{"id":3655,"date":"2015-01-30T01:10:36","date_gmt":"2015-01-29T23:10:36","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=3655"},"modified":"2014-09-13T10:39:20","modified_gmt":"2014-09-13T08:39:20","slug":"histoire-tragique-de-jacques-gueux","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2015\/01\/histoire-tragique-de-jacques-gueux\/","title":{"rendered":"Histoire tragique de Jacques Gueux"},"content":{"rendered":"<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/libres-toujours.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3571\" title=\"Libres ! Toujours ... Gaetano Manfredonia, Atelier de Cr\u00e9ation Libertaire, 2011\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/libres-toujours-200x300.jpg\" alt=\"\" width=\"128\" height=\"193\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/libres-toujours-200x300.jpg 200w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/libres-toujours.jpg 400w\" sizes=\"(max-width: 128px) 100vw, 128px\" \/><\/a>Histoire tragique de Jacques Gueux<\/strong><\/p>\n<p>Cette <span style=\"text-decoration: underline;\">po\u00e9sie<\/span> \u00e9dit\u00e9e par <em>les Niveleurs troyens<\/em> en 1891 ne comportait pas de signature. Elle peut toutefois \u00eatre attribu\u00e9e sans trop de risque \u00e0 Paul Martinet qui \u00e9tait charg\u00e9 de sa vente.<\/p>\n<p>In Gaetano Manfredonia, <em>Libres\u00a0! Toujours &#8230;<\/em>, Atelier de Cr\u00e9ation Libertaire, 2011, p.92-93<\/p>\n<p>Par une froide nuit d&rsquo;automne<\/p>\n<p>Un gueux errait, qu&rsquo;on lui pardonne,<\/p>\n<p>\u00c0 travers les monts et les vaux.<\/p>\n<p>Il allait par la nuit sans lune,<\/p>\n<p>Couvert de haillons pour fortune,<\/p>\n<p>De la faim souffrant mille maux.<\/p>\n<p>Les cheveux blancs, la barbe grise,<\/p>\n<p>Courb\u00e9 sous la pluie et la bise<!--more--><\/p>\n<p>N&rsquo;ayant qu&rsquo;un vieux sac pour manteau,<\/p>\n<p>Il allait butant dans l&rsquo;orni\u00e8re<\/p>\n<p>Pataugeant dans la fondri\u00e8re,<\/p>\n<p>De ses pieds nus glac\u00e9s par l&rsquo;eau.<\/p>\n<p>Il avait toute la journ\u00e9e<\/p>\n<p>Cherch\u00e9 dans sa longue tourn\u00e9e<\/p>\n<p>Un abri dans chaque hameau ;<\/p>\n<p>Partout sa sordide mis\u00e8re<\/p>\n<p>Fit repousser le pauvre h\u00e8re<\/p>\n<p>Dont la vie \u00e9tait un fardeau.<\/p>\n<p>Je le vis traverser la plaine,<\/p>\n<p>Les yeux brillants charg\u00e9s de haine,<\/p>\n<p>Fix\u00e9s sur un lointain ch\u00e2teau,<\/p>\n<p>Tout son corps fr\u00e9missait de rage,<\/p>\n<p>Il blasph\u00e9mait, jetait l&rsquo;outrage,<\/p>\n<p>La fi\u00e8vre broyait son cerveau ;<\/p>\n<p>Puis, il prit d&rsquo;un geste farouche,<\/p>\n<p>Un rictus amer sur la bouche,<\/p>\n<p>L&rsquo;aride sentier d&rsquo;un coteau ;<\/p>\n<p>Il me vit malgr\u00e9 la nuit noire<\/p>\n<p>Et me conta sa triste histoire,<\/p>\n<p>En s&rsquo;abritant sous un ormeau.<\/p>\n<p>\u00ab Je suis, dit-il, de sa voix aigre,<\/p>\n<p>Fils b\u00e2tard d&rsquo;un bourgeois int\u00e8gre<\/p>\n<p>Qui jeta ma m\u00e8re au ruisseau.<\/p>\n<p>Orphelin, ma tendre jeunesse<\/p>\n<p>Ne fut qu&rsquo;une longue d\u00e9tresse,<\/p>\n<p>Car j&rsquo;eus le pav\u00e9 pour berceau.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9t\u00e9, je r\u00f4dais les barri\u00e8res,<\/p>\n<p>Couchant parfois dans les carri\u00e8res,<\/p>\n<p>Et l&rsquo;hiver dans les fours-\u00e0-chaux.<\/p>\n<p>Condamn\u00e9 pour vagabondage,<\/p>\n<p>Je fis un triste apprentissage,<\/p>\n<p>Car j&rsquo;eus des bandits pour \u00e9gaux.<\/p>\n<p>Un jour pour compl\u00e9ter l&rsquo;arm\u00e9e,<\/p>\n<p>On prit ma jeunesse affam\u00e9e<\/p>\n<p>Pour aller d\u00e9fendre un drapeau ;<\/p>\n<p>Je partis, moi, le sans-patrie,<\/p>\n<p>Au carnage, \u00e0 la boucherie.<\/p>\n<p>Un sabre me troua la peau.<\/p>\n<p>Estropi\u00e9, je revins en France,<\/p>\n<p>O\u00f9, pour gagner ma subsistance,<\/p>\n<p>Je me fis gardien de troupeau.<\/p>\n<p>Une orpheline infortun\u00e9e<\/p>\n<p>Me confia sa destin\u00e9e ;<\/p>\n<p>Notre amour fut notre trousseau.<\/p>\n<p>La charge me parut charmante.<\/p>\n<p>Par un beau jour, ma douce amante<\/p>\n<p>Me donna deux enfants jumeaux.<\/p>\n<p>Dix ans plus tard, dans une usine,<\/p>\n<p>Ma femme fut, par la machine,<\/p>\n<p>Coup\u00e9e en d&rsquo;horribles morceaux.<\/p>\n<p>Ma fille et mon fils l&rsquo;\u00e2me en peine<\/p>\n<p>M&rsquo;accompagnaient chaque semaine,<\/p>\n<p>Pour aller fleurir son tombeau.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 le chagrin, le ch\u00f4mage,<\/p>\n<p>Je ne manque pas de courage<\/p>\n<p>Et voyais l&rsquo;avenir en beau.<\/p>\n<p>Plus tard, dans une filature,<\/p>\n<p>Mes enfants gagnaient la p\u00e2ture<\/p>\n<p>Filant la laine en \u00e9cheveaux ;<\/p>\n<p>Un soir, \u00f4 souvenir terrible,<\/p>\n<p>Rentrant, je vis ma fille, horrible,<\/p>\n<p>Sans mouvement sur les carreaux.<\/p>\n<p>J&rsquo;interrogeai, plein d&rsquo;\u00e9pouvante,<\/p>\n<p>Ma fille que je crus mourante.<\/p>\n<p>Dans le plus triste des tableaux<\/p>\n<p>Son patron l&rsquo;avait viol\u00e9e,<\/p>\n<p>Apr\u00e8s une lutte affol\u00e9e<\/p>\n<p>Qui mit ses habits en lambeaux.<\/p>\n<p>J&rsquo;allai trouver dans sa fabrique<\/p>\n<p>Ce patron ignoble et lubrique,<\/p>\n<p>Arm\u00e9 d&rsquo;un solide couteau ;<\/p>\n<p>Par quatre fois l&rsquo;arme sanglante<\/p>\n<p>Plongea dans la gorge r\u00e2lante<\/p>\n<p>De l&rsquo;\u00eatre immonde, du pourceau.<\/p>\n<p>Je fus traduit en cour d&rsquo;assise.<\/p>\n<p>L&rsquo;accusation fut pr\u00e9cise,<\/p>\n<p>J&rsquo;avais m\u00e9rit\u00e9 l&rsquo;\u00e9chafaud,<\/p>\n<p>Mais je n&rsquo;eus que vingt ans de bagne.<\/p>\n<p>Je fis cette longue campagne,<\/p>\n<p>Narguant le froid, bravant le chaud.<\/p>\n<p>Ma souffrance la plus cruelle<\/p>\n<p>Fut d&rsquo;\u00eatre rest\u00e9 sans nouvelle<\/p>\n<p>De mes enfants si bons, si beaux.<\/p>\n<p>Chaque jour, en tra\u00eenant ma cha\u00eene,<\/p>\n<p>Je sentais s&rsquo;augmenter ma haine<\/p>\n<p>Contre les riches hobereaux.<\/p>\n<p>Un jour, un for\u00e7at de Versailles,<\/p>\n<p>Un r\u00e9chapp\u00e9 de la mitraille,<\/p>\n<p>M&rsquo;apporta du triste nouveau :<\/p>\n<p>\u00ab Ton fils, dit-il, sous la Commune,<\/p>\n<p>\u00ab D&rsquo;une vaillance peu commune,<\/p>\n<p>\u00ab D\u00e9fendit le rouge drapeau ;<\/p>\n<p>\u00ab Une nuit, vaincu par le nombre,<\/p>\n<p>\u00ab Il fut assassin\u00e9 dans l&rsquo;ombre<\/p>\n<p>\u00ab Et n&rsquo;eut pas l&rsquo;honneur du poteau.<\/p>\n<p>\u00ab Bless\u00e9, tout pr\u00e8s de la victime,<\/p>\n<p>\u00ab Je vis le l\u00e2che auteur du crime<\/p>\n<p>\u00ab Remettre l&rsquo;\u00e9p\u00e9e au fourreau.<\/p>\n<p>\u00ab Ton fils, tr\u00e8s jeune, est mort en brave<\/p>\n<p>\u00ab En voulant libre un peuple esclave,<\/p>\n<p>\u00ab Tu le vengeras, il le faut ! \u00bb<\/p>\n<p>Je fr\u00e9missais de tout mon \u00eatre<\/p>\n<p>Quand il m&rsquo;eut dit le nom du tra\u00eetre ;<\/p>\n<p>J&rsquo;eus un terrible soubresaut.<\/p>\n<p>Ce l\u00e2che est le fils de mon p\u00e8re,<\/p>\n<p>Du monstre qui jeta ma m\u00e8re<\/p>\n<p>\u00c0 la fange des caniveaux.<\/p>\n<p>Quand, ma peine fut termin\u00e9e<\/p>\n<p>Je revins la sant\u00e9 min\u00e9e,<\/p>\n<p>Us\u00e9 par les plus durs travaux.<\/p>\n<p>Je n&rsquo;eus plus qu&rsquo;un but : la vengeance ;<\/p>\n<p>Je me moquai de l&rsquo;indigence,<\/p>\n<p>Des lois, de tous les tribunaux.<\/p>\n<p>Hier, pr\u00e8s d&rsquo;un ch\u00e2teau superbe,<\/p>\n<p>Le sang d&rsquo;un riche a rougi l&rsquo;herbe,<\/p>\n<p>Vous le savez par les journaux.<\/p>\n<p>Qu&rsquo;on me traque comme une b\u00eate.<\/p>\n<p>C&rsquo;est moi qui lui broya la t\u00eate<\/p>\n<p>\u00c0 violents coups de marteau ;<\/p>\n<p>C&rsquo;est ce tigre \u00e0 figure humaine<\/p>\n<p>Qui, dans la sanglante semaine,<\/p>\n<p>\u00c9gorgea mon fils, pr\u00e8s de Sceau.<\/p>\n<p>Voyez-vous ce rouge incendie,<\/p>\n<p>Qui sur la c\u00f4te s&rsquo;irradie ?<\/p>\n<p>C&rsquo;est moi qui br\u00fble son ch\u00e2teau.<\/p>\n<p>Dispara\u00eet donc ! ignoble race<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;instinct plus noir, plus vorace,<\/p>\n<p>Que ne fut jamais le corbeau.<\/p>\n<p>Par toi, ma famille est tu\u00e9e<\/p>\n<p>Et ma fille, prostitu\u00e9e,<\/p>\n<p>S&rsquo;est fait mourir par un fourneau.<\/p>\n<p>Je ne veux pas mourir en l\u00e2che,<\/p>\n<p>Tant\u00f4t, pour terminer ma t\u00e2che,<\/p>\n<p>J&rsquo;ai vol\u00e9 ce bout de cordeau.<\/p>\n<p>Demain, venez dans ce bois sombre,<\/p>\n<p>Vous me verrez pendu dans l&rsquo;ombre,<\/p>\n<p>Aux basses branches d&rsquo;un bouleau.<\/p>\n<p>Soudain le gueux, sans une plainte,<\/p>\n<p>Disparut. Moi, saisi de crainte,<\/p>\n<p>Je me blottis sous l&rsquo;arbrisseau.<\/p>\n<p>\u00c9pouvant\u00e9 dans les t\u00e9n\u00e8bres,<\/p>\n<p>Je prenais pour des glas fun\u00e8bres,<\/p>\n<p>Les coassements des crapauds.<\/p>\n<p>Le lendemain, sous les broussailles,<\/p>\n<p>Je fis ces tristes fun\u00e9railles,<\/p>\n<p>Bien loin du regard des badauds.<\/p>\n<p>Je d\u00e9pendis le prol\u00e9taire,<\/p>\n<p>Puis, tristement, creusant la terre,<\/p>\n<p>J&rsquo;\u00e9coutai le chant d&rsquo;un oiseau ;<\/p>\n<p>J&rsquo;enterrai son corps sous la mousse,<\/p>\n<p>Puis, m&rsquo;aidant d&rsquo;une jeune pousse,<\/p>\n<p>Je lui plantai cet \u00e9criteau :<\/p>\n<p>SI TOUS LES TORTUR\u00c9S DU MONDE<\/p>\n<p>AGISSAIENT AINSI, SANS FACONDE,<\/p>\n<p>SANS D&rsquo;AUTRES JUGES, NI BOURREAUX,<\/p>\n<p>BIENT\u00d4T LUIRAIT LA ROUGE AURORE,<\/p>\n<p>LE VIEUX MONDE VERRAIT \u00c9CLORE<\/p>\n<p>L&rsquo;ANARCHIE AU PUISSANT FLAMBEAU.<\/p>\n<p><!--[if gte mso 9]><xml> Normal   0         21         false   false   false      FR   X-NONE   X-NONE <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 9]><xml> <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 10]>\n\n\n<style>\n \/* Style Definitions *\/\n table.MsoNormalTable\n\t{mso-style-name:\"Tableau Normal\";\n\tmso-tstyle-rowband-size:0;\n\tmso-tstyle-colband-size:0;\n\tmso-style-noshow:yes;\n\tmso-style-priority:99;\n\tmso-style-parent:\"\";\n\tmso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;\n\tmso-para-margin-top:0cm;\n\tmso-para-margin-right:0cm;\n\tmso-para-margin-bottom:8.0pt;\n\tmso-para-margin-left:0cm;\n\tline-height:107%;\n\tmso-pagination:widow-orphan;\n\tfont-size:11.0pt;\n\tfont-family:\"Calibri\",\"sans-serif\";\n\tmso-ascii-font-family:Calibri;\n\tmso-ascii-theme-font:minor-latin;\n\tmso-hansi-font-family:Calibri;\n\tmso-hansi-theme-font:minor-latin;\n\tmso-fareast-language:EN-US;}\n<\/style>\n\n<![endif]--><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Histoire tragique de Jacques Gueux Cette po\u00e9sie \u00e9dit\u00e9e par les Niveleurs troyens en 1891 ne comportait pas de signature. 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