{"id":351,"date":"2008-05-26T08:54:40","date_gmt":"2008-05-26T06:54:40","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=351"},"modified":"2008-05-26T09:00:53","modified_gmt":"2008-05-26T07:00:53","slug":"du-justicier-et-prodigieux-jacob","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2008\/05\/du-justicier-et-prodigieux-jacob\/","title":{"rendered":"Du justicier et prodigieux JACOB"},"content":{"rendered":"<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\"><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/defense-de-lhomme-71.jpg\"><strong><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-328\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/defense-de-lhomme-71-200x300.jpg\" alt=\"D\u00e9fense de l\\'homme n\u00b071\" width=\"200\" height=\"300\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/defense-de-lhomme-71-200x300.jpg 200w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/defense-de-lhomme-71.jpg 214w\" sizes=\"(max-width: 200px) 100vw, 200px\" \/><\/strong><\/a>\u00a0D\u00e9fense de l\u2019Homme<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\">N\u00b071, septembre 1954<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">Deux morts qui seront douloureusement ressenties<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\">\u00a0<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">Celle du dynamique et vaillant Le Meillour<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\">CELLE\u00a0DU JUSTICIER ET PRODIGIEUX JACOB<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\"><!--more--><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\">\u00a0<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">DANS sa maisonnette de Bois\u00ad Saint &#8211; Denis,<span style=\"1;\">\u00a0\u00a0 <\/span>commune de Reuilly (Indre), notre cama\u00adrade Alexandre<strong> <\/strong>Jacob \u00ad- Marius pour ses intimes &#8211; s&rsquo;est donn\u00e9 la mort, le soir du 28 ao\u00fbt 1954, en s&rsquo;injectant par piq\u00fbre un produit de base de morphine, Il avait par surcro\u00eet allum\u00e9 deux r\u00e9chauds de charbon de bois dans sa chambre et pris soin de placer \u00e0 cote de lui son vieux compagnon N\u00e9gro, un chien cocker devenu aveugle et sourd et \u00e2g\u00e9 de dix-neuf ans. Le chien, d&rsquo;ailleurs,. a \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9 vivant. Mais Jacob, lui, ne s&rsquo;\u00e9tait pas manqu\u00e9.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"right 180.2pt;\"><span style=\"Times New Roman;\">Cette fin \u00e9tait pr\u00e9vue de tous ceux qui \u00e9taient en relations avec Jacob. Depuis l&rsquo;hiver dernier, il leur confiait sa r\u00e9solution. Beaucoup n &lsquo;y croyaient pas, pensant que c&rsquo;\u00e9tait h\u00e2blerie et fanfaronnade de. Marseillais. Tous, nous l&rsquo;avons combattue. Notre argument prin\u00adcipal \u00e9tait celui-ci: \u00ab Que dira-t-on; Marius, si tu fais cela? On dira que nos milieux ne valent pas mieux que la soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 ils \u00e9voluent, puisqu&rsquo;ils lais\u00adsent, eux aussi, crever les vieux dans leur mis\u00e8re.\u00bb<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"right 180.2pt;\"><span style=\"Times New Roman;\">Sa d\u00e9cision \u00e9tait prise ; et pourtant, il restait, \u00e0 soixante-quinze ans, en excel\u00adlente condition physique, dou\u00e9 d&rsquo;une force encore alerte et d&rsquo;une parfaite lucidit\u00e9. Son caract\u00e8re, qui avait toujours \u00e9t\u00e9 un peu difficile, l&rsquo;\u00e9tait demeur\u00e9, et son coeur, prodigue d&rsquo;affection envers les quelques amis qu&rsquo;il s&rsquo;\u00e9tait choisis, le devenait plus encore \u00e0 mesure que les ans passaient.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"right 180.2pt;\"><span style=\"Times New Roman;\">S&rsquo;il avait perdu sa m\u00e8re et sa femme, s&rsquo;il avait avec les gens de son hameau des rapports de voisinage \u2013 toujours bons, d&rsquo;ailleurs \u2013 plut\u00f4t que d&rsquo;affinit\u00e9, la solitude ne s&rsquo;\u00e9tait pas pour autant abattue sur lui comme une mal\u00e9diction : au contraire, des d\u00e9vouements attentifs et ing\u00e9nieux entouraient sa verte vieil\u00adlesse, d\u00e9vouements d&rsquo; autant plus m\u00e9ri\u00adtoires que sa fiert\u00e9 ombrageuse ne souffrait pas volontiers qu\u2019on lui vint en aide.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"right 180.2pt;\"><span style=\"Times New Roman;\">Du reste, f\u00fbt-il rest\u00e9 seul qu&rsquo;il n&rsquo;en e\u00fbt pas souffert. Il aimait la solitude et la pr\u00e9f\u00e9rait \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9, m\u00eame celle de ses camarades avec qui il lui suffisait d&rsquo;avoir des contacts p\u00e9riodiques. Sou\u00advent, ceux qui voulaient lui \u00eatre utiles ou secourables devaient user de stratag\u00e8mes. Gr\u00e2ce \u00e0 eux, il n&rsquo;a manqu\u00e9 de rien, sans qu&rsquo;il put se croire leur oblig\u00e9 ; il pouvait, quand bon lui semblait, quit\u00adter son village et s&rsquo;en aller chez l&rsquo;un ou l&rsquo;autre ; il en a trop peu us\u00e9 \u00e0 leur gr\u00e9 ; craignant qu&rsquo;un jour la d\u00e9cr\u00e9pitude ou l&rsquo;indigence ne pussent malgr\u00e9 tout l&rsquo;amener \u00e0 merci, il avait d\u00e9cid\u00e9 de ne pas s&rsquo;en remettre au bon vouloir de la mort, mais d&rsquo;appeler celle-ci quand le moment lui conviendrait.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"right 180.2pt;\"><span style=\"Times New Roman;\">S\u2019il a eu de telles craintes, elles n&rsquo;\u00e9taient pas fond\u00e9es, je crois. De la d\u00e9cr\u00e9pitude, il ne pr\u00e9sentait aucun sympt\u00f4me ; il souffrait parfois de rhumatisme, mais qui n&rsquo;a pas quelque bobo ? Son corps avait prodigieusement r\u00e9sist\u00e9 aux atrocit\u00e9s de vingt-six ann\u00e9es de bagne sous les tropiques. Quant \u00e0 la mis\u00e8re, il n&rsquo;avait pas \u00e0 s&rsquo;en pr\u00e9occuper. Il avait contre elle la meilleure assurance : l&rsquo;amiti\u00e9 perp\u00e9tuellement agissante des camarades, surtout les forains connus jadis sur les march\u00e9s ; et, gr\u00e2ce aux arrange\u00adments conclus, leur aide n&rsquo;avait pas ce caract\u00e8re de secours charitable qui lui e\u00fbt paru humiliant.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"right 180.2pt;\"><span style=\"Times New Roman;\">\u00ab Je me porte bien, disait-il, c\u2019est maintenant qu&rsquo;il faut en profiter. Plus tard, je n&rsquo;aurais plus la pr\u00e9sence d&rsquo;esprit ni la vigueur n\u00e9cessaires. Je pr\u00e9f\u00e8re ne pas attendre. Le moment est venu de fermer le compteur.\u00bb<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"right 180.2pt;\"><span style=\"Times New Roman;\">Il est cruel d\u2019ou\u00efr de telles paroles de la bouche d&rsquo;un ami cher, que l&rsquo;on conna\u00eet depuis vingt ans et qu&rsquo;on voit en condition suffisante pour atteindre l&rsquo;extr\u00eame vieillesse. Le suicide d&rsquo;Alexan\u00addre Jacob n&rsquo;a donc pas de cause ext\u00e9rieure ; il a fix\u00e9 lui-m\u00eame son rendez-\u00advous avec la mort de fa\u00e7on d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e. Le 19 juillet 1954, jour o\u00f9 je l&rsquo;ai revu pour la derni\u00e8re fois, il m&rsquo;a dit:<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"right 180.2pt;\"><span style=\"Times New Roman;\">\u00ab Encore cinquante jours.\u00bb<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"right 180.2pt;\"><span style=\"Times New Roman;\">Il a abr\u00e9g\u00e9 ensuite le d\u00e9lai, puisque, quarante jours plus tard, il mettait son dessein a ex\u00e9cution.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"right 180.2pt;\"><span style=\"Times New Roman;\">On rapporte que, ce samedi-l\u00e0, il fit grimper dans sa vieille guimbarde une ribambelle de gosses au hameau (il don\u00adnait \u00e0 go\u00fbter \u00e0 toute la marmaille des environs) et partit avec eux pour Reuilly. L\u00e0, les enfants remarqu\u00e8rent qu&rsquo;il met\u00adtait \u00e0 la poste un grand nombre de lettres &#8230;<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"right 180.2pt;\"><span style=\"Times New Roman;\">Lettres sans r\u00e9ponse &#8230; Lettres qui, lorsqu&rsquo;elles parvinrent, \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 les lettres d&rsquo;un mort. Il envoyait ses propres faire-part. Il d\u00e9posa aussi une petite somme pour son facteur.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"right 180.2pt;\"><span style=\"Times New Roman;\">Revenu chez lui, il laissa s&rsquo;achever la soir\u00e9e, puis il \u00e9crivit une ultime lettre contenant ses derni\u00e8res volont\u00e9s ; pour donner une preuve de sa clart\u00e9 d&rsquo;esprit et du peu d&rsquo;\u00e9motion qui l&rsquo;\u00e9treignait, il fit de cette lettre un morceau d&rsquo;humour macabre; car il avait toutes les qualit\u00e9s d&rsquo;un v\u00e9ritable \u00e9crivain. Il d\u00e9signa le m\u00e9decin pour les constatations : \u00ab hom\u00adme consciencieux qui n&rsquo;a jamais ressus\u00adcit\u00e9 personne\u00bb ; il nomma le marbrier de son choix pour l&rsquo;ouverture du ca\u00adveau : \u00ab artisan habile : avec lui, pas d\u2019\u00e9vasion \u00bb ; il commanda le cercueil \u00ab assez large dans sa partie inf\u00e9rieure, car j\u2019ai des cors \u00bb. Apr\u00e8s quoi, il alluma ses r\u00e9chauds, se coucha, posa \u00e0 son che\u00advet sa pipe et ses lunettes, et fit le reste. Il d\u00e9fia la seringue que (sans trembler ni ciller, il avait emplie) avec autant de s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 qu&rsquo;autrefois, il y a de cela cinquante ans, il avait d\u00e9fi\u00e9 la guillotine.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"right 180.2pt;\"><span style=\"Times New Roman;\">La vie d&rsquo; Alexandre Jacob est probable\u00adment l&rsquo;une des plus extraordinaires exis\u00adtences v\u00e9cues dans la premi\u00e8re partie du XXe si\u00e8cle. Elle a \u00e9t\u00e9 racont\u00e9e par Alain Sergent dans un livre qui est certainement l&rsquo;un de ses meilleurs (Un anarchiste de la Belle Epoque\u00a0: Alexandre Jacob, par Alain Sergent, \u00e9ditions du Seuil).<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"right 180.2pt;\"><span style=\"Times New Roman;\">Le livre d&rsquo;Alain Sergent est, sur cette vie d&rsquo;exception, le document d\u00e9finitif que l&rsquo;on consultera sans doute long\u00adtemps. Il n&rsquo;y manque gu\u00e8re que l&rsquo;\u00e9pisode final, celui qui vient de clore \u00e0 jamais cette destin\u00e9e.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"right 180.2pt;\"><span style=\"Times New Roman;\">Car longtemps Jacob demeurera un cas pr\u00e9occupant et presque myst\u00e9rieux.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"right 180.2pt;\"><span style=\"Times New Roman;\">Tout r\u00e9cemment encore son vieil ami Alexis Danan, qui fit avant la guerre un reportage sur lui pour l&rsquo;hebdomadaire Voil\u00e0, \u00e9tait all\u00e9 le voir et, dans le nu\u00adm\u00e9ro du mardi 3 ao\u00fbt 1954 de Franc\u00ad Tireur, il lui consacra un fort bon article sous le titre \u00ab Le Cr\u00e9puscule du Justi\u00adcier\u00bb. On y lisait notamment ces lignes:<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"right 180.2pt;\"><span style=\"Times New Roman;\">\u00ab Rappellerai-je qu&rsquo;Alexandre Jacob, <span style=\"yes;\">\u00a0<\/span>\u00e0 vingt ans, fit trembler la France ? \u2026 A son proc\u00e8s d&rsquo;Amiens, qui dura quinze jours, les portes du palais \u00e9taient gar\u00add\u00e9es par tout ce qu&rsquo;on avait pu trouver de police et de gendarmes \u00e0 dix lieues \u00e0 la ronde &#8230; Un bataillon d&rsquo;infanterie garda deux semaines les avenues du tribunal.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"right 180.2pt;\"><span style=\"Times New Roman;\">\u00ab C&rsquo;\u00e9tait un adversaire individuel de l&rsquo;ordre social, un anarchiste d\u00e9dai\u00adgneux. <span style=\"yes;\">\u00a0<\/span>Pendant cinq ans, commandant \u00e0 des copains d&rsquo;occasion, il avait cam\u00adbriol\u00e9 \u00e0 peu pr\u00e8s partout en France des ch\u00e2teaux, des banques, des cath\u00e9drales, non pour lui dans la moindre mesure, mais pour la \u00ab cause \u00bb \u00e0 qui il apportait \u00e0 un sou pr\u00e8s le produit de ses exp\u00e9\u00additions.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"right 180.2pt;\"><span style=\"Times New Roman;\">\u00ab Il n&rsquo;\u00e9tait pas voleur, il reprenait aux riches, aux institutions de la puissance, qui, eux, avaient vol\u00e9. Et, faute de pouvoir restituer directement aux pauvres d\u00e9pouill\u00e9s, il virait \u00e0 la propagande, qui lib\u00e9rerait les pauvres.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"right 180.2pt;\"><span style=\"Times New Roman;\">\u00ab Tel \u00e9tait ce justicier incorruptible qui, chaque nuit, ayant risqu\u00e9 sa peau pour ce qui lui paraissait la forme la plus authentique de la justice, laquelle est d&rsquo;abord r\u00e9paration, chargeait \u00e0 la barbe de la police des coffres-forts et des chasses d&rsquo;or, et, le jour, lisait Kro\u00adpotkine au restaurant.\u00bb<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">La ressemblance entre la carri\u00e8re de Jacob et celle d&rsquo;Ars\u00e8ne Lupin s&rsquo;arr\u00eate l\u00e0 ; ensuite, pour lui, c&rsquo;est le p\u00e9nitencier de la Guyane o\u00f9 il resta vingt-six ans, o\u00f9 il \u00ab a v\u00e9cu le plus clair de son temps dans les cellules die Saint-Joseph, aux \u00eeles. Il y a ramp\u00e9 six ans d&rsquo;affil\u00e9e, nourri d&rsquo;eau et de pain, les fers aux chevilles, Il n&rsquo;a jamais demand\u00e9 gr\u00e2ce. \u00bb<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">Danan \u00e9voque alors ce dimanche ber\u00adrichon qu&rsquo;il vient de passer en compa\u00adgnie de Jacob ; sorti du bagne, celui-ci avait longtemps v\u00e9cu d&rsquo;un banc de forain et, y ayant finalement renonc\u00e9 l&rsquo;\u00e2ge venant, s&rsquo;\u00e9tait retir\u00e9 dans sa mai\u00adson de Bois-Saint-Denis, avec sa m\u00e8re d&rsquo;abord, puis sa femme &#8211; il s&rsquo;\u00e9tait mari\u00e9 &#8211; enfin tout seul apr\u00e8s la mort de l&rsquo;une et de l\u2019autre :<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">\u00ab C\u2019est maintenant un vieillard avec un profil d&rsquo;universitaire \u00e0 la retraite, qui tire tranquillement le b\u00e9n\u00e9fice d&rsquo;une vie depuis toujours entra\u00een\u00e9e \u00e0 la soli\u00adtude, parfois s\u00e9pulcrale. Il regarde les choses peu a peu r\u00e9pondre \u00e0 son d\u00e9ta\u00adchement d&rsquo;elles. Reverrai-je encre ce beau visage, l&rsquo;un des plus beaux que je connaisse, burin\u00e9 par une intelligence qui n&rsquo;a br\u00fbl\u00e9 que pour le gratuit service des autres, pour ces indiff\u00e9rents, ces ingrats et ces m\u00e9diocres qu&rsquo;on appelle les autres ?\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">Non, cher Danan, vous ne reverrez plus ce beau visage-l\u00e0. En ce dernier jour d&rsquo;ao\u00fbt, dans le petit cimeti\u00e8re de Reuilly br\u00fbl\u00e9 de soleil, l&rsquo;artisan d\u00e9sign\u00e9 par Alexandre Marius Jacob &#8211; \u00ab artisan habile : avec lui, pas d&rsquo;\u00e9vasion \u00bb &#8211; a ouvert, puis scell\u00e9 le caveau o\u00f9 mainte\u00adnant notre vieil ami, sa m\u00e8re et sa compagne dorment de leur \u00ab bienfaisant sommeil\u00bb, comme il en exprimait pour lui textuellement le voeu sur cette lettre d&rsquo;adieu qu&rsquo;il a voulue \u00e0 la fois sublime et moqueuse, empreinte en m\u00eame temps de grandeur et de gal\u00e9jade comme sa conversation.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">Devant sa maison, un petit coin de terre remu\u00e9e : la repose son chien Negro qu&rsquo;il a fallu tuer \u2026 et pour qui, par d\u00e9rision, il avait sollicit\u00e9 nagu\u00e8re une&#8230; carte d&rsquo;\u00e9lecteur, disant que c&rsquo;\u00e9tait un chien bien sage \u00ab et qui ne buvait pas\u00bb.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">Dans le cimeti\u00e8re de Reuilly, pr\u00e8s de la tombe d&rsquo;un autre de nos camarades, Emile Martin, mort volontairement lui aussi, nous avons laiss\u00e9 pour toujours le dernier survivant d&rsquo;une iliade\u00a0: celle de la reprise individuelle et de la propa\u00adgande par le fait ; combat dont les moyens, certes, ne sont pas ceux que nous pr\u00e9conisons, mais dont les princi\u00adpes fondamentaux ont gard\u00e9 leur valeur.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">Nous \u00e9tions tous assombris par cette disparition brutale, encore que pr\u00e9vue. L&rsquo;un de nous rappelait qu&rsquo;il y a quelques mois, il se d\u00e9pla\u00e7ait de quarante-cinq <span style=\"yes;\">\u00a0<\/span>kilom\u00e8tres pour aller faire des piq\u00fbres a Jacob, alors fatigu\u00e9; et voila que, gu\u00e9ri, ingambe, en pleine forme, Jacob se faisait lui-m\u00eame une piq\u00fbre, et d\u00e9fi\u00adnitive ! Dans la maison d\u00e9serte, la col\u00adlection compl\u00e8te de D\u00e9fense de l&rsquo;homme \u00e9tait empil\u00e9e, et, sur le sommaire du num\u00e9ro 66 d&rsquo;avril 1954, nous relisions le nom, de Jacob, qui y&rsquo; avait collabor\u00e9.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">Car il recevait la plupart de nos revues et il se tenait en contact \u00e9troit avec le mouvement, multipliant son activit\u00e9 \u00e9pis\u00adtolaire, ne se coupant ni des \u00e9v\u00e9nements ni de l&rsquo;agitation, demeurant au courant de tout ce qui se passait.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">Dans une autre soci\u00e9t\u00e9, Jacob aurait eu une autre vie, mais n&rsquo;aurait pu qu&rsquo;\u00eatre plus compl\u00e8tement et plus ardem\u00adment encore le m\u00eame nomme. Les individus de cette trempe ne pullulent pas sur la plan\u00e8te. Qu&rsquo;ils deviennent des for\u00e7ats ne plaide pas contre eux. Car si la soci\u00e9t\u00e9 les condamne, c&rsquo;est qu&rsquo;ils ont d&rsquo;abord condamn\u00e9 la soci\u00e9t\u00e9, qui a cru voir en eux ses tares \u00e0 elle. Les Alexandre Jacob sont nos Docteurs Schweitzer \u00e0 nous. Missionnaires de la r\u00e9volte et de la justice.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">Jacob n&rsquo;a jamais ob\u00e9i \u00e0 personne. Il n&rsquo;a ob\u00e9i qu&rsquo;\u00e0 sa conscience. Il n&rsquo;a pas m\u00eame consenti \u00e0 ob\u00e9ir \u00e0 la mort : il a voulu au contraire lui commander.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">Condamn\u00e9 jadis par les tribunaux, il avait accept\u00e9 la gr\u00e2ce apr\u00e8s plus d&rsquo;un quart de si\u00e8cle d&rsquo;expiation ; mais il a refus\u00e9 de laisser au destin le choix de sa derni\u00e8re heure et, sa d\u00e9cision prise, elle \u00e9tait sans appel.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">Telle fut cette personnalit\u00e9 unique. Tel fut cet homme formidable.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"AR-SA;\">Pierre -Valentin BERTHIER<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0D\u00e9fense de l\u2019Homme N\u00b071, septembre 1954 Deux morts qui seront douloureusement ressenties \u00a0 Celle du dynamique et vaillant Le Meillour \u00a0 CELLE\u00a0DU JUSTICIER ET PRODIGIEUX JACOB<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_publicize_message":"","jetpack_is_tweetstorm":false,"jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","enabled":false}}},"categories":[15,7,13],"tags":[95,206,190,334,78,331,121,25,208,329,330,116,373,123,371],"jetpack_publicize_connections":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/351"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=351"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/351\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=351"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=351"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=351"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}