{"id":3517,"date":"2014-09-27T01:10:38","date_gmt":"2014-09-26T23:10:38","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=3517"},"modified":"2014-07-11T11:05:39","modified_gmt":"2014-07-11T09:05:39","slug":"barrabas-et-la-1e-boucherie-mondiale","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2014\/09\/barrabas-et-la-1e-boucherie-mondiale\/","title":{"rendered":"Barrabas et la 1e Boucherie Mondiale"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/honnete-basile.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3518\" title=\"L\\'honnete Basile et le monument aux morts\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/honnete-basile-224x300.jpg\" alt=\"\" width=\"128\" height=\"172\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/honnete-basile-224x300.jpg 224w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/honnete-basile.jpg 343w\" sizes=\"(max-width: 128px) 100vw, 128px\" \/><\/a>Dans ses lettres du bagne, Alexandre Jacob \u00e9voque peu les \u00e9v\u00e8nements de l&rsquo;actualit\u00e9. Seule la premi\u00e8re guerre mondiale semble retenir son attention. De 1914 \u00e0 1918, et m\u00eame au-del\u00e0, l&#8217;embrasement de l&rsquo;Europe lui autorise d&rsquo;amples r\u00e9flexions sur la nature humaine. Ce sont ces pens\u00e9es qui frappent, en 1925, le journaliste Louis Roubaud lorsque ce dernier se laisse convaincre par la m\u00e8re de Barrabas de lancer une campagne de presse dans les colonnes du <em>Quotidien<\/em> en faveur de sa lib\u00e9ration. Le matricule 34777 sait alors dans ses missives faire preuve de prudence pour \u00e9viter les foudres de la censure qui frappe les propos pacifistes ou d\u00e9faitistes. Mais il se r\u00e9v\u00e8le aussi et surtout totalement imperm\u00e9able au bourrage de cr\u00e2ne hexagonal.<!--more--><\/p>\n<p>Le 22 juin 1920, il demande \u00e0 sa m\u00e8re de dire \u00e0 Jacques Sautarel, son ancien complice au sein des Travailleurs de la Nuit, de mesurer ses d\u00e9clarations antimilitaristes dans les lettres que ce dernier lui envoie. Il est vrai que le fils du bijoutier libertaire tombe au front en 1916\u00a0: \u00ab\u00a0Dis \u00e0 Jacques qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;avenir, lorsqu&rsquo;il m&rsquo;\u00e9crira, il veuille bien s&rsquo;abstenir de toutes consid\u00e9rations philosophiques sur la guerre, sinon ses lettres ne me seront pas remises. La mort de son pauvre enfant lui fait maudire un \u00e9v\u00e8nement in\u00e9luctable. Faut-il maudire le vent parce qu&rsquo;il cause des naufrages\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>De son c\u00f4t\u00e9, le bagnard nuance ses d\u00e9clarations. Le 20 octobre 1914, par exemple, il trouve que, du fait de son caporalisme, \u00ab\u00a0l&rsquo;an\u00e9antissement de l&rsquo;Allemagne est chose d\u00e9sirable\u00a0\u00bb. Mais ce n&rsquo;est que pour mieux s&rsquo;\u00e9lever contre les id\u00e9es nationalistes et l&rsquo;erreur du sentiment patriotique. Et, pour convaincre sa m\u00e8re de la fatuit\u00e9 de ce qu&rsquo;elle a pu coucher sur papier, de son propos germanophobe, il lui oppose l&rsquo;excellence des \u00e9crits Schiller, de Goethe, de Nietzsche, de Stirner et m\u00eame de Bismarck. Les civilisations, pour lui se valent, et par cons\u00e9quent il ne peut adh\u00e9rer \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une union sacr\u00e9e comme le font un bon nombre de libertaires par exemple.<\/p>\n<p>En f\u00e9vrier 1916, \u00ab\u00a0<em>l&rsquo;appel des 16<\/em> \u00bb est lanc\u00e9. A cette occasion, un certain nombre d&rsquo;anarchistes, estimant devoir passer outre leur pacifisme, s&rsquo;engagent et soutiennent ce qu&rsquo;ils consid\u00e8rent comme une lutte contre l&rsquo;imp\u00e9rialisme allemand. Parmi les 15 signataires d&rsquo;un texte qui jette un peu plus de confusion dans le mouvement libertaire, nous retrouvons entre autres Paul Reclus, Kropotkine, Jean Graves et surtout Charles Malato. Il se peut que ce soit cette \u00e9minence libertaire qui, en son temps, fut un des grands amis d&rsquo;Alexandre Jacob, que ce dernier prend violemment \u00e0 partie le 18 mars 1918\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Tiens, Charles t&rsquo;a \u00e9crit du Br\u00e9sil ? Que peut-il bien pr\u00e9texter pour essayer de justifier sa d\u00e9sertion ? Je n&rsquo;aime pas ces sortes de caract\u00e8res dont le propre est d&rsquo;en manquer totalement. Quand on combat pour un drapeau, quel qu&rsquo;il soit, on doit aller jusqu&rsquo;au bout, quel qu&rsquo;en puisse \u00eatre le r\u00e9sultat. La d\u00e9fection est toujours une l\u00e2chet\u00e9. Aussi bien, n&rsquo;ai-je que faire de son amiti\u00e9. D&rsquo;ailleurs tu le comprends, depuis vingt ans que je ne l&rsquo;ai vu, il m&rsquo;est plut\u00f4t indiff\u00e9rent que sympathique. J&rsquo;ai id\u00e9e que si jamais son oncle Julien le revoit, il n&rsquo;aura qu&rsquo;\u00e0 se bien tenir !\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Malato appara\u00eet sous le nom de code <em>Charles<\/em> ; l&rsquo;oncle de <em>Charles<\/em> se nomme <em>Julien<\/em>. Jacob se joue de la censure en inversant l&rsquo;ordre chronologique puisqu&rsquo;il est le cadet de son ancien ami, devenu dans sa correspondance son neveu. Jacob est Julien. L&rsquo;utilisation des termes \u00ab\u00a0<em>d\u00e9fection<\/em> \u00bb, \u00ab\u00a0<em>d\u00e9sertion<\/em> \u00bb et \u00ab\u00a0<em>l\u00e2chet\u00e9<\/em> \u00bb est \u00e0 double emploi\u00a0: <em>Charles<\/em>, membre de la famille imaginaire de Barrabas, se trouve au Br\u00e9sil et Marie a re\u00e7u une lettre de lui. A travers l&rsquo;id\u00e9e du \u00ab\u00a0<em>combat pour un drapeau<\/em> \u00bb, Alexandre Jacob laisse croire que cette personne \u00e0 qui il promet une s\u00e9v\u00e8re correction de la part de Julien, aurait abandonn\u00e9 ses camarades sur le front.<\/p>\n<p>Or, \u00ab\u00a0<em>le combat pour le drapeau<\/em> \u00bb n&rsquo;indique pas la couleur de celui-ci et peut tout aussi bien s&rsquo;assimiler \u00e0 la lutte anarchiste qui, par d\u00e9finition, nie le principe de patrie.<\/p>\n<p>Autre hypoth\u00e8se\u00a0: le drapeau peut repr\u00e9senter Jacob lui-m\u00eame, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;abandon par Malato de son ancien ami. Il se montre effectivement solidaire au d\u00e9but de la d\u00e9tention du for\u00e7at 34777. Des rapports de police font m\u00eame \u00e9tat en 1908 de pr\u00e9paratifs d&rsquo;\u00e9vasion organis\u00e9s par ses soins<sup> <\/sup>(voir article <em>Barrabas se marie<\/em>). Pass\u00e9 cette date, Malato semble dispara\u00eetre de la correspondance du bagnard Jacob et des documents que nous avons pu consult\u00e9s.<\/p>\n<p>La guerre, d\u00e9clench\u00e9e par l&rsquo;assassinat de l&rsquo;archiduc Fran\u00e7ois Ferdinand le 28 juin 1914, s&rsquo;enlise\u00a0; les poilus s&rsquo;enterrent dans les tranch\u00e9es. Cela risque de durer pour Jacob qui \u00e9crit le 8 mai 1916\u00a0:<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/tranchee-1e-guerre-mondiale.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1294\" title=\"tranch\u00e9e 1e guerre mondiale\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/tranchee-1e-guerre-mondiale-300x211.jpg\" alt=\"\" width=\"185\" height=\"130\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/tranchee-1e-guerre-mondiale-300x211.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/tranchee-1e-guerre-mondiale.jpg 443w\" sizes=\"(max-width: 185px) 100vw, 185px\" \/><\/a>\u00ab\u00a0Quant \u00e0 la fin du conflit, je ne crois pas qu&rsquo;on puisse s\u00e9rieusement la pr\u00e9voir. Il y a un si\u00e8cle, l&rsquo;Europe coalis\u00e9e a mis exactement 22 ans pour mater l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie r\u00e9volutionnaire et napol\u00e9onienne de 1793 \u00e0 1815. Ce pr\u00e9c\u00e9dent historique nous induit \u00e0 nous poser cette question\u00a0: sommes-nous assez jeunes pour voir la fin de la guerre\u00a0? (&#8230;) En se basant sur la puissance des engins de guerre, on \u00e9valuait la dur\u00e9e du conflit \u00e0 plusieurs mois \u00e0 peine, alors que, par des moyens appropri\u00e9s aux m\u00e9thodes nouvelles, la guerre dure depuis bient\u00f4t deux ans et rien de vraiment objectif n&rsquo;autorise d&rsquo;en pr\u00e9voir une fin prochaine. Donc, dans les circonstances pr\u00e9sentes, le mieux est de consid\u00e9rer le temps de guerre comme normal plut\u00f4t qu&rsquo;accidentel et momentan\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Mais la grande boucherie l&rsquo;am\u00e8ne surtout \u00e0 des r\u00e9flexions d&rsquo;ordre philosophico-politiques sur le monde des bagnards. Comme Arthur Roques, il s&rsquo;indigne de la qualit\u00e9 outrageante d&rsquo;\u00a0\u00ab\u00a0embusqu\u00e9s\u00a0\u00bb qui leur est faite dans la presse. D\u00e8s le d\u00e9but des op\u00e9rations militaires, Jacob \u00e9tablit la comparaison bagnard &#8211; soldat\u00a0dans sa lettre du 19 novembre 1914 :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0N&rsquo;est-ce pas la plus belle chose, la plus sublime des sensations, que de mourir les armes \u00e0 la main\u00a0? Toute question de subjectivisme et de m\u00e9taphysique mise \u00e0 part, ceux-l\u00e0 sont \u00e0 envier et non \u00e0 plaindre. Ce qui est triste, ce qui est pitoyable, supr\u00eamement lamentable, c&rsquo;est ce suicide de tous les instants, c&rsquo;est cette mort graduelle, goutte \u00e0 goutte, que l&rsquo;on nomme vie tranquille, cette vie c\u00e9nobitique des capucins, des limaces et des for\u00e7ats\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Iles du Salut, 11 septembre 1915. Barrabas \u00e9crit au ministre des Colonies. Dans cette longue missive, il vante l&rsquo;apport, positif selon lui, que constituerait l&#8217;emploi des transport\u00e9s dans les combats contre le Reich allemand\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il est facile de promettre aux criminels des moyens de redressement par le travail et le repentir. Pour qui est au courant de la v\u00e9rit\u00e9 ce ne sont l\u00e0 que des mots, et avec des mots on ne prouve rien, les faits ont une autre \u00e9loquence. Abrutir et pervertir ce n&rsquo;est pas r\u00e9\u00e9duquer, il serait beaucoup plus moral et surtout plus utile de nous placer en des circonstances o\u00f9 chacun puisse donner des preuves de sa bonne foi, de son courage et son d\u00e9vouement.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Dans la lointaine Guyane, certains bagnards imaginent pouvoir gagner leur r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration et leur libert\u00e9 en boutant, germanophobie oblige, la sale race tudesque hors de la tr\u00e8s fran\u00e7aise Alsace. Mais la rumeur d&rsquo;un envoi au front des condamn\u00e9s aux travaux forc\u00e9s s&rsquo;av\u00e8re finalement infond\u00e9e. Barrabas ne passera pas par la Lorraine. C&rsquo;est ce que souligne le matricule 34777 \u00e0 sa m\u00e8re le 23 septembre 1914\u00a0: \u00ab\u00a0Prisonnier de guerre sociale, je suis au bagne et j&rsquo;y reste\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>S&rsquo;il juge vaine, le 1<sup>er<\/sup> ao\u00fbt 1915, l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une d\u00e9marche demandant la possibilit\u00e9 d&rsquo;incorporer les for\u00e7ats dans les unit\u00e9s combattantes, il feint pourtant de se ranger \u00e0 celle-ci 21 jours plus tard et promet m\u00eame \u00e0 sa g\u00e9nitrice d&rsquo;\u00e9crire au ministre des Colonies. La lettre de Jacob en date du 11 septembre suivant prend alors pr\u00e9texte de la tr\u00e8s hypoth\u00e9tique et chim\u00e9rique mesure gouvernementale pour d\u00e9noncer le statut de r\u00e9prouv\u00e9 \u00e0 vie frappant le fagot, et en particulier l&rsquo;intern\u00e9 aux \u00eeles du Salut. \u00ab\u00a0L&rsquo;un des plus mauvais sujets du bagne\u00a0\u00bb demanderait ainsi \u00e0 faire la guerre afin \u00ab\u00a0de pouvoir faire une paix sinc\u00e8re avec la soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb. L&rsquo;argument, aussi simpliste soit-il, permet bien \u00e9videmment de r\u00e9v\u00e9ler l&rsquo;ignominie du bagne et de montrer que le \u00ab\u00a0r\u00e9gime disciplinaire n&rsquo;a pas en vue l&rsquo;am\u00e9lioration morale, le redressement du criminel, mais tout au contraire son abrutissement\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/monument-aux-morts-de-gentioux.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1298\" title=\"monument aux morts de Gentioux\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/monument-aux-morts-de-gentioux-298x300.jpg\" alt=\"\" width=\"153\" height=\"155\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/monument-aux-morts-de-gentioux-298x300.jpg 298w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/monument-aux-morts-de-gentioux.jpg 869w\" sizes=\"(max-width: 153px) 100vw, 153px\" \/><\/a>C&rsquo;est donc bien les processus de normation \u00e0 l&rsquo;institution totale et p\u00e9nitentiaire que Barrabas qui, cette ann\u00e9e-l\u00e0, entreprend l&rsquo;\u00e9tude du droit criminel, met en lumi\u00e8re pour mieux les critiquer par le prisme de la grande boucherie mondiale. Jacob n&rsquo;a jamais eu envie de mourir pour une patrie qu&rsquo;il a toujours ni\u00e9e et qui l&rsquo;a condamn\u00e9 en 1905 \u00e0 aller crever en Guyane. Mais il est enfin int\u00e9ressant de noter que, dans le m\u00eame temps, Arthur Roques, le faux commissaire Jules Pons du coup du Mont de Pi\u00e9t\u00e9 de Marseille (31 mars 1899), lui aussi d\u00e9tenu sur l&rsquo;\u00eele Royale, \u00e9crit une lettre courrouc\u00e9e au journaliste Jacques Dhur qui accuse les prisonniers et les bagnards d&rsquo;\u00eatre des \u00ab\u00a0embusqu\u00e9s\u00a0\u00bb dans un article paru dans <em>Le Journal<\/em> du 23 avril 1915. Il y a fort \u00e0 parier que, dans les deux cas, Jacob et Roques ne s&rsquo;attendaient pas \u00e0 une r\u00e9ponse du minist\u00e8re des Colonies pour l&rsquo;un, de Jacques Dhur pour l&rsquo;autre.<\/p>\n<p>La guerre mondiale donne bien lieu en fin de compte \u00e0 une intense m\u00e9ditation et ce au-del\u00e0 des \u00e9v\u00e8nements, des annonces de batailles, de la conjoncture militaire. Certains aspects concrets du conflit le pr\u00e9occupent pourtant quand la vie et le bien-\u00eatre de sa m\u00e8re sont en jeu. Le 23 septembre 1914, il avoue une appr\u00e9hension dirig\u00e9e plus sur les cons\u00e9quences de la guerre que sur la guerre elle-m\u00eame qu&rsquo;il d\u00e9finit comme \u00ab\u00a0une fatalit\u00e9 de l&rsquo;existence\u00a0\u00bb. Il craint la mis\u00e8re, la maladie, la famine pour les plus humbles.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re bataille de la Marne engendre l&rsquo;inqui\u00e9tude et, s&rsquo;il se r\u00e9jouit de l&rsquo;\u00e9chec de la menace allemande sur la capitale, ce n&rsquo;est que parce que Marie Jacob s&rsquo;y trouve. De la sorte, la deuxi\u00e8me bataille de la Marne met fin \u00e9galement en 1918 \u00e0 une s\u00e9rieuse crise d&rsquo;angoisse qu&rsquo;att\u00e9nue \u00e0 peine le voyage de Marie Jacob \u00e0 Marseille. Ainsi \u00e9crit-il le 18 juin de cette ann\u00e9e\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Depuis quelques jours, je suis en peine pour toi, infiniment. C&rsquo;est que les nouvelles de la guerre ne sont pas rassurantes. S&rsquo;il est exact que l&rsquo;ennemi est \u00e0 moins de 80 kilom\u00e8tres de Paris entre l&rsquo;Oise et la Marne, la situation est grave. Certes, je ne prendrai pas sur moi de te conseiller de quitter Paris tant je con\u00e7ois ton attachement \u00e0 tes habitudes, \u00e0 tes relations ; et puis, je te suppose bien inform\u00e9e. Cependant, si les \u00e9v\u00e9nements te contraignaient \u00e0 cette d\u00e9cision, fais en sorte que ce ne soit pas trop tard. Que deviendrais-tu, pauvre sainte femme, au milieu de cette catastrophe ? Enfin, il est possible que je m&rsquo;exag\u00e8re l&rsquo;imminence du danger. Combien je le souhaite.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>11 novembre 1918. Des millions de morts. Un continent d\u00e9truit. C&rsquo;est une paix bancale et dangereuse qui s&rsquo;annonce \u00e0 Versailles. La fin des hostilit\u00e9s n&rsquo;est pas forc\u00e9ment v\u00e9cue comme un soulagement du fait notamment de l&rsquo;inflation et des ravages de la grippe espagnole. Alexandre Jacob donne \u00e0 l&rsquo;occasion une r\u00e9flexion sur la paix en comparant, le 1<sup>er<\/sup> janvier 1919, l&rsquo;Europe au lendemain du conflit qui vient de l&rsquo;ensanglanter au continent redessin\u00e9 par le congr\u00e8s de Vienne en 1815\u00a0: \u00ab\u00a0Demain nous r\u00e9serve de dures r\u00e9alit\u00e9s devant lesquelles viendront se heurter les r\u00eaves d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. En 1815, au lendemain de Waterloo, l&rsquo;Europe s&rsquo;est trouv\u00e9e, toute proportion gard\u00e9e, \u00e0 peu pr\u00e8s en face du m\u00eame probl\u00e8me. On ne parlait pas alors de Ligue des Nations, mais de Sainte-Alliance. Et on fit la Sainte-Alliance qui, aux yeux des gens avertis, \u00e9tait un moyen capable d&rsquo;\u00e9viter le retour de telles calamit\u00e9s. Au fond, qu&rsquo;en est-il r\u00e9sult\u00e9?&#8230; Il nous reste \u00e0 savoir &#8211; en supposant que nous vivions assez pour cela &#8211; ce qu&rsquo;il r\u00e9sultera de la Soci\u00e9t\u00e9 des Nations.\u00bb.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans ses lettres du bagne, Alexandre Jacob \u00e9voque peu les \u00e9v\u00e8nements de l&rsquo;actualit\u00e9. Seule la premi\u00e8re guerre mondiale semble retenir son attention. De 1914 \u00e0 1918, et m\u00eame au-del\u00e0, l&#8217;embrasement de l&rsquo;Europe lui autorise d&rsquo;amples r\u00e9flexions sur la nature humaine. 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