{"id":3364,"date":"2014-04-12T05:00:47","date_gmt":"2014-04-12T03:00:47","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=3364"},"modified":"2014-04-12T06:19:27","modified_gmt":"2014-04-12T04:19:27","slug":"vers-la-liberation","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2014\/04\/vers-la-liberation\/","title":{"rendered":"Vers la lib\u00e9ration"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/liberez-jacob.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3365\" title=\"Lib\u00e9rez Jacob !\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/liberez-jacob-300x274.jpg\" alt=\"\" width=\"149\" height=\"136\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/liberez-jacob-300x274.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/liberez-jacob.jpg 385w\" sizes=\"(max-width: 149px) 100vw, 149px\" \/><\/a>La campagne de presse qui d\u00e9bute le 27 f\u00e9vrier 1925 dans les colonnes du <em>Peuple<\/em>, organe de la CGT, se poursuit dans celles du <em>Quotidien<\/em>. Elle aboutit cinq mois plus tard \u00e0 la commutation de peine du for\u00e7at 34777. Mais cette gr\u00e2ce intervient aussi dans le contexte bien pr\u00e9cis d&rsquo;un critique g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e du bagne. Marie Jacob a d&rsquo;ailleurs rencontr\u00e9 Albert Londres \u00e0 Paris. Ses appels \u00e0 l&rsquo;aide et au soutien trouvent alors de plus en plus d&rsquo;\u00e9cho. Toutes les tentatives de la m\u00e8re courage, jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent, s&rsquo;\u00e9taient sold\u00e9es par des \u00e9checs.<!--more--><\/p>\n<p>L&rsquo;accession de Jacob \u00e0 la premi\u00e8re classe, le 1<sup>er<\/sup> avril 1920, favorise encore les d\u00e9marches. Les employeurs du gar\u00e7on de famille peuvent t\u00e9moigner de la tenue, du comportement, de la moralit\u00e9 de l&rsquo;assign\u00e9. Le 15 f\u00e9vrier 1923, Marie Jacob effectue une nouvelle proc\u00e9dure de recours en gr\u00e2ce. Elle est appuy\u00e9e par le surveillant Pasqualini, demeurant \u00e0 Ajaccio, par l&rsquo;ancien gestionnaire Alric, rentr\u00e9 de Guyane et r\u00e9sidant \u00e0 Bordeaux. Celui-ci d\u00e9clare donner des renseignements sur le for\u00e7at \u00e0 la demande de sa m\u00e8re et le faire \u00ab\u00a0de grand c\u0153ur\u00a0\u00bb. Il n&rsquo;a eu qu&rsquo;\u00e0 se louer \u00ab\u00a0de la bonne volont\u00e9 et du travail de ce transport\u00e9 ainsi que de sa probit\u00e9\u00a0\u00bb. Se joignent \u00e0 eux le sous-chef de bureau Boulard et le docteur Louis Rousseau qui, tous deux, abondent dans le m\u00eame sens. L&rsquo;op\u00e9ration est soutenue par les d\u00e9put\u00e9s Cordelle et Lafarge, proche du s\u00e9nateur Anatole de Monzie et donc d&rsquo;Andr\u00e9 Aron.<\/p>\n<p>Ce dernier, avocat et homme d&rsquo;affaires, conseille Marie Jacob, couturi\u00e8re de sa femme &#8211; l&rsquo;artiste Romanitza &#8211; depuis 1913, et le dossier constitu\u00e9 en 1923 semble pouvoir aboutir au regard de tels certificats de bon comportement et au vu de tels interc\u00e9dants. Malgr\u00e9 tout la demande est rejet\u00e9e le 12 mars 1923. Un mois et demi plus tard, Louis Rousseau tente en vain \u00e0 son tour de faire \u00e9voluer le statut de son ami bagnard. Pour ce faire, il passe par le m\u00e9decin et s\u00e9nateur du Nord, Charles Debierre. Louis Rousseau sugg\u00e8re qu&rsquo;aux \u00eeles du Salut le commandant Cruccioni fait figure de param\u00e8tre d\u00e9favorable \u00e0 Jacob. La d\u00e9marche de l&rsquo;ancien m\u00e9decin des bagnards n&rsquo;aboutit pas non plus.<\/p>\n<p>Quelques temps plus tard, le journaliste Albert Londres part en reportage pour la Guyane et, le 11 mai 1924, la victoire \u00e9lectorale du cartel des gauches ouvre la voie du gouvernement \u00e0 Anatole de Monzie. La fortune d&rsquo;Andr\u00e9 Aron, ses relations, autorisent un nouvel espoir pour Marie Jacob. C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs ce que lui sugg\u00e8re le couple Aron en vacances \u00e0 Venise \u00e0 la fin de l&rsquo;ann\u00e9e 1924. Romanitza Aron confie \u00e0 la m\u00e8re du bagnard que son mari \u00ab\u00a0croit qu&rsquo;avec un peu de patience on arrivera au r\u00e9sultat sans essayer des moyens compliqu\u00e9s, aussi long au moins et en plus dangereux et co\u00fbteux\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>S&rsquo;agit-il d&rsquo;une \u00e9ni\u00e8me et suppos\u00e9e vaine tentative d&rsquo;\u00e9vasion\u00a0? Toujours est-il que le 12 d\u00e9cembre 1924, Marie Jacob s&rsquo;adresse une nouvelle fois au ministre de la justice et, le 17 janvier de l&rsquo;ann\u00e9e suivante, au pr\u00e9sident de la R\u00e9publique. La campagne de lib\u00e9ration d&rsquo;Alexandre Jacob est lanc\u00e9e. Comme \u00e0 son habitude Marie Jacob utilise un ton larmoyant et c&rsquo;est toujours \u00ab\u00a0une pauvre vieille m\u00e8re \u00e9plor\u00e9e\u00a0\u00bb qui supplie le chef de l&rsquo;\u00e9tat. Pourtant, la situation a chang\u00e9.<\/p>\n<p>Le 15 janvier 1925, le d\u00e9put\u00e9 de la Seine, Pierre Laval, appuie la demande de Marie Jacob et \u00ab\u00a0ose esp\u00e9rer (&#8230;) une suite favorable \u00e0 cette requ\u00eate\u00a0\u00bb. Il est permis de penser que Marie Jacob a pu rencontrer cet homme de gauche par l&rsquo;interm\u00e9diaire des \u00e9poux Aron. Ami de Painlev\u00e9, chef du gouvernement qui succ\u00e8de au minist\u00e8re Herriot le 10 avril de cette ann\u00e9e, Pierre Laval joue un r\u00f4le en appuyant \u00e0 partir de ce mois la campagne de presse lanc\u00e9e par les journalistes Million et Roubaud dans <em>Le Peuple<\/em> et dans <em>Le Quotidien<\/em>, en f\u00e9vrier &#8211; mars. De la m\u00eame mani\u00e8re, Anatole de Monzie devient un \u00e9ph\u00e9m\u00e8re ministre des finances du 3 au 17 avril.<\/p>\n<p>Marie Jacob est parvenu \u00e0 toucher et \u00e0 convaincre autour d&rsquo;elle. R\u00e9p\u00e9tons-le, l&rsquo;\u00e9poque est \u00e0 la critique g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e du bagne. La volont\u00e9 de la m\u00e8re et des r\u00e9seaux largement \u00e9largis ont fini par \u00e9mouvoir quelques journalistes. Francis Million accueille Marie Jacob dans les locaux du <em>Peuple<\/em>, organe de la CGT, \u00e9tabli au 67 quai de Valmy, dans le X<sup>e<\/sup> arrondissement de Paris. Le journaliste prend connaissance du cas du bagnard Jacob et recueille de nombreux t\u00e9moignages en sa faveur et \u00e9crit une s\u00e9rie d&rsquo;article du 27 f\u00e9vrier au 24 mars 1905\u00a0:<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/logo-le-peuple.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3366\" title=\"Logo Le Peuple\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/logo-le-peuple.jpg\" alt=\"\" width=\"109\" height=\"22\" \/><\/a>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 27 f\u00e9vrier\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Le calvaire d&rsquo;une m\u00e8re<\/em> \u00bb<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 28 f\u00e9vrier\u00a0: \u00ab\u00a0<em>La requ\u00eate de Marie Jacob pour obtenir la gr\u00e2ce de son fils\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0r\u00e9sum\u00e9 de la triste vie de mon malheureux fils<\/em> \u00bb<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 1<sup>er<\/sup> mars\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Pour la lib\u00e9ration de Jacob\u00a0: le t\u00e9moignage d&rsquo;Albert Londres<\/em> \u00bb<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 2 mars\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Pour la lib\u00e9ration de Jacob\u00a0: le t\u00e9moignage du docteur Rousseau, ancien m\u00e9decin des p\u00e9nitenciers qui connut Jacob au bagne<\/em> \u00bb<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 4 mars\u00a0: \u00ab\u00a0 <em>Pour la lib\u00e9ration de Jacob\u00a0: une lettre \u00e9mouvante de Georgette Bouillot amie de Madame Jacob<\/em> \u00bb<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 6 mars\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Une lib\u00e9ration d\u00e9sirable\u00a0: la vie de Jacob en Guyane<\/em> \u00bb<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 8 mars\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Pour la lib\u00e9ration de Jacob\u00a0: de nouvelles attestations en faveur du transport\u00e9<\/em> \u00bb<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 9 mars\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Pour la lib\u00e9ration de Jacob\u00a0: une lettre du directeur du Bonnet Catalan<\/em> \u00bb<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 12 mars\u00a0: \u00ab\u00a0<em>La gr\u00e2ce de Jacob<\/em> \u00bb<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 14 mars\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Pour la lib\u00e9ration de Jacob\u00a0: quelques lettres de Jacob \u00e0 sa m\u00e8re<\/em> \u00bb<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 23 mars\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Pour la lib\u00e9ration de Jacob\u00a0: quelques lettres de Jacob \u00e0 sa m\u00e8re<\/em> \u00bb<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 24 mars\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Pour la lib\u00e9ration de Jacob\u00a0: quelques lettres de Jacob \u00e0 sa m\u00e8re<\/em> \u00bb<\/p>\n<p>A la suite des articles de Francis Million, Louis Roubaud prend le relais le dimanche 8 mars \u00e0 la une du <em>Quotidien<\/em>. La campagne de presse d\u00e9marr\u00e9e dans le milieu syndical touche d\u00e9sormais le grand public\u00a0:<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/logo-le-quotidien.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3367\" title=\"Logo Le Quotidien\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/logo-le-quotidien.jpg\" alt=\"\" width=\"108\" height=\"15\" \/><\/a>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 8 mars\u00a0:<em> LE QUOTIDIEN \u00ab\u00a0Cambrioleur et homme d&rsquo;honneur, le cas du for\u00e7at Jacob pose une poignante \u00e9nigme\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 10 mars\u00a0:<em> LE QUOTIDIEN \u00ab\u00a0La vie de Jacob, bandit et homme d&rsquo;honneur, racont\u00e9e par sa m\u00e8re\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 12 mars : LE QUOTIDIEN \u00ab\u00a0 La gr\u00e2ce de Jacob\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 16 mars :<em> LE QUOTIDIEN \u00ab\u00a0 Gr\u00e2ce pour Jacob\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Roubaud, comme Million, vise la sensibilit\u00e9 du lecteur. Les deux journalistes proc\u00e8dent de la m\u00eame mani\u00e8re. Il faut \u00e9mouvoir car \u00ab\u00a0Le cas Jacob pose une poignante \u00e9nigme\u00a0\u00bb. Alexandre Jacob est alors d\u00e9crit comme coupable des crimes qu&rsquo;il a commis. Il n&rsquo;en constitue pas moins une victime sociale ayant enti\u00e8rement expi\u00e9 son erreur. C&rsquo;est pourquoi Roubaud et Million insistent en premier lieu sur les efforts acharn\u00e9s de la m\u00e8re du bagnard pour arriver \u00e0 revoir son fils, sans pour autant \u00eatre dupes d&rsquo;une l\u00e9gitime mauvaise foi de sa part. \u00ab\u00a0<em>J<\/em>&lsquo;ai re\u00e7u la visite d&rsquo;une pauvre femme qui m&rsquo;a racont\u00e9 la plus navrante histoire\u00a0\u00bb \u00e9crit Million le 27 f\u00e9vrier. \u00ab\u00a0C&rsquo;est une vieille en v\u00eatement sombre, pauvre et propre. Elle est devant moi \u00e9mue comme devant un juge. Elle se garde bien de dire toute la v\u00e9rit\u00e9. Elle passe sur les fautes\u00a0\u00bb \u00e9crit Roubaud le 10 mars.<\/p>\n<p>La dignit\u00e9 de Marie Jacob, ainsi d\u00e9crite, ne peut que rejaillir sur son bagnard de fils dont le cas est ensuite abord\u00e9. Alexandre Jacob demeure un cambrioleur mais il se transfigure en homme d&rsquo;honneur. Les deux journalistes s&rsquo;appuient la correspondance du bagnard. Roubaud d\u00e9clare m\u00eame ne pas avoir trouv\u00e9 dans le volumineux paquet de lettres que lui confie Marie Jacob \u00ab\u00a0une seule pens\u00e9e vulgaire ou \u00e9go\u00efste, pas un mot de haine\u00a0\u00bb. Alexandre Jacob n&rsquo;est plus selon lui un danger pour la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Pour pr\u00e9senter l&rsquo;homme enferm\u00e9 aux \u00eeles du Salut, les deux journalistes appuient leur propos avec de nombreux t\u00e9moignages, soit autant d&rsquo;attestation d&rsquo;une forte personnalit\u00e9, autant de preuves d&rsquo;un individu devenu int\u00e8gre, probe, moral, fonci\u00e8rement honn\u00eate. Le gestionnaire Alric, le docteur Rousseau racontent l&rsquo;extraordinaire bagnard qu&rsquo;ils ont connu. Georgette Bouillot \u00e9crit les espoirs et les d\u00e9ceptions de sa m\u00e8re. Jacques Sautarel, bijoutier, ami de Jacob et compromis dans les Travailleurs de la Nuit, alors directeur \u00e0 Perpignan de la revue <em>Le Bonnet Catalan<\/em>, verse dans le dithyrambe\u00a0: \u00ab\u00a0Combien qui jouissent de la libert\u00e9 et des honneurs qui ne valent pas un seul de ses orteils\u00a0? Personnellement, je l&rsquo;ai jug\u00e9 de pr\u00e8s\u00a0; c&rsquo;est le plus d\u00e9licat et le meilleurs des hommes\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Albert Londres vient pr\u00eater main forte \u00e0 son confr\u00e8re Million le 1<sup>er<\/sup> mars. Pour l&rsquo;auteur d&rsquo;<em>Au bagne<\/em> paru l&rsquo;ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente, \u00ab\u00a0Jacob a bien pay\u00e9 sa dette \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb. Andr\u00e9 Aron, le m\u00eame jour, assure pouvoir employer le bagnard dans le cas o\u00f9 son retour en France se r\u00e9aliserait. Francis Million r\u00e9clame la lib\u00e9ration de Jacob\u00a0; Roubaud requiert la gr\u00e2ce pour le for\u00e7at.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/andre-et-romanitza-aron-copier.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3368\" title=\"Andr\u00e9 et Romanitza Aron\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/andre-et-romanitza-aron-copier-150x300.jpg\" alt=\"\" width=\"78\" height=\"156\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/andre-et-romanitza-aron-copier-150x300.jpg 150w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/andre-et-romanitza-aron-copier.jpg 241w\" sizes=\"(max-width: 78px) 100vw, 78px\" \/><\/a>Le 9 avril 1925, Andr\u00e9 Aron \u00e9crit au garde des sceaux pour louer \u00ab\u00a0l&rsquo;\u00e9nergie et le courage d&rsquo;un caract\u00e8re tremp\u00e9 par les \u00e9preuves les plus rudes\u00a0\u00bb et pour demander un avis favorable au dossier de recours en gr\u00e2ce que Marie Jacob vient de d\u00e9poser. Il profite de sa lettre pour r\u00e9it\u00e9rer son offre d&#8217;emploi. Le 9 mai, Jacques Sautarel publie dans son journal \u00ab\u00a0socialiste d&rsquo;\u00e9ducation artistique et syndical\u00a0\u00bb orn\u00e9 en en-t\u00eate d&rsquo;un marteau, d&rsquo;une faucille et d&rsquo;une plume, une \u00ab\u00a0lettre ouverte \u00e0 M.Painlev\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le sort du bagnard se joue d\u00e9sormais dans les locaux du minist\u00e8re de la justice. Le dossier de recours en gr\u00e2ce s&rsquo;appuie sur des t\u00e9moins de moralit\u00e9 connus (Pasqualini, Alric, Rousseau, Boulard) et met en cause le commandant Cruccioni qui \u00ab\u00a0a \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9 en disgr\u00e2ce \u00e0 la suite de diff\u00e9rents faits qui prouvent que ses appr\u00e9ciations sont plus ou moins contestables\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le dossier de Jacob remonte jusqu&rsquo;\u00e0 la pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique. Il est pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 d&rsquo;une p\u00e9tition lanc\u00e9e par Jacques Sautarel et orchestr\u00e9e par Romanitza Aron.<\/p>\n<p>Le 8 juillet 1925, Gaston Doumergue accueille favorablement la requ\u00eate de Marie Jacob. La peine de travaux forc\u00e9s \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 est commu\u00e9e en une peine de cinq ann\u00e9es de r\u00e9clusion \u00e0 purger en m\u00e9tropole. Alexandre Jacob apprend la nouvelle sans enthousiasme. Elle signifie pour lui des ann\u00e9es d&rsquo;enfermement\u00a0: \u00ab\u00a0Comment veux-tu<em> &#8211;<\/em> \u00e9crit-il le 24 juillet<em> &#8211; <\/em>que je supporte dans une r\u00e9gion presque polaire cinq ans de r\u00e9clusion\u00a0?\u00a0\u00bb. Le bagnard aurait aim\u00e9 \u00ab\u00a0apr\u00e8s avoir purg\u00e9 23 ans de peine\u00a0\u00bb une lib\u00e9ration totale. Il n&rsquo;en est pas moins satisfait de pouvoir quitter la Guyane et surtout de pouvoir enfin revoir sa ch\u00e8re et tendre m\u00e8re. Le 24 ao\u00fbt 1925, le for\u00e7at Jacob quitte les \u00eeles du Salut pour Saint Laurent du Maroni. Le 7 septembre, le gouverneur Chanel, qui lui aussi donna de bons renseignements sur le compte de l&rsquo;anarchiste, \u00e9crit une note organisant le transfert de l&rsquo;ex-transport\u00e9 34777. Elle est soussign\u00e9e par le directeur de l&rsquo;Administration P\u00e9nitentiaire Pr\u00e9vel. Le 18 octobre 1925, l&rsquo;ancien bagnard d\u00e9barque en France. Il est incarc\u00e9r\u00e9 \u00e0 la prison de Saint Nazaire. Il porte le num\u00e9ro d&rsquo;\u00e9crou 666. Alexandre Jacob va pouvoir revoir sa m\u00e8re et l&#8217;embrasser apr\u00e8s plus de vingt ans de s\u00e9paration forc\u00e9e. Il est revenu de l&rsquo;enfer.<\/p>\n<p><strong>Bordeaux, 23 f\u00e9vrier 1923<\/strong><\/p>\n<p>137 cours de l&rsquo;Yser<\/p>\n<p>Monsieur,<\/p>\n<p>Madame Jacob me demande de vous donner des renseignements sur son fils (transpor-t\u00e9 \u00e0 la Guyane) que j&rsquo;ai eu comme domestique assign\u00e9 lorsque je servais dans cette colonie comme gestionnaire des magasins des Iles du Salut.<\/p>\n<p>Je le fais de grand c\u0153ur attendu que je n&rsquo;ai eu qu&rsquo;\u00e0 me louer de la bonne volont\u00e9 et du travail de ce transport\u00e9 ainsi que de sa probit\u00e9.<\/p>\n<p>Le fonctionnaire qui l&rsquo;avait eu \u00e0 son service pendant dix-huit mois m&rsquo;avait fortement conseill\u00e9 de le prendre comme assign\u00e9 et je n&rsquo;ai pas eu \u00e0 regretter, bien au contraire, d&rsquo;avoir tenu compte des bons renseignements pris sur son compte.<\/p>\n<p>J&rsquo;esp\u00e8re que la r\u00e9f\u00e9rence que je donne sur Jacob pourra amener une am\u00e9lioration de sa triste situation et vous prie d&rsquo;agr\u00e9er mes salutations empress\u00e9es.<\/p>\n<p>Alric, sous agent comptable des mati\u00e8res des colonies en cong\u00e9 \u00e0 Bordeaux<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/medecin-bagne-3-copier.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3119\" title=\"Louis Rousseau, D\u00e9tective, n\u00b0415, 1936\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/medecin-bagne-3-copier-215x300.jpg\" alt=\"\" width=\"104\" height=\"146\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/medecin-bagne-3-copier-215x300.jpg 215w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/medecin-bagne-3-copier.jpg 414w\" sizes=\"(max-width: 104px) 100vw, 104px\" \/><\/a>Lettre du Docteur Louis Rousseau<\/strong><\/p>\n<p><strong>au s\u00e9nateur Debierre, 1<sup>er<\/sup> mai 1923<\/strong><\/p>\n<p><strong>En en-t\u00eate\u00a0:<\/strong> communiqu\u00e9 confidentiellement \u00e0 M le Garde des Sceaux par le s\u00e9nateur Debierre<\/p>\n<p>Rouen, le 1<sup>er<\/sup> mai 1923<\/p>\n<p>Dr Rousseau \u00e0 M. le s\u00e9nateur Debierre<\/p>\n<p>M. le s\u00e9nateur<\/p>\n<p>J&rsquo;ai l&rsquo;honneur de vous recommander Mme Marie Jacob, femme bien malheureuse qui vient demander votre appui.<\/p>\n<p>Le fils de Marie Jacob a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 aux travaux forc\u00e9s \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 il y a d\u00e9j\u00e0 fort longtemps. Je ne saurai vous dire pour quel crime mais en tout cas uniquement pour des attentats contre la propri\u00e9t\u00e9 sans la moindre violence contre des personnes. Comme ce condamn\u00e9 va avoir fait vingt ans de peine ces jours-ci, sa m\u00e8re demande qu&rsquo;il b\u00e9n\u00e9ficie d&rsquo;une r\u00e9duction de peine.<\/p>\n<p>Voici maintenant pourquoi j&rsquo;interviens en la faveur du condamn\u00e9 Jacob. Je viens de passer deux ans en Guyane et j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 m\u00e9decin des p\u00e9nitenciers des \u00eeles du Salut pendant vingt mois. L\u00e0, j&rsquo;ai connu beaucoup de condamn\u00e9s, je peux dire toute la population p\u00e9nale et particuli\u00e8rement Jacob qui \u00e9tait assign\u00e9 chez le comptable gestionnaire chez qui je le fr\u00e9quentais.<\/p>\n<p>Jacob doit n&rsquo;avoir que 44 ans environ bien qu&rsquo;il en porte davantage. C&rsquo;est un condamn\u00e9 intelligent et tr\u00e8s r\u00e9fl\u00e9chi et qui a perdu toute nocivit\u00e9. Sobre et sans autre passion que celle de l&rsquo;\u00e9tude, il m\u00e9rite incontestablement le b\u00e9n\u00e9fice des faveurs pr\u00e9vues par les lois. Je vous le recommande chaudement et bien sinc\u00e8rement, je vous l&rsquo;assure.<\/p>\n<p>Mais Jacob est mal vu de l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire. Il est mal vu parce qu&rsquo;il conna\u00eet admirablement les lois et les r\u00e8glements et qu&rsquo;il se fait souvent le d\u00e9tenteur et l&rsquo;interpr\u00e8te de ses cod\u00e9tenus. L&rsquo;administration lui reproche de pr\u00e9senter de temps en temps d&rsquo;une irr\u00e9prochable justesse de fond, \u00e9crites dans une forme impeccable. Elle en fait alors, et bien \u00e0 tort, un mauvais esprit alors que c&rsquo;est un gar\u00e7on tr\u00e8s pos\u00e9, travailleur et qui a tout ce qu&rsquo;il faut pour gagner sa vie apr\u00e8s sa lib\u00e9ration en Guyane que je lui souhaite de tout c\u0153ur et \u00e0 laquelle, M. le s\u00e9nateur, j&rsquo;ose esp\u00e9rer que vous contribuerez.<\/p>\n<p>Je suis tr\u00e8s heureux d&rsquo;avoir une occasion de m&rsquo;occuper d&rsquo;un malheureux mais je dois vous pr\u00e9venir que, dans l&rsquo;int\u00e9r\u00eat m\u00eame de ce malheureux, il est \u00e0 souhaiter que mon nom ne d\u00e9passe pas les bureaux de l&rsquo;Administration Centrale &#8211; je veux dire du minist\u00e8re &#8211; et que l&rsquo;Administration locale &#8211; celle de la Guyane &#8211; ignore mon intervention. J&rsquo;ai eu de vifs d\u00e9m\u00eal\u00e9s au sujet de la nourriture des condamn\u00e9s et de s\u00e9vices envers les condamn\u00e9s malades avec le directeur actuel et la seule lecture de mon nom suffirait, je le crains, \u00e0 l&rsquo;indisposer contre tout d\u00e9tenu qui m&rsquo;int\u00e9resse.<\/p>\n<p>Recevez, M. le s\u00e9nateur, l&rsquo;assurance de mes respectueuses consid\u00e9rations.<\/p>\n<p>Dr Louis Rousseau<\/p>\n<p>(M\u00e9decin de l&rsquo;arm\u00e9e coloniale en retraite)<\/p>\n<p>\u00e0 l&rsquo;office de l&rsquo;hygi\u00e8ne sociale de la Seine Inf\u00e9rieure<\/p>\n<p>Pr\u00e9fecture Rouen.<\/p>\n<p><strong>Lettre du s\u00e9nateur Debierre au garde des sceaux, 19 mai 1923<\/strong><\/p>\n<p>19 mai 1923<\/p>\n<p>M. le Garde des Sceaux<\/p>\n<p>M. le Ministre,<\/p>\n<p>J&rsquo;ai l&rsquo;honneur d&rsquo;appeler votre bienveillante attention en vue d&rsquo;un recours en gr\u00e2ce sur le fils d&rsquo;une malheureuse m\u00e8re, Mme Jacob, d&rsquo;une honorabilit\u00e9 certaine.<\/p>\n<p>Alexandre Marius Jacob a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9, avec une s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 excessive si on s&rsquo;en rapporte aux circonstances de la cause, aux travaux forc\u00e9s \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9. Voil\u00e0 vingt ans qu&rsquo;il est \u00e0 la Guyane. La lecture (lettre ci-jointe) de la supplique d&rsquo;un ancien m\u00e9decin de marine qui l&rsquo;a vu et observ\u00e9 \u00e0 la Guyane, le docteur Rousseau, vous renseignera exactement sur la situation de ce condamn\u00e9.<\/p>\n<p>J&rsquo;esp\u00e8re, M. le Ministre, que la commission des gr\u00e2ces voudra bien exercer sa cl\u00e9mence en faveur d&rsquo;Alexandre Jacob.<\/p>\n<p>Veuillez agr\u00e9er M. le Ministre l&rsquo;assurance de mes sentiments d\u00e9vou\u00e9s.<\/p>\n<p>Ch. Debierre<\/p>\n<p>S\u00e9nateur du Nord.<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/pierre-laval.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3369\" title=\"Pierre Laval\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/pierre-laval.jpg\" alt=\"\" width=\"78\" height=\"114\" \/><\/a>Paris, le 15 janvier 1925<\/strong><\/p>\n<p>Monsieur le Ministre de la Justice<\/p>\n<p>Paris<\/p>\n<p>Monsieur le Ministre,<\/p>\n<p>J&rsquo;ai l&rsquo;honneur d&rsquo;appeler votre bienveillante attention sur une demande pr\u00e9sent\u00e9e par Madame Veuve Jacob, demeurant 1 passage Etienne Delaunay \u00e0 Paris, \u00e0 l&rsquo;effet d&rsquo;obtenir la gr\u00e2ce de son fils Alexandre Jacob condamn\u00e9 \u00e0 la peine des travaux forc\u00e9s \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 par la cour d&rsquo;Amiens le 22 mars 1905.<\/p>\n<p>J&rsquo;ose esp\u00e9rer qu&rsquo;il vous sera possible, apr\u00e8s examen, de r\u00e9server une suite favorable \u00e0 cette requ\u00eate.<\/p>\n<p>Dans cette attente, je vous prie d&rsquo;agr\u00e9er Monsieur le Ministre l&rsquo;assurance de ma parfaite consid\u00e9ration.<\/p>\n<p>Pierre Laval<\/p>\n<p>D\u00e9put\u00e9 de la Seine<\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong>17 janvier 1925<\/strong><\/p>\n<p>Monsieur le Pr\u00e9sident,<\/p>\n<p>C&rsquo;est une pauvre vieille m\u00e8re qui vient implorer votre piti\u00e9 pour son fils condamn\u00e9 \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9, mon malheureux enfant, le plus affectueux, le plus d\u00e9vou\u00e9 des fils, forc\u00e9 de partir pour naviguer \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de onze ans, ne pouvant supporter la vie atroce que lui faisait supporter son p\u00e8re alcoolique violent. Entra\u00een\u00e9 plus tard h\u00e9las \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de dix-sept par des camarades exalt\u00e9s, condamn\u00e9 ensuite \u00e0 vingt-trois ans pour attentat \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9. Et depuis sa condamnation, subi courageusement sa peine malgr\u00e9 les accidents les plus tragiques\u00a0: victime d&rsquo;une tentative d&#8217;empoisonnement, subit plusieurs op\u00e9rations et plusieurs ann\u00e9es de r\u00e9clusion cellulaire.<\/p>\n<p>Enfin, depuis bient\u00f4t cinq ans promu \u00e0 la premi\u00e8re classe, mon malheureux enfant qui a amplement rachet\u00e9 ses fautes par une expiation de vingt-deux ans, n&rsquo;a encore b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d&rsquo;aucune att\u00e9nuation de l&rsquo;implacable condamnation qui l&rsquo;a frapp\u00e9.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai soixante-cinq ans. Je sens mes forces d\u00e9cliner tous les jours\u00a0; je vous supplie, Monsieur le Pr\u00e9sident, ne me laissez pas mourir sans revoir mon fils. Il ne d\u00e9sire plus qu&rsquo;une chose, mon malheureux, c&rsquo;est de secourir les derniers jours de sa m\u00e8re. Je suis s\u00fbre qu&rsquo;il est amend\u00e9 et repenti.<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;espoir, Monsieur le Pr\u00e9sident, que vous aurez piti\u00e9 de nous et de nos longues souffrances. Je vous demande la gr\u00e2ce de mon fils.<\/p>\n<p>Je vous prie, Monsieur le Pr\u00e9sident, de croire \u00e0 mes sentiments les plus profond\u00e9ment respectueux.<\/p>\n<p>Marie Jacob<\/p>\n<p>I passage Etienne Delaunay<\/p>\n<p>Paris XI<sup>e<\/sup><\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong>1<sup>er<\/sup> mars 1925<\/strong><\/p>\n<p><strong><em><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/albert-londres.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-321\" title=\"albert-londres\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/albert-londres-198x300.jpg\" alt=\"Albert Londres\" width=\"101\" height=\"154\" \/><\/a>LE PEUPLE<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Rubrique \u00ab\u00a0<span style=\"text-decoration: underline;\">Pour la lib\u00e9ration de Jacob<\/span> \u00bb<\/p>\n<p>Titre \u00ab\u00a0<span style=\"text-decoration: underline;\">Le t\u00e9moignage d&rsquo;Albert Londres<\/span> \u00bb<\/p>\n<p>A Monsieur Francis Million, directeur du Peuple<\/p>\n<p>Paris, 2 f\u00e9vrier 1925<\/p>\n<p>Cher Monsieur,<\/p>\n<p>Des d\u00e9marches sont tent\u00e9es pour obtenir la gr\u00e2ce du transport\u00e9 Jacob, matricule 34777.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai vu Jacob aux Iles du Salut. Depuis 22 ans, cet homme a bien pay\u00e9 sa dette \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9. C&rsquo;est un devoir pour nous d&rsquo;aider sa m\u00e8re \u00e0 revoir son fils. Je me joints \u00e0 vous pour demander cette mesure de cl\u00e9mence et suis pr\u00eat \u00e0 vous aider autant qu&rsquo;il sera en mon pouvoir.<\/p>\n<p>Croyez cher Monsieur \u00e0 mes sentiments tr\u00e8s sinc\u00e8res.<\/p>\n<p>Albert Londres<\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/romanitza-aron-copier.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3370\" title=\"Romanitza Aron\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/romanitza-aron-copier-186x300.jpg\" alt=\"\" width=\"96\" height=\"155\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/romanitza-aron-copier-186x300.jpg 186w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/romanitza-aron-copier.jpg 299w\" sizes=\"(max-width: 96px) 100vw, 96px\" \/><\/a>9 avril 1925<\/strong><\/p>\n<p>Monsieur le Ministre,<\/p>\n<p>Mon mari \u00e9tant absent actuellement, je viens en son nom et avec son autorisation vous confirmer l&rsquo;offre qu&rsquo;il a faite r\u00e9cemment \u00e0 Monsieur Million au sujet de la gr\u00e2ce \u00e9ventuelle d&rsquo;Alexandre Jacob.<\/p>\n<p>Voici ce qu&rsquo;il me charge de vous transmettre et je vous prie, Monsieur le Ministre, de bien vouloir y accorder votre bienveillante attention.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Monsieur,<\/p>\n<p>Madame Veuve Jacob me demande de vous faire conna\u00eetre mon sentiment sur la de-mande en gr\u00e2ce qu&rsquo;elle a pr\u00e9sent\u00e9 en faveur de son fils Alexandre Jacob, transport\u00e9 aux Iles du Salut.<\/p>\n<p>Depuis plus de dix ans, alors que j&rsquo;\u00e9tais encore \u00e0 la cour d&rsquo;appel de Paris, j&rsquo;ai fait de nombreuses d\u00e9marches en faveur de Jacob qui, \u00e0 mon avis, avait \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s durement condamn\u00e9 en vertu des opinions politiques qu&rsquo;il avait affirm\u00e9es et qui ont sensiblement aggrav\u00e9, dans l&rsquo;esprit du jury, les faits dont il s&rsquo;est rendu coupable. Des renseignements personnels que j&rsquo;ai obtenus de toutes parts sur la conduite de Jacob aux Iles du Salut, sa correspondance avec sa m\u00e8re, dont j&rsquo;ai pris connaissance depuis de nombreuses ann\u00e9es, m&rsquo;ont permis d&rsquo;appr\u00e9cier l&rsquo;\u00e9nergie et le courage d&rsquo;un caract\u00e8re tremp\u00e9 par les \u00e9preuves les plus rudes et je crois \u00e9galement que l&rsquo;amendement de Jacob est absolu.<\/p>\n<p>J&rsquo;ajoute que sa m\u00e8re repr\u00e9sente pour moi l&rsquo;exemple le plus \u00e9lev\u00e9 d&rsquo;une vie de labeur enti\u00e8rement consacr\u00e9 au rel\u00e8vement et \u00e0 l&rsquo;am\u00e9lioration du sort de son fils. A ce double titre, je suis tout pr\u00eat, si Jacob est l&rsquo;objet d&rsquo;une mesure de gr\u00e2ce, \u00e0 l&rsquo;engager \u00e0 mon service, consid\u00e9rant qu&rsquo;il peut prendre sa place dans la soci\u00e9t\u00e9, apr\u00e8s avoir ch\u00e8rement rachet\u00e9 ses fautes pass\u00e9es.<\/p>\n<p>Croyez Monsieur le Ministre \u00e0 l&rsquo;expression de mes sentiments les plus distingu\u00e9s.<\/p>\n<p>Andr\u00e9 Aron<\/p>\n<p>Directeur de la Soci\u00e9t\u00e9 Maritime et Commerciale de France<\/p>\n<p>66 chauss\u00e9e d&rsquo;Antin<\/p>\n<p>Paris\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Romantiza Aron<\/p>\n<p><strong>Notes sur le dossier de recours en gr\u00e2ce d&rsquo;Alexandre Jacob, 1925<\/strong><\/p>\n<p><em>Le dossier cite entre autres comme t\u00e9moins de moralit\u00e9 Pascualini, Alric et Rousseau<\/em><\/p>\n<p>(&#8230;) En outre il faut tenir compte que le dossier extr\u00eamement d\u00e9favorable du condamn\u00e9 ne doit pas \u00eatre tenu pour exact. Il r\u00e9sulte des indications fournies par les diff\u00e9rentes personnes qui se sont trouv\u00e9es en rapport avec Jacob que les renseignements d\u00e9favorables communiqu\u00e9es par l&rsquo;administration ont eu pour origine des notes donn\u00e9es par l&rsquo;ancien commandant du p\u00e9nitencier des Iles du Salut M. Cruccioni. Ce fonctionnaire a \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9 en disgr\u00e2ce \u00e0 la suite de diff\u00e9rents faits qui prouvent que ses appr\u00e9ciations sont plus ou moins contestables. (&#8230;) Et enfin M. Boulard, sous-chef de bureau, qui \u00e9tait adjoint au commandant Cruccioni pendant que ce dernier donnait \u00e0 Jacob les notes qui ont retard\u00e9 son d\u00e9sinternement, pourra certifier \u00e9galement que la conduite de Jacob \u00e9tait excellente. M.Boulard est en ce moment en cong\u00e9 et demeure \u00e0 la prison de Fresnes o\u00f9 sa femme est surveillante. (&#8230;)<\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong>Gouverneur de la Guyane<\/strong><\/p>\n<p>Vu la d\u00e9p\u00eache du ministre de colonies du 22 juillet 1925, n\u00b0442, portant modification de la d\u00e9cision pr\u00e9sidentielle en date du 8 du m\u00eame mois commuant \u00e0 cinq ans la peine des travaux forc\u00e9s \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 prononc\u00e9e contre le transport\u00e9 Jacob Alexandre Marius, dit Georges, matricule 34777, sur la proposition du Directeur de l&rsquo;Administration P\u00e9nitentiaire,<\/p>\n<p>DECIDE\u00a0:<\/p>\n<p>Article 1\u00a0: l&rsquo;ex-transport\u00e9 Jacob sera embarqu\u00e9 sur r\u00e9quisition de l&rsquo;Administration P\u00e9nitentiaire sur le prochain paquebot \u00ab\u00a0BISKRA\u00a0\u00bb \u00e0 destination de Saint Nazaire.<\/p>\n<p>Article 2\u00a0: cet individu sera escort\u00e9 pendant la travers\u00e9e par deux surveillants militaires, partant en cong\u00e9, qui le conduiront au service colonial de ce port.<\/p>\n<p>Article 3\u00a0: les frais de transport seront inscrits au budget colonial chapitre 70 article 4.<\/p>\n<p>Article 4\u00a0: le Directeur de l&rsquo;Administration est charg\u00e9 de l&rsquo;ex\u00e9cution de la pr\u00e9sente qui sera communiqu\u00e9 et diffus\u00e9 partout o\u00f9 besoin sera.<\/p>\n<p>Cayenne le 7 septembre 1925<\/p>\n<p>Par le gouverneur\u00a0: CHANEL<\/p>\n<p>Le directeur de l&rsquo;Administration P\u00e9nitentiaire\u00a0: PREVEL<\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">Sources\u00a0:<\/span><\/strong><\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 ANOM, H4098\/34777, H1481\/Jacob<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 ARCHIVES NATIONALES, BB24 1012, dossier 2818 S 05, dossiers de recours en gr\u00e2ce, 1907-1928<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Archives d\u00e9partementales de \u00a0Loire Atlantique, 6Y23<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 CIRA, fonds Jacob<\/p>\n<p><!--[if gte mso 9]><xml> Normal   0         21         false   false   false      FR   X-NONE   X-NONE <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 9]><xml> <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 10]>\n\n\n\n<style>\n \/* Style Definitions *\/\n table.MsoNormalTable\n\t{mso-style-name:\"Tableau Normal\";\n\tmso-tstyle-rowband-size:0;\n\tmso-tstyle-colband-size:0;\n\tmso-style-noshow:yes;\n\tmso-style-priority:99;\n\tmso-style-parent:\"\";\n\tmso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;\n\tmso-para-margin-top:0cm;\n\tmso-para-margin-right:0cm;\n\tmso-para-margin-bottom:10.0pt;\n\tmso-para-margin-left:0cm;\n\tline-height:115%;\n\tmso-pagination:widow-orphan;\n\tfont-size:11.0pt;\n\tfont-family:\"Calibri\",\"sans-serif\";\n\tmso-ascii-font-family:Calibri;\n\tmso-ascii-theme-font:minor-latin;\n\tmso-hansi-font-family:Calibri;\n\tmso-hansi-theme-font:minor-latin;\n\tmso-fareast-language:EN-US;}\n<\/style>\n\n<![endif]--><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La campagne de presse qui d\u00e9bute le 27 f\u00e9vrier 1925 dans les colonnes du Peuple, organe de la CGT, se poursuit dans celles du Quotidien. Elle aboutit cinq mois plus tard \u00e0 la commutation de peine du for\u00e7at 34777. Mais cette gr\u00e2ce intervient aussi dans le contexte bien pr\u00e9cis d&rsquo;un critique g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e du bagne. Marie [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_publicize_message":"","jetpack_is_tweetstorm":false,"jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","enabled":false}}},"categories":[1163],"tags":[168,180,738,2709,3883,3781,32,3996,3951,3994,3999,2710,411,69,3997,2711,31,122,30,606,85,3998,326,3995,3884,4000,3778,1257,3195],"jetpack_publicize_connections":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3364"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3364"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3364\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3364"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3364"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3364"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}