{"id":3324,"date":"2014-02-15T01:10:59","date_gmt":"2014-02-14T23:10:59","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=3324"},"modified":"2013-12-17T10:34:58","modified_gmt":"2013-12-17T08:34:58","slug":"une-revolte-au-bagne","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2014\/02\/une-revolte-au-bagne\/","title":{"rendered":"Une r\u00e9volte au bagne"},"content":{"rendered":"<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n50-mars-avril-1990-5.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3325\" title=\"Gavroche n50 mars-avril 1990\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n50-mars-avril-1990-5-211x300.jpg\" alt=\"\" width=\"168\" height=\"239\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n50-mars-avril-1990-5-211x300.jpg 211w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n50-mars-avril-1990-5.jpg 329w\" sizes=\"(max-width: 168px) 100vw, 168px\" \/><\/a>Marianne Enckell<\/strong><\/p>\n<p><strong>Gavroche<\/strong> n\u00b050, mars-avril 1990<\/p>\n<p><strong>UNE R\u00c9VOLTE AU BAGNE<\/strong><\/p>\n<p>Le r\u00e9cent ouvrage de Michel Pierre, <em>Le Dernier Exil, histoire des bagnes et des for\u00e7ats<\/em> (D\u00e9couvertes Gallimard, 1989) est une compilation large, et lar\u00adgement illustr\u00e9e, de la mince litt\u00e9rature existant sur les bagnes fran\u00e7ais. On peut s&rsquo;\u00e9tonner de la d\u00e9sorganisation et de l&rsquo;approximation de la bibliographie (ordre, dates et lieux d&rsquo;\u00e9dition fantai\u00adsistes, absence de quelques \u00abclas\u00adsiques\u00bb) et de la chronologie. C&rsquo;est notamment \u00e0 partir d&rsquo;avril 1887, et non de 1888, que les transport\u00e9s reprennent le chemin de Cayenne, partant de Tou\u00adlon avant de s&#8217;embarquer \u00e0 Saint-Mar\u00adtin-de-R\u00e9.<\/p>\n<p>Hommage soit rendu \u00e0 Albert Londres pour avoir d\u00e9nonc\u00e9 l&rsquo;infamie de la Guyane. Mais on oublie trop souvent, m\u00eame en une ann\u00e9e de comm\u00e9mora\u00adtions, Joseph Reinach et la Ligue des droits de l&rsquo;homme. Dans le cadre de la campagne en faveur de Dreyfus, ils pri\u00adrent la d\u00e9fense de cinq anarchistes condamn\u00e9s injustement \u00e0 leurs yeux: des \u00ab condamn\u00e9s de droits commun, qui sont, en r\u00e9alit\u00e9, des condamn\u00e9s poli\u00adtiques; qui ont \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9s par la justice, non pour des faits pr\u00e9cis, mais en rai\u00adson de leurs opinions : qui sont au bagne et n&rsquo;y devraient pas \u00eatre \u00bb<em> (Rap\u00adport sur les cas de cinq d\u00e9tenus des Iles du Salut (\u00eele Royale) :<\/em> pr\u00e9sent\u00e9 au Comit\u00e9 de la Ligue fran\u00e7aise pour la d\u00e9fense des droits de l&rsquo;homme et du citoyen par M. Joseph Reinach et adop\u00adt\u00e9 \u00e0 l&rsquo;unanimit\u00e9 par le Comit\u00e9 ; Paris : P- V. Stock, \u00e9diteur, 1899). On attirait ainsi pour une des premi\u00e8res fois l&rsquo;attention sur la \u00ab guillotine s\u00e8che \u00bb.<!--more--><\/p>\n<p>Dans son ouvrage pr\u00e9c\u00e9dent<em> (La terre de la grande punition ;<\/em> Ramsay, 1982, r\u00e9\u00e9d. 1988), Michel Pierre faisait allusion \u00e0 la r\u00e9volte des anarchistes de l&rsquo;\u00eele Saint-Joseph, en 1894, un des rares mouvements de protestation collective dans l&rsquo;histoire des bagnes de Guyane, qui eut alors un large \u00e9cho dans la presse. Mais il ne cite pas les riches documents qui existent aux Archives d&rsquo;outre-mer \u00e0 Aix-en-Provence (sous-s\u00e9rie Colonies H). Leur consulta\u00adtion n&rsquo;est pas ais\u00e9e : les dossiers des condamn\u00e9s ne peuvent \u00eatre mis \u00e0 dis\u00adposition que 120 \u00e0 150 ans apr\u00e8s la naissance de ces derniers&#8230; La pra\u00adtique des archivistes est heureusement quelque peu plus g\u00e9n\u00e9reuse.<\/p>\n<p>Depuis novembre 1892, les convois de Guyane d\u00e9barqu\u00e8rent aux Iles du Salut plusieurs anarchistes jug\u00e9s parti\u00adculi\u00e8rement dangereux : si le climat des Iles est moins mortel que celui du conti\u00adnent, on ne s&rsquo;en \u00e9chappe pas. En octobre 1894 \u00e9clata \u00e0 l&rsquo;\u00eele Saint-Joseph une br\u00e8ve r\u00e9volte, qui fit quatre morts parmi les gardiens et douze parmi les for\u00e7ats.<\/p>\n<p>Aucun t\u00e9moin direct n&rsquo;a racont\u00e9 ces \u00e9v\u00e9nements ; Auguste Liard-Courtois, qui les relate dans ses<em> Souvenirs du bagne,<\/em> est arriv\u00e9 aux \u00eeles juste apr\u00e8s ; Cl\u00e9ment Duval, le premier anarchiste \u00e0 \u00eatre envoy\u00e9 en Guyane, par le premier convoi de 1887, \u00e9tait \u00e0 l&rsquo;Ile Royale voisi\u00adne. Mais les Archives d&rsquo;Aix-en-Provence contiennent un gros dossier Intitul\u00e9 <strong>R\u00e9volte des anarchistes.<\/strong> Il y aurait l\u00e0 de quoi faire une belle recherche.<\/p>\n<p>Voici le rapport \u00e9tabli par M. Bouchet, commandant des Iles du Salut, au directeur de l&rsquo;administration p\u00e9nitentiai\u00adre, en date du 20 novembre 1894. Je l&rsquo;entrecoupe de quelques compl\u00e9ments et notes biographiques sur les princi\u00adpaux acteurs, tir\u00e9es notamment des registres personnels du bagne.<\/p>\n<p>\u00ab Il y a quelques mois les anar\u00adchistes ont tent\u00e9 un coup d&rsquo;essai pour juger du nombre de ceux qui, bien que n&rsquo;\u00e9tant pas des leurs, les suivraient. Le 2 juillet dernier, 75 condamn\u00e9s de l&rsquo;\u00eele Saint-Joseph ont refus\u00e9 de sortir des cases pour se rendre aux chantiers; ils \u00e9taient plus nombreux, car un certain nombre, plus prudents, s&rsquo;\u00e9taient fait ins\u00adcrire sur le cahier des malades. L\u00e0 ils s&rsquo;\u00e9taient compt\u00e9s, ils connaissaient leur force. [&#8230;] Le surlendemain, on trouve dans un jardin une bouteille contenant un billet \u00e0 l&rsquo;adresse du surveillant mili\u00adtaire de 1\u00e8re classe Raymondeau, chef de camp; on y lit: \u00ab Nous avons appris que Parida\u00ebn qui a refus\u00e9 le travail est mis en cellule et qu&rsquo;on menace de lui supprimer ses vivres. Un de ces jours nous allons vous prouver que nous sau\u00adrons d\u00e9fendre nos droits et nous faire justice nous-m\u00eames, car nous sommes des hommes&#8230; Vive l&rsquo;anarchie ! \u00bb Ce billet avait \u00e9t\u00e9 dict\u00e9 par Girier, \u00e9crit par Lepiez et d\u00e9pos\u00e9 par Simon.\u00bb [&#8230;]<\/p>\n<p>Joseph Parida\u00ebn, n\u00e9 en 1873, ven\u00addeur de journaux anarchistes, a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 dix ans de travaux forc\u00e9s en 1892. Apr\u00e8s plusieurs condamna\u00adtions par le Tribunal maritime sp\u00e9cial de Cayenne, pour refus de travail, il par\u00adviendra \u00e0 s&rsquo;\u00e9vader en 1904. Anthelme Girier-Lorion, n\u00e9 en 1869, avait \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9 pour dix ans au bagne en d\u00e9cembre 1890, pour propagande anar\u00adchiste, usurpation de patronyme, r\u00e9sis\u00adtance \u00e0 agent. \u00ab Vingt-deux ou vingt- trois ans, des cheveux ch\u00e2tains, de grands yeux \u00e9clairant un visage aux traits r\u00e9guliers, une attitude froide, hau\u00adtaine et r\u00e9fl\u00e9chie, l&rsquo;air d&rsquo;un jeune snob \u00e9gar\u00e9 dans un milieu vulgaire, voil\u00e0 en quelques traits la silhouette de Girier \u00bb telle que la d\u00e9crit Paul Mimande, qui visita le bagne ces ann\u00e9es-l\u00e0. \u00ab Positive\u00adment, ce gar\u00e7on poss\u00e8de \u00e0 un rare degr\u00e9 le don de la parole ; en l&rsquo;\u00e9coutant, je ne savais ce que je devais admirer davantage, ou de son talent naturel et de son accent p\u00e9n\u00e9trant ou de la folie de ses paradoxes et de l&rsquo;absurde mons\u00adtruosit\u00e9 de ses th\u00e9ories. \u00bb L\u00e9on Lepiez, typographe n\u00e9 en 1870, a \u00e9cop\u00e9 de dix ans de travaux forc\u00e9s en 1892 pour ten\u00adtative d&rsquo;incendie volontaire, vols, outrages par \u00e9crit envers les arm\u00e9es de terre; ce serait un \u00ab anarchiste tr\u00e8s exal\u00adt\u00e9 \u00bb. Charles Achille Simon, dit Biscuit, dit Ravachol II, n\u00e9 le 11 mai 1873, a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 en 1892 pour complicit\u00e9 avec Ravachol.<\/p>\n<p>\u00ab La mort d&rsquo;un des leurs, le transpor\u00adt\u00e9 Briens, n\u00b0 matricule 26474, bless\u00e9 mortellement le 1<sup>er<\/sup> octobre par le sur\u00adveillant militaire Mosca, pousse leur exasp\u00e9ration \u00e0 son comble et ils d\u00e9ci\u00addent de mettre leurs projets \u00e0 ex\u00e9cution dans le plus bref d\u00e9lai. \u00bb [&#8230;]<\/p>\n<p>Fran\u00e7ois Jean Marie Briens avait \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 aux travaux forc\u00e9s \u00e0 perp\u00e9\u00adtuit\u00e9 \u00e0 Troyes, en f\u00e9vrier 1894. Il \u00e9tait menuisier, membre de l&rsquo;Union syndicale de l&rsquo;ameublement qui publiait \u00e0 Paris, depuis 1890,<em> Le Pot \u00e0 Colle.<\/em> Lucien Gu\u00e9rineau parle de lui dans ses souve\u00adnirs<em> (Le Combat syndicaliste,<\/em> n\u00b0 223, 27 ao\u00fbt 1937): \u00ab Nos vendeurs ne pr\u00e9le\u00advaient aucun b\u00e9n\u00e9fice et apportaient int\u00e9gralement le produit de leur recette. Je note en passant le souvenir de Fran\u00ad\u00e7ois Briens, fusill\u00e9 quelques ann\u00e9es plus tard dans une r\u00e9volte \u00e0 la Guyane ; un soir en nous donnant sa recette qui \u00e9tait tr\u00e8s forte, il s&rsquo;excusait d&rsquo;en avoir pris quelques sous pour boire une chopine. Ce bon et probe Fran\u00e7ois ne vivait que pour propager nos convictions liber\u00adtaires. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Depuis longtemps Girier, qui a tou\u00adjours \u00e9t\u00e9 l&rsquo;\u00e2me du complot, se faisait remettre le vendredi et le samedi de chaque semaine le linge des autres anarchistes et le faisait blanchir au jar\u00addin par le condamn\u00e9 qui lui avait \u00e9t\u00e9 adjoint. De cette mani\u00e8re, les anarchistes le dimanche matin n&rsquo;avaient rien \u00e0 laver et on les voyait, pendant les deux ou trois heures du lavage, se grouper \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart, causer et discuter.<\/p>\n<p>[Journ\u00e9e du 21 octobre.] Dans la 2e case la journ\u00e9e est employ\u00e9e par les anarchistes Thiervoz, Simon, Chevenet, Lebeau, Mattei, Mamert, Mazarguil et Garnier \u00e0 confectionner des chaussons et des b\u00e9rets; [&#8230;] \u00e0 la 6e case L\u00e9authier, Hincelin et R\u00e9gnier confectionnent des chaussons. \u00bb<\/p>\n<p>De fait, la plupart des hommes nom\u00adm\u00e9s n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9s pour \u00ab faits d&rsquo;anarchie \u00bb. Maxime Fran\u00e7ois Thiervoz, n\u00e9 vers 1860, a \u00e9t\u00e9 condam\u00adn\u00e9 en 1892 \u00e0 dix ans de travaux forc\u00e9s pour complicit\u00e9 par recel de vol qualifi\u00e9 ; d\u00e9j\u00e0 avant le d\u00e9part pour le bagne il s&rsquo;est r\u00e9volt\u00e9 en prison, mais n&rsquo;a pas d&rsquo;appartenance politique connue. Ber\u00adnard Mamert, n\u00e9 en 1863, a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 pour homicide volontaire ; le registre le consid\u00e8re comme un \u00ab malfaiteur des plus dange\u00adreux. A simul\u00e9 la folie. Sans moyens d&rsquo;existence \u00bb. Louis Lebeau, n\u00e9 en 1868, a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 en 1893 \u00e0 8 ans de travaux forc\u00e9s pour vol ; soldat, il a eu plusieurs condamnations ant\u00e9\u00adrieures, est class\u00e9 comme \u00ab libertin et d\u00e9bauch\u00e9 \u00bb. Julien Mazarguil, qui a le m\u00eame \u00e2ge, est aussi militaire, en Alg\u00e9\u00adrie ; il a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 mort pour outrages, voies de fait et r\u00e9bellion, c&rsquo;est un homme \u00ab rebelle \u00e0 toute discipline \u00bb. Enfin Garnier est lui aussi un condamn\u00e9 militaire, et selon son num\u00e9ro matricule il est au bagne depuis dix ans au moins.<\/p>\n<p>Quant aux anarchistes, outre Simon : Beno\u00eet Chevenet avait particip\u00e9 avec Ravachol \u00e0 un vol de dynamite ; il a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 12 ans de travaux forc\u00e9s en juillet 1892. L\u00e9on Jules L\u00e9authier, n\u00e9 \u00e0 Manosque le 5 janvier 1874, a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 aux travaux forc\u00e9s \u00e0 perp\u00e9\u00adtuit\u00e9 pour avoir frapp\u00e9 d&rsquo;un tranchet le premier bourgeois venu. Auguste Emmanuel Hincelin, n\u00e9 vers 1870, a subi une douzaine de condamnations pour vol, vagabondage, outrage \u00e0 magistrat, avant d&rsquo;\u00eatre envoy\u00e9 pour huit ans au bagne en 1893.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n50-mars-avril-1990-2.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3326\" title=\"Gavroche n50 mars-avril 1990\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n50-mars-avril-1990-2-197x300.jpg\" alt=\"\" width=\"135\" height=\"206\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n50-mars-avril-1990-2-197x300.jpg 197w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n50-mars-avril-1990-2.jpg 357w\" sizes=\"(max-width: 135px) 100vw, 135px\" \/><\/a>\u00ab Habituellement le service \u00e9tait pris par un seul surveillant : le &lsquo;surveillant-chef Billet prend sur lui de le faire dou\u00adbler et, \u00e0 8 heures, les surveillants Cretallaz et Mosca commencent le contre-appel. Les 1e. 3e, 4e, 5e cases, les pri\u00adsons et les 6e et 7e cases sont vues successivement. Lorsque la ronde s&rsquo;approche de la 2e case, les anar\u00adchistes mass\u00e9s contre la porte s&rsquo;accrou\u00adpissent pour se dissimuler ; ils crai\u00adgnaient d&rsquo;\u00eatre aper\u00e7us par les fen\u00eatres. M. Cretallaz qui a les clefs ouvre la ser\u00adrure et se retire un peu en arri\u00e8re ; le condamn\u00e9 Boubou 25657, contre\u00adma\u00eetre, tire le verrou. A ce moment la porte est violemment tir\u00e9e de l&rsquo;int\u00e9rieur et les anarchistes se pr\u00e9cipitent dehors ; Garnier et Marpaux se jettent sur Bou\u00adbou qui les terrasse et frappe Marpaux d&rsquo;un violent coup de b\u00e2ton \u00e0 la t\u00eate. Garnier cherche \u00e0 enlever le fanal dont le contrema\u00eetre est porteur ; le fanal est bris\u00e9. Boubou crie \u00e0 M. Cretallaz qui se trouve \u00e0 1m50 environ : \u00ab \u00e9loignez- vous ! \u00bb Mais d\u00e9j\u00e0 Thiervoz, Simon et un troisi\u00e8me, arm\u00e9s de poignards, se sont \u00e9lanc\u00e9s sur le surveillant qui apr\u00e8s avoir cri\u00e9 \u00ab Halte-l\u00e0 ! \u00bb fait feu. Cette premi\u00e8re balle tue le condamn\u00e9 Garnier. M. Cre\u00adtallaz br\u00fble encore trois cartouches et il tombe perc\u00e9 de coups. On l&rsquo;entend crier avant de mourir: \u00ab Assez ! Assez ! \u00bb La voix de Simon r\u00e9pond avec un accent de sauvagerie: \u00ab Non ! Non ! \u00bb &#8211; Simon qui s&rsquo;est empar\u00e9 des clefs court ouvrir la porte de la 6e case dans laquelle il crie: \u00ab Allons, qu&rsquo;est-ce que vous foutez l\u00e0 ? Vite, tout le monde dehors ! \u00bb Les condamn\u00e9s Richard 23205 ; Gailland 25707 ; Hincelin 25722 : Lavaivre 25278 ; Boasi 26069 ; Marpaux 26564 ; L\u00e9authier 26548 ; Lepiez 25741 ; Meyrueis 26183 ; Soudet 25348 ; B\u00e9rard 23612 ; R\u00e9gnier 26587 ob\u00e9issent \u00e0 cet appel. Richard excite toute la case en criant: \u00ab allons ! allons ! Les amis, allons-y, ne nous lais\u00adsons pas assassiner ! \u00bb<\/p>\n<p>Pendant ce temps le surveillant mili\u00adtaire Mosca se trouve entre la 7e case et la 8e case, est assailli de son c\u00f4t\u00e9, bat en retraite en faisant feu sur ses agresseurs. Accul\u00e9 contre le mur de sout\u00e8nement, il est saisi \u00e0 la gorge par Thiervoz et jet\u00e9 \u00e0 terre par Mamert qui lui a saisi les deux jambes ; en tombant la face contre le sol, il tire une derni\u00e8re balle qui effleure la t\u00eate de Thiervoz et il est bard\u00e9 de coups de poignard par Mamert, qui lui a appuy\u00e9 le coude droit sur le dos, et par d&rsquo;autres dont je n&rsquo;ai pu avoir les noms ; son cadavre est jet\u00e9 dans le ravin.<\/p>\n<p>Aussit\u00f4t le double assassinat com\u00admis, Mamert regagne pr\u00e9cipitamment son hamac et il cherche \u00e0 jeter par la fen\u00eatre le poignard qu&rsquo;il a \u00e0 la main; un de ces co-d\u00e9tenus, le condamn\u00e9 Huys, s&rsquo;y oppose ; il jette alors cette arme dans la baille \u00e0 d\u00e9jections.<\/p>\n<p>[Les autres rentrent aussi.] Mattei qui est bless\u00e9 au bras gauche brandit un poignard et s&rsquo;\u00e9tend sur le hamac du condamn\u00e9 Boasi, en fuite. [&#8230;] Les diff\u00e9\u00adrentes phases de ce lugubre \u00e9v\u00e9nement se passaient presque simultan\u00e9ment. Simon apercevant Mamert se cacher dans sa case pour se soustraire au ch\u00e2\u00adtiment, se pr\u00e9cipite \u00e0 la porte de cette case (la 2e), la ferme en disant d&rsquo;une voix tr\u00e8s forte \u00ab que personne ne rentre \u00bb, puis il se jette contre la grille de la 8e case et appelle le condamn\u00e9 Foret 26120. Simon, qui para\u00eet \u00eatre celui des r\u00e9volt\u00e9s qui a d\u00e9ploy\u00e9 la plus grande \u00e9nergie, avait les mains ensanglant\u00e9es ; les barreaux de la grille qu&rsquo;il avait saisis sont rest\u00e9s tach\u00e9s de sang. Foret s&rsquo;\u00e9tait lev\u00e9 \u00e0 la h\u00e2te et apr\u00e8s avoir \u00e9chang\u00e9 rapidement quelques paroles il avait pris au pied de son hamac un objet qu&rsquo;il avait pass\u00e9 \u00e0 Simon. En recevant cet objet Simon dit: \u00ab C&rsquo;est \u00e7a que tu me passes \u00bb et essaie de forcer la serrure. Il n&rsquo;a pas le temps d&rsquo;achever; il entend du bruit et prend la fuite.<\/p>\n<p>C&rsquo;\u00e9tait le surveillant Dard qui arri\u00advait. Ce sous-officier a fait preuve d&rsquo;une rare \u00e9nergie.\u00bb [ Il fait fermer les portes, fait feu, etc. ]<\/p>\n<p>Federico Boasi, n\u00e9 en 1862 \u00e0 G\u00eanes, marchand d&rsquo;articles de p\u00eache, \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme \u00ab individu tr\u00e8s dange\u00adreux, \u00e0 surveiller \u00bb ; il a \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9 pour 7 ans au bagne en 1893. Edmond Aubin Marpaux, n\u00e9 en 1866, membre actif de la Ligue des Anti-patriotes, a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 en 1894 pour avoir bless\u00e9 un agent &#8211; tout comme Cl\u00e9ment Duval en 1886 : d&rsquo;ailleurs, arr\u00ea\u00adt\u00e9, Marpaux pr\u00e9tendra se nommer Duval. Henri-Pierre Meyrueis, n\u00e9 en 1865, a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 en 1893 pour assassinat ; c&rsquo;est un \u00ab anar\u00adchiste des plus violents \u00bb. Victor Jean Baptiste Foret, ouvrier boulanger n\u00e9 en 1870, a vu sa condamnation \u00e0 mort de 1893 commu\u00e9e en perp\u00e9tuit\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab Il ne s&rsquo;\u00e9tait pas \u00e9coul\u00e9 dix minutes depuis le commencement de la r\u00e9volte et les rues du camp \u00e9taient d\u00e9sertes. Le silence le plus complet r\u00e9gnait dans les cases et aux prisons. [ On appelle des renforts. ] En attendant l&rsquo;arriv\u00e9e du com\u00admandant [ Billet ] crut devoir proc\u00e9der \u00e0 l&rsquo;appel pour conna\u00eetre les noms des fugitifs. Il fit ouvrir la porte de la 6e case et donner l&rsquo;ordre aux condamn\u00e9s qui s&rsquo;y trouvaient de sortir. Aussit\u00f4t la porte ouverte, le condamn\u00e9 Mattei, son poignard toujours \u00e0 la main, se pr\u00e9cipite au milieu de la case, debout, mena\u00e7ant et paraissant vouloir s&rsquo;\u00e9lancer au dehors. Les surveillants crient aussit\u00f4t \u00ab tout le monde en dedans des barres \u00bb. Mattei seul r\u00e9siste \u00e0 cet ordre ; il se tient debout, faisant face, brandissant tou\u00adjours son arme ; quelques-uns de ses co-d\u00e9tenus lui crient inutilement \u00ab Mat\u00adtei, rentre, rentre ! \u00bb Il ne bouge pas. Enfin plusieurs sommations lui sont faites (une dizaine disent les t\u00e9moins) et il tombe frapp\u00e9 d&rsquo;une balle. Les autres condamn\u00e9s sortent pour l&rsquo;appel.<\/p>\n<p>[ C&rsquo;est alors qu&rsquo;arrivent de l&rsquo;\u00eele Roya\u00adle le commandant Bonafal et le major (m\u00e9decin militaire) Jourdran ; ils ordon\u00adnent de rentrer dans les cases, de transporter les cadavres \u00e0 la morgue.]<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n50-mars-avril-1990-11.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3328\" title=\"Gavroche n50 mars-avril 1990\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n50-mars-avril-1990-11-201x300.jpg\" alt=\"\" width=\"133\" height=\"198\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n50-mars-avril-1990-11-201x300.jpg 201w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n50-mars-avril-1990-11.jpg 526w\" sizes=\"(max-width: 133px) 100vw, 133px\" \/><\/a>Pendant la nuit quelques coups de feu furent tir\u00e9s par les mili\u00adtaires de l&rsquo;Infanterie de marine, en fac\u00adtion sur diff\u00e9rents points de l&rsquo;\u00eele.<\/p>\n<p>Le 22 au matin (au petit jour), le condamn\u00e9 Boasi, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 somm\u00e9 de se rendre, est tu\u00e9, derri\u00e8re les prisons, par une sentinelle; il parais\u00adsait venir du plateau et chercher \u00e0 ren\u00adtrer dans une case sans \u00eatre aper\u00e7u.<\/p>\n<p>Vers 6 heures, le surveillant chef Billet fait proc\u00e9der \u00e0 un appel g\u00e9n\u00e9ral et \u00e0 une fouille minutieuse. Chaque condamn\u00e9 devait avoir les bras en l&rsquo;air : les revolvers des deux surveillants tu\u00e9s avalent disparu et on pouvait craindre une nouvelle surprise. Le condamn\u00e9 Pigache, ne voulant pas prendre la position prescrite, malgr\u00e9 les somma\u00adtions qui lui sont faites, est tu\u00e9 sur les rangs par un soldat.<\/p>\n<p>[ L&rsquo;absence de huit condamn\u00e9s est constat\u00e9e. ] Sauf Marpaux, tous \u00e9taient tu\u00e9s dans la matin\u00e9e : Chevenet, dans les roches du plateau ; Simon et Mey\u00adrueis sur un arbre (plateau) ; Thiervoz, dans une des carri\u00e8res du plateau ; L\u00e9authier, Lebeau et Mazarguil au milieu des roches bordant la c\u00f4te est de l&rsquo;\u00eele (ces trois derniers sont tomb\u00e9s en criant \u00ab vive l&rsquo;anarchie ! \u00bb).<\/p>\n<p>Liard-Courtois relate ainsi cet \u00e9piso\u00adde : \u00ab La battue \u00e9tait commenc\u00e9e depuis une heure quand les soldats aper\u00e7urent Simon dit Biscuit qui s&rsquo;\u00e9tait juch\u00e9 jusqu&rsquo;au fa\u00eete d&rsquo;un cocotier.<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 O\u00f9 veux-tu que je tire ? lui cria l&rsquo;un d&rsquo;eux. Dans la t\u00eate ou dans le c&#8230;?<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Vive l&rsquo;anarchie! r\u00e9pondit sim\u00adplement Biscuit.<\/p>\n<p>Et le corps de cet enfant de vingt ans s&rsquo;abattit sur le sol. Ils s&rsquo;\u00e9taient mis quatre pour le tirer.<\/p>\n<p>L\u00e9authier, Lebault et Masservin furent d\u00e9couverts quelques instants apr\u00e8s. Pr\u00e9venus par le bruit de la fusillade, sous laquelle venait de suc\u00adcomber Simon, que tout espoir \u00e9tait vain et sentant toute r\u00e9sistance inutile, ils voulurent mourir en braves. Apr\u00e8s s&rsquo;\u00eatre embrass\u00e9s, ils d\u00e9chir\u00e8rent leurs vareuses et pr\u00e9sentant aux balles leurs poitrines nues, ils se prient par la main et tomb\u00e8rent en poussant ce cri qui ren\u00addait toute leur pens\u00e9e et r\u00e9sumait les aspirations de toute leur vie: \u00ab Vive la libert\u00e9 ! Vive l&rsquo;anarchie ! \u00bb [&#8230;] Meyrueis et Kervaux s&rsquo;\u00e9taient r\u00e9fugi\u00e9s parmi les rochers dans une sorte de caverne au bord de la mer. Pour les en faire sortir on entassa, \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e, des broussailles et des herbes auxquelles on mit le feu. Aveugl\u00e9s par la fum\u00e9e \u00e9paisse, ils sorti\u00adrent \u00e0 demi-asphyxi\u00e9s et furent tu\u00e9s avant m\u00eame d&rsquo;avoir vu le visage de leurs meurtriers. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il ne restait plus dehors que le condamn\u00e9 Marpaux, sur lequel plu\u00adsieurs coups de feu furent tir\u00e9s dans la soir\u00e9e. Marpaux a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 le 23 \u00e0 5 h 1\/2 du matin par une patrouille sur le plateau. \u00bb<\/p>\n<p>Parmi les morts, cinq sont des anar\u00adchistes d\u00e9clar\u00e9s. Simon a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 de cinq balles au moins, selon le rapport d&rsquo;autopsie du major Edmond Jourdran. Chevenet est mort d&rsquo;une balle tir\u00e9e \u00e0 bout portant dans la nuque. Quant \u00e0 Mattei, son corps est \u00ab absolument cri\u00adbl\u00e9 de balles \u00bb.<\/p>\n<p>\u00ab Douze des principaux \u00e9meutiers ont pay\u00e9 de leur vie le crime affreux du 21 octobre. Mais il reste encore des coupables, pour lesquels le tribunal maritime sp\u00e9cial doit \u00eatre inexorable. Ce sont les condamn\u00e9s :<\/p>\n<p>24636<strong> Girier.<\/strong> J&rsquo;ai expos\u00e9 plus haut le r\u00f4le jou\u00e9 par ce triste personnage. Il a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;\u00e2me du complot, il sera toujours, au bagne, l&rsquo;\u00e2me des complots. C&rsquo;est la t\u00eate qui dirige, mais qui dirige avec l\u00e2chet\u00e9, faisant engager l&rsquo;action par les brutes qu&rsquo;il sait entra\u00eener et sachant se d\u00e9rober si la situation devient d\u00e9savan\u00adtageuse. De plus il sait se m\u00e9nager une porte de sortie. Que fait-il au sujet de la r\u00e9volte ?<\/p>\n<p>Deux jours avant il entortille (c&rsquo;est l&rsquo;expression dont il se sert) Dingo (c&rsquo;est ainsi qu&rsquo;il appelle M. Bonafai) et pour bien lui prouver que les complots anar\u00adchistes sont loin de sa pens\u00e9e il lui \u00e9crit une longue lettre dans laquelle, apr\u00e8s avoir \u00e9tabli qu&rsquo;il a toujours \u00e9t\u00e9 victime d&rsquo;inf\u00e2mes calomnies, il propose la cr\u00e9a\u00adtion d&rsquo;une \u00ab culture mod\u00e8le \u00bb dont il serait le g\u00e9rant. [&#8230;] Le 20, le commandant lui accorde le long entretien demand\u00e9. Girier a d\u00fb le convaincre car en se retrouvant au milieu de ses amis il se moque de la na\u00ef\u00advet\u00e9 de M. Bonafai. Le 21, apr\u00e8s avoir dirig\u00e9 les d\u00e9lib\u00e9ra\u00adtions du matin, on le voit toute la journ\u00e9e \u00e9nerv\u00e9 et allant \u00e0 la 2e et \u00e0 la 6e case causer \u00e0 voix basse avec les anar\u00adchistes. Le soir au moment de la r\u00e9vol\u00adte il est dehors ; il rentre aux premiers coups de feu et sa premi\u00e8re pr\u00e9occupa\u00adtion est de faire constater par tous les hommes de sa case [ la 4<sup>e<\/sup> ] qu&rsquo;il est pr\u00e9sent. Puisque sa conscience \u00e9tait nette, pourquoi cette constatation ? Qu&rsquo;avait-il \u00e0 craindre de plus que ceux de ses co-d\u00e9tenus qui n&rsquo;avaient pas quitt\u00e9 leurs places ? Cette inqui\u00e9tude qui se manifeste chez lui d\u00e9montre sa culpabi\u00adlit\u00e9. [&#8230;]<\/p>\n<p>26168<strong> Mamert<\/strong> &#8211; est tout au moins l&rsquo;un des assassins du surveillant Mosca, il s&rsquo;en est vant\u00e9 aupr\u00e8s de ses co-d\u00e9tenus de la 2<sup>e<\/sup> case [&#8230;] ses d\u00e9n\u00e9gations ne sauraient pr\u00e9valoir.<\/p>\n<p>26120<strong> Foret<\/strong> \u00e9tait du complot, n&rsquo;a pu sortir de sa case (la 8e) que parce que Simon n&rsquo;a pas r\u00e9ussi \u00e0 ouvrir la por\u00adte !&#8230;]<\/p>\n<p>25733<strong> Laurent<\/strong> \u00e9tait m\u00eal\u00e9 \u00e0 la lutte et a enlev\u00e9 le b\u00e2ton du condamn\u00e9 Bergero, contrema\u00eetre, en outre sa vareuse \u00e9tait tach\u00e9e de sang.<\/p>\n<p>23205<strong> Richard<\/strong> est sorti de la case en excitant ses co-d\u00e9tenus \u00e0 la r\u00e9volte et est rentr\u00e9 ensuite porteur d&rsquo;un couteau qu&rsquo;il a jet\u00e9 par la fen\u00eatre.<\/p>\n<p>25722<strong> Hincelin,<\/strong> 26587<strong> R\u00e9gnier<\/strong> ont confectionn\u00e9 des chaussures dans la journ\u00e9e du 21 octobre et sont sortis le soir, \u00e0 l&rsquo;appel de Simon, pour prendre part \u00e0 la lutte.<\/p>\n<p>25707<strong> Gailland,<\/strong> 25278<strong> Lavaivre, <\/strong>25741<strong> Lepiez,<\/strong> 25348<strong> Soudet,<\/strong> 23612 <strong>B\u00e9rard<\/strong> sont sortis \u00e0 l&rsquo;appel de Simon pour prendre part \u00e0 la lutte.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai l&rsquo;honneur de vous prier de vou\u00adloir bien demander \u00e0 M. le chef de la colonie de traduire ces individus devant le Tribunal maritime sp\u00e9cial.<\/p>\n<p>Quant aux condamn\u00e9s 23044<strong> <\/strong><strong>Fla\u00admens<\/strong> et 22954<strong> Bonacorsi<\/strong> que M. Bonafai avait cru devoir faire mettre en pr\u00e9vention, je n&rsquo;ai relev\u00e9 aucune charge contre eux. Ce sont deux p\u00e9d\u00e9rastes qui se trouvaient dehors pour tout autre chose que la r\u00e9volte. Je proposerais de leur infliger une punition de 60 jours de cellule. \u00bb<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/arbeit-macht-frei-en-guyane.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-856\" title=\"Arbeit macht frei en Guyane\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/arbeit-macht-frei-en-guyane.jpg\" alt=\"Arbeit macht frei en Guyane\" width=\"194\" height=\"145\" \/><\/a>Il est difficile de savoir pourquoi les autorit\u00e9s p\u00e9nitentiaires chargent autant Girier-Lorion. \u00ab Ce Girier, \u00e9crit le gouver\u00adneur de la Guyane au minist\u00e8re des Colonies le 1<sup>er<\/sup> d\u00e9cembre, dont la vani\u00adt\u00e9 criminelle cherche \u00e0 usurper au bagne un renom d&rsquo;intellectualit\u00e9, d&rsquo;ailleurs facile au milieu de la masse brutale qui l&rsquo;environne, a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;\u00e2me de la r\u00e9bellion qui a co\u00fbt\u00e9 la vie aux deux braves et malheureux surveillants Mosca et Cretallaz. \u00bb Les d\u00e9positions en revanche sont quasiment unanimes \u00e0 affirmer qu&rsquo;il n&rsquo;est pas dans les projets d&rsquo;\u00e9vasion, qu&rsquo;il appelle au calme et non \u00e0 la r\u00e9volte. Les seules exceptions sem\u00adblent volontaires : Catusse, \u00ab bourrique \u00bb notoire, d\u00e9clare que Girier est \u00ab le chef des anarchistes de Saint-Joseph \u00bb; Thiot dit que c&rsquo;est \u00ab un anarchiste qui m&#8217;emb\u00eate toujours avec ses projets de r\u00e9volte et autres. C&rsquo;est le pr\u00e9sident de la bande. \u00bb<\/p>\n<p>Au proc\u00e8s de juin 1895 comparais\u00adsent huit accus\u00e9s, sans que l&rsquo;on sache pourquoi certains ont \u00e9t\u00e9 inculp\u00e9s plut\u00f4t que d&rsquo;autres. Lepiez, Foret, Hincelin, Bonacorsi, B\u00e9rard et Flamens sont acquitt\u00e9s par le Tribunal maritime sp\u00e9\u00adcial, tandis que Girier et Mamert sont condamn\u00e9s \u00e0 mort. Mamert meurt en prison le 11 octobre. En f\u00e9vrier 1896, la peine de Girier est commu\u00e9e en cinq ans de r\u00e9clusion cellulaire. Mais on ne survit pas \u00e0 ce r\u00e9gime ; Girier meurt le 16 novembre 1898, avant la publication du rapport Reinach qui prend ardem\u00adment sa d\u00e9fense.<\/p>\n<p>Lepiez est mort au bagne en 1907 ; Foret a \u00e9t\u00e9 graci\u00e9 en 1901 et a pu ren\u00adtrer en France ; quant \u00e0 Hincelin, il \u00e9tait encore en rel\u00e9gation en 1921, date de sa derni\u00e8re condamnation&#8230;<\/p>\n<p>Les archives d&rsquo;Aix-en-Provence contiennent encore nombre de docu\u00adments qu&rsquo;il faudra exploiter peu \u00e0 peu. Une carte pr\u00e9cise de l&rsquo;\u00eele Saint-Joseph a \u00e9t\u00e9 dress\u00e9e le 21 f\u00e9vrier 1895 et figu\u00adre dans le dossier H 1852. Les dossiers anthropom\u00e9triques et photographiques sont quant \u00e0 eux \u00ab incommunicables \u00bb, ce qui est bien regrettable. L&rsquo;ouvrage de Michel Pierre est riche en illustrations, malheureusement bien moins dat\u00e9es que celles de l&rsquo;excellent volume de la collection archives Julliard de 1965 <em>(Cayenne, d\u00e9port\u00e9s et bagnards,<\/em> pr\u00e9\u00adsent\u00e9 par Michel Dev\u00e8ze).<\/p>\n<p>Mais l&rsquo;essentiel reste la m\u00e9moire des bagnards, et surtout la m\u00e9moire des r\u00e9voltes et des r\u00e9sistances.<\/p>\n<p><strong>Marianne Enckell<\/strong><\/p>\n<p><!--[if gte mso 9]><xml> Normal   0         21         false   false   false      FR   X-NONE   X-NONE <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 9]><xml> <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 10]>\n\n\n\n<style>\n \/* Style Definitions *\/\n table.MsoNormalTable\n\t{mso-style-name:\"Tableau Normal\";\n\tmso-tstyle-rowband-size:0;\n\tmso-tstyle-colband-size:0;\n\tmso-style-noshow:yes;\n\tmso-style-priority:99;\n\tmso-style-parent:\"\";\n\tmso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;\n\tmso-para-margin-top:0cm;\n\tmso-para-margin-right:0cm;\n\tmso-para-margin-bottom:10.0pt;\n\tmso-para-margin-left:0cm;\n\tline-height:115%;\n\tmso-pagination:widow-orphan;\n\tfont-size:11.0pt;\n\tfont-family:\"Calibri\",\"sans-serif\";\n\tmso-ascii-font-family:Calibri;\n\tmso-ascii-theme-font:minor-latin;\n\tmso-hansi-font-family:Calibri;\n\tmso-hansi-theme-font:minor-latin;\n\tmso-fareast-language:EN-US;}\n<\/style>\n\n<![endif]--><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Marianne Enckell Gavroche n\u00b050, mars-avril 1990 UNE R\u00c9VOLTE AU BAGNE Le r\u00e9cent ouvrage de Michel Pierre, Le Dernier Exil, histoire des bagnes et des for\u00e7ats (D\u00e9couvertes Gallimard, 1989) est une compilation large, et lar\u00adgement illustr\u00e9e, de la mince litt\u00e9rature existant sur les bagnes fran\u00e7ais. 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