{"id":3399,"date":"2014-06-07T01:10:25","date_gmt":"2014-06-06T23:10:25","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=3399"},"modified":"2013-12-29T17:20:20","modified_gmt":"2013-12-29T15:20:20","slug":"espagne-1936","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2014\/06\/espagne-1936\/","title":{"rendered":"Espagne 1936"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/espagne-1936.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3400\" title=\"Espagne 1936\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/espagne-1936-300x174.jpg\" alt=\"\" width=\"163\" height=\"94\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/espagne-1936-300x174.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/espagne-1936.jpg 577w\" sizes=\"(max-width: 163px) 100vw, 163px\" \/><\/a>Le calme apparent de la vie d&rsquo;Alexandre Jacob ne doit pas masquer le maintien des principes et des id\u00e9aux qui, en 1905, l&rsquo;envoient purger une peine de travaux forc\u00e9s \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 en Guyane. L&rsquo;image de l&rsquo;homme reclus, \u00e9cras\u00e9 par le poids des souffrances subies, ne tient pas non plus au regard de son activit\u00e9 professionnelle et de son int\u00e9gration berrichonne. Elle se brise encore plus volontiers lorsqu&rsquo;en 1936 le \u00ab\u00a0vieux\u00a0\u00bb Marius dispara\u00eet des march\u00e9s et des foires du Val de Loire qu&rsquo;il arpente en temps ordinaire. Marius est en Espagne.<!--more--><\/p>\n<p>A cette date, Alexandre Jacob ne r\u00e9side pas \u00e0 Reuilly mais \u00e0 Fleury la Vall\u00e9e, pr\u00e8s d&rsquo;Auxerre. Alain Sergent ne dit rien dans sa biographie de la tentative de l&rsquo;anarchiste pour fournir des armes \u00e0 la Catalogne r\u00e9volutionnaire. Pour Pierre Valentin Berthier, cet \u00e9pisode devient m\u00eame on ne peut moins vague et incertain du fait de la circonspection et de la retenue de Jacob\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L&rsquo;anarchisme \u00e9tait d\u00e9velopp\u00e9 chez les forains mais lui-m\u00eame ne pouvait se livrer \u00e0 aucune activit\u00e9 qui aurait \u00e9veill\u00e9 l&rsquo;attention des autorit\u00e9s. Sauf quand il est parti en Espagne et dans le Midi. Mais il l&rsquo;a fait l\u00e0 aussi avec une discr\u00e9tion telle que nous n&rsquo;en avons su quelque chose qu&rsquo;apr\u00e8s son retour\u00a0\u00bb<a name=\"_ftnref1\" href=\"#_ftn1\"><sup><sup>[1]<\/sup><\/sup><\/a>.<\/p>\n<p>Il n&rsquo;est pas question, bien s\u00fbr, de refaire ici, m\u00eame bri\u00e8vement, une histoire de la guerre civile espagnole qui, de 1936 \u00e0 1939, oppose le gouvernement du Front Populaire \u00e0 l&rsquo;insurrection militaire et nationaliste men\u00e9e par le g\u00e9n\u00e9ral Franco. Nous devons en revanche nous interroger sur la contribution d&rsquo;Alexandre Jacob \u00e0 un \u00e9v\u00e8nement tout \u00e0 fait capital pour l&rsquo;histoire de l&rsquo;anarchie qui, en Espagne, rev\u00eat un caract\u00e8re de masse. Cet \u00e9v\u00e8nement doit de fait faire resurgir chez lui, comme le sugg\u00e8re Bernard Thomas en 1970, \u00ab\u00a0l&rsquo;espoir d&rsquo;une v\u00e9ritable r\u00e9volution libertaire\u00a0\u00bb<a name=\"_ftnref2\" href=\"#_ftn2\"><sup><sup>[2]<\/sup><\/sup><\/a>.<\/p>\n<p>Pour Thomas Hugh, historien de cette p\u00e9riode, on peut estimer \u00e0 environ 1.5 million le nombre d&rsquo;antiautoritaires dans ce pays<a name=\"_ftnref3\" href=\"#_ftn3\"><sup><sup>[3]<\/sup><\/sup><\/a>. Ils sont, pour l&rsquo;essentiel, regroup\u00e9s autour de la puissante Confederacion Nacional del Trabajo (CNT). Les plus d\u00e9termin\u00e9s d&rsquo;entre eux militent (environ 30000) au sein de la Federacion Anarquista Iberica (FAI) qui veille activement \u00e0 l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 des id\u00e9es libertaires. CNT et FAI sont particuli\u00e8rement bien implant\u00e9es autour de Barcelone. Seules deux lettres, sign\u00e9es par Pierre Besnard, cr\u00e9ditent le t\u00e9moignage de Pierre Valentin Berthier engageant Alexandre Jacob aux cot\u00e9s des compagnons ib\u00e8res en lutte\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Paris, le 26 janvier 1937<\/p>\n<p>RECOMMANDANTION<\/p>\n<p>Le porteur de la pr\u00e9sente lettre est le camarade Alexandre Jacob qui dirige la maison Y. Prost, fruits et l\u00e9gumes, dont le si\u00e8ge est \u00e0 Paris, 1 rue Mondetour, avec succursale \u00e0 Marseille, 19 quai de la Joliette. Je certifie que le camarade Alexandre Jacob est parfaitement connu de moi, que c&rsquo;est un homme honn\u00eate et s\u00fbr, en qui on peut avoir toute confiance. Je le recommande d&rsquo;une fa\u00e7on toute particuli\u00e8re aux camarades des Comit\u00e9s charg\u00e9s de la vente des oranges et primeurs en Espagne\u00a0; je les prie de bien vouloir l&rsquo;accueillir fraternellement et de lui faciliter le travail dans toute la mesure du possible\u00a0\u00bb<a name=\"_ftnref4\" href=\"#_ftn4\"><sup><sup>[4]<\/sup><\/sup><\/a>.<\/p>\n<p>La lettre de Pierre Besnard, fondateur de la CGT-SR, porte le tampon de la D\u00e9l\u00e9gation Permanente de la CNT-AIT en France. Au moment de la guerre d&rsquo;Espagne, l&rsquo;ami d&rsquo;Alexandre Jacob participe \u00e0 la cr\u00e9ation des Comit\u00e9s Anarcho-syndicalistes pour la D\u00e9fense du Prol\u00e9tariat Espagnol. Il en devient m\u00eame le secr\u00e9taire au mois d&rsquo;octobre 1936. S&rsquo;il est av\u00e9r\u00e9 que la police fran\u00e7aise s&rsquo;alarme en 1936-1937 d&rsquo;un trafic d&rsquo;agrumes sur Marseille<a name=\"_ftnref5\" href=\"#_ftn5\">[5]<\/a>, il convient aussi de remarquer \u00e0 l&rsquo;image des commentaires inclus dans la premi\u00e8re \u00e9dition des <em>Ecrits<\/em> de Jacob qu&rsquo;il nous parait difficile de croire que le marchand de tissus se pr\u00e9occupe simplement de l&rsquo;\u00e9coulement commercial de ce type de production.<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me lettre de Pierre Besnard, en date du 4 f\u00e9vrier 1937, recommande d&rsquo;ailleurs Madame Prost au camarade \u00ab\u00a0Juan Lopez ministre du commerce \u00e0 Valence\u00a0\u00bb en vue de faciliter les \u00e9changes d&rsquo;oranges contre du fer blanc et des engins de transport. Le nom de Prost est celui de la maison de commerce que dirigerait Alexandre Jacob. Retenons \u00e9galement le fait que certains membres de la FAI, comme le groupe Los solidariios, ont pratiqu\u00e9 la reprise individuelle et fait de l&rsquo;ill\u00e9galisme une de leurs activit\u00e9s par le pass\u00e9. Le laissez-passer du \u00ab\u00a0bon copain\u00a0\u00bb Besnard<a name=\"_ftnref6\" href=\"#_ftn6\"><sup><sup>[6]<\/sup><\/sup><\/a> cr\u00e9dite le principe d&rsquo;un trafic d&rsquo;armes avanc\u00e9 par Pierre Valentin Berthier\u00a0:<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/basile-zaharoff-1928.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3401\" title=\"Basile Zaharoff 1928\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/basile-zaharoff-1928.jpg\" alt=\"\" width=\"113\" height=\"134\" \/><\/a>\u00ab\u00a0Il est all\u00e9 l\u00e0-bas tr\u00e8s discr\u00e8tement. Les camarades l&rsquo;ont su mais il n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s longtemps absent. Il est all\u00e9, \u00e0 ce moment-l\u00e0, moi je l&rsquo;ai su apr\u00e8s (c&rsquo;est lui qui me l&rsquo;a dit du reste), voir le marchand de canon Basile Zaharoff qui \u00e9tait en vill\u00e9giature ou qui r\u00e9sidait (je ne sais pas) dans le Midi de la France. Il est mort d&rsquo;ailleurs peu de temps apr\u00e8s. Jacob devait essayer en accord avec les camarades espagnols de les fournir en armes \u00e0 travers la M\u00e9diterran\u00e9e. (&#8230;) Il ne m&rsquo;a pas parl\u00e9 de Zaharoff lui-m\u00eame mais des camarades espagnols avec lesquels il n&rsquo;avait pas r\u00e9ussi \u00e0 s&rsquo;entendre\u00a0\u00bb<a name=\"_ftnref7\" href=\"#_ftn7\"><sup><sup>[7]<\/sup><\/sup><\/a>.<\/p>\n<p>Le t\u00e9moignage de Pierre Valentin Berthier a certes le m\u00e9rite de confirmer l&rsquo;implication active de son ami dans la guerre d&rsquo;Espagne. Mais il soul\u00e8ve plusieurs interrogations si l&rsquo;on confronte ses dires avec les deux lettres de Besnard. Zacharias Basileios Zaharopoulos de son vrai nom est n\u00e9 en 1849 \u00e0 Mugla dans l&#8217;empire Ottoman. Le trafiquant d&rsquo;armes d&rsquo;origine gr\u00e9co-turque que croque le dessinateur belge Herg\u00e9 en 1937 dans l&rsquo;album des aventures de Tintin <em>L&rsquo;oreille cass\u00e9e<\/em>, meurt \u00e0 Monaco le 27 novembre 1936. Il a fait fortune pendant la premi\u00e8re guerre mondiale en fournissant tant l&rsquo;Allemagne que l&rsquo;Angleterre. Anobli par le roi de ce pays, sir Basile Zaharoff se retire \u00e0 Monaco et devient le propri\u00e9taire \u00e0 la fin de sa vie du casino de Monte Carlo.<\/p>\n<p>Cette courte biographie d&rsquo;un des hommes les plus riches du monde pendant l&rsquo;Entre-deux-guerres laisse supposer un voyage d&rsquo;Alexandre Jacob dans le Midi \u00e0 la fin de l&rsquo;ann\u00e9e 1936, si tant est bien s\u00fbr qu&rsquo;il ait r\u00e9ellement rencontr\u00e9 le marchand de canon ou un de ses sbires. Une telle entreprise ne peut se concevoir sans concertation ni \u00eatre le fait de la volont\u00e9 inopin\u00e9e d&rsquo;un seul homme. Elle suppose en outre l&rsquo;existence de r\u00e9seaux solides et agissants. Or, Alexandre Jacob dispara\u00eet de mani\u00e8re impromptue du Berry.<\/p>\n<p>De plus, les lettres de Pierre Besnard datent du d\u00e9but de l&rsquo;ann\u00e9e 1937. Les deux anarchistes ne peuvent ignorer le d\u00e9c\u00e8s de Zaharoff. Le principe du d\u00e9placement en Espagne se con\u00e7oit logiquement apr\u00e8s l&rsquo;hypoth\u00e9tique\u00a0 rencontre avec ce dernier. A moins, bien s\u00fbr, que le fondateur de la CGT-SR soit le seul organisateur de l&rsquo;op\u00e9ration. Dans cette optique, Alexandre Jacob fait figure d&rsquo;op\u00e9rateur pr\u00e9parant la logistique du trafic d&rsquo;armes. Celles-ci doivent partir de Marseille. Or la maison Y Prost, que dirigerait Jacob, poss\u00e8de une annexe dans cette ville\u00a0; elle servirait donc de couverture.<\/p>\n<p>Rappelons maintenant que le gouvernement Blum, dit de Front Populaire comme son homologue espagnol, d\u00e9clare sa neutralit\u00e9 d\u00e8s le d\u00e9but de la guerre civile de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 des Pyr\u00e9n\u00e9es. Cette prise de position ne facilite pas l&rsquo;acheminement d&rsquo;armes pour les r\u00e9publicains qui doivent donc circuler sous le couvert de la clandestinit\u00e9. Les oranges de Jacob cachent-elles vraiment des explosifs et autres munitions\u00a0? La question du financement de l&rsquo;op\u00e9ration peut se r\u00e9soudre comme le sugg\u00e8re Bernard Thomas par l&rsquo;expropriation des nombreuses \u00e9glises sous le contr\u00f4le des militants de la FAI<a name=\"_ftnref8\" href=\"#_ftn8\"><sup><sup>[8]<\/sup><\/sup><\/a>.<\/p>\n<p>Il n&rsquo;en demeure pas moins que la mort de Zaharoff bouleverse les plans \u00e9tablis. Le voyage de Jacob en Espagne peut d\u00e8s lors s&rsquo;envisager comme une prise de contact, une concertation pour \u00e9laborer un nouveau projet. Cela est d&rsquo;autant plus vrai que les anarchistes espagnols connaissent \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque un certain nombre de revers. Francisco Ascaso meurt d\u00e8s juillet 1936 en montant \u00e0 l&rsquo;assaut d&rsquo;une caserne \u00e0 Barcelone. Au mois de novembre de cette ann\u00e9e, c&rsquo;est au tour de Buenaventura Durruti de tomber au cours de la bataille de Madrid. Entre temps, \u00e0 la fin du mois d&rsquo;octobre, des membres de la CNT acceptent d&rsquo;entrer dans le gouvernement central de la r\u00e9publique.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/los-solidarios.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3402\" title=\"los-solidarios\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/los-solidarios-300x229.jpg\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"114\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/los-solidarios-300x229.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/los-solidarios.jpg 660w\" sizes=\"(max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><\/a>Alors que les franquistes b\u00e9n\u00e9ficient de l&rsquo;appui de l&rsquo;Allemagne nazie et de l&rsquo;Italie fasciste, les r\u00e9publicains se divisent grossi\u00e8rement en deux camps de plus en plus antagonistes. Les partisans d&rsquo;une r\u00e9volution sociale (CNT, FAI, POUM<a name=\"_ftnref9\" href=\"#_ftn9\"><sup><sup>[9]<\/sup><\/sup><\/a>, UGT<a name=\"_ftnref10\" href=\"#_ftn10\"><sup><sup>[10]<\/sup><\/sup><\/a>) s&rsquo;opposent aux communistes, alli\u00e9s des r\u00e9publicains mod\u00e9r\u00e9s qui pr\u00f4nent eux une pause institutionnelle pour mener la guerre. Ces dissensions aboutissent \u00e0 des affrontements sanglants, comme \u00e0 Barcelone du 3 au 8 mai 1937 o\u00f9 la tentative de prise de contr\u00f4le du central t\u00e9l\u00e9phonique par les communistes provoque cinq jours d&rsquo;\u00e9meute et quelques 500 morts.<\/p>\n<p>La confusion des \u00e9v\u00e8nements pr\u00e9cipite donc l&rsquo;\u00e9chec de la tentative d&rsquo;aide imagin\u00e9e par Jacob et Besnard. Le voyage de l&rsquo;ancien bagnard est semble-t-il de tr\u00e8s courte dur\u00e9e. Nous ne savons pas qui il rencontre en Espagne. L&rsquo;absence de sources n&rsquo;autorise h\u00e9las que des sp\u00e9culations incontr\u00f4lables. S&rsquo;il est tout \u00e0 fait possible d&rsquo;\u00e9tablir un lien entre Alexandre Jacob et Buenaventura Durutti, notamment par le fait que les deux hommes ont tr\u00e8s bien pu se rencontrer \u00e0 la prison de Fresnes en 1927, nous estimons par exemple erron\u00e9e l&rsquo;hypoth\u00e8se \u00e9mise par William Caruchet d&rsquo;une lettre commune envoy\u00e9e en novembre 1937 \u00e0 Staline pour le vingti\u00e8me anniversaire de la R\u00e9volution d&rsquo;Octobre. Cette lettre nous parait d&rsquo;autant plus imaginaire et farfelue que le libertaire espagnol est mort un an plus t\u00f4t\u00a0! Bien s\u00fbr il peut s&rsquo;agir d&rsquo;une faute de frappe ou d&rsquo;une erreur d&rsquo;impression de l&rsquo;ouvrage de l&rsquo;avocat ni\u00e7ois.<\/p>\n<p>Il n&#8217;emp\u00eache que, si nous savons si peu de chose sur cet \u00e9pisode de la vie de Jacob, c&rsquo;est peut-\u00eatre justement que ce qu&rsquo;il avait envisag\u00e9 ne peut se faire. De l\u00e0 le propos tenu par ce dernier \u00e0 Pierre Valentin Berthier d\u00e8s son retour en France\u00a0: \u00ab\u00a0Je n&rsquo;ai rien pu faire avec eux, ce sont des fadas ! Oh non ! Ils ne savent pas ce qu&rsquo;ils veulent !\u00a0\u00bb<a name=\"_ftnref11\" href=\"#_ftn11\"><sup><sup>[11]<\/sup><\/sup><\/a>. La d\u00e9ception d&rsquo;Alexandre Jacob se retrouve dans le roman de Michel Ragon\u00a0: <em>La m\u00e9moire des vaincus<\/em> (p433). Fr\u00e9d\u00e9rique Barth\u00e9l\u00e9my, le h\u00e9ros imagin\u00e9 en 1990 par cet \u00e9crivain libertaire, croise le vieux Marius errant comme une \u00e2me en peine dans Barcelone insurg\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p><em>Un soir, Fred rencontra dans les rues de Barcelone le vieux Marius Jacob, tout aussi d\u00e9sempar\u00e9 que ce jour o\u00f9 il arriva au Libertaire apr\u00e8s ses 25 ans de bagne. Accouru assister \u00e0 la r\u00e9volution anarchiste, il ne comprenait gu\u00e8re ce qui s&rsquo;y passait. Effar\u00e9 de d\u00e9couvrir que des anarchistes \u00e9taient devenus ministres, il s&rsquo;en retourna tr\u00e8s vite \u00e0 Issoudun il tenait un commerce de camelot ambulant<\/em>.<\/p>\n<p>Michel Ragon reprend les informations donn\u00e9es par la biographie de Bernard Thomas en 1970 mais\u00a0 \u00e9galement celles qu&rsquo;a d\u00fb lui narrer son ami Pierre Valentin Berthier. D\u00e9pit\u00e9 de son exp\u00e9rience espagnole, Marius Jacob retournerait dans son Berry pour y retrouver son \u00e2ne et sa roulotte, son calme et sa s\u00e9r\u00e9nit\u00e9. Michel Ragon d\u00e9forme volontairement la r\u00e9alit\u00e9. Alexandre Jacob reprend bien son activit\u00e9 de forain mais il ne le fait ni \u00e0 partir de Reuilly, ni \u00e0 partir d&rsquo;Issoudun et encore moins avec une charrette tract\u00e9e par un \u00e9quid\u00e9. En 1937, Marius Jacob, \u00e0 58 ans, parcourt foires et march\u00e9s de la Touraine. Il r\u00e9side \u00e0 Fleury la Vall\u00e9e dans l&rsquo;Yonne. La seconde guerre mondiale correspond en revanche \u00e0 son installation sur Reuilly. Or, si l&rsquo;ancien bagnard doit vivre douloureusement l&rsquo;\u00e9chec des anarchistes espagnols, l&rsquo;\u00e9preuve de la guerre est autrement plus lourde de cons\u00e9quences pour sa vie.<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/tchou.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-216\" title=\"Jacob, Bernard Thomas, Tchou 1970\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/tchou-197x300.jpg\" alt=\"Jacob, tchou 1970\" width=\"97\" height=\"148\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/tchou-197x300.jpg 197w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/tchou.jpg 402w\" sizes=\"(max-width: 97px) 100vw, 97px\" \/><\/a>Bernard Thomas<\/strong><\/p>\n<p><strong><em>Jacob<\/em><\/strong>, Tchou, 1970, p.357-359\u00a0:<\/p>\n<p>Eteint, fini, r\u00e9sign\u00e9, Jacob ? Si peu qu&rsquo;en juillet 1936 il dispara\u00eet pour quelques mois. \u00ab Il est parti voir des amis \u00bb : c&rsquo;est tout ce qu&rsquo;on sait.<\/p>\n<p>En fait, il a suivi de tr\u00e8s pr\u00e8s l&rsquo;\u00e9volution des \u00e9v\u00e9ne\u00adments d&rsquo;Espagne. Le coup de force des g\u00e9n\u00e9raux, La lib\u00e9ration des militants de la F.A.I. emprisonn\u00e9s, l&rsquo;insur\u00adrection arm\u00e9e des masses. Majoritaires \u00e0 la Conf\u00e9d\u00e9ra\u00adtion Nationale du Travail, tout-puissants \u00e0 Barcelone, parfaitement structur\u00e9s autour de la F.A.I., les anar\u00adchistes dominent le<em> Frente Popular<\/em>. L&rsquo;espoir d&rsquo;une authentique r\u00e9volution libertaire resurgit en lui, avec des souvenirs de jadis, au si\u00e8cle pr\u00e9c\u00e9dent, quand il allait porter des messages et de l&rsquo;argent aux compa\u00adgnons ib\u00e9riques pers\u00e9cut\u00e9s.<\/p>\n<p>Emu tout \u00e0 coup, le vieux capitaine entr\u00e9 dans les ordres a saut\u00e9 dans sa Peugeot. L&rsquo;animal de combat s&rsquo;est r\u00e9veill\u00e9. Trop \u00e2g\u00e9 pour aller faire le coup de fusil et grimper \u00e0 l&rsquo;assaut d&rsquo;une fortification, il peut rendre des services encore.<\/p>\n<p>Il va voir sir Basil Zaharoff, le p\u00e9trolier-marchand de canons. A la suite d&rsquo;un long entretien, les deux hommes passent un march\u00e9 : tant de kilos d&rsquo;or contre tant de mitrailleuses, livrables en France, en Suisse ou en Angle\u00adterre.<\/p>\n<p>Il \u00e9tudie ensuite les itin\u00e9raires \u00e0 suivre pour faire p\u00e9n\u00e9trer l&rsquo;armement en Espagne : une flottille de bateaux r\u00e9quisitionn\u00e9s, qui traverseront le golfe du Lion sous ses ordres, en un convoi r\u00e9gulier, ininterrompu, lui semble la meilleure solution.<\/p>\n<p>L&rsquo;or ? C&rsquo;est le plus facile \u00e0 trouver. Les \u00e9glises espa\u00adgnoles en regorgent. Il en sait quelque chose. Les mili\u00adtants de la F.A.I. \u00e9galement, qui l&rsquo;utilisent comme tr\u00e9\u00adsor de guerre. Mais ces jeunes gens bien intentionn\u00e9s sont des amateurs. Ils ratent leur coup une fois sur deux, faute des connaissances techniques n\u00e9cessaires. De plus, rien de tout cela n&rsquo;est organis\u00e9. Des fortunes se perdent. Les trafiquants auxquels font appel les r\u00e9vo\u00adlutionnaires les grugent honteusement : ils leur livrent \u00e0 prix d&rsquo;or des camions emplis de cailloux et dont la couche sup\u00e9rieure seule est compos\u00e9e d&rsquo;armes &#8211; hors d&rsquo;usage la plupart du temps.<\/p>\n<p>Son syst\u00e8me une fois minutieusement mis sur pied, Alexandre se rend enfin \u00e0 Barcelone. Une d\u00e9ception immense l&rsquo;y attend : Ascaso est mort, Durruti est mort. Les communistes, pass\u00e9s ma\u00eetres dans l&rsquo;art du noyau\u00adtage et de l&rsquo;infiltration, tiennent la capitale de l&rsquo;insur\u00adrection. Federica Montseny, qui est ministre de la Sant\u00e9, et l&rsquo;Italien Berneri, dans<em> Guerra di classe<\/em>, presque seuls \u00a0d\u00e9noncent le p\u00e9ril. Les camarades, trop occup\u00e9s \u00e0 se battre sur tous les fronts, ne semblent pas les comprendre. Jacob est renvoy\u00e9 d&rsquo;une autorit\u00e9 \u00e0 une autre Il rebondit de bureau en bureau. Pas un responsable, Les communistes le font lanterner. Les social-d\u00e9mocrates se montrent \u00e9vasifs. O\u00f9 sont les anarchistes ? Dans des fosses communes. Trahis sur leurs arri\u00e8res, ils se sacrifient sur le front.<\/p>\n<p>Le vieux monsieur comprend alors qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 victime du dernier pi\u00e8ge de la<em> ma\u00efa.<\/em> La r\u00e9volution espagnole n&rsquo;aura pas lieu. Les autoritaires sont pr\u00eats \u00e0 coexister avec les capitalistes, plut\u00f4t que de laisser l&rsquo;autogestion r\u00e9elle s&rsquo;instaurer. Les \u00ab brigades internationales \u00bb n&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 qu&rsquo;un sursaut de la conscience mondiale devant l&#8217;emprise des totalitaires de tous bords. Staline, lui, fait le jeu de Franco.<\/p>\n<p>&#8211; C&rsquo;est normal, pense Jacob. Je suis un utopiste. L&rsquo;histoire n&rsquo;est pas affaire de sentiments, mais de rap\u00adports de forces. Tant que la conscience individuelle de tous les hommes ne sera pas plus \u00e9volu\u00e9e, la volont\u00e9 de puissance de quelques-uns triomphera.<\/p>\n<p>Alors, il remonte dans sa voiture et reprend sa place au march\u00e9 d&rsquo;Issoudun, d\u00e9bonnaire, souriant, \u00e9nigmatique.<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/cacaruchet.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-128\" title=\"Marius Jacob par William Caruchet, S\u00e9guier, 1993\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/cacaruchet-228x300.jpg\" alt=\"Marius Jacob par William Caruchet\" width=\"112\" height=\"148\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/cacaruchet-228x300.jpg 228w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/cacaruchet.jpg 244w\" sizes=\"(max-width: 112px) 100vw, 112px\" \/><\/a>William Caruchet<\/strong>,<\/p>\n<p><strong><em>Marius Jacob l&rsquo;anarchiste cambrioleur<\/em><\/strong>, S\u00e9guier, 1993, p.310-313\u00a0:<\/p>\n<p>Comme beaucoup d&rsquo;anarchistes d\u00e8s 1917. Jacob a \u00e9pous\u00e9 la R\u00e9vo\u00adlution d&rsquo;Octobre. Quelle formidable exp\u00e9rience, alors, que ce loin\u00adtain chambardement ! Un autre espoir na\u00eet avec la guerre d&rsquo;Espagne. Avec elle, Jacob retrouve l&rsquo;exaltation de l&rsquo;engagement physique.<\/p>\n<p>Cette r\u00e9volution espagnole est un long orage dont les premiers grondements ont commenc\u00e9 bien avant 1936. Anarchistes et commu\u00adnistes secouent jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9branlement la vieille royaut\u00e9 autocratique et mystique. \u00c0 ses d\u00e9buts, le drapeau noir a flott\u00e9 sur Madrid. C&rsquo;est lui que nous allons suivre avec Jacob, avant qu&rsquo;il ne disparaisse, ren\u00advers\u00e9, \u00e9cras\u00e9 et enterr\u00e9 par un ordre social conservateur.<\/p>\n<p>Il arrive \u00e0 Barcelone durant l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1936. Pas de taxis, seulement de surann\u00e9s fiacres \u00e0 chevaux. Sur le Paseo de Colon, peu de monde. Mais dans les autres rues du centre, quel spectacle ! Des ouvriers en civil, le fusil \u00e0 l&rsquo;\u00e9paule. Aucun soldat en uniforme, mais beaucoup de miliciens en tenue bleu fonc\u00e9, avec parfois une fille au bras. Devant les h\u00f4tels, les grands magasins et les \u00e9difices gouvernementaux, des sentinelles arm\u00e9es derri\u00e8re un semblant de barricade de pav\u00e9s et de sacs de sable. Les anarchistes sont les ma\u00eetres de la ville et de la Catalogne. Partout, leurs sigles en lettres blanches sur fond noir, affirment cette emprise : F.A.I. (F\u00e9d\u00e9ration Anarchiste Ib\u00e9rique), C.N.T. (Conf\u00e9d\u00e9ration Nationale du Travail), P.O.U.M. (Parti Ouvrier d&rsquo;Unification Marxiste). Sur les immeubles, aux boutonni\u00e8res, les trois lettres U.H.P, le c\u00e9l\u00e8bre slogan du soul\u00e8vement des Asturies en 1934 . Rien que des ouvriers.<\/p>\n<p>Le gouvernement a d\u00e9conseill\u00e9 aux promeneurs le port du chapeau. Cette coiffure bourgeoise peut faire mauvaise impression et entra\u00eener des manifestations hostiles. Jacob se met \u00e0 la mode du jour et rev\u00eat l&rsquo;uniforme de la milice. Il est aspir\u00e9 par un inimagina\u00adble bouillonnement de lave humaine. Les barricades sont \u00e0 chaque coin de rue, avec une for\u00eat de drapeaux rouges et noirs. Chacun a conscience de vivre des journ\u00e9es fantastiques. Il est gagn\u00e9 par cette ambiance de chants, de musique et de cris.<\/p>\n<p>Avec Lecoin, il anime un mouvement de solidarit\u00e9 antifasciste, le \u00ab Secours International Anarchiste \u00bb. C&rsquo;est le rassemblement le plus actif d&rsquo;aide aux R\u00e9publicains. Ils \u00e9ditent un journal hebdoma\u00addaire, qui compte dix mille abonn\u00e9s. Jacob y rencontre des hommes aussi diff\u00e9rents que Ren\u00e9 Belin (futur ministre du Mar\u00e9\u00adchal P\u00e9tain), L\u00e9on Jouhaux (secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de la C.G.T.), des hommes de lettres (Andr\u00e9 Chamson et Maurice Rostand). En moins d&rsquo;un an, Jacob et Lecoin collectent un million de francs. Chaque semaine, des camions bourr\u00e9s de vivre et de m\u00e9dicaments font la navette entre la France et l&rsquo;Espagne. Jacob ajoute souvent aux cargaisons des armes l\u00e9g\u00e8res et des munitions. Les douaniers ferment les yeux.<\/p>\n<p>\u00ab Cette guerre, \u00e9crit Jacob, est une guerre lib\u00e9ratrice. La lutte que m\u00e8nent les anarchistes espagnols est la n\u00f4tre \u00bb. Ses articles sont des \u00e9crits de pol\u00e9miste et de commentateur critique. Il voit dans cette r\u00e9volution une explosion susceptible d&rsquo;\u00e9branler les fondements des r\u00e9gimes bourgeois, et de d\u00e9placer le m\u00e9ridien r\u00e9volutionnaire de Moscou \u00e0 Madrid.<\/p>\n<p>Les anarchistes se battent sur tous les fronts et tombent par mil\u00adliers. L&rsquo;entr\u00e9e en lice des Brigades internationales sont pour lui un sursaut de la conscience mondiale. Les mouvements libertaires espagnols l&rsquo;utilisent pour ranimer l&rsquo;ardeur r\u00e9volutionnaire de mili\u00adtants trop ti\u00e8des. Les revers militaires apportent rivalit\u00e9s de tendan\u00adces et intrigues pour le pouvoir. Tout cela commence \u00e0 sentir le soufre et l&rsquo;h\u00e9r\u00e9sie. Querelles et haines s&rsquo;attisent entre communistes, socialistes et anarchistes, rendant in\u00e9vitable la rupture. De Moscou va venir l&rsquo;excommunication brutale des disciples de Trotsky qui n&rsquo;en font qu&rsquo;\u00e0 leur t\u00eate. Jacob perd ses illusions sur la radieuse Union sovi\u00e9tique. C&rsquo;est le douloureux et d\u00e9chirant abandon.<\/p>\n<p>Jacob retrouve \u00e0 Barcelone Durruti, que la r\u00e9volution a propuls\u00e9 au premier plan. Sa stature est impressionnante. Tr\u00e8s grand, taill\u00e9 en athl\u00e8te, une sorte de Danton \u00e0 la voix rude, au sourire de b\u00eate de proie. Seul \u00e9l\u00e9ment physique bienveillant, son regard. C&rsquo;est l&rsquo;un des chefs politiques et militaires les plus \u00e9cout\u00e9s. Jacob l&rsquo;accompagne sur le front d&rsquo;Aragon. Un jour Durruti pleure de fureur lorsque ses mili\u00adciens, leurs munitions \u00e9puis\u00e9es, doivent repousser une attaque fran\u00adquiste uniquement \u00e0 la grenade.<\/p>\n<p>Indiscipline sur le front et embourgeoisement \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re. Jacob et Durruti d\u00e9noncent cette double tare. En premi\u00e8re ligne, il est vrai, tout ordre donne lieu \u00e0 des palabres interminables et personne ne veut ob\u00e9ir. Militaires et civils se d\u00e9testent et se m\u00e9fient les uns des autres. Tout le monde est suspect. Dans les villes, de nouveaux riches s&rsquo;installent dans l&rsquo;opulence. Caf\u00e9s, dancings et cabarets ne d\u00e9semplissent pas. Les deux hommes, en novembre 1937, adressent un message \u00e0 Staline pour le XX<sup>e<\/sup> anniversaire de la R\u00e9volution d&rsquo;Octobre. Les anarchistes doctrinaires d\u00e9noncent cette initiative jug\u00e9e inopportune.<\/p>\n<p>Le manque d&rsquo;armes interdit aux R\u00e9publicains toute contre-offen\u00adsive. Les plaintes des combattants se multiplient. Il est vrai que le pouvoir central a peur d&rsquo;armer les anarchistes. Jacob, qu&rsquo;aucune r\u00e9putation n&rsquo;impressionne, se fait recevoir par l&rsquo;un des hommes les plus riches du si\u00e8cle, Basil Zaharof. \u00c0 quatre-vingt-cinq ans, retir\u00e9 sur le rocher de Monte-Carlo, il fait encore des affaires et n&rsquo;a aucun pr\u00e9\u00adjug\u00e9 dans le choix de ses clients. Sir Basil, conseiller de l&rsquo;Amiraut\u00e9 bri\u00adtannique, chevalier de l&rsquo;Ordre du Bain, m\u00e9c\u00e8ne, mais surtout marchand d&rsquo;armes, \u00e9coute l&rsquo;ancien bagnard. Il vend des canons \u00e0 Franco. Pourquoi ne pas livrer quelques milliers de mitrailleuses aux R\u00e9publicains ? Peu importe pour lui l&rsquo;issue du conflit. Il accepte de livrer des canons de gros calibre, des fusils et quelques millions de cartouches et d&rsquo;obus. Le tout livrable en France, en Suisse ou en Angleterre. Mais il exige le paiement en or, monnaies ou lingots. Jacob accepte le march\u00e9. Ce sont les richesses des \u00e9glises espagnoles qui r\u00e9gleront la note. De retour \u00e0 Barcelone, tout le monde se d\u00e9file.<\/p>\n<p>Les anarchistes ont \u00e9t\u00e9 \u00e9vinc\u00e9s des instances dirigeantes. Ce sont les communistes qui tiennent les leviers de commande. \u00c0 l&rsquo;approvision\u00adnement en armes de Sir Basil, ils pr\u00e9f\u00e8rent celui de Moscou.<\/p>\n<p>Jacob se replonge alors dans l&rsquo;action humanitaire. Avec la d\u00e9b\u00e2cle et la prise de Madrid par Franco, les r\u00e9fugi\u00e9s, par centaines de milliers, essaient de gagner la fronti\u00e8re fran\u00e7aise. Dans cet exode, les familles sont souvent dispers\u00e9es. Le mari, la femme, les enfants sont s\u00e9par\u00e9s et intern\u00e9s dans des camps diff\u00e9rents. Jacob s&#8217;emploie \u00e0 assurer leur regroupement. Une \u0153uvre gigantesque \u00e0 laquelle il se donne enti\u00e8rement. Les routes regorgent de fuyards. Avec ses amis anarchistes, il a bien du mal \u00e0 se frayer un passage dans ces colonnes disparates, arros\u00e9es de balles de mitrailleuses par les avi\u00adons allemands et italiens.<\/p>\n<p>La d\u00e9faite des R\u00e9publicains, en mars 1939, laisse Jacob d\u00e9sem\u00adpar\u00e9. Elle prive l&rsquo;anarchisme de son seul et unique bastion. De l&rsquo;\u00e9preuve ib\u00e9rique, il sort \u00e9cras\u00e9, dispers\u00e9 et aussi discr\u00e9dit\u00e9. Le socialisme autoritaire, d\u00e9gag\u00e9 de la concurrence libertaire, reste seul ma\u00eetre du terrain.<\/p>\n<p>La guerre est imminente. Si en 1914, les anarchistes avaient pu esp\u00e9rer, jusqu&rsquo;\u00e0 la mobilisation, que celle-ci serait le d\u00e9tonateur d&rsquo;une r\u00e9volution, en 1939 ils ont conscience de leur solitude et de leur impuissance \u00e0 peser sur les \u00e9v\u00e9nements. Lecoin et Jacob accomplissent n\u00e9anmoins un geste ultime. C&rsquo;est le tract \u00ab Paix imm\u00e9diate \u00bb. Il est distribu\u00e9 et affich\u00e9 d\u00e8s le lendemain de la d\u00e9cla\u00adration de guerre.<\/p>\n<hr size=\"1\" \/><a name=\"_ftn1\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Interview de Pierre Valentin Berthier, 14 f\u00e9vrier 2001.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn2\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> Thomas Bernard, Jacob., p.358.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn3\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> Hugh Thomas, <em>Histoire de la guerre d&rsquo;Espagne<\/em>, tome 1, p.67.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn4\" href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a> Les deux lettres que publie L&rsquo;Insomniaque dans les Ecrits en 1995 se trouvaient dans les archives personnelles de Guy Denizeau, l&rsquo;ami forain de Jacob.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn5\" href=\"#_ftnref5\">[5]<\/a> Archives Contemporaines deFontainebleau, 19940500\/article 313\/ dossier 5279 : exp\u00e9dition de produits alimentaires vers l&rsquo;Espagne 1936<\/p>\n<p><a name=\"_ftn6\" href=\"#_ftnref6\">[6]<\/a> Terme utilis\u00e9 par Jacob \u00e0 propos de Besnard dans la lettre qu&rsquo;il adresse \u00e0 Eug\u00e8ne Humbert, le 7 avril 1929 (I.I.H.S.A., fonds Eug\u00e8ne et Jeanne Humbert).<\/p>\n<p><a name=\"_ftn7\" href=\"#_ftnref7\">[7]<\/a> Interview de Pierre Valentin Berthier, 14 f\u00e9vrier 2001.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn8\" href=\"#_ftnref8\">[8]<\/a> Thomas Bernad, Jacob, p.359.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn9\" href=\"#_ftnref9\">[9]<\/a> Partido Obrero de Unificacion Marxista, d&rsquo;ob\u00e9dience trotskyste.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn10\" href=\"#_ftnref10\">[10]<\/a> Union G\u00e9n\u00e9rale des Travailleurs, l&rsquo;autre grande centrale syndicale espagnole avec la CNT.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn11\" href=\"#_ftnref11\">[11]<\/a> Interview de Pierre Valentin Berthier, 14 f\u00e9vrier 2001.<\/p>\n<p><!--[if gte mso 9]><xml> Print   65         21      9,05 pt   9,05 pt      false   false   false      FR   X-NONE   X-NONE <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 9]><xml> <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 10]>\n\n\n<style>\n \/* Style Definitions *\/\n table.MsoNormalTable\n\t{mso-style-name:\"Tableau Normal\";\n\tmso-tstyle-rowband-size:0;\n\tmso-tstyle-colband-size:0;\n\tmso-style-noshow:yes;\n\tmso-style-priority:99;\n\tmso-style-parent:\"\";\n\tmso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;\n\tmso-para-margin-top:0cm;\n\tmso-para-margin-right:0cm;\n\tmso-para-margin-bottom:10.0pt;\n\tmso-para-margin-left:0cm;\n\tline-height:115%;\n\tmso-pagination:widow-orphan;\n\tfont-size:11.0pt;\n\tfont-family:\"Calibri\",\"sans-serif\";\n\tmso-ascii-font-family:Calibri;\n\tmso-ascii-theme-font:minor-latin;\n\tmso-hansi-font-family:Calibri;\n\tmso-hansi-theme-font:minor-latin;\n\tmso-fareast-language:EN-US;}\n<\/style>\n\n<![endif]--><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le calme apparent de la vie d&rsquo;Alexandre Jacob ne doit pas masquer le maintien des principes et des id\u00e9aux qui, en 1905, l&rsquo;envoient purger une peine de travaux forc\u00e9s \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 en Guyane. 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