{"id":3405,"date":"2014-03-29T01:10:21","date_gmt":"2014-03-28T23:10:21","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=3405"},"modified":"2014-03-31T13:04:03","modified_gmt":"2014-03-31T11:04:03","slug":"dix-questions-a-jean-lucien-sanchez","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2014\/03\/dix-questions-a-jean-lucien-sanchez\/","title":{"rendered":"Dix questions \u00e0 &#8230; Jean-Lucien Sanchez"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jeanluciensanchez7-copier.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3425\" title=\"Jean-Lucien Sanchez, cr\u00e9dits : Fran\u00e7ois Fleury\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jeanluciensanchez7-copier-198x300.jpg\" alt=\"\" width=\"147\" height=\"224\" \/><\/a>Jean-Lucien Sanchez travaille sur l&rsquo;histoire p\u00e9nale et coloniale de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique. Avec <em>A perp\u00e9tuit\u00e9<\/em>, sorti en 2013 chez <em>Vend\u00e9miaire<\/em>, il vous invite \u00e0 un voyage de 384 pages dont on\u00a0 ne revient pas forc\u00e9ment indemne. Vous rencontrerez les quelques 17000 incorrigibles de la petite d\u00e9linquance que la loi du 27 mai 1885 promettait \u00e0 une disparition rapide et certaine sous le sunlight des tropiques de la France ultramarine. Vous c\u00f4toierez le bas-fond des bas-fonds, le monde des pieds-de-biche. Vous sentirez sur vous l&rsquo;odeur des corps an\u00e9mi\u00e9s et meurtris par la faim, la chaleur, les maladies, les coups, le travail forc\u00e9. Vous sentirez, vous approcherez, vous toucherez, vous verrez cette \u0153uvre d&rsquo;exclusion et de mort l\u00e9gale que fut la rel\u00e9gation. \u00ab\u00a0C&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;oubliette de la R\u00e9publique, le r\u00e9ceptacle de toutes les mis\u00e8res sociales, le r\u00e9sidu des \u2018hommes tar\u00e9s&rsquo;\u00a0\u00bb \u00e9crit Dominique\u00a0 Kalifa dans son compte-rendu pour le journal <em>Lib\u00e9ration<\/em> en date du 06 f\u00e9vrier 2013. On peut y rajouter aussi les femmes, m\u00eame si elles ne furent que 509 entre 1887 et 1905 \u00e0 \u00e9chouer dans la colonie p\u00e9nitentiaire. Point de voyeurisme pourtant dans cette \u00e9tude au style simple, limpide, clair, mais une histoire sombre et oubli\u00e9e qui, \u00e0 n&rsquo;en pas douter, fera date dans la connaissance des bagnes de Guyane. Car la rel\u00e9gue n&rsquo;avait jamais \u00e9t\u00e9 \u00e0 ce point aussi bien r\u00e9v\u00e9l\u00e9e. L&rsquo;auteur raconte des vies perdues comme celles d&rsquo;Henry Marty et de Philippe Martinez dont les souvenirs qu&rsquo;il a pr\u00e9fac\u00e9s ont paru aux \u00e9ditions <em>Albache<\/em> en 2011. C&rsquo;est peu dire que nous vous conseillons fortement la lecture de ces deux livres de Jean-Lucien Sanchez qui a bien voulu r\u00e9pondre ici \u00e0 quelques-unes de nos questions.<!--more--><\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/les-derniers-forcats1.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3409\" title=\"les derniers for\u00e7ats, Albache, 2011\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/les-derniers-forcats1-201x300.jpg\" alt=\"\" width=\"103\" height=\"153\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/les-derniers-forcats1-201x300.jpg 201w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/les-derniers-forcats1.jpg 400w\" sizes=\"(max-width: 103px) 100vw, 103px\" \/><\/a>1) <\/strong><strong>Tu es l&rsquo;auteur d&rsquo;un ouvrage important sur la rel\u00e9gation. Qu&rsquo;est-ce qui t&rsquo;as pouss\u00e9 \u00e0 \u00e9crire <em>\u00c0<\/em><em> perp\u00e9tuit\u00e9<\/em> ? Tu as aussi longuement pr\u00e9fac\u00e9 en 2011 le livre <em>Les derniers for\u00e7ats<\/em> chez les \u00e9ditions <em>Albache<\/em>. En quoi les souvenirs d&rsquo;Henry Marty et de Philippe Martinez t&rsquo;ont-ils paru fondamentaux\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p><!--[if gte mso 9]><xml> <\/xml><![endif]--><\/p>\n<p>Tout d&rsquo;abord, merci pour cet accueil sur ton site. <em>\u00c0 perp\u00e9tuit\u00e9. Rel\u00e9gu\u00e9s au bagne de Guyane<\/em> (Vend\u00e9miaire, 2013) est tir\u00e9 de ma th\u00e8se d&rsquo;histoire que j&rsquo;ai soutenue \u00e0 l&rsquo;\u00c9cole des Hautes \u00c9tudes en Sciences Sociales en 2009, sous la direction de \u00a0\u00a0 G\u00e9rard Noiriel. Il s&rsquo;agit de l&rsquo;adaptation de la deuxi\u00e8me partie de mon doctorat (qui en compte deux). L&rsquo;\u00e9criture de cet ouvrage m&rsquo;apparaissait essentiel pour permettre \u00e0 un large public d&rsquo;acc\u00e9der \u00e0 cette histoire si singuli\u00e8re, plut\u00f4t que de la cantonner, en l&rsquo;\u00e9tat, \u00e0 la seule disposition du public universitaire.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 la pr\u00e9face du livre <em>Les derniers for\u00e7ats<\/em>, je l&rsquo;ai r\u00e9dig\u00e9e sur la proposition de Marine Coquet. Historienne du bagne colonial de Guyane, Marine pr\u00e9pare un doctorat d&rsquo;histoire consacr\u00e9 \u00e0 la commune p\u00e9nitentiaire de Saint-Laurent du Maroni \u00e0 l&rsquo;EHESS, un travail qui s&rsquo;annonce tr\u00e8s prometteur. Marine m&rsquo;a fait l&rsquo;honneur et l&rsquo;amiti\u00e9 de me demander de pr\u00e9facer cet ouvrage qui repose sur les t\u00e9moignages in\u00e9dits de deux for\u00e7ats moribonds, attendant que la mort les emporte au sein de l&rsquo;h\u00f4pital Andr\u00e9-Bouron de Saint-Laurent. Ces t\u00e9moignages ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9couverts par Frank S\u00e9nateur, autre historien et collectionneur passionn\u00e9 du bagne, aux archives du Conservatoire national des arts et m\u00e9tiers. Ces \u00e9crits me semblent essentiels parce qu&rsquo;ils restituent au plus pr\u00e8s les exp\u00e9riences sensibles de ces deux bagnards, sans que les moulinettes d&rsquo;un \u00e9diteur en mal de sensationnel ou de l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire ne soient intervenues. C&rsquo;est ce qui constitue leur raret\u00e9 et leur int\u00e9r\u00eat. Ces anciens for\u00e7ats n&rsquo;ont effectivement plus rien \u00e0 perdre\u00a0: en fin de vie, ils n&rsquo;ont \u00e0 craindre ni la censure de l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire (le bagne est ferm\u00e9 au moment o\u00f9 ils \u00e9crivent), ni le chiffre des ventes de leur \u00e9diteur. De ce fait, ils peuvent laisser libre cours \u00e0 leur plume, sans respecter un quelconque cadre. D&rsquo;o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9, pour leur compr\u00e9hension, de pr\u00e9senter leur contexte d&rsquo;\u00e9criture ainsi que les trajectoires de ces deux auteurs que j&rsquo;ai pu restituer en consultant, notamment, leurs dossiers individuels conserv\u00e9s aux Archives nationales d&rsquo;outre-mer.<\/p>\n<p><!--[if gte mso 9]><xml> Normal   0         21         false   false   false      FR   X-NONE   X-NONE <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 9]><xml> <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 10]>\n\n\n\n<style>\n \/* Style Definitions *\/\n table.MsoNormalTable\n\t{mso-style-name:\"Tableau Normal\";\n\tmso-tstyle-rowband-size:0;\n\tmso-tstyle-colband-size:0;\n\tmso-style-noshow:yes;\n\tmso-style-priority:99;\n\tmso-style-parent:\"\";\n\tmso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;\n\tmso-para-margin:0cm;\n\tmso-para-margin-bottom:.0001pt;\n\tmso-pagination:widow-orphan;\n\tfont-size:10.0pt;\n\tfont-family:\"Times New Roman\",\"serif\";}\n<\/style>\n\n<![endif]--><\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/sanchez-2.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3410\" title=\"Jean-Lucien Sanchez\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/sanchez-2-300x168.jpg\" alt=\"\" width=\"161\" height=\"90\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/sanchez-2-300x168.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/sanchez-2.jpg 640w\" sizes=\"(max-width: 161px) 100vw, 161px\" \/><\/a>2) <\/strong><strong>Qu&rsquo;est-ce que la rel\u00e9gation\u00a0? Un portrait type du rel\u00e9gu\u00e9 est-il possible\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p><!--[if gte mso 9]><xml> <\/xml><![endif]--><\/p>\n<p>La rel\u00e9gation est organis\u00e9e par la loi sur la rel\u00e9gation des r\u00e9cidivistes du 27 mai 1885. Elle consiste en un internement perp\u00e9tuel sur le sol d&rsquo;une colonie de condamn\u00e9s r\u00e9cidivistes. Pr\u00e8s de 22 163 individus furent frapp\u00e9s par ce dispositif\u00a0: 3 800 hommes et 470 femmes en Nouvelle-Cal\u00e9donie de 1887 \u00e0 1897 et 17 375 hommes et 519 femmes en Guyane de 1887 \u00e0 1953. Cette loi am\u00e9nage une \u00ab\u00a0pr\u00e9somption irr\u00e9fragable d&rsquo;incorrigibilit\u00e9\u00a0\u00bb cens\u00e9e d\u00e9montrer positivement le caract\u00e8re \u00ab\u00a0incorrigible\u00a0\u00bb d&rsquo;un condamn\u00e9 r\u00e9cidiviste. Son article 4 am\u00e9nage ainsi plusieurs combinaisons de peines qui, si elles sont toutes inscrites au casier judiciaire d&rsquo;un pr\u00e9venu ou d&rsquo;un accus\u00e9 r\u00e9cidiviste, entra\u00eenent le prononc\u00e9 obligatoire pour le magistrat de la peine de la rel\u00e9gation. Il ne s&rsquo;agit donc pas d&rsquo;une peine principale, mais d&rsquo;une peine accessoire qui s&rsquo;ajoute \u00e0 une peine principale. Par exemple, un pr\u00e9venu, condamn\u00e9 en l&rsquo;espace de dix ans \u00e0 trois d\u00e9lits de plus de trois mois de prison ferme pour vol simple, escroquerie ou vagabondage, se pr\u00e9sente de nouveau devant un tribunal pour un d\u00e9lit pr\u00e9vu par la loi. Si le magistrat le condamne \u00e0 plus de trois de prison ferme, il doit concurremment le condamner \u00e0 la rel\u00e9gation. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une mesure prise contre des condamn\u00e9s regard\u00e9s comme \u00ab\u00a0dangereux\u00a0\u00bb. Cette dangerosit\u00e9 se mat\u00e9rialise par le caract\u00e8re r\u00e9cidivant de leurs infractions. Le l\u00e9gislateur consid\u00e8re \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque que la p\u00e9nalit\u00e9 classique, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&#8217;emprisonnement, n&rsquo;est plus d&rsquo;aucune efficacit\u00e9 pour s&rsquo;assurer d&rsquo;une certaine frange de la d\u00e9linquance. Au lieu de \u00ab\u00a0corriger\u00a0\u00bb ceux qu&rsquo;on lui confie, la prison ne cesse au contraire de produire de la r\u00e9cidive, donc des \u00ab\u00a0incorrigibles\u00a0\u00bb. La rel\u00e9gation, mesure p\u00e9nale sp\u00e9cialement adapt\u00e9e \u00e0 cette nouvelle lecture de la criminalit\u00e9, se substitue donc \u00e0 la prison en \u00e9liminant socialement des r\u00e9cidivistes estim\u00e9s \u00ab\u00a0dangereux\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>En retour, la loi projette leur r\u00e9insertion sur le sol de la colonie en leur permettant d&rsquo;y devenir colons. Pour ce faire, elle am\u00e9nage un r\u00e9gime dual qui repose sur une distinction censitaire\u00a0: les rel\u00e9gu\u00e9s qui b\u00e9n\u00e9ficient de bons ant\u00e9c\u00e9dents en d\u00e9tention et qui disposent de moyens financiers suffisants pour se prendre en charge sur le sol de la colonie sont class\u00e9s au r\u00e9gime de la rel\u00e9gation individuelle. Ils sont libres de contracter des engagements de travail aupr\u00e8s de particuliers, d&rsquo;entreprises ou de services publics locaux ou peuvent s&rsquo;installer en concession agricole ou industrielle. Libres de leurs faits et gestes (bien qu&rsquo;ils soient pour l&rsquo;immense majorit\u00e9 d&rsquo;entre eux interdits de s\u00e9jour dans une grande partie de la Guyane et cantonn\u00e9s dans une zone tr\u00e8s limit\u00e9e, le territoire p\u00e9nitentiaire du Maroni), ils n&rsquo;ont pas le droit de quitter le sol de la Guyane et doivent r\u00e9pondre \u00e0 deux appels annuels. Tous les autres, qui, trop pauvres pour pouvoir subvenir \u00e0 leurs besoins (c&rsquo;est-\u00e0-dire la quasi-totalit\u00e9 d&rsquo;entre eux), sont class\u00e9s au r\u00e9gime de la rel\u00e9gation collective. Les rel\u00e9gu\u00e9s collectifs sont intern\u00e9s au sein d&rsquo;un d\u00e9p\u00f4t de travail (le camp de Saint-Jean du Maroni et ses camps annexes) et doivent travailler pour le compte de l&rsquo;\u00c9tat qui pourvoie en retour \u00e0 leur entretien. Ils sont donc soumis \u00e0 des travaux forc\u00e9s effectu\u00e9s au sein d&rsquo;un camp qui s&rsquo;apparente, dans les faits, \u00e0 un v\u00e9ritable p\u00e9nitencier o\u00f9 ils sont encadr\u00e9s par des agents de l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire. Ce r\u00e9gime, qui visait initialement \u00e0 les habituer au labeur colonial et \u00e0 leur permettre d&rsquo;accumuler de l&rsquo;argent sur leur p\u00e9cule, s&rsquo;apparente en d\u00e9finitive \u00e0 une condamnation aux travaux forc\u00e9s \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9. Le traitement des rel\u00e9gu\u00e9s en Guyane est ainsi tr\u00e8s proche de celui de transport\u00e9s, condamn\u00e9s aux travaux forc\u00e9s en vertu de la loi du 30 mai 1854 sur l&rsquo;ex\u00e9cution de la peine des travaux forc\u00e9s. \u00c0 cette diff\u00e9rence pr\u00e8s que les rel\u00e9gu\u00e9s ont d\u00e9j\u00e0 purg\u00e9 leur peine principale sur le sol m\u00e9tropolitain ou de leurs colonies d&rsquo;origines\u00a0: la rel\u00e9gation repr\u00e9sente ainsi une grave atteinte au principe de proportionnalit\u00e9 de la peine au d\u00e9lit.<\/p>\n<p>Cette mesure a essentiellement frapp\u00e9 des d\u00e9linquants r\u00e9cidivistes. Pr\u00e8s de 83\u00a0% des condamnations \u00e0 la rel\u00e9gation sont prononc\u00e9es par des tribunaux correctionnels (essentiellement \u00e0 Paris et en r\u00e9gion parisienne, ainsi qu&rsquo;en Alg\u00e9rie) contre des individus coupables de vol simple, de vagabondage et de rupture de ban d&rsquo;interdiction de s\u00e9jour. Le portrait-type d&rsquo;un rel\u00e9gu\u00e9 est celui d&rsquo;un journalier agricole, d&rsquo;un ouvrier au ch\u00f4mage ou d&rsquo;un vagabond d\u00e9socialis\u00e9. Cette loi, d&rsquo;une s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 extr\u00eame, s&rsquo;attaque ainsi aux classes les plus pauvres de la soci\u00e9t\u00e9 et cherche \u00e0 les \u00e9liminer pour en d\u00e9barrasser les grands centres urbains.<\/p>\n<p><!--[if gte mso 9]><xml> Normal   0         21         false   false   false      FR   X-NONE   X-NONE <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 9]><xml> <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 10]>\n\n\n\n<style>\n \/* Style Definitions *\/\n table.MsoNormalTable\n\t{mso-style-name:\"Tableau Normal\";\n\tmso-tstyle-rowband-size:0;\n\tmso-tstyle-colband-size:0;\n\tmso-style-noshow:yes;\n\tmso-style-priority:99;\n\tmso-style-parent:\"\";\n\tmso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;\n\tmso-para-margin:0cm;\n\tmso-para-margin-bottom:.0001pt;\n\tmso-pagination:widow-orphan;\n\tfont-size:10.0pt;\n\tfont-family:\"Times New Roman\",\"serif\";}\n<\/style>\n\n<![endif]--><\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/sanchez-3.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3411\" title=\"Jean-Lucien Sanchez\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/sanchez-3.jpg\" alt=\"\" width=\"155\" height=\"88\" \/><\/a>3) <\/strong><strong>La loi de 1885 proc\u00e8de-t-elle d&rsquo;une volont\u00e9 d&rsquo;\u00e9loignement, d&rsquo;\u00e9limination du multir\u00e9cidiviste ou plut\u00f4t correspond-elle \u00e0 une man\u0153uvre \u00e9lectorale dans un climat suppos\u00e9 d&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9 \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p><!--[if gte mso 9]><xml> <\/xml><![endif]-->Je dirais les deux. Le but de cette loi est bien d&rsquo;\u00e9liminer socialement des petits d\u00e9linquants r\u00e9cidivistes pour en d\u00e9barrasser d\u00e9finitivement le sol de la m\u00e9tropole et les oublier sur celui d&rsquo;une colonie. N\u00e9anmoins, le contexte d&rsquo;\u00e9laboration de cette loi a une incidence d\u00e9terminante dans ce r\u00e9sultat aberrant. Un nouveau paradigme p\u00e9nal \u00e9merge \u00e0 la fin du XIX<sup>e<\/sup> en France qui distingue d\u00e9sormais les criminels et les d\u00e9linquants en deux entit\u00e9s distinctes\u00a0: les d\u00e9linquants et les criminels primaires ou d&rsquo;occasion, ceux qui en sont \u00e0 leur premi\u00e8re infraction, et les d\u00e9linquants et les criminels dits \u00ab\u00a0incorrigibles\u00a0\u00bb, ceux qui r\u00e9cidivent. Ce constat d\u00e9rive de l&rsquo;analyse que font diff\u00e9rents experts (magistrats et criminologues) de la lecture du <em>Compte g\u00e9n\u00e9ral de l&rsquo;administration de la justice criminelle en France<\/em>. Cette statistique ne cesse de mettre en exergue, \u00e0 partir de la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, une hausse croissante de la r\u00e9cidive d\u00e9linquante. D&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;il existerait des criminels et des d\u00e9linquants incorrigibles. Cette construction sociale du probl\u00e8me de la r\u00e9cidive est ensuite capt\u00e9 dans l&rsquo;espace public par diff\u00e9rents agents qui le signalent au personnel politique afin qu&rsquo;il le r\u00e9solve. De multiples p\u00e9titions pour l&rsquo;instauration d&rsquo;une loi sur la rel\u00e9gation des r\u00e9cidivistes affluent ainsi \u00e0 la veille des \u00e9lections l\u00e9gislatives de 1881 et des comit\u00e9s r\u00e9publicains l&rsquo;inscrivent dans leur programme \u00e9lectoral (notamment celui de L\u00e9on Gambetta, dans le XX<sup>e<\/sup> arrondissement de Paris, qui est \u00e0 l&rsquo;origine de cette loi). Devenue promesse politique, la rel\u00e9gation entre en d\u00e9bats au Parlement \u00e0 partir de 1883, mais les discussions achoppent rapidement sur la difficult\u00e9 d&rsquo;application de cette mesure et, surtout, sur son inanit\u00e9. N\u00e9anmoins, la presse s&rsquo;est dans l&rsquo;intervalle saisie de cet \u00e9v\u00e9nement et l&rsquo;a diffus\u00e9 \u00e0 une vaste \u00e9chelle, \u00e9tendant le spectre d&rsquo;une inqui\u00e9tude concentr\u00e9e autrefois \u00e0 une sph\u00e8re d&rsquo;experts. Pris dans une surench\u00e8re s\u00e9curitaire, les d\u00e9put\u00e9s se pr\u00e9cipitent dans le vote de cette loi \u00e0 la veille des \u00e9lections l\u00e9gislatives de 1885. Aussi imparfaite soit-elle, ils pr\u00e9f\u00e8rent la voter dans la pr\u00e9cipitation plut\u00f4t que d&rsquo;\u00eatre tax\u00e9s de laxisme face une \u00ab\u00a0menace\u00a0\u00bb qui inqui\u00e8te grandement leurs \u00e9lecteurs. Cet aspect de la rel\u00e9gation sera l&rsquo;objet de mon prochain ouvrage.<\/p>\n<p><!--[if gte mso 9]><xml> Normal   0         21         false   false   false      FR   X-NONE   X-NONE <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 9]><xml> <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 10]>\n\n\n\n<style>\n \/* Style Definitions *\/\n table.MsoNormalTable\n\t{mso-style-name:\"Tableau Normal\";\n\tmso-tstyle-rowband-size:0;\n\tmso-tstyle-colband-size:0;\n\tmso-style-noshow:yes;\n\tmso-style-priority:99;\n\tmso-style-parent:\"\";\n\tmso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;\n\tmso-para-margin:0cm;\n\tmso-para-margin-bottom:.0001pt;\n\tmso-pagination:widow-orphan;\n\tfont-size:10.0pt;\n\tfont-family:\"Times New Roman\",\"serif\";}\n<\/style>\n\n<![endif]--><\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/sanchez-4.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3412\" title=\"Jean-Lucien Sanchez\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/sanchez-4-289x300.jpg\" alt=\"\" width=\"132\" height=\"137\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/sanchez-4-289x300.jpg 289w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/sanchez-4.jpg 336w\" sizes=\"(max-width: 132px) 100vw, 132px\" \/><\/a>4) <\/strong><strong>Dans la pr\u00e9face qu&rsquo;il donne \u00e0 ton livre, Marc Renneville souligne que l&rsquo;imaginaire du bagne s&rsquo;est nourri de la transportation plus que de la rel\u00e9gation et donne pour preuve le fait que l&rsquo;on cite toujours des noms de transport\u00e9s c\u00e9l\u00e8bres. Y aurait-il des non-personnages de m\u00e9moire comme il peut y avoir des non-lieux de m\u00e9moire\u00a0? Pourquoi cet \u00ab\u00a0oubli\u00e9\u00a0\u00bb que fut le rel\u00e9gu\u00e9\u00a0a-t-il mauvaise presse\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p><!--[if gte mso 9]><xml> <\/xml><![endif]-->Marc Renneville, en fin connaisseur du bagne, a parfaitement saisi cette dissym\u00e9trie m\u00e9morielle entre rel\u00e9gu\u00e9s et transport\u00e9s. Dans l&rsquo;imaginaire collectif, le bagne de Guyane est \u00e9troitement associ\u00e9 \u00e0 de grandes figures de for\u00e7ats qui ont marqu\u00e9 les esprits par leurs ouvrages. C&rsquo;est le cas notamment d&rsquo;Henri Charri\u00e8re, dit Papillon, ou de Paul Roussenq, de Ren\u00e9 Belbenoit, d&rsquo;Eug\u00e8ne Dieudonn\u00e9, etc. Il s&rsquo;agit de transport\u00e9s, condamn\u00e9s par des cours d&rsquo;assises aux travaux forc\u00e9s, \u00e0 la suite de proc\u00e8s qui ont d\u00e9fray\u00e9 la chronique. Ces criminels ont bien souvent passionn\u00e9 les lecteurs de l&rsquo;\u00e9poque gr\u00e2ce \u00e0 la presse qui relataient leurs affaires et leur donnait un \u00e9cho important. \u00c0 l&rsquo;inverse, les rel\u00e9gu\u00e9s sont de petits d\u00e9linquants r\u00e9cidivistes sans grande envergure, condamn\u00e9s par des tribunaux correctionnels pour de simples d\u00e9lits. Le potentiel de vente est alors bien moindre\u00a0: quel int\u00e9r\u00eat pour la presse \u00e0 grand tirage de traiter des cas de ces petits anonymes coupables de menus larcins\u00a0? De m\u00eame, lorsque les journalistes se rendent en Guyane pour y conduire des enqu\u00eates sur le bagne (en particulier les reporters de journaux \u00e0 faits divers comme le <em>D\u00e9tective<\/em> ou <em>Police magazine<\/em> \u00e0 partir des ann\u00e9es 1930), ils ne s&rsquo;int\u00e9ressent le plus souvent qu&rsquo;aux transport\u00e9s. Ce biais repose sur leur mode d&rsquo;action et sur la mise en r\u00e9cit de leur reportage\u00a0: ils sont \u00e0 la recherche de \u00ab\u00a0vedettes d&rsquo;assises\u00a0\u00bb dont le proc\u00e8s a eu un grand retentissement, permettant \u00e0 leurs lecteurs d&rsquo;\u00eatre inform\u00e9s de la suite de l&rsquo;histoire en quelque sorte. L\u00e0 aussi, il y a peu de chance de retrouver un \u00ab\u00a0grand criminel\u00a0\u00bb parmi les rel\u00e9gu\u00e9s, rien de bien croustillant \u00e0 se mettre sous la dent&#8230; Lorsque leur sort est \u00e9voqu\u00e9 dans des articles, ils sont pr\u00e9sent\u00e9s, pour la majorit\u00e9 d&rsquo;entre eux, collectivement, comme une entit\u00e9 un peu abstraite, alors que les transport\u00e9s peuvent \u00eatre singularis\u00e9s et pr\u00e9sent\u00e9s sous la forme de portraits, proc\u00e9d\u00e9 bien plus accrocheur. D&rsquo;autre part, les rel\u00e9gu\u00e9s ont laiss\u00e9 peu de souvenirs sur leur exp\u00e9rience carc\u00e9rale, \u00e0 l&rsquo;inverse des transport\u00e9s qui ont produit une grande quantit\u00e9 de t\u00e9moignages. Beaucoup de rel\u00e9gu\u00e9s sont effectivement analphab\u00e8tes et, ceux en capacit\u00e9 d&rsquo;\u00e9crire, de quoi peuvent-ils t\u00e9moigner\u00a0? Un coupable d&rsquo;assassinat, clamant son innocence et luttant contre l&rsquo;arbitraire du bagne, offre une exp\u00e9rience \u00e9motionnelle pour le lecteur sans \u00e9quivalent avec celle d&rsquo;un rel\u00e9gu\u00e9, simple \u00ab\u00a0voleur de poule\u00a0\u00bb. Ce dernier est forc\u00e9ment coupable, alors que le doute demeure pour un \u00ab\u00a0grand criminel\u00a0\u00bb, et une empathie peut alors s&rsquo;exercer.<\/p>\n<p><!--[if gte mso 9]><xml> Normal   0         21         false   false   false      FR   X-NONE   X-NONE <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 9]><xml> <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 10]>\n\n\n\n<style>\n \/* Style Definitions *\/\n table.MsoNormalTable\n\t{mso-style-name:\"Tableau Normal\";\n\tmso-tstyle-rowband-size:0;\n\tmso-tstyle-colband-size:0;\n\tmso-style-noshow:yes;\n\tmso-style-priority:99;\n\tmso-style-parent:\"\";\n\tmso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;\n\tmso-para-margin:0cm;\n\tmso-para-margin-bottom:.0001pt;\n\tmso-pagination:widow-orphan;\n\tfont-size:10.0pt;\n\tfont-family:\"Times New Roman\",\"serif\";}\n<\/style>\n\n<![endif]--><\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/sanchez-5.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3413\" title=\"Jean-Lucien Sanchez\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/sanchez-5-300x168.jpg\" alt=\"\" width=\"156\" height=\"87\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/sanchez-5-300x168.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/sanchez-5.jpg 1280w\" sizes=\"(max-width: 156px) 100vw, 156px\" \/><\/a>5) <\/strong><strong>Comment la Guyane s&rsquo;est-elle justement accommod\u00e9e de la rel\u00e9gation\u00a0? Quels furent les rapports entre rel\u00e9gu\u00e9s et transport\u00e9s\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p><!--[if gte mso 9]><xml> <\/xml><![endif]--><\/p>\n<p>La Guyane, alors colonie de l&#8217;empire fran\u00e7ais, n&rsquo;a pas eu son mot \u00e0 dire. Tout comme les transport\u00e9s \u00e0 partir de 1852, elle s&rsquo;est vu intimer l&rsquo;ordre de recevoir tous les rel\u00e9gu\u00e9s de sa m\u00e9tropole. Mais les protestations d&rsquo;habitants de la Guyane, en particulier celles du Conseil g\u00e9n\u00e9ral et du maire de Cayenne de l&rsquo;\u00e9poque, Achille Houry (relay\u00e9es par un commissaire du gouvernement, Jules Leveill\u00e9, envoy\u00e9 sur place pour juger du succ\u00e8s de cette mesure avant son vote final au Parlement), ont entra\u00een\u00e9 une r\u00e9action du S\u00e9nat. Lors de l&rsquo;examen du texte de la loi sur la rel\u00e9gation en premi\u00e8re lecture, l&rsquo;Assembl\u00e9e nationale avait d\u00e9cid\u00e9 de laisser les rel\u00e9gu\u00e9s libres de leurs faits et gestes en Guyane. Dans l&rsquo;esprit des d\u00e9put\u00e9s, les rel\u00e9gu\u00e9s auraient effectivement purg\u00e9 leur peine principale avant d&rsquo;arriver sur le sol de la colonie, et il \u00e9tait donc parfaitement injuste de les astreindre \u00e0 une seconde peine. Mais le S\u00e9nat, sensibilis\u00e9 aux protestations des Guyanais l\u00e9gitimement \u00e9mus de devoir accueillir les \u00ab\u00a0incorrigibles\u00a0\u00bb de la m\u00e9tropole et du reste de son empire colonial, d\u00e9cide de modifier le texte dans un sens beaucoup plus restrictif, en cr\u00e9ant le r\u00e9gime dual d\u00e9crit plus haut\u00a0: rel\u00e9gation individuelle et rel\u00e9gation collective. Par la suite, un d\u00e9cret d&rsquo;application \u00e9labor\u00e9 au minist\u00e8re de l&rsquo;Int\u00e9rieur ent\u00e9rine cette orientation\u00a0: les rel\u00e9gu\u00e9s seront concentr\u00e9s sur le territoire p\u00e9nitentiaire du Maroni, afin de les maintenir \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart de Cayenne et de sa banlieue. En proc\u00e9dant ainsi, le gouvernement \u00e9vite aux Guyanais une cohabitation forc\u00e9e avec les rel\u00e9gu\u00e9s, mais organise \u00e9galement leur isolement et, par l\u00e0, la faillite programm\u00e9e de la mise en \u0153uvre locale de la loi. Les rel\u00e9gu\u00e9s sont effectivement install\u00e9s dans la partie occidentale de la Guyane, celle r\u00e9serv\u00e9e au bagne, o\u00f9 est concentr\u00e9 l&rsquo;essentiel des installations p\u00e9nitentiaires (les autres p\u00e9nitenciers situ\u00e9s dans la partie orientale, exclusivement r\u00e9serv\u00e9s aux transport\u00e9s, sont de bien moindre importance). En outre, la majeure partie de ce territoire, cr\u00e9\u00e9 par d\u00e9cret en 1860, est occup\u00e9e par la ville de Saint-Laurent, qui accueille le principal p\u00e9nitencier de la transportation. Les rel\u00e9gu\u00e9s, qui ne peuvent \u00eatre confondus avec les transport\u00e9s, sont donc install\u00e9s dans la partie la plus recul\u00e9e et la plus malsaine de ce territoire, \u00e0 Saint-Jean. Cette double-rel\u00e9gation emp\u00eache alors ces hommes (et ces femmes jusqu&rsquo;en 1905) de se m\u00e9langer \u00e0 la population locale, comme l&rsquo;avait projet\u00e9 le l\u00e9gislateur, et tue dans l&rsquo;\u0153uf le projet de colonisation par l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment p\u00e9nal port\u00e9 par la loi.<\/p>\n<p>Quant aux relations entre transport\u00e9s et rel\u00e9gu\u00e9s, la plupart des documents qui en t\u00e9moignent indiquent qu&rsquo;elles ne sont gu\u00e8re chaleureuses. Les rel\u00e9gu\u00e9s sont consid\u00e9r\u00e9s par leurs pairs transport\u00e9s comme des petits voleurs sans envergure qui ne peuvent \u00eatre confondus avec des bagnards, des \u00ab\u00a0durs\u00a0\u00bb dans l&rsquo;argot du bagne. Les rel\u00e9gu\u00e9s sont frapp\u00e9s d&rsquo;un stigmate au sein des soci\u00e9t\u00e9s carc\u00e9rale et civile guyanaises o\u00f9 ils sont l&rsquo;objet d&rsquo;un rejet assez profond. La plupart des transport\u00e9s ne les consid\u00e8rent pas comme leurs \u00e9gaux et, dans les multiples t\u00e9moignages qu&rsquo;ils ont laiss\u00e9s, tiennent \u00e0 se distinguer d&rsquo;eux. Ce biais se retrouve \u00e9galement au sein de la soci\u00e9t\u00e9 civile locale. Les agents de l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire consid\u00e8rent les rel\u00e9gu\u00e9s comme des petits vagabonds et voleurs, les \u00e9non\u00e7ant dans leurs courriers officiels sous le vocable de \u00ab\u00a0r\u00e9cidivistes\u00a0\u00bb, r\u00e9servant le terme de \u00ab\u00a0for\u00e7ats\u00a0\u00bb aux seuls transport\u00e9s. La repr\u00e9sentation qu&rsquo;ils nourrissent \u00e0 l&rsquo;encontre des rel\u00e9gu\u00e9s recoupe celle v\u00e9hicul\u00e9e par la loi\u00a0: ils sont consid\u00e9r\u00e9s comme des \u00ab\u00a0incorrigibles\u00a0\u00bb, cens\u00e9s pers\u00e9v\u00e9rer dans leurs travers d\u00e9linquants, alors que les transport\u00e9s sont consid\u00e9r\u00e9s, en r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, comme des criminels primaires. Ils ont certes commis un crime grave, mais ils n&rsquo;en ont commis qu&rsquo;un seul, tandis que les rel\u00e9gu\u00e9s sont des habitu\u00e9s du d\u00e9lit. Cette appr\u00e9hension est \u00e9galement partag\u00e9e par la soci\u00e9t\u00e9 civile locale, en particulier par les principaux employeurs de la r\u00e9gion du Maroni. Ces derniers pr\u00e9f\u00e8rent en r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale recourir aux transport\u00e9s, car ils associent les rel\u00e9gu\u00e9s \u00e0 des voleurs r\u00e9cidivistes, ce qui les \u00e9carte de nombreux emplois et emp\u00eache leur int\u00e9gration locale.    <!--[if gte mso 9]><xml> Normal   0         21         false   false   false      FR   X-NONE   X-NONE <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 9]><xml> <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 10]>\n\n\n\n<style>\n \/* Style Definitions *\/\n table.MsoNormalTable\n\t{mso-style-name:\"Tableau Normal\";\n\tmso-tstyle-rowband-size:0;\n\tmso-tstyle-colband-size:0;\n\tmso-style-noshow:yes;\n\tmso-style-priority:99;\n\tmso-style-parent:\"\";\n\tmso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;\n\tmso-para-margin:0cm;\n\tmso-para-margin-bottom:.0001pt;\n\tmso-pagination:widow-orphan;\n\tfont-size:10.0pt;\n\tfont-family:\"Times New Roman\",\"serif\";}\n<\/style>\n\n<![endif]--><\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/sanchez-1.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3406\" title=\"Jean-Lucien Sanchez\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/sanchez-1-139x300.jpg\" alt=\"\" width=\"72\" height=\"156\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/sanchez-1-139x300.jpg 139w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/sanchez-1.jpg 200w\" sizes=\"(max-width: 72px) 100vw, 72px\" \/><\/a>6) <\/strong><strong>Quelle diff\u00e9rence y-a-t-il entre un rel\u00e9gu\u00e9 individuel et un rel\u00e9gu\u00e9 collectif\u00a0? Pourquoi les premiers furent-ils nettement moins nombreux que les seconds\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p><!--[if gte mso 9]><xml> <\/xml><![endif]--><\/p>\n<p>Sans revenir sur ces deux r\u00e9gimes que j&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 d\u00e9crits plus haut, le faible octroi de la rel\u00e9gation individuelle durant toute la p\u00e9riode d&rsquo;application de la rel\u00e9gation en Guyane s&rsquo;explique par plusieurs facteurs. En premier lieu, lors de l&rsquo;arriv\u00e9e du premier convoi de rel\u00e9gu\u00e9s en Guyane en juin 1887, rien n&rsquo;est pr\u00eat pour les accueillir. Ils vont donc devoir construire dans l&rsquo;urgence les infrastructures destin\u00e9es \u00e0 les abriter. Des paillotes sont rapidement \u00e9rig\u00e9es afin de parer au plus press\u00e9. Mais l&rsquo;usure due au climat et l&rsquo;insalubrit\u00e9 de ces installations, coupl\u00e9e aux terribles \u00e9pid\u00e9mies qui s\u00e9vissent \u00e0 Saint-Jean, entra\u00eenent la reconstruction du village en un p\u00e9nitencier. Des cases en briques et \u00e0 armature en fer sont \u00e9rig\u00e9es et d&rsquo;importants travaux d&rsquo;assainissement sont entrepris (ass\u00e8chement de marais, comblement et d\u00e9tournement de criques, am\u00e9nagement des berges du fleuve, recul du manteau forestier, etc.). Ces travaux, s&rsquo;ils permettent au camp de devenir plus salubre, n\u00e9cessitent pour les r\u00e9aliser un grand volant de main-d&rsquo;\u0153uvre. Les rel\u00e9gu\u00e9s sont ainsi tous maintenus au r\u00e9gime de la rel\u00e9gation collective, la rel\u00e9gation individuelle n&rsquo;\u00e9tant accord\u00e9e qu&rsquo;au compte-goutte. Dans un second temps, le minist\u00e8re des Colonies donne des ordres \u00e0 partir de la fin du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle pour qu&rsquo;un plus grand nombre de rel\u00e9gu\u00e9s soient admis \u00e0 la rel\u00e9gation individuelle. Les rel\u00e9gu\u00e9s \u00e9tant \u00e0 la charge de son budget, le passage \u00e0 l&rsquo;individuelle lui permet d&rsquo;effectuer de substantielles \u00e9conomies. Leur nombre atteint 826 en 1914 pour chuter brutalement, apr\u00e8s la Premi\u00e8re Guerre mondiale, \u00e0 400 individus, chiffre qui ne variera plus en moyenne jusqu&rsquo;\u00e0 la fin de l&rsquo;application de la rel\u00e9gation en Guyane.<\/p>\n<p>Si les autorit\u00e9s locales rechignent \u00e0 accorder le b\u00e9n\u00e9fice de la rel\u00e9gation individuelle \u00e0 nombre de rel\u00e9gu\u00e9s (qui y ont pourtant l\u00e9gitimement droit), c&rsquo;est parce que la plupart d&rsquo;entre eux connaissent une situation dramatique \u00e0 leur sortie du d\u00e9p\u00f4t. Les rel\u00e9gu\u00e9s individuels sont pour la plupart frapp\u00e9s d&rsquo;interdiction de s\u00e9jour \u00e0 Cayenne et dans sa p\u00e9riph\u00e9rie. Ils sont donc oblig\u00e9s de demeurer sur le territoire p\u00e9nitentiaire du Maroni o\u00f9 ils sont concurrenc\u00e9s par des transport\u00e9s en cours de peine que l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire loue \u00e0 des tarifs bien plus bas que ce qu&rsquo;ils exigent aux quelques entreprises, particuliers et comptoirs commerciaux locaux. Ils sont \u00e9galement concurrenc\u00e9s par des transport\u00e9s lib\u00e9r\u00e9s et astreints au \u00ab\u00a0doublage\u00a0\u00bb. Ceux-ci, \u00e9galement pour la plupart interdits de s\u00e9jour \u00e0 Cayenne, sont tenus \u00e0 leur lib\u00e9ration de demeurer sur le sol de la colonie un temps \u00e9quivalent \u00e0 la dur\u00e9e de leur peine (ou \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 s&rsquo;ils ont \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9s \u00e0 huit ans ou plus de travaux forc\u00e9s). Le placement \u00e0 la rel\u00e9gation individuelle se transforme alors bien souvent pour ces hommes en une deuxi\u00e8me peine. Certains parviennent \u00e0 s&rsquo;engager dans des petits m\u00e9tiers peu r\u00e9mun\u00e9rateurs, en se faisant porteurs au march\u00e9 ou dockers sur le port. Mais la plupart sombrent dans l&rsquo;alcool et la mis\u00e8re ou en profitent pour s&rsquo;\u00e9vader. Beaucoup regagnent \u00e9galement le p\u00e9nitencier. Enfin, rares sont ceux qui b\u00e9n\u00e9ficient d&rsquo;une concession agricole, car les travaux sont assez durs et les rendements difficiles \u00e0 obtenir.    <!--[if gte mso 9]><xml> Normal   0         21         false   false   false      FR   X-NONE   X-NONE <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 9]><xml> <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 10]>\n\n\n\n<style>\n \/* Style Definitions *\/\n table.MsoNormalTable\n\t{mso-style-name:\"Tableau Normal\";\n\tmso-tstyle-rowband-size:0;\n\tmso-tstyle-colband-size:0;\n\tmso-style-noshow:yes;\n\tmso-style-priority:99;\n\tmso-style-parent:\"\";\n\tmso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;\n\tmso-para-margin:0cm;\n\tmso-para-margin-bottom:.0001pt;\n\tmso-pagination:widow-orphan;\n\tfont-size:10.0pt;\n\tfont-family:\"Times New Roman\",\"serif\";}\n<\/style>\n\n<![endif]--><\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/sanchez-6-a-perpetuite.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3407\" title=\"Jean-Lucien Sanchez, A perp\u00e9tuit\u00e9, Vend\u00e9miaire, 2013\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/sanchez-6-a-perpetuite-225x300.jpg\" alt=\"\" width=\"111\" height=\"148\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/sanchez-6-a-perpetuite-225x300.jpg 225w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/sanchez-6-a-perpetuite.jpg 337w\" sizes=\"(max-width: 111px) 100vw, 111px\" \/><\/a>7) <\/strong><strong>D\u00e8s le d\u00e9part, tu signales pour la rel\u00e9gation des taux de mortalit\u00e9 effrayants et tu consacres m\u00eame un chapitre \u00e0 l&rsquo;h\u00e9catombe de 1940 \u00e0 1944. De quoi meurt-on \u00e0 Saint Jean du Maroni et dans les autres camps et chantiers de la rel\u00e9gation\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p><!--[if gte mso 9]><xml> <\/xml><![endif]-->Dans les premi\u00e8res d\u00e9cennies d&rsquo;installation du p\u00e9nitencier, les rel\u00e9gu\u00e9s meurent en masse de paludisme, de fi\u00e8vre jaune et de dysenterie, c&rsquo;est-\u00e0-dire de maladies hydriques. Les moustiques pullulent du fait de la proximit\u00e9 de mar\u00e9cages et de la for\u00eat \u00e9quatoriale et entra\u00eenent de nombreuses \u00e9pid\u00e9mies. La dysenterie se propage du fait de l&rsquo;absence d&rsquo;adduction d&rsquo;eau potable. De 1887 \u00e0 1918, la moyenne de vie d&rsquo;un rel\u00e9gu\u00e9 europ\u00e9en dans la colonie ne d\u00e9passe pas ainsi six ans\u00a0! La situation va s&rsquo;am\u00e9liorer tr\u00e8s progressivement, gr\u00e2ce aux importants travaux d&rsquo;assainissement entrepris \u00e0 Saint-Jean \u00e0 partir des ann\u00e9es 1890 jusqu&rsquo;au d\u00e9but du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. N\u00e9anmoins, la situation se d\u00e9t\u00e9riore \u00e0 nouveau lors des deux conflits mondiaux. Durant la Premi\u00e8re Guerre mondiale, la m\u00e9tropole n&rsquo;est plus en mesure d&rsquo;approvisionner normalement en vivres et en mat\u00e9riel sa colonie (en particulier en m\u00e9dicaments et en habillement) et l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire re\u00e7oit l&rsquo;ordre d&rsquo;effectuer des \u00e9conomies. Le bagne n&rsquo;\u00e9tant jamais parvenu \u00e0 \u00eatre auto-suffisant sur le plan alimentaire, cette d\u00e9sorganisation entra\u00eene un grand nombre de d\u00e9c\u00e8s. La m\u00eame situation se r\u00e9p\u00e8te lors du Second Conflit mondial, mais dans des proportions dramatiques. Du fait d&rsquo;un manque de vivres et de mat\u00e9riel, mais du fait \u00e9galement d&rsquo;un r\u00e9gime disciplinaire consid\u00e9rablement durci, le taux de mortalit\u00e9 atteint un sommet\u00a0: en 1942, pr\u00e8s de 48\u00a0% de l&rsquo;effectif des rel\u00e9gu\u00e9s meurt dans l&rsquo;ann\u00e9e.<\/p>\n<p><!--[if gte mso 9]><xml> Normal   0         21         false   false   false      FR   X-NONE   X-NONE <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 9]><xml> <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 10]>\n\n\n\n<style>\n \/* Style Definitions *\/\n table.MsoNormalTable\n\t{mso-style-name:\"Tableau Normal\";\n\tmso-tstyle-rowband-size:0;\n\tmso-tstyle-colband-size:0;\n\tmso-style-noshow:yes;\n\tmso-style-priority:99;\n\tmso-style-parent:\"\";\n\tmso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;\n\tmso-para-margin:0cm;\n\tmso-para-margin-bottom:.0001pt;\n\tmso-pagination:widow-orphan;\n\tfont-size:10.0pt;\n\tfont-family:\"Times New Roman\",\"serif\";}\n<\/style>\n\n<![endif]--><\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/sanchez-6-a-perpetuite.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3407\" title=\"Jean-Lucien Sanchez, A perp\u00e9tuit\u00e9, Vend\u00e9miaire, 2013\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/sanchez-6-a-perpetuite-225x300.jpg\" alt=\"\" width=\"116\" height=\"155\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/sanchez-6-a-perpetuite-225x300.jpg 225w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/sanchez-6-a-perpetuite.jpg 337w\" sizes=\"(max-width: 116px) 100vw, 116px\" \/><\/a>8 ) <\/strong><strong>Peut-on alors comparer ces camps de travail fran\u00e7ais que furent ceux de Guyane aux goulags staliniens et aux camps de concentration nationaux-socialistes\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p><!--[if gte mso 9]><xml> <\/xml><![endif]-->Je ne pense pas que l&rsquo;on puisse mettre sur le m\u00eame plan les camps de concentration staliniens ou nazis et les p\u00e9nitenciers coloniaux guyanais. Pour reprendre la distinction effectu\u00e9 par Hanna Arendt, le bagne \u00ab\u00a0ne bannit que d&rsquo;une partie du monde vers une autre partie du monde, \u00e9galement habit\u00e9e par des \u00eatres humains\u00a0; il n&rsquo;exclut pas totalement du monde des hommes.<a name=\"_ftnref1\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a> \u00bb Le rel\u00e9gu\u00e9 est condamn\u00e9 par une d\u00e9cision judiciaire, \u00e0 l&rsquo;issue d&rsquo;un proc\u00e8s contradictoire o\u00f9 ses droits sont assur\u00e9s et garantis par le code p\u00e9nal. Une fois au bagne, il demeure une personne juridique, en mesure d&rsquo;opposer des droits qui lui sont l\u00e0 aussi assur\u00e9s par une l\u00e9gislation. M\u00eame si le bagne a conduit \u00e0 la mort la majeure partie des for\u00e7ats qui lui ont \u00e9t\u00e9 livr\u00e9s et que ceux-ci ont \u00e9t\u00e9 victimes d&rsquo;un syst\u00e8me brutal et arbitraire, on ne peut pas confondre cette exp\u00e9rience avec celles conduites au cours du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle par les r\u00e9gimes totalitaires. Les for\u00e7ats ne se r\u00e9sument pas \u00e0 un <em>bios <\/em>pur, au sens o\u00f9 l&rsquo;entend Giorgio Agamben, qui r\u00e9duit un individu \u00e0 sa simple \u00ab\u00a0vie nue\u00a0\u00bb, ne disposant plus d&rsquo;aucun droit, ni garantie assur\u00e9s par son \u00c9tat. L&rsquo;arbitraire administratif et la volont\u00e9 d&rsquo;extermination qui caract\u00e9risent les syst\u00e8mes concentrationnaires totalitaires ne sont en rien comparables avec le projet politique port\u00e9 par le bagne colonial qui devait, pour m\u00e9moire, permettre l&rsquo;\u00e9closion d&rsquo;une colonie de peuplement, o\u00f9 for\u00e7ats et population libre devaient fonder une soci\u00e9t\u00e9, \u00e0 l&rsquo;instar du mod\u00e8le australien conduit par la Grande-Bretagne. Ce qui n\u00e9anmoins relie ces deux mod\u00e8les, \u00e0 mon sens, est le recours au travail forc\u00e9, mais la similitude s&rsquo;arr\u00eate l\u00e0.<\/p>\n<hr size=\"1\" \/><a name=\"_ftn1\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Hanna Arendt, <em>Les origines du totalitarisme. III. Le totalitarisme<\/em>, Paris, Gallimard, 2002, p. 791.<\/p>\n<p><!--[if gte mso 9]><xml> Normal   0         21         false   false   false      FR   X-NONE   X-NONE <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 9]><xml> <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 10]>\n\n\n\n<style>\n \/* Style Definitions *\/\n table.MsoNormalTable\n\t{mso-style-name:\"Tableau Normal\";\n\tmso-tstyle-rowband-size:0;\n\tmso-tstyle-colband-size:0;\n\tmso-style-noshow:yes;\n\tmso-style-priority:99;\n\tmso-style-parent:\"\";\n\tmso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;\n\tmso-para-margin:0cm;\n\tmso-para-margin-bottom:.0001pt;\n\tmso-pagination:widow-orphan;\n\tfont-size:10.0pt;\n\tfont-family:\"Times New Roman\",\"serif\";}\n<\/style>\n\n<![endif]--><\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/relaguas-libaras-saint-jean-du-maroni.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1152\" title=\"Saint Jean du Maroni, camp de la rel\u00e9gation\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/relaguas-libaras-saint-jean-du-maroni-300x213.jpg\" alt=\"\" width=\"158\" height=\"112\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/relaguas-libaras-saint-jean-du-maroni-300x213.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/relaguas-libaras-saint-jean-du-maroni.jpg 800w\" sizes=\"(max-width: 158px) 100vw, 158px\" \/><\/a>9) <\/strong><strong>Le dernier chapitre de ton livre est consacr\u00e9 \u00e0 la \u00ab\u00a0liquidation de l&rsquo;erreur\u00a0\u00bb rel\u00e9gation. Le constat d&rsquo;\u00e9chec \u00e9tait-il \u00e9vident d\u00e8s le d\u00e9part\u00a0? Pourquoi cette liquidation fut-elle aussi lente\u00a0? Que sont devenus les derniers rel\u00e9gu\u00e9s\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p><!--[if gte mso 9]><xml> <\/xml><![endif]--><\/p>\n<p>\u00c0 partir des ann\u00e9es 1930, le bagne est une institution en sursis, le constat de son \u00e9chec \u00e9tant acquis. Son co\u00fbt et son incapacit\u00e9 \u00e0 s&rsquo;auto-suffire lui sont effectivement fatals. D&rsquo;autre part, \u00e0 la suite d&rsquo;un reportage conduit par le journaliste Albert Londres au bagne de Guyane pour le compte du <em>Petit Parisie<\/em>n \u00e0 partir de 1923, l&rsquo;opinion publique est alert\u00e9e de la faillite de cette institution. En 1933, l&rsquo;Arm\u00e9e du Salut s&rsquo;installe en Guyane pour venir en aide aux for\u00e7ats lib\u00e9r\u00e9s et organiser leur rapatriement. En parall\u00e8le, les salutistes, par la voix de Charles P\u00e9an, militent en m\u00e9tropole pour l&rsquo;abolition du bagne. Ce combat est \u00e9galement relay\u00e9 par le jeune d\u00e9put\u00e9 de la Guyane, Gaston Monnerville, qui parvient, <em>in extremis,<\/em> \u00e0 obtenir la signature d&rsquo;un d\u00e9cret-loi en 1938 qui abolit la transportation en Guyane. Cette histoire est bien connue aujourd&rsquo;hui gr\u00e2ce aux travaux de Danielle Donet-Vincent, qui a consacr\u00e9 deux ouvrages fondamentaux sur ce processus d&rsquo;abolition<a name=\"_ftnref1\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, si elle est acquise pour les transport\u00e9s, elle ne l&rsquo;est pas pour les rel\u00e9gu\u00e9s\u00a0: la rel\u00e9gation continue toujours, apr\u00e8s 1938, \u00e0 \u00eatre ex\u00e9cut\u00e9e en Guyane. Les autorit\u00e9s, rencontrant des difficult\u00e9s \u00e0 installer les transport\u00e9s sur le sol de la m\u00e9tropole, ne parviennent pas \u00e0 lib\u00e9rer suffisamment de places en \u00e9tablissements p\u00e9nitentiaires pour les rel\u00e9gu\u00e9s. Ces derniers continuent donc \u00e0 d&rsquo;\u00eatre exp\u00e9di\u00e9s en Guyane. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;en 1946 que la d\u00e9cision est prise de ne plus les y envoyer. Par la suite, l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire, assist\u00e9e par l&rsquo;Arm\u00e9e du Salut, organise leur rapatriement jusqu&rsquo;au dernier convoi, au mois d&rsquo;ao\u00fbt 1953. La plupart des rel\u00e9gu\u00e9s, trop \u00e2g\u00e9s et trop us\u00e9s par le bagne, finiront leurs jours \u00e0 l&rsquo;asile de Radepont, tenu par l&rsquo;Arm\u00e9e du Salut, qu&rsquo; analys\u00e9 en d\u00e9tail l&rsquo;historien Jean-Claude Vimont<a name=\"_ftnref2\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>. Mais m\u00eame s&rsquo;ils ne prennent plus la route du bagne, la rel\u00e9gation n&rsquo;est pas pour autant abolie. Alors que la peine des travaux forc\u00e9s, donc la transportation, est abolie en 1964, la rel\u00e9gation ne prend fin qu&rsquo;en 1970. Mais pour \u00eatre remplac\u00e9e par une tutelle p\u00e9nale des multir\u00e9cidivistes qui ne sera abolie \u00e0 son tour qu&rsquo;en 1981.<\/p>\n<hr size=\"1\" \/><a name=\"_ftn1\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Danielle Donet-Vincent, <em>La fin du bagne<\/em>, Rennes, \u00c9ditions Ouest-France, 1992 et Danielle Donet-Vincent, <em>De soleil et silences\u00a0: histoire des bagnes de Guyane<\/em>, Paris, La Boutique de l&rsquo;Histoire, 2003.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn2\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a><strong> Jean-Claude Vimont<\/strong>, \u00ab\u00a0Les r\u00e9cidivistes et l&rsquo;Arm\u00e9e du Salut (1952-1970)\u00a0: L&rsquo;assistance par le travail au ch\u00e2teau de Radepont (Eure)\u00a0\u00bb, <em>Criminocorpus<\/em> [En ligne], <em>Varia<\/em>, mis en ligne le 04 juillet 2012, consult\u00e9 le 01 janvier 2014. URL\u00a0: http:\/\/criminocorpus.revues.org\/2016\u00a0; DOI\u00a0: 10.4000\/criminocorpus.2016<\/p>\n<p><!--[if gte mso 9]><xml> Normal   0         21         false   false   false      FR   X-NONE   X-NONE <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 9]><xml> <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 10]>\n\n\n\n<style>\n \/* Style Definitions *\/\n table.MsoNormalTable\n\t{mso-style-name:\"Tableau Normal\";\n\tmso-tstyle-rowband-size:0;\n\tmso-tstyle-colband-size:0;\n\tmso-style-noshow:yes;\n\tmso-style-priority:99;\n\tmso-style-parent:\"\";\n\tmso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;\n\tmso-para-margin:0cm;\n\tmso-para-margin-bottom:.0001pt;\n\tmso-pagination:widow-orphan;\n\tfont-size:10.0pt;\n\tfont-family:\"Times New Roman\",\"serif\";}\n<\/style>\n\n<![endif]--><\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/2e_semaine_de_la_lupinose.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1735\" title=\"2e semaine de lutte contre la lupinose\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/2e_semaine_de_la_lupinose-300x300.jpg\" alt=\"\" width=\"146\" height=\"146\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/2e_semaine_de_la_lupinose-300x300.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/2e_semaine_de_la_lupinose-150x150.jpg 150w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/2e_semaine_de_la_lupinose.jpg 700w\" sizes=\"(max-width: 146px) 100vw, 146px\" \/><\/a>10) <\/strong><strong>Dans ta riche bibliographie, tu ne mentionnes ni l&rsquo;ouvrage du docteur Rousseau, <em>Un m\u00e9decin au bagne<\/em>, ni les <em>\u00c9crits<\/em> d&rsquo;Alexandre Jacob qui ne fut ni Ars\u00e8ne Lupin et encore moins Ch\u00e9ri Bibi. Pourquoi\u00a0? Penses-tu d&rsquo;ailleurs que le voleur anarchiste ait pu inspirer Maurice Leblanc\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p><!--[if gte mso 9]><xml> <\/xml><![endif]-->Effectivement, si ces ouvrages n&rsquo;apparaissent pas dans ma bibliographie, c&rsquo;est qu&rsquo;il m&rsquo;a fallu effectuer une s\u00e9lection, ma bibliographie ne pouvant \u00eatre exhaustive. Quant \u00e0 l&rsquo;influence qu&rsquo;aurait pu op\u00e9rer Alexandre Jacob sur Maurice Leblanc, je n&rsquo;ai malheureusement pas de r\u00e9ponse. Mais je pense que Colombe de Dieuleveult, qui est l&rsquo;auteure d&rsquo;une th\u00e8se sur Alexandre Jacob, serait bien plus comp\u00e9tente que moi pour t&rsquo;\u00e9clairer sur ce point<a name=\"_ftnref1\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>.<\/p>\n<hr size=\"1\" \/><a name=\"_ftn1\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a><strong> Colombe de Dieuleveult<\/strong>, \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/criminocorpus.revues.org\/2410\">Alexandre Jacob, for\u00e7at anarchiste en Guyane\u00a0: politique ou droit commun\u00a0?<\/a> \u00bb, <em>Criminocorpus<\/em> [En ligne], Justice et d\u00e9tention politique, Le r\u00e9gime sp\u00e9cifique de la d\u00e9tention politique, mis en ligne le 27 mars 2013, consult\u00e9 le 02 janvier 2014. URL\u00a0: <a href=\"http:\/\/criminocorpus.revues.org\/2410\">http:\/\/criminocorpus.revues.org\/2410<\/a><\/p>\n<p><!--[if gte mso 9]><xml> Normal   0         21         false   false   false      FR   X-NONE   X-NONE <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 9]><xml> <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 10]>\n\n\n\n<style>\n \/* Style Definitions *\/\n table.MsoNormalTable\n\t{mso-style-name:\"Tableau Normal\";\n\tmso-tstyle-rowband-size:0;\n\tmso-tstyle-colband-size:0;\n\tmso-style-noshow:yes;\n\tmso-style-priority:99;\n\tmso-style-parent:\"\";\n\tmso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;\n\tmso-para-margin:0cm;\n\tmso-para-margin-bottom:.0001pt;\n\tmso-pagination:widow-orphan;\n\tfont-size:10.0pt;\n\tfont-family:\"Times New Roman\",\"serif\";}\n<\/style>\n\n<![endif]--><\/p>\n<p><!--[if gte mso 9]><xml> Normal   0         21         false   false   false      FR   X-NONE   X-NONE <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 9]><xml> <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 10]>\n\n\n\n<style>\n \/* Style Definitions *\/\n table.MsoNormalTable\n\t{mso-style-name:\"Tableau Normal\";\n\tmso-tstyle-rowband-size:0;\n\tmso-tstyle-colband-size:0;\n\tmso-style-noshow:yes;\n\tmso-style-priority:99;\n\tmso-style-parent:\"\";\n\tmso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;\n\tmso-para-margin:0cm;\n\tmso-para-margin-bottom:.0001pt;\n\tmso-pagination:widow-orphan;\n\tfont-size:10.0pt;\n\tfont-family:\"Times New Roman\",\"serif\";}\n<\/style>\n\n<![endif]--><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Jean-Lucien Sanchez travaille sur l&rsquo;histoire p\u00e9nale et coloniale de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique. Avec A perp\u00e9tuit\u00e9, sorti en 2013 chez Vend\u00e9miaire, il vous invite \u00e0 un voyage de 384 pages dont on\u00a0 ne revient pas forc\u00e9ment indemne. 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