{"id":3403,"date":"2014-06-14T01:10:26","date_gmt":"2014-06-13T23:10:26","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=3403"},"modified":"2013-12-31T20:04:10","modified_gmt":"2013-12-31T18:04:10","slug":"marius-et-pierre-valentin","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2014\/06\/marius-et-pierre-valentin\/","title":{"rendered":"Marius et Pierre Valentin"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/pierre-valentin_berthier_051.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1011\" title=\"pierre-valentin_berthier_051\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/pierre-valentin_berthier_051-300x226.jpg\" alt=\"Pierre Valentin Berthier, 2004\" width=\"117\" height=\"100\" \/><\/a><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacobjardin.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-590\" title=\"Jacob dans son jardin\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacobjardin.jpg\" alt=\"\" width=\"156\" height=\"100\" \/><\/a>Lorsque <em>L&rsquo;Insomniaque<\/em> publie en 1995 les <em>Ecrits<\/em> d&rsquo;Alexandre Jacob, la maison d&rsquo;\u00e9dition inclut la courte correspondance que l&rsquo;honn\u00eate cambrioleur a entretenue avec Pierre Valentin Berthier de 1952 \u00e0 1953. Les dix-sept lettres qui suivent sont alors pr\u00e9c\u00e9d\u00e9es des<em> Souvenirs presque \u00e9teints<\/em>, texte dans lequel ce dernier raconte son amiti\u00e9 avec Jacob. On y apprend entre autres les d\u00e9m\u00eal\u00e9s du vieux marchand forain avec la r\u00e9sistance d&rsquo;abord, puis avec une justice qui le soup\u00e7onne de march\u00e9 noir aux alentours de la Lib\u00e9ration. Berthier, par son t\u00e9moignage souligne la probit\u00e9, la droiture et la loyaut\u00e9 de son ami mort, dont il avoue s&rsquo;\u00eatre toujours refus\u00e9 \u00e0 accompagner le suicide m\u00eame s&rsquo;il en avait accept\u00e9 l&rsquo;id\u00e9e. L&rsquo;ancien libraire et correcteur qu&rsquo;il fut, justifie d&rsquo;abord le faible volume du courrier de Jacob qu&rsquo;il peut ici transmettre. Car si Jacob lui a si peu \u00e9crit\u00a0 c&rsquo;est parce que son ami a longtemps habit\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de chez lui. D\u00e8s lors, la correspondance ne commence qu&rsquo;avec le d\u00e9part du copain pour Paris en 1951 et, pour r\u00e9duite qu&rsquo;elle soit, elle ne permet pas moins de retrouver un homme alerte et vif, caustique et r\u00e9fl\u00e9chi, un esprit libre.<!--more--><\/p>\n<p>Jacob multiplie les projets et les correspondances\u00a0; avec Alain Bombard dont Alain Sergent a \u00e9crit l&rsquo;autobiographie, avec le r\u00e9v\u00e9rend p\u00e8re Riquet au sujet des Guaranis du Br\u00e9sil. Le courrier de Jacob permet encore d&rsquo;entrevoir la gen\u00e8se de la <em>Lettre ouverte \u00e0 Georges Arnaud<\/em> \u00e0 l&rsquo;occasion de la sortie du livre <em>Prison 53<\/em>, papier que publie <em>D\u00e9fense de l&rsquo;Homme<\/em> en 1954. \u00ab\u00a0Un sujet\u00a0 en or pour moi\u00a0\u00bb \u00e9crit ironiquement le vieil homme. Mais le mensuel de Lecoin refuse sa lettre au procureur de Marseille. L\u00e0, nous sentons Jacob d&rsquo;autant plus aigri vis \u00e0 vis du mouvement anarchiste que <em>le Libertaire<\/em> aurait d\u00e9tourn\u00e9 \u00e0 son seul profit la part des ventes d&rsquo;<em>Un anarchiste de la Belle Epoque<\/em> qui lui revenait depuis 1950. Le journal anarchiste se justifie au nom d&rsquo;une organisation que Jacob n&rsquo;h\u00e9site pas \u00e0 comparer \u00e0 la Russie de L\u00e9nine ! Il se m\u00e9fie alors de Vergine comme d&rsquo;un certain Lacombe surveill\u00e9 par la police.<\/p>\n<p>Nous sommes tr\u00e8s loin de l&rsquo;image de l&rsquo;ermite de Bois Saint Denis, de l&rsquo;id\u00e9e facile d&rsquo;un homme reclus et fatigu\u00e9 dans un pays o\u00f9 il ne se passe rien si ce n&rsquo;est un changement de municipalit\u00e9 et un cambriolage orchestr\u00e9 par les \u00ab\u00a0chevaliers de la d\u00e9soeuvrance\u00a0\u00bb. La vie s&rsquo;\u00e9coule lentement dans le Berry\u00a0; N\u00e9gro, le cocker de Jacob, comme lui vieillit\u00a0; les amis (Denizeau, Briselance, Bouquereau, Sergent, Rousseau ou encore les Passas) viennent le voir, lui \u00e9crivent &#8230; mais l&rsquo;honn\u00eate marchand forain \u00e0 la retraite pense de plus en plus \u00e0 la mort et commence \u00e0 se renseigner sur l&rsquo;usage de poisons qui lui permettraient de finir en bonne sant\u00e9. \u00ab\u00a0J&rsquo;ai pris ma d\u00e9cision\u00a0\u00bb \u00e9crit-il encore le 28 ao\u00fbt 1954. C&rsquo;\u00e9tait sa derni\u00e8re lettre.<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/pierre-valentin_berthier_051.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1011\" title=\"pierre-valentin_berthier_051\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/pierre-valentin_berthier_051-300x226.jpg\" alt=\"Pierre Valentin Berthier, 2004\" width=\"152\" height=\"114\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/pierre-valentin_berthier_051-300x226.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/pierre-valentin_berthier_051.jpg 720w\" sizes=\"(max-width: 152px) 100vw, 152px\" \/><\/a>Des souvenirs presque \u00e9teints<\/strong><\/p>\n<p>MA CORRESPONDANCE avec Alexandre Marius Jacob se r\u00e9duit \u00e0 un petit nombre de lettres. Quand nous habitions \u00e0 moins de 20 kilom\u00e8tres l&rsquo;un de l&rsquo;autre, dans l&rsquo;Indre, lui \u00e0 Bois-Saint-Denis, commune de Reuilly, moi \u00e0 Issoudun, nous nous voyions r\u00e9guli\u00e8rement et n&rsquo;avions presque jamais besoin de nous \u00e9crire. Il venait \u00e0 Issoudun faire les march\u00e9s, y montait son \u00ab barnum \u00bb de mercerie et de petite confection et passait nous voir, ma femme et moi, \u00e0 peu pr\u00e8s chaque fois, d\u00e9jeunant avec nous \u00e0 l&rsquo;occasion.<\/p>\n<p>Nous nous \u00e9tions connus par l&rsquo;entremise de camarades forains, Louis Briselance et Bernard<\/p>\n<p>Bouquereau, quelques ann\u00e9es avant la guerre, \u00e9poque o\u00f9, c\u00e9libataire, je logeais encore chez mes parents. Ma m\u00e8re lui avait achet\u00e9 pour moi un manteau de pluie. Quand, la guerre venue, Suzanne et moi am\u00e9nage\u00e2mes notre foyer au centre de la petite ville o\u00f9 j&rsquo;avais d\u00e9j\u00e0 mon bureau depuis juin 1937, Jacob, le samedi, partagea souvent avec nous la pot\u00e9e de haricots, Blanche Bouquereau apportant des \u0153ufs et Marius le reste. Heureux moments, n&rsquo;e\u00fbt \u00e9t\u00e9 la trag\u00e9die universelle. On les retrouva la paix revenue.<\/p>\n<p>Aucune ombre n&rsquo;a jamais terni notre amiti\u00e9, pas m\u00eame quand il s&rsquo;obstina dans un caprice pu\u00e9ril : il me croyait capable d&rsquo;obtenir, d&rsquo;une entreprise de m\u00e9canique industrielle install\u00e9e dans l&rsquo;ancienne caserne Jardon, ex-couvent d&rsquo;ursulines, un crayon \u00e0 bille que cette firme ne fabriquait plus. Selon lui, elle devait bien en avoir en stock. Or la direction affirmait que non, et le secr\u00e9taire de l&rsquo;union locale des syndicats, le communiste Sebot, qui y \u00e9tait employ\u00e9 et que je connaissais de longue date, m&rsquo;avait assur\u00e9 avoir \u00e9chou\u00e9 \u00e0 en trouver un seul. Je n&rsquo;ai pas convaincu Jacob, qui l\u00e2chait difficilement une id\u00e9e, et qui en fut r\u00e9duit \u00e0 acheter un crayon \u00e0 bille chez le papetier du coin ; mais nos relations n&rsquo;en furent pas affect\u00e9es : elles \u00e9taient tout de m\u00eame assez solides pour r\u00e9sister \u00e0 pareille v\u00e9tille.<\/p>\n<p>\u00c0 partir de la Toussaint 1951, ayant perdu \u00e0 Issoudun mon emploi de r\u00e9dacteur ainsi que le bureau et l&rsquo;appartement dont la jouissance \u00e9tait li\u00e9e \u00e0 mon salaire, j&rsquo;\u00e9migrai \u00e0 Paris d\u00e9finitivement, et j&rsquo;eus d\u00e8s lors avec notre ami Marius une correspondance \u00e0 vrai dire tr\u00e8s espac\u00e9e. Profitant d&rsquo;un voyage impromptu dans la capitale, il passa nous voir un jour \u00e0 la librairie qui fut notre domicile jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;automne de 1956, au num\u00e9ro 177 de la rue du<\/p>\n<p>Faubourg-Poissonni\u00e8re.<\/p>\n<p>Les lettres de Jacob me causaient un peu d&#8217;embarras. Il \u00e9tait soup\u00e7onneux sans raison ; c&rsquo;est \u00e0 tort qu&rsquo;il pr\u00eata des arri\u00e8re-pens\u00e9es inamicales \u00e0 des camarades sans reproche, pour des incidents futiles, par exemple un texte propos\u00e9 et refus\u00e9. Du moins \u00e9tait-il franc et direct, et son caract\u00e8re exempt de toute dissimulation. Vu la stature morale de l&rsquo;homme, je ne me suis jamais permis de le juger \u00e0 l&rsquo;aune de quelques petitesses imputables peut-\u00eatre \u00e0 ce qu&rsquo;il\u00a0 avait accompli puis souffert.<\/p>\n<p>C&rsquo;est \u00e0 dessein que j&rsquo;ai employ\u00e9 le mot \u00ab morale \u00bb \u00e0 propos de Jacob, car le r\u00e9volt\u00e9 aux cent cinquante-six cambriolages \u00e9tait d&rsquo;une moralit\u00e9 sup\u00e9rieure. Pas plus qu&rsquo;\u00e0 Pierre Loti, il n&rsquo;e\u00fbt fait tort d&rsquo;un centime \u00e0 qui devait ses moyens d&rsquo;existence au travail. On le volait ais\u00e9ment \u00e0 son \u00e9talage forain, surtout \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de sa premi\u00e8re liaison, o\u00f9, mal entour\u00e9, il sembla na\u00efvement aveugle \u00e0 l&rsquo;agilit\u00e9 des mains crochues. Mais lui se f\u00fbt interdit le moindre larcin sur autrui s&rsquo;il y avait seulement pens\u00e9.<\/p>\n<p>Un exemple en a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 relat\u00e9 d&rsquo;apr\u00e8s mon propre t\u00e9moignage, car seuls ma femme et moi assist\u00e2mes \u00e0 ce petit fait. Vers 1945, les journaux, faute de papier, adopt\u00e8rent un format tr\u00e8s r\u00e9duit. La Marseillaise du Berry, dont j&rsquo;\u00e9tais r\u00e9dacteur, tirait des exemplaires coupl\u00e9s que le d\u00e9positaire devait d\u00e9doubler avant de les mettre en vente. Un jour, Jacob entre \u00e0 la librairie Augel, agent local des messageries, prend un exemplaire du quotidien, le paye et vient le lire dans mon bureau, distant de moins de 100 m\u00e8tres. Je l&rsquo;entends qui rousp\u00e8te : il s&rsquo;est aper\u00e7u que le libraire &#8211; Poulard, gendre des Aubel &#8211; a oubli\u00e9 de s\u00e9parer les deux exemplaires, dont le fin papier a d\u00fb couler entre ses doigts. Jacob n&rsquo;a pas m\u00eame \u00e0 consulter sa conscience : il court reporter au libraire le journal en exc\u00e9dent.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 l&rsquo;homme chez qui, vers la fin de la guerre, des maquisards plus ou moins incontr\u00f4l\u00e9s entr\u00e8rent en coup de main, \u00e0 la recherche, semble-t-il, d&rsquo;articles \u00e0 perquisitionner<\/p>\n<p>: \u00ab Vous nous prenez pour des bandits, nous n&rsquo;en sommes pas \u00bb, dit l&rsquo;un d&rsquo;eux \u00e0 l&rsquo;ancien for\u00e7at dont il ignorait les ant\u00e9c\u00e9dents. Jacob, sorti fumer sa pipe sur le pas de sa porte pendant que les partisans op\u00e9raient, r\u00e9pondit : \u00ab Oh ! non. Des bandits, j&rsquo;en ai connu, ils n&rsquo;\u00e9taient pas faits comme \u00e7a. \u00bb<\/p>\n<p>Voil\u00e0 l&rsquo;homme qu&rsquo;un tribunal renvoya en prison parce qu&rsquo;on avait trouv\u00e9 chez lui quelques pi\u00e8ces de cotonnade dont, faute de l&rsquo;avoir re\u00e7ue, il ne put pr\u00e9senter la facture. J&rsquo;assistai au proc\u00e8s comme journaliste. Jacob \u00e9tait d\u00e9fendu par Me Boudrant, avou\u00e9, brave homme savant en droit et m\u00eame en&#8230; histoire religieuse (il pouvait r\u00e9citer par coeur la liste des devises latines de tous les papes depuis saint Pierre !), mais tout \u00e0 fait nul au pr\u00e9toire. D\u00e9crivant son client comme d\u00e9linquant primaire (la r\u00e9habilitation ayant rendu sa virginit\u00e9 judiciaire au pr\u00e9venu), Me Boudrant, qui n&rsquo;avait obtenu que le bulletin no 3 expurg\u00e9 du casier, plaida de fort bonne foi mais arracha un sourire au substitut du procureur, lequel avait eu acc\u00e8s au bulletin no 2 exhaustif. Le cher avou\u00e9 ne put \u00e9viter une peine d&rsquo;incarc\u00e9ration, ce qui lui parut inexplicable. Quand Jacob sortit de la prison de Ch\u00e2teauroux, sa premi\u00e8re visite fut pour nous. Il me confia que cet enfermement imm\u00e9rit\u00e9 lui avait paru plus p\u00e9nible que tout son temps au bagne.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 ses vingt-cinq ans de Guyane, Jacob \u00e9tait rest\u00e9 tr\u00e8s m\u00e9ridional. \u00ab Tiens, eung pays ! \u00bb s&rsquo;\u00e9cria-t-il un jour en entrant dans mon bureau et se trouvant tout soudain devant<\/p>\n<p>Fernandel, que je recevais pour l&rsquo;interviewer. Tous deux Marseillais authentiques.<\/p>\n<p>Le samedi o\u00f9 il se suicida, il posta une lettre nous annon\u00e7ant que ce qu&rsquo;il avait projet\u00e9 de faire \u00e9tait fait. Pour nous, le lundi matin, ce fut un choc, une d\u00e9solation, pas une surprise.<\/p>\n<p>Aux yeux de Jacob, pas mal de gens \u00e9taient des \u00ab fadas \u00bb. Moi-m\u00eame j&rsquo;ai eu droit \u00e0 cette d\u00e9signation pittoresque. \u00ab Un peu fou \u00bb, traduit Le Petit Robert. Parfois, sous-entendu : c&rsquo;est un con. Jacob me catalogua fada quand il me commanda, au temps o\u00f9 j&rsquo;\u00e9tais libraire, des ouvrages sur les poisons et que je fis semblant \u00e0 la fois de ne point deviner son dessein et de ne pouvoir d\u00e9nicher les livres command\u00e9s. J&rsquo;admire Jacob \u00e0 de nombreux \u00e9gards, jusque dans son suicide, mais je n&rsquo;ai pas voulu y avoir la moindre part. Je n&rsquo;en \u00e9prouve aucun regret, j&rsquo;ai pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 passer pour un fada.<\/p>\n<p>Un d\u00e9tail que Jacob n&rsquo;a jamais su, c&rsquo;est qu&rsquo;\u00e0 Issoudun il installait son \u00ab banc \u00bb forain juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;une pharmacie o\u00f9 finissait d&rsquo;exercer un potard octog\u00e9naire de la vieille \u00e9cole, Octave<\/p>\n<p>Martinet, celui-l\u00e0 m\u00eame qui, le 31 octobre 1870, avait combattu aux c\u00f4t\u00e9s de Blanqui dans l&rsquo;assaut contre l&rsquo;h\u00f4tel de ville de Paris.<\/p>\n<p>Pierre-Valentin Berthier (juillet 1995)<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-hilare-ph.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-121\" title=\"jacob-hilare-ph\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-hilare-ph.jpg\" alt=\"Jacob dans sa maison\" width=\"74\" height=\"117\" \/><\/a>1er juin 1946<\/strong><\/p>\n<p><strong>Chers amis,<\/strong><\/p>\n<p>Je pr\u00e9sume que Pierre est de retour. Besnard<a name=\"_ftnref1\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>, de Paris, m&rsquo;a \u00e9crit l&rsquo;avoir bien rencontr\u00e9 et l&rsquo;avoir charg\u00e9 d&rsquo;une commission dont la solution est \u00e0 pr\u00e9sent r\u00e9gl\u00e9e.<\/p>\n<p>Mardi, je vous t\u00e9l\u00e9phonerai pour savoir si la peinture verte est arriv\u00e9e, de m\u00eame pour la blanche. Le marchand de couleurs que vous avez dit \u00eatre en mesure de me satisfaire lors de ma premi\u00e8re d\u00e9marche \u00e0 ce sujet m&rsquo;a vendu tout juste les 4 kilos qui restaient avec promesse de m&rsquo;en livrer la pareille sous quinzaine. Je ne puis commencer \u00e0 peindre sans \u00eatre certain que le coloris sera le m\u00eame, et d&rsquo;autre part sur les 4 kilos, il y a au moins 500 grammes de pellicules, de crasses et d&rsquo;ordures et d&rsquo;autres d\u00e9chets.<\/p>\n<p>Dans un autre ordre de commission, Paulette<a name=\"_ftnref2\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a> a un besoin urgent d&rsquo;une ampoule compte-gouttes de [<em>illisible<\/em>], voir l&rsquo;ordonnance ci-jointe. Tous les autres m\u00e9dicaments et objets port\u00e9s sur l&rsquo;ordonnance ont \u00e9t\u00e9 honor\u00e9s par le pharmacien local. Seule cette ampoule \u00e0 compte-gouttes nous manque. Vous nous obligeriez si vous pouviez la d\u00e9nicher \u00e0 Issoudun.<\/p>\n<p>\u00c0 mardi au bout du fil.<\/p>\n<p>Bonne sant\u00e9 et amiti\u00e9s,<\/p>\n<p>Marius<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-hilare-ph2.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-215\" title=\"jacob-hilare-ph2\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-hilare-ph2.jpg\" alt=\"Marius Jacob dans sa maison\" width=\"75\" height=\"119\" \/><\/a>2 mai 1952<\/strong><\/p>\n<p><strong>Chers amis,<\/strong><\/p>\n<p>J&rsquo;avais appris par le marchand de fleurs que Claude \u00e9tait \u00e0 Issoudun, par Andr\u00e9 que tu avais quitt\u00e9 le travail de nuit. Donc vous voil\u00e0 encore en instance de d\u00e9m\u00e9nagement.<\/p>\n<p>D&rsquo;apr\u00e8s tes pronostics, vous iriez dans le centre en plein c\u0153ur du commerce. Je t&rsquo;\u00e9cris encore au seizi\u00e8me, j&rsquo;attendrai ta nouvelle adresse pour te r\u00e9\u00e9crire.<\/p>\n<p>Sant\u00e9 passable, satisfaisante m\u00eame. La m\u00e9nagerie se porte bien, chacun de ses membres en fonction de son \u00e2ge. N\u00e9gro, le doyen, va sur ses 17 ans, sourd et faible mais le flair reste vivace.<\/p>\n<p>Entendu pour le contrat, quand tu pourras avoir des pr\u00e9cisions tu m&rsquo;en informeras.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai adress\u00e9 un petit cadeau pour Suzanne ; pour toi, je ne puis t&rsquo;offrir que deux chemises de nuit. Dans le cas o\u00f9 tu porterais des pyjamas, j&rsquo;ai du tissu \u00e0 cet usage, mais il faudrait les confectionner. Choisis et j&rsquo;apporterai. Pour Claude, il ne me reste que des mi-bas blancs, j&rsquo;ajouterai deux paires ; si la jambure est trop forte vous attendrez que ses pieds s&rsquo;allongent. La sant\u00e9 plut\u00f4t d\u00e9ficiente d&rsquo;Andr\u00e9<a name=\"_ftnref3\" href=\"#_ftn3\">[3]<\/a> ne me surprend pas, il aime trop l&rsquo;alcool ; dans un sens, il est pr\u00e9f\u00e9rable qu&rsquo;il ne parte pas aux tropiques, ce serait sa fin. Une cure d&rsquo;abstinence dans un trou de campagne le remettrait d&rsquo;aplomb, mais on ne s&rsquo;arrache pas de Paris facilement.<\/p>\n<p>Les Denizeau sont tr\u00e8s aimables avec moi, ils viennent me voir de temps \u00e0 autre. \u00c0 la suite de ma maladie, ils sont venus me d\u00e9crasser la cuisine qui en avait besoin.<\/p>\n<p>Je re\u00e7ois \u00e0 peu pr\u00e8s tous les p\u00e9riodiques sauf <em>Le Libertaire<\/em>, mais jusqu&rsquo;en 52 j&rsquo;ai r\u00e9gl\u00e9 les abonnements, je verrai si je puis encore le faire en 53.<\/p>\n<p>Bonne sant\u00e9 \u00e0 tous trois et sinc\u00e8res amiti\u00e9s,<\/p>\n<p>Marius<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-hilare-ph2.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-215\" title=\"jacob-hilare-ph2\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-hilare-ph2.jpg\" alt=\"Marius Jacob dans sa maison\" width=\"73\" height=\"116\" \/><\/a>10 juin 1952<\/strong><\/p>\n<p><strong>Chers amis,<\/strong><\/p>\n<p>Bien re\u00e7u le <em>Sitting Bull <\/em>(une tranche)<a name=\"_ftnref4\" href=\"#_ftn4\">[4]<\/a>. Je l&rsquo;ai lu. Commercialement l&rsquo;ouvrage est bien pr\u00e9sent\u00e9, la gravure a du tape-\u00e0-l&rsquo;oeil. Litt\u00e9rairement le jeu des personnages est fort bien conduit. Il suffit d&rsquo;une tranche de melon pour pouvoir appr\u00e9cier la valeur gustative du fruit entier. Mais ce mode d&rsquo;appr\u00e9ciation ne convient pas pour appr\u00e9cier le c\u00f4t\u00e9 historique, m\u00eame romanc\u00e9, et philosophique d&rsquo;un ouvrage. Il faut le lire en entier, c&rsquo;est aussi, je pense, ton avis.<\/p>\n<p>Du m\u00eame coup j&rsquo;ai eu votre adresse, je lis 9e arrondissement. Si mon souvenir est exact, le 177 est sur le trottoir de gauche en partant des boulevards. Alors c&rsquo;est le 10e. C&rsquo;est possible que d\u00e9pass\u00e9e la rue La Fayette, ce soit le 9e. Au fait, sans importance<a name=\"_ftnref5\" href=\"#_ftn5\">[5]<\/a>.<\/p>\n<p>Est-ce que ton beau-fr\u00e8re est all\u00e9 chercher sa bagnole et du m\u00eame coup lui as-tu fait la commission pour le papier re\u00e7u ? J&rsquo;ai encore eu une rude alerte ces jours-ci et cela me tracasse. J&rsquo;esp\u00e8re que votre nouvelle r\u00e9sidence sera (est) plus confortable que la pr\u00e9c\u00e9dente, le coin me semble plus vivant, anim\u00e9 que dans le 16e. Est-ce une illusion d&rsquo;optique morale ?<\/p>\n<p>Je ne sais ce que devient Mah\u00e9, il devrait faire une cure de repos dans la cambrousse pour se remettre d&rsquo;aplomb.<\/p>\n<p>Le Dr Rousseau a r\u00e9ussi \u00e0 pouvoir am\u00e9liorer sa sant\u00e9 en d\u00e9chlorurant ses art\u00e8res. C&rsquo;est ce que je n&rsquo;ai jamais pu r\u00e9ussir moi-m\u00eame, j&rsquo;ai aval\u00e9 plusieurs pilules de dynamite, en vain. Je lui ai demand\u00e9 le tuyau. Sans nouvelles des Denizeau, de Briselance et de Bernard : pris dans l&rsquo;\u00e9tau des affaires, ils n&rsquo;ont pas le temps de se d\u00e9placer.<\/p>\n<p>Si d&rsquo;aventure tu connaissais un copain \u00e0 Chaville, avise-m&rsquo;en. Ce serait pour lui demander d&rsquo;aller au 3 <em>bis<\/em>, avenue de la R\u00e9sistance afin d&rsquo;avoir des nouvelles de ma belle-s\u0153ur, Mlle Lucie Charron, dont les lettres que je lui ai adress\u00e9es sont rest\u00e9es sans r\u00e9ponse. Je la suppose en taule ou d\u00e9c\u00e9d\u00e9e. J&rsquo;ai \u00e9crit \u00e0 la mairie et pas de r\u00e9ponse, bizarre. Louvet pourrait conna\u00eetre dans son fichier une adresse dans ce coin-l\u00e0. Sant\u00e9 pas bonne mais inclinant vers le mieux.<\/p>\n<p>Amiti\u00e9s \u00e0 tous trois,<\/p>\n<p>Marius<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-hilare-ph2.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-215\" title=\"jacob-hilare-ph2\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-hilare-ph2.jpg\" alt=\"Marius Jacob dans sa maison\" width=\"78\" height=\"123\" \/><\/a>10 octobre 1952<\/strong><\/p>\n<p><strong>Chers amis,<\/strong><\/p>\n<p>Je ne savais pas que tu avais charg\u00e9 ton beau-fr\u00e8re de la commission. Il y a huit ou dix mois tu m&rsquo;avais bien \u00e9crit que tu envisageais cette solution, j&rsquo;ignorais que c&rsquo;\u00e9tait une d\u00e9marche accomplie. Alors c&rsquo;est tr\u00e8s bien et \u00e9videmment, de ton bord, tu ne peux, ne pouvais faire mieux. D&rsquo;apparence, ton beau-fr\u00e8re me paraissait plus apparent\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9cureuil qu&rsquo;\u00e0 la limace, me serais-je tromp\u00e9 ? Dans une cit\u00e9 de douze mille bip\u00e8des, surtout quand on conna\u00eet l&rsquo;heure de sortie des bureaux, il me semble que ce n&rsquo;est pas la mer \u00e0 boire que de le contacter, encore faut-il que le poursuivant soit libre \u00e0 cette m\u00eame heure.<\/p>\n<p><em>Le Libertaire <\/em>m&rsquo;a \u00e9crit, il a d\u00fb lire <em>Le Prince <\/em>ce \u00ab fr\u00e8re \u00bb. Il m&rsquo;a r\u00e9pondu en bolchevik, en homme d&rsquo;\u00c9tat. Il me dit avoir \u00e0 mon cr\u00e9dit la somme de 8 700 francs (c&rsquo;est 9 000), mais le budget du journal \u00e9tant trop serr\u00e9, il ne peut me les remettre. Et il conclut : \u00ab Notre journal, notre organisation doivent passer avant toute autre consid\u00e9ration.\u00bb Quant \u00e0 la gen\u00e8se de l&rsquo;affaire, \u00e0 son essence, pas un mot, sur la recommandation de Mah\u00e9, l&rsquo;\u00e9diteur leur a fait du 50 % et livr\u00e9 \u00e0 domicile. Ayant employ\u00e9 l&rsquo;argent de la vente \u00e0 d&rsquo;autres fins, <em>Le Libertaire <\/em>n&rsquo;a pas pay\u00e9 l&rsquo;\u00e9diteur. Du reste Mah\u00e9, qui a suivi ces tractations de pr\u00e8s, se renseignera mieux que je ne pourrais le faire moi-m\u00eame.<\/p>\n<p>Dans chaque bouquin vendu, il y avait un papillon incitant \u00e0 la vente \u00e0 mon profit et c&rsquo;est l\u00e0 que r\u00e9side l&rsquo;escroquerie. S&rsquo;il n&rsquo;y avait pas eu d\u00e9tournement de fonds, dol au contrat, ce litige n&rsquo;existerait pas. Laisse courir \u00e7a, ce sont de petits escroquailleurs sans allure qui cachent l&rsquo;in\u00e9l\u00e9gance de leur geste derri\u00e8re la raison d&rsquo;\u00c9tat. L&rsquo;organisation d&rsquo;abord.<\/p>\n<p>Pas de nouvelles de Mah\u00e9, l&#8217;emprise parisienne semble l&rsquo;avoir piqu\u00e9 du complexe de grandeur. Il y a plus de deux mois que je lui ai adress\u00e9 un colis et j&rsquo;attends encore l&rsquo;accus\u00e9 de r\u00e9ception.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 toi, \u00e0 vous, je vois que vous allez y laisser votre sant\u00e9. Il y a presque deux ans je te disais : \u00ab Il y a longtemps que tu aurais d\u00fb quitter la province \u00bb, jugement \u00e0 courte vue. Ne regrettes-tu pas la rue Porte-Neuve ? Je crois bien que si. Et tu as raison, Paris n&rsquo;est qu&rsquo;une gal\u00e8re o\u00f9 la chiourme a nom n\u00e9cessit\u00e9. Si tu en avais les aptitudes et vingt ans de moins, je t&rsquo;aurais conseill\u00e9 d&rsquo;aller en Inde apr\u00e8s avoir appris l&rsquo;anglais. L\u00e0 est l&rsquo;avenir de l&rsquo;affranchi, des pierres pr\u00e9cieuses au kilo, des tuiles en or, etc. Et cela gard\u00e9 seulement ou presque par l&rsquo;esprit religieux. Si je n&rsquo;avais pas eu ma m\u00e8re, c&rsquo;est ce que j&rsquo;aurais fait en 29, \u00e0 pr\u00e9sent n&rsquo;en parlons plus. Bon \u00e0 r\u00eaver qu&rsquo;\u00e0 r\u00eaver.<\/p>\n<p>J&rsquo;\u00e9tais du comit\u00e9 de d\u00e9fense plus sp\u00e9cialement pour les affaires de Guyane. Le bagne \u00e9tant liquid\u00e9, je ne vois pas ce que je pourrais y faire d&rsquo;utile.<\/p>\n<p>Briselance n&rsquo;est pas press\u00e9, il me l&rsquo;a dit lorsqu&rsquo;il est venu me voir il y a deux mois.<\/p>\n<p>Ne te tracasse pas. Sant\u00e9 passable, le grand-p\u00e8re N\u00e9gro va sur ses 18 ans, il se meurt lentement.<\/p>\n<p>Amiti\u00e9s, bonne sant\u00e9 \u00e0 tous trois,<\/p>\n<p>Marius<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-hilare-ph2.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-215\" title=\"jacob-hilare-ph2\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-hilare-ph2.jpg\" alt=\"Marius Jacob dans sa maison\" width=\"77\" height=\"122\" \/><\/a>20 octobre 1952<\/strong><\/p>\n<p><strong>Chers amis,<\/strong><\/p>\n<p>Ne t&rsquo;en fais pas pour le percepteur de mon c\u0153ur. Il y a douze ans que je lui \u00e9cris de la sorte. Suppose un molosse \u00e0 qui on donne un os. Il le d\u00e9piaute, le ronge, le mange. Mais si l&rsquo;os est un morceau d&rsquo;acier, il se casse les dents. Or mon cas est tellement d&rsquo;acier qu&rsquo;il ne peut que se taire, c&rsquo;est ce qu&rsquo;il a fait. Si en 53 il r\u00e9cidive, je ne r\u00e9ponds plus, j&rsquo;en ai marre de d\u00e9penser des 15, 30 et 45 francs de timbres. Cependant ta remarque, ton raisonnement sont bien. Toutefois, il y a parfois des hommes d&rsquo;esprit parmi les percepteurs. Preuve celui qui, il y a une quinzaine, partit sans laisser d&rsquo;adresse en emportant 5 millions.<\/p>\n<p>Veux-tu mon opinion sur le cas du <em>Libertaire <\/em>? Eh bien ! laisse tomber. Mets \u00e0 profit l&rsquo;incident pour ne plus donner de papier ni au <em>Libertaire <\/em>ni \u00e0 Lecoin. Lecoin est un tr\u00e8s bon copain, mais bagarreur exclusivement pour sa conception \u00e0 lui, pour le reste, c&rsquo;est un b\u00e9nisseur. L&rsquo;union, mais quelle union ? En 1920, L\u00e9nine fit l&rsquo;union en mitraillant ceux de Cronstadt, pourquoi pas l&rsquo;union avec Marty et Frachon ? Louvet acceptera \u00e0 regret ou refusera pour d&rsquo;autres motifs.<\/p>\n<p>\u00c0 propos de <em>Contre-Courant <\/em>j&rsquo;ai lu ce nom, Lacombe R. (Raymond). C&rsquo;est celui du truand qui m&rsquo;a pill\u00e9 et que tu as vu chez moi. C&rsquo;est un indicateur de police non r\u00e9tribu\u00e9 en esp\u00e8ces parce que tricard. J&rsquo;ai appris cela apr\u00e8s coup par son oncle qui habite Reuilly. J&rsquo;ai id\u00e9e qu&rsquo;il a d\u00fb se faufiler dans les milieux libertaires en se r\u00e9f\u00e9rant de moi par une photo que j&rsquo;ai eu l&rsquo;imprudence de lui d\u00e9dicacer. Si tu vois Louvet, renseigne-toi sur cela. Je ne serais pas surpris qu&rsquo;il soit aussi all\u00e9 au <em>Libertaire<\/em>. Il ne vit que comme maquereau et de menus chantages, ce n&rsquo;est pas un homme mais un glaviau. J&rsquo;en ai rencontr\u00e9 de tous les gabarits mais je ne pouvais croire qu&rsquo;il exist\u00e2t un type d&rsquo;humanit\u00e9 aussi vil. Que faire d&rsquo;un type pareil dans une soci\u00e9t\u00e9 bien organis\u00e9e ? L&rsquo;opinion de Carel me para\u00eet la bonne, le tuer. On le fait bien \u00e0 un cobra ou \u00e0 une punaise qui, du point de vue de la nature, sont nos \u00e9gaux en droit.<\/p>\n<p>Ne te tracasse pas pour me r\u00e9pondre : quand tu auras le temps. M\u00e9nage tes forces. La petite nature de Suzanne doit se fatiguer aussi, c&rsquo;est du boulot que la tenue d&rsquo;un bouclard<a name=\"_ftnref6\" href=\"#_ftn6\">[6]<\/a> \u00e0 Paris. Et Claude ? Ce changement de milieu scolaire a d\u00fb le bousculer.<\/p>\n<p>Si tu rencontres Andr\u00e9, je dis rencontrer et non aller le voir, demande-lui s&rsquo;il a re\u00e7u un colis, c&rsquo;est tout. Tu me donneras le nom et l&rsquo;adresse de celui \u00e0 qui tu as fait repasser mon rasoir, je le donnerai \u00e0 Aussimon qui me le rapportera le vendredi suivant. Mais l\u00e0 aussi rien ne presse, il coupe encore assez bien.<\/p>\n<p>Amiti\u00e9s \u00e0 tous trois,<\/p>\n<p>Marius<\/p>\n<p>P.-S. J&rsquo;attends toujours des nouvelles des Denizeau, ce sont des rigolos. Pas s\u00e9rieux. Du vent. Je les attends depuis fin ao\u00fbt, je les attends surtout pour me faire des piq\u00fbres. Le\u00a0 m\u00e9decin est trop cher, j&rsquo;ai donc d\u00e9cid\u00e9 de me les faire moi-m\u00eame, sous-cutan\u00e9es au lieu d&rsquo;intramusculaires, ce sera pareil.<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-hilare-ph2.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-215\" title=\"jacob-hilare-ph2\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-hilare-ph2.jpg\" alt=\"Marius Jacob dans sa maison\" width=\"80\" height=\"126\" \/><\/a>5 d\u00e9cembre 1952<\/strong><\/p>\n<p><strong>Chers amis,<\/strong><\/p>\n<p>Et la tienne de pointure, est-ce que tu marcherais sur les mains ? Par m\u00eame courrier, un colis contenant deux socquettes pour Suzanne et deux mi-bas pour Claude, du 20 pouces. Si \u00e7a ne gaze pas, il n&rsquo;y a qu&rsquo;\u00e0 faire des trous et les transformer en mitaines.<\/p>\n<p>Pour le Lacombe, Louvet te parlera peut-\u00eatre du Canada, c&rsquo;est l&rsquo;enfance de l&rsquo;art que de recevoir des lettres de Chine ou d&rsquo;Australie sans quitter Paris, mani\u00e8re de prouver qu&rsquo;on n&rsquo;est pas \u00e0 Paris. Il est possible aussi qu&rsquo;il s&rsquo;agisse d&rsquo;un homonyme, \u00e7a m&rsquo;\u00e9tonnerait. Br\u00fbl\u00e9 dans le \u00ab milieu \u00bb parisien, il lui faut romancer ses d\u00e9nonciations, et j&rsquo;ai l&rsquo;impression qu&rsquo;il m&rsquo;a mis du jeu. Toutefois comme les policiers ne sont pas tous des idiots, il aura du mal \u00e0 faire prendre corps \u00e0 ses intrigues. Il est all\u00e9 relancer ma belle-soeur \u00e0 Chaville, c&rsquo;est pourquoi je n&rsquo;ai plus de ses nouvelles.<\/p>\n<p>Tant mieux que le colis d&rsquo;Andr\u00e9 ait \u00e9t\u00e9 re\u00e7u, je le supposais perdu depuis ao\u00fbt.<\/p>\n<p>Tr\u00e8s heureux de ta nouvelle situation ; encore que j&rsquo;ignore le genre de travail que tu as quitt\u00e9, je crois que le nouveau te convient mieux comme aptitude.<\/p>\n<p>Pas de nouvelles de Ch\u00e2teauroux, mon vieux copain Jamot est all\u00e9 plusieurs fois chez toi mais sans pouvoir te rencontrer \u00e0 cause de ton travail. Il m&rsquo;\u00e9crit r\u00e9guli\u00e8rement, ainsi que le docteur Rousseau. Les Passas sont au Maroc o\u00f9 ils se trouvent bien, \u00e0 part la fra\u00eecheur des nuits le climat est bon.<\/p>\n<p>Si parmi tes relations tu connaissais un ami des b\u00eates qui voudrait un chien de garde et de chasse, j&rsquo;en \u00e9l\u00e8ve un magnifique. Pas pour vendre, pour donner. Il a 18 jours et p\u00e8se 2 kilos et 50 grammes, il parle d\u00e9j\u00e0 chien avec sa m\u00e8re, il a le faci\u00e8s de Clemenceau.<\/p>\n<p>Amiti\u00e9s \u00e0 tous trois,<\/p>\n<p>Marius<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-hilare-ph2.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-215\" title=\"jacob-hilare-ph2\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-hilare-ph2.jpg\" alt=\"Marius Jacob dans sa maison\" width=\"78\" height=\"123\" \/><\/a>23 d\u00e9cembre 1952<\/strong><\/p>\n<p><strong>Chers amis,<\/strong><\/p>\n<p>Je n&rsquo;ai plus en taille 42 la m\u00eame qualit\u00e9 que celle de Claude. Je t&rsquo;envoie donc ce que j&rsquo;ai, des mi-laine, ce n&rsquo;est pas \u00e9l\u00e9gant, mais c&rsquo;est rustique. Depuis trois semaines je suis malade, la plupart du temps alit\u00e9. Appart a diagnostiqu\u00e9 \u00e9rysip\u00e8le, mais c&rsquo;est une erreur.<\/p>\n<p>C&rsquo;est une molaire de la m\u00e2choire sup\u00e9rieure qui m&#8217;empoisonne. Demain j&rsquo;irai chez le dentiste. Je me suis drogu\u00e9 avec des sulfamides qui m&rsquo;ont d\u00e9traqu\u00e9. L&rsquo;ouragan du 13 a fait une profonde br\u00e8che dans la toiture. Le couvreur est venu aujourd&rsquo;hui, j&rsquo;en ai avis\u00e9<\/p>\n<p>Briselance et Denizeau. J&rsquo;attends la visite de ces derniers sous peu. Inutile de m&rsquo;envoyer de quoi lire, j&rsquo;en ai en quantit\u00e9 que je ne puis lire.<\/p>\n<p>Amiti\u00e9s \u00e0 tous trois,<\/p>\n<p>Marius<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-hilare-ph2.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-215\" title=\"jacob-hilare-ph2\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-hilare-ph2.jpg\" alt=\"Marius Jacob dans sa maison\" width=\"77\" height=\"122\" \/><\/a>9 janvier 1953<\/strong><\/p>\n<p><strong>Chers amis,<\/strong><\/p>\n<p>\u00c7a &#8211; je veux dire le colis que j&rsquo;ai re\u00e7u -, c&rsquo;est une folie de Suzanne. C&rsquo;est toute une \u00e9picerie. Du coup je vais croire au p\u00e8re No\u00ebl. J&rsquo;esp\u00e8re que votre sant\u00e9 est bonne. Pour ma part, l&rsquo;\u00e9rysip\u00e8le est revenu, aussit\u00f4t j&rsquo;ai repris des sulfamides et il me para\u00eet op\u00e9rer une marche r\u00e9trograde. Quel poison que ce microbe. Je vous envoie un colis de noix de noyer, je sais que Claude ne les aime pas. Dans le tas il peut y en avoir des v\u00e9reuses, m\u00e9fiez-vous, ne les cassez pas avec les dents mais au casse-noix. Pierre ne m&rsquo;a toujours pas r\u00e9pondu au sujet de ce Raymond Lacombe ; d&rsquo;autre part, il ne m&rsquo;a pas donn\u00e9 non plus le nom et l&rsquo;adresse de l&rsquo;aiguiseur de rasoirs \u00e0 Issoudun. Quand il aura un moment de r\u00e9pit, qu&rsquo;il y songe.<\/p>\n<p>Amiti\u00e9s \u00e0 tous trois,<\/p>\n<p>Marius<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-hilare-ph2.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-215\" title=\"jacob-hilare-ph2\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-hilare-ph2.jpg\" alt=\"Marius Jacob dans sa maison\" width=\"79\" height=\"125\" \/><\/a>25 avril 1953<\/strong><\/p>\n<p><strong>Mes chers amis,<\/strong><\/p>\n<p>Ci-joint le re\u00e7u des meubles et celui du poste. Pour ce dernier j&rsquo;ai \u00e9crit ne pas avoir re\u00e7u ce qui est indiqu\u00e9 sur le catalogue. Je transcris : \u00ab Ils sont complets avec une antenne d&rsquo;int\u00e9rieur, une prise de courant, 2 m\u00e8tres de fil pour les raccorder au secteur ; ils sont en outre accompagn\u00e9s d&rsquo;une notice d\u00e9taill\u00e9e. \u00bb Or pas de notice, pas de prise de courant, pas de 2 m\u00e8tres de fil, pas d&rsquo;antenne int\u00e9rieure. De surcro\u00eet ils m&rsquo;ont compt\u00e9, voir facture, 16 francs de trois joints d&rsquo;ammoniac et je n&rsquo;ai rien re\u00e7u. Pas m\u00eame de r\u00e9ponse \u00e0 une lettre. Sur les 459 francs d&rsquo;avoir, j&rsquo;ai re\u00e7u 429 francs. Vois \u00e0 combien se montaient les frais d&rsquo;envoi de ces 429 francs pour savoir si les 16 francs des trois joints y sont inclus, sinon, en leur \u00e9crivant (comme la facture est \u00e0 ton nom, j&rsquo;esp\u00e8re qu&rsquo;ils condescendront \u00e0 te r\u00e9pondre), r\u00e9clame aussi ces 16 francs. C&rsquo;est rien, bien s\u00fbr, mais c&rsquo;est la mani\u00e8re qui rel\u00e8ve plut\u00f4t de l&rsquo;escroquerie que du commerce. \u00c0 noter qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;arriv\u00e9e de la gare le colis \u00e9tait intact, le chef de gare en t\u00e9moigne. En plus de la caisse de retraite, le prescripteur me r\u00e9clame les frais de patente pour 1951, ann\u00e9e enti\u00e8re ; je te dis que c&rsquo;est un salaud, qu&rsquo;il l&rsquo;a fait expr\u00e8s. En tout, j&rsquo;en suis pour 8 000 francs. Je te joins sa lettre dat\u00e9e du 2 janvier qui prouve bien que je lui ai adress\u00e9 la demande en 1950 et par deux lettres : \u00e0 la premi\u00e8re, pas de r\u00e9ponse en date du 10 d\u00e9cembre 1950 ; fais-moi retour de sa lettre. Je ne puis presque plus marcher, la jambe gauche est morte, rhumatisme.<\/p>\n<p>Amiti\u00e9s \u00e0 tous,<\/p>\n<p>Marius<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-hilare-ph2.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-215\" title=\"jacob-hilare-ph2\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-hilare-ph2.jpg\" alt=\"Marius Jacob dans sa maison\" width=\"81\" height=\"128\" \/><\/a>6 mai 1953<\/strong><\/p>\n<p><strong>Chers amis,<\/strong><\/p>\n<p>Est-ce que tu as vu Andr\u00e9 apr\u00e8s son s\u00e9jour ici ? Il a d\u00fb te raconter la visite des Canadiens.<\/p>\n<p>Des fadas. Au premier contact, je me disais <em>in petto <\/em>comment faire pour qu&rsquo;ils ne prennent pas le chien, puis au moment du d\u00e9part c&rsquo;est eux-m\u00eames qui m&rsquo;annoncent ne pas le vouloir. Tu penses si j&rsquo;ai saut\u00e9 sur l&rsquo;occasion. Illico devant eux j&rsquo;ai \u00e9crit \u00e0 Briselance qu&rsquo;il le vienne chercher. Il est chez eux, le chien, depuis une quinzaine ; ils sont enchant\u00e9s et moi de m\u00eame.<\/p>\n<p>Le Canadien avait emprunt\u00e9 un livre qu&rsquo;il m&rsquo;a renvoy\u00e9 farci d&rsquo;un billet tr\u00e8s discourtois.<\/p>\n<p>Il me dit que j&rsquo;ai alert\u00e9 Armand<a name=\"_ftnref7\" href=\"#_ftn7\">[7]<\/a> pour ce livre, ce qui n&rsquo;est pas vrai. \u00c0 la r\u00e9flexion, j&rsquo;ai pr\u00e9sum\u00e9 que c&rsquo;\u00e9tait peut-\u00eatre toi qui avais \u00e9crit \u00e0 Armand apr\u00e8s ton entrevue avec Andr\u00e9. Il me reproche aussi que le chien n&rsquo;\u00e9tait pas de race. C&rsquo;est tout juste s&rsquo;il ne me traite pas d&rsquo;escroc, quel monde !<\/p>\n<p>Le commerce du livre est tr\u00e8s ingrat, pratiqu\u00e9, comme c&rsquo;est ton cas, sur une mince \u00e9chelle. Tr\u00e8s souvent pour satisfaire aux besoins de la demande, la queue mange la t\u00eate.<\/p>\n<p>Il faudrait de gros capitaux, et encore. Enfin, si tu n&rsquo;as pas de d\u00e9ficit, c&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 beau.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai re\u00e7u du Dr Bombard le <em>Naufrag\u00e9 volontaire<\/em>, sans doute sur la r\u00e9f\u00e9rence d&rsquo;Andr\u00e9 qui est un ami de l&rsquo;\u00e9diteur. C&rsquo;est surhumain ce qu&rsquo;a accompli cet homme. Il faut savoir ce qu&rsquo;est la solitude en plein oc\u00e9an pour en appr\u00e9cier la valeur, c&rsquo;est un bel exploit d&rsquo;intentions et de r\u00e9sultats louables. J&rsquo;ai lu ton papier sur le livre de Ragon<a name=\"_ftnref8\" href=\"#_ftn8\">[8]<\/a> que j&rsquo;ai lu, c&rsquo;est Andr\u00e9 qui me l&rsquo;a pr\u00eat\u00e9. Magnifique et tr\u00e8s fouill\u00e9. Lu aussi celui de Ragon sur le livre de Castro<a name=\"_ftnref9\" href=\"#_ftn9\">[9]<\/a>. L&rsquo;auteur prend nettement position contre le malthusianisme, cependant il convient de faire une diff\u00e9rence, qui est de taille, entre la doctrine de Robin<a name=\"_ftnref10\" href=\"#_ftn10\">[10]<\/a> et celle de W. Vogt. Le premier est d&rsquo;essence libertaire, surtout eug\u00e9niste, tandis que le second est sp\u00e9cifiquement imp\u00e9rialiste. Nuance, d&rsquo;ailleurs les deux th\u00e8ses se rejoignent presque selon Castro, les rem\u00e8des pr\u00e9conis\u00e9s contre la faim doivent aboutir \u00e0 la baisse d\u00e9mographique. J&rsquo;ai id\u00e9e qu&rsquo;avant que les hommes se r\u00e9partissent \u00e9quitablement les richesses, il passera de l&rsquo;eau sous les ponts. Ils songent plut\u00f4t \u00e0 se r\u00e9partir des abus.<\/p>\n<p>Avec la disparition de <em>Ce soir <\/em>la parution de <em>Sitting Bull <\/em>en feuilleton n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 qu&rsquo;un projet avort\u00e9. Souhaitons que tu seras plus heureux avec ton nouvel \u00e9diteur. C&rsquo;est fou ce qui s&rsquo;imprime de livres \u00e0 pr\u00e9sent, il en sort tous les jours.<\/p>\n<p>Je vois que tu n&rsquo;as pas la nostalgie d&rsquo;Issoudun, moi je l&rsquo;aime bien cette petite ville de province. Sur le voyage, c&rsquo;\u00e9tait une oasis pleine de charme, de douceur, de repos.<\/p>\n<p>Nous ne l&rsquo;appr\u00e9cions pas de la m\u00eame optique, de l\u00e0 nos divergences d&rsquo;opinion.<\/p>\n<p>Claude a revu aussi sa grand-m\u00e8re et sans doute aussi ses petits copains, n&rsquo;esp\u00e9rez-vous pas que, franchi le cap de la pubert\u00e9, ses malaises disparaissent ? Du moment qu&rsquo;aucune m\u00e9dication ne lui r\u00e9ussit, c&rsquo;est un espoir qui peut \u00eatre fond\u00e9. Il doit prendre de la taille, \u00e7a fait presque trois ans que je ne l&rsquo;ai vu.<\/p>\n<p>La sant\u00e9 est en ce moment satisfaisante, celle de mes amis chien et chats l&rsquo;est moins.<\/p>\n<p>N\u00e9gro va sur ses 18 ans et les infirmit\u00e9s de cet \u00e2ge le tracassent. Une chatte a la diarrh\u00e9e.<\/p>\n<p>En sorte que je suis tous les jours plong\u00e9 dans les soins v\u00e9t\u00e9rinaires.<\/p>\n<p>Les Briselance et les Denizeau viennent me visiter de temps \u00e0 autre, lorsque leur travail leur laisse un court instant de loisir. Tous sont gentils au possible.<\/p>\n<p>Aux \u00e9lections la liste des bien-nantis et culs-b\u00e9nits l&rsquo;a emport\u00e9 hautement sur la liste coco qui ne comptait qu&rsquo;artisans et ouvriers. Mais le maire change de sexe, ce coup-ci c&rsquo;est, je crois, un m\u00e2le. Le p\u00e8re Appart n&rsquo;en fait pas partie, supposant un deuxi\u00e8me tour il s&rsquo;\u00e9tait r\u00e9serv\u00e9 pour, le cas \u00e9ch\u00e9ant, former une troisi\u00e8me liste. Trop de malice nuit.<\/p>\n<p>Telles sont les nouvelles du bled, pas brillantes ni surnaturelles, comme tu le vois.<\/p>\n<p>J&rsquo;oubliais, les Chevaliers de la d\u00e9soeuvrance ont cambriol\u00e9 la gendarmerie, les deux m\u00e9decins, le pharmacien, un bonnetier, un boucher ; mince r\u00e9sultat. Quel branle-bas dans le bourg, le notaire en est, para\u00eet-il, malade, et il n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 visit\u00e9.<\/p>\n<p>Que votre bonne sant\u00e9 se poursuive, amiti\u00e9s \u00e0 tous trois,<\/p>\n<p>Marius<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-hilare-ph2.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-215\" title=\"jacob-hilare-ph2\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-hilare-ph2.jpg\" alt=\"Marius Jacob dans sa maison\" width=\"77\" height=\"122\" \/><\/a>27 juillet 1953<\/strong><\/p>\n<p><strong>Chers amis,<\/strong><\/p>\n<p>Je ne sais si vous \u00eates partis en vacances dans le Midi comme vous vous le proposiez, de toute fa\u00e7on, vous recevrez ma lettre \u00e0 votre retour. Dans ton papier sur le <em>Naufrag\u00e9 volontaire <\/em>il y avait \u00e0 dire des choses que sans doute tu ignores. L&rsquo;exp\u00e9rience est<em> <\/em>concluante, c&rsquo;est entendu, mais pour qu&rsquo;il y ait survie, encore faut-il que le, ou les naufrag\u00e9s se trouvent sur une embarcation ou sur un radeau. Or, il y a soixante ans, les r\u00e8glements maritimes concernant le cahier des charges des compagnies de navigation ne prescrivaient comme mat\u00e9riel de sauvetage que 50 % de places. Je crois que pr\u00e9sentement ce chiffre est port\u00e9 \u00e0 deux tiers. Quand tu sauras que, lors d&rsquo;un sinistre, la pratique ne permet de pouvoir mettre \u00e0 la mer que la moiti\u00e9 des engins : g\u00eete, lames brisantes, il s&rsquo;ensuit que sur cent naufrag\u00e9s vingt au maximum peuvent tenter de se sauver.\u00a0 Les compagnies de navigation sont des puissances que l&rsquo;on aura du mal \u00e0 mater.<\/p>\n<p>Ayant \u00e9cout\u00e9 une causerie du r\u00e9v\u00e9rend p\u00e8re Riquet sur l&rsquo;\u00e9tat th\u00e9ocratique du Paraguay<\/p>\n<p>(1600-1757), j&rsquo;en ai \u00e9t\u00e9 d\u00e9\u00e7u du fait qu&rsquo;il avait pass\u00e9 sous silence ce fait capital : l&rsquo;exclusion de la peine de mort et le choix pour le d\u00e9linquant de choisir lui-m\u00eame son lieu d&rsquo;exil. Quelle est la l\u00e9gislation qui peut s&rsquo;enorgueillir d&rsquo;une telle prescription\u00a0? Aucune. Lui en ayant fait le reproche, il m&rsquo;a r\u00e9pondu tr\u00e8s gentiment que la radio n&rsquo;avait reproduit que des parties de sa causerie, que je trouverais le texte int\u00e9gral dans <em>Les Annales<\/em>, et que pour plus de pr\u00e9cisions je pouvais me r\u00e9f\u00e9rer au livre de Lugon <em>La R\u00e9publique communiste des Guaranis<\/em>, \u00c9ditions ouvri\u00e8res, 12, avenue Soeur-Rosalie, Paris 13e. Comme cela m&rsquo;int\u00e9resse, procure-le-toi chez l&rsquo;\u00e9diteur et adresse-le-moi. Je t&rsquo;enverrai les fonds \u00e0 ton ch\u00e8que postal.<\/p>\n<p>Bonne sant\u00e9 \u00e0 vous trois et amiti\u00e9s,<\/p>\n<p>Marius<\/p>\n<p>P.-S. Andr\u00e9 doit avoir boucl\u00e9 sa randonn\u00e9e. En cours de route il m&rsquo;a adress\u00e9 deux cartes.<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-hilare-ph2.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-215\" title=\"jacob-hilare-ph2\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-hilare-ph2.jpg\" alt=\"Marius Jacob dans sa maison\" width=\"80\" height=\"127\" \/><\/a>16 septembre 1953<\/strong><\/p>\n<p><strong>Chers amis,<\/strong><\/p>\n<p>J&rsquo;avais su par Aussimon<a name=\"_ftnref11\" href=\"#_ftn11\">[11]<\/a> que tu avais pass\u00e9 \u00e0 Issoudun. La gr\u00e8ve m&rsquo;avait alors justifi\u00e9 le motif de ton absence \u00e0 Reuilly<a name=\"_ftnref12\" href=\"#_ftn12\">[12]<\/a>. Bernard en \u00e9tait d\u00e9\u00e7u. Ceux qui ne se trouvent pas dans ces moments-l\u00e0 ne se les expliquent pas, ils ont tort. Re\u00e7u ta carte de Florence, avez-vous visit\u00e9 le Campo Santo ? Impressionnant, quelle richesse de marbre ! Et les \u00e9glises ! L&rsquo;Arno : un fleuve ? Haut surtout \u00e0 la saison o\u00f9 vous y \u00e9tiez. Re\u00e7u aussi le bouquin mais pas le prix que je te prie de m&rsquo;indiquer, j&rsquo;y tiens. Je travaillais dessus lorsqu&rsquo;on m&rsquo;a pr\u00eat\u00e9 <em>Prisons 53 <\/em>: je l&rsquo;ai plaqu\u00e9 momentan\u00e9ment pour m&rsquo;attabler \u00e0 celui-ci. C&rsquo;est un sujet en or pour moi, je ne sais combien j&rsquo;en tirerai de pages, peut-\u00eatre un tr\u00e8s long article peut-\u00eatre une plaquette-brochure. En ce dernier cas, \u00e7a pourrait peut-\u00eatre me rapporter quelques ronds. Ma caisse se vide. En tout cas, je te l&rsquo;adresserai pour avoir ton appr\u00e9ciation, le style en est truculent.<\/p>\n<p>Comme chaque ann\u00e9e, les Passas sont venus passer quelques jours, repartis depuis le 11. Pas de nouvelles d&rsquo;Andr\u00e9. Sant\u00e9 satisfaisante.<\/p>\n<p>Amiti\u00e9s \u00e0 tous trois,<\/p>\n<p>Marius<\/p>\n<p>P.-S. Je suis all\u00e9 \u00e0 D\u00e9ols chez Louis pour y revoir le chien Bosco. De prime regard, la jalousie l&rsquo;a emport\u00e9, il voulait d\u00e9vorer ce vieux N\u00e9gro qui a 18 ans ce mois-ci, puis \u00e0 la r\u00e9flexion, il l&rsquo;a reconnu, alors ce fut du d\u00e9lire. Il est beau, vif, sain. Je l&rsquo;ai tellement soign\u00e9.<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-hilare-ph2.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-215\" title=\"jacob-hilare-ph2\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-hilare-ph2.jpg\" alt=\"Marius Jacob dans sa maison\" width=\"89\" height=\"140\" \/><\/a>12 octobre 1953<\/strong><\/p>\n<p><strong>Chers amis,<\/strong><\/p>\n<p>Je m&rsquo;\u00e9tais promis de te fournir un canevas que tu aurais arrang\u00e9, d\u00e9velopp\u00e9 \u00e0 ton go\u00fbt sur le comportement des j\u00e9suites au Paraguay en l&rsquo;opposant \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9rience russe, Ignace de Loyola \u00e0 L\u00e9nine, mais \u00e0 pied d&rsquo;oeuvre je me suis aper\u00e7u que je manquais de documentation, entre autres ouvrages : <em>Les Provinciales, La Th\u00e9ologie morale d&rsquo;Escobar<\/em>, que tu as qualifi\u00e9e de \u00ab repoussante \u00bb<a name=\"_ftnref13\" href=\"#_ftn13\">[13]<\/a>, \u00e0 tort selon moi, quelques ouvrages de Nicole ou Arnauld<a name=\"_ftnref14\" href=\"#_ftn14\">[14]<\/a>, Port-Royal ; <em>De la gr\u00e2ce<\/em>, de saint Augustin. Pour le communisme russe j&rsquo;ai ce qu&rsquo;il faut. Je pr\u00e9sumais pouvoir me procurer cela \u00e0 la biblioth\u00e8que d&rsquo;Issoudun par le canal de Bernard, mais ce n&rsquo;est pas possible, donc je laisse tout tomber. C&rsquo;\u00e9tait \u00e0 cette fin que je t&rsquo;ai demand\u00e9 le livre de Lugon. C&rsquo;est le r\u00e9v\u00e9rend p\u00e8re Riquet qui me l&rsquo;a indiqu\u00e9 ; on y trouve cette pierre pr\u00e9cieuse inscrite dans leur l\u00e9gislation p\u00e9nale : suppression de la <em>peine de mort<\/em>.<\/p>\n<p>Je me suis d\u00e9barrass\u00e9 du peu de marchandise qui me restait en la distribuant aux voisins.<\/p>\n<p>Je t&rsquo;envoie un colis de chaussettes pour l&rsquo;hiver, c&rsquo;est tout ce qu&rsquo;il me reste, trop\u00a0 grandes, trop petites, d\u00e9merde-toi. Le grand-p\u00e8re N\u00e9gro va sur ses 19 ans, pas tr\u00e8s alerte mais il vit, chat et chatte se portent bien, moi de m\u00eame.<\/p>\n<p>Andr\u00e9, \u00e0 qui j&rsquo;avais adress\u00e9 le manuscrit de la lettre ouverte \u00e0 Georges Arnaud pour son <em>Prisons 53<\/em>, me l&rsquo;a retourn\u00e9. Le genre picaresque, truand, ne lui convient pas, il pr\u00e9f\u00e9rerait du Vaugelas. Comme j&rsquo;ai \u00e9crit cela pour me distraire, que je ne fais rien (quand je peux l&rsquo;\u00e9viter) sur commande,\u00a0 je le mets au rancart et n&rsquo;en parlons plus.<\/p>\n<p>Pas de nouvelles de Briselance ni de Denizeau. J&rsquo;ai eu la visite des Passas, ce copain qui, en retournant \u00e0 Romans, \u00e9tait venu en b\u00e9cane, avait d\u00e9jeun\u00e9 chez toi en 51. Ils sont repartis pour le Maroc o\u00f9 ils sont instituteurs. Le temps a tendance \u00e0 passer au froid, je n&rsquo;aime pas \u00e7a.<\/p>\n<p>Bonne sant\u00e9, amiti\u00e9s \u00e0 tous trois,<\/p>\n<p>Marius<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-hilare-ph2.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-215\" title=\"jacob-hilare-ph2\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-hilare-ph2.jpg\" alt=\"Marius Jacob dans sa maison\" width=\"72\" height=\"114\" \/><\/a>29 octobre 1953<\/strong><\/p>\n<p><strong>Chers amis,<\/strong><\/p>\n<p>Je t&rsquo;adresse ce jour un ch\u00e8que portable de 1 000 francs pour l&rsquo;achat et l&rsquo;envoi des trait\u00e9s des toxiques de Dujardin Beaumetz, le titre de l&rsquo;ouvrage, je n&rsquo;en suis pas s\u00fbr. C&rsquo;est un ouvrage classique qui est dans toutes les pharmacies, format 15 sur 10 environ.\u00a0 Comme libraire, tu trouveras facilement l&rsquo;\u00e9diteur.<\/p>\n<p>Sant\u00e9 bonne, amiti\u00e9s \u00e0 tous trois,<\/p>\n<p>Marius<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-hilare-ph2.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-215\" title=\"jacob-hilare-ph2\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-hilare-ph2.jpg\" alt=\"Marius Jacob dans sa maison\" width=\"71\" height=\"113\" \/><\/a><\/strong><strong>9<\/strong><strong> novembre 1953<\/strong><\/p>\n<p><strong>Chers amis,<\/strong><\/p>\n<p>Oui ce doit \u00eatre cela, formulaire th\u00e9rapeutique ou pharmacologique. Je t&rsquo;envoie 300 francs pour compl\u00e9ter la somme de l&rsquo;envoi. Suis tr\u00e8s surpris que tu ne m&rsquo;aies pas accus\u00e9 r\u00e9ception d&rsquo;un colis de six paires de chaussettes que je t&rsquo;ai envoy\u00e9 le 15 octobre 53 en recommand\u00e9. Sinon je r\u00e9clamerai \u00e0 la poste, le num\u00e9ro du r\u00e9c\u00e9piss\u00e9 309.<\/p>\n<p>Amiti\u00e9s \u00e0 tous trois,<\/p>\n<p>Marius<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-hilare-ph2.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-215\" title=\"jacob-hilare-ph2\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-hilare-ph2.jpg\" alt=\"Marius Jacob dans sa maison\" width=\"111\" height=\"175\" \/><\/a>27 juillet 1954<\/strong><\/p>\n<p><strong>Chers amis,<\/strong><\/p>\n<p>Contrairement \u00e0 ce que tu croyais, Lecoin ne veut pas publier la lettre au procureur de Marseille. Il n&rsquo;oppose pas un refus de front mais un biais, en me faisant dire par Vergine<a name=\"_ftnref15\" href=\"#_ftn15\">[15]<\/a>, c&rsquo;est lui qui me l&rsquo;a \u00e9crit, qu&rsquo;il ne peut pas publier un article qui a paru dans un quotidien de Paris. Or il tombe sous le sens que je ne lui demandais pas la publication de l&rsquo;article de Danan que je ne lui avais adress\u00e9 que comme contexte pour la pr\u00e9sentation de la lettre, mais bien la lettre elle-m\u00eame. Pour ne pas ergoter, j&rsquo;ai pri\u00e9 Vergine de dire \u00e0 Lecoin (il doit aller \u00e0 Vence sous peu) qu&rsquo;il veuille bien t&rsquo;adresser le tout afin que tu en tires toi-m\u00eame un papier que tu adresseras \u00e0 Armand. Si \u00e7a ne te convient pas, adresse-moi seulement la lettre pour que je l&rsquo;envoie \u00e0 mon vieux pote Rousseau qui me la demande. Dans le cas d&rsquo;un [<em>refus<\/em>] de ce dernier, il la lira dans <em>L&rsquo;Unique<\/em>.<\/p>\n<p>Pense \u00e0 la commission que je t&rsquo;ai demand\u00e9e sinon j&rsquo;en serai r\u00e9duit \u00e0 recourir au butane, ce qui n&rsquo;est pas sans inconv\u00e9nient, car si je ne puis refermer la bouteille, le premier qui rentrera avec une cigarette \u00e0 la bouche fera sauter la niche.<\/p>\n<p>J&rsquo;esp\u00e8re que vous \u00eates arriv\u00e9s \u00e0 bon port sans accident ni incident.<\/p>\n<p>Bonne sant\u00e9 \u00e0 tous et amiti\u00e9s,<\/p>\n<p>Marius<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-hilare-ph2.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-215\" title=\"jacob-hilare-ph2\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-hilare-ph2.jpg\" alt=\"Marius Jacob dans sa maison\" width=\"80\" height=\"127\" \/><\/a>28 ao\u00fbt 1954<\/strong><\/p>\n<p><strong>Chers amis,<\/strong><\/p>\n<p>Si tu n&rsquo;as pas encore r\u00e9pondu \u00e0 ma lettre du 20 \u00e9coul\u00e9, c&rsquo;est que, je suppose, tu as \u00e9crit \u00e0 Lecoin et en attends la r\u00e9ponse. Je n&rsquo;ai pas le temps d&rsquo;attendre. J&rsquo;ai pris ma d\u00e9cision.<\/p>\n<p>Quand tu recevras la pr\u00e9sente ce sera fait. Je suis en bonne sant\u00e9 et en profite. Quand les maladies vous \u00e9treignent, il est trop tard, la vigueur physique fait d\u00e9faut.<\/p>\n<p>Aussi, il est bien entendu que je ne veux rien savoir de ce Vergine qui est peut-\u00eatre le meilleur camarade du monde, mais que j&rsquo;estime comme un hypocrite menteur et un j\u00e9suite. C&rsquo;est donc toi que je d\u00e9signe pour arranger la parution dans <em>L&rsquo;Unique <\/em>de ma lettre au procureur de Marseille, maintenant que <em>D\u00e9fense de l&rsquo;homme <\/em>l&rsquo;a refus\u00e9e. Si, \u00e0 ton tour, tu estimes ne le pouvoir faire, adresse la lettre au Dr Rousseau \u00e0 Rouen, 110, rue d&rsquo;Ernemont. C&rsquo;est Robert Passas de Romans qui a le manuscrit. C&rsquo;est lui qui me l&rsquo;a tap\u00e9 \u00e0 la machine alors qu&rsquo;il \u00e9tait au Maroc, mon \u00e9criture \u00e9tant trop sujette \u00e0 coquilles, j&rsquo;ai jug\u00e9 meilleur de le pr\u00e9senter tap\u00e9 plut\u00f4t que manuscrit.<\/p>\n<p>Il est probable que ta pr\u00e9sence \u00e0 Reuilly sera indispensable pour le mobilier. Arrangez- vous tous les trois, je veux dire Louis, Guy et toi-m\u00eame. N&rsquo;oublie pas de te nantir du re\u00e7u, car le notaire et le fisc l&rsquo;exigeront.<\/p>\n<p>Bonne sant\u00e9 \u00e0 tous trois et amiti\u00e9s,<\/p>\n<p>Marius<\/p>\n<p>P.-S. Rappelle-toi que les clefs des meubles se trouvent dans la bo\u00eete d&rsquo;allumettes m\u00e9tallique fix\u00e9e au mur dans la cuisine en dessous de la glace.<\/p>\n<hr size=\"1\" \/><a name=\"_ftn1\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Il s&rsquo;agit de Pierre Besnard, anarcho-syndicaliste, auteur du livre <em>Le Monde nouveau<\/em>, fondateur de la Conf\u00e9d\u00e9ration g\u00e9n\u00e9rale du travail socialiste-r\u00e9volutionnaire. Lors d&rsquo;un voyage \u00e0 Paris, Fernand Planche lui avait pr\u00e9sent\u00e9 P.-V. Berthier au cours d&rsquo;une rencontre amicale.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn2\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> Paulette Charron, cit\u00e9e ici, est la compagne de Jacob, \u00e9pous\u00e9e en 1939.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn3\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> Andr\u00e9 Mah\u00e9 est Alain Sergent, premier biographe de Jacob qui vint chez l&rsquo;anarchiste pour \u00e9crire son livre en 1950.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn4\" href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a> Cette ann\u00e9e-l\u00e0 parut aux \u00e9ditions Chambriand le premier tiers du roman de P.-V. Berthier <em>Sitting Bull<\/em>, en un volume qui ne fut pas suivi des deux autres pr\u00e9vus parce que le contrat fut repris par les \u00e9ditions Martel, qui publi\u00e8rent <em>Sitting Bull <\/em>en un seul tome en 1953.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn5\" href=\"#_ftnref5\">[5]<\/a> N&rsquo;en d\u00e9plaise \u00e0 Jacob, le 177 de la rue du Faubourg-Poissonni\u00e8re, c\u00f4t\u00e9 gauche en montant, est bien situ\u00e9 dans le 9e et non dans le 10e.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn6\" href=\"#_ftnref6\">[6]<\/a> Librairie. Argot forain vraisemblablement d\u00e9riv\u00e9 de l&rsquo;anglais <em>book<\/em>, \u00ab livre \u00bb.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn7\" href=\"#_ftnref7\">[7]<\/a> Il s&rsquo;agit d&rsquo;Ernest Juin, dit E. Armand, (1872-1962), auteur d&rsquo;<em>Initiation \u00e0 l&rsquo;individualisme anarchiste<\/em>, qui publia<\/p>\n<p><em>L&rsquo;En-dehors <\/em>entre les deux guerres, puis <em>L&rsquo;Unique <\/em>(les six derni\u00e8res ann\u00e9es, cette revue parut encart\u00e9e dans <em>D\u00e9fense de l&rsquo;homme <\/em>\u00e0 partir de septembre 1956).<\/p>\n<p><a name=\"_ftn8\" href=\"#_ftnref8\">[8]<\/a> Ami de P.-V. Berthier, Michel Ragon, publiciste libertaire, est l&rsquo;auteur de nombreux romans ; il a \u00e9crit, entre autres, <em>La M\u00e9moire des vaincus <\/em>et <em>Les Mouchoirs rouges de Cholet<\/em>.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn9\" href=\"#_ftnref9\">[9]<\/a> Il s&rsquo;agit de Josu\u00e9 de Castro, \u00e9crivain portugais, 1908-1973, auteur de <em>G\u00e9opolitique de la faim <\/em>et du <em>Livre noir de la faim<\/em>.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn10\" href=\"#_ftnref10\">[10]<\/a> Paul Robin, \u00e9ducateur, fonda une \u00e9cole aux principes anti-autoritaires.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn11\" href=\"#_ftnref11\">[11]<\/a> Aussimon \u00e9tait en r\u00e9alit\u00e9 le fleuriste Aubisson, voisin des Berthier du temps o\u00f9 ils habitaient Issoudun, qu&rsquo;ils quitt\u00e8rent \u00e0 la fin de 1951 et o\u00f9 Jacob faisait les march\u00e9s.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn12\" href=\"#_ftnref12\">[12]<\/a> Les Berthier \u00e9taient all\u00e9s en Italie, mais au retour, les chemins de fer \u00e9taient en gr\u00e8ve (septembre 1953). Ils gagn\u00e8rent Issoudun, o\u00f9 vivait la m\u00e8re de P.-V. Berthier, en empruntant une succession d&rsquo;autocars. D&rsquo;Issoudun, ils rentr\u00e8rent \u00e0 Paris par un train qui, exceptionnellement, circulait, mais ne purent mettre \u00e0 profit leur passage en Berry pour aller \u00e0 Reuilly voir Jacob.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn13\" href=\"#_ftnref13\">[13]<\/a> P.-V. Berthier ne se souvient pas d&rsquo;avoir qualifi\u00e9 ainsi Escobar y Mendoza (Antonio), casuiste espagnol, 1589-1669, dont il n&rsquo;avait point lu l&rsquo;\u0153uvre la plus c\u00e9l\u00e8bre, <em>Liber theologiae moralis <\/em>(Lyon, 1642), ni aucune autre, mais il a pu se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 l&rsquo;opinion de Pascal qui attaque vigoureusement les th\u00e8ses de ce j\u00e9suite dans <em>Les Provinciales<\/em>.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn14\" href=\"#_ftnref14\">[14]<\/a> Pierre Nicole, 1625-1695, et Antoine Arnauld, 1612-1694, th\u00e9ologiens jans\u00e9nistes. Jacob avait \u00e9crit \u00ab Arnaud \u00bb et \u00abNicolle \u00bb, peut-\u00eatre influenc\u00e9 pour ce dernier nom par celui du bact\u00e9riologiste homonyme Charles Nicolle, et, pour le premier, par le patronyme de l&rsquo;\u00e9crivain contemporain Georges Arnaud, qu&rsquo;il cite dans la m\u00eame lettre.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn15\" href=\"#_ftnref15\">[15]<\/a> Samuel Vergine \u00e9tait l&rsquo;un des pseudonymes de Louis Dorlet (1905-1989), qui publia <em>D\u00e9fense de l&rsquo;homme <\/em>(fond\u00e9 par Louis Lecoin en 1948) de 1953 \u00e0 1976, date du dernier num\u00e9ro de cette revue, le no 314.<\/p>\n<p><!--[if gte mso 9]><xml> Normal   0         21         false   false   false      FR   X-NONE   X-NONE <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 9]><xml> <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 10]>\n\n\n\n<style>\n \/* Style Definitions *\/\n table.MsoNormalTable\n\t{mso-style-name:\"Tableau Normal\";\n\tmso-tstyle-rowband-size:0;\n\tmso-tstyle-colband-size:0;\n\tmso-style-noshow:yes;\n\tmso-style-priority:99;\n\tmso-style-parent:\"\";\n\tmso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;\n\tmso-para-margin-top:0cm;\n\tmso-para-margin-right:0cm;\n\tmso-para-margin-bottom:10.0pt;\n\tmso-para-margin-left:0cm;\n\tline-height:115%;\n\tmso-pagination:widow-orphan;\n\tfont-size:11.0pt;\n\tfont-family:\"Calibri\",\"sans-serif\";\n\tmso-ascii-font-family:Calibri;\n\tmso-ascii-theme-font:minor-latin;\n\tmso-hansi-font-family:Calibri;\n\tmso-hansi-theme-font:minor-latin;\n\tmso-fareast-language:EN-US;}\n<\/style>\n\n<![endif]--><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lorsque L&rsquo;Insomniaque publie en 1995 les Ecrits d&rsquo;Alexandre Jacob, la maison d&rsquo;\u00e9dition inclut la courte correspondance que l&rsquo;honn\u00eate cambrioleur a entretenue avec Pierre Valentin Berthier de 1952 \u00e0 1953. 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