{"id":3604,"date":"2014-12-20T01:10:52","date_gmt":"2014-12-19T23:10:52","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=3604"},"modified":"2014-08-15T18:32:05","modified_gmt":"2014-08-15T16:32:05","slug":"image-de-lapache-dans-la-france-de-la-belle-epoque","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2014\/12\/image-de-lapache-dans-la-france-de-la-belle-epoque\/","title":{"rendered":"Image de l&rsquo;apache dans la France de la Belle Epoque"},"content":{"rendered":"<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n163-juil-sept-2010-2-copier.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3605\" title=\"Gavroche n163 juil-sept 2010\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n163-juil-sept-2010-2-copier-209x300.jpg\" alt=\"\" width=\"155\" height=\"223\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n163-juil-sept-2010-2-copier-209x300.jpg 209w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n163-juil-sept-2010-2-copier.jpg 335w\" sizes=\"(max-width: 155px) 100vw, 155px\" \/><\/a>Gavroche<\/strong><\/p>\n<p>N\u00b0163, juillet-septembre 2010<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;image de l&rsquo;apache dans la caricature de la Belle Epoque et de la Grande Guerre<\/strong><\/p>\n<p><strong>Apaches, le mot est \u00e0 la mode parisienne pendant la \u00ab Belle \u00c9poque \u00bb. Pas seulement pour qualifier les malfrats des faubourgs. La caricature s&#8217;empare du terme et en affuble dirigeants et peuples qui se comportent en sauvages.<\/strong><\/p>\n<p>En France, on s&rsquo;int\u00e9resse \u00e0 la conqu\u00eate de l&rsquo;Am\u00e9rique. Ce n&rsquo;est pas par hasard si en 1832, Alexandre Dumas intitule un de ses romans <em>Les Mohicans de Paris<\/em> dont l&rsquo;action d\u00e9bute \u00e0 l&rsquo;angle des rues Saint-Denis et Blondel. Il s&rsquo;inspire du titre de Fenimore Cooper <em>Le dernier des Mohicans<\/em> publi\u00e9 en 1826. Alfred Delvau s&rsquo;y r\u00e9f\u00e8re aussi lorsqu&rsquo;en 1860, il publie <em>Les dessous de Paris.<\/em> Dans <em>Apaches, voyous et gonzes poilus,<\/em> Claude Dubois pr\u00e9cise qu&rsquo;en parlant de la p\u00e8gre de la Maubert, Delvau \u00e9crit que ce sont les \u00ab <em>Peaux-Rouges du Paris moderne, qui sont comme les scories de la grande capi\u00adtale en \u00e9bullition de progr\u00e8s&#8230; \u00bb.<\/em> Apr\u00e8s l&rsquo;ultime guerre contre Geronimo entre 1883 et 1886, c&rsquo;est en 1889 que le Wild West Show de Buffalo Bill s&rsquo;installe pr\u00e8s de la porte Maillot \u00e0 Paris. C&rsquo;est \u00e0 partir de 1895 que le mot apache commence \u00e0 fleurir \u00e0 la Courtille pour d\u00e9signer les voyous et autres malfrats des faubourgs.<!--more--><\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n163-juil-sept-2010-3.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3606\" title=\"Gavroche n163 juil-sept 2010\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n163-juil-sept-2010-3-159x300.jpg\" alt=\"\" width=\"82\" height=\"155\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n163-juil-sept-2010-3-159x300.jpg 159w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n163-juil-sept-2010-3.jpg 282w\" sizes=\"(max-width: 82px) 100vw, 82px\" \/><\/a>Casque d&rsquo;or, une nouvelle H\u00e9l\u00e8ne de Troie du pav\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>En janvier 1902, la France se passionne pour l&rsquo;aventure crapuleuse d&rsquo;Am\u00e9lie H\u00e9lie surnomm\u00e9e Casque d&rsquo;or, qui r\u00e9v\u00e8le la sauvagerie des m\u0153urs de deux tribus rivales, les Orteaux et les Popincourt, dont les chefs, Manda et Leca s&rsquo;entrelardent \u00e0 coups de surin pour les beaux yeux de celle qu&rsquo;on appelle aussi la Sauvage de Paris, la Gigolette pr\u00e9destin\u00e9e, Mademoiselle Nature, ou Fleur de Bitume. Par son charme \u00e9pic\u00e9, cette nouvelle \u00ab H\u00e9l\u00e8ne de Troie du pav\u00e9 \u00bb devient la coqueluche de Paris. Fin juin 1902, \u00e0 Paris, lorsque son homme, Manda, est jug\u00e9, Casque d&rsquo;or le d\u00e9fend. Au cours du proc\u00e8s, elle a du chien quand elle d\u00e9clare : \u00ab <em>Les types qui veu\u00adlent voir mon casque, il y en a des tas ! \u00bb.<\/em> Dans <em>Le roman vrai de la III<sup>e<\/sup> R\u00e9publique,<\/em> Armand Lanoux \u00e9crit que \u00ab <em>pendant des mois, les dames des beaux quartiers joueront \u00e0 singer la fille aux cheveux rouges \u00bb.<\/em> Elle pose chez le peintre Depr\u00e9 qui doit exposer son portrait au Salon, et passant du trottoir aux tr\u00e9teaux, elle pr\u00e9pare une revue \u00ab Casque d&rsquo;or et les apaches \u00bb aux Bouffes-du- Nord o\u00f9 elle doit incarner sur les planches sa propre vie dans son personnage. Elle doit entre autres prononcer cette tirade : \u00ab <em>Une femme pour qui des hommes tels que Manda et Leca<\/em> [&#8230; ] <em>sont capables de tirer le couteau en plein jour, de se larder comme des pigeons et de cacher plaies et douleurs quand arrive la rousse, le tout \u00e0 cause d&rsquo;elle, et elle, c&rsquo;est-\u00e0-dire moi, eh bien ! je dis que cette femme est une artiste ! \u00bb<\/em> Armand Lanoux pr\u00e9cise qu&rsquo;horrifi\u00e9s par l&rsquo;ascension de cette fille publique, \u00ab <em>alors que de pauvres filles, modes\u00adtement, honn\u00eatement, se livrent \u00e0 la prostitution pour nourrir leurs vieux parents<\/em> \u00bb, le gouverne\u00adment radical-socialiste d\u00e9cide, par l&rsquo;interm\u00e9diaire du pr\u00e9fet de police L\u00e9pine, de d\u00e9crocher le por\u00adtrait d&rsquo;Am\u00e9lie du Salon, et d&rsquo;interdire la revue. L&rsquo;opposition de droite accuse alors le pr\u00e9fet \u00ab <em>soi- disant r\u00e9publicain d&rsquo;interdire l&rsquo;acc\u00e8s de la sc\u00e8ne \u00e0 une courtisane pauvre <\/em>\u00bb<em>.<\/em><\/p>\n<p>C&rsquo;est gr\u00e2ce \u00e0 la grande presse, et plus pr\u00e9cis\u00e9\u00adment aux articles de deux journalistes concurrents, Victor Morris du <em>Matin<\/em> et Arthur Dupin du <em>Journal<\/em>, que le mot apache s&rsquo;enracine dans l&rsquo;imaginaire collectif pour d\u00e9signer les hors-la- loi des barri\u00e8res surnomm\u00e9s aussi Sioux, Iroquois ou Mahulots. Apr\u00e8s les aventures de Casque d&rsquo;or, trois romans sur le milieu des filles et des sou\u00adteneurs voient le jour : <em>Bubu de Montparnasse <\/em>de Charles-Louis Philippe, ainsi que <em>La maison Philibert<\/em> de Jean Lorrain en 1904, et en 1905, <em>Tigre et Coquelicot<\/em> de Charles-Henry Hirsch. Il est donc pr\u00e9visible de voir le vocable apache resurgir dans le dessin satirique. Claude Dubois pr\u00e9cise que le nom <em>\u00ab sonnait bien \u00e0 l&rsquo;oreille. Peut-\u00eatre sa syllabe<\/em> \u00ab\u00a0<em>pa\u00a0\u00bb rappelait-elle aussi Paris et ses deux d\u00e9riv\u00e9s argotiques Pantin et<\/em><\/p>\n<p><em>Pantruche&#8230; \u00bb<\/em> L&rsquo;Apache des grandes prairies am\u00e9ricaines devient en France l&rsquo;apache des faubourgs, terme officiellement reconnu en 1911.<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n163-juil-sept-2010-4.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3607\" title=\"Gavroche n163 juil-sept 2010\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n163-juil-sept-2010-4-300x97.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"97\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n163-juil-sept-2010-4-300x97.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n163-juil-sept-2010-4.jpg 1031w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>En Apacherie<\/strong><\/p>\n<p>D\u00e8s le d\u00e9but des aventures de Casque d&rsquo;Or, la carte postale s&#8217;empare du sujet. Dans le num\u00e9ro 21 du journal <em>Le Cartophile<\/em> de juin 1902, F. de Normandy \u00e9crit que \u00ab <em>L&rsquo;actualit\u00e9 infati\u00adgable nous fournit encore le portrait, en six poses s&rsquo;il vous pla\u00eet, de Mlle Am\u00e9lie Elie dite Casque d&rsquo;Or, reine des apaches. Cette douce enfant de vingt-deux ans \u00e0 la chevelure d&rsquo;un blond ardent, \u00e0 la voix rauque et aux traits passablement fl\u00e9\u00adtris par les nocturnes brouillards des fortifs de la capitale doit surtout sa c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 \u00e0 la fr\u00e9quen\u00adtation recherch\u00e9e de MM. Manda et Lecca qui puisaient principalement leurs ressources dans le vol et l&rsquo;assassinat. Combien de pauvres jeunes femmes, an\u00e9mi\u00e9es par le travail et la mater\u00adnit\u00e9, vivent ignor\u00e9es dans leur mis\u00e8re honn\u00eate et qui cependant auraient droit \u00e0 un peu plus d&rsquo;\u00e9gards que cette fleur de boulevards ! \u00bb.<\/em> Dans le num\u00e9ro 4 de La <em>carte postale illustr\u00e9e revue<\/em> de l&rsquo;ann\u00e9e 1903, on signale la parution d&rsquo;une s\u00e9rie \u00ab En Apacherie \u00bb, titre d&rsquo;un nouveau royaume \u00ab <em>inconnu sur les cartes, et cependant plus<\/em> <em>connu de la r\u00e9alit\u00e9 qu&rsquo;on ne le voudrait. Apacherie ! Cela est une r\u00e9alit\u00e9, fort logique, puisqu&rsquo;il y a des Apaches en Europe, pour rem\u00adplacer les Apaches de Gustave Aimard, depuis longtemps \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de curiosit\u00e9. Et sous ce titre, le dessinateur Flament nous conte graphique\u00adment les exploits, adorn\u00e9s d&rsquo;un coloris amusant, de Gueule \u00e0 Ressort, chef redout\u00e9 de la tribu des Ecailles vertes, dans la pampa de S\u00e9basto, flan\u00adqu\u00e9 de son aimable compagne et fid\u00e8le lieutenante Nombril-Suave \u00bb.<\/em><\/p>\n<p><strong>Des mauvais gar\u00e7ons<\/strong> <strong>\u00e0 rouflaquettes, casquettes \u00e0 pont, maillots ray\u00e9s, pantalons ajust\u00e9s et souliers pointus<\/strong><\/p>\n<p>Dans son <em>Histoire de la troisi\u00e8me R\u00e9publique, <\/em>en parlant des apaches, J.Chastenet note que <em>\u00ab les chansons naturalistes ont fait \u00e0 cette esp\u00e8ce une publicit\u00e9 hors de proportion avec son impor\u00adtance \u00bb.<\/em> Le danger qu&rsquo;ils repr\u00e9sentent serait donc plus fictif que r\u00e9el. Mais qui sont-ils plus pr\u00e9cis\u00e9ment ? Chastenet les d\u00e9finit comme de \u00ab <em>mauvais gar\u00e7ons \u00e0 rouflaquettes, casquettes \u00e0 pont, maillots ray\u00e9s, pantalons ajust\u00e9s et souliers pointus \u00bb.<\/em> Quant aux femmes dont ils s&rsquo;entou\u00adrent, il s&rsquo;agit de \u00ab <em>gouailleuses \u00e0 haut chignon, collier de velours et tablier rouge \u00bb.<\/em> Cette faune, haute en couleur, \u00ab <em>peuple \u00e0 Paris les environs du faubourg Saint-Martin, de la place Maubert, de la place de la R\u00e9publique, de la place Pigalle et de certains boulevards ext\u00e9rieurs; elle pos\u00ads\u00e8de aux fortifs des postes avanc\u00e9s. Souteneurs et filles soumises sont ses repr\u00e9sentants les moins dangereux, mais elle comprend aussi ces fameux apaches dont la r\u00e9putation terrifie les touristes \u00bb. <\/em>L&rsquo;auteur ajoute qu&rsquo;il est \u00e0 \u00ab <em>d\u00e9plorer qu&rsquo;une lit\u00adt\u00e9rature inspir\u00e9e d&rsquo;un sentimentalisme frelat\u00e9 associe quelquefois, dans la pens\u00e9e des badauds \u00e9trangers, ces d\u00e9chets sociaux avec le petit peuple urbain fran\u00e7ais rest\u00e9 dans son ensemble si sain, si laborieux et si attachant en d\u00e9pit ou \u00e0 cause m\u00eame de ses impatiences, voire de ses violences \u00bb.<\/em> Les plus redout\u00e9s de ces voyous mal\u00adfaisants, sans scrupule, pr\u00eats \u00e0 tuer pour quelques sous, se tiennent en g\u00e9n\u00e9ral tapis dans l&rsquo;ombre, un couteau \u00e0 la main, guettant un passant isol\u00e9 : une prostitu\u00e9e, le plus souvent, leur sert d&rsquo;app\u00e2t afin d&rsquo;attirer leurs proies dans leurs rets.<\/p>\n<p><a name=\"bookmark1\"><strong>Les apaches du pr\u00e9fet<\/strong><\/a><\/p>\n<p>C&rsquo;est dans le num\u00e9ro 113 de <em>L&rsquo;Assiette au beurre<\/em> (30 mai 1903) qu&rsquo;appara\u00eet le mot apache. Il figure en sous-titre de la couverture : \u00ab <em>La police II Les apaches du pr\u00e9fet \u00bb.<\/em> Ce num\u00e9ro est la suite du pr\u00e9c\u00e9dent intitul\u00e9 : \u00ab <em>La police I. Chef et batterie de cuisine \u00bb.<\/em> Ces deux num\u00e9ros ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9s \u00e0 l&rsquo;occasion de l&rsquo;affaire Forissier relative \u00e0 l&rsquo;arrestation par erreur et pour racolage sur la voie publique de deux honn\u00eates femmes. Si le mot apache figure sur la couverture du jour\u00adnal, il est absent des titres et des l\u00e9gendes accom\u00adpagnant les dessins. On comprend que c&rsquo;est par l&rsquo;association du comportement des apaches avec celui de la police que ce mot trouve en fait sa justification pour d\u00e9noncer, selon les illustra\u00adteurs, l&rsquo;immoralit\u00e9 des repr\u00e9sentants de la force publique d\u00e9peints sous les traits de criminels et de prox\u00e9n\u00e8tes. De plus, dans La police I, sous la plume vengeresse et tremp\u00e9e dans le vitriol de l&rsquo;anarchiste Laurent Tailhade, les policiers sont qualifi\u00e9s de \u00ab <em>rhinoc\u00e9ros hydrophobes \u00bb<\/em> exhalant <em>\u00ab une odeur forte de trois-six et plus mal embou\u00adch\u00e9s que l&rsquo;\u00e9gout collecteur \u00bb.<\/em> On apprend aussi que s&rsquo;ils \u00ab <em>chourinent un peu les claque-patins et beaucoup les r\u00e9volutionnaires \u00bb,<\/em> c&rsquo;est sous les ordres du pr\u00e9fet L\u00e9pine \u00ab <em>idiot comme un parle\u00admentaire \u00bb<\/em> avec sa \u00ab <em>barbiche pisseuse de gro\u00adgnard mal d\u00e9barbouill\u00e9 \u00bb,<\/em> et de Puybaraud \u00ab <em>la plus rampante vermine qui jamais ait croupi dans le cloaque des fonds secrets \u00bb,<\/em> et sorte \u00ab <em>d&rsquo;insecte buveur de sang humain qui n &lsquo;a d&rsquo;\u00e9gal \u00e0 sa puan\u00adteur que sa f\u00e9rocit\u00e9 \u00bb.<\/em> D&rsquo;apr\u00e8s ce texte qui sert d&rsquo;introduction aux deux num\u00e9ros du journal, on comprend que la police, dans l&rsquo;esprit de ses d\u00e9tracteurs, est assimil\u00e9e aux apaches les plus redoutables.<\/p>\n<p><a name=\"bookmark1\"><\/a><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n163-juil-sept-2010-5.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3608\" title=\"Gavroche n163 juil-sept 2010\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n163-juil-sept-2010-5-181x300.jpg\" alt=\"\" width=\"96\" height=\"160\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n163-juil-sept-2010-5-181x300.jpg 181w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n163-juil-sept-2010-5.jpg 301w\" sizes=\"(max-width: 96px) 100vw, 96px\" \/><\/a><\/strong><a name=\"bookmark2\"><strong>Sa majest\u00e9 Mutsu-Hito, empereur des apaches du Japon<\/strong><\/a><\/p>\n<p>Dans la nuit du 8 f\u00e9vrier 1904, sans d\u00e9clara\u00adtion de guerre pr\u00e9alable, des torpilleurs japonais attaquent deux cuirass\u00e9s et un grand croiseur russes dans la rade ext\u00e9rieure de Port-Arthur en Mandchourie. En France, ces \u00e9v\u00e9nements sont interpr\u00e9t\u00e9s comme un acte de barbarie effroyable. Le journal <em>Le Temps<\/em> qualifie l&rsquo;agression japonaise \u00ab <em>d&rsquo;acte de folie \u00bb, La Patrie<\/em> de <em>\u00ab coup de main brutal \u00bb,<\/em> et <em>Le journal des d\u00e9bats<\/em> \u00e9crit que \u00ab <em>les Japonais ont commenc\u00e9 les hostilit\u00e9s en violant toutes les r\u00e8gles admises dans les n\u00e9gociations internationales \u00bb,<\/em> insistant sur \u00ab <em>l&rsquo;incorrection de l&rsquo;attitude des Japonais \u00bb. L&rsquo;\u00c9clair<\/em> parle de tra\u00adhison pr\u00e9m\u00e9dit\u00e9e, \u00ab <em>d&rsquo;abominable f\u00e9lonie \u00bb<\/em> qui d\u00e9shonore la marine japonaise, <em>La R\u00e9publique \u00ab d&rsquo;acte de piraterie \u00bb<\/em> et du \u00ab <em>m\u00e9pris le plus \u00e9cla\u00adtant des r\u00e8gles \u00e9l\u00e9mentaires du droit des gens \u00bb, L&rsquo;Autorit\u00e9<\/em> de l\u00e2che tra\u00eetrise qui ne \u00ab <em>surprend pas de la part des alli\u00e9s de l&rsquo;Angleterre \u00bb. Le Rappel<\/em> d\u00e9clare qu&rsquo;en \u00ab <em>escamotant la formalit\u00e9 de la d\u00e9claration de guerre, l&rsquo;agressive nation jaune ne conquiert pas les sympathies de l&rsquo;opi\u00adnion \u00bb. L&rsquo;Univers<\/em> souligne l&rsquo;attitude belliqueuse du Japon et parle \u00ab <em>d&rsquo;acte de piraterie contre la Russie pacifique qui, ne serait-elle pas l&rsquo;alli\u00e9e de la France, justifierait par son attitude de lui concilier toutes les sympathies \u00bb.<\/em> On le voit, la presse fran\u00e7aise est \u00e0 peu pr\u00e8s unanime sur la res\u00adponsabilit\u00e9 du Japon. Cette indignation se refl\u00e8te dans la caricature. D\u00e8s le premier coup de canon, le vieux spectre du p\u00e9ril jaune que l&rsquo;on \u00e9voque dans la presse ressort de sa bo\u00eete, et pour le visua\u00adliser, le clich\u00e9 du redoutable apache refait surface. Dans le num\u00e9ro 10 du <em>Burin satirique<\/em> de f\u00e9vrier 1904. Charles Denizard qui utilise un autre de ses pr\u00e9noms, Orens, pour signer ses \u0153uvres, nous pr\u00e9sente l&#8217;empereur japonais Mutsu-Hito sous les traits d&rsquo;un apache. Sur cette eau-forte tir\u00e9e \u00e0 250 exemplaires et intitul\u00e9e <em>Sa majest\u00e9 Mutsu-Hito empereur des apaches du Japon<\/em>, le Mikado porte un foulard nou\u00e9 autour du cou, une casquette \u00e0 pont et tient un poignard. En mars 1904, sur une lithographie d&rsquo;Orens intitul\u00e9e <em>Sa majest\u00e9 Mutsu- Hito empereur du Japon<\/em>, on le retrouve avec des rouflaquettes d&rsquo;apache fumant un cigare en forme de torpille de Port-Arthur. Dans <em>Le coup du Port-Arthur,<\/em> estampe sign\u00e9e Left, le Japon, symbolis\u00e9 par un apache marchant dans une flaque de sang, poignarde dans le dos un Russe qui prend tran\u00adquillement son th\u00e9 en fumant la pipe. Dans le fond du d\u00e9cor, John Bull et l&rsquo;oncle Sam approu\u00advent la tra\u00eetrise du Jaune. Dans le num\u00e9ro 16 du <em>Burin satirique<\/em> de 1904 intitul\u00e9 \u00ab Les armes de la sainte Russie \u00bb, Nicolas II appara\u00eet en justicier fouettant la t\u00eate du Mikado \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;un gigantesque knout.<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n163-juil-sept-2010-6.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3609\" title=\"Gavroche n163 juil-sept 2010\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n163-juil-sept-2010-6-300x117.jpg\" alt=\"\" width=\"268\" height=\"105\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n163-juil-sept-2010-6-300x117.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n163-juil-sept-2010-6.jpg 929w\" sizes=\"(max-width: 268px) 100vw, 268px\" \/><\/a>Nicolas II et les massacres du 22 janvier 1905<\/strong><\/p>\n<p>Le 22 janvier 1905, \u00e0 Saint-P\u00e9tersbourg, l&rsquo;arm\u00e9e tire sur la foule devant le Palais d&rsquo;hiver. Les vic\u00adtimes se comptent par centaines. En Europe, l&rsquo;indignation est g\u00e9n\u00e9rale. Du coup, dans la cari\u00adcature, on assiste \u00e0 une rupture dans l&rsquo;image du tsar. Dans un effet de st\u00e9r\u00e9otype \u00e0 bascule, c&rsquo;est donc au tour de Nicolas II d&rsquo;appara\u00eetre sous les traits d&rsquo;un apache alors que le Jaune endosse l&rsquo;habit du vengeur. Dans un dessin du num\u00e9ro 68 de <em>L&rsquo;Actualiste<\/em> d&rsquo;Orens intitul\u00e9 <em>Nicolas II et les massacres du 22 janvier 1905<\/em>, Nicolas II, avec la fameuse casquette \u00e0 pont sur la t\u00eate, un foulard autour du cou et un maillot ray\u00e9, poignarde une femme sans d\u00e9fense. Derri\u00e8re lui, un Japonais lui flanque un grand coup de matraque sur les fesses. L\u00e9gende : <em>\u00ab Quand on manque de force d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 on en trouve de l&rsquo;autre&#8230; \u00bb.<\/em> On comprend qu&rsquo;ici, l&rsquo;artiste a rev\u00eatu l&rsquo;uniforme du Jaune pour punir le tzar-apache qui assassine son peuple. Dans la caricature politique, en fonction de l&rsquo;actualit\u00e9, l&rsquo;image de l&rsquo;apache est donc associ\u00e9e \u00e0 celle des personnages les plus antipathiques du moment. Image de la crapule abjecte par excellence, son masque une fois coll\u00e9 sur un visage sert en quelque sorte de barom\u00e8tre \u00e0 mesurer le degr\u00e9 d&rsquo;exasp\u00e9ration, voire d&rsquo;ex\u00e9cration, envers un des acteurs de la sc\u00e8ne internationale.<\/p>\n<p><strong>Le Kaiser est agressif<\/strong><\/p>\n<p>Le 31 mars 1905, \u00e0 l&rsquo;instigation de son chance\u00adlier le comte von B\u00fclow, Guillaume II d\u00e9barque \u00e0 Tanger o\u00f9 il fait part de sa r\u00e9solution de sauve\u00adgarder les int\u00e9r\u00eats de l&rsquo;Allemagne au Maroc. Il compte ainsi contrecarrer la politique de Delcass\u00e9 jug\u00e9e trop agressive et \u00ab <em>arracher des mains d&rsquo;Edouard VII et de son groupe belliqueux leur \u00e9p\u00e9e continentale \u00bb.<\/em> A Paris, le coup de Tanger secoue profond\u00e9ment l&rsquo;opinion et fait craindre une guerre avec la puissante Allemagne. Sur la sc\u00e8ne politique fran\u00e7aise, Guillaume II incarne maintenant le r\u00f4le du m\u00e9chant. Dans l&rsquo;\u0153uvre de Mille, c&rsquo;est dans sa s\u00e9rie \u00ab L&rsquo;Arc-en-ciel \u00bb que r\u00e9appara\u00eet l&rsquo;apache sous les traits de Guillaume affubl\u00e9 d&rsquo;une casquette \u00e0 pont surmont\u00e9e d&rsquo;une pointe de casque, d&rsquo;un maillot ray\u00e9, d&rsquo;une veste et d&rsquo;un pantalon rapi\u00e9c\u00e9s, et tenant un poignard. Le Kaiser ainsi travesti s&rsquo;approche de Nicolas II bless\u00e9 et soutenu par Delcass\u00e9 qui tend le poing vers l&#8217;empereur d&rsquo;Allemagne. L\u00e9gende: <em>\u00abLa Russie \u00e9tant bless\u00e9e et sans force, le Kaiser est agressif, mais par un singulier hasard, Delcass\u00e9 n&rsquo;a pas peur\u00bb.<\/em> Cette gravure tir\u00e9e \u00e0 75 exem\u00adplaires et dat\u00e9e d&rsquo;avril 1905 a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e apr\u00e8s la grande d\u00e9faite des Russes \u00e0 Moukden face \u00e0 leurs adversaires Japonais, ce qui affaiblit la position de la France alli\u00e9e de la Russie. Cette estampe illustre aussi l&rsquo;attitude de fermet\u00e9 pr\u00e9conis\u00e9e par Delcass\u00e9 face \u00e0 une Allemagne agressive. Cependant, en juin 1905, le ministre fran\u00e7ais doit finalement d\u00e9missionner sous la pression de Berlin. \u00c0 partir du coup de Tanger de mars 1905, l&rsquo;image jusqu&rsquo;alors essentiellement grotesque de Guillaume II (\u00ab L&rsquo;Arc-en-ciel \u00bb de Mille. <em>Le plus<\/em> <em>c\u00e9l\u00e8bre des po\u00e8tes),<\/em> se m\u00e9tamorphose en celle d&rsquo;un personnage de plus en plus mena\u00e7ant et dan\u00adgereux sur lequel se cristallise l&rsquo;inqui\u00e9tude des Fran\u00e7ais face \u00e0 la mont\u00e9e du p\u00e9ril germanique qui commence \u00e0 \u00e9clipser le p\u00e9ril jaune.<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n163-juil-sept-2010-7-copier.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3610\" title=\"gavroche-n163-juil-sept-2010-7-copier\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n163-juil-sept-2010-7-copier-300x126.jpg\" alt=\"\" width=\"228\" height=\"96\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n163-juil-sept-2010-7-copier-300x126.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n163-juil-sept-2010-7-copier.jpg 640w\" sizes=\"(max-width: 228px) 100vw, 228px\" \/><\/a>L&rsquo;apache mondial<\/strong><\/p>\n<p>Apr\u00e8s la d\u00e9mission du ministre fran\u00e7ais, l&rsquo;Alle\u00admagne accentue sa pression en imposant la conf\u00e9rence d&rsquo;Alg\u00e9siras pour internationaliser la question du Maroc. Dans la caricature fran\u00e7aise, l&rsquo;image du Kaiser apache s&rsquo;impose avec plus de force comme le montre le num\u00e9ro 1 du <em>Burin satirique<\/em> de 1906 intitul\u00e9 <em>L&rsquo;apache mondial<\/em>, o\u00f9 il est affubl\u00e9 d&rsquo;une casquette \u00e0 pont, d&rsquo;un foulard, d&rsquo;un pantalon rapi\u00e9c\u00e9 et repr\u00e9sent\u00e9 un poignard \u00e0 la main. Aussi n&rsquo;est-on pas surpris de le voir resurgir dans <em>R\u00eave d&rsquo;apache,<\/em> estampe dat\u00e9e de 1906 et constituant le num\u00e9ro 6 de la s\u00e9rie de six pi\u00e8ces d&rsquo;Orens intitul\u00e9e \u00ab Les T\u00eates de Turcs de Guillaume II \u00bb. On d\u00e9couvre ici un Kaiser oiseau de proie dot\u00e9 d&rsquo;une griffe \u00e9norme qui s&#8217;empare de la t\u00eate du sultan marocain. Le couteau tradition\u00adnel de l&rsquo;apache est ici m\u00e9tamorphos\u00e9 en serre de rapace et en moustaches piquantes de Guillaume point\u00e9es vers le ciel.<\/p>\n<p>Si l&rsquo;image d&rsquo;un Guillaume apache envahit main\u00adtenant la caricature, il ne faut pas en d\u00e9duire que celle d&rsquo;un Nicolas II apache a disparu comme par enchantement. Par exemple, dans <em>Les armoiries de Guillaume II<\/em> (par Orens. novembre 1905), on d\u00e9couvre un Kaiser joli c\u0153ur faisant risette \u00e0 Marianne qui refuse ses avances, \u00e9tant d\u00e9j\u00e0 maqu\u00e9e avec l&rsquo;apache Nicolas entortill\u00e9 d&rsquo;un foulard pen\u00addouillant sur un maillot ray\u00e9 et chapeaut\u00e9 d&rsquo;une casquette \u00e0 pont. L\u00e9gende : \u00ab <em>Essais de sourires \u00e0 la France. Marianne : Fallait v&rsquo;nir au monde avant ton p\u00e8re&#8230; maintenant j&rsquo;ai un protecteur&#8230; russe&#8230; \u00bb.<\/em> On comprend qu&rsquo;ici Nicolas endosse le r\u00f4le de souteneur qui fait racoler Marianne pour son compte, occupation traditionnelle de l&rsquo;apache que lui envie le bell\u00e2tre Guillaume.<\/p>\n<p>Dans la caricature, on assiste donc \u00e0 une course \u00e0 l&rsquo;apacherie entre les deux t\u00eates couronn\u00e9es. Il faut \u00e9galement y voir une d\u00e9nonciation des emprunts russes \u00e9mis en France, et contre lesquels Orens proteste \u00e0 plusieurs reprises comme il le fait dans le num\u00e9ro 83 de <em>L&rsquo;Actualiste<\/em> 1906. L\u00e9gende : \u00ab <em>La charit\u00e9 mon bon monsieur, \u00e7a vous sera rendu au paradis \u00bb.<\/em> Rappelons aussi que Marianne \u00e9tait tr\u00e8s courtis\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, et que Guillaume, contrari\u00e9 par le rapprochement franco-britannique apr\u00e8s la visite d&rsquo;Edouard VII en France en mai 1903, \u00e9crivait \u00e0 Nicolas dans un acc\u00e8s de d\u00e9pit : \u00ab <em>Marianne doit se rappeler qu&rsquo;elle est ta femme. C&rsquo;est pour\u00adquoi son devoir est de se coucher avec toi dans ton lit, m&rsquo;accordant \u00e0 moi de temps en temps une caresse ou un baiser&#8230; et non se glisser dans la chambre \u00e0 coucher de celui qui intrigue continuel\u00adlement dans l&rsquo;\u00eele, et touche \u00e0 tout \u00bb.<\/em> Celui qui intri\u00adgue dans l&rsquo;\u00eele en touchant \u00e0 tout, et en particulier \u00e0 Marianne, n&rsquo;est autre, on l&rsquo;a compris, que le gros Edouard VII, oncle du vilain Guillaume.<\/p>\n<p><strong>Le repos du dromadaire<\/strong><\/p>\n<p>Le num\u00e9ro 57 du <em>Crayon<\/em> de Molynk est inti\u00adtul\u00e9 <em>Du repos hebdomadaire moi ! j&rsquo;m&rsquo;en f&#8230;<\/em> On y d\u00e9couvre, au coin d&rsquo;une rue, un personnage inqui\u00e9tant attendant en grillant une cigarette sa prochaine victime. Notre homme porte un foulard n\u00e9gligemment nou\u00e9 autour du cou, une casquette \u00e0 pont sur la t\u00eate et tient un redoutable couteau de boucher. Aucun doute, il s&rsquo;agit bien d&rsquo;un apache. Cette lithographie \u00e0 tr\u00e8s faible tirage a \u00e9t\u00e9 r\u00e9a\u00adlis\u00e9e en septembre 1906 apr\u00e8s le r\u00e9tablissement du repos hebdomadaire qui est aussi surnomm\u00e9 \u00ab <em>le repos du dromadaire \u00bb<\/em> par les femmes aga\u00adc\u00e9es de voir leurs nigauds d&rsquo;\u00e9poux tournicoter en rond \u00e0 la maison le dimanche.<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n163-juil-sept-2010-8.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3611\" title=\"Gavroche n163 juil-sept 2010\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n163-juil-sept-2010-8-300x223.jpg\" alt=\"\" width=\"186\" height=\"138\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n163-juil-sept-2010-8-300x223.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n163-juil-sept-2010-8.jpg 394w\" sizes=\"(max-width: 186px) 100vw, 186px\" \/><\/a>Le coup du p\u00e8re Fran\u00e7ois<\/strong><\/p>\n<p>Le mythe du complot sous des formes plus ou moins m\u00e9tamorphos\u00e9es est l&rsquo;un des plus r\u00e9currents dans la caricature. Aussi est-il naturel que l&rsquo;apache y soit investi d&rsquo;un r\u00f4le. Dans le num\u00e9ro 85 de <em>L&rsquo;Actualiste<\/em> de 1908 intitul\u00e9 <em>Le coup du p\u00e8re Fran\u00e7ois,<\/em> Fran\u00e7ois-Joseph en apache agresse tra\u00eetreusement le Turc par-derri\u00e8re en lui coiffant la bouche du b\u00e2illon de la Bosnie-Herz\u00e9govine et en lui collant un genou dans les reins. D\u00e9tail tout \u00e0 fait remarquable dans la caricature, on note que sur cette estampe \u00e0 faible tirage peinte \u00e0 la main, Guillaume II, \u00e9galement en apache, est maintenant accompagn\u00e9 d&rsquo;une Casque d&rsquo;Or (on reconna\u00eet sa coiffure) germanique \u00e0 mous\u00adtache qui observe le spectacle. Cette \u0153uvre a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e lors de l&rsquo;annexion des deux provinces turques par l&rsquo;Autriche-Hongrie et illustre le fait qu&rsquo;en Europe, on soup\u00e7onne l&rsquo;Allemagne d&rsquo;avoir encourag\u00e9 en sous-main les Autrichiens \u00e0 perp\u00e9trer leur coup de force. Cette d\u00e9non\u00adciation d&rsquo;un complot ger\u00admano-autrichien se r\u00e9v\u00e8le historiquement inexacte, Guillaume ayant \u00e9t\u00e9 en fait, dans un premier temps, \u00ab <em>profond\u00e9ment outrag\u00e9 d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 exclu de la confi\u00addence \u00bb<\/em> des Autrichiens. Cependant, trois mois plus tard, au paroxysme de la crise, il \u00e9crit \u00e0 Fran\u00e7ois- Joseph que \u00ab <em>la place de l&rsquo;Allemagne sera certai\u00adnement toujours aux c\u00f4t\u00e9s de l&rsquo;Autriche-Hongrie, formant au centre de l&rsquo;Europe un bloc solide que les autres puissances seraient mal avis\u00e9es de vou\u00adloir disloquer \u00bb.<\/em> Dans le dessin satirique, l&rsquo;image du Guillaume apache a maintenant totalement \u00e9clips\u00e9 celle du Nicolas II dans un r\u00f4le identique.<\/p>\n<p><strong>Boujour les aminches<\/strong><\/p>\n<p>1908, c&rsquo;est aussi l&rsquo;ann\u00e9e o\u00f9 en France, la troupe tire sur les gr\u00e9vistes qui \u00e9l\u00e8vent des barricades \u00e0 Villeneuve-Saint-Georges, tuant quatre personnes et en blessant une cinquantaine d&rsquo;autres. Aussi, dans le num\u00e9ro 66 de <em>L&rsquo;Actualiste<\/em> de 1908, le pr\u00e9sident Falli\u00e8res rejoint-il le clan des apaches qui, sur cette estampe, l&rsquo;accueillent avec enthousiasme: \u00ab <em>Vive not poteau \u00bb, \u00ab Vive mon gros Loulou \u00bb. <\/em>Sur la t\u00eate du pr\u00e9sident qui s&rsquo;\u00e9crie <em>\u00ab Bonjour les aminches \u00bb,<\/em> figure la banderole \u00ab <em>Gloire \u00e0 Soleilland \u00bb,<\/em> pervers qui a viol\u00e9, mutil\u00e9 puis tu\u00e9 une enfant, et qui une fois condamn\u00e9 \u00e0 mort, est graci\u00e9 par Falli\u00e8res, raison suppl\u00e9mentaire pour Orens de classer le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique dans la cat\u00e9gorie des voyous pour montrer qu&rsquo;il prot\u00e8ge les assassins. Les apaches utilisent en effet le vocable \u00ab <em>aminche \u00bb<\/em> pour d\u00e9signer un ami et emploient les mots \u00ab <em>poteau \u00bb<\/em> pour camarade, \u00ab <em>lingue \u00bb<\/em> pour couteau ou encore \u00ab <em>rousse<\/em> \u00bb pour police.<\/p>\n<p>Rappelons que le 24 juillet 1907, Soleilland est condamn\u00e9 \u00e0 mort par la cour d&rsquo;assises de la Seine sous les applaudissements de la foule et de la propre femme de l&rsquo;accus\u00e9. <em>Le Petit Parisien<\/em> \u00e9crit : <em>\u00ab Soleilland condamn\u00e9 \u00e0 mort. Dramatique fin d&rsquo;audience. Pendant que le monstre s&rsquo;effondre \u00e0 son banc, sa femme le renie et le maudit \u00bb.<\/em> On redoute qu&rsquo;il ne soit graci\u00e9 par Falli\u00e8res, ce qu&rsquo;illustrent ces quelques vers fredonn\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque :<\/p>\n<p>Souhaitons que Falli\u00e8res<\/p>\n<p>Ne trompe pas la voix<\/p>\n<p>De familles enti\u00e8res<\/p>\n<p>R\u00e9clamant \u00e0 la fois<\/p>\n<p>Pour venger cette enfant<\/p>\n<p>Le sang de Soleilland<\/p>\n<p>Le 13 septembre 1907, Falli\u00e8res gracie Soleilland. Alors, dans la presse, une campagne en faveur de la peine de mort est orchestr\u00e9e, et le ton monte : <em>\u00ab La gr\u00e2ce du monstre : Soleilland le tueur aura la vie sauve \u00bb, \u00ab L&rsquo;assassin de Marthe \u00e9chappe \u00e0 l&rsquo;\u00e9chafaud. On en conclura que la peine de mort est d\u00e9sormais supprim\u00e9e en France<\/em> \u00bb. L&rsquo;\u00e9motion populaire est le point de d\u00e9part d&rsquo;une campagne sur le droit de gr\u00e2ce, et l&rsquo;on se pose la question de savoir s&rsquo;il faut le laisser au chef de l&rsquo;\u00c9tat. \u00c0 partir du 29 sep\u00adtembre, <em>Le Petit Parisien<\/em> organise un grand r\u00e9f\u00e9rendum sur la peine de mort. L&rsquo;op\u00e9ration doit durer jusqu&rsquo;au 25 octobre, mais elle remporte un tel succ\u00e8s qu&rsquo;elle est prolong\u00e9e. Le 5 novembre 1907, <em>Le Petit Parisien<\/em> proclame les r\u00e9sultats : partisans de la peine capitale : 1 083 655. Contre: 328 692. Les diff\u00e9rents journaux qui se font concurrence se lancent alors dans une surench\u00e8re. Le 5 octobre, <em>Le Matin<\/em> lance une grande consultation sous le titre \u00ab Guerre aux apaches, il faut \u00e9purer Paris. Comment ? Nos lecteurs vont nous le dire \u00bb. En mai 1908, <em>L&rsquo;Eclair<\/em> pose la question suivante: \u00ab <em>Faut-il fouetter les apaches ? \u00bb.<\/em><\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n163-juil-sept-2010-9.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3612\" title=\"Gavroche n163 juil-sept 2010\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n163-juil-sept-2010-9-181x300.jpg\" alt=\"\" width=\"98\" height=\"163\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n163-juil-sept-2010-9-181x300.jpg 181w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n163-juil-sept-2010-9.jpg 286w\" sizes=\"(max-width: 98px) 100vw, 98px\" \/><\/a>10000 Apaches dans l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise<\/strong><\/p>\n<p>En 1909, le num\u00e9ro 33 de <em>L&rsquo;Actualiste<\/em> nous montre une nouvelle recrue de l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00ad\u00e7aise en apache militaire donnant le bras \u00e0 sa compagne. Nos deux tourtereaux qui ne regardent pas vers l&rsquo;est sont espionn\u00e9s par un Allemand perch\u00e9 dans un ballon dirigeable. L\u00e9gende: \u00ab <em>1909 voit s&rsquo;incorporer 10000 apaches dans l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise&#8230; Il y en aura des permissions de minuit \u00e0 accorder ! \u00bb.<\/em> On assiste avec cette estampe \u00e0 la mont\u00e9e du nationalisme anti-allemand d\u00e9non\u00e7ant le manque de pr\u00e9paration de l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise face \u00e0 une Allemagne agressive qui acc\u00e9l\u00e8re le rythme de ses armements. Cette interpr\u00e9tation est confirm\u00e9e par le num\u00e9ro 40 de la s\u00e9rie o\u00f9 Guillaume \u00e9tend le bras pour prot\u00e9ger la grosse Marianne ivre morte affal\u00e9e devant un bistrot et faisant boire de l&rsquo;absinthe \u00e0 un gamin. L\u00e9gende : \u00ab <em>Guillaume prot\u00e9gera la R\u00e9publique en France tant qu&rsquo;elle sera en cet \u00e9tat&#8230; et il conservera facilement l&rsquo;Alsace-Lorraine \u00bb.<\/em> Cette vision d&rsquo;une France peupl\u00e9e d&rsquo;apaches est refl\u00e9t\u00e9e en Allemagne par une po\u00e9sie d&rsquo;Heinrich Vierordt publi\u00e9e en octobre 1914 dans la <em>Badische Landeszeitung.<\/em> Dans ce texte, les Fran\u00e7ais sont qualifi\u00e9s de \u00ab <em>ramas d&rsquo;assassins \u00bb <\/em>et \u00ab <em>d&rsquo;apaches \u00bb<\/em> dont il faut fendre le cr\u00e2ne \u00e0 coups de hache.<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;application des m\u00e9thodes de l&rsquo;apache<\/strong><\/p>\n<p>En 1914, apr\u00e8s le d\u00e9clenchement des hosti\u00adlit\u00e9s, pour les Fran\u00e7ais, ce sont les Allemands qui sont qualifi\u00e9s d&rsquo;apaches. Le mot appara\u00eet dans <em>L&rsquo;Illustration<\/em> du 15 ao\u00fbt 1914: \u00ab <em>C&rsquo;est l&rsquo;iniquit\u00e9 de l&rsquo;agression allemande, le m\u00e9pris affich\u00e9 par le Kaiser pour la lettre et l&rsquo;esprit des trait\u00e9s, la mau\u00advaise foi et la duplicit\u00e9 de ses proc\u00e9d\u00e9s, la f\u00e9ro\u00adcit\u00e9 des actes dict\u00e9s \u00e0 ses troupes, l&rsquo;\u00e9vidence de la longue pr\u00e9m\u00e9ditation de son crime par un sys\u00adt\u00e8me de fourberie et d&rsquo;espionnage qui nous avait peupl\u00e9s d&rsquo;avance d&rsquo;ennemis d\u00e9guis\u00e9s en commer\u00ad\u00e7ants, banquiers, commis-voyageurs, armateurs; c&rsquo;est cette v\u00e9ritable application des m\u00e9thodes de l&rsquo;apache allant jusqu&rsquo;\u00e0 une tentative d&rsquo;assassinat contre le g\u00e9n\u00e9ral L\u00e9man, l&rsquo;h\u00e9ro\u00efque d\u00e9fenseur de Li\u00e8ge, qui a r\u00e9volt\u00e9 les Belges, comme le reste du monde, au plus profond de leur conscience et leur a inspir\u00e9 brusquement l&rsquo;irr\u00e9sistible \u00e9lan contre lequel sont venues se briser les premi\u00e8res hordes des nouveaux barbares \u00bb.<\/em><\/p>\n<p>Dans la caricature fran\u00e7aise, c&rsquo;est donc d\u00e8s le d\u00e9but des hostilit\u00e9s que Guillaume appara\u00eet figur\u00e9 en apache. C&rsquo;est le cas sur une estampe intitul\u00e9e <em>L&rsquo;apache<\/em> o\u00f9 il poignarde la ville de Bruxelles. L\u00e9gende : <em>\u00ab Guillaume \u00e0 la ville de Bruxelles : 200 millions ou la vie ! \u00bb.<\/em> Sur cette estampe, on retrouve l&rsquo;apache dans son accoutrement traditionnel (chemise ray\u00e9e, foulard autour du cou, poignard \u00e0 la main), mais la casquette \u00e0 pont est remplac\u00e9e par le casque \u00e0 pointe. D&rsquo;autre part, le pantalon mal ferm\u00e9 du Kaiser sugg\u00e8re qu&rsquo;il s&rsquo;appr\u00eate \u00e0 violer la ville de Bruxelles (figur\u00e9e sous les traits d&rsquo;une femme), \u00e0 l&rsquo;instar des troupes allemandes qui ont \u00ab viol\u00e9 \u00bb la neutralit\u00e9 de la Belgique comme on l&rsquo;\u00e9crit dans la presse de l&rsquo;\u00e9poque qui parle aussi du viol des femmes dans les territoires enva\u00adhis. Par exemple, en guise de viol sugg\u00e9r\u00e9, dans <em>L&rsquo;Illustration<\/em> du 31 octobre 1914, un dessin de Lucien Jonas intitul\u00e9 <em>L&rsquo;intrus<\/em> ! porte la l\u00e9gende : \u00ab <em>Loger sous son toit l&rsquo;envahisseur<\/em>; <em>le soudard grossier et ivrogne, toujours bru\u00adtal m\u00eame s&rsquo;il n&rsquo;est pas f\u00e9roce, qui, lorsqu&rsquo;il est repu, se vautre, sans quitter ses lourdes bottes, sans l\u00e2cher son mauser ni sa bouteille, sur le lit familial,<\/em> <em>c&rsquo;est le martyre des femmes fran\u00e7aises dans les d\u00e9partements envahis. Trop de foyers de notre pays et de la mal\u00adheureuse Belgique ont subi cette souillure&#8230; Nulle image ne saurait, plus que la douloureuse et saisissante composition du peintre Jonas, exalter la patriotique fureur de nos combattants et les inciter \u00e0 redoubler d&rsquo;efforts pour lib\u00e9rer notre sol et pour le garder d\u00e9sormais inviolable \u00bb.<\/em><\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n163-juil-sept-2010-10-copier.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3613\" title=\"Gavroche n163 juil-sept 2010\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n163-juil-sept-2010-10-copier-300x109.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"109\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n163-juil-sept-2010-10-copier-300x109.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n163-juil-sept-2010-10-copier.jpg 640w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>Le Kaiser-Bonnot<\/strong><\/p>\n<p>Dans l&rsquo;\u0153uvre d&rsquo;Orens, c&rsquo;est en novembre 1914 que le clich\u00e9 r\u00e9appara\u00eet. Ici, ce sont Guillaume et Fran\u00e7ois-Joseph qui figurent en apaches jouant \u00e0 pile ou face la poursuite de la guerre sous le regard du Turc. L\u00e9gende : \u00ab <em>Guillaume et Fran\u00e7ois-Joseph jouent \u00e0 pile ou face, pour la fin de leur guerre, et c&rsquo;est continuellement pile qu&rsquo;ils retournent \u00bb.<\/em> Mais un des dessins les plus c\u00e9l\u00e8bres d&rsquo;un Guillaume-apache est sans aucun doute le <em>Kaiser-Bonnot <\/em>d&rsquo;Ibels. Cette \u0153uvre ressemble d&rsquo;ailleurs \u00e9trange\u00adment au num\u00e9ro 1 du <em>Burin satirique<\/em> d&rsquo;Orens de 1906 intitul\u00e9 <em>L&rsquo;apache mondial.<\/em> Cependant, ici, Guillaume est affubl\u00e9 d&rsquo;une casquette plus plate que celle qu&rsquo;il arbore dans le <em>Burin satirique.<\/em> Le titre de l&rsquo;estampe d&rsquo;Ibels, le <em>Kaiser-Bonnot<\/em>, se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 Bonnot et ses compagnons anar\u00adchistes qui inaugurent le grand banditisme en voiture en d\u00e9cembre 1911. La bande n&rsquo;est d\u00e9truite qu&rsquo;en mai 1912 apr\u00e8s le dynami\u00adtage de ses diff\u00e9rents repaires \u00e0 Choisy et \u00e0 Nogent. On comprend maintenant pour\u00adquoi la casquette de l&rsquo;apache a \u00e9t\u00e9 troqu\u00e9e contre celle de l&rsquo;auto\u00admobiliste sur la t\u00eate du Kaiser-Bonnot. Dans <em>Attention ! Voil\u00e0 l&rsquo;Apache!, <\/em>P. Figeron nous pr\u00e9sente un Guillaume-apache coiff\u00e9 d&rsquo;un casque \u00e0 pointe dont l&rsquo;ombre est celle d&rsquo;une casquette \u00e0 pont. Dans la caricature de la Grande Guerre, on trouve aussi des repr\u00e9senta\u00adtions de Guillaume II en Indien des \u00c9tats-Unis avec ses plumes, dansant autour d&rsquo;un totem auquel sont attach\u00e9s une femme et un enfant. C&rsquo;est le cas sur une estampe sign\u00e9e Boby et intitul\u00e9e <em>Les sauvages.<\/em> L\u00e9gende : \u00ab <em>Le pas de la civilisation (cr\u00e9ation Guillaume) \u00bb.<\/em> C&rsquo;est \u00e9galement le cas sur une composition de L. Besques dat\u00e9e de 1914 et intitul\u00e9e <em>Les Alli\u00e9s tirant l&rsquo;\u00e9p\u00e9e contre la<\/em> <em>sauvagerie.<\/em> On conna\u00eet \u00e9galement plusieurs autres compositions dont certaines sans signature, respectivement intitul\u00e9es <em>L&#8217;empereur des apaches, <\/em>et <em>L&#8217;empereur apache.<\/em><\/p>\n<p>En France, \u00e0 partir de f\u00e9vrier 1904, dans le dessin satirique, c&rsquo;est tout d&rsquo;abord l&#8217;empereur du Japon Mutsu-Hito qui incarne l&rsquo;apache \u00e0 un moment o\u00f9 le p\u00e9ril jaune redevient d&rsquo;actualit\u00e9 non plus au sujet de la Chine comme en 1900 \u00e0 l&rsquo;occasion de la guerre des Boxers, mais maintenant du Japon apr\u00e8s l&rsquo;attaque surprise de la citadelle russe de Port-Arthur sans d\u00e9claration de guerre pr\u00e9alable. Lors des massacres de Saint-P\u00e9tersbourg du 22 janvier 1905, c&rsquo;est Nicolas II qui rev\u00eat \u00e0 son tour l&rsquo;uniforme de l&rsquo;apache, et l&rsquo;image du Japon se trouve rehauss\u00e9e par un \u00e9tonnant effet de st\u00e9r\u00e9otype \u00e0 bascule. Mais deux mois plus tard, \u00e0 l&rsquo;occasion du coup de Tanger, une nouvelle menace \u00f4 com\u00adbien plus terrifiante se profile \u00e0 l&rsquo;horizon, celle du p\u00e9ril allemand qui \u00e9clipse progressivement tous les autres dangers, dont le p\u00e9ril jaune en particu\u00adlier. Avant le premier conflit mondial, Guillaume II devient alors l&rsquo;unique personnage investi du r\u00f4le de l&rsquo;apache, illustrant le transfert d&rsquo;un des symboles visualisant le p\u00e9ril jaune au p\u00e9ril germa\u00adnique. Apr\u00e8s le d\u00e9clenchement des hostilit\u00e9s, les repr\u00e9sentations du Kaiser en apache deviennent r\u00e9currentes. Pendant cette p\u00e9riode, il incarne en effet le mal absolu.<\/p>\n<p><strong>Bruno De Perthuis<\/strong><\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n163-juil-sept-2010-12-copier.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignnone size-medium wp-image-3614\" title=\"Gavroche n163 juil-sept 2010\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n163-juil-sept-2010-12-copier-300x205.jpg\" alt=\"\" width=\"167\" height=\"114\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n163-juil-sept-2010-12-copier-300x205.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n163-juil-sept-2010-12-copier.jpg 640w\" sizes=\"(max-width: 167px) 100vw, 167px\" \/><\/a>Cake-walk chez les apaches<\/strong><\/p>\n<p>\u00c0 propos du cake-walk qui fait fureur dans la caricature en 1903, <em>L&rsquo;Illustration<\/em><strong> <\/strong>du 10 janvier 1903 \u00e9crit que c&rsquo;est la <em>\u00ab\u00a0danse du g\u00e2teau des n\u00e8gres nord- am\u00e9ricains \u00bb<\/em><strong> <\/strong>d\u00e9j\u00e0 esquiss\u00e9e les saisons pr\u00e9c\u00e9dentes dans certains salons franco-am\u00e9ricains par quelques jeunes filles transatlantiques d\u00e9barqu\u00e9es du dernier bateau. Le pas de cette danse <em>\u00ab \u00e9voque l&rsquo;image d&rsquo;un caniche que l&rsquo;on forcerait \u00e0 se tenir sur ses pattes de derri\u00e8re: le danseur avance par petits sauts, tenant exactement ses mains comme le chien tiendrait ses pattes de devant, tout en cabrant les reins de la fa\u00e7on la plus exag\u00e9r\u00e9e<\/em> <em>possible. C&rsquo;est ce qu&rsquo;on appelle le<\/em><strong> <\/strong>kangaroo step, <em>pas mis \u00e0 la mode sur la sc\u00e8ne am\u00e9ricaine par la divette Fay Templeton, \u00e0 qui il a valu un \u00e9tourdissant succ\u00e8s \u00bb.<\/em><strong> <\/strong>En fait, il existe un grand nombre de variantes acrobatiques de cette danse. Elles furent imagin\u00e9es sur le rythme originel par des danseurs et divers professionnels, alors que des ma\u00eetres \u00e0 danser moins \u00e9chevel\u00e9s <strong>\u00ab <\/strong><em>ont entrepris d&rsquo;en r\u00e9gler les mouvements et les figures pour les transformer en danse du monde \u00bb.<\/em><strong> <\/strong>Quoi qu&rsquo;il en soit, pour Jules Claretie de l&rsquo;Acad\u00e9mie fran\u00e7aise, il s&rsquo;agit d&rsquo;une danse de <strong>\u00ab <\/strong><em>sauvages \u00e9pileptiques, de d\u00e9ments<\/em> <em>\u00e9chapp\u00e9s d&rsquo;un de ces bals que donnent aux pauvres malades, \u00e0 la mi-Car\u00eame, les internes de la Salp\u00eatri\u00e8re <strong>\u00bb.<\/strong><\/em> Pour lui, cette danse \u00ab\u00a0<em>digne d&rsquo;un galop d&rsquo;hyst\u00e9riques en libert\u00e9 \u00bb<\/em><strong> <\/strong>o\u00f9 <em>\u00ab les bras ballants ont des gestes de demi-noy\u00e9s qui battent l&rsquo;eau \u00bb <\/em>n&rsquo;est que le reflet de l&rsquo;univers peupl\u00e9 d&rsquo;\u00eatres <strong>\u00ab <\/strong><em>secou\u00e9s par l&rsquo;ambition, par la faim, par le besoin, agit\u00e9s d&rsquo;un prurit de luxe ou d\u00e9vor\u00e9s de mis\u00e8re \u00bb. <\/em>C&rsquo;est <strong>\u00ab <\/strong><em>la danse de Saint Guy de l&rsquo;humanit\u00e9 en d\u00e9tresse \u00bb,<\/em><strong> <\/strong>c&rsquo;est <strong>\u00ab <\/strong><em>la f\u00e9roce et colossale danse macabre qui m\u00e8ne l&rsquo;esp\u00e8ce humaine depuis des si\u00e8cles \u00bb. <\/em>Enfin, le cake-walk, <strong>\u00ab <\/strong><em>c&rsquo;est le grand galop final, le galop<\/em> <em>monstre des ambitions et des boulimies, c&rsquo;est la danse sacr\u00e9e des arrivistes \u00bb.<\/em><strong> <\/strong>Aussi, nombre de caricaturistes repr\u00e9sentent-ils les hommes politiques succombant \u00e0 son charme non d\u00e9pourvu d&rsquo;extravagances. Quant \u00e0 un artiste comme Fernel, il s&rsquo;amuse \u00e0 nous pr\u00e9senter l&rsquo;\u00e9ventail des classes sociales, de la plus basse, celle des apaches <em>(Cake Walk chez les Apaches),<\/em><strong> <\/strong>\u00e0 la plus haute <em>(Cake Walk chez la Baronne),<\/em><strong> <\/strong>se livrant \u00e0 cette danse endiabl\u00e9e. Toujours d&rsquo;une mani\u00e8re fantaisiste, l&rsquo;artiste nous montre \u00e9galement les \u00e9l\u00e9phants du Congo <em>(Cake Walk au Congo), <\/em>et les Noirs <em>(Cake Walk chez les N\u00e8gres)<\/em><strong> <\/strong>dansant le cake-walk.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n163-juil-sept-2010-11.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3615\" title=\"Gavroche n163 juil-sept 2010\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n163-juil-sept-2010-11-300x230.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"230\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n163-juil-sept-2010-11-300x230.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n163-juil-sept-2010-11.jpg 430w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/p>\n<p><!--[if gte mso 9]><xml> Normal   0         21         false   false   false      FR   X-NONE   X-NONE <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 9]><xml> <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 10]>\n\n\n<style>\n \/* Style Definitions *\/\n table.MsoNormalTable\n\t{mso-style-name:\"Tableau Normal\";\n\tmso-tstyle-rowband-size:0;\n\tmso-tstyle-colband-size:0;\n\tmso-style-noshow:yes;\n\tmso-style-priority:99;\n\tmso-style-parent:\"\";\n\tmso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;\n\tmso-para-margin-top:0cm;\n\tmso-para-margin-right:0cm;\n\tmso-para-margin-bottom:8.0pt;\n\tmso-para-margin-left:0cm;\n\tline-height:107%;\n\tmso-pagination:widow-orphan;\n\tfont-size:11.0pt;\n\tfont-family:\"Calibri\",\"sans-serif\";\n\tmso-ascii-font-family:Calibri;\n\tmso-ascii-theme-font:minor-latin;\n\tmso-hansi-font-family:Calibri;\n\tmso-hansi-theme-font:minor-latin;\n\tmso-fareast-language:EN-US;}\n<\/style>\n\n<![endif]--><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Gavroche N\u00b0163, juillet-septembre 2010 L&rsquo;image de l&rsquo;apache dans la caricature de la Belle Epoque et de la Grande Guerre Apaches, le mot est \u00e0 la mode parisienne pendant la \u00ab Belle \u00c9poque \u00bb. Pas seulement pour qualifier les malfrats des faubourgs. 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