{"id":3619,"date":"2014-12-27T01:10:45","date_gmt":"2014-12-26T23:10:45","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=3619"},"modified":"2014-08-19T15:52:45","modified_gmt":"2014-08-19T13:52:45","slug":"dernier-convoi","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2014\/12\/dernier-convoi\/","title":{"rendered":"Dernier convoi"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/dix-ans-avec-les-bandits-copier.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3602\" title=\"Dix ans avec les bandits, \u00e9ditions du Hublot, Toulouse, 1946\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/dix-ans-avec-les-bandits-copier-190x300.jpg\" alt=\"\" width=\"131\" height=\"206\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/dix-ans-avec-les-bandits-copier-190x300.jpg 190w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/dix-ans-avec-les-bandits-copier.jpg 304w\" sizes=\"(max-width: 131px) 100vw, 131px\" \/><\/a>Le d\u00e9cret-loi d&rsquo;Edouard Daladier du 17 juin 1938 est clair. Seule la transportation est abolie. Le 22 novembre de cette ann\u00e9e, 610 rel\u00e9gu\u00e9s, parqu\u00e9s \u00e0 Saint Martin de R\u00e9, quittent la France. L&rsquo;ambiance est \u00e9lectrique, l&rsquo;Administration P\u00e9nitentiaire est sur les nerfs. L&rsquo;\u00e9v\u00e8nement attire les familles des hommes punis mais aussi de nombreux journalistes venus de Paris ou encore des Etats Unis. Ils posent des questions, s&rsquo;entretiennent avec des p\u00e8res, des m\u00e8res, des femmes de condamn\u00e9s\u00a0; interrogent des surveillants. Ils cherchent \u00e0 en savoir plus sur l&rsquo;\u00e9meute qui a \u00e9clat\u00e9 depuis le 19. Charles P\u00e9an, dans <em>Conqu\u00eates en terre de bagne<\/em>, se souvient du d\u00e9part de ce dernier convoi. Du fait de la guerre qui \u00e9clate peu de temps apr\u00e8s, il n&rsquo;y en aura\u00a0 plus d&rsquo;autres. L&rsquo;officier de l&rsquo;Arm\u00e9e du Salut \u00e9voque une v\u00e9ritable \u00ab\u00a0folie furieuse\u00a0\u00bb<a name=\"_ftnref1\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a> s&#8217;emparant des rel\u00e9gu\u00e9s d\u00e9tenus dans la citadelle de Vauban. On la retrouve encore dans le livre de Pierre Desclaux. Le journaliste, auteur en 1946 de <em>Dix ans avec les bandits<\/em>, travaille \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque pour<em> Police Magazine<\/em> et c&rsquo;est peu dire que sa vision de l&rsquo;\u00e9v\u00e8nement tranche particuli\u00e8rement non seulement avec celle de P\u00e9an mais surtout avec celle de ses confr\u00e8res dont il \u00ab\u00a0d\u00e9plore les exag\u00e9rations\u00a0\u00bb et qui, depuis les \u00e9crits de Londres, n&rsquo;h\u00e9sitent pas \u00e0 critiquer vertement la vieille barbarie p\u00e9nitentiaire. Loin de s&rsquo;apitoyer, il consid\u00e8re finalement que ce ne sont alors que des criminels que l&rsquo;on envoie expier loin de la m\u00e9tropole.<!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Pierre Desclaux<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong> <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><strong>Dix ans avec les bandits<\/strong><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Editions du Hublot, Toulouse, 1946, p.41-61<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Chapitre III\u00a0: <em>Un d\u00e9part de rel\u00e9gu\u00e9s pour la Guyane<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J&rsquo;eus la curiosit\u00e9 de revenir \u00e0 Saint-Martin-de-R\u00e9. Depuis plusieurs ann\u00e9es, l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire n&rsquo;avait pas proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9vacuation des rel\u00e9gu\u00e9s. Or, les tribunaux pro\u00adnon\u00e7aient r\u00e9guli\u00e8rement des peines de rel\u00e9gation, et les maisons centrales \u00e9taient remplies d&rsquo;individus qui menaient grand tapage, affirmant tr\u00e8s haut qu&rsquo;on les d\u00e9tenait ill\u00e9ga\u00adlement. Le rel\u00e9gu\u00e9, en effet, doit \u00eatre \u00e9loign\u00e9 de la m\u00e9tropole, mais n&rsquo;est pas un prisonnier ordinaire. Toutefois, l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire ne se tourmentait pas outre mesure de violer le r\u00e8glement. Les rel\u00e9gu\u00e9s, comme je l&rsquo;ai expliqu\u00e9 dans le pr\u00e9c\u00e9dent chapitre, sont des personnages ayant accumul\u00e9 condamnations sur condamnations et ne peuvent plus \u00eatre autoris\u00e9s &#8211; ainsi le veut la loi &#8211; \u00e0 r\u00e9sider sur notre territoire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le Parlement s&rsquo;occupait alors d&rsquo;une r\u00e9forme du bagne. Et c&rsquo;est la raison qui incitait l&rsquo;administration \u00e0 surseoir aux d\u00e9parts non seulement des rel\u00e9gu\u00e9s, mais aussi des condamn\u00e9s aux travaux forc\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A la veille de la guerre, le bagne de la Guyane \u00e9tait th\u00e9oriquement supprim\u00e9, et on avait d\u00e9cid\u00e9 de ne plus y envoyer personne. Je ne sais comment la nouvelle l\u00e9gislation entend r\u00e9gler cette question des individus susceptibles d&rsquo;\u00eatre rel\u00e9gu\u00e9s. Il est probable que les r\u00e8glements concernant cette cat\u00e9gorie de \u00ab condamn\u00e9s \u00bb seront radicalement transfor\u00adm\u00e9s, et que la peine de la rel\u00e9gation se confondra avec celle de l&#8217;emprisonnement dans des maisons centrales.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Soit dit en passant, je n&rsquo;approuverai pas cette mesure. Dans l&rsquo;esprit du l\u00e9gislateur qui institua la rel\u00e9gation, il s&rsquo;agissait d&rsquo;\u00e9tablir une diff\u00e9rence entre les for\u00e7ats et les rel\u00e9gu\u00e9s. Les for\u00e7ats, condamn\u00e9s pour un tr\u00e8s grave d\u00e9lit, devaient purger leur peine dans un p\u00e9nitencier. Les rel\u00e9gu\u00e9s, au contraire, jouissaient d&rsquo;une libert\u00e9 relative. La loi estimait qu&rsquo;ils \u00e9taient devenus de mauvais citoyens ayant lass\u00e9 la mansu\u00e9tude des magistrats et indignes de vivre parmi nous. Elle les croyait pourtant capables de se relever dans l&rsquo;exil, et elle les envoyait \u00e0 des milliers de kilom\u00e8tres de la m\u00e9tro\u00adpole.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;esprit de la loi \u00e9tait jusqu&rsquo;\u00e0 un certain point excellent. Mais l&rsquo;application se r\u00e9v\u00e9lait \u00e9pouvantable. Les rel\u00e9gu\u00e9s se classaient, en r\u00e9alit\u00e9, dans une cat\u00e9gorie sp\u00e9ciale de ba\u00adgnards. Mat\u00e9riellement, ils ne pouvaient se relever, parce que l&rsquo;organisation m\u00eame de la colonie o\u00f9 ils \u00e9taient d\u00e9port\u00e9s ne le leur permettait pas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il e\u00fbt fallu organiser des colonies de rel\u00e9gu\u00e9s dans d&rsquo;au\u00adtres pays lointains, en Afrique par exemple, dans des pays neufs. Mais il e\u00fbt fallu aussi surveiller ces colonies, afin d&#8217;emp\u00eacher les \u00eatres tar\u00e9s les composant de continuer \u00e0 mener une existence de pillages, d&rsquo;exactions, de malhonn\u00ea\u00adtet\u00e9s de toutes sortes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La difficult\u00e9 r\u00e9sidait uniquement l\u00e0. On ne voulait pas avoir l&rsquo;air de condamner ces tristes individus aux travaux forc\u00e9s \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 et, en somme, on le faisait. Car, prati\u00adquement, un rel\u00e9gu\u00e9 ne revenait jamais sur le sol natal&#8230; sauf quand il s&rsquo;\u00e9vadait, ce qui \u00e9tait fr\u00e9quent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le principe de la rel\u00e9gation consistait surtout \u00e0 \u00e9loigner les citoyens ind\u00e9sirables ayant encouru un certain maximum de condamnations. Et il y avait une r\u00e9elle hypocrisie \u00e0 d\u00e9clarer que les rel\u00e9gu\u00e9s n&rsquo;\u00e9taient pas des for\u00e7ats comme les autres, les grands h\u00e9ros de cours d&rsquo;assises, les assas\u00adsins, les voleurs de marque.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je le r\u00e9p\u00e8te, ils n&rsquo;\u00e9taient pas astreints \u00e0 r\u00e9sider dans les bagnes, et c&rsquo;\u00e9tait tout. Mais leur sort ne devait pas faire envie, car on les livrait presque \u00e0 eux-m\u00eames, dans un pays au climat malsain et o\u00f9 les habitants ne les voyaient pas d&rsquo;un bon \u0153il.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je me souviens des dol\u00e9ances des directeurs de maisons centrales qui, envahis par les rel\u00e9gu\u00e9s, adressaient \u00e0 Paris de continuelles protestations, Ils ne savaient plus o\u00f9 les enfermer. Les casernements devenaient trop petits. La disci\u00adpline s&rsquo;en ressentait et les \u00e9meutes se faisaient fr\u00e9quentes \u00e0 Riom, \u00e0 Clairvaux, \u00e0 Fontevrault et ailleurs. Aussi, en attendant que des d\u00e9cisions d\u00e9finitives fussent prises par le Parlement, d\u00e9cida-t-on de proc\u00e9der d&rsquo;urgence \u00e0 un transfert.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pr\u00e8s de huit cents rel\u00e9gu\u00e9s furent donc rassembl\u00e9s au p\u00e9nitencier de Saint-Martin-de-R\u00e9. Pour les garder, il fallut avoir recours \u00e0 des effectifs exceptionnels de tirailleurs s\u00e9n\u00e9\u00adgalais qui furent casern\u00e9s dans les locaux annexes du p\u00e9nitencier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A l&rsquo;int\u00e9rieur de celui-ci, les rel\u00e9gu\u00e9s \u00e9taient litt\u00e9ralement entass\u00e9s dans les chambr\u00e9es, les ateliers, o\u00f9 tout travail avait cess\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/dix-ans-avec-les-bandits-copier.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3602\" title=\"Dix ans avec les bandits, \u00e9ditions du Hublot, Toulouse, 1946\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/dix-ans-avec-les-bandits-copier-190x300.jpg\" alt=\"\" width=\"92\" height=\"146\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/dix-ans-avec-les-bandits-copier-190x300.jpg 190w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/dix-ans-avec-les-bandits-copier.jpg 304w\" sizes=\"(max-width: 92px) 100vw, 92px\" \/><\/a>Le directeur, tout nouvellement nomm\u00e9, ne savait que faire pour calmer ces huit cents hommes fort \u00e9nerv\u00e9s. Fort \u00e9nerv\u00e9s, parce que, pratiquement, la surveillance continuelle s&rsquo;av\u00e9rait presque impossible. Les hommes passaient la plus grande partie de la journ\u00e9e dans les cours o\u00f9 ils retrou\u00advaient de vieilles connaissances, des amis et&#8230; des ennemis. Il y eut d&rsquo;abord quelques altercations sans importance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais bient\u00f4t la nervosit\u00e9 s&rsquo;accrut. On sait que dans les maisons centrales certains prisonniers, les mieux not\u00e9s ou les plus roublards, se voient confier des fonctions de pr\u00e9v\u00f4ts. Le pr\u00e9v\u00f4t a des attributions mal d\u00e9finies, par les r\u00e8glements. En th\u00e9orie, le pr\u00e9v\u00f4t est un prisonnier qui m\u00e9rite un peu plus d&rsquo;indulgence en raison de sa bonne conduite. Or, fr\u00e9\u00adquemment, le pr\u00e9v\u00f4t est un gaillard qui veut tirer au flanc, b\u00e9n\u00e9ficier de certains avantages et qui ne r\u00e9siste pas \u00e0 l&rsquo;envie de moucharder ses camarades. M\u00eame quand il ne moucharde pas, il est soup\u00e7onn\u00e9 de le faire par les autres prisonniers. D&rsquo;o\u00f9 jalousies, rivalit\u00e9s f\u00e9roces.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tant que la discipline de la maison centrale, tr\u00e8s stricte maintenait ces fauves en repos, tout allait bien. Au p\u00e9ni\u00adtencier de Saint-Martin-de-R\u00e9, il n&rsquo;en \u00e9tait plus de m\u00eame. Les pr\u00e9v\u00f4ts ne constituaient plus l&rsquo;armature d&rsquo;un service d&rsquo;ordre. L&rsquo;anarchie commen\u00e7ait \u00e0 s&rsquo;installer. Le directeur sentit venir l&rsquo;orage. Il s&rsquo;effor\u00e7a, par tous les moyens, d&rsquo;ama\u00addouer ses terribles pensionnaires. S&rsquo;inspirant d&rsquo;id\u00e9es nou\u00advelles et assez am\u00e9ricaines, il fit installer dans une cour un puissant haut-parleur qui lui permettait, de son bureau, d<sup>&lsquo;<\/sup>adresser la parole aux d\u00e9tenus. Seulement, on ne peut discourir \u00e0 longueur de journ\u00e9e. Cela deviendrait, \u00e0 la lon\u00adgue, plus que fastidieux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le directeur utilisa donc son haut-parleur pour faire entendre des disques aux rel\u00e9gu\u00e9s. Eh ! oui, des disques! Tino Rossi succ\u00e9dait \u00e0 Maurice Chevalier. Puis venaient Marie Dubas, Mistinguett, Suzy Solidor, toutes les vedettes du music-hall. Les rel\u00e9gu\u00e9s reprenaient en ch\u0153ur le refrain.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La population de Saint-Martin-de-R\u00e9, compos\u00e9e principa\u00adlement de p\u00eacheurs, en \u00e9tait sid\u00e9r\u00e9e, car le haut-parleur s&rsquo;entendait de fort loin. Cette musique s&rsquo;\u00e9chappant des murs \u00e9lev\u00e9s de la vieille citadelle donnait l&rsquo;illusion que le pays f\u00eatait quelque joyeux anniversaire. Le bagne en goguette !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces flonflons ne purent emp\u00eacher la trag\u00e9die. La haine animait cet agglom\u00e9rat sinistre de r\u00e9prouv\u00e9s, d&rsquo;exclus, de hors-la-loi. Les bagarres se multipli\u00e8rent et, soudain, elles se g\u00e9n\u00e9ralis\u00e8rent. La r\u00e9volte explosa. Les rel\u00e9gu\u00e9s se divi\u00ads\u00e8rent en plusieurs camps. Le personnel p\u00e9nitentiaire se voyait r\u00e9duit \u00e0 l&rsquo;impuissance et n&rsquo;osait intervenir. Des ba\u00adtailles s&rsquo;engag\u00e8rent entre d\u00e9tenus exclusivement. Des armes bien dissimul\u00e9es dans les v\u00eatements surgirent. Des lames s&rsquo;abattirent sur les visages, sur les poitrines. Le sang coulait Ceux qui n&rsquo;avaient pas de couteaux se servaient de pierres, de bouts de bois. La f\u00e9rocit\u00e9 se d\u00e9cha\u00eenait. Il y eut des yeux arrach\u00e9s, des oreilles coup\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les S\u00e9n\u00e9galais intervinrent et leur pr\u00e9sence seule freina quelque peu la fureur de ces d\u00e9mons qui redout\u00e8rent la fusillade et abandonn\u00e8rent les pr\u00e9v\u00f4ts qu&rsquo;ils voulaient tuer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De La Rochelle, les secours arrivaient : gendarmes, gardes mobiles. En d\u00e9pit des consignes s\u00e9v\u00e8res, des indiscr\u00e9tions faisaient conna\u00eetre \u00e0 la population de Saint-Martin-de-R\u00e9 ce qui se passait. Il y eut alors, parmi cette population, plus que de l&rsquo;inqui\u00e9tude. On redoutait une extension de la r\u00e9volte. Si la force arm\u00e9e ne parvenait pas \u00e0 avoir le dessus, que se passerait-il ? Tout \u00e9tait \u00e0 craindre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La nature s&rsquo;en m\u00eala et, brusquement, toutes les forces mauvaises se d\u00e9cha\u00een\u00e8rent : le ciel se couvrit de nuages noirs; l&rsquo;Oc\u00e9an lan\u00e7a \u00e0 l&rsquo;assaut des c\u00f4tes, des murailles de la citadelle des vagues gigantesques; la temp\u00eate s&rsquo;abattit sur l&rsquo;\u00eele, rendant les communications avec La Rochelle et La Palice fort pr\u00e9caires; la pluie tomba, une pluie serr\u00e9e qui inondait tout ; un vent d&rsquo;enfer fouettait les maisons, arrachait les tuiles, poussait des d\u00e9bris de toutes sortes dans les petites rues, sur les quais.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous \u00e9tions de peu nombreux journalistes venus de Paris et de Bordeaux. On essayait de paralyser notre action. On nous \u00e9cartait dans la mesure du possible. Or, nous occu\u00adpions les rares h\u00f4tels de Saint-Martin-de-R\u00e9, en compagnie de magistrats de La Rochelle, de fonctionnaires du minis\u00adt\u00e8re de l&rsquo;int\u00e9rieur et du minist\u00e8re des colonies, et aussi de surveillants du cadre colonial, ainsi que de policiers.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Curieux par profession, nous posions des questions aux\u00adquelles on ne voulait pas r\u00e9pondre ; et pourtant nous \u00e9tions au courant de tout. Lorsque la temp\u00eate se calmait, nous entendions le haut-parleur du p\u00e9nitencier qui diffusait tou\u00adjours des airs joyeux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les trombes d&rsquo;eau s&rsquo;abattaient \u00e0 nouveau et les plus courageux d&rsquo;entre nous revenaient se mettre \u00e0 l&rsquo;abri. Il y avait une \u00e9quipe de cin\u00e9matographistes qui avaient bien l&rsquo;intention de filmer le d\u00e9part des rel\u00e9gu\u00e9s et qui pr\u00e9paraient des plans de campagne. Car l&rsquo;ordre \u00e9tait formel : les prises de vues ne seraient tol\u00e9r\u00e9es \u00e0 aucun titre, et pas davantage celles de photos. On parlait m\u00eame de nous supprimer les coupe-file, ce qui provoquait nos protestations.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D&rsquo;ailleurs, la date du d\u00e9part demeurait incertaine. Le navire sp\u00e9cialement affect\u00e9 au transport des for\u00e7ats en Guyane, le La Martini\u00e8re, ne pouvait rester au large, en raison du mauvais temps. Il venait de chercher asile dans l&rsquo;avant-port de La Rochelle. Il fallait renoncer au transbordement pr\u00e9vu avec des remorqueurs du port. Jusqu&rsquo;\u00e0 la derni\u00e8re minute, on nous cacha que le d\u00e9part \u00e9tait ajourn\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La temp\u00eate s\u00e9vissait de plus belle. Rarement, l&rsquo;\u00eele avait subi un tel assaut de l&rsquo;Oc\u00e9an. Les communications avec La Rochelle \u00e9taient d\u00e9finitivement coup\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cela permit aux journalistes d&rsquo;interviewer, \u00e0 longueur de journ\u00e9e, les fonctionnaires qui semblaient avoir \u00e9t\u00e9 r\u00e9unis pour leur accorder des audiences. Ces conversations, dans les h\u00f4tels et restaurants, ne manquaient pas de piquant. Nos \u00ab victimes \u00bb se tenaient sur leurs gardes, n&rsquo;entendant pas se compromettre. Et il leur devenait de plus en plus difficile de nous \u00e9chapper. Elles maudissaient le sort qui les livrait \u00e0 nous sans d\u00e9fense.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les magistrats, procureur de la R\u00e9publique, substituts, commissaires sp\u00e9ciaux, s&rsquo;enfermaient dans leur chambre, pour la plupart. Les autres se risquaient quelques minutes au dehors, mais les trombes d&rsquo;eau les chassaient et ils reve\u00adnaient \u00e0 l&rsquo;h\u00f4tel. Nous nous faisions bons ap\u00f4tres et \u00e9vitions d&rsquo;aborder tout de suite le sujet qui seul nous int\u00e9ressait Nous engagions des conversations d&rsquo;une banalit\u00e9 char\u00admante, et lorsque notre interlocuteur nous paraissait bien pr\u00e9par\u00e9 \u00e0 subir le supplice, nous n&rsquo;h\u00e9sitions plus \u00e0 reprendre l&rsquo;offensive.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La version officielle concernant la r\u00e9volte affirmait que l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement devait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme peu important : quelques mauvaises t\u00eates avaient manifest\u00e9 un peu bruyam\u00adment ; l&rsquo;ordre r\u00e9gnait.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/dix-ans-avec-les-bandits-copier.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3602\" title=\"Dix ans avec les bandits, \u00e9ditions du Hublot, Toulouse, 1946\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/dix-ans-avec-les-bandits-copier-190x300.jpg\" alt=\"\" width=\"92\" height=\"146\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/dix-ans-avec-les-bandits-copier-190x300.jpg 190w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/dix-ans-avec-les-bandits-copier.jpg 304w\" sizes=\"(max-width: 92px) 100vw, 92px\" \/><\/a>En r\u00e9alit\u00e9, la r\u00e9volte couvait encore. Des rel\u00e9gu\u00e9s avaient m\u00eame r\u00e9ussi \u00e0 allumer des b\u00fbchers dans la cour, b\u00fbchers aliment\u00e9s avec des meubles et des planches du caserne\u00adment. On redoutait le pire. Les gendarmes et les gardes mobiles appel\u00e9s en renfort ne quittaient plus le p\u00e9nitencier. Et les surveillants de l&rsquo;administration, consign\u00e9s depuis qua\u00adrante-huit heures, ne pouvaient aller prendre leurs repas en famille \u00e0 Saint-Martin-de-R\u00e9. Deux d&rsquo;entre eux seule\u00adment avaient pu obtenir une ou deux heures de permission \u00e0 cause de la maladie d&rsquo;un des leurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je savais de tr\u00e8s bonne source que les rel\u00e9gu\u00e9s voyaient d&rsquo;un mauvais \u0153il l&rsquo;ajournement du d\u00e9part. Des meneurs leur racontaient que ce d\u00e9part n&rsquo;aurait jamais lieu, qu&rsquo;on les maintiendrait longtemps au bagne de Saint-Martin, et que, peut-\u00eatre, on les r\u00e9int\u00e9grerait dans les maisons centrales. On comprend l&rsquo;\u00e9nervement de ces hommes qui n&rsquo;avaient m\u00eame plus la ressource de se promener dans la cour \u00e0 cause du d\u00e9luge, presque ininterrompu, s&rsquo;abattant sur l&rsquo;ile.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire avait fort \u00e0 faire, et chacun en secret souhaitait un adoucissement de la temp\u00e9rature, un retour au calme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Toute une matin\u00e9e et toute une apr\u00e8s-midi il plut. Le vent continuait \u00e0 se mettre de la partie. Des p\u00eacheurs d\u00e9cla\u00adraient pessimistes :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00c7a peut durer une semaine !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vers la fin de la journ\u00e9e il y eut une l\u00e9g\u00e8re accalmie. On envisagea que le d\u00e9part pourrait avoir lieu le lendemain matin. Les cin\u00e9matographistes s&rsquo;agitaient. On devinait qu&rsquo;ils \u00e9chafaudaient quelque magnifique combinaison qui leur per\u00admettrait d&rsquo;enfreindre les ordonnances pr\u00e9fectorales et de braquer les cam\u00e9ras sur le convoi de rel\u00e9gu\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous appr\u00eemes plus tard qu&rsquo;ils avaient lou\u00e9 une maison inhabit\u00e9e se trouvant au bord d&rsquo;un bassin d&#8217;embarquement et que, profitant de la temp\u00eate, ils l&rsquo;avaient am\u00e9nag\u00e9e fort ing\u00e9nieusement. L&rsquo;on truqua notamment les persiennes, afin de r\u00e9server de petites ouvertures pour les objectifs. Les op\u00e9rateurs de cin\u00e9ma ont toujours \u00e9t\u00e9 des gens fort d\u00e9brouil\u00adlards. Les photographes d&rsquo;agences, eux, avaient compris qu&rsquo;il leur serait impossible de travailler, car le commis\u00adsaire sp\u00e9cial dirigeant le service d&rsquo;ordre les avait pr\u00e9venus que les appareils seraient impitoyablement confisqu\u00e9s au moment du retour \u00e0 La Rochelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je n&rsquo;eus pas \u00e0 me plaindre de ce s\u00e9jour forc\u00e9 dans l&rsquo;Ile. J&rsquo;avais remarqu\u00e9 que de nombreux, parents de rel\u00e9gu\u00e9s \u00e9taient venus \u00e0 Saint-Martin afin d&rsquo;assister au d\u00e9part. J&#8217;em\u00adployais une grande partie de mon temps \u00e0 m&rsquo;entretenir avec ces pauvres gens, dont le chagrin \u00e9tait manifeste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La maman d&rsquo;un des d\u00e9tenus habitait le m\u00eame h\u00f4tel que moi. Pendant plusieurs jours elle avait tent\u00e9 en vain de voir son fils; et je ne sais trop pour quelle raison elle n&rsquo;y par\u00advenait pas. Un homme de grand c\u0153ur, le major P\u00e9an, de l&rsquo;Arm\u00e9e du Salut, la rencontra et comprit \u00e0 son attitude honteuse qu&rsquo;elle rougissait de faire une d\u00e9marche aupr\u00e8s de l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire. Il l&rsquo;aborda carr\u00e9ment et lui arracha son secret. Il s&rsquo;entremit aussit\u00f4t et la pauvre femme put, enfin, communiquer avec son \u00ab petit \u00bb au parloir, derri\u00e8re un grillage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces entrevues de la derni\u00e8re heure avaient quelque chose de poignant. Elles ne pouvaient durer plus de cinq minutes, je ne sais pour quelle raison stupide. Des surveillants y assistaient. Seuls des parents \u00e9taient admis dans le si lugubre parloir, que j&rsquo;ai visit\u00e9, et qui ressemble plut\u00f4t \u00e0 une sorte de b\u00e2timent pour l&rsquo;\u00e9levage des lapins.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le major P\u00e9an, qui savait se d\u00e9vouer de toute son \u00e2me, \u00e9tait autoris\u00e9 \u00e0 voir les rel\u00e9gu\u00e9s. En m\u00eame temps que lui, le cur\u00e9 de Saint-Martin, M. l&rsquo;abb\u00e9 Jean P&#8230; se d\u00e9pensait aupr\u00e8s de ses provisoires et lamentables administr\u00e9s. Ils prodiguaient tous deux des encouragements, et avaient fort \u00e0 faire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 C&rsquo;est affreux, me d\u00e9clarait le soir m\u00eame ce sympa\u00adthique eccl\u00e9siastique, de constater la d\u00e9tresse morale des rel\u00e9gu\u00e9s. Beaucoup ont demand\u00e9 \u00e0 me parler, non pas pour se confesser ou faire acte de croyants, mais pour avoir le r\u00e9confort d&rsquo;une parole amie. Je ne m&rsquo;y laisse pas prendre. Et, d&rsquo;ailleurs, mon r\u00f4le n&rsquo;est pas de me livrer \u00e0 une propa\u00adgande quelconque. Mon devoir consiste \u00e0 soulager ces pauvres \u00eatres et \u00e0 leur faire l&rsquo;aum\u00f4ne d&rsquo;un peu de com\u00adpassion. Une poign\u00e9e de main suffit parfois \u00e0 calmer un \u00eatre humain au comble de l&rsquo;irritation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">M. le cur\u00e9 Jean P&#8230; \u00e9tait merveilleux de compassion, de bont\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je ne savais comment engager conversation avec la ma\u00adman dont j&rsquo;ai parl\u00e9 plus haut. Je la rencontrai dans un couloir de l&rsquo;h\u00f4tel assez obscur et elle me heurta. Cette femme, d&rsquo;une soixantaine d&rsquo;ann\u00e9e ; qui cherchait \u00e0 passer inaper\u00e7ue, semblait toujours pr\u00eate \u00e0 pleurer. Elle s&rsquo;excusa humblement de m&rsquo;avoir bouscul\u00e9. Je lui mis la main sur l&rsquo;\u00e9paule et lui dis :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Pauvre maman, comme je vous plains ! Quel calvaire vous gravissez ! C&rsquo;est beau d&rsquo;\u00eatre venue&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ah! merci, monsieur ! Merci de me dire cela ! fit-elle dans un souffle. Je suis bien malheureuse, en effet Mais j&rsquo;ai voulu \u00eatre l\u00e0 pour lui donner un dernier espoir&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Et lui ? ma pauvre dame, lui ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Oh! il est tr\u00e8s courageux, vous savez ! Beaucoup plus que moi. Il voit la vie en rose. Il d\u00e9clare qu&rsquo;il va recommencer une nouvelle existence en Am\u00e9rique et que, peut-\u00eatre, plus tard, il reviendra tr\u00e8s riche. Il est fou. Je lui ai recommand\u00e9 d&rsquo;\u00eatre prudent, de ne pas se laisser influencer par les mau\u00advais camarades. Ce n&rsquo;est pas un m\u00e9chant petit. Mais il a \u00e9t\u00e9 toujours trop faible, et c&rsquo;est ce qui l&rsquo;a perdu. D&rsquo;abord, les mauvaises fr\u00e9quentations; ensuite une marotte de vou\u00adloir d\u00e9penser beaucoup d&rsquo;argent pour \u00eatre comme les riches.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je ne pus prolonger davantage l&rsquo;entretien, je n&rsquo;en eus pas le courage, car l&rsquo;infortun\u00e9e pleurait et je ne voulus pas continuer \u00e0 la supplicier par ma curiosit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Combien diff\u00e9rentes les deux femmes que je vis ensuite !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Celles-l\u00e0 arrivaient de Paris. C&rsquo;\u00e9taient des habitu\u00e9es du boulevard de La Chapelle et chacune avait son homme dans le convoi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 J&rsquo;y ai promis que je serais l\u00e0, me d\u00e9clara l&rsquo;une d&rsquo;elles, et s\u00fbr qu&rsquo;il cherchera \u00e0 me voir. C&rsquo;est vrai, qu&rsquo;il n&rsquo;y aura pas moyen d&rsquo;approcher, dites, monsieur ? M\u00eame en payant tr\u00e8s cher ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La deuxi\u00e8me femme haussa les \u00e9paules et dit :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 T&rsquo;es b\u00eate ! Tu oublies donc qu&rsquo;on va avoir une fen\u00eatre sur le parcours ? Seulement il faudra se contenter de regar\u00adder par un trou des volets, puisque la police a ordonn\u00e9 que tout soit boucl\u00e9 au passage des gars qui s&rsquo;en vont.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elles venaient l\u00e0 comme au spectacle. J&rsquo;essayai de les faire parler sur les rel\u00e9gu\u00e9s auxquels elles s&rsquo;int\u00e9ressaient.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ben quoi ! fit l&rsquo;une, c&rsquo;est deux pauvres bougres qu&rsquo;ont pas de chance, car y en a qui passent au travers et qui en ont fait beaucoup plus qu&rsquo;eux&#8230; S&rsquo;il fallait vider le Barb\u00e9s, le Rochechouart de tous ceux qui ont d\u00e9plu \u00e0 la police, y en aurait du monde, ici !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Tout n&rsquo;est peut-\u00eatre pas perdu pour eux, d\u00e9clarai-je. Vous \u00eates jeune.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Vous voulez dire qu&rsquo;on les reverra ? Bien s\u00fbr ! Faudrait pas \u00eatre intelligent pour croire le contraire. Ils imiteront les copains qui sont pas plus b\u00eates qu&rsquo;eux. Et ce sera la \u00ab belle \u00bb. Parfaitement ! M\u00eame qu&rsquo;ils nous paieront le voyage et qu&rsquo;on ira les rejoindre d\u00e8s qu&rsquo;ils auront fauss\u00e9 compa\u00adgnie \u00e0 tous les salopards. Mais, dites donc, de quoi ont-ils peur, ici, qu&rsquo;ils ont accumul\u00e9 tant de flics ? Faut croire que les gars du p\u00e9nitencier en ont fichu un sacr\u00e9 coup ! Ils sont courageux, hein ! C&rsquo;est \u00e7a qui vous ravigote !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Leur \u00e9loquence se tarit brusquement parce qu&rsquo;un briga\u00addier de gendarmerie, qui avait entendu quelques \u00e9clats de voix, s&rsquo;\u00e9tait approch\u00e9 de nous. Elles eurent peur et pr\u00e9f\u00e9\u00adr\u00e8rent s&rsquo;en aller.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s elles, je recueillis les dol\u00e9ances d&rsquo;un vieil homme \u00e0 mise correcte qui me donna l&rsquo;impression d&rsquo;\u00eatre un retrait\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Cet enfant, Monsieur, je l&rsquo;ai \u00e9lev\u00e9 du mieux que j&rsquo;ai pu. Il a eu toujours des go\u00fbts de grandeur. Je me demande pourquoi, puisque nous avions tout ce qu&rsquo;il fallait \u00e0 la maison. Le petit ne manquait de rien. A treize ans, il parlait de gagner des millions et il n&rsquo;avait pas envie de travailler. J&rsquo;ai essay\u00e9 de lui faire apprendre un m\u00e9tier. Il savait, lui, qu&rsquo;on pouvait amasser des billets de banque sans se fatiguer, en ne menant pas une existence honn\u00eate. Je n&rsquo;y comprends rien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Notez que ce n&rsquo;est pas un mauvais fils. Il s&rsquo;est bien aper\u00e7u que sa conduite irr\u00e9guli\u00e8re nous chagrinait tous deux. Ma femme en est morte de d\u00e9sespoir de voir notre enfant passer en correctionnelle si souvent. Mais elle lui a pardonn\u00e9. Alors, comment ne lui pardonnerais-je pas moi-m\u00eame ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0C&rsquo;est dur, Monsieur, pour un p\u00e8re. Je suis venu. Il me semble que ce petit finira un jour par se rendre compte de la bonne route \u00e0 suivre. Au parloir, hier, je n&rsquo;ai pas voulu l&rsquo;ennuyer avec des remontrances. Et lui, si vous l&rsquo;aviez vu ! Quelle assurance ! Il riait et il me r\u00e9p\u00e9tait : \u00ab Ne t&rsquo;en fais pas ! Il n&rsquo;y a que le voyage qui est long et p\u00e9nible. Apr\u00e8s, ce n&rsquo;est pas grand&rsquo; chose \u00e0 supporter. Je t&rsquo;\u00e9crirai. Je trouverai bien moyen de me d\u00e9brouiller. \u00bb Se d\u00e9brouil\u00adler ! Voil\u00e0 son habituel refrain. Voyez-vous, Monsieur, il me semble qu&rsquo;\u00e0 partir du moment o\u00f9 le petit aura quitt\u00e9 la France, je n&rsquo;aurai plus, moi, aucune raison de vivre et que je vais mourir&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Celui-l\u00e0 aussi avaient envie de pleurer. Mais il parvint \u00e0 se ma\u00eetriser et il me tourna soudain le dos. Je n&rsquo;eus pas la cruaut\u00e9 de le retenir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/dix-ans-avec-les-bandits-copier.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3602\" title=\"Dix ans avec les bandits, \u00e9ditions du Hublot, Toulouse, 1946\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/dix-ans-avec-les-bandits-copier-190x300.jpg\" alt=\"\" width=\"97\" height=\"154\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/dix-ans-avec-les-bandits-copier-190x300.jpg 190w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/dix-ans-avec-les-bandits-copier.jpg 304w\" sizes=\"(max-width: 97px) 100vw, 97px\" \/><\/a>Toutes les conversations que j&rsquo;eus avec d&rsquo;autres parents ou amis de d\u00e9tenus ressemblaient \u00e0 celles que je viens de relater. Toutes aussi navrantes. Je me rappelais cette r\u00e9flexion d&rsquo;un fonctionnaire du minist\u00e8re de l&rsquo;Int\u00e9rieur : \u00ab La plupart des rel\u00e9gu\u00e9s appartiennent \u00e0 la petite bourgeoisie. II y a tr\u00e8s peu d&rsquo;ouvriers dans le convoi. Vous seriez effar\u00e9 si vous lisiez les dossiers de ces individus. Ils ont voulu, pour la plupart, gagner de l&rsquo;argent \u00e0 tout prix, par n&rsquo;im\u00adporte quels moyens. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le soir, \u00e0 la veill\u00e9e, je fus pris \u00e0 partie par un chef-surveillant appartenant au cadre colonial, un de ces fameux gardes-chiourme que la p\u00e8gre ex\u00e8cre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Eh bien, me demanda-t-il, vous appr\u00eatez-vous \u00e0 chan\u00adter dans votre journal les \u00e9loges de tous les fripouillards qui s&#8217;embarqueront demain avec nous\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Vous exag\u00e9rez ! r\u00e9pondis-je. Il n&rsquo;y a pas de raison pour que je chante les louanges des rel\u00e9gu\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Alors, vous serez une exception dans la presse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Quelle aigreur contre les journalistes ! protestai-je, et aussi quelle injustice !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Il n&rsquo;y en a que pour \u00ab ces messieurs \u00bb ! reprit-il. Jamais un mot pour nous autres, les surveillants. Nous faisons cependant un fichu m\u00e9tier et la soci\u00e9t\u00e9 devrait nous remercier du mal que nous nous donnons. Car, si nous n&rsquo;existions pas, qui donc garderait tous ces gredins ? Je vous assure qu&rsquo;il y a du m\u00e9rite \u00e0 exercer notre m\u00e9tier. Je n&rsquo;ai pas la crainte d&rsquo;\u00eatre ridicule en vous affirmant que je consid\u00e8re notre profession comme une de celles qui n\u00e9cessitent une v\u00e9ritable vocation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Nous risquons tout, nous autres, et les bandits que nous gardons ont les yeux toujours fix\u00e9s sur nous. Ils \u00e9pient nos faiblesses. Malheur \u00e0 nous si nous flanchons ! Je regrette que vous ne puissiez venir en Guyane afin de voir ce qui s&rsquo;y passe. Certains de vos confr\u00e8res, apr\u00e8s un trop court s\u00e9jour l\u00e0-bas, ont consacr\u00e9 au bagne des r\u00e9cits compl\u00e8te\u00adment faux. On dirait qu&rsquo;ils n&rsquo;ont song\u00e9 qu&rsquo;\u00e0 faire l&rsquo;apologie de la racaille que nous avons pour mission de surveiller.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Lamentations continuelles des bagnards ! Mais, au fait, pourquoi ne pas les r\u00e9int\u00e9grer purement et simplement dans la vie civile, puisqu&rsquo;ils sont si int\u00e9ressants ? Et leurs victimes ? On n&rsquo;en parle jamais. Elles existent, cependant. Il y a des enfants qui pleurent leur p\u00e8re l\u00e2chement assassin\u00e9. Il y a des familles qui ont \u00e9t\u00e9 massacr\u00e9es par des sc\u00e9l\u00e9rats. Et ces rel\u00e9gu\u00e9s, qu&rsquo;on a tendance \u00e0 consid\u00e9rer comme des petits agneaux, n&rsquo;ont-ils pas caus\u00e9 la ruine de braves gens en les escroquant sans vergogne ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Vous broyez du noir ! dis-je en souriant. Je suis enti\u00e8\u00adrement d&rsquo;accord avec vous. Et je d\u00e9plore, tout le premier, les exag\u00e9rations de certains confr\u00e8res qui ont le d\u00e9faut de s&rsquo;attaquer sans r\u00e9pit aux services de r\u00e9pression du bandi\u00adtisme, ce qui est assez paradoxal.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Cela me cause du plaisir de vous entendre vous expri\u00admer de la sorte. Mais ne supposez pas que je suis ce soir en proie \u00e0 une crise de cafard parce qu&rsquo;\u00e0 la veille du d\u00e9part, et parce que le temps est affreux. Non ! Le hasard nous r\u00e9unit dans cette salle d&rsquo;h\u00f4tel, et c&rsquo;est la premi\u00e8re fois que je m&rsquo;exprime de la sorte avec un journaliste. Vous m&rsquo;excuserez de ma franchise. Il y a une l\u00e9gende qu&rsquo;il faudrait combat\u00adtre : celle du m\u00e9chant garde-chiourme qui s&rsquo;acharne sur le bon for\u00e7at !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Bon for\u00e7at ! Ainsi on fera confiance \u00e0 l&rsquo;\u00eatre d\u00e9voy\u00e9 qui a \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9 de la m\u00e9tropole par la justice pour son indignit\u00e9 fonci\u00e8re et on taxera de tous les vices celui qui a la con\u00adsigne d&#8217;emp\u00eacher le bon for\u00e7at de reprendre le cours de ses exploits ! C&rsquo;est trop grotesque\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Nous courons des p\u00e9rils r\u00e9els et nombreux. Chaque fois que l&rsquo;un d&rsquo;entre nous tombe dans l&rsquo;exercice de ses fonctions, on ne lit m\u00eame pas l&rsquo;annonce de sa mort dans les journaux. En revanche, d\u00e8s qu&rsquo;un crapulard de l&rsquo;arm\u00e9e du crime r\u00e9ussit une \u00e9vasion mouvement\u00e9e, on lui consacre un article o\u00f9 on n&rsquo;est pas \u00e9loign\u00e9 de le d\u00e9peindre comme un h\u00e9ros. J&rsquo;ai tou\u00adjours souhait\u00e9 que quelqu&rsquo;un dans la presse ait le courage de r\u00e9p\u00e9ter simplement les paroles que je viens de prononcer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Je n&rsquo;aurai pas grand m\u00e9rite \u00e0 vous donner satisfaction, r\u00e9pliquai-je, car j&rsquo;ai les m\u00eames opinions que vous sur la question, je d\u00e9plore seulement que, dans votre corporation, quelques individualit\u00e9s, fort rares je veux bien en convenir, se laissent aller \u00e0 l&rsquo;habitude, vite contract\u00e9e, d&rsquo;exercer une autorit\u00e9 par trop brutale, par trop exclusive&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mon interlocuteur s&#8217;emporta ;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ah! je voudrais vous y voir ! Ces gredins, qui ont l&rsquo;\u0153il fix\u00e9 sur nous, ne laissent \u00e9chapper aucune occasion de nous nuire. Nous sommes des ennemis dangereux et il s&rsquo;agit de nous abattre. Personnellement, j&rsquo;ai toujours recom\u00admand\u00e9 \u00e0 mes subordonn\u00e9s de ne jamais recourir \u00e0 la force pour obtenir l&rsquo;ob\u00e9issance. Je suis fier m\u00eame d&rsquo;avoir impos\u00e9 mon autorit\u00e9 par la dignit\u00e9 de mon attitude. Les gaillards \u00e0 qui nous avons affaire, ne sont pas des employ\u00e9s de com\u00admerce qui se dirigent normalement et qui ont le respect du patron.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Ils ont la haine du chef, eux, quel qu&rsquo;il soit, voil\u00e0 la v\u00e9rit\u00e9. Si nous plions, c&rsquo;est eux qui l&#8217;emportent. Nous ne gardons pas des jeunes filles, mais des, bandits. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous devis\u00e2mes longuement sur ces questions d\u00e9licates, et il \u00e9tait assez tard lorsque nous regagn\u00e2mes nos chambres qui \u00e9taient voisines. Nous nous s\u00e9par\u00e2mes bons amis, sur une poign\u00e9e de main.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous dorm\u00eemes peu, cette nuit-J\u00e0. A la premi\u00e8re heure, tous les pensionnaires de l&rsquo;h\u00f4tel \u00e9taient debout. Il s&rsquo;agissait de ne pas manquer le d\u00e9part. On ne savait encore s&rsquo;il aurait lieu. Le ciel \u00e9tait plein de nuages. Le vent continuait \u00e0 souf\u00adfler. Des vagues formidables d\u00e9ferlaient sur les quais. Le La Martini\u00e8re ne se tenait pas au large. Le service d&rsquo;ordre commen\u00e7ait \u00e0 prendre position, \u00e0 barrer les rues conduisant au port. Nous n&rsquo;avions toujours pas re\u00e7u de coupe-file. La gendarmerie nous renvoyait \u00e0 la S\u00fbret\u00e9 G\u00e9n\u00e9rale, et celle-ci nous demandait de patienter quelque peu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, un commissaire sp\u00e9cial, qui tenait quartier g\u00e9n\u00e9ral dans la salle d&rsquo;attente de l&rsquo;autocar, se d\u00e9cida \u00e0 nous d\u00e9livrer le bout de papier qui nous donnait l&rsquo;autorisation de circuler \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur des barrages. A partir de cet instant, la plupart des journalistes disparurent. N&rsquo;avait-on pas racont\u00e9 que le d\u00e9part vraiment int\u00e9ressant aurait lieu \u00e0 La Rochelle o\u00f9, on s&rsquo;en souvient, le La Martini\u00e8re \u00e9tait amarr\u00e9 depuis la veille. Presque tous mes confr\u00e8res cherchaient un moyen de rentrer rapidement \u00e0 La Rochelle. Mais nous rest\u00e2mes quelques-uns \u00e0 Saint-Martin-de-R\u00e9, bien d\u00e9cid\u00e9s \u00e0 ne pas abandonner la partie. Car, somme toute, les rel\u00e9gu\u00e9s ne pou\u00advaient quitter le p\u00e9nitencier sans se rendre au port ; et le premier spectacle le plus int\u00e9ressant serait \u00e0 Saint-Martin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je demandai un entretien au directeur du p\u00e9nitencier, au nom des journalistes pr\u00e9sents, il me l&rsquo;accorda aussit\u00f4t, je lui fis observer que, lors des pr\u00e9c\u00e9dents d\u00e9parts, la presse avait \u00e9t\u00e9 admise dans une cour du p\u00e9nitencier. Il commen\u00e7a par refuser de faire droit \u00e0 ma requ\u00eate, puis se laissa con\u00advaincre. Mais il nous supplia de ne pas nous servir d&rsquo;ap\u00adpareils photographiques, ajoutant que si nous passions outre nous serions imm\u00e9diatement expuls\u00e9s du p\u00e9nitencier et de l&rsquo;\u00eele.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le directeur avait surtout peur des photographes. Le mi\u00adnistre de l&rsquo;Int\u00e9rieur venait encore de prescrire \u00e0 nouveau par t\u00e9l\u00e9phone, l&rsquo;ordre formel de ne laisser photographier le convoi \u00e0 aucun prix.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J&rsquo;engageai le directeur \u00e0 nous passer en revue. Aucun d&rsquo;entre nous n&rsquo;\u00e9tait porteur d&rsquo;appareil photographique. Le fonctionnaire, sous l&#8217;empire des \u00e9motions v\u00e9cues depuis quatre jours, nous regardait d&rsquo;un air inquiet, se demandant si sa gentillesse \u00e0 notre \u00e9gard ne lui co\u00fbterait pas cher.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il se d\u00e9cida, enfin, \u00e0 nous conduire sous une sorte de pr\u00e9au couvert d&rsquo;o\u00f9 nous serions bien plac\u00e9s pour assister \u00e0 la formation du convoi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Plusieurs soldats s\u00e9n\u00e9galais, qui gardaient l&rsquo;endroit, vou\u00adlurent d&rsquo;abord nous faire un mauvais parti. Et il ne fallut pas moins que l&rsquo;intervention d&rsquo;un haut fonctionnaire de la police pour qu&rsquo;on nous laiss\u00e2t en paix. Les rel\u00e9gu\u00e9s sortaient par groupes des casernements. Ils savaient qu&rsquo;\u00e0 la moindre alerte les soldats tireraient impitoyablement sur eux. Ne venait-on pas de faire charger les armes, quelques minutes auparavant, \u00e0 grand renfort de commandements sonores !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/dix-ans-avec-les-bandits-copier.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3602\" title=\"Dix ans avec les bandits, \u00e9ditions du Hublot, Toulouse, 1946\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/dix-ans-avec-les-bandits-copier-190x300.jpg\" alt=\"\" width=\"96\" height=\"152\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/dix-ans-avec-les-bandits-copier-190x300.jpg 190w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/dix-ans-avec-les-bandits-copier.jpg 304w\" sizes=\"(max-width: 96px) 100vw, 96px\" \/><\/a>Le cur\u00e9 de Saint-Martin-de-R\u00e9, M. l&rsquo;abb\u00e9 Jean P&#8230;, M. le major P\u00e9an, un pasteur et un rabbin \u00e9taient autoris\u00e9s \u00e0 parcourir les rangs des rel\u00e9gu\u00e9s, align\u00e9s dans un ordre presque parfait, ils distribuaient des encouragements&#8230; et aussi des cigarettes. Tous ces hommes avaient exceptionnellement la permission de fumer et ils en profitaient.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Auparavant, le cur\u00e9 avait donn\u00e9 sa b\u00e9n\u00e9diction au convoi. Quelques rel\u00e9gu\u00e9s s&rsquo;inclin\u00e8rent, \u00e9mus sans aucun doute, car pour qui auraient-ils jou\u00e9 la com\u00e9die ? Aucun ne s&rsquo;age\u00adnouilla. La cour n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;un cloaque o\u00f9 pataugeaient rel\u00e9\u00adgu\u00e9s, soldats, fonctionnaires, surveillants.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J&rsquo;examinais les rel\u00e9gu\u00e9s, qui se tenaient immobiles et r\u00e9sign\u00e9s, non loin de moi, form\u00e9s en colonne par quatre. A leurs pieds, le sac de toile contenant tout ce qu&rsquo;ils poss\u00e9daient d\u00e9sormais : le barda. Ils soutenaient le regard, intrigu\u00e9s par ces civils dont ils ne connaissaient pas la qualit\u00e9. Figures h\u00e2ves aux traits tir\u00e9s pour la plupart. Trimball\u00e9s depuis des Jours \u00e0 travers toute la France, de centrale en centrale, dans des voitures cellulaires automobiles, ils subissaient le contre-coup de leurs fatigues. Epuis\u00e9s par surcro\u00eet \u00e0 la suite de la r\u00e9volte o\u00f9 leurs nerfs avaient \u00ab donn\u00e9 \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Comme ils paraissent dociles, aujourd&rsquo;hui, dis-je \u00e0 un surveillant qui se tenait pr\u00e8s de moi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ne vous y fiez pas, me r\u00e9pondit-il. Ce matin, au r\u00e9veil, on se demandait si \u00e7a n&rsquo;allait pas recommencer. Avez-vous observ\u00e9 des hy\u00e8nes dans les m\u00e9nageries ? Tout \u00e0 fait des hy\u00e8nes. Ces sales b\u00eates ont peur quand on leur fait face, mais si vous tournez le dos, elles vous attaquent. En ce mo\u00adment, il n&rsquo;y a pas de danger qu&rsquo;il y ait des rousp\u00e9teurs. Ils savent que les fusils des soldats sont charg\u00e9s et se figurent que nous serions ravis qu&rsquo;on descende quelques-uns des leurs. Oui, de sales b\u00eates ! Voyez leurs g&#8230; !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Des gueules, en effet. Des gueules sales, avec des barbes de plusieurs jours et presque toutes balafr\u00e9es, pleines de sang coagul\u00e9. Des yeux poch\u00e9s, des nez \u00e9cras\u00e9s, des oreilles d\u00e9chi\u00adr\u00e9es. Comment l&rsquo;autorit\u00e9 avait-elle eu l&rsquo;id\u00e9e saugrenue de chercher \u00e0 cacher cette r\u00e9volte ? Les combattants portaient encore les traces de la lutte. Une cour des miracles ! Des \u00e9clop\u00e9s en quantit\u00e9 qui flanchaient sur les jambes, \u00e9prou\u00advant de la peine \u00e0 se tenir debout.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De mauvaises lueurs incendiaient les yeux lorsque les gardes-chiourme passaient le long de la colonne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un commandement de l&rsquo;officier de gendarmerie \u00e0 quatre galons qui dirigeait le service d&rsquo;ordre : on partait pour de bon cette fois. Les. S\u00e9n\u00e9galais, fusil sur l&rsquo;\u00e9paule, se mirent en route. Les sacs juch\u00e9s sur le dos, les hommes s&rsquo;\u00e9bran\u00adl\u00e8rent. Le troupeau de r\u00e9prouv\u00e9s avan\u00e7ait, raclant le sol des semelles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tous d\u00e9fil\u00e8rent devant nous, tant\u00f4t hargneux, tant\u00f4t cr\u00e2\u00adneurs, nous d\u00e9visageant avec une audace qui se nuan\u00e7ait souvent de provocation. De belles figures de gouapes, d\u00e9ci\u00add\u00e9ment ! Le surveillant avait raison : l&rsquo;habit fait le moine et la tenue uniforme fait le rel\u00e9gu\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lorsque les huit cents d\u00e9port\u00e9s eurent d\u00e9fil\u00e9, je me mis en devoir de remonter la colonne qui s&rsquo;engageait dans la fameuse \u00ab all\u00e9e des Tamaris \u00bb, appel\u00e9e \u00ab l&rsquo;all\u00e9e des Veu\u00adves \u00bb. Partout des soldats, des gendarmes. Nul curieux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Plus besoin de cr\u00e2ner, puisqu&rsquo;il n&rsquo;y avait personne qui les regardait. Ils marchaient lourdement, fatigu\u00e9s par le poids du sac. J&rsquo;en interpellai quelques-uns. Les plus \u00e2g\u00e9s attei\u00adgnaient \u00e0 peine la quarantaine. Ils r\u00e9pondaient par des excla\u00admations qu&rsquo;ils essayaient de rendre joyeuses. Mais \u00e7a son\u00adnait faux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ben oui, on y va ! C&rsquo;est pas trop t\u00f4t. On en a marre !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Vivement la Guyane ! Les troupes sont fra\u00eeches !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Mieux vaut tard que jamais !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et j&rsquo;en passe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sur une charrette que tra\u00eenait un cheval, quelques \u00e9clop\u00e9s s\u00e9rieux semblaient soucieux. Se demandaient-ils de quoi l&rsquo;avenir serait fait, puisque le pr\u00e9sent d\u00e9butait si mal ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le funambulesque cort\u00e8ge d\u00e9boucha sur le port. Au lointain, maintenue par un barrage, la foule silencieuse, comme constern\u00e9e, et qui s&rsquo;effor\u00e7ait de voir malgr\u00e9 la distance qui la s\u00e9parait de nous.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les remorqueurs \u00e9tant \u00e0 quai, les rel\u00e9gu\u00e9s embarqu\u00e8rent par groupes. On les r\u00e9partissait par bateaux. Ils prenaient place sur le pont, tass\u00e9s les uns contre les autres. Certains s&rsquo;effondraient, s&rsquo;affalaient, harass\u00e9s, ne bougeant plus. Ceux-l\u00e0 d\u00e9tournaient la t\u00eate, ou la baissaient presque \u00e0 la hauteur des genoux. Des loques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les cr\u00e2neurs s&rsquo;enhardissaient, parlaient \u00e0 haute voix. Un grand gar\u00e7on, qui n&rsquo;atteignait pas la trentaine, hiss\u00e9 sur des caisses, dominant ses camarades, p\u00e9rorait avec effronterie, au point qu&rsquo;il se fit s\u00e8chement rappeler \u00e0 l&rsquo;ordre par un surveillant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Soudain, il y eut des rires. De l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 du bassin o\u00f9 avait lieu l&#8217;embarquement, une agitation insolite se produi\u00adsait. Quelques curieux se tenaient l\u00e0, mais aussi un gen\u00addarme muni d&rsquo;une longue perche surmont\u00e9e d&rsquo;un petit carr\u00e9 de bois. Et ce gendarme promenait ce carr\u00e9 alternativement sur chaque crois\u00e9e d&rsquo;une maison aux persiennes closes. C&rsquo;\u00e9tait la maison dont j&rsquo;ai parl\u00e9 et que les op\u00e9rateurs de cin\u00e9ma avaient lou\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le repr\u00e9sentant de la mar\u00e9chauss\u00e9e cherchait \u00e0 g\u00eaner les prises de vues qui s&rsquo;effectuaient de l&rsquo;int\u00e9rieur de la demeure gr\u00e2ce aux trous pratiqu\u00e9s dans les persiennes. Il courait d&rsquo;une fen\u00eatre \u00e0 l&rsquo;autre, les bras lev\u00e9s, en une posture comique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les rel\u00e9gu\u00e9s furent vite au courant. Sachant qu&rsquo;une ca\u00adm\u00e9ra fonctionnait, ils prenaient des poses avantageuses, se campaient, agitaient les bras. Le pr\u00e9fet, le commandant de gendarmerie \u00e9changeaient des paroles \u00e9nerv\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Qui a donn\u00e9 cet ordre ? C&rsquo;est ridicule.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Pas moi. C&rsquo;est grotesque.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ce gendarme n&rsquo;a pourtant pas agi de sa propre au\u00adtorit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Il faut croire que si. En tout cas, qu&rsquo;on envoie quel\u00adqu&rsquo;un au plus vite pour que cesse ce man\u00e8ge stupide !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il fallait faire le tour des bassins&#8230; \u00e0 pied, car personne ne disposait de la moindre bicyclette. Pendant ce temps, Pandore poursuivait ses gesticulations effr\u00e9n\u00e9es. Et les re\u00adl\u00e9gu\u00e9s de ricaner, et de vocif\u00e9rer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Mets-y-en, Totor !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Prends une \u00e9chelle !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Non loin de l\u00e0, un op\u00e9rateur s&rsquo;\u00e9tait install\u00e9 dans une cuve retourn\u00e9e, et dont nul n&rsquo;aurait song\u00e9 \u00e0 se m\u00e9fier. Son objectif, qui sortait par la bonde, ne fut aper\u00e7u de per\u00adsonne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les op\u00e9rateurs eurent du mal, d&rsquo;ailleurs, \u00e0 ramener les bobines enregistr\u00e9es \u00e0 La Rochelle. Ils durent mobiliser des barques de p\u00eacheurs qui \u00e9chapp\u00e8rent \u00e0 la surveillance dra\u00adconienne que le minist\u00e8re de l&rsquo;Int\u00e9rieur avait organis\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Toutes ces ruses ne servirent \u00e0 rien. Le minist\u00e8re de l&rsquo;In\u00adt\u00e9rieur fit saisir les films \u00e0 Paris, et particuli\u00e8rement ceux qui avaient \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9s pour le compte d&rsquo;une firme am\u00e9\u00adricaine. J&rsquo;ai eu l&rsquo;occasion, \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, de bl\u00e2mer cette me\u00adsure gouvernementale que je trouve inepte. Que voulait-on donc emp\u00eacher ? Craignait-on l&rsquo;immoralit\u00e9 de ce film, son influence n\u00e9faste sur la jeunesse, sur la population ? J&rsquo;avoue ne pas comprendre. Je vous assure que le spectacle de cet embarquement, s&rsquo;il avait \u00e9t\u00e9 film\u00e9 dans le moindre d\u00e9\u00adtail, n&rsquo;aurait pas \u00e9t\u00e9 de nature \u00e0 pervertir la jeunesse. Au contraire !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Rien de plus \u00e9c\u0153urant que ce d\u00e9fil\u00e9 de figures sinistres, taillad\u00e9es par les coups de couteaux ! Rien de plus \u00e9c\u0153u\u00adrant que ces nez \u00e9cras\u00e9s, ces plaies mal ferm\u00e9es, ces hom\u00admes qui boitaient ! Quel exemple ! Cherchait-on \u00e0 d\u00e9truire des preuves visibles de la r\u00e9volte, \u00e0 nier ensuite l&rsquo;existence de cette derni\u00e8re ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">N&rsquo;en ont-ils pas fr\u00e9quemment, en Am\u00e9rique, des r\u00e9voltes dans les p\u00e9nitenciers ? Que de films yankees nous ont fait assister \u00e0 ces tragiques soul\u00e8vements qui se terminent tou\u00adjours par la mort de quelques for\u00e7ats et souvent aussi de gardiens !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ils n&rsquo;avaient pas l&rsquo;air de h\u00e9ros, les rel\u00e9gu\u00e9s de Saint-Martin-de-R\u00e9 ; et je pr\u00e9tends qu&rsquo;en les montrant sur tous les \u00e9crans de France, avec un commentaire appropri\u00e9, on aurait prouv\u00e9 aux jeunes que, tout compte fait, le crime ne paie pas ! Mais allez discuter de ces choses avec une bureaucratie mesquine, tatillonne, aux id\u00e9es vieillottes !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Maintenant que les remorqueurs avaient re\u00e7u leur lamen\u00adtable cargaison, les responsables du convoi passaient une inspection g\u00e9n\u00e9rale, avant de donner le signal du d\u00e9part.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous en profit\u00e2mes, nous aussi, pour poser aux rel\u00e9gu\u00e9s quelques questions,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Alors, le moral est meilleur qu&rsquo;hier ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Pas bien fameux tout de m\u00eame ! On a un peu le ca\u00adfard.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je choisissais mes hommes au petit bonheur, cherchant un visage plus sympathique que les autres, un regard moins \u00e9teint. Parfois, je m&rsquo;arr\u00eatais devant un \u00eatre \u00e0 face lugubre qui, je ne savais pourquoi, me souriait amicale\u00adment\u00bb Je lui donnais des cigarettes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211;\u00a0 Merci. Mais \u00e7a ne va pas durer, la permission de fu\u00admer, quand ils nous auront boucl\u00e9s sur le La Martini\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211;\u00a0 Fumez donc tout de suite, \u00e7a vaudra mieux,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A un gar\u00e7on relativement jeune qui m&rsquo;examinait avec mor\u00adgue, je dis :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Vous ne craignez pas le mal de mer ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Sais pas, r\u00e9pondit-il froidement. C&rsquo;est la premi\u00e8re fois que je me risque sur l&rsquo;Oc\u00e9an.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un de ses voisins releva l&rsquo;expression :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211;\u00a0\u00a0 Ah ! dis donc, toi ! Tu vas fort ! Ce sont les bourres que te risquent sur l&rsquo;Oc\u00e9an. Et ils se foutent pas mal de nous ! Pour ce qu&rsquo;elle vaut \u00e0 leurs yeux, notre peau ! Si les sardines nous bouffaient, les bourres, cognes et Cie, \u00e7a ne pleurerait pas !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une bord\u00e9e de rires salua la r\u00e9flexion. Des mots orduriers jaillirent. Un surveillant me dit \u00e0 mi-voix :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211;\u00a0\u00a0 Vous voyez, avec eux, c&rsquo;est toujours ainsi que \u00e7a finit. Ce sont les plus voyous qui ont raison. Les mieux \u00e9lev\u00e9s doivent garder le silence. Plus on est doux, plus on s&rsquo;ex\u00adprime correctement et plus ils sont grossiers. On nous ac\u00adcuse de leur parler avec duret\u00e9. Mais il n&rsquo;y a que ce pro\u00adc\u00e9d\u00e9 qui rende des r\u00e9sultats.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La continuation de mon inspection me prouva que ce surveillant disait la v\u00e9rit\u00e9. Un peu plus loin, je rejoignis un de mes confr\u00e8res, ancien officier aviateur, mort depuis et grand amateur de grivoiseries. Il tenait t\u00eate \u00e0 trois ou quatre escogriffes, et rivalisait de gauloiserie avec ces gaillards dont les rires sataniques eussent suffi \u00e0 \u00e9pouvanter n&rsquo;importe quel homme dans une rencontre normale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 H\u00e9, l&rsquo;enfl\u00e9, lui disait un des rel\u00e9gu\u00e9s, tu charibotes et tu es peut-\u00eatre bien un roussin qui cherche \u00e0 nous faire jaser ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Voil\u00e0 qu&rsquo;il m&rsquo;engueule celui-l\u00e0, d\u00e9clara en riant le journaliste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 S\u00fbr que je t&rsquo;engueule, reprit le rel\u00e9gu\u00e9. T&rsquo;as pas piti\u00e9 de nous. Toi, tu vas en raconter des histoires, sur ton ca\u00adnard, et nous, on fait les imb\u00e9ciles pour te faciliter ton bou\u00adlot. Si tu veux changer ta place avec la mienne, je remonte tout de suite sur le quai. H\u00e9 ! tu veux ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mon camarade pr\u00e9f\u00e9ra briser l\u00e0 cet entretien qui \u00e9veil\u00adlait d\u00e9j\u00e0 l&rsquo;attention d&rsquo;un surveillant, et \u00e9vita ainsi l&rsquo;inter\u00advention de ce dernier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/dix-ans-avec-les-bandits-copier.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3602\" title=\"Dix ans avec les bandits, \u00e9ditions du Hublot, Toulouse, 1946\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/dix-ans-avec-les-bandits-copier-190x300.jpg\" alt=\"\" width=\"94\" height=\"149\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/dix-ans-avec-les-bandits-copier-190x300.jpg 190w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/dix-ans-avec-les-bandits-copier.jpg 304w\" sizes=\"(max-width: 94px) 100vw, 94px\" \/><\/a>On ne pouvait vraiment esp\u00e9rer tirer, en une pareille mi\u00adnute, rien d&rsquo;int\u00e9ressant de ces d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9s qui souffraient de se voir consid\u00e9r\u00e9s comme des animaux de m\u00e9nagerie par tous les officiels et les journalistes qui circulaient l\u00e0. Et j&rsquo;approuvais en mon for int\u00e9rieur ceux qui, affal\u00e9s sur le plancher du pont, faisaient mine de dormir, pour \u00e9chap\u00adper \u00e0 tant de curiosit\u00e9s m\u00e9prisantes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une sir\u00e8ne hulula. C&rsquo;\u00e9tait le signal attendu. Il y eut des hurlements, des ricanements. Le premier remorqueur s&rsquo;\u00e9loi\u00adgna du quai pour s&rsquo;engager dans la passe, les autres ba\u00adteaux suivirent. Lorsque les b\u00e2timents eurent tous quitt\u00e9 le quai, des cris s&rsquo;\u00e9lev\u00e8rent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un petit nombre de rel\u00e9gu\u00e9s agitaient les bras. Un bar\u00adrage de police avait \u00e9t\u00e9 lev\u00e9. Des civils arriv\u00e8rent en cou\u00adrant sur une jet\u00e9e. Il y avait des femmes parmi eux. Des rel\u00e9gu\u00e9s leur envoyaient des baisers.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le vent qui soufflait emp\u00eachait d&rsquo;entendre tout ce que criaient les d\u00e9port\u00e9s. Cependant, nous per\u00e7\u00fbmes nettement : \u00ab\u00a0A bient\u00f4t ! On se retrouvera \u00e0 Paname ! On reviendra ! \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En grande majorit\u00e9, les rel\u00e9gu\u00e9s se taisaient et ne bou\u00adgeaient pas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un canot \u00e0 vapeur nous amena \u00e0 La Rochelle, o\u00f9 devait avoir lieu le transbordement sur le grand cargot le La Martini\u00e8re, sp\u00e9cialement am\u00e9nag\u00e9 pour les voyages de for\u00ad\u00e7ats. Cargo appartenant au port de Nantes, et qui servait d&rsquo;habitude \u00e0 transporter des marchandises. Chaque voyage \u00e0 destination de la Guyane, entrepris pour le compte du minist\u00e8re des Colonies, n\u00e9cessitait une transformation to\u00adtale qui co\u00fbtait une somme assez \u00e9lev\u00e9e. L&rsquo;entrepont \u00e9tait divis\u00e9 en grandes cages dites \u00ab bagnes \u00bb, munies d&rsquo;un sys\u00adt\u00e8me de tuyauterie qui permettait d&rsquo;arroser les passagers avec l&rsquo;eau bouillante de la chaudi\u00e8re, s&rsquo;il se produisait une r\u00e9volte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les huit cents rel\u00e9gu\u00e9s, une fois arriv\u00e9s au port de La Rochelle, pass\u00e8rent des remorqueurs sur le La Martini\u00e8re et imm\u00e9diatement furent enferm\u00e9s dans les cages. Ils ne criaient plus. Sans doute la fatigue et les \u00e9motions produi\u00adsaient-elles leur effet. En g\u00e9n\u00e9ral, une fois dans les cages, ils se jetaient sur le plancher. On e\u00fbt dit qu&rsquo;ils \u00e9taient ex\u00adt\u00e9nu\u00e9s. Je pense que le d\u00e9sespoir devait les hanter et les terrasser. Quelques-uns s&rsquo;accroupissaient derri\u00e8re les bar\u00adreaux et saisissaient ceux-ci, comme l&rsquo;eussent fait des go\u00adrilles. Ils ne s&rsquo;int\u00e9ressaient pas aux all\u00e9es et venues des gens du bord et des surveillants militaires. Leurs yeux avaient une expression \u00e9gar\u00e9e. Ils r\u00e9alisaient peut-\u00eatre, en cet instant, leur mis\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Toutes ces op\u00e9rations demand\u00e8rent des heures. On ferma les cages. Des sentinelles arm\u00e9es furent install\u00e9es. Les au\u00adtorit\u00e9s de Paris et de La Rochelle prenaient cong\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le La Martini\u00e8re, avec sa cargaison de maudits, appar\u00adtenait maintenant au minist\u00e8re des Colonies de qui d\u00e9pend le bagne de la Guyane. Lui seul, ce minist\u00e8re, avait \u00e0 pr\u00e9\u00adsent le droit de vie et de mort sur les pauvres h\u00e8res, sur les damn\u00e9s que la m\u00e9tropole rejetait sans piti\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il n&rsquo;y eut plus bient\u00f4t dans le grand navire que des bruits de machine et de commandements. Les rel\u00e9gu\u00e9s n&rsquo;avaient m\u00eame plus la force de bavarder entre eux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vers la fin de l&rsquo;apr\u00e8s-midi, alors que le soleil venait de dispara\u00eetre \u00e0 l&rsquo;horizon<sup>&#8211;<\/sup> brumeux et que les phares commen\u00ad\u00e7aient \u00e0 s&rsquo;allumer, la sir\u00e8ne retentit gravement plusieurs fois.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les amarres qui retenaient le navire \u00e0 l&rsquo;appontement fu\u00adrent largu\u00e9es. Le La Martini\u00e8re, lentement, gagna le large. Nous \u00e9tions demeur\u00e9s plusieurs sur le quai, ne pouvant nous d\u00e9cider \u00e0 partir. Nous regardions le cargo qui man\u0153uvrait, afin de prendre sa direction d\u00e9finitive. Il s&rsquo;estompait dans la brume que per\u00e7aient picore ses feux. Puis, d&rsquo;un seul coup, il disparut.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Pauvre humanit\u00e9 souffrante, pauvre humanit\u00e9 ! dit quelqu&rsquo;un pr\u00e8s de moi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je me retournai. C&rsquo;\u00e9tait le major P\u00e9an, de l&rsquo;Arm\u00e9e du Salut.<\/p>\n<hr size=\"1\" \/><a name=\"_ftn1\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Charles P\u00e9an, <em>Conqu\u00eates en terre de bagne<\/em>, \u00e9ditions Altis, p.307<\/p>\n<p><!--[if gte mso 9]><xml> <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 10]>\n\n\n\n<style>\n \/* Style Definitions *\/\n table.MsoNormalTable\n\t{mso-style-name:\"Tableau Normal\";\n\tmso-tstyle-rowband-size:0;\n\tmso-tstyle-colband-size:0;\n\tmso-style-noshow:yes;\n\tmso-style-priority:99;\n\tmso-style-parent:\"\";\n\tmso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;\n\tmso-para-margin:0cm;\n\tmso-para-margin-bottom:.0001pt;\n\tmso-pagination:none;\n\tfont-size:12.0pt;\n\tfont-family:\"Arial Unicode MS\",\"sans-serif\";\n\tmso-bidi-language:FR;}\n<\/style>\n\n<![endif]--><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le d\u00e9cret-loi d&rsquo;Edouard Daladier du 17 juin 1938 est clair. Seule la transportation est abolie. Le 22 novembre de cette ann\u00e9e, 610 rel\u00e9gu\u00e9s, parqu\u00e9s \u00e0 Saint Martin de R\u00e9, quittent la France. L&rsquo;ambiance est \u00e9lectrique, l&rsquo;Administration P\u00e9nitentiaire est sur les nerfs. L&rsquo;\u00e9v\u00e8nement attire les familles des hommes punis mais aussi de nombreux journalistes venus de [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_publicize_message":"","jetpack_is_tweetstorm":false,"jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","enabled":false}}},"categories":[6],"tags":[50,2646,4477,4481,4479,975,4411,4416,3901,2463,3960,1058,4478,4410,3498,161,4480],"jetpack_publicize_connections":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3619"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3619"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3619\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3619"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3619"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3619"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}