{"id":3316,"date":"2014-01-18T01:10:53","date_gmt":"2014-01-17T23:10:53","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=3316"},"modified":"2013-12-17T10:34:13","modified_gmt":"2013-12-17T08:34:13","slug":"femmes-au-bagne","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2014\/01\/femmes-au-bagne\/","title":{"rendered":"Femmes au bagne"},"content":{"rendered":"<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n4-5-juin-septembre-1982.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3317\" title=\"Gavroche n4-5, juin-septembre 1982\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n4-5-juin-septembre-1982-208x300.jpg\" alt=\"\" width=\"177\" height=\"256\" \/><\/a>Michel Pierre<\/strong><\/p>\n<p><strong>Gavroche<\/strong> n\u00b04-5<\/p>\n<p>Juin-septembre 1982<\/p>\n<p>Le 26 d\u00e9cembre 1858, le bateau-cage<em> Loire<\/em> quitte Brest \u00e0 destination de la Guyane. Dans ses flancs se trouvent 36 femmes condamn\u00e9es aux travaux forc\u00e9s. Un mois plus tard, le navire accoste aux Iles du Salut. La promesse faite par le commissaire g\u00e9n\u00e9ral de la Guyane, Sarda- Garriga, aux premiers bagnards transport\u00e9s en 1852, \u00e0 la suite du coup d&rsquo;Etat de Louis Napol\u00e9on Bonaparte, \u00e9tait tenue. \u00ab Lorsque vous aurez fait un retour sinc\u00e8re \u00e0 vos bons sentiments, le gouvernement de la France vous enverra vos familles. Je marierai les c\u00e9libataires, et vos enfants, que je m&rsquo;appliquerai \u00e0 faire \u00e9lever dans la pratique de la vertu, feront oublier, par leur bonne conduite, les fautes de leur p\u00e8re&#8230; \u00bb Louable entreprise, \u00e0 cette nuance pr\u00e8s que les femmes disponibles \u00e9taient des d\u00e9tenues&#8230;<!--more--><\/p>\n<p><strong>Des femmes pour peupler la Guya\u00adne.<\/strong><\/p>\n<p>Pourtant le premier mariage b\u00e9ni par les plus hautes autorit\u00e9s de la colonie eut lieu d\u00e8s octobre 1859. L&rsquo;acte figure toujours dans les regis\u00adtres de Saint-Laurent-du-Maroni :<\/p>\n<p>\u00ab L&rsquo;an 1859, le 23<sup>e<\/sup> du mois d&rsquo;octo\u00adbre, nous, Charles<a name=\"_ftnref1\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a> (1) avons re\u00e7u le consentement en mariage de Domini\u00adque Albert, n\u00e9 \u00e0 Nancy en 1824 et demeurant \u00e0 Saint-Laurent-du-Maroni mari\u00e9 \u00e0 la demoiselle Marie-Louise Le Dohedec, n\u00e9e dans le Morbihan le 7 novembre 1833. \u00bb<\/p>\n<p>Parmi les \u00e9pous\u00e9es des ann\u00e9es sui\u00advantes, notons Marie Villet, n\u00e9e dans la Somme en 1837, condamn\u00e9e en 1857 pour recel \u00e0 huit ans de r\u00e9clu\u00adsion. De temp\u00e9rament \u00ab tr\u00e8s nerveux, intelligente et de bonne conduite \u00bb, elle s&rsquo;\u00e9tait port\u00e9e volontaire pour par\u00adtir en Guyane plut\u00f4t que de purger sa peine en prison centrale, comme l&rsquo;au\u00adtorisait la loi sous le Second Empire. Elle d\u00e9clara pr\u00e9f\u00e9rer l&rsquo;exil \u00ab afin de se soustraire \u00e0 la honte de repara\u00eetre dans son pays o\u00f9 trois de ses parents ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9capit\u00e9s. Mais \u00e0 la condition toutefois de pouvoir emmener avec elle sa vieille m\u00e8re, qui subit en ce moment dix ans de r\u00e9clusion. En offrant m\u00eame de payer son passage ou au moins de pouvoir la faire venir avec elle \u00e0 l&rsquo;expiration de sa peine \u00bb.<\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es qui suivent, le nombre des condamn\u00e9es destin\u00e9es \u00e0 \u00ab f\u00e9conder \u00bb la terre du bagne aug\u00admente : 33 en 1861, 30 en 1863, 36 en 1865&#8230; 308 au total pendant les ann\u00e9es o\u00f9 r\u00e9gna Badinguet. C&rsquo;\u00e9tait bien peu comparativement aux 18 000 for\u00e7ats hommes qui prirent le m\u00eame chemin pendant la m\u00eame p\u00e9riode. D&rsquo;autant que la mortalit\u00e9 fit d\u00e8s l&rsquo;ori\u00adgine des coupes sombres dans les rangs des femmes condamn\u00e9es. Un pharmacien parisien qui s\u00e9journait alors en Guyane nota l&rsquo;h\u00e9catombe : \u00ab En 1859, un premier convoi de fem\u00admes transport\u00e9es, prises dans les mai\u00adsons centrales de France et destin\u00e9es \u00e0 \u00eatre mari\u00e9es aux d\u00e9port\u00e9s colons, partit&#8230; leur acclimatation fut difficile, un grand nombre p\u00e9rit, ne pouvant supporter les rigueurs du climat. Au mois d&rsquo;ao\u00fbt 1860, lorsque j&rsquo;arrivai sur le p\u00e9nitencier, il ne restait plus que 19 femmes (environ la moiti\u00e9). Mais si les femmes envoy\u00e9es de France n&rsquo;\u00e9\u00adtaient pas parfaitement choisies, leurs maris, de leur c\u00f4t\u00e9, laissaient beau\u00adcoup \u00e0 d\u00e9sirer et certes, parmi cette multitude d&rsquo;hommes bannis de la soci\u00e9t\u00e9, on aurait peut-\u00eatre pu faire un meilleur choix. \u00bb<\/p>\n<p>Les survivantes cultivaient des concessions avec leurs \u00e9poux, an\u00adciens for\u00e7ats lib\u00e9r\u00e9s, ou restaient sous la garde des s\u0153urs de la congr\u00e9gation de Saint-Joseph-de-Cluny dans un modeste couvent de Saint-Laurent- du-Maroni. Elles y effectuaient divers travaux d&rsquo;int\u00e9rieur (couture, raccom\u00admodage&#8230;) avec l&rsquo;espoir de se voir rapidement accorder un \u00e9poux par les autorit\u00e9s. Elles sortaient parfois pour des t\u00e2ches de jardinage afin de fournir des l\u00e9gumes \u00e0 la communaut\u00e9.<\/p>\n<p>D&rsquo;autres femmes arriv\u00e9es en Guyane rejoignaient leur mari condamn\u00e9 aux travaux forc\u00e9s. Ainsi, une dame Brazo fut-elle transf\u00e9r\u00e9e \u00e0 Lorient en juin 1864 pour \u00eatre \u00abem\u00adbarqu\u00e9e \u00e0 destination de la Guyane avec ses quatre enfants pour rejoindre son mari qui subit \u00e0 Cayenne la peine de vingt ans de travaux forc\u00e9s \u00bb. Elle- m\u00eame, \u00e2g\u00e9e de trente-cinq ans, avait \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9e \u00e0 cinq ans de r\u00e9clu\u00adsion pour complicit\u00e9 de vol d&rsquo;argent. Dans le m\u00eame convoi se trouvaient quatre femmes condamn\u00e9es \u00e0 cinq ou dix ans de r\u00e9clusion ou aux travaux forc\u00e9s \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 pour infanticide.<\/p>\n<p>Le premier enfant n\u00e9 d&rsquo;une union entre anciens d\u00e9tenus voit le jour en avril 1862. Il se pr\u00e9nomme Laurent, comme de juste, et a pour parrain le commandant du p\u00e9nitencier. En 1866, lorsque vient l&rsquo;heure des premiers bilans, on compte 150 femmes ma\u00adri\u00e9es en bonne et due forme et 110 enfants n\u00e9s de ces unions sous le ciel guyanais. Beaucoup \u00e9taient malades, et nombreux ceux qui mouraient. De plus, de nombreuses \u00e9pouses trou\u00advaient dans la prostitution des reve\u00adnus substantiels, et dans ce monde carc\u00e9ral masculin (Saint-Laurent comptait plusieurs milliers de condamn\u00e9s en cours de peine et de lib\u00e9r\u00e9s astreints \u00e0 r\u00e9sidence), leur for\u00adtune semblait assur\u00e9e.<\/p>\n<p>Confront\u00e9 \u00e0 l&rsquo;h\u00e9catombe et \u00e0 la maigreur des r\u00e9sultats obtenus pour le peuplement de la Guyane, le gou\u00advernement imp\u00e9rial d\u00e9cida en 1867 de suspendre tout nouvel envoi d&rsquo;hom\u00admes et de femmes condamn\u00e9s d&rsquo;ori\u00adgine m\u00e9tropolitaine. Mais la route de Guyane restait ouverte aux malan\u00addrins n\u00e9s dans les colonies&#8230; On pr\u00e9\u00adf\u00e9ra les diriger vers la Nouvelle-Cal\u00e9\u00addonie, o\u00f9 \u00ab le climat est magnifique, le sol fertile et qui manque de popula\u00adtion [europ\u00e9enne] : l\u00e0 on les em\u00adploiera \u00e0 des travaux d&rsquo;utilit\u00e9 publique et \u00e0 d&rsquo;autres ouvrages dont le produit leur serait abandonn\u00e9&#8230; Pendant la dur\u00e9e de leur peine, ils seraient plac\u00e9s sous une rigoureuse surveillance dont pourtant on t\u00e2cherait de les affranchir peu \u00e0 peu. Il faudrait en un mot que la pens\u00e9e dirigeante dans l&rsquo;ex\u00e9cution des peines f\u00fbt de faire des citoyens apr\u00e8s avoir puni les coupables \u00bb, ainsi s&rsquo;exprimait l&rsquo;imp\u00e9ratrice Eug\u00e9nie dans une lettre au ministre des Colo\u00adnies.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n4-5-juin-septembre-1982-3.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3318\" title=\"Gavroche n4-5, juin-septembre 1982\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n4-5-juin-septembre-1982-3-263x300.jpg\" alt=\"\" width=\"130\" height=\"149\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n4-5-juin-septembre-1982-3-263x300.jpg 263w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n4-5-juin-septembre-1982-3.jpg 524w\" sizes=\"(max-width: 130px) 100vw, 130px\" \/><\/a><strong>La III<sup>e<\/sup> R\u00e9publique : pas de paradis pour les bagnardes !<\/strong><\/p>\n<p>Pendant quinze ans (de 1872 \u00e0 1887), les convois de d\u00e9tenus ne se dirig\u00e8rent plus vers la Guyane mais vers la Nouvelle-Cal\u00e9donie. Cepen\u00addant, en 1885, la III\u00a0\u00bb R\u00e9publique rouvrit la route de Cayenne. Quelques ann\u00e9es auparavant, une campagne de presse et d&rsquo;opinion, soutenue par la franc-ma\u00e7onnerie, encourag\u00e9e par certains membres du gouvernement, avait d\u00e9velopp\u00e9 l&rsquo;id\u00e9e que la Nouvelle-Cal\u00e9donie \u00e9tait \u00ab un paradis pour condamn\u00e9s, un lieu de vill\u00e9giature \u00e0 ce point d\u00e9sir\u00e9 des malandrins qu&rsquo;il s&rsquo;en trouvait pour commettre un d\u00e9lit \u00e0 seule fin de conna\u00eetre les joies des antipodes \u00bb. En effet, la proportion des d\u00e9c\u00e8s \u00e9tait de 2 \u00e0 3,33 % par an ! Nous sommes loin des chiffres guyanais : de 8 \u00e0 20 % (soit un chiffre dix fois sup\u00e9rieur \u00e0 la mortalit\u00e9 fran\u00e7aise de l&rsquo;\u00e9poque). Des condamn\u00e9s aux tra\u00advaux forc\u00e9s qui ne mouraient pas \u00e0 la t\u00e2che ou qui n&rsquo;\u00e9taient pas d\u00e9cim\u00e9s par les \u00e9pid\u00e9mies \u00e9chappaient, en grande partie, au ch\u00e2timent ; cela n&rsquo;\u00e9tait pas tol\u00e9rable. Garder la Nouvelle-Cal\u00e9do\u00adnie, soit, y poursuivre la transporta\u00adtion peut-\u00eatre, mais \u00e0 condition de faire reprendre aux condamn\u00e9s blancs la direction de la Guyane. Cer\u00adtains voulaient m\u00eame aller plus loin et jouaient de leur autorit\u00e9 ou de leur influence pour que les bagnes s&rsquo;ou\u00advrent aussi aux r\u00e9cidivistes, quelle que soit leur nouvelle faute, et pas uniquement aux grands voleurs ou aux assassins. La loge ma\u00e7onnique \u00ab Travail et pers\u00e9v\u00e9rante amiti\u00e9 \u00bb de Paris fit une campagne de p\u00e9tition, r\u00e9clamant que \u00ab tout homme ou femme condamn\u00e9 pour la troisi\u00e8me fois, y compris les condamnations pour d\u00e9lit de vagabondage ou de vol, soit expatri\u00e9 \u00e0 vie dans une colonie p\u00e9nitentiaire de l&rsquo;outre-mer \u00bb.<\/p>\n<p>En 1885 fut vot\u00e9e la loi sur la rel\u00e9ga\u00adtion. Cette fois, les femmes jug\u00e9es comme multir\u00e9cidivistes n&rsquo;auraient pas le choix du lieu de leur peine. Seul le tribunal jugerait de l&rsquo;\u00e9ventualit\u00e9 de les rel\u00e9guer en Guyane, ou en Nou\u00advelle-Cal\u00e9donie, ou de les rel\u00e2cher. Rarement le syst\u00e8me judiciaire fran\u00ad\u00e7ais fit preuve d&rsquo;une telle f\u00e9rocit\u00e9. La loi permettait de retrancher \u00e0 vie du corps social m\u00e9tropolitain, toute condamn\u00e9e que les juges estime\u00adraient souhaitable d&rsquo;exp\u00e9dier en Guyane. Qu&rsquo;elles y trouvent ou non un mari et les chemins d&rsquo;une r\u00e9habili\u00adtation quelconque. Seule importait l&rsquo;i\u00add\u00e9e de d\u00e9barrasser la France de ses \u00ab mauvais \u00e9l\u00e9ments \u00bb.<\/p>\n<p>Marie Richebourg \u00e9tait n\u00e9e en 1848 et exer\u00e7ait \u00e0 Nogent-le-Rotrou le m\u00e9tier de ling\u00e8re repasseuse. M\u00e8re de deux enfants, veuve d&rsquo;un homme port\u00e9 disparu lors de la guerre de 1870, elle commit en 1871 un premier vol qui lui valut une condamnation \u00e0 trois mois de prison. Suivent dans son dossier : trois comparutions devant le tribunal pour soustraction frauduleu\u00adse, vol et ivresse. En 1886, elle commit un nouvel vol pour lequel elle fut condamn\u00e9e \u00e0 treize mois d&#8217;emprison\u00adnement et \u00e0 la rel\u00e9gation. Le rapport la concernant est sans indulgence : \u00ab La nomm\u00e9e Richebourg est une intrigan\u00adte, de m\u0153urs compl\u00e8tement disso\u00adlues. Les renseignements recueillis sur son compte sont mauvais \u00e0 tous les points de vue. Vivant en concubi\u00adnage avec un nomm\u00e9 Aubry, elle ne s&rsquo;occupait en aucune fa\u00e7on de ses enfants qui ont \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9s par leura\u00efeule et qui se conduisent bien. Per\u00adsonne ne s&rsquo;int\u00e9resse \u00e0 elle ; elle est indigne de toute indulgence. Rien ne s&rsquo;oppose \u00e0 ce qu&rsquo;elle soit envoy\u00e9e dans les colonies o\u00f9 il conviendrait de la soumettre, au moins pendant un certain temps, \u00e0 la rel\u00e9gation collecti\u00adve. \u00bb Tel fut l&rsquo;avis du directeur de la maison centrale de Rennes. Partie en 1889, Marie Richebourg surv\u00e9cut en Guyane jusqu&rsquo;en 1908.<\/p>\n<blockquote><p><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>Les bagnes de Cayenne<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>Les premiers envois de condamn\u00e9s en Guyane eurent lieu sous la R\u00e9volu\u00adtion fran\u00e7aise, mais ce fut sous le second Empire que cette colonie eut pour vocation de recevoir des malan\u00addrins et des prisonniers politiques. Le gouvernement imp\u00e9rial souhaitait se d\u00e9barrasser des bagnes m\u00e9tropoli\u00adtains, \u00e9loigner les truands et les oppo\u00adsants r\u00e9publicains et d\u00e9velopper la colonie gr\u00e2ce \u00e0 une main-d&rsquo;\u0153uvre p\u00e9nale destin\u00e9e \u00e0 remplacer les escla\u00adves que la loi de 1848 avait lib\u00e9r\u00e9s.<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>Le premier convoi de condamn\u00e9s aux travaux forc\u00e9s (on les appelait \u00ab trans\u00adport\u00e9s \u00bb) et de d\u00e9tenus politiques (les \u00ab d\u00e9port\u00e9s \u00bb) arriva en Guyane en 1852. Ill\u00e9galement, car la loi qui r\u00e9glait leur sort ne fut vot\u00e9e qu&rsquo;en 1854.<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>A ces premi\u00e8res cat\u00e9gories d&rsquo;exclus s&rsquo;ajouta, \u00e0 partir de 1885, celle des \u00ab rel\u00e9gu\u00e9s \u00bb multir\u00e9cidivistes assign\u00e9s \u00e0 vie en Guyane. Les conditions de vie et de travail de ces petits voleurs et vagabonds dans leur camp de Saint- Jean-du-Maroni n&rsquo;avaient pas grand- chose \u00e0 envier \u00e0 celles des transport\u00e9s rassembl\u00e9s \u00e0 Saint-Laurent-du-Maroni, \u00e0 Cayenne, aux \u00eeles du Salut ou dans les camps forestiers.<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>Le \u00ab bagne \u00bb de Guyane dura jus\u00adqu&rsquo;en 1938 o\u00f9 une loi mit fin \u00e0 la transportation. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;\u00e0 partir de 1946 que l&rsquo;on accepta de rapatrier les derniers survivants d&rsquo;une exp\u00e9rience p\u00e9nale meurtri\u00e8re. Le bilan de Cayenne est pour un si\u00e8cle environ : 52 000 transport\u00e9s, 15 000 rel\u00e9gu\u00e9s, et quel\u00adques centaines de d\u00e9port\u00e9s.<\/strong><\/span><\/p><\/blockquote>\n<p>Anne Rh\u00e9mon \u00e9tait chiffonni\u00e8re. Sept fois condamn\u00e9e pour vol et pros\u00adtitution entre 1880 et 1900, elle partit par le convoi de 1902. Son dossier mentionne : \u00ab L&rsquo;\u00e9tat de d\u00e9gradation morale o\u00f9 \u00e9tait tomb\u00e9e cette femme ne semble avoir laiss\u00e9 subsister en elle aucun sentiment d&rsquo;affection. Les chances d&rsquo;amendement sont nulles en raison de l&rsquo;abandon dont elle est l&rsquo;objet. Elle subira l&rsquo;expatriation non sans peine mais avec r\u00e9signation. Son s\u00e9jour aux colonies ne pourra qu&rsquo;ap\u00adporter \u00e0 son \u00e9tat d&rsquo;esprit et \u00e0 sa conduite un changement favorable. Si elle est surveill\u00e9e au point de vue des m\u0153urs, elle peut rendre des services par son travail. \u00bb Elle mourut \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pi\u00adtal de Saint-Laurent-du-Maroni quel\u00adques mois apr\u00e8s son arriv\u00e9e. Tout comme Henriette Genry, qui avait accumul\u00e9 au long de ses 44 ans d&rsquo;existence 18 condamnations pour vol, vagabondage et escroquerie. \u00abCette femme depuis 10 ans constamment en prison ne peut compter sur aucun appui, ne poss\u00e8de aucune ressource ni aucun moyen honorable de s&rsquo;en procurer, qu&rsquo;elle n&rsquo;est digne d&rsquo;ailleurs d&rsquo;aucune me\u00adsure de faveur. Sa sant\u00e9 est bonne et permet de l&rsquo;envoyer aux colonies. Elle envisage avec crainte l&rsquo;\u00e9ventualit\u00e9 de la rel\u00e9gation et manifeste du repentir. Il y a peu \u00e0 esp\u00e9rer des promesses de cette femme qui a des ant\u00e9c\u00e9dents d\u00e9plorables. \u00bb<\/p>\n<p>La rel\u00e9gation s&rsquo;appliquait m\u00eame \u00e0 des femmes relativement \u00e2g\u00e9es (il n&rsquo;est pas rare d&rsquo;en trouver qui avaient entre 50 \u00e0 60 ans lors de leur d\u00e9part) et \u00e0 des malades. Condamn\u00e9e en 1897, partie par le convoi de mars 1899, Lucienne Pr\u00e9deau eut droit \u00e0 cet avis m\u00e9dical : \u00ab Pneumonie gauche en 1896, fi\u00e8vre typho\u00efde s\u00e9rieuse \u00e0 17 ans. Est hyst\u00e9rique et a eu deux acci\u00addents paralytiques d&rsquo;origine hyst\u00e9ri\u00adque en 1897. La dur\u00e9e de cette affec\u00adtion a \u00e9t\u00e9 de 15 mois. Elle est rel\u00e9gable sous tous climats et pour des travaux d&rsquo;int\u00e9rieur. Malgr\u00e9 ses attein\u00adtes ant\u00e9rieures, sa sant\u00e9 est bonne aujourd&rsquo;hui et elle est apte \u00e0 la rel\u00e9ga\u00adtion. \u00bb Elle surv\u00e9cut deux ans en Guyane et mourut \u00e2g\u00e9e de 49 ans. De m\u00eame la rel\u00e9gu\u00e9e Charton dont le d\u00e9labrement physique \u00e9tait tel qu&rsquo;elle d\u00e9c\u00e9da en mer le 10 octobre 1899 sur le bateau qui la conduisait en Guyane. Ang\u00e9lina H\u00e9nault \u00e9tait n\u00e9e en 1869. Elle avait d\u00e9j\u00e0 subi six condamnations l\u00e9g\u00e8res lorsqu&rsquo;elle fut condamn\u00e9e en 1897 par la cour d&rsquo;appel de Rouen \u00e0 trois mois et un jour de prison et \u00e0 la rel\u00e9gation. M\u00e8re de trois enfants l\u00e9gi\u00adtimes de dix, sept et cinq ans, elle \u00e9crivait au ministre de l&rsquo;Int\u00e9rieur : \u00ab Monsieur le ministre de l&rsquo;Int\u00e9rieur, Veuillez \u00e9couter&#8230; la pri\u00e8re d&rsquo;une m\u00e8re \u00e9plor\u00e9e ayant \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9e \u00e0 trois mois et un jour et \u00e0 la rel\u00e9gation. J&rsquo;ose, Monsieur le ministre, vous prier de m&rsquo;accorder un recours en gr\u00e2ce. Je suis m\u00e8re de trois enfants. Mon p\u00e8re est infirme et r\u00e9clame chaque jour apr\u00e8s moi. Je vous prie, Monsieur le ministre, qu&rsquo;on ne m&rsquo;arrache pas \u00e0 leur tendre affection en me laissant partir pour l&rsquo;exil. Je saurai me rendre digne de la faveur que vous m&rsquo;accor\u00adderez et chaque fois nous vous b\u00e9ni\u00adrons dans nos pri\u00e8res. \u00bb Joignant ses pri\u00e8res \u00e0 celles de sa fille, le p\u00e8re de la condamn\u00e9e \u00e9crivit \u00e9galement au mi\u00adnistre de la Justice. Le directeur de la maison centrale de Rennes se laissa lui-m\u00eame impressionner par ce cas dramatique : \u00ab Elle manifeste du re\u00adpentir qui para\u00eet sinc\u00e8re et elle semble avoir pris la r\u00e9solution de ne plus retomber dans les fautes qui l&rsquo;ont fait condamner. \u00bb Mais rien n&rsquo;y fit et Ang\u00e9lina H\u00e9nault s&rsquo;en fut en Guyane en 1898, \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de vingt-neuf ans, pour y mourir au d\u00e9but de l&rsquo;ann\u00e9e 1907.<\/p>\n<p>Plus heureuse (si l&rsquo;on peut dire&#8230;) Th\u00e9r\u00e8se Calustre arriv\u00e9e en 1897 par\u00advient \u00e0 s&rsquo;\u00e9vader en 1906 et ne fut jamais retrouv\u00e9e.<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n4-5-juin-septembre-1982-5.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3319\" title=\"Gavroche n4-5, juin-septembre 1982\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n4-5-juin-septembre-1982-5-300x242.jpg\" alt=\"\" width=\"232\" height=\"187\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n4-5-juin-septembre-1982-5-300x242.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n4-5-juin-septembre-1982-5.jpg 523w\" sizes=\"(max-width: 232px) 100vw, 232px\" \/><\/a>Sc\u00e8nes d&rsquo;amour en Guyane<\/strong><\/p>\n<p>Au couvent de Saint-Laurent, les femmes devaient normalement porter un uniforme compos\u00e9 d&rsquo;une robe de cotonnade \u00ab \u00e0 mille raies \u00bb, d&rsquo;un fichu noir pli\u00e9 en pointe, d&rsquo;un grand cha\u00adpeau de paille garni d&rsquo;un ruban de m\u00eame couleur. La nourriture \u00e9tait la m\u00eame que celle donn\u00e9e aux for\u00e7ats, sauf la ration de pain qui \u00e9tait moindre de 50 grammes. Confectionnant des v\u00eatements \u00e0 l&rsquo;usage des transport\u00e9s des deux sexes, elles \u00e9taient r\u00e9tri\u00adbu\u00e9es et touchaient, selon la besogne faite, de 20 \u00e0 30 centimes par jour ; elles pouvaient disposer de la moiti\u00e9 de leur paye, l&rsquo;autre \u00e9tant vers\u00e9e \u00e0 leur p\u00e9cule. Elles pouvaient aussi recevoir de l&rsquo;argent de leur famille et se fournir de vivres suppl\u00e9mentaires \u00e0 la cantine que tenait une religieuse.<\/p>\n<p>L&rsquo;organisation de leur mariage avec des lib\u00e9r\u00e9s \u00e9tait ritualis\u00e9e. Les d\u00e9te\u00adnues qui avaient fait la preuve de leur bonne conduite \u00e0 l&rsquo;issue de leurs pre\u00admiers six mois en Guyane \u00e9taient autoris\u00e9es \u00e0 rencontrer des lib\u00e9r\u00e9s d\u00e9sirant convoler. Sous la surveil\u00adlance d&rsquo;un gardien et d&rsquo;une religieuse, les \u00ab pr\u00e9sentations \u00bb avaient lieu sous un kiosque, pr\u00e8s de l&rsquo;\u00e9glise de Saint- Laurent, une fois par semaine, tous les jeudis, de 8 heures \u00e0 11 heures du matin.<\/p>\n<p>Parfois rel\u00e9gu\u00e9es en groupe et for\u00ad\u00e7ats en corv\u00e9e se croisaient dans les rues et c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;occasion de sc\u00e8nes dont l&rsquo;anarchiste Liard-Courtois, condamn\u00e9 en 1894, nous a laiss\u00e9 la pittoresque description. \u00ab Dans un langage qui n&rsquo;\u00e9tait pas positivement celui du faubourg Saint-Germain, les hommes lanc\u00e8rent aux femmes des propos galants et celles-ci r\u00e9pondirent \u00e0 haute voix dans un style plus que d\u00e9collet\u00e9 : ce fut pendant quelques minutes un feu crois\u00e9 d&rsquo;\u00e9pith\u00e8tes&#8230; Le garde-chiourme qui commandait la corv\u00e9e \u00e9tait une sorte de fat ridicule, au poil roux, haut comme une botte et hargneux comme un roquet. Tout chez lui \u00e9tait \u00e9troit : sa taille, son pas, ses gestes et son cerveau. Il n&rsquo;\u00e9tait pas jusqu&rsquo;\u00e0 son nom qui port\u00e2t \u00e0 rire : il s&rsquo;appelait Ledorlot. Il voulut intervenir. Mal lui en prit. Toutes les rel\u00e9\u00adgu\u00e9es l&rsquo;entreprirent et le dictionnaire poissard aurait trouv\u00e9 mati\u00e8re \u00e0 un fameux suppl\u00e9ment.<\/p>\n<p>Oh ! la la.<\/p>\n<p>C&rsquo;tte gueul&rsquo;, c&rsquo;tte binette !<\/p>\n<p>Oh ! la la !<\/p>\n<p>C&rsquo;tte gueul&rsquo; qu&rsquo;il a !<\/p>\n<p>chantaient quelques-unes sur un air montmartrois.<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ah ! ben, vrai ! en v&rsquo;I\u00e0 d&rsquo;une fausse couche ! Va donc dire \u00e0 ta m\u00e8re qu&rsquo;\u00e0 te finisse, criait l&rsquo;une.<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Avorton, crev\u00e9 ! hurlait une au\u00adtre, j&rsquo;te mettrais un doigt dans l&rsquo;figne et j&rsquo;te frais tourner pendant huit jours.<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Tiens, bout d&rsquo;cul, faisait une troi\u00adsi\u00e8me en se tournant, v&rsquo;I\u00e0 ton por\u00adtrait !<\/p>\n<p>Et les pierres de pleuvoir sur Ledorlot.<\/p>\n<p>Les s\u0153urs voulurent imposer silen\u00adce. Elles furent \u00e0 leur tour abreuv\u00e9es des pires injures&#8230; \u00bb<\/p>\n<p>Sous la III<sup>e<\/sup> R\u00e9publique il y eut ainsi 530 femmes rel\u00e9gu\u00e9es et quelques transport\u00e9es (c&rsquo;est-\u00e0-dire des condamn\u00e9es aux travaux forc\u00e9s) dont la France se d\u00e9barrassa vers ses terres \u00e9quatoriales. Chiffre \u00e0 ne pas confon\u00addre avec les centaines d&rsquo;exil\u00e9es que la justice (en particulier apr\u00e8s la Com\u00admune) pr\u00e9f\u00e9ra diriger vers la Nou\u00advelle-Cal\u00e9donie.<\/p>\n<p>Ces femmes recluses en Guyane n&rsquo;ont laiss\u00e9 aucune descendance. De nos jours il n&rsquo;est aucun Guyanais issu d&rsquo;un couple de condamn\u00e9s, alors qu&rsquo;il n&rsquo;en manque pas dont le p\u00e8re ou le grand-p\u00e8re \u00e9tait un ancien for\u00e7at mari\u00e9 \u00e0 une indig\u00e8ne. C&rsquo;est par un d\u00e9cret paru en 1906 que le gouverne\u00adment mit fin \u00e0 l&rsquo;envoi de femmes en Guyane. Il semble douteux que cela ait \u00e9t\u00e9 par grandeur d&rsquo;\u00e2me, mais bien plut\u00f4t par abandon de l&rsquo;id\u00e9e de peu\u00adpler la colonie gr\u00e2ce \u00e0 des couples de condamn\u00e9s. Un m\u00e9decin du d\u00e9but du xx\u00a0\u00bb si\u00e8cle qui visita la Guyane r\u00e9suma bien la th\u00e9orie raciste qui se r\u00e9pandit alors et qui entra\u00eena l&rsquo;arr\u00eat des convois de femmes. \u00ab Ces hommes, en g\u00e9n\u00e9ral, ne doivent pas se repro\u00adduire ; ils doivent dispara\u00eetre tout entiers. Ce n&rsquo;est pas \u00e0 eux qu&rsquo;il appar\u00adtient de perp\u00e9tuer l&rsquo;esp\u00e8ce humaine. Arri\u00e8re les mariages des \u00eatres entach\u00e9s de maladies physiques ou mora\u00adles, transmissibles par h\u00e9r\u00e9dit\u00e9. Rien n&rsquo;est plus transmissible que les pro\u00adpri\u00e9t\u00e9s du syst\u00e8me nerveux et les perversions c\u00e9r\u00e9brales. Il existe une maladie criminelle, si je puis m&rsquo;exprimer ainsi, h\u00e9r\u00e9ditaire au m\u00eame titre que le cancer, la goutte ou la tuberculose. On a beau protester au nom de je ne sais quel sentimentalisme vague et mal raisonn\u00e9, nous y sommes autori\u00ads\u00e9s par la science&#8230; \u00bb<\/p>\n<p>Certaines th\u00e9ories alors \u00e0 la mode dans les milieux scientifiques &#8211; et pas seulement en France &#8211; pr\u00e9pa\u00adraient \u00a0les esprits \u00e0 d&rsquo;autres d\u00e9porta\u00adtions, \u00e0 d&rsquo;autres exterminations, \u00e0 d&rsquo;autres camps.<\/p>\n<p>Michel PIERRE<\/p>\n<p><strong>Pour en savoir plus :<\/strong><\/p>\n<p>Michel Pierre,<em> La terre de la grande punition.<\/em> \u00c9ditions Ramsay (1982).<\/p>\n<p>J.-C. Michelot,<em> La guillotine s\u00e8che <\/em>(1981), \u00c9ditions Fayard.<\/p>\n<p>Michel Dev\u00e8ze,<em> Archives 1969. <\/em><\/p>\n<p>Liard Courtois,<em> Souvenirs du bagne <\/em>(1905).<\/p>\n<hr size=\"1\" \/><a name=\"_ftn1\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Pr\u00e9nom de Mgr Dossat, \u00e9v\u00eaque de Guyane<\/p>\n<p><!--[if gte mso 9]><xml> Normal   0         21         false   false   false      FR   X-NONE   X-NONE <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 9]><xml> <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 10]>\n\n\n\n<style>\n \/* Style Definitions *\/\n table.MsoNormalTable\n\t{mso-style-name:\"Tableau Normal\";\n\tmso-tstyle-rowband-size:0;\n\tmso-tstyle-colband-size:0;\n\tmso-style-noshow:yes;\n\tmso-style-priority:99;\n\tmso-style-parent:\"\";\n\tmso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;\n\tmso-para-margin-top:0cm;\n\tmso-para-margin-right:0cm;\n\tmso-para-margin-bottom:10.0pt;\n\tmso-para-margin-left:0cm;\n\tline-height:115%;\n\tmso-pagination:widow-orphan;\n\tfont-size:11.0pt;\n\tfont-family:\"Calibri\",\"sans-serif\";\n\tmso-ascii-font-family:Calibri;\n\tmso-ascii-theme-font:minor-latin;\n\tmso-hansi-font-family:Calibri;\n\tmso-hansi-theme-font:minor-latin;\n\tmso-fareast-language:EN-US;}\n<\/style>\n\n<![endif]--><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Michel Pierre Gavroche n\u00b04-5 Juin-septembre 1982 Le 26 d\u00e9cembre 1858, le bateau-cage Loire quitte Brest \u00e0 destination de la Guyane. Dans ses flancs se trouvent 36 femmes condamn\u00e9es aux travaux forc\u00e9s. Un mois plus tard, le navire accoste aux Iles du Salut. 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