e0 ex\u00e9cution car Francis b\u00e9n\u00e9ficia d&rsquo;un verdict d&rsquo;acquittement. Le d\u00e9nonciateur Bricou qui dans l&rsquo;affaire Ravachol avait indiqu\u00e9 \u00e0 la police un d\u00e9p\u00f4t de dynamite, fut seul condamn\u00e9 \u00e0 20 ans de travaux forc\u00e9s.<\/p>\n<p>D &#8211; Dans quel but fa\u00eetes-vous aujourd&rsquo;hui ces r\u00e9v\u00e9lations\u00a0?<\/p>\n<p>R &#8211; Je n&rsquo;ai pas \u00e0 m&rsquo;expliquer \u00e0 ce sujet. Je puis vous dire \u00e9galement que si Pauwels ne consentit pas malgr\u00e9 mes instances \u00e0 jeter ces bombes au S\u00e9nat et \u00e0 renouveler au Luxembourg l&rsquo;attentat de Vaillant \u00e0 la Chambre des D\u00e9put\u00e9s, c&rsquo;est qu&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait pas certain du r\u00e9sultat que devait produire l&rsquo;explosion.<\/p>\n<p>C&rsquo;est pour exp\u00e9rimenter la puissance destructrice de ces engins que nous comm\u00eemes ensembles les deux attentats dont je vous ai parl\u00e9.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai compris depuis cette \u00e9poque la parfaite inutilit\u00e9 des bombes qui au lieu d&rsquo;atteindre les coupables \u00e0 qui elles sont destin\u00e9es frappent presque toujours des innocents et j&rsquo;ai renonc\u00e9 \u00e0 la fabrication de semblables engins.<\/p>\n<p>Lecture faite, persiste et requis de signer d\u00e9clare \u00eatre inutile, et avons sign\u00e9 avec Monsieur le Procureur de la R\u00e9publique et notre greffier.<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/clarenson-1-4-copier.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3677\" title=\"Jules Clarenson\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/clarenson-1-4-copier-236x300.jpg\" alt=\"\" width=\"125\" height=\"159\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/clarenson-1-4-copier-236x300.jpg 236w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/clarenson-1-4-copier.jpg 378w\" sizes=\"(max-width: 125px) 100vw, 125px\" \/><\/a>Interrogatoire<\/strong><\/p>\n<p><strong>Le 3 septembre 1896, nous, Henri Vernet, Juge suppl\u00e9ant, d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 dans les fonctions de juge d&rsquo;instruction, \u00a0Jules Dejean, faisant fonctions de commis greffier, d\u00fbment asserment\u00e9 d&rsquo;office, nous sommes transport\u00e9s \u00e0 la maison d&rsquo;arr\u00eat et avons interrog\u00e9 l&rsquo;inculp\u00e9 Clarenson ainsi qu&rsquo;il suit\u00a0:<\/strong><\/p>\n<p>D &#8211; Persistez-vous dans vos d\u00e9clarations\u00a0?<\/p>\n<p>R &#8211; Je persiste, j&rsquo;ai dit la v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>D &#8211; Pourquoi dans les h\u00f4tels meubl\u00e9s o\u00f9 vous pr\u00e9tendez vous \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9 avez-vous pris le nom de Rabardy\u00a0?<\/p>\n<p>R &#8211; Pauwels avait trouv\u00e9 \u00e9gar\u00e9s dans la rue des papiers \u00e9gar\u00e9s au nom de Rabardy, un extrait de casier judiciaire et un acte de naissance je crois. Dans une des maisons o\u00f9 je me suis pr\u00e9sent\u00e9 on m&rsquo;a demand\u00e9 mes pi\u00e8ces. Je les ai exhib\u00e9es spontan\u00e9ment dans l&rsquo;autre, on m&rsquo;a inscrit sous le nom port\u00e9 dans les pi\u00e8ces qui \u00e9taient en ma possession.<\/p>\n<p>D &#8211; Dans quelles conditions vous \u00eates-vous pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 l&rsquo;h\u00f4tel du faubourg Saint Martin o\u00f9 a eu lieu l&rsquo;attentat dirig\u00e9 contre M. Dhers\u00a0?<\/p>\n<p>R &#8211; Je me suis pr\u00e9sent\u00e9 dans cet h\u00f4tel vers 10 ou 11 heures du matin, je crois, je portais ma bombe sous le bras envelopp\u00e9e comme un paquet dans des journaux\u00a0; la chambre que l&rsquo;on me donna \u00e9tait situ\u00e9e \u00e0 un des \u00e9tages sup\u00e9rieurs de la maison au 4 ou au 5 je crois. Je me souviens seulement que l&rsquo;escalier qui y conduisait devenait \u00e0 cette hauteur tr\u00e8s rapide, presque vertical, en forme d&rsquo;\u00e9chelle, et en rappelant mes souvenirs, je crois pouvoir vous dire que cette chambre \u00e9tait situ\u00e9e au dernier \u00e9tage de la maison. Cet appartement \u00e9tait tr\u00e8s mal meubl\u00e9, garni seulement d&rsquo;un lit, d&rsquo;une table et de deux chaises.je en restai qu&rsquo;un moment dans cette chambre et sortis presque aussit\u00f4t pour aller pr\u00e9parer l&rsquo;autre attentat. Apr\u00e8s avoir d\u00e9jeun\u00e9, je me rendis rue Saint Jacques \u00e0 la chambre lou\u00e9e depuis la veille pour disposer le second engin au-dessus de la porte d&rsquo;entr\u00e9e\u00a0; je revins vers trois heures \u00e0 l&rsquo;h\u00f4tel du faubourg Saint Martin pour pr\u00e9parer l&rsquo;explosion. Les deux attentats devaient en effet se produire simultan\u00e9ment.<\/p>\n<p>D &#8211; O\u00f9 logiez-vous \u00e0 Paris avant et apr\u00e8s ces deux attentats\u00a0?<\/p>\n<p>R &#8211; J&rsquo;avais lou\u00e9 une chambre \u00e0 Montmartre dans un h\u00f4tel garni, rue des trois fr\u00e8res, je crois me souvenir que dans cette maison habitaient en m\u00eame temps que moi deux cordonniers que je connaissais quelque peu.<\/p>\n<p>D &#8211; Combien de temps \u00eates-vous rest\u00e9s \u00e0 Paris apr\u00e8s cette affaire\u00a0?<\/p>\n<p>R &#8211; Cinq ou six jours je crois avant de repartir pour Marseille, je voulais amener Pauwels avec moi, mais il refusa de me suivre retenu \u00e0 Paris par sa femme et ses enfants, il n&rsquo;habitait pourtant pas \u00e0 cette \u00e9poque avec sa famille et se montrait le plus rarement possible \u00e0 son domicile car \u00e0 cette \u00e9poque il \u00e9tait recherch\u00e9 par la police pour l&rsquo;affaire Vaillant, je me proposais alors de faire sauter le casino de Monte Carlo, mais j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 retenu par la crainte de frapper des innocents. J&rsquo;avais aussi l&rsquo;intention l&rsquo;ann\u00e9e derni\u00e8re de me rendre \u00e0 Trouville o\u00f9 se trouvait alors en vill\u00e9giature M. de Rothschild, je n&rsquo;aurais pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 le tuer car il personnifie \u00e0 mes yeux la soci\u00e9t\u00e9 bourgeoise et capitaliste. Je n&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 retenu dans l&rsquo;ex\u00e9cution de ces divers attentats que par la crainte de provoquer un redoublement de s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 dans la r\u00e9pression et d&rsquo;entraver ainsi la propagande anarchiste.<\/p>\n<p>Lecture faite et requis de signer, d\u00e9clare consid\u00e9rer l&rsquo;apposition de sa signature au bas du pr\u00e9sent proc\u00e8s-verbal comme une formalit\u00e9 inutile.<\/p>\n<p><strong>Lettre de Jules Clarenson<\/strong><\/p>\n<p>Re\u00e7u le 2 septembre 1896 \u00e0 5 heures du soir<\/p>\n<p>M. le Juge d&rsquo;Instruction<\/p>\n<p>La conversation que je viens d&rsquo;avoir tout \u00e0 l&rsquo;heure avec vous et Mr le Procureur m&rsquo;a fait beaucoup r\u00e9fl\u00e9chir au sujet de la peine capitale, de la condamnation \u00e0 mort que j&rsquo;attends, puisque l&rsquo;accusation qui p\u00e8se contre moi ne suffit pas, je vais vous d\u00e9voiler un crime ou plut\u00f4t deux que j&rsquo;ai commis.<\/p>\n<p>C&rsquo;est moi qui suis le faux Rabardy, c&rsquo;est moi qui ai mis au commencement de mars 1894\u00e0 Paris les deux bombes dans les h\u00f4tels dont l&rsquo;une tua une femme et blessa deux agents, l&rsquo;autre ne partit pas et l&rsquo;on fut oblig\u00e9 de lui faire faire explosion sur place. Je visais M. Dhers, le commissaire qui avait arr\u00eat\u00e9 Ravachol, souvenez-vous des faits et vous verrez que tout est exact et que c&rsquo;est moi qui suis bien Rabardy que l&rsquo;on n&rsquo;a jamais pu retrouver.<\/p>\n<p>Je profite de la m\u00eame occasion pour vous prier encore une fois de ne pas tenir compte des lettres de ma m\u00e8re\u00a0; ce qu&rsquo;elle dit sont les divagations de l&rsquo;amour maternel, je suis parfaitement et compl\u00e8tement responsable de mes actes\u00a0; d&rsquo;ailleurs, avec M. le procureur, vous avez \u00e9t\u00e9 forc\u00e9 de reconnaitre que je suis logique, c&rsquo;est la raison et non pas la folie, c&rsquo;est l&rsquo;amour maternel qui \u00e9gare ma m\u00e8re, je vous le r\u00e9p\u00e8te, car elle pr\u00e9f\u00e8re voir son fils pourrir dans un cabanon de fou que mourir en martyr sur l&rsquo;\u00e9chafaud.<\/p>\n<p>Je suis Monsieur le Juge votre respectueux serviteur.<\/p>\n<p>Jules Clarenson<\/p>\n<p><strong>Tribunal de 1<sup>e<\/sup> instance de Montpellier <\/strong><\/p>\n<p>Cabinet du juge d&rsquo;instruction<\/p>\n<p>Montpellier le 5 septembre 1896<\/p>\n<p>Monsieur le Procureur de la R\u00e9publique,<\/p>\n<p>Un nomm\u00e9 Clarenson, d\u00e9tenu \u00e0 la prison de Montpellier, vient de m&rsquo;adresser une lettre dans laquelle il pr\u00e9tend \u00eatre l&rsquo;auteur de deux attentats anarchistes commis \u00e0 Paris, au mois de f\u00e9vrier 1894\u00a0; il aurait sous le faux nom de Rabardy, lou\u00e9 deux chambres dans des h\u00f4tels meubl\u00e9s situ\u00e9s dans les rues Saint Jacques et du faubourg Saint Martin, et dispos\u00e9 dans ces appartements des bombes dont l&rsquo;explosion aurait tu\u00e9 ou bless\u00e9 plusieurs personnes.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai l&rsquo;honneur de vous transmettre ci-joint, \u00e0 toutes fins utiles, avec la lettre de cet individu des d\u00e9clarations compl\u00e9mentaires que je me suis empress\u00e9 de recueillir.<\/p>\n<p>J&rsquo;estime qu&rsquo;il y a lieu d&rsquo;examiner tr\u00e8s attentivement les r\u00e9v\u00e9lations de Clarenson, en raison de leur gravit\u00e9 exceptionnelle et surtout de la personnalit\u00e9 de leurs auteurs.<\/p>\n<p>Je crois d&rsquo;abord utile de vous renseigner de fa\u00e7on compl\u00e8te sur les ant\u00e9c\u00e9dents et le pass\u00e9 de cet individu qui est en m\u00eame temps qu&rsquo;un malfaiteur de la pire esp\u00e8ce, un anarchiste des plus dangereux.<\/p>\n<p>Clarenson (Jules Alexandre Gabriel)\u00a0 est n\u00e9 \u00e0 Saintes (Charente Inf\u00e9rieure) le 31 janvier 1867 de Jean et de Fragnaud Estelle. Il fut pendant quelques ann\u00e9es \u00e9l\u00e8ve au lyc\u00e9e de Bordeaux\u00a0; \u00e0 peine \u00e2g\u00e9 de 12 ans et demi, il \u00e9tait, le 20 d\u00e9cembre 1884, condamn\u00e9 par la Cour d&rsquo;Assises de la Gironde \u00e0 trois ans de prison pour vols qualifi\u00e9s. Arr\u00eat\u00e9 sous la m\u00eame inculpation le 20 octobre 1887, il s&rsquo;\u00e9vadait le m\u00eame jour du Palais de justice, apr\u00e8s avoir prof\u00e9r\u00e9 les menaces les plus violentes contre le juge d&rsquo;instruction qui l&rsquo;interrogeait.<\/p>\n<p>Arr\u00eat\u00e9 \u00e0 Marseille en flagrant d\u00e9lit de vol, il blessa un agent d&rsquo;un coup de revolver. Au cours de l&rsquo;information, Clarenson fut examin\u00e9 par plusieurs m\u00e9decins puis envoy\u00e9 \u00e0 Bordeaux o\u00f9 trois docteurs l&rsquo;examin\u00e8rent \u00e0 nouveau. Les hommes de l&rsquo;art furent unanimes \u00e0 d\u00e9clarer l&rsquo;inculp\u00e9 irresponsable et le 8 novembre 1889 le juge d&rsquo;instruction de Bordeaux rendait en sa faveur une ordonnance de non-lieu.<\/p>\n<p>Il \u00e9tait n\u00e9anmoins traduit le 4 ao\u00fbt 1890 devant la cour d&rsquo;assises des Bouches du Rh\u00f4ne\u00a0; sur les rapports du m\u00e9decin de la prison d&rsquo;Aix et du m\u00e9decin en chef de l&rsquo;asile des ali\u00e9n\u00e9s de Marseille certifiant la responsabilit\u00e9 au moins relative de l&rsquo;inculp\u00e9, il fut condamn\u00e9 \u00e0 trois ans d&#8217;emprisonnement.<\/p>\n<p>Au mois de f\u00e9vrier 1892, apr\u00e8s avoir obtenu une remise de peine, il \u00e9tait poursuivi \u00e0 Bordeaux pour d\u00e9tention ill\u00e9gale de dynamite\u00a0; malgr\u00e9 les graves pr\u00e9somptions relanc\u00e9es \u00e0 sa charge, il b\u00e9n\u00e9ficia d&rsquo;une ordonnance de non-lieu\u00a0; mais, sur l&rsquo;initiative du parquet, M. le Pr\u00e9fet de la Gironde ordonna, par mesure administrative, son internement \u00e0 l&rsquo;asile d&rsquo;ali\u00e9n\u00e9s de Cadillac, dont il parvint \u00e0 s&rsquo;\u00e9vader au mois d&rsquo;ao\u00fbt suivant.<\/p>\n<p>Le 26 juillet 1892, la 1<sup>e<\/sup> Chambre du tribunal Civil de Bordeaux pronon\u00e7ait son interdiction pour cause d&rsquo;ali\u00e9nation mentale\u00a0; le jugement fut rendu par d\u00e9faut mais apr\u00e8s interrogatoire des d\u00e9fendeurs \u00e0 la Chambre du Conseil, le Conseil de Famille, \u00e0 l&rsquo;unanimit\u00e9 de ses membres, avait \u00e9mis un avis favorable \u00e0 l&rsquo;interdiction.<\/p>\n<p>En mars 1893, Clarenson se rendait, escort\u00e9 de deux anarchistes, \u00e0 Langon (Gironde) pour visiter les \u00ab\u00a0compagnons\u00a0\u00bb de cette localit\u00e9. Au cours d&rsquo;une discussion survenue avec les jeunes gens de Langon, Clarenson et ses amis blessaient plusieurs personnes \u00e0 coups de revolver. Un des anarchistes trouva la mort dans cette rixe et l&rsquo;on d\u00e9couvrit sur les lieux une sacoche garnies de fausses cl\u00e9s et de pinces, abandonn\u00e9e par les malfaiteurs. Clarenson r\u00e9ussit \u00e0 s&rsquo;enfuir mais il est de ce chef sous le coup d&rsquo;un mandat d&rsquo;arr\u00eat d\u00e9cerner par le juge d&rsquo;instruction de Bazas pour tentative de meurtre et vols qualifi\u00e9s.<\/p>\n<p>L&rsquo;inculp\u00e9, depuis cette \u00e9poque, parait s&rsquo;\u00eatre r\u00e9fugi\u00e9 sur Marseille\u00a0; il a de son propre aveu commis des vols nombreux et importants\u00a0; il fr\u00e9quentait en outre tous les anarchistes militants de la r\u00e9gion, se livrait \u00e0 une propagande des plus actives et aurait m\u00eame pris la direction ou la g\u00e9rance d&rsquo;un organe libertaire \u00ab\u00a0l&rsquo;Agitateur\u00a0\u00bb. La police de Marseille semble d&rsquo;ailleurs ne jamais s&rsquo;\u00eatre pr\u00e9occup\u00e9e de ses agissements et n&rsquo;a pu, jusqu&rsquo;ici, ne fournir aucun renseignement sur son compte.<\/p>\n<p>Le 16 ao\u00fbt dernier, Clarenson \u00e9tait \u00e0 Montpellier en compagnie d&rsquo;un complice rest\u00e9 inconnu, surpris en flagrant d\u00e9lit de vols\u00a0; son arrestation fut des plus mouvement\u00e9es\u00a0; il tirait des coups de revolver sur les agents et blessait assez s\u00e9rieusement une des personnes qui essayaient de s&rsquo;opposer \u00e0 sa fuite. Il \u00e9tait, en outre, porteur d&rsquo;un petit pistolet \u00e0 la crosse duquel se vissait une cartouche contenant, a-t-il d\u00e9clar\u00e9, de la dynamite\u00a0; il avait, dit-il, l&rsquo;intention de provoquer l&rsquo;explosion et de faire sauter avec lui, les agents et les passants qui avaient op\u00e9r\u00e9 ou facilit\u00e9 son arrestation.<\/p>\n<p>Ecrou\u00e9 \u00e0 la maison d&rsquo;arr\u00eat, l&rsquo;inculp\u00e9 pr\u00e9tendit d&rsquo;abord s&rsquo;appeler Fournil (Marius Louis) n\u00e9 \u00e0 Paris, le 10 f\u00e9vrier 1868. On trouva en effet en sa possession des papiers d&rsquo;identit\u00e9 au nom de Fournil, notamment une carte d&rsquo;\u00e9lecteur (\u00e9corn\u00e9e) de la ville de Marseille et deux photographies au bas desquelles cette signature \u00e9tait l\u00e9galis\u00e9e par le maire de cette ville\u00a0; mais, v\u00e9rification faite au casier judiciaire, on ne trouva pas d&rsquo;acte de naissance applicable.<\/p>\n<p>J&rsquo;avais fait mettre cet individu au secret\u00a0; le 22 ao\u00fbt le gardien chef vint me pr\u00e9venir que ce d\u00e9tenu avait tent\u00e9 de se prendre dans sa cellule, \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;une corde fabriqu\u00e9e avec les draps de sa couche. Interrog\u00e9 imm\u00e9diatement, l&rsquo;inculp\u00e9 au cours d&rsquo;une violente crise de d\u00e9sespoir, me r\u00e9v\u00e9la sa v\u00e9ritable identit\u00e9.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 inform\u00e9 depuis, par le Parquet de Marseille, que des anarchistes de cette ville s&rsquo;\u00e9taient rendus \u00e0 Montpellier avec l&rsquo;intention de faire \u00e9vader leur camarade. Toutes les pr\u00e9cautions ont \u00e9t\u00e9 prises pour emp\u00eacher la mise \u00e0 ex\u00e9cution de ce projet.<\/p>\n<p>Le 2 septembre courant, Clarenson avec qui j&rsquo;avais des entrevues presque quotidiennes, m&rsquo;adressa la lettre qui fait l&rsquo;objet de ce rapport. Je l&rsquo;interrogeai imm\u00e9diatement et il compl\u00e9ta, en les pr\u00e9cisant, ses d\u00e9clarations \u00e9crites.<\/p>\n<p>Je ne puis, en ce qui me concerne, en v\u00e9rifier l&rsquo;exactitude et en appr\u00e9cier la valeur\u00a0; c&rsquo;est \u00e0 vous seuls, Monsieur le Procureur de la R\u00e9publique, qu&rsquo;un tel r\u00f4le doit \u00eatre r\u00e9serv\u00e9\u00a0; mais je suis personnellement convaincu que Clarenson est sinc\u00e8re, lorsqu&rsquo;il se d\u00e9nonce comme l&rsquo;auteur de crimes jusqu&rsquo;\u00e0 ce jour impunis.<\/p>\n<p>Une particularit\u00e9 surtout m&rsquo;a frapp\u00e9\u00a0; les personnes qui ont pu apercevoir le faux Rabardy ont, disent les journaux de l&rsquo;\u00e9poque, remarqu\u00e9 que cet individu, aux apparences assez fr\u00eales et d\u00e9licates, avait les mains tr\u00e8s fortes. Or, les mains de Clarenson sont en effet caract\u00e9ristiques par leurs dimensions anormales\u00a0; ce fait a \u00e9t\u00e9 relev\u00e9 par les m\u00e9decins comme un signe de d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence physique&#8230;<\/p>\n<p>Pour vous permettre d&rsquo;appr\u00e9cier, d&rsquo;une fa\u00e7on compl\u00e8te, avec la personnalit\u00e9 de Clarenson, la valeur et la partie des r\u00e9v\u00e9lations, je crois devoir, en terminant, vous faire connaitre les conclusions du rapport sp\u00e9cial adress\u00e9 sur son compte, le 18 avril 1892, par le Procureur de la R\u00e9publique de Bordeaux au Pr\u00e9fet de la Gironde.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0De tout ce qui a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9, il r\u00e9sulte\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01<sup>e<\/sup> que le nomm\u00e9 Clarenson est un malfaiteur dangereux au premier chef.,<\/p>\n<p>\u00ab\u00a02<sup>e<\/sup> qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 \u00e9tabli \u00e0 son encontre de graves pr\u00e9somptions d&rsquo;\u00eatre l&rsquo;auteur du d\u00e9p\u00f4t clandestin de dynamite d\u00e9couvert dans la case de la maison qu&rsquo;il habite,<\/p>\n<p>\u00ab\u00a03<sup>e<\/sup> qu&rsquo;il est anarchiste et en relation avec des anarchistes militants,<\/p>\n<p>\u00ab\u00a04<sup>e<\/sup> qu&rsquo;en admettant qu&rsquo;il soit actuellement dans un intervalle lucide, dans une p\u00e9riode de r\u00e9mission, son d\u00e9rangement c\u00e9r\u00e9bral se reproduira certainement d&rsquo;un jour \u00e0 l&rsquo;autre, avec toutes ses cons\u00e9quences\u00a0; qu&rsquo;il n&rsquo;est pas gu\u00e9ri,<\/p>\n<p>\u00ab\u00a05<sup>e<\/sup> que dans ces conditions, il peut \u00eatre entre les mains des anarchistes un instrument d&rsquo;autant plus redoutable que, gr\u00e2ce \u00e0 son \u00e9tat d&rsquo;ali\u00e9nation mentale, il n&rsquo;a pas \u00e0 craindre pour les actes qu&rsquo;il commettrait les m\u00eames ch\u00e2timents qu&rsquo;un accus\u00e9 sain d&rsquo;esprit,<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0&#8230;. Clarenson libre constitue un danger public pour la vie des personnes et la s\u00e9curit\u00e9 des propri\u00e9t\u00e9s.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L&rsquo;inculp\u00e9 parait aujourd&rsquo;hui jouir de tout son bon sens\u00a0; fort intelligent, assez instruit, il r\u00e9sonne avec d&rsquo;autant de clart\u00e9 que de logique\u00a0; mais il se passionne et s&rsquo;exalte facilement lorsqu&rsquo;il expose et discute les th\u00e9ories qui lui sont ch\u00e8res. Quoi qu&rsquo;il en soit, en raison de ses ant\u00e9c\u00e9dents et en pr\u00e9sence des d\u00e9cisions judiciaires proclamant son irresponsabilit\u00e9, il parait indispensable de le soumettre \u00e0 ce point de vue \u00e0 un nouvel examen m\u00e9dical.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai l&rsquo;honneur de vous transmettre sous ce pli, avec la lettre qui m&rsquo;a \u00e9t\u00e9 adress\u00e9e par Clarenson, la copie du proc\u00e8s-verbal constatant ses d\u00e9clarations, la fiche anthropom\u00e9trique et trois photographies de l&rsquo;inculp\u00e9\u00a0; les photographies 1 et 2 repr\u00e9sentent la physionomie actuelle du susnomm\u00e9\u00a0; la photographie 3 parait s&rsquo;appliquer \u00e0 une \u00e9poque ant\u00e9rieure.<\/p>\n<p>Veuillez agr\u00e9er Monsieur le Procureur de la R\u00e9publique l&rsquo;assurance de ma respectueuse consid\u00e9ration.<\/p>\n<p>Pour le Juge d&rsquo;Instruction en cong\u00e9<\/p>\n<p>Le Juge suppl\u00e9ant d\u00e9l\u00e9gu\u00e9<\/p>\n<p>[H Vernet]<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/clarenson-2-copier.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3678\" title=\"Jules Clarenson\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/clarenson-2-copier-201x300.jpg\" alt=\"\" width=\"107\" height=\"160\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/clarenson-2-copier-201x300.jpg 201w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/clarenson-2-copier.jpg 323w\" sizes=\"(max-width: 107px) 100vw, 107px\" \/><\/a>N\u00b06173<\/strong><\/p>\n<p><strong>14 septembre 1896<\/strong><\/p>\n<p><strong>M. le Procureur G\u00e9n\u00e9ral,<\/strong><\/p>\n<p>En r\u00e9ponse \u00e0 vitre d\u00e9p\u00eache en date de ce jour, j&rsquo;ai l&rsquo;honneur de vous faire conna\u00eetre les faits suivant. Monsieur le juge d&rsquo;instruction de Montpellier m&rsquo;a inform\u00e9 par une lettre en date du 5 septembre courant que le nomm\u00e9 Clarenson d\u00e9tenu \u00e0 la maison d&rsquo;arr\u00eat de cette ville sous l&rsquo;inculpation de vol et violences envers agents,\u00a0 venait de lui avouer \u00eatre l&rsquo;auteur des attentats commis en f\u00e9vrier 1894 dans les maisons sises au 47 rue du faubourg Saint Martin et 69 rue Saint Jacques par un individu ayant pris le faux nom de Rabardy, et ayant occasionn\u00e9 notamment la mort d&rsquo;une dame Rey. Monsieur le Juge d&rsquo;instruction de Montpellier me transmettait en m\u00eame temps la lettre par laquelle le d\u00e9tenu Clarenson s&rsquo;\u00e9tait reconnu coupable de ce double crime, ainsi qu&rsquo;un interrogatoire dans lequel il donnait les d\u00e9tails les plus pr\u00e9cis sur la pr\u00e9paration et la perp\u00e9tration de ces attentats, qu&rsquo;il aurait organis\u00e9 et accompli \u00e0 l&rsquo;instigation et sur les instructions de l&rsquo;anarchiste Pauwels, tu\u00e9 lors de l&rsquo;explosion de la Madeleine. Monsieur le juge d&rsquo;instruction joignait \u00e0 cet envoi une longue notice de renseignement de laquelle il ressort notamment que Clarenson, qui a \u00e9t\u00e9 momentan\u00e9ment intern\u00e9 \u00e0 l&rsquo;asile des ali\u00e9n\u00e9s de Cadillac, est \u00ab\u00a0un malfaiteur de la pire esp\u00e8ce et un anarchiste des plus dangereux\u00a0\u00bb. L&rsquo;information ouverte \u00e0 mon parquet \u00e0 la suite du double attentat ci-dessus rappel\u00e9 avait \u00e9t\u00e9 close le 29 janvier 1894par une ordonnance de non-lieu.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s en avoir r\u00e9f\u00e9r\u00e9, j&rsquo;ai requis le 9 de ce mois information sur charges nouvelles contre Clarenson et j&rsquo;ai remis le dossier \u00e0 Monsieur le juge d&rsquo;instruction Meyer, qui avait instruit la premi\u00e8re proc\u00e9dure.<\/p>\n<p>Rien n&rsquo;est venu jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent confirmer les pr\u00e9tendues r\u00e9v\u00e9lations du d\u00e9tenu de Montpellier. Je ne manquerai pas de vous tenir au courant des suites de cette information.<\/p>\n<p><strong>Parquet de la Cour d&rsquo;Appel de Paris<\/strong><\/p>\n<p><strong>Paris, le 14 septembre 1896<\/strong><\/p>\n<p><strong>Monsieur le Procureur de la R\u00e9publique<\/strong>,<\/p>\n<p>Monsieur le Procureur g\u00e9n\u00e9ral de Montpellier a inform\u00e9 M. le garde des Sceaux que le nomm\u00e9 Clarenson, arr\u00eat\u00e9 dans cette ville, a pr\u00e9tendu n&rsquo;\u00eatre autre que le nomm\u00e9 Rabardy, auteur des explosions de dynamite de la rue Saint Jacques et du faubourg Saint Martin, en 1894. Les d\u00e9clarations de Clarenson ont \u00e9t\u00e9, avec tous renseignements utiles, transmis \u00e0 votre parquet.<\/p>\n<p>Je vous prie de bien vouloir me tenir au courant de cette affaire.<\/p>\n<p>Recevez Monsieur le Procureur de la R\u00e9publique l&rsquo;assurance de ma consid\u00e9ration tr\u00e8s distingu\u00e9e.<\/p>\n<p>Le Procureur G\u00e9n\u00e9ral<\/p>\n<p><strong>Pr\u00e9fecture de Police<\/strong><\/p>\n<p><strong>Direction g\u00e9n\u00e9rale des recherches<\/strong><\/p>\n<p><strong>Objet\u00a0: au sujet du nomm\u00e9 Clarenson<\/strong><\/p>\n<p><strong>Paris, le 15 septembre 1896<\/strong><\/p>\n<p><strong>Rapport<\/strong><\/p>\n<p>J&rsquo;ai l&rsquo;honneur de rendre compte \u00e0 Monsieur le Juge d&rsquo;Instruction qu&rsquo;on n&rsquo;a pas trouv\u00e9 trace du passage \u00e0 Paris du nomm\u00e9 Clarenson Jules, \u00e2g\u00e9 de 29 ans.<\/p>\n<p>Il est inconnu des agents de mon service et les diff\u00e9rents bureaux administratifs ne poss\u00e8dent pas de document le concernant.<\/p>\n<p>Tous les h\u00f4tels de la rue des Trois Fr\u00e8res ont \u00e9t\u00e9 v\u00e9rifi\u00e9s. La photographie de Clarenson a \u00e9t\u00e9 montr\u00e9e aux logeurs. Aucun ne l&rsquo;a reconnu pour l&rsquo;avoir eu comme locataire.<\/p>\n<p>A toutes fins utiles, je signale que des anarchistes auraient demeur\u00e9 \u00e0 l&rsquo;h\u00f4tel situ\u00e9 au n\u00b018 de le rue des Trois Fr\u00e8res. Parmi eux, il y avait un nomm\u00e9 Renard Eug\u00e8ne Victor, \u00e2g\u00e9 de 26 ans, n\u00e9 \u00e0 Paris, qui a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 en d\u00e9cembre 1893.<\/p>\n<p>Ci-joint les 3 photographies<\/p>\n<p>Le commissaire de police<\/p>\n<p>Eug\u00e8ne Andr\u00e9<\/p>\n<p><strong>Interrogatoire<\/strong><\/p>\n<p><strong>L&rsquo;an mille huit cent quatre-vingt-seize, le quinze du mois de septembre \u00e0 dix heures du matin<\/strong><\/p>\n<p><strong>Devant nous Albert Brousse, Juge d&rsquo;instruction de l&rsquo;arrondissement de Montpellier, d\u00e9partement de l&rsquo;H\u00e9rault, assist\u00e9 de Louis Coulomb, notre greffier,<\/strong><\/p>\n<p><strong>Dans notre cabinet, au Palais de justice,<\/strong><\/p>\n<p><strong>A comparu Clarenson Jules (d\u00e9j\u00e0 interrog\u00e9)<\/strong><\/p>\n<p>A l&rsquo;interrogatoire duquel nous avons proc\u00e9d\u00e9 comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>D &#8211; Croyez-vous pouvoir persister dans la d\u00e9claration que vous avez d\u00e9j\u00e0 faites, le 2 courant, au sujet de 2 attentats commis \u00e0 Paris, dans des conditions que vous avez-vous-m\u00eame indiqu\u00e9es\u00a0?<\/p>\n<p>R &#8211; Je persiste \u00e0 d\u00e9clarer que je suis bien l&rsquo;auteur des deux attentats dont j&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9.<\/p>\n<p>D &#8211; Pouvez-vous pr\u00e9ciser \u00e0 quelle date ont eu lieu ces deux explosions\u00a0?<\/p>\n<p>R &#8211; Je crois bien que c&rsquo;est au commencement du mois de mars 1894\u00a0; mais je n&rsquo;en suis pas s\u00fbr.<\/p>\n<p>D &#8211; Etes-vous arriv\u00e9s \u00e0 Paris quelques temps avant les explosions et \u00e0 quelle date en \u00eates-vous partis\u00a0?<\/p>\n<p>R &#8211; Je suis arriv\u00e9 \u00e0 Paris peu de jours avant les explosions et j&rsquo;en suis reparti quelques jours apr\u00e8s.<\/p>\n<p>D &#8211; Sous quel nom vous \u00eates-vous inscrit \u00e0 l&rsquo;h\u00f4tel des Trois Fr\u00e8res o\u00f9 vous pr\u00e9tendez avoir log\u00e9\u00a0?<\/p>\n<p>R &#8211; Je ne m&rsquo;en souviens pas et je ne suis pas m\u00eame s\u00fbr que ce soit l&rsquo;h\u00f4tel des Trois Fr\u00e8res o\u00f9 je suis descendu.<\/p>\n<p>D &#8211; Veuillez donner la description de la chambre autre que celle de la rue Saint Martin dans laquelle a eu lieu une des explosions\u00a0?<\/p>\n<p>R &#8211; C&rsquo;\u00e9tait une chambre d&rsquo;h\u00f4tel ordinaire\u00a0; je n&rsquo;ai rien remarqu\u00e9 de particulier.<\/p>\n<p>D &#8211; Pouvez-vous donner sp\u00e9cialement la forme de la fen\u00eatre par laquelle elle prenait jour\u00a0; sur quoi elle prenait jour\u00a0; si c&rsquo;\u00e9tait une rue ou une place\u00a0?<\/p>\n<p>R &#8211; depuis le temps je n&rsquo;ai pas gard\u00e9 le souvenir de ces d\u00e9tails, notamment de la forme de la fen\u00eatre. Elle prenait jour sur une rue ou sur une place, c&rsquo;est-\u00e0-dire non sur une cour int\u00e9rieure\u00a0; mais je ne puis me souvenir exactement si c&rsquo;est exactement une pace ou une rue.<\/p>\n<p>D &#8211; Quel est celui des deux attentats qui visait le commissaire de police qui avait proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 l&rsquo;arrestation de Ravachol.<\/p>\n<p>R &#8211; N&rsquo;ayant pas fait moi-m\u00eame les lettres \u00e0 l&rsquo;adresse du commissaire de police, car c&rsquo;\u00e9tait Pauwels qui les avait faites, je ne puis rien pr\u00e9ciser, mais il me semble pourtant que c&rsquo;est l&rsquo;attentat de la rue Saint Martin, c&rsquo;est-\u00e0-dire la premi\u00e8re de deux, qui visait le commissaire de police qui avait arr\u00eat\u00e9 Ravachol.<\/p>\n<p>D &#8211; Quel est exactement le nom de ce commissaire de police\u00a0?<\/p>\n<p>R &#8211; Je crois bien que c&rsquo;est Dersh\u00a0; je sais que le nom commence par un D, qu&rsquo;il y a un r et un s dans le nom. Je ne puis pas mieux pr\u00e9ciser.<\/p>\n<p>D &#8211; Veuillez m&rsquo;expliquer la composition exacte des engins, dont vous pr\u00e9tendez avoir fait usage, les projectiles qui y \u00e9taient enferm\u00e9s, l&rsquo;inscription ou les inscriptions qu&rsquo;on pouvait lire sur les boites de conserve, qui en constituaient l&rsquo;enveloppe ext\u00e9rieure et de quelle fa\u00e7on cette enveloppe \u00e9tait consolid\u00e9e\u00a0?<\/p>\n<p>R &#8211; Je me suis d\u00e9j\u00e0 expliqu\u00e9 \u00e0 cet \u00e9gard. J&rsquo;ai fait usage de boites de conserve que j&rsquo;avais ramass\u00e9 dans la rue \u00e0 Marseille\u00a0; ces boites portaient en effet des inscriptions mais je ne me rappelle pas ce qu&rsquo;il y avait dedans, et le tout \u00e9tait consolid\u00e9 au moyen de fils de fer. Ces bombes \u00e9taient remplies, je l&rsquo;ai dit, de poudre chlorat\u00e9e\u00a0; il y avait comme projectiles des morceaux de fer, des\u00a0 clous et aussi, je crois, quelques balles de revolver. Dans chaque bombe se trouvait un tube d&rsquo;acide sulfurique qui devait, en se renversant, enflammer la poudre et provoquer l&rsquo;explosion. Je sais qu&rsquo;il y avait dans la poudre du chlorate de potasse en grains m\u00e9lang\u00e9s avec du soufre et du sucre. J&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 dit que j&rsquo;avais fabriqu\u00e9 ces engins \u00e0 Marseille et que je les avais emport\u00e9s tout pr\u00eats \u00e0 Paris.<\/p>\n<p>D &#8211; Par quel proc\u00e9d\u00e9 avez-vous fait tenir au-dessus des portes des chambres la petite planchette sur laquelle \u00e9taient plac\u00e9s les engins et par quel moyen avez-vous assur\u00e9 la chute de ces engins, au moment de l&rsquo;ouverture des portes\u00a0?<\/p>\n<p>R &#8211; A l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 sup\u00e9rieure du chambranle, j&rsquo;avais fix\u00e9 une planchette sur laquelle \u00e9tait plac\u00e9 l&rsquo;engin\u00a0; en face sur la partie sup\u00e9rieure du volant de la porte, j&rsquo;avais fix\u00e9 \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;un clou seulement un petit b\u00e2ton qu&rsquo;on pouvait plier dans le sens vertical pour fermer la porte et qu&rsquo;on pla\u00e7ait ensuite quand la porte \u00e9tait ferm\u00e9e sur la planchette o\u00f9 \u00e9tait l&rsquo;engin, de fa\u00e7on qu&rsquo;en ouvrant la porte, ce petit b\u00e2ton poussait l&rsquo;engin et le faisait tomber par terre. C&rsquo;est de cette fa\u00e7on que j&rsquo;ai op\u00e9r\u00e9 dans les deux chambres de la rue Saint Martin et de l&rsquo;autre rue dont je ne me souviens pas le nom.<\/p>\n<p>D &#8211; Veuillez \u00e9crire sous ma dict\u00e9e les mots suivants\u00a0: \u00ab\u00a0Rabardy Etienne, 26, monteur m\u00e9canicien, Laval Mayenne, Laval id, date de naissance, certificat de travail\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>R &#8211; Il doit y avoir quelque chose l\u00e0-dessous\u00a0; je me refuse formellement \u00e0 \u00e9crire ces mots et vous avez d&rsquo;ailleurs comme pi\u00e8ces de comparaison d&rsquo;autres sp\u00e9cimens de mon \u00e9criture, qui suffiront \u00e0 ce qu&rsquo;on veut en faire. Je ne crois pas m&rsquo;\u00eatre inscrit moi-m\u00eame dans les chambres que j&rsquo;ai occup\u00e9es \u00e0 Paris\u00a0; on a d\u00fb me demander des indications que j&rsquo;ai fournies mais je ne me rappelle pas avoir \u00e9crit moi-m\u00eame.<\/p>\n<p>Lecture faite, l&rsquo;inculp\u00e9 persiste, refuse de signer sans contester d&rsquo;ailleurs l&rsquo;exactitude du pr\u00e9sent interrogatoire, et nous avons sign\u00e9.<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/clarenson-1-1-copier.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3675\" title=\"Jules Clarenson\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/clarenson-1-1-copier-230x300.jpg\" alt=\"\" width=\"126\" height=\"164\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/clarenson-1-1-copier-230x300.jpg 230w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/clarenson-1-1-copier.jpg 369w\" sizes=\"(max-width: 126px) 100vw, 126px\" \/><\/a>Pr\u00e9fecture de Police<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ville de Paris<\/strong><\/p>\n<p><strong>Commissariat de Police<\/strong><\/p>\n<p><strong>3<sup>e<\/sup> brigade de recherche<\/strong><\/p>\n<p><strong>L&rsquo;an 1896 le 16 septembre,<\/strong><\/p>\n<p><strong>Nous, Eug\u00e8ne Andr\u00e9,<\/strong><\/p>\n<p>Commissaire de police de la ville de Paris, plus sp\u00e9cialement charg\u00e9 de la 3<sup>e<\/sup> Birgade des recherches, officier de police judiciaire, auxiliaire de Monsieur le Procureur de la R\u00e9publique,<\/p>\n<p>Agissant pour l&rsquo;ex\u00e9cution d&rsquo;une commission rogatoire de M. Meyer, Juge d&rsquo;Instruction pr\u00e8s le Tribunal de 1<sup>e<\/sup> Instance de la Seine.<\/p>\n<p>Nous sommes rendus au bureau de la r\u00e9daction de l&rsquo;Intransigeant, rue Montmartre, cent quarante-deux.<\/p>\n<p>O\u00f9 \u00e9tant nous avons trouv\u00e9 Monsieur Philippe Dubois, r\u00e9dacteur au dit journal, nous lui avons fait connaitre notre qualit\u00e9 et le but de notre visite.<\/p>\n<p>Monsieur Dubois, \u00e0 nos interpellations, a d\u00e9clar\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p>La lettre sign\u00e9e Etienne Rabardy, publi\u00e9e dans le num\u00e9ro de l&rsquo;Intransigeant \u00e0 la date du 14 septembre 1896, a \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9e dans la boite du journal le lendemain de l&rsquo;attentat de la rue Saint Jacques et du faubourg Saint Martin.<\/p>\n<p>Selon votre d\u00e9sir, je vous d\u00e9pose cette lettre ainsi que l&rsquo;enveloppe qui la contient. Je d\u00e9sirerais toutefois qu&rsquo;elles me soient remises d\u00e8s que la justice n&rsquo;en aura plus besoin.<\/p>\n<p>Je consid\u00e8re cette lettre comme un document int\u00e9ressant \u00e9tant donn\u00e9 les faits dont il s&rsquo;agit.<\/p>\n<p>Le commissaire de Police<\/p>\n<p>Guy Andr\u00e9<\/p>\n<p>Nous annexons au pr\u00e9sent la lettre \u00e0 nous d\u00e9pos\u00e9e par Monsieur Dubois compos\u00e9e de cinq feuilles \u00e9crites seulement au recto, contenu dans une enveloppe dont le texte est le suivant\u00a0:<\/p>\n<p>Intransigeant 142 rue Montmartre<\/p>\n<p><strong>Lettre \u00e9crite par Pauwels et sign\u00e9e Rabardy<\/strong><\/p>\n<p>Citoyen administrateur<\/p>\n<p>Dans lespoir d&rsquo;arr\u00e9t\u00e9 d\u00e8s le d\u00e9but ou tout au moins at\u00e9nuer les pers\u00e9cution qui pourait pleuvoir sur les compagnons anarchiste \u00e0 la suite des deux derniers attantas<\/p>\n<p>L&rsquo;auteur vous adresse la lettre suivante , je pui vous affirmer et vous pourrez me croire je nait pas int\u00e9r\u00eat \u00e0 mentir que depuis mon arriv\u00e9e a paris dont je veux cacher la date pour le moment je nait vu ni prevenu ni \u00e9crit a qui que ce soit connaissant trop bien les proceder de la police je me serait bien garder de compromettre les amis par ma presence chez eux visite qui m eut d&rsquo;abord compromis autant qu&rsquo;eux puisque tous sons surveiller Or je tenait dautant plus a ne pas me compromettre avec qui que se soit que je suis renus a paris avec l&rsquo;intention bien arretee de continuer l&rsquo;\u0153uvre de destruction entreprise par mes predecesseurs contre le syst\u00e8me social actuel tout entier atteindre les saistfait et par satisfait sentent tout les individus partisant du regime actuel dans les fonctions de leur existence quel que soi lendroi ou ils se trouve demontrer a ces meme satisfait qu&rsquo;il ne pouront vivre dormir et samuser en un mot jouir d eleur courte vie quand tout le monde poura en faire autant sils veulent vivre en paix ils faudra bien qu&rsquo;ils ameliore le sort des pauvres qui peine et qui creve de besoin toute leur vie jusque la pas de repos pour eux la chasse partout dans les theatres dans les caf\u00e9s dans toute les anministrations et jusque dans la rues, a quoi nous sert la vie des autres si nous ne pouvons vivre a quoi toutes les jouissance de la vie si nous navons comme part que les mis\u00e8re<\/p>\n<p>Toute les mesures policiere ne peuvent rien contre l&rsquo;homme determin\u00e9 qui a sacrifi\u00e9 sa vie et je sui de ceux la si je ne me sui pas laissez arrete cest parce que je nais pas fini mon \u0153uvre je veut faire payer a la classe des satisfait toutes les soufrances et les persecutions subie la mort est loin de meffrayer puisque jait porter mes bombe plus de quinzes jours sur moi et quelles pouvait eclater dun moment a lautre bien quayant \u00e9t\u00e9 traiter de lache par plusieurs de vos confrerre aucun deux je pense nosserait en faire autant, je vous le repette la mort ne me fait pas peur et quand je naurez plus pour agir la resource des bombe il me il me restera toujour pour commettre une derniere action le r\u00e9volver ou un coutaus a plant\u00e9 dans la poitrine du premier repu venus\u00a0? la bourgeoisie veut la guerre elle laura terrible sans piti\u00e9\u00a0 et sans merci jusqu&rsquo;au jour de sa disparition tanp pis pour ceux qui serons ateint ceux qui ne sont pas avec nous son contre nous le sort de tout ceux qui asiste indif\u00e9rent a lex\u00e9cution lemprisonnement les perquisition des hommes qui lutte pour le bien \u00eatre ne nous interesse pas non plus nous avons dabord preche la piti\u00e9 l&rsquo;amour et l humanit\u00e9 en un mot toute la lyre semsibles on nous a repondus par la prison et la famine maintenant nous prechons plus que la haine et la destruction dune societe pourie<\/p>\n<p>Pour finir jeu pr\u00e9f\u00e9rer que ca soi les deux commissaire qui soit ateint car c\u00e9tait bien contre eux qu&rsquo;\u00e9tait diriger lattentat malgr\u00e8s cela je ne plain nulement la propri\u00e9taire de l hotel cela servia de le\u00e7on aux autres et les corigera peut \u00eatre de leur curiosit\u00e9 malsaine la seule chosse que je craignait \u00e9tait pour la concierge du faubour martin<\/p>\n<p>en voila assez pour aujourdhui je vous direz dans une segonde lettre les motifs qui mon fait choisir Dresch et Beluins, jusqua nouvel ordre je signe Rabardy et pour vou \u00e9difi\u00e9 vous et vos lecteur je vous direz que je nait pas vol\u00e9 ces papiers mai que je les ait trouver cest bizar mai cest ainsia tous et a la revolution Social<\/p>\n<p>Etienne Rabardy<\/p>\n<p>sont p\u00e8re est n\u00e9 \u00e0 Saral le 5 avril 1838<\/p>\n<p>et il est le fils de Rosalie antoinette Phillipo<\/p>\n<p>ceci dit pour vous prouver que cest bien lauteur qui vous \u00e9crit<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/clarenson-1-3-copier.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3676\" title=\"Jules Clarenson\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/clarenson-1-3-copier-225x300.jpg\" alt=\"\" width=\"128\" height=\"171\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/clarenson-1-3-copier-225x300.jpg 225w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/clarenson-1-3-copier.jpg 361w\" sizes=\"(max-width: 128px) 100vw, 128px\" \/><\/a>Interrogatoire<\/strong><\/p>\n<p><strong>L&rsquo;an mille huit cent quatre-vingt-seize, le dix-sept du mois de septembre \u00e0 dix heures du matin<\/strong><\/p>\n<p><strong>Devant nous Albert Brousse, Juge d&rsquo;instruction de l&rsquo;arrondissement de Montpellier, d\u00e9partement de l&rsquo;H\u00e9rault, assist\u00e9 de notre greffier,<\/strong><\/p>\n<p><strong>Dans notre cabinet, au Palais de justice,<\/strong><\/p>\n<p><strong>A comparu Clarenson Jules (d\u00e9j\u00e0 interrog\u00e9)<\/strong><\/p>\n<p>A l&rsquo;interrogatoire duquel nous avons proc\u00e9d\u00e9 comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>D &#8211; Vous entendez r\u00e9tracter aujourd&rsquo;hui les attentats commis \u00e0 Paris en 1894, et dont vous vous \u00eates reconnus l&rsquo;auteur dans vos pr\u00e9c\u00e9dents interrogatoires\u00a0?<\/p>\n<p>R &#8211; Oui, Monsieur, car je n&rsquo;ai pas commis ces crimes, et je d\u00e9clare aujourd&rsquo;hui que j&rsquo;y suis compl\u00e8tement \u00e9tranger.<\/p>\n<p>D &#8211; Vous n&rsquo;\u00e9tiez m\u00eame peut-\u00eatre pas \u00e0 Paris \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque des attentats, que vous placiez par erreur, dans votre pr\u00e9c\u00e9dent interrogatoire, au mois de mars 1894, et qui ont eu lieu au mois de f\u00e9vrier pr\u00e9c\u00e9dent\u00a0?<\/p>\n<p>R &#8211; En effet, \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque des attentats j&rsquo;\u00e9tais \u00e0 mon adresse dans cette ville. Peut-\u00eatre m\u00eame me trouvai-je \u00e0 Nice \u00e0 cette date.<\/p>\n<p>D &#8211; C&rsquo;est probablement par les journaux que vous avez appris certains d\u00e9tails, que vous avez fournis sur ces attentats, d&rsquo;ailleurs d&rsquo;une fa\u00e7on inexacte sur plusieurs points\u00a0?<\/p>\n<p>R &#8211; C&rsquo;est\u00a0 en effet par les journaux que j&rsquo;avais appris tous les d\u00e9tails, et depuis cette \u00e9poque j&rsquo;ai pu en oublier certains, ou les pr\u00e9sents inexactement.<\/p>\n<p>D &#8211; Comme anarchiste, vous devez connaitre l&rsquo;auteur de ces attentats\u00a0?<\/p>\n<p>R &#8211; Oui, je crois que c&rsquo;est Pauwels\u00a0; il me semble bien qu&rsquo;on m&rsquo;a dit que c&rsquo;\u00e9tait lui qui en \u00e9tait l&rsquo;auteur.<\/p>\n<p>D &#8211; Pourquoi vous \u00e9tiez-vous accus\u00e9 faussement de ces deux attentats, qui pouvaient avoir pour vous les cons\u00e9quences les plus graves\u00a0?<\/p>\n<p>R &#8211; C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment pour m&rsquo;exposer \u00e0 toutes ces cons\u00e9quences que je suis loin de redouter et que j&rsquo;appelle au contraire de tous mes v\u0153ux, que je m&rsquo;\u00e9tais d\u00e9clar\u00e9 l&rsquo;auteur de ces attentats, auxquels je suis compl\u00e9tement \u00e9tranger, je le r\u00e9p\u00e8te. On m&rsquo;avait dit que les faits qui me sont reproch\u00e9s \u00e0 Montpellier ne suffiraient pas pour entrainer contre moi la peine capitale, maintenant que je sais que la tentative de vol qualifi\u00e9 qu&rsquo;on met \u00e0 ma charge, accompagn\u00e9e m\u00eame d&rsquo;une simple tentative de meurtre, peut rigoureusement entra\u00eener contre moi la peine de mort, je n&rsquo;ai plus aucun int\u00e9r\u00eat \u00e0 mettre \u00e0 ma charge des faits que je n&rsquo;ai pas commis et j&rsquo;esp\u00e8re bien, puisque la loi me permet de m&rsquo;envoyer \u00e0 l&rsquo;\u00e9chafaud, qu&rsquo;on m&rsquo;appliquera \u00e0 cette loi toute sa rigueur.<\/p>\n<p>D &#8211; Pourquoi d\u00e9sirez-vous la peine de mort, ce qui est contre nature\u00a0?<\/p>\n<p>R &#8211; Parce qu&rsquo;il le faut, parce que j&rsquo;ai accompli ma mission sur la terre et que je dois mourir sur l&rsquo;\u00e9chafaud comme un martyr pour couronner mon \u0153uvre.<\/p>\n<p>Lecture faite, l&rsquo;inculp\u00e9 a persist\u00e9 mais a d\u00e9clar\u00e9 ne vouloir signer, ne voulant en aucune fa\u00e7on, par sa signature, avoir l&rsquo;air de reconnaitre notre justice.<\/p>\n<p>Et nous avons sign\u00e9 avec notre greffier.<\/p>\n<p><strong>Rapport de M. Gobert, expert en \u00e9criture<\/strong><\/p>\n<p><strong>Affaire Clarenson<\/strong><\/p>\n<p><strong>A Monsieur H. Meyer, juge d&rsquo;instruction \u00e0 Paris<\/strong><\/p>\n<p><strong>Monsieur le Juge,<\/strong><\/p>\n<p>Par votre ordonnance du 18 septembre courant vous avez bien voulu me charger, serment pr\u00e9alablement pr\u00eat\u00e9, de l&rsquo;examen graphique d&rsquo;une lettre adress\u00e9e le 2 courant \u00e0 Monsieur le Juge d&rsquo;instruction du tribunal de Montpellier, sign\u00e9e Jules Clarenson, et de d\u00e9terminer si l&rsquo;\u00e9criture de ladite lettre pr\u00e9sente une analogie quelconque avec l&rsquo;\u00e9criture des divers documents \u00e9manant de Pauwels et compris \u00e0 la proc\u00e9dure instruite contre Rabardy, en f\u00e9vrier 1894, et tr\u00e8s sp\u00e9cialement avec un bulletin d&rsquo;arriv\u00e9e \u00e0 l&rsquo;h\u00f4tel \u00e9galement compris au dit dossier.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai l&rsquo;honneur de vous faire conna\u00eetre le r\u00e9sultat de nos examens et v\u00e9rifications\u00a0:<\/p>\n<p>Dans mon rapport du 1<sup>er<\/sup> mai 1894, relatif \u00e0 l&rsquo;individu qui prenait le nom de Rabardy, Etienne, j&rsquo;ai \u00e9tabli graphiquement que cet individu n&rsquo;\u00e9tait autre que Pauwels. Les lettres missives adress\u00e9es \u00e0 Messieurs Dresch et Belouin, commissaires de police, ainsi que le bulletin d&rsquo;arriv\u00e9e \u00e0 l&rsquo;h\u00f4tel du faubourg Saint Martin, 46, compris au dossier de l&rsquo;affaire Rabardy \u00e9taient trac\u00e9s de l&rsquo;\u00e9criture naturelle et normal de Pauwels, tu\u00e9 \u00e0 l&rsquo;explosion de l&rsquo;\u00e9glise de la Madeleine \u00e0 Paris. Cette \u00e9criture a permis d&rsquo;arriver \u00e0 une d\u00e9monstration pr\u00e9cise et formelle d&rsquo;identit\u00e9 de personne.<\/p>\n<p>Depuis, ces jours derniers, le nomm\u00e9 Clarenson d\u00e9tenu \u00e0 Montpellier, a \u00e9crit \u00e0 monsieur le juge d&rsquo;instruction de cette ville la lettre jointe dans laquelle il pr\u00e9tend \u00eatre l&rsquo;auteur des explosions ou tentatives d&rsquo;explosion des h\u00f4tels meubl\u00e9s de la rue Saint Jacques et du faubourg Saint Martin, survenues en f\u00e9vrier 1894, et \u00e0 juste titre attribu\u00e9es \u00e0 Pauwels. Vous me chargez d&rsquo;examiner et de v\u00e9rifier si l&rsquo;\u00e9criture de cette lettre de Clarenson pr\u00e9sente une analogie quelconque avec celle de Pauwels, dit Rabardy\u00a0?<\/p>\n<p>Il n&rsquo;y a pas la moindre analogie\u00a0: l&rsquo;\u00e9criture de Clarenson est de beaucoup sup\u00e9rieure \u00e0 celle de Pauwels qui \u00e9crivait comme un \u00e9colier\u00a0; de plus, les deux \u00e9critures pr\u00e9sentent des types essentiellement diff\u00e9rents. Le rapprochement que j&rsquo;en ai fait met en \u00e9vidence un nombre consid\u00e9rable de dissimilitudes graphiques permettant d&rsquo;\u00eatre absolument affirmatif. Ainsi que vous me le prescrivez dans votre ordonnance, mes comparaisons ont sp\u00e9cialement port\u00e9 sur le bulletin d&rsquo;arriv\u00e9e \u00e0 l&rsquo;h\u00f4tel du faubourg Saint Martin.<\/p>\n<p>De plus, mes comparaisons ont \u00e9galement \u00e9t\u00e9 faites avec la longue lettre sign\u00e9e Rabardy, \u00e9videmment \u00e9crite par Pauwels au journal L&rsquo;Intransigeant, \u00e0 la suite des explosions de f\u00e9vrier 1894, lettre saisie ces jours-ci.<\/p>\n<p>J&rsquo;allais faire ici l&rsquo;expos\u00e9 des d\u00e9tails de ma v\u00e9rification lorsque votre lettre d&rsquo;hier m&rsquo;est parvenue et m&rsquo;a fait conna\u00eetre la r\u00e9tractation de Clarenson au sujet de sa pr\u00e9tendue culpabilit\u00e9 aux attentats anarchistes de f\u00e9vrier 1894. Je m&rsquo;arr\u00eate.<\/p>\n<p>En r\u00e9sum\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9criture de Clarenson n&rsquo;a aucun rapport avec celle de Pauwels, dit Rabardy, auteur des explosions, \u00e0 Paris, des 19 et 20 f\u00e9vrier 1894.<\/p>\n<p>Paris, 21 septembre 1896<\/p>\n<p>A. Gobert<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/clarenson-1-4-copier.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3677\" title=\"Jules Clarenson\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/clarenson-1-4-copier-236x300.jpg\" alt=\"\" width=\"125\" height=\"159\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/clarenson-1-4-copier-236x300.jpg 236w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/clarenson-1-4-copier.jpg 378w\" sizes=\"(max-width: 125px) 100vw, 125px\" \/><\/a>Relev\u00e9 des bulletins individuels de condamnations alphab\u00e9tiquement class\u00e9s au casier judiciaire<\/strong><\/p>\n<p>Concernant le nomm\u00e9 Clarenson Jules Alexandre Gabriel<\/p>\n<p>Ag\u00e9 de 29 et n\u00e9 \u00e0 Saintes<\/p>\n<p>Le 31 janvier 1867<\/p>\n<p>Fils de Jean Andr\u00e9<\/p>\n<p>Et de Estelle Fragnaud<\/p>\n<p>20 octobre 1884 \/ Bordeaux \/ vols qualifi\u00e9s \/ 3 ans de prison<\/p>\n<p>4 ao\u00fbt 1890 \/ Aix \/ vol qualifi\u00e9 \/ 24 octobre 1887 \/ 3 ans de prison<\/p>\n<p>Saintes le 9 novembre 1896<\/p>\n<p><strong>R\u00e9quisitoire d\u00e9finitif<\/strong><\/p>\n<p><strong>Le Procureur de la R\u00e9publique pr\u00e8s le tribunal de premi\u00e8re instance du d\u00e9partement de la Seine, s\u00e9ant \u00e0 Paris<\/strong>,<\/p>\n<p>Vu la proc\u00e9dure instruite contre le nomm\u00e9 Clarenson (Jules Alexandre Gabriel), 29 ans, inculp\u00e9 d&rsquo;homicide volontaire et de destruction d \u2018habitation par substance explosible, et tentatives,<\/p>\n<p>D\u00e9tenu p.a.c. \u00e0 Montpellier.<\/p>\n<p>Expose\u00a0:<\/p>\n<p>Au cours d&rsquo;une information suivie contre lui pour vol au Parquet de Montpellier, le nomm\u00e9 Clarenson, qui parait \u00eatre un anarchiste militant, d\u00e9clara qu&rsquo;il \u00e9tait l&rsquo;auteur de deux attentats anarchistes commis \u00e0 Paris, le 20 f\u00e9vrier 1894 par un soi-disant Rabardy, dans deux chambres d&rsquo;h\u00f4tes meubl\u00e9s 69 rue Saint Jacques et 49 rue du faubourg Saint Martin. Mais certains d\u00e9tails que Clarenson donnait relativement \u00e0 ces attentats ne correspondaient pas \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 des choses. Il \u00e9tait constat\u00e9 d&rsquo;autre part par M. l&rsquo;expert Gobert qu&rsquo;il n&rsquo;y avait pas la moindre analogie entre l&rsquo;\u00e9criture de Clarenson et celle de l&rsquo;auteur des deux lettres adress\u00e9es par le soi-disant Rabardy aux Commissaires de Police Dresch et [Beloing] et du bulletin d&rsquo;entr\u00e9e \u00e0 l&rsquo;h\u00f4tel du faubourg Saint Martin \u00e9crit par le m\u00eame soi-disant Rabardy.<\/p>\n<p>Sur ces entrefaites, le nomm\u00e9 Clarenson s&rsquo;est r\u00e9tract\u00e9 et a d\u00e9clar\u00e9 qu&rsquo;il n&rsquo;avait pas commis les crimes dont s&rsquo;agit.<\/p>\n<p>En cons\u00e9quence, attendu que les inculpations ne sont pas suffisamment \u00e9tablies, vu l&rsquo;article 128 du Code d&rsquo;instruction criminelle, requiert qu&rsquo;il plaise \u00e0 M. le Juge d&rsquo;Instruction dire qu&rsquo;il n&rsquo;y a lieu de suivre.<\/p>\n<p>Au Parquet, le 14 novembre 1896<\/p>\n<p><strong>Tribunal de 1<sup>e<\/sup> instance du d\u00e9partement de la Seine<\/strong><\/p>\n<p>Nous, Henri Meyer, juge d&rsquo;instruction au tribunal de 1<sup>e<\/sup> instance de la Seine, vu la proc\u00e9dure instruite contre le nomm\u00e9 Clarenson Jules Alexandre Gabriel 29 ans, inculp\u00e9 d&rsquo;homicide volontaire, destruction d&rsquo;habitations par substances explosibles, tentatives<\/p>\n<p>Vu le r\u00e9quisitoire de M. Pottier, substitut de M. le Procureur de la R\u00e9publique, en date du 14 novembre 1896, tendant \u00e0 une ordonnance de non-lieu \u00e0 suivre\u00a0;<\/p>\n<p>Attendu que les inculpations ne sont pas suffisamment \u00e9tablies,<\/p>\n<p>Vu l&rsquo;article [128] du Code d&rsquo;instruction criminelle, d\u00e9claraons n&rsquo;avoir lieu \u00e0 poursuivre.<\/p>\n<p>Fait en notre cabinet, au Palais de Justice \u00e0 Paris, le 17 novembre mille huit cent quatre-vingt-seize.<\/p>\n<p>Henri Meyer<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/clarenson-2-copier.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3678\" title=\"Jules Clarenson\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/clarenson-2-copier-201x300.jpg\" alt=\"\" width=\"114\" height=\"169\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/clarenson-2-copier-201x300.jpg 201w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/clarenson-2-copier.jpg 323w\" sizes=\"(max-width: 114px) 100vw, 114px\" \/><\/a>A exp\u00e9dier<\/strong><\/p>\n<p><strong>20 novembre 1896<\/strong><\/p>\n<p><strong>Exp\u00e9di\u00e9 le 23 novembre 1896<\/strong><\/p>\n<p><strong>Monsieur le Procureur G\u00e9n\u00e9ral<\/strong>,<\/p>\n<p>Pour faire suite \u00e0 ma d\u00e9p\u00eache du 14 septembre dernier, par laquelle je vous rendais compte de l&rsquo;\u00e9tat de l&rsquo;information ouverte sur charges nouvelles, \u00e0 la date du 9 septembre contre le nomm\u00e9 Clarenson, \u00e0 raison des attentats anarchistes commis \u00e0 Paris, les 20 f\u00e9vrier 1894 par un nomm\u00e9 Rabardy, dans deux chambres d&rsquo;h\u00f4tes meubl\u00e9s, 69 rue Saint Jacques et 49 rue du faubourg Saint Martin, j&rsquo;ai l&rsquo;honneur de vous faire conna\u00eetre que cette proc\u00e9dure a \u00e9t\u00e9 cl\u00f4tur\u00e9e par une ordonnance de non-lieu rendue le 12 novembre courant par Monsieur le juge d&rsquo;juge d&rsquo;instruction Meyer.<\/p>\n<p>D\u00e8s le d\u00e9but, un certain doute existait sur la v\u00e9racit\u00e9 des d\u00e9clarations du nomm\u00e9 Clarenson. En effet, divers d\u00e9tails que Clarenson donnait relativement \u00e0 ces attentats ne correspondaient pas \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 des faits.<\/p>\n<p>M. l&rsquo;expert Gobert, commis par monsieur le juge d&rsquo;instruction, constatait en outre qu&rsquo;il n&rsquo;y avait pas la moindre analogie entre l&rsquo;\u00e9criture de Clarenson d&rsquo;une part, et d&rsquo;autre part celle de l&rsquo;auteur de deux lettres adress\u00e9es par le soi-disant Rabardy aux commissaires de police Dresch et [Belouing] &#8211; et du bulletin d&rsquo;entr\u00e9e \u00e0 l&rsquo;h\u00f4tel du faubourg Saint Martin \u00e9crit par le m\u00eame soi-disant Rabardy.<\/p>\n<p>C&rsquo;est sur ces entrefaites que le 12 septembre Clarenson se r\u00e9tractait devant M. le juge d&rsquo;instruction de Montpellier et d\u00e9clar\u00e9 qu&rsquo;il s&rsquo;\u00e9tait [faussement] accus\u00e9 d&rsquo;avoir commis les deux attentats. Cet individu qui parait tr\u00e8s exalt\u00e9, a pr\u00e9tendu qu&rsquo;il avait agi ainsi, afin d&rsquo;encourir la peine capitale, qu&rsquo;il d\u00e9sirait se voir appliquer.<\/p>\n<p>Aucune pr\u00e9somption de culpabilit\u00e9 n&rsquo;existant plus d\u00e8s lors contre le nomm\u00e9 Clarenson, l&rsquo;information devait \u00eatre cl\u00f4tur\u00e9e.<\/p>\n<p>Ce 20 novembre 1896<\/p>\n<hr size=\"1\" \/><a name=\"_ftn1\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> A.D. Gironde, 1M488 : dossier Jules Clarenson 1892 &#8211; 1903.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn2\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> A.D. Gironde, 1M488 : dossier Jules Clarenson 1892 &#8211; 1903.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn3\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> A.D. Gironde, 1M488 : dossier Jules Clarenson 1892 &#8211; 1903.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn4\" href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a> A.D. Gironde, 1M488 : dossier Jules Clarenson 1892 &#8211; 1903.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn5\" href=\"#_ftnref5\">[5]<\/a> A.D. Gironde, 1M488 : dossier Jules Clarenson 1892 &#8211; 1903.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn6\" href=\"#_ftnref6\">[6]<\/a> Thomas Bernard, Jacob, Tchou, 1970, p.93-94 : <em>La femme \u00e0 la voilette fit une nouvelle apparition un soir, dans l&rsquo;arri\u00e8re-salle de la Brasserie du Midi, \u00e0 la fin d&rsquo;une r\u00e9union, au moment o\u00f9 l&rsquo;on allait se s\u00e9parer. P\u00e2le, les traits tir\u00e9s, elle vint droit vers eux. Elle s&rsquo;appelait Rose, ils la connaissaient tous. Elle avait \u00e9t\u00e9 la compagne de Clarenson, ce copain qui purgeait une peine de 3 ans pour vol \u00e0 la prison Chaves &#8230; Ah oui ! Alexandre l&rsquo;y avait rencontr\u00e9<\/em>. Bernard Thomas situe donc la rencontre entre Jacob et Clarenson \u00e0 la prison Chaves vers 1897. Or, Jacob s&rsquo;y trouve d&rsquo;ao\u00fbt \u00e0 octobre de cette ann\u00e9e apr\u00e8s quoi il est transf\u00e9r\u00e9 sur Aix en Provence. Le fait est probable si l&rsquo;on ne tient pas compte de l&rsquo;arrestation \u00e0 Montpellier de Jules Clarenson \u00a0le 16 ao\u00fbt 1896 et de son transfert en octobre 1897 sur un asile de la r\u00e9gion. Dans ce cas, la rencontre devient impossible. Il est probable les deux hommes se soient rencontr\u00e9s effectivement \u00e0 Marseille mais pas \u00e0 la prison Chaves. Quant \u00e0 la liaison entre Roux et Clarenson, nous ne poss\u00e9dons aucun documents pouvant \u00e9tayer la th\u00e8se du journaliste &#8211; romancier au <em>Canard Encha\u00een\u00e9<\/em>.<\/p>\n<p><!--[if gte mso 9]><xml> Normal   0         21         false   false   false      FR   X-NONE   X-NONE <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 9]><xml> <\/xml><![endif]--><!--[if !mso]><span class=\"mceItemObject\"   classid=\"clsid:38481807-CA0E-42D2-BF39-B33AF135CC4D\" id=ieooui><\/span>\n\n\n\n<style>\nst1\\:*{behavior:url(#ieooui) }\n<\/style>\n\n<![endif]--><!--[if gte mso 10]>\n\n\n\n<style>\n \/* Style Definitions *\/\n table.MsoNormalTable\n\t{mso-style-name:\"Tableau Normal\";\n\tmso-tstyle-rowband-size:0;\n\tmso-tstyle-colband-size:0;\n\tmso-style-noshow:yes;\n\tmso-style-priority:99;\n\tmso-style-parent:\"\";\n\tmso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;\n\tmso-para-margin:0cm;\n\tmso-para-margin-bottom:.0001pt;\n\tmso-pagination:widow-orphan;\n\tfont-size:11.0pt;\n\tfont-family:\"Calibri\",\"sans-serif\";\n\tmso-ascii-font-family:Calibri;\n\tmso-ascii-theme-font:minor-latin;\n\tmso-hansi-font-family:Calibri;\n\tmso-hansi-theme-font:minor-latin;\n\tmso-fareast-language:EN-US;}\n<\/style>\n\n<![endif]--><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Jules Clarenson se fait remarquer une premi\u00e8re fois en 1884. Il a 17 ans. Le 20 d\u00e9cembre de\u00a0 cette ann\u00e9e, la cour d&rsquo;assises de la Gironde le condamne \u00e0 trois ans d&#8217;emprisonnement pour vol et tentative d&rsquo;homicide sur l&rsquo;agent de police Reffort. 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