{"id":3371,"date":"2014-04-19T01:10:19","date_gmt":"2014-04-18T23:10:19","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=3371"},"modified":"2013-12-22T20:39:22","modified_gmt":"2013-12-22T18:39:22","slug":"antoine-par-laurent","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2014\/04\/antoine-par-laurent\/","title":{"rendered":"Antoine par Laurent"},"content":{"rendered":"<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n166-avril-juin-2011-4.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3372\" title=\"Gavroche n166 avril-juin 2011\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n166-avril-juin-2011-4-205x300.jpg\" alt=\"\" width=\"140\" height=\"204\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n166-avril-juin-2011-4-205x300.jpg 205w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n166-avril-juin-2011-4.jpg 313w\" sizes=\"(max-width: 140px) 100vw, 140px\" \/><\/a>Gavroche<\/strong>, n\u00b0166, avril-juin 2011<\/p>\n<p><strong>Laurent Gallet<\/strong><\/p>\n<p><strong><a name=\"bookmark0\">INJUSTICE POLITIQUE<\/a><\/strong><\/p>\n<p><strong><a name=\"bookmark1\">Antoine Cyvoct, premier martyr de l&rsquo;anarchie<\/a><\/strong><\/p>\n<p>Une d\u00e9cennie avant les comparses de Ravachol, avant L\u00e9authier et Meunier, le Lyonnais Antoine Cyvoct fut envoy\u00e9 au bagne \u00e0 l&rsquo;occasion de la premi\u00e8re affaire retentissante de propagande par le fait en France. Sa vie est celle de son combat pour faire reconna\u00eetre son innocence. Antoine Cyvoct est inconnu des autorit\u00e9s avant la date du 7 ao\u00fbt 1882, o\u00f9 il est d\u00e9sign\u00e9 nouveau g\u00e9rant du journal anar\u00adchiste<em> L&rsquo;Etendard r\u00e9volutionnaire<\/em> lors d&rsquo;une r\u00e9union g\u00e9n\u00e9rale des groupes de la f\u00e9d\u00e9ration r\u00e9volutionnaire lyonnaise. Il garde la g\u00e9rance du journal le temps de cinq num\u00e9ros parus entre le 13 ao\u00fbt et le 10 septembre 1882 et prend la parole lors de cinq r\u00e9unions jusqu&rsquo;au 4 octobre. Trois jours apr\u00e8s, il est interrog\u00e9 par le juge d&rsquo;instruc\u00adtion Rigot, sur l&rsquo;inculpation d&rsquo;avoir \u00ab<em> directement provoqu\u00e9 \u00e0 commettre les crimes de meurtre, de pillage et d&rsquo;incendie sans que cette provocation ait \u00e9t\u00e9 suivie d&rsquo;effets<\/em> \u00bb.<!--more--><\/p>\n<p>L&rsquo;accusation, qui a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9e les mois pr\u00e9c\u00e9dents avec succ\u00e8s contre les anarchistes Dejoux d&rsquo;une part, puis Bonthoux et Crestin d&rsquo;autre part, repose sur un discours prononc\u00e9 par Antoine lors d&rsquo;une r\u00e9union tenue \u00e0 la Croix-rousse le 16 ao\u00fbt 1882. Se voyant menac\u00e9 d&rsquo;une poursuite, Cyvoct d\u00e9cide de ne pas attendre un proc\u00e8s qui pourrait pourtant lui servir de tribune publique et quitte la France.<\/p>\n<p>Ce fai\u00adsant, il met \u00e9galement en pratique cette gr\u00e8ve des conscrits qu&rsquo;il a pr\u00e9conis\u00e9e en r\u00e9union publique. Le 10 octobre 1882, il \u00e9crit \u00e0 ses parents une lettre post\u00e9e depuis Gen\u00e8ve, puis le lendemain, gagne Lausanne o\u00f9, sous un nom d&#8217;emprunt, il loge chez les \u00e9poux Hermenjat, une adresse que lui a sans doute fournie Dejoux suite \u00e0 son propre exil dans cette ville. Il s\u00e9journe chez les Hermenjat depuis environ 10 jours lorsqu&rsquo;un double attentat secoue Lyon et sa population.<\/p>\n<p>En effet, le lundi 23 octobre, \u00e0 plus de 23 heures d&rsquo;intervalle, deux bombes agitent les nuits lyonnaises. C&rsquo;est d&rsquo;abord, entre minuit trente et une heure moins le quart, le caf\u00e9-restaurant L&rsquo;Assommoir, situ\u00e9 dans le sous-sol du th\u00e9\u00e2tre Bellecour qui voit l&rsquo;un de ses employ\u00e9s Louis Miodre \u00eatre la victime d&rsquo;une explosion qui blesse en outre plusieurs personnes. C&rsquo;est ensuite, \u00e0 23 heures 45 la caserne de recru\u00adtement militaire de la vitriolerie qui subit des d\u00e9g\u00e2ts mat\u00e9riels assez peu importants.<\/p>\n<p>Gustave Chenier, le seul t\u00e9moin pouvant dresser le portrait d&rsquo;un suspect compatible avec la phy\u00adsionomie de Cyvoct dans ce second attentat ne se d\u00e9clare que le 2 mai 1883 et malgr\u00e9 ce laps de temps, n&rsquo;h\u00e9site pas \u00e0 donner un signalement si pr\u00e9cis qu&rsquo;il correspond \u00e0 celui de Cyvoct jusque dans la taille estim\u00e9e du suspect que Chenier peut encore situer, plus de sept mois apr\u00e8s l&rsquo;attentat, dans un intervalle de 2 centim\u00e8tres.<\/p>\n<p>En revanche, pour l&rsquo;attentat de L&rsquo;Assommoir, divers t\u00e9moignages rapportent que deux hommes et une femme ont quitt\u00e9 les lieux quelques secondes avant l&rsquo;explosion. La description du pseudo-Cyvoct faite par le gar\u00e7on de caf\u00e9 Flot, d\u00e9tach\u00e9 au service du box n\u00b0 2 d&rsquo;o\u00f9 est partie l&rsquo;explosion m\u00e8ne \u00e0 une premi\u00e8re arrestation. En effet, un \u00ab<em> d\u00e9tail caract\u00e9ristique<\/em> \u00bb remarqu\u00e9 par Flot et d&rsquo;autres t\u00e9moins, un pince-nez \u00e0 verres bleus que portait l&rsquo;un des deux hommes, conduit la police lyonnaise \u00e0 arr\u00eater, le 25 octobre, un anarchiste caladois, Antoine Desgranges. Celui-ci s&rsquo;est fait remarquer le 21 octobre dans une r\u00e9union \u00e0 Villefranche au cours de laquelle il a invectiv\u00e9 les bourgeois de L&rsquo;Assommoir pros\u00adtituant les filles du peuple. Desgranges confront\u00e9 et innocent\u00e9, le commissaire sp\u00e9cial annonce au procureur de la R\u00e9publique que Cyvoct, introu\u00advable depuis le 9 octobre dernier, est revenu \u00e0 Lyon le 23 pour repartir le 24 et qu&rsquo;il \u00e9tait por\u00adteur d&rsquo;un lorgnon \u00e0 verres bleus.<\/p>\n<p>Au proc\u00e8s de Cyvoct, les 11 et 12 d\u00e9cembre 1883, le commis\u00adsaire sp\u00e9cial Perraudin se retranchera derri\u00e8re un inexistant secret profes\u00adsionnel afin de ne pas r\u00e9v\u00e9ler ses sources d&rsquo;informations. Il n&rsquo;a pas oubli\u00e9 qu&rsquo;en ce d\u00e9but d&rsquo;ann\u00e9e 1883, lors du proc\u00e8s des 66 anarchistes, mis \u00e0 mal par trois avocats qui lui demandent de venir citer ses sources d&rsquo;informations, Perraudin a \u00e9t\u00e9 sauv\u00e9 par le procureur qui \u00e9luda la question en faisant valoir le secret professionnel du commissaire. Il faut dire que l&rsquo;origine des renseignements que fournit Perraudin \u00e0 la justice provient d&rsquo;individus infiltr\u00e9s et pay\u00e9s sur le bud\u00adget du commissariat sp\u00e9cial. Le r\u00f4le de l&rsquo;un de ces indi\u00adcateurs est publiquement d\u00e9nonc\u00e9 lors du proc\u00e8s des 66 et Cyvoct le d\u00e9nonce encore une fois lors de son proc\u00e8s pour le double attentat, comme \u00e9tant \u00e0 l&rsquo;origine de la machination.<\/p>\n<p>Le 10 juillet 1882, ce personnage, Aristide Valadier, \u00e9crit une lettre au pr\u00e9fet du Rh\u00f4ne dans laquelle il demande une aide sous forme d&rsquo;argent en \u00e9change de rensei\u00adgnements qu&rsquo;il pourrait lui fournir car, dit-il, \u00ab<em> les circonstances ont fait de moi l&rsquo;un des principaux r\u00e9dacteurs d&rsquo;une feuille hebdomadaire qui ne vous est point inconnue :<\/em> Le Droit social,<em> organe anarchiste r\u00e9volutionnaire<\/em><sup>3<\/sup><em> \u00bb.<\/em> C&rsquo;est dans ce journal, anc\u00eatre de<em> L&rsquo;\u00c9tendard r\u00e9volutionnaire, <\/em>qu&rsquo;avait paru, le 12 mars pr\u00e9c\u00e9dent, un article incendiaire intitul\u00e9 \u00ab Un bouge \u00bb qui incitait \u00e0 <em>\u00ab d\u00e9truire les repaires de bourgeois \u00bb<\/em> tel que L&rsquo;Assommoir. Cyvoct, dans<em> L&rsquo;Hydre anarchiste, <\/em>\u00e0 partir du 9 mars 1884. puis dans<em> L&rsquo;Alarme<\/em> qui lui succ\u00e9da, accuse Valadier d&rsquo;\u00eatre l&rsquo;auteur de l&rsquo;article. Plus tard. Bord\u00e2t, l&rsquo;un des condamn\u00e9s du proc\u00e8s des 66, l&rsquo;innocente de ce grief: <em>\u00ab L&rsquo;auteur de cet article \u00e9tait Damians fils, demeurant rue Tolozan \u00e0 Lyon, qui fut plus tard compromis dans le fameux proc\u00e8s de l&rsquo;Inter\u00adnationale et qui, gr\u00e2ce \u00e0 sa l\u00e2chet\u00e9, ne fut condamn\u00e9 qu&rsquo;\u00e0 six mois<sup>4<\/sup>&#8230; \u00bb.<\/em> Un autre des condamn\u00e9s, Joseph Bonthoux, affirme dans une lettre du 5 novembre 1897 publi\u00e9e dans<em> L&rsquo;Aurore<\/em> du 2 janvier 1898 que l&rsquo;auteur des quelques lignes \u00e9tait \u00ab<em> un nomm\u00e9 D&#8230;, tisseur, alors apprenti dans l&rsquo;imprime\u00adrie o\u00f9 se publiait<\/em> Le Droit social \u00bb et affirme l&rsquo;innocence de Cyvoct tant au sujet de l&rsquo;article incri\u00admin\u00e9 que de l&rsquo;attentat. Enfin Damians lui-m\u00eame, dans une lettre dat\u00e9e du 31 octobre 1902 confirme en tout point ce qu&rsquo;affirmait Cyvoct en 1884:<em> \u00ab&#8230;je reconnais \u00eatre le signataire [&#8230;] l&rsquo;auteur v\u00e9ritable est ce Monsieur Valadier, qui joua un si vilain r\u00f4le dans toute cette affaire\u00a0\u00bb \u00bb.<\/em><\/p>\n<p>Toutefois, cet indicateur n&rsquo;est pas seul \u00e0 avoir forg\u00e9 la pr\u00e9somption de culpabilit\u00e9 de Cyvoct. En effet, au cours de l&rsquo;instruction de son proc\u00e8s, Cyvoct entre en conflit avec le juge Cuaz. Le 25 juillet 1883 il lui adresse une lettre dans laquelle il lui reproche sa partialit\u00e9 et sa conduite des auditions des t\u00e9moins. Il l&rsquo;accuse de chercher \u00e0 orienter les r\u00e9ponses de quatre t\u00e9moins pour les faire conclure \u00e0 la ressemblance entre Cyvoct et l&rsquo;individu de L&rsquo;Assommoir, mais aussi d&rsquo;avoir laiss\u00e9 Flot com\u00admuniquer avec les autres t\u00e9moins. Dans l&rsquo;imm\u00e9\u00addiat, afin de contrer les accusations de Cyvoct, le juge d&rsquo;instruction Rigot, qui remplace Cuaz pen\u00addant ses vacances, interroge \u00e0 nouveau les quatre t\u00e9moins et man\u0153uvre habilement en leur deman\u00addant s&rsquo;ils reconnaissent avoir subi une \u00ab<em> pression quelconque\u00a0\u00bb \u00bb<\/em> lors des confrontations. En leur demandant donc s&rsquo;ils admettent que l&rsquo;on puisse se jouer si facilement de leur libre arbitre, Rigot obtient les r\u00e9ponses n\u00e9gatives qu&rsquo;il peut esp\u00e9rer &#8211; le patron de L&rsquo;Assommoir, par exemple, estime n\u00e9cessaire de r\u00e9p\u00e9ter par trois fois qu&rsquo;il n&rsquo;est <em>\u00ab pas homme \u00e0<\/em> [s]e<em> laisser influencer par qui que ce soit \u00bb.<\/em><\/p>\n<p>Cyvoct est donc condamn\u00e9 \u00e0 un mois de prison pour outrage \u00e0 magistrat. Ce conflit avec Cuaz conduit ce dernier \u00e0 se d\u00e9charger de l&rsquo;affaire au profit d&rsquo;un autre de ses coll\u00e8gues, le juge Vial. Celui-ci va r\u00e9ussir \u00e0 retourner trois t\u00e9moins dans le sens de l&rsquo;accusation. Une voisine de Cyvoct qui, auditionn\u00e9e par Cuaz, innocentait l&rsquo;anarchiste, jette maintenant sur lui une lourde suspicion. Un autre qui, devant Cuaz, se montrait bien timor\u00e9 dans son accusation devient empli de certitudes. Et puis un gendarme qui donnait un calendrier des \u00e9v\u00e9nements ne co\u00efncidant pas avec la version officielle le rectifie pour qu&rsquo;il soit conforme.<\/p>\n<p>Il n&rsquo;est pas jusqu&rsquo;aux jur\u00e9s dont les magistrats ne se soient jou\u00e9s. Interrog\u00e9 sur la culpabilit\u00e9 d&rsquo;assassinat, le jury r\u00e9pond par la n\u00e9gative. Sur la complicit\u00e9, il ne r\u00e9pond par l&rsquo;affirmative qu&rsquo;\u00e0 la question d&rsquo;avoir \u00ab<em> par machinations ou arti\u00adfices coupables, provoqu\u00e9 \u00e0 ce meurtre, ou d&rsquo;avoir donn\u00e9 des instructions pour le commettre\u00bb. <\/em>D\u00e8s le lendemain du verdict, les autorit\u00e9s admi\u00adnistratives et judiciaires forgent le mythe de la clairvoyance des jur\u00e9s qui, d&rsquo;apr\u00e8s le Procureur G\u00e9n\u00e9ral de Lyon Fabreguettes, lui aurait permis de faire preuve \u00ab<em> d&rsquo;une grande fermet\u00e9 et d&rsquo;un v\u00e9ritable discernement. Ils ont statu\u00e9 en connais\u00adsance de cause, sachant que la condamnation \u00e0 mort devait \u00eatre le r\u00e9sultat du refus des circons\u00adtances att\u00e9nuantes. Ils comprenaient la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;un exemple<\/em> \u00bb et que \u00ab<em> sa r\u00e9ponse n\u00e9gative sur la question principale a permis de soutenir que Cyvoct n&rsquo;\u00e9tait pas l&rsquo;auteur direct, bien que, d&rsquo;apr\u00e8s mes renseignements le jury f\u00fbt convaincu de sa participation \u00bb.<\/em><\/p>\n<p>Or, ce n&rsquo;est pas l\u00e0 l&rsquo;opi\u00adnion de l&rsquo;un de ces jur\u00e9s qui, interrog\u00e9 presque 14 ann\u00e9es plus tard r\u00e9v\u00e8le les dessous de la prise de d\u00e9cision collective. A la question de la culpabi\u00adlit\u00e9 par \u00ab<em> machinations ou artifices coupables \u00bb, <\/em>ce jur\u00e9 reconna\u00eet qu&rsquo;il pensait que cette demande visait l&rsquo;article de journal \u00ab Un bouge \u00bb et qu&rsquo;il s&rsquo;agissait donc d&rsquo;une provocation par la presse suivie d&rsquo;effet. La peine de mort prononc\u00e9e pour un d\u00e9lit de presse stup\u00e9fie tant les jur\u00e9s que onze sur douze s&#8217;empressent de signer un recours en gr\u00e2ce pour Cyvoct. Le seul jur\u00e9 qui avait bien compris o\u00f9 les emmen\u00e8rent les magistrats, et qui s&rsquo;abstint de signer le recours, \u00e9tait avocat.<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n166-avril-juin-2011-1.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3373\" title=\"Gavroche n166 avril-juin 2011\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n166-avril-juin-2011-1.jpg\" alt=\"\" width=\"107\" height=\"186\" \/><\/a>Des proc\u00e8s comme s&rsquo;il en pleuvait<\/strong><\/p>\n<p>Entre le double attentat du 23 octobre 1882 et son proc\u00e8s le 11 et 12 d\u00e9cembre 1883, Cyvoct vit quelque temps en Suisse o\u00f9 il ne trouve pas de travail et part pour la Belgique o\u00f9 sa situation ne s&rsquo;am\u00e9liore gu\u00e8re. Il se trouve \u00e0 Verviers le 6 d\u00e9cembre 1882 lorsqu&rsquo;il est condamn\u00e9, par d\u00e9faut, avec Bonthoux, \u00e0 2 ans de prison et 3000 francs d&rsquo;amende pour les discours tenus le 16 ao\u00fbt pr\u00e9c\u00e9dent. Puis, on l&rsquo;implique dans le proc\u00e8s dit des 66 qui s&rsquo;ouvre \u00e0 Lyon le 8 jan\u00advier 1883.<\/p>\n<p>Si la justice ne peut formellement accuser les anarchistes d&rsquo;\u00eatre impliqu\u00e9s \u00e0 la fois dans les explosions de Lyon et dans les troubles de Montceau-les-Mines, le point de d\u00e9part de l&rsquo;information r\u00e9sulte d&rsquo;un attentat \u00e0 la dyna\u00admite, commis dans la nuit du 12 au 13 octobre 1882 contre la maison d&rsquo;un industriel de Saint-Vallier, intervenu le lendemain de l&rsquo;affichage de placards anarchistes envoy\u00e9s par Bord\u00e2t. Selon l&rsquo;importance des charges retenues contre eux, les pr\u00e9venus avaient \u00e9t\u00e9 class\u00e9s en deux cat\u00e9go\u00adries. Cyvoct, pr\u00e9venu de la seconde cat\u00e9gorie, fut condamn\u00e9 par d\u00e9faut \u00e0 cinq ans de prison, 2000 F d&rsquo;amende et cinq ans d&rsquo;interdiction des droits civils.<\/p>\n<p>Il r\u00e9side alors \u00e0 Bruxelles et ne trouvant toujours pas de travail, s&rsquo;inscrit alors au cours de chimie de l&rsquo;\u00e9cole industrielle de Bruxelles avec son ami Paul M\u00e9tayer. Le 23 f\u00e9vrier 1883, ils essaient de reproduire les cours dispens\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole. L&rsquo;exp\u00e9rience tourne mal car, alors qu&rsquo;ils gagnent la campagne environnant Bruxelles, un engin explose dans la poche de M\u00e9tayer en lui causant des blessures fatales. Au cours de son interroga\u00adtoire, qu&rsquo;il refuse de signer, Cyvoct affirme qu&rsquo;il enseignait \u00e0 M\u00e9tayer comment \u00ab<em> faire des feux d&rsquo;artifices en attendant de faire des bombes \u00bb.<\/em><\/p>\n<p>Poursuivi le 28 f\u00e9vrier pour usage de faux nom et fabrication d&rsquo;armes prohib\u00e9es, son affaire est le pr\u00e9lude \u00e0 une s\u00e9rie d&rsquo;arrestation d&rsquo;anarchistes \u00e9trangers install\u00e9s en Belgique. Ce complot nihi\u00adliste se r\u00e9duit toutefois \u00e0 peau de chagrin puisque seules sont prononc\u00e9es des peines pour usage de fausses identit\u00e9s et de faux en \u00e9criture. Le parquet de Bruxelles abandonne \u00e9galement au b\u00e9n\u00e9fice de Cyvoct la pr\u00e9vention de fabrication d&rsquo;armes prohib\u00e9es. Le 30 mai 1883. il passe en audience devant le Tribunal de Premi\u00e8re Instance qui le condamne \u00e0 deux peines de 8 jours de prison et 26 francs d&rsquo;amende pour port public de faux nom, une peine d&rsquo;un mois de prison et 50 francs d&rsquo;amende pour usage d&rsquo;un faux passeport et une peine de trois mois de prison et 26 francs d&rsquo;amende pour complicit\u00e9 de faux en \u00e9criture.<\/p>\n<p><strong>Au bagne<\/strong><\/p>\n<p>Extrad\u00e9 puis condamn\u00e9 \u00e0 mort dans l&rsquo;affaire de L&rsquo;Assommoir, l&rsquo;anarchiste lyonnais voit sa peine commu\u00e9e en travaux forc\u00e9s \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 le 22 f\u00e9vrier 1884. Le 8 mars 1884, il est transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 Saint-Martin-de-R\u00e9 o\u00f9 il arrive deux jours plus tard et d&rsquo;o\u00f9 il part pour le bagne de Nouvelle- Cal\u00e9donie le 6 juin suivant. Il arrive dans la colonie p\u00e9nitentiaire le 2 octobre 1884. Le 29 mars 1887, il voit arriver \u00e0 \u00ab La Nouvelle \u00bb Charles Gallo, un coreligionnaire politique condamn\u00e9 \u00e0 20 ans de bagne pour avoir jet\u00e9 une bouteille d&rsquo;acide prussique et tir\u00e9 trois coups de feu \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de la Bourse de Paris. Par la suite, les anarchistes seront envoy\u00e9s en Guyane. Le 13 juillet 1889, sa peine est une nouvelle fois commu\u00e9e en quinze ann\u00e9es de travaux forc\u00e9s. La mesure ne prenant effet qu&rsquo;\u00e0 partir de la promulga\u00adtion du d\u00e9cret, Cyvoct devient lib\u00e9rable en 1904, soit au bout de 20 ann\u00e9es de bagne.<\/p>\n<p>Le 14 janvier 1891, il \u00e9cope de 30 nuits de prison pour r\u00e9clamation non-fond\u00e9e \u00e0 propos des vivres et insolence envers les m\u00e9de\u00adcins. Cyvoct se croyait atteint de scorbut et se plaignait de d\u00e9faut de soins. Dans le m\u00eame temps, il \u00e9crit au directeur de l&rsquo;admi\u00adnistration p\u00e9nitentiaire, Armand de la Loy\u00e8re, pour se plaindre de la nourriture, lui affirmant que tout ce qu&rsquo;il trouve de l\u00e9gume chaque jour dans sa gamelle <em>\u00ab pourrait facilement tenir dans un d\u00e9 \u00e0 coudre<\/em> \u00bb. Il r\u00e9it\u00e8re ses accusations de d\u00e9faut de soins contre les m\u00e9decins du bagne le 23 avril suivant et re\u00e7oit la m\u00eame punition.<\/p>\n<p>Fin 1893, \u00e0 la suite de l&rsquo;attentat de Vaillant \u00e0 la chambre des d\u00e9put\u00e9s, il \u00e9crit \u00e0 ses parents sa d\u00e9ception de voir une nouvelle demande d&rsquo;amnistie enterr\u00e9e par cet \u00ab<em> attentat stupide- \u00bb.<\/em> Il forge aussi la r\u00e9solution d&rsquo;adopter une position critique face \u00e0 une propagande qu&rsquo;il croit<em> \u00ab seulement propre \u00e0 conduire les meilleurs r\u00e9volutionnaires au bagne et \u00e0 l&rsquo;\u00e9chafaud \u00bb. <\/em>Il r\u00e9ussit \u00e0 faire parvenir aux journaux fran\u00e7ais deux lettres publi\u00e9es le 21 mars 1894. Dans la premi\u00e8re, alors que les attentats anarchistes se multiplient en France, Cyvoct \u00e9crit aux compagnons pour r\u00e9prouver de tels actes tout en d\u00e9cla\u00adrant demeurer fid\u00e8le aux principes libertaires. Il s&rsquo;adresse dans le m\u00eame temps \u00e0 la pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique, d\u00e9daignant par avance une \u00e9ventuelle r\u00e9compense pour sa r\u00e9pudiation de la propagande par le fait (cf.<em> La Petite R\u00e9publique, <\/em>21 mars 1894).<\/p>\n<p>En fait de r\u00e9compense, il se voit priv\u00e9 du poste de biblioth\u00e9caire qu&rsquo;il occupait au bagne et plac\u00e9 aux corv\u00e9es g\u00e9n\u00e9rales. Et le 6 juin, il est de nouveau puni pour avoir refus\u00e9 la corv\u00e9e et correspondu sans passer par la voie administra\u00adtive. Il est condamn\u00e9 \u00e0 un mois de cellule et \u00e0 la r\u00e9trogradation \u00e0 la deuxi\u00e8me classe.<\/p>\n<p>En d\u00e9cembre 1895, S\u00e9bastien Faure, \u00e0 travers <em>Le Libertaire<\/em> relance une campagne pour la lib\u00e9ration de Cyvoct. Son appel est largement entendu par des intellectuels comme S\u00e9verine, Arthur Ranc, Georges Clemenceau, Camille Pelletan et d&rsquo;autres aussi \u00e9loign\u00e9s de l&rsquo;anarchisme que peuvent l&rsquo;\u00eatre Paul de Cassagnac ou Henri Rochefort qui n&rsquo;a cess\u00e9 de s&rsquo;int\u00e9resser au cas de Cyvoct. En vain.<\/p>\n<p>En mai 1897 s&rsquo;organise un mouvement visant \u00e0 pr\u00e9senter une candidature amnistiante pour Cyvoct \u00e0 l&rsquo;occasion des prochaines \u00e9lections l\u00e9gislatives qui doivent avoir lieu l&rsquo;ann\u00e9e suivante. Le bagnard sera port\u00e9 dans le treizi\u00e8me arrondissement de Paris, 2<sup>e<\/sup> circons\u00adcription, face au d\u00e9put\u00e9 en poste Paulin-M\u00e9ry. La campagne int\u00e9resse le journaliste Henry Leyret, de la toute nouvelle<em> Aurore.<\/em> Il \u00e9crit quatre articles entre octobre 1897 et la gr\u00e2ce obtenue le 3 janvier 1898.<\/p>\n<p>Ce m\u00eame jour, Paulin-M\u00e9ry adresse un courrier au ministre de la Justice dans lequel il lui demande d&rsquo;examiner avec bienveillance le dossier du for\u00e7at. Le 22 janvier, Antoine Cyvoct embarque \u00e0 bord du Tana\u00efs \u00e0 destination de Sydney o\u00f9 il prend place \u00e0 bord de l&rsquo;Armand- B\u00e9hic en partance pour Marseille. Le 28 f\u00e9vrier, il arrive en rade de Marseille o\u00f9 il est attendu par son p\u00e8re et par quelques anarchistes dont S\u00e9bastien Faure et Matha. Avant de prendre le train pour regagner Lyon, il apprend le d\u00e9c\u00e8s de son fr\u00e8re &#8211; qui s&rsquo;est beaucoup impliqu\u00e9 dans les campagnes pour sa lib\u00e9ration &#8211; et son enterre\u00adment la veille.<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n166-avril-juin-2011-2.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3374\" title=\"Gavroche n166 avril-juin 2011\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n166-avril-juin-2011-2-213x300.jpg\" alt=\"\" width=\"131\" height=\"185\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n166-avril-juin-2011-2-213x300.jpg 213w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n166-avril-juin-2011-2.jpg 273w\" sizes=\"(max-width: 131px) 100vw, 131px\" \/><\/a>Un militant contre l&rsquo;injustice<\/strong><\/p>\n<p>Le 20 mars, il arrive \u00e0 Paris o\u00f9 il prend la parole dans une r\u00e9union sur le th\u00e8me: la candidature Cyvoct pour l&rsquo;amnistie des for\u00e7ats encore au bagne. Paulin-M\u00e9ry, de la<em> Libre Parole,<\/em> qui souhaite par\u00adler, est expuls\u00e9 sans m\u00e9nagement de la salle, visi\u00adblement contre la volont\u00e9 de Cyvoct qui souhaite entendre son contradicteur. Clemenceau, dans <em>L&rsquo;Aurore,<\/em> annonce qu&rsquo;il \u00ab<em> vote pour Cyvoct \u00bb, <\/em>ce qui n&#8217;emp\u00eache pas le r\u00e9sultat du suffrage d&rsquo;\u00eatre d\u00e9cevant. Sa candidature soul\u00e8ve des protesta\u00adtions dans certains milieux anarchistes bien qu&rsquo;il ait affirm\u00e9 qu&rsquo;elle \u00e9tait uniquement protestataire et destin\u00e9e \u00e0 attirer l&rsquo;attention sur le cas des anar\u00adchistes rest\u00e9s au bagne. Il ne recueille que 862 voix sur 14692 votants face aux 8469 voix recueillies par le d\u00e9put\u00e9 sortant Paulin-M\u00e9ry et il est m\u00eame d\u00e9pass\u00e9 par les 3404 voix du socialiste Simon Boulet. Notons que le secr\u00e9taire du comit\u00e9 \u00e9lec\u00adtoral pr\u00e9sentant la candidature Cyvoct se nomme S. Boulet. Nous ignorons s&rsquo;il y a identit\u00e9 entre les deux personnages. Par la suite, il s&rsquo;entretient avec Clemenceau afin de cr\u00e9er un parti r\u00e9volutionnaire antiparlementaire qui pr\u00e9senterait des candidats in\u00e9ligibles aux \u00e9lections.<\/p>\n<p>En juin 1898, l&rsquo;anarchiste se brouille avec Rochefort en refusant une place au sein de <em>L&rsquo;Intransigeant<\/em> anti-dreyfusard pour rejoindre l&rsquo;\u00e9quipe dreyfusarde de<em> L&rsquo;Aurore.<\/em> Il commence alors une campagne en faveur du capitaine, demandant, avec E. Janvion et Ch. Malato, l&rsquo;union sacr\u00e9e dans la rue de tous les r\u00e9publicains contre les antis\u00e9mites (<em>L&rsquo;Aurore<\/em> des 16 et 18 ao\u00fbt 1899). Toutefois, n&rsquo;oubliant pas d&rsquo;o\u00f9 il revient, il \u00e9crit encore, en 1900, afin que la R\u00e9publique \u00ab<em> amnistie Massoubre, Grange, Chevry, Meunier. Bury, tous ces humbles qui, aimant le peuple, ont lutt\u00e9 pour lui, sont tomb\u00e9s pour lui dans la m\u00eal\u00e9e sociale \u00bb.<\/em><\/p>\n<p>Depuis le 25 mai 1900, il est initi\u00e9 apprenti \u00e0 la loge des R\u00e9novateurs de Clichy, o\u00f9 il est rejoint peu apr\u00e8s par Paraf-Javal. Il quitte cependant la loge le 23 novembre 1904 apr\u00e8s avoir rejoint le 15 du m\u00eame mois une nouvelle loge fond\u00e9e le 6: L&rsquo;id\u00e9al Social. Au sein de cette loge, il trouve une nouvelle tribune pour parler des \u00ab<em> voies du socialisme \u00bb,<\/em> de <em>\u00ab la magistrature \u00bb<\/em> ou encore de \u00ab<em> l&rsquo;immoralit\u00e9 du suffrage universel\u00bb.<\/em> Le 12 f\u00e9vrier 1907, Cyvoct est exclu de la loge, et la loge elle-m\u00eame exclue de l&rsquo;ob\u00e9dience de la Grande Loge Symbolique \u00c9cossaise, \u00e0 la suite de l&rsquo;apposition dans Paris et la banlieue d&rsquo;affiches constituant \u00ab<em> une injure grave \u00e0 la Ma\u00e7onnerie Universelle \u00bb.<\/em><\/p>\n<p>Le 31 octobre 1902, l&rsquo;ancien bagnard re\u00e7oit communication de la lettre de Damians, dans laquelle il reconna\u00eet avoir sign\u00e9 l&rsquo;article \u00ab Un bouge \u00bb inspir\u00e9 par Valadier. Depuis lors, il ne cesse d&rsquo;essayer d&rsquo;obtenir la r\u00e9vision de son pro\u00adc\u00e8s. Il d\u00e9pose un premier dossier dans ce sens en mars 1903 qui se solde par un \u00e9chec notifi\u00e9 \u00e0 la fin de l&rsquo;ann\u00e9e. En f\u00e9vrier 1904, il fait la connaissance de Louis Havet, membre de l&rsquo;Institut et de la Ligue des Droits de l&rsquo;Homme. La Ligue lui adresse alors M<sup>e<\/sup> Bergougnan pour l&rsquo;aider dans ses d\u00e9marches mais Cyvoct et lui ne s&rsquo;entendent pas sur la marche \u00e0 suivre: Cyvoct veut la r\u00e9vision en prouvant qu&rsquo;il n&rsquo;est pas l&rsquo;auteur de l&rsquo;article \u00ab Un bouge \u00bb, Bergougnan estime qu&rsquo;il y a un vice de forme et esp\u00e8re obtenir l&rsquo;annulation de l&rsquo;arr\u00eat.<\/p>\n<p>En ao\u00fbt 1905, il \u00e9crit \u00e0 Louis Havet qu&rsquo;il veut se s\u00e9parer de son avocat car \u00ab<em> pour gagner la cause qui lui est confi\u00e9e, il faut que l&rsquo;avocat soit en pleine communion de pens\u00e9e avec son client<\/em> \u00bb. Il continue n\u00e9anmoins \u00e0 travailler avec lui et Cyvoct renouvelle sa demande en r\u00e9vision le 7 janvier 1904, puis le 14 octobre 1905, demandes dont il n&rsquo;obtient rien. Il introduira une derni\u00e8re fois ce recours en 1909 sans plus de r\u00e9sultat. A l&rsquo;occasion des \u00e9lections l\u00e9gislatives du 24 avril 1910, alors que les anarchistes se lancent dans une campagne antiparlementaire de grande envergure, Cyvoct, encore une fois soutenu par Louis Havet, pr\u00e9sentera une candidature de pure forme car il est toujours in\u00e9ligible. Il sera alors port\u00e9 dans la 2<sup>e<\/sup> circonscription du dix-huiti\u00e8me arrondis\u00adsement de Paris et se retrouvera face \u00e0 l&rsquo;anarchiste Eug\u00e8ne Martin.<\/p>\n<p><strong>Tentation clemenciste<\/strong><\/p>\n<p>Attir\u00e9 depuis longtemps par le th\u00e9\u00e2tre (il essaye de se faire embaucher au th\u00e9\u00e2tre de Gen\u00e8ve, de Lausanne, tient un r\u00f4le \u00e0 l&rsquo;essai \u00e0 Verviers), il fait partie du groupe th\u00e9\u00e2tral du vingti\u00e8me arrondis\u00adsement, lequel se produit dans des f\u00eates en soutien au mouvement anarchiste. Toutefois, \u00e0 l&rsquo;arriv\u00e9e de Clemenceau \u00e0 la pr\u00e9sidence du Conseil, de Clemenceau et du g\u00e9n\u00e9ral Picquart au minist\u00e8re de la Guerre, il \u00e9crit \u00e0 Louis Havet pour lui avouer sa <em>\u00ab grande joie \u00bb<\/em> de voir arriver \u00ab<em> ces deux hommes <\/em>[qui]<em> honoreront grandement la France \u00bb.<\/em><\/p>\n<p>Devenu pauvre camelot, vendant des peignes pour assurer sa survie, en proie aux tracasseries de la mar\u00e9chauss\u00e9e, son admiration pour Clemenceau le pousse \u00e0 prendre parti pour la r\u00e9pression san\u00adglante contre les gr\u00e9vistes du Nord et les vignerons du Midi en 1907, puis contre la gr\u00e8ve des postiers en 1909 (lettres \u00e0 Mme Havet du 8 septembre 1907, lettre \u00e0 M. Havet du 21 mars 1909). Enfin, le 26 novembre 1910, il \u00e9crit, d\u00e9pit\u00e9, \u00e0 son ami de l&rsquo;Institut, qu&rsquo;il n&rsquo;est \u00ab<em> nullement ni anarchiste, ni socialiste, &#8211; comme il faudrait l&rsquo;\u00eatre &#8211; [&#8230;] Il est notoire que chez les socialistes, comme chez les anarchistes, c&rsquo;est la queue qui dirige la t\u00eate \u00bb.<a name=\"bookmark2\"><\/a><\/em><\/p>\n<p><strong>Laurent GALLE<\/strong><strong>T<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Gavroche, n\u00b0166, avril-juin 2011 Laurent Gallet INJUSTICE POLITIQUE Antoine Cyvoct, premier martyr de l&rsquo;anarchie Une d\u00e9cennie avant les comparses de Ravachol, avant L\u00e9authier et Meunier, le Lyonnais Antoine Cyvoct fut envoy\u00e9 au bagne \u00e0 l&rsquo;occasion de la premi\u00e8re affaire retentissante de propagande par le fait en France. 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