{"id":3296,"date":"2014-01-04T01:10:35","date_gmt":"2014-01-03T23:10:35","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=3296"},"modified":"2013-10-29T12:17:31","modified_gmt":"2013-10-29T10:17:31","slug":"jusqua-la-derniere-goutte-de-mon-sang","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2014\/01\/jusqua-la-derniere-goutte-de-mon-sang\/","title":{"rendered":"Jusqu&rsquo;\u00e0 la derni\u00e8re goutte de mon sang"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/1er-mai-1891-clichy.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3297\" title=\"1er mai 1891 \u00e0 Clichy\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/1er-mai-1891-clichy-300x192.jpg\" alt=\"\" width=\"254\" height=\"163\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/1er-mai-1891-clichy-300x192.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/1er-mai-1891-clichy.jpg 800w\" sizes=\"(max-width: 254px) 100vw, 254px\" \/><\/a>Incontestablement, la d\u00e9fense de Leveill\u00e9 est le point central\u00a0 de la brochure <em>L&rsquo;Anarchie en Cour d&rsquo;Assises<\/em> que S\u00e9bastien Faure fait publier en 1891 \u00e0 la suite du proc\u00e8s dit de l&rsquo;\u00e9chauffour\u00e9e de Clichy tenu le 28 ao\u00fbt de cette ann\u00e9e. L&rsquo;orateur y fait le compte-rendu de la comparution des compagnons Decamps, Dardare et Leveill\u00e9 accus\u00e9s de \u00ab\u00a0blessures \u00e0 agents de la force publique, dans l&rsquo;exercice de leur fonction, avec intention de donner la mort\u00a0\u00bb<a name=\"_ftnref1\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a> \u00e0 l&rsquo;occasion de la manifestation du 1<sup>er<\/sup> mai pr\u00e9c\u00e9dent qui, \u00e0 Clichy, avait d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9 en bataille rang\u00e9e.<!--more--><\/p>\n<p>Le m\u00eame jour, \u00e0 Fourmies, petite commune du Nord, trois cents soldats environ avaient tir\u00e9 sur la foule d\u00e9sireuse de voir lib\u00e9r\u00e9s les quatre gr\u00e9vistes emprisonn\u00e9s dans la mairie depuis le matin. Le fusil Lebel, qui arme depuis peu l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise, avait fait un v\u00e9ritable carton. Neuf morts dont Emile Cornaille, onze ans et une toupie dans la poche. Trente-cinq bless\u00e9s aussi.<\/p>\n<p>A Levallois, pr\u00e8s de Paris, vers 14 heures ce 1<sup>er<\/sup> mai 1891, une petite manifestation se met en branle\u00a0: \u00ab\u00a0Une femme \u00e9tait \u00e0 leur t\u00eate, tenant un drapeau, envelopp\u00e9 dans un journal, chantant et criant\u00a0: \u00ab\u00a0Vive la Sociale\u00a0!\u00a0\u00bb ce groupe se dirigea vers Clichy. A trois heures, les manifestants arriv\u00e8rent au boulevard National, \u00e0 Clichy, et p\u00e9n\u00e9tr\u00e8rent dans le d\u00e9bit de vins tenu par M. Dufournet, au n\u00b079\u00a0\u00bb<a name=\"_ftnref2\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a><\/p>\n<p>Mais la police veille au grain et tente de barrer la route \u00e0 l&rsquo;ivraie r\u00e9calcitrante. Les agents Dufoulon, Magnier et Vernier font irruption dans le bar et cherchent \u00e0 s&#8217;emparer du drapeau rouge brandi par la petite vingtaine de manifestants. Des coups de poing, des coups de sabre mais aussi des coups de feu sont \u00e9chang\u00e9s. La confusion est g\u00e9n\u00e9rale. Les trois pandores sont rejoints par des gendarmes \u00e0 cheval. On compte une dizaine de bless\u00e9s dont Vernier, Dufoulon et Magnier. Mais l&rsquo;ordre est r\u00e9tabli.<\/p>\n<p>Trois hommes ont \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s, bless\u00e9s eux aussi. Au poste de police, Henri Louis Charles Decamps, Charles Auguste Dardare et Louis Leveill\u00e9 sont s\u00e9v\u00e8rement pass\u00e9s \u00e0 tabac. On refuse m\u00eame de les soigner. Le juge d&rsquo;instruction Couturier, \u00ab\u00a0vu l&rsquo;\u00e9tat de faiblesse de ces derniers\u00a0\u00bb<a name=\"_ftnref3\" href=\"#_ftn3\">[3]<\/a>, renonce \u00e0 les entendre le jour m\u00eame. Le 28 ao\u00fbt suivant, le conseiller Edouard Benoit pr\u00e9side l&rsquo;audience de la session des assises charg\u00e9 d&rsquo;orchestrer le jugement des trois militants interpel\u00e9s. \u00ab\u00a0Au fauteuil du minist\u00e8re public s&rsquo;\u00e9tait assis le substitut du procureur g\u00e9n\u00e9ral L\u00e9on Bulot. Il n&rsquo;a pas encore atteint la quarantaine, mais il s&rsquo;\u00e9tait depuis longtemps signal\u00e9 par un talent \u00e2pre et courageux. Sous sa robe rouge, avec son profil de vautour chauve et l&rsquo;air glacial qu&rsquo;il savait prendre \u00e0 l&rsquo;heure du r\u00e9quisitoire, il donnait le frisson.\u00a0\u00bb<a name=\"_ftnref4\" href=\"#_ftn4\">[4]<\/a><\/p>\n<p>Le courage, bien \u00e9videmment, se situe pour S\u00e9bastien Faure et tous les autres anarchistes, sur le banc des accus\u00e9s. Bulot demande la t\u00eate de Decamps, de Dardare et de Leveill\u00e9. Il n&rsquo;obtient que deux condamnations \u00e0 de\u00a0 la prison. Cinq ans pour le premier et trois ans pour le second. Leveill\u00e9, moins compromis, est acquitt\u00e9. Les trois hommes n&rsquo;ont pas manqu\u00e9 de protester et de revendiquer leur id\u00e9al politique. C&rsquo;est ce que rel\u00e8ve le chroniqueur judiciaire du <em>Matin<\/em> le lendemain du verdict :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0A l&rsquo;audience, les accus\u00e9s se sont montr\u00e9s des anarchistes consciencieux. Ils ont \u00e9t\u00e9 violents, insolents et loquaces. Ils ont litt\u00e9ralement mis sur les dents le pauvre pr\u00e9sident Benoit (&#8230;). Les trois accus\u00e9s dans leur interrogatoire ont r\u00e9\u00e9dit\u00e9s tous les lieux communs anarchistes qui trainent depuis des ann\u00e9es dans les r\u00e9unions publiques et dans les cours d&rsquo;assises. Ils ont exalt\u00e9 l&rsquo;antipatriotisme et fait un r\u00e9quisitoire en r\u00e8gle contre la bourgeoisie \u2018qui boit la sueur du peuple&rsquo;\u00a0\u00bb<a name=\"_ftnref5\" href=\"#_ftn5\">[5]<\/a>.<\/p>\n<p>Il semblerait toutefois que seul Leveill\u00e9 ait r\u00e9ussi, comme nous le dit la brochure de S\u00e9bastien Faure qui aurait d\u00fb assurer sa d\u00e9fense<a name=\"_ftnref6\" href=\"#_ftn6\">[6]<\/a>, \u00e0 placer un discours dans lequel, apr\u00e8s avoir justifi\u00e9 son attitude lors de l&rsquo;instruction, il met en avant cette lutte des classes opposant ceux \u00ab\u00a0d&rsquo;en haut\u00a0\u00bb et ceux \u00ab\u00a0d&rsquo;en bas\u00a0\u00bb. Revendiquant ses convictions anarchistes pour lesquelles il affirme \u00eatre pr\u00eat \u00ab\u00a0\u00e0 verser s&rsquo;il le faut, sans fanfaronnade comme sans faiblesse, jusqu&rsquo;\u00e0 la derni\u00e8re goutte de [son] sang\u00a0\u00bb, Leveill\u00e9 pr\u00e9dit des compagnons de plus en plus nombreux malgr\u00e9 la r\u00e9pression qui va le frapper. Propos pr\u00e9monitoire ? Pas s\u00fbr que le nombre de militants acquis \u00e0 la cause ait \u00e9t\u00e9 plus cons\u00e9quent. Pourtant, les 11 et 27 mars de l&rsquo;ann\u00e9e suivante, les immeubles o\u00f9 r\u00e9sidaient le pr\u00e9sident Benoit et le substitut du procureur Bulot volaient en \u00e9clat. Ils \u00e9taient ravacholis\u00e9s.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/sebastien-faure-lanarchie-en-cours-dassises.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3298\" title=\"S\u00e9bastien faure, L\\'anarchie en cours d\\'assises, 1891\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/sebastien-faure-lanarchie-en-cours-dassises-186x300.jpg\" alt=\"\" width=\"124\" height=\"201\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/sebastien-faure-lanarchie-en-cours-dassises-186x300.jpg 186w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/sebastien-faure-lanarchie-en-cours-dassises.jpg 248w\" sizes=\"(max-width: 124px) 100vw, 124px\" \/><\/a><strong>S\u00e9bastien Faure<\/strong><\/p>\n<p><strong><em>L&rsquo;Anarchie en Cour d&rsquo;Assises<\/em><\/strong><strong>,<\/strong> 1891, p.15-27<\/p>\n<p><strong>LA D\u00c9FENSE ANARCHISTE DE LEVEILL\u00c9<\/strong><\/p>\n<p>Messieurs<\/p>\n<p>J&rsquo;avais demand\u00e9 \u00e0 mon camarade et ami, le compa\u00adgnon S\u00e9bastien Faure, de pr\u00e9senter ma d\u00e9fense.<\/p>\n<p>Bien que la loi, en vertu d&rsquo;une disposition sp\u00e9ciale, permette \u00e0 un accus\u00e9 de choisir son d\u00e9fenseur, parent ou ami, en dehors de la corporation des avocats, M. le Pr\u00e9sident a nettement repouss\u00e9 la demande que je lui avais adress\u00e9e \u00e0 ce sujet.<\/p>\n<p>Je proteste tout d&rsquo;abord contre cette irr\u00e9v\u00e9rence \u00e0 la Loi commise par ceux-l\u00e0 m\u00eame qui, dans cette enceinte, ont mission de l&rsquo;appliquer et ne la respectent pas.<\/p>\n<p>Je regrette que S\u00e9bastien Faure ne soit pas au banc de la d\u00e9fense, d&rsquo;abord parce que je sais, mieux que tout autre, qui est le plus \u00e0 m\u00eame de m&rsquo;assister ici ; en\u00adsuite parce que j&rsquo;estime que la cause n&rsquo;\u00e9tant pas de celles que MM. les jur\u00e9s ont \u00e0 examiner tous les jours, il fallait un camarade, un compagnon, un anarchiste pour donner ou rendre \u00e0 ces d\u00e9bats l&rsquo;allure qui leur convient, enfin parce que, avec l&rsquo;\u00e9loquence persuasive, entra\u00eenante et sinc\u00e8re qui caract\u00e9rise les ap\u00f4tres de notre Id\u00e9e, S\u00e9bastien Faure, pouvait vous faire comprendre les motifs qui m&rsquo;am\u00e8nent \u00e0 compara\u00eetre devant vous, vous expliquer le pourquoi et le comment de cette lutte que mes amis et moi avons soutenue contre la police et la gendarmerie qui nous avaient assaillis, et je suis s\u00fbr, Messieurs, que votre verdict e\u00fbt \u00e9t\u00e9 un verdict d&rsquo;ac\u00adquittement.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai tenu \u00e0 placer, au seuil de ma d\u00e9fense, l&rsquo;expression de mes regrets et de mon \u00e9nergique protestation.<\/p>\n<p>Si, d\u00e8s les premiers jours de mon arrestation, et dans lecours.de l&rsquo;instruction, j&rsquo;ai ni\u00e9 avoir fait feu, ce n&rsquo;est point, Messieurs, que j&rsquo;aie l&rsquo;habitude d&rsquo;esquiver la responsabilit\u00e9 de mes actes. Mais, convaincu que, si des t\u00e9moignages absolument d\u00e9cisifs ne s&rsquo;\u00e9levaient pas contre moi, je serais \u00e9largi, et estimant que, contre les repr\u00e9sentants de l&rsquo;autorit\u00e9 qui emprisonne, tous les moyens sont bons pour recouvrer la libert\u00e9, j&rsquo;ai, un instant, esp\u00e9r\u00e9.<\/p>\n<p>Mais aujourd&rsquo;hui, j&rsquo;ai d\u00e9clar\u00e9 et je d\u00e9clare cat\u00e9goriquement que j&rsquo;ai tir\u00e9 sur ceux qui m&rsquo;attaquaient. Mon devoir, je l&rsquo;ai fait comme mes amis Decamp et Dardare Je Veux \u00eatre condamn\u00e9 avec eux, ou avec eux ac\u00adquitt\u00e9.<\/p>\n<p>Si vous les jugez coupables, je le suis comme eux ; et ma part de responsabilit\u00e9, je la revendique pleine et enti\u00e8re.<\/p>\n<p>Je ne chercherai pas \u00e0 provoquer votre indignation par le r\u00e9cit des traitements qui nous ont \u00e9t\u00e9 inflig\u00e9s. Qu&rsquo;il vous suffise de savoir, Messieurs, que, la cuisse travers\u00e9e par une balle, lorsque, d\u00e9vor\u00e9 par la fi\u00e8vre et en proie \u00e0 de cruelles souffrances, je demandais de l&rsquo;eau pour nettoyer ma blessure, on me r\u00e9pondait par des coups de botte et de crosse de r\u00e9volver. Qu&rsquo;il vous suffise de vous rappeler que cette douloureuse agonie a dur\u00e9 pendant six fois vingt-quatre heures et que je suis rest\u00e9 sans soins jusqu&rsquo;au 20 Mai, c&rsquo;est-\u00e0- dire pendant vingt jours.<\/p>\n<p>Cependant, Messieurs, en temps de guerre, alors que les instincts les plus f\u00e9roces ont libre cours, il est de r\u00e8gle absolue que les bless\u00e9s tomb\u00e9s aux mains de l&rsquo;ennemi soient soign\u00e9s, et les prisonniers respect\u00e9s.<\/p>\n<p>Mais, pour les hommes de police, nous sommes plus que des ennemis, parce que nous sommes des r\u00e9volu\u00adtionnaires, des<em> anarchistes<\/em>.<\/p>\n<p>Aussi, ne faut-il pas s&rsquo;\u00e9tonner que l&rsquo;accusation vise contre nous la peine de mort.<\/p>\n<p>Et pourquoi ?<\/p>\n<p>Parce que, adversaires r\u00e9solus de l&rsquo;Autorit\u00e9 qui affame, humilie, emprisonne et tue, nous voulons le triomphe de l&rsquo;Anarchie; de l&rsquo;Anarchie, qu&rsquo;on vous repr\u00e9sente toujours comme une doctrine de haine et de violence, et qui n&rsquo;est en r\u00e9alit\u00e9 qu&rsquo;une doctrine de paix, de fra\u00adternit\u00e9, d&rsquo;amour ; puisque l&rsquo;Anarchie a pour but de substituer la solidarisation des int\u00e9r\u00eats individuels \u00e0 leur antagonisme, et de remplacer la concurrence, source de tous les dualismes, de toutes les animosit\u00e9s, de tous les crimes sociaux, par l&rsquo;association et l&rsquo;harmonie universelles.<\/p>\n<p>Les gens qui s&rsquo;\u00e9l\u00e8vent avec le plus de v\u00e9h\u00e9mence contre les th\u00e9ories anarchistes, sont ceux qui les con\u00adnaissent le moins.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/lanarchie-guidant-le-peuple.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-970\" title=\"L\\'Anarchie guidant le peuple\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/lanarchie-guidant-le-peuple-300x236.jpg\" alt=\"L\\'Anarchie guidant le peuple\" width=\"164\" height=\"129\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/lanarchie-guidant-le-peuple-300x236.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/lanarchie-guidant-le-peuple.jpg 635w\" sizes=\"(max-width: 164px) 100vw, 164px\" \/><\/a>L&rsquo;Anarchie, qui, dans l&rsquo;\u00e9tat actuel des choses, n&rsquo;est et ne peut \u00eatre que la n\u00e9gation du syst\u00e8me autoritaire tout entier, n&rsquo;est et ne peut \u00eatre, en p\u00e9riode de lutte, que la pratique de la d\u00e9sob\u00e9issance, de l&rsquo;insoumission, de l&rsquo;indiscipline, en un mot de la r\u00e9volte.<\/p>\n<p>Ace titre, l&rsquo;id\u00e9e anarchiste est aussi vieille que le principe de l&rsquo;autorit\u00e9, car du jour o\u00f9 un homme a \u00e9mis, la pr\u00e9tention de commander \u00e0 d&rsquo;autres hommes, ceux-ci ont, peu ou prou, refus\u00e9 d&rsquo;ob\u00e9ir.<\/p>\n<p>Mais, de m\u00eame que l&rsquo;ignorance a cr\u00e9\u00e9 les Dieux et fait na\u00eetre les syst\u00e8mes gouvernementaux, de m\u00eame cette seule ignorance a emp\u00each\u00e9 les humains de secouer le joug et de voir clairement leurs droits.<\/p>\n<p>Il devait en outre arriver que jet\u00e9s sur une plan\u00e8te dont les entrailles contiennent des tr\u00e9sors in\u00e9puisables, mais ne sachant pas fouiller le sol et en tirer parti, les hommes, aux prises avec la difficult\u00e9 de se nourrir, de se pr\u00e9server des intemplries.et de se d\u00e9velopper librement, se disputassent, se b\u00e2tissent et se tuassent, pour se procurer ce que demandaient leurs app\u00e9tits, leurs besoins, leurs aspirations.<\/p>\n<p>La constatation de cette perp\u00e9tuelle<em> <\/em>\u00ab\u00a0<em>lutte pour <\/em><em>la vie<\/em> \u00bb a fait croire que ces conflits, ces rivalit\u00e9s, ces batailles, sont fatals, qu&rsquo;ils ont de tout temps exist\u00e9, qu&rsquo;ils se perp\u00e9tueront jusqu&rsquo;\u00e0 la consommation des si\u00e8cles.<\/p>\n<p>Mais l&rsquo;ignorance, ce mal des \u00e2ges primitifs, a \u00e9t\u00e9 de plus en plus entam\u00e9e par les connaissances s&rsquo;accumulant \u00e0 travers les si\u00e8cles.<\/p>\n<p>L&rsquo;humanit\u00e9 s&rsquo;est peu \u00e0 peu enrichie de fa\u00e7on merveil\u00adleuse ; les conqu\u00eates de l&rsquo;esprit humain se sont multi\u00adpli\u00e9es ; l&rsquo;horizon s&rsquo;est d\u00e9mesur\u00e9ment \u00e9largi ; les \u00e9l\u00e9ments soumis par l&rsquo;homme sont devenus ses collaborateurs les plus assidus, les plus dociles et les plus d\u00e9sint\u00e9res\u00ads\u00e9s ; le travail, appuy\u00e9 sur la Science, a fait jaillir du sous-sol des richesses extraordinaires ; la culture, habilement d\u00e9velopp\u00e9e, a couvert le sol des r\u00e9jouissantes moissons, des fruits savoureux, des fleurs parfum\u00e9es, des arbres robustes ; les fl\u00e9aux ont \u00e9t\u00e9 conjur\u00e9s, les \u00e9pi\u00add\u00e9mies victorieusement combattues ; les maux naturels, presque tous enray\u00e9s !<\/p>\n<p>Et au sein d&rsquo;une terre aussi f\u00e9conde, aussi belle, aus\u00adsi luxuriante, les hommes dont les efforts de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration, s&rsquo;\u00e9taient solidaris\u00e9s pour atteindre \u00e0 ce but, ont eu la sottise de continuer, les uns \u00e0 vouloir tout accaparer, les autres \u00e0 consentir \u00e0 leur d\u00e9pouille\u00adment.<\/p>\n<p>Les accapareurs deviennent de plus en plus scanda\u00adleusement opulents et de moins en moins nombreux, tandis que la famille des d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9s devient de plus en plus pauvre et de plus en plus consid\u00e9rable.<\/p>\n<p>D&rsquo;o\u00f9 vient que ces millions et ces millions de mis\u00e9reux ne fassent pas rendre gorge \u00e0 cette poign\u00e9e de \u00a1milliardaires ?<\/p>\n<p>Il n&rsquo;est pas malais\u00e9 de r\u00e9pondre \u00e0 cette question.<\/p>\n<p>Cela provient :<\/p>\n<p>1\u00b0 des pr\u00e9jug\u00e9s de toute nature soigneusement entretenus par les privil\u00e9gi\u00e9s dans le cer\u00adveau des masses ; ces pr\u00e9jug\u00e9s: gouvernement, lois, propri\u00e9t\u00e9, religion, patrie, famille, etc., etc.<\/p>\n<p>C&rsquo;est le frein moral.<\/p>\n<p>2\u00b0 Du syst\u00e8me de r\u00e9pression qui d\u00e9shonore la terre\u00a0: magistrats, policiers, gendarmes, soldats, gardiens de prisons\u00a0; voil\u00e0 le frein mat\u00e9riel.<\/p>\n<p>Pour me r\u00e9sumer, je dirai que le mal provient de la loi, qui, confectionn\u00e9e par les puissants, n&rsquo;a d&rsquo;autre but que de justifier leurs impostures, de consacrer leurs d\u00e9pr\u00e9dations, et d&rsquo;assurer leur impunit\u00e9 ; de la loi qui n\u00e9cessite un syst\u00e8me gouvernemental, lequel entra\u00eene logiquement avec lui ces forces coercitives et r\u00e9pressives que j&rsquo;\u00e9num\u00e9rais il y a un instant.<\/p>\n<p>Ces v\u00e9rit\u00e9s que j&rsquo;\u00e9nonce, chacun les comprend.<\/p>\n<p>\u00c0 tel point, qu&rsquo;on commence \u00e0 se demander aujourd&rsquo;hui si un gouvernement est bien n\u00e9cessaire, et alors que les partisans de tous les syst\u00e8mes autoritaires r\u00e9\u00adpondent<em> <\/em>\u00ab\u00a0<em>oui<\/em> \u00bb<em>,<\/em> les anarchistes seuls r\u00e9pondent \u00ab<em> non<\/em> \u00bb.<\/p>\n<p>Aussi, \u00e0 cette fin du XIXe si\u00e8cle, la formule anarchiste se r\u00e9sume-t-elle en ces trois mots qui ont le don de<em> <\/em>terrifier les uns et de faire sourire incr\u00e9dulement les au\u00adtres \u00ab Plus de gouvernement \u00bb.<\/p>\n<p>Oui, plus de gouvernement!<\/p>\n<p>Tout est l\u00e0, car du jour o\u00f9 le gouvernement (et j&rsquo;entends par l\u00e0 tout syst\u00e8me gouvernemental, quelle qu&rsquo;en soit la forme, quelle que soit son \u00e9tiquette), du jour dis-je, o\u00f9 tout gouvernement aura disparu, les lois \u00e9crites, les codes n&rsquo;auront plus de raison d&rsquo;\u00eatre, puisqu&rsquo;ils ne pourront plus s&rsquo;appuyer sur la force pour se faire craindre ni respecter.<\/p>\n<p>Du m\u00eame coup, la loi naturelle se substituera sans effort aux lois artificielles ; car ne l&rsquo;oubliez pas, messieurs, l&rsquo;Anarchie, c&rsquo;est le libre jeu dans l&rsquo;humanit\u00e9 des lois naturelles, ou, plus exactement, car je veux \u00e9viter ce mot de \u00ab Lois \u00bb, des forces naturelles qui r\u00e9gissent l&rsquo;Univers entier.<\/p>\n<p>Plus de Codes ! plus de magistrats ! plus de policiers ! plus de gendarmes\u00a0! plus de soldats ! plus de pr\u00e9fets\u00a0! plus de dirigeants ! en un mot. plus de gouvernements\u00a0!<\/p>\n<p>Tel est notre mot d&rsquo;ordre\u00a0! Tel est notre cri de rallie\u00adment ! Telle est la formule de l&rsquo;Anarchie luttant contr\u00e9 le vieux monde social.<\/p>\n<p>Et pourquoi un gouvernement?<\/p>\n<p>Interrogez s\u00e9par\u00e9ment les 500 personnes qui-sont ici r\u00e9unies.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 : : .<\/p>\n<p>Chose bizarre ; reconnaissant que ce n&rsquo;est pas le gou\u00advernement qui cultive le sol, tisse les v\u00eatements, p\u00e9trit le pain, construit les maisons, extrait la houille, fabrique les machines, \u00e9crit des livres, et pousse la science vers de nouvelles voies, chacun r\u00e9pondra que, pour lui, un gouvernement est inutile, qu&rsquo;il n&rsquo;en sent pas le besoin ; et, group\u00e9s, r\u00e9unis ici, quand je viens dire que tout rouage inutile est nuisible, qu&rsquo;il entra\u00eene une &lsquo;d\u00e9perdition de forces, qu&rsquo;il exige un entretien co\u00fbteux (et vous savez aussi bien que moi ce que co\u00fbte le roua\u00adge gouvernemental !) que, cons\u00e9quemment, ce rouage \u00e9tant nuisible doit \u00eatre supprim\u00e9, vous vous cabrerez sous le coup de fouet de cette si simple d\u00e9claration !<\/p>\n<p>Pourquoi cela ?<\/p>\n<p>Parce que, depuis des si\u00e8cles, on a dit et r\u00e9p\u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0Il faut un gouvernement\u00bb, et vos p\u00e8res l&rsquo;ont cru, et, sans examen, vous l&rsquo;avez cru vous-m\u00eames.<\/p>\n<p>Si l&rsquo;on ouvre un dictionnaire quelconque \u00e0 la lettre A et au mot \u00abAnarchie\u00bb, on y voit la d\u00e9finition suivante; \u00abChaos, bouleversement, absence d&rsquo;ordre et d&rsquo;harmonie\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Est-ce l\u00e0 la signification du mot \u00ab Anarchie \u00bb ? Celui-ci vient de deux mots grecs: A, privatif, qui signifi\u00e9 \u00ab absence de \u00bb et<em> ark\u00e9<\/em>, qui veut dire \u00ab pouvoir \u00bb.<\/p>\n<p>En sorte que, d&rsquo;apr\u00e8s la science officielle, absence d&rsquo;ordre \u00e9tant synonymes d&rsquo;absence de pouvoir, on doit en conclure que l&rsquo;ordre ne va pas sans l&rsquo;autorit\u00e9 et que l\u00e0 o\u00f9 il n&rsquo;y a pas de gouvernement, il ne peut y avoir que d\u00e9sordre.<\/p>\n<p>Ah que j&rsquo;aurais beau jeu de saisir cette erreur \u00e0 deux mains, et, les yeux ouverts, non seulement sur le pass\u00e9, mais sur le pr\u00e9sent, de d\u00e9montrer que notre \u00e9poque , vit sous un r\u00e9gime de centralisation gouvernementale \u00e0 outrance et que notre g\u00e9n\u00e9ration s&rsquo;agite pourtant dans un \u00e9pouvantable d\u00e9sordre.\u00a0\u00a0 t<\/p>\n<p>Laissez-moi bri\u00e8vement, en quelques coups de crayon, vous esquisser le tableau de la Soci\u00e9t\u00e9 moderne<\/p>\n<p><a name=\"bookmark0\"><strong>En haut :<\/strong><\/a><\/p>\n<p>D\u00e9s pr\u00eatres trafiquant des sacrements et des c\u00e9r\u00e9mo\u00adnies religieuses ; des fonctionnaires courbant la t\u00eate mais levant la caisse et le pied ; des officiers vendant \u00e0 l&rsquo;ennemi les secrets de la d\u00e9fense dite nationale\u00a0; des litt\u00e9rateurs ordonnant \u00e0 leur pens\u00e9e de glorifier l&rsquo;injuste, des po\u00e8tes id\u00e9alisant le laid, des artistes apoth\u00e9osant l\u00a0\u00bbinique, pourvu que ces turpitudes leur assurent un fauteuil \u00e0 l&rsquo;Acad\u00e9mie, une place \u00e0 l&rsquo;Institut, ou des titres &#8230; de rente.<\/p>\n<p>Des commer\u00e7ants falsificateurs trompant sur le poids, la qualit\u00e9 et la provenance des marchandises, des in\u00addustriels sophistiquant leurs produits, des agioteurs p\u00e9chant des milliards dans l&rsquo;Oc\u00e9an in\u00e9puisable de la b\u00eatise humaine.<\/p>\n<p>Des politiciens, assoiff\u00e9s de domination, sp\u00e9culant, sur l&rsquo;ignorance des uns et la bonne foi des autres ; des plumitifs, se disant journalistes, prostituant leur plume avec une d\u00e9sinvolture qui n&rsquo;a d&rsquo;\u00e9gale que la niaiserie des lecteurs.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/001-640x4803.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2335\" title=\"Les tra\u00eene-mis\u00e8re, JB Cl\u00e9ment - Marcel Legay 1883\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/001-640x4803-300x122.jpg\" alt=\"\" width=\"214\" height=\"87\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/001-640x4803-300x122.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/001-640x4803.jpg 640w\" sizes=\"(max-width: 214px) 100vw, 214px\" \/><\/a><strong>En bas :<\/strong><\/p>\n<p>Des ma\u00e7ons sans abri, des ouvriers tailleurs sans-pan\u00adtalon, des ouvriers boulangers sans pain, des milliards de producteurs frapp\u00e9s par le ch\u00f4mage<em> <\/em>et par cons\u00e9\u00adquent par la faim ; des foules errant, de par le monde, \u00e0 la recherche d&rsquo;un pont \u00e0 jeter, d&rsquo;un tunnel \u00e0 percer, d&rsquo;un terrassement \u00e0 faire ; des familles entass\u00e9es dans des taudis ; des fillettes de quinze ans oblig\u00e9es pour manger de supporter les caresses puantes des vieux et les assauts lubriques des jeunes bourgeois.<\/p>\n<p>Des masses aveul\u00e9es, qui paraissent absolument inap\u00adtes au r\u00e9veil de la dignit\u00e9, des cohues se pr\u00e9cipitant sur le passage d&rsquo;un ministre qui les exploite, et lui prodiguant de ridicules acclamations, des foules se por\u00adtant \u00e0 une gare, au-devant d&rsquo;un monarque, fils, fr\u00e8re ou cousin de roi qui arrive, des peuples oubliant dans la griserie des f\u00eates nationales, l&rsquo;\u00e9tourdissement des fanfares et le tourbillon des bals publics que, hier, ils mouraient de mis\u00e8re et d&rsquo;esclavage, que demain ils cr\u00e8\u00adveront de servitude et de d\u00e9tresse.<\/p>\n<p>Tel est le d\u00e9sesp\u00e9rant tableau qu&rsquo;offre notre actuelle humanit\u00e9.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 l&rsquo;ordre qu&rsquo;engendre la plus<em> gouvernementalis\u00e9e <\/em>des Soci\u00e9t\u00e9s!<\/p>\n<p>Et bien qu&rsquo;extr\u00eamement sombres, les couleurs n&rsquo;en sont point charg\u00e9es \u00e0 plaisir : il est des turpitudes, des hontes, coquineries, des tortures, que nul langage humain ne saurait-d\u00e9crire.<\/p>\n<p>Mais au sein de cette pourriture qui ronge les puissants et de ce servilisme qui d\u00e9shonore les faibles\u00a0; au sein de cette cynique hypocrisie qui caract\u00e9ris\u00e9 les grands et de cette incroyable na\u00efvet\u00e9 dont meurent les petits\u00a0; au milieu de cette insolence qu&rsquo;affichent les \u00ab\u00a0en haut\u00a0\u00bb*<\/p>\n<p>et de cet aplatissement qui fl\u00e9trit les \u00ab\u00a0en bas\u00a0\u00bb\u00a0; au milieu de la f\u00e9roce cupidit\u00e9 des voleur et de l&rsquo;insondable d\u00e9sint\u00e9ressement des vol\u00e9s\u00a0; entre les loups du pouvoir, de la religion, de la fortune\u00a0; et les moutons du travail, \u2018de la pauvret\u00e9, de la servitude\u00a0; se dresse une poign\u00e9e de valeureux, phalange que n&rsquo;a .point contamin\u00e9e la morgue des insolents, la platitude des humbles.<\/p>\n<p>Hier, demi-quarteron ; aujourd&rsquo;hui arm\u00e9e\u00a0; demain foule innombrable, ils vont o\u00f9<em> <\/em>est la V\u00e9rit\u00e9, ne se soucient pas plus des ricanements apeur\u00e9s des riches que de l&rsquo;indiff\u00e9rence morne des pauvres.<\/p>\n<p>Aux puissants, ils disent\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Vous ne r\u00e9gnez que par l&rsquo;ignorance et la crainte. Vous \u00eates les continuateurs d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9s des barbares, des tyrans, des malfaiteurs publics. Par qui vous faites-vous entretenir dans l&rsquo;oisivet\u00e9 ? Par vos victimes ! Qui vous prot\u00e8ge et vous d\u00e9fend contre l&rsquo;ennemi de l&rsquo;int\u00e9rieur et de l&rsquo;ext\u00e9rieur ? O am\u00e8re d\u00e9rision ! Vos victimes encore\u00a0! Qui fait de vous des d\u00e9put\u00e9s, des s\u00e9nateurs, des ministres, des gouvernants ? Encore une fois, vos victimes. Et l&rsquo;ignorance de celle-ci, soigneusement entretenue par vous, non seulement n&rsquo;aper\u00e7oit pas ces incoh\u00e9rentes iniquit\u00e9s, mais encore elle engendre la r\u00e9signation, le respect, presque la v\u00e9n\u00e9ration. Mais, nous vous d\u00e9masquerons sans piti\u00e9 et nous montrerons, bourreaux, vos hideuses faces sur lesquelles se lisent la duplicit\u00e9, l&rsquo;avarice, l&rsquo;orgueil, la l\u00e2chet\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>Et que disent-ils, ces hommes, aux petits, aux exploit\u00e9s, aux asservis ?<\/p>\n<p>Ecoutez\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0O vous qui naissez dans un berceau de paille, grandissez en butte \u00e0 toutes les mis\u00e8res, et vivez condamn\u00e9s au travail forc\u00e9 et \u00e0 la vieillesse pr\u00e9matur\u00e9e des souffre-douleurs, ne vous d\u00e9sesp\u00e9rez point.\u00a0Prol\u00e9taire, petit-fils de l&rsquo;esclave antique, fils du serf du moyen-\u00e2ge, sache que ta d\u00e9tresse n&rsquo;est pas irr\u00e9m\u00e9diable. Vous tous qui faites partie de cette humanit\u00e9 asservie dont les pieds meurtris ont laiss\u00e9 dans le sillon humain, depuis trop de si\u00e8cles d\u00e9j\u00e0, des traces sanglantes, ayez confiance en l&rsquo;avenir. Loqueteux, souffrants, ventre-creux, va-nu-pieds, exploit\u00e9s, meurtris, d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9s, chaque jour diminue la puissance et le prestige de vos ma\u00eetres, et, chaque jour, vos bataillons deviennent de plus en plus formidables. Haut les c\u0153urs et les fronts ! Prenez conscience de vos droits. Apprenez que tout homme est l&rsquo;\u00e9gal d&rsquo;un autre homme. Il est faux que, pour les uns, il n&rsquo;y ait que \u00e0 des droits \u00e0 exercer, et pour les autres, des devoirs \u00e0 remplir. Refusez tous d&rsquo;ob\u00e9ir et nul ne songera plus \u00e0 commander. Naissez enfin \u00e0 la dignit\u00e9. Laissez grandir en vous l&rsquo;esprit de r\u00e9volte, et avec la Libert\u00e9 vous deviendrez heureux ! \u00bb<\/p>\n<p>Voil\u00e0, messieurs, ce que sont les anarchistes. Tel est leur langage, tel le n\u00f4tre.<\/p>\n<p>Je conclus:<\/p>\n<p>Coupables nous serions si, r\u00e9veillant chez nos camarades de mis\u00e8re le sentiment de la dignit\u00e9, nous en manquions nous-m\u00eames.<\/p>\n<p>Criminels, oh oui, bien criminels nous serions si, appelant les hommes \u00e0 la r\u00e9volte, nous nous inclinions devant les menaces et nous soumettions aux injonctions des repr\u00e9sentants de l&rsquo;autorit\u00e9.<\/p>\n<p>L\u00e2ches, les derniers des l\u00e2ches nous serions si, relevant le courage de nos compagnons de lutte et les excitant \u00e0 la vaillance, nous ne d\u00e9fendions pas notre vie et notre libert\u00e9 lorsqu&rsquo;elles sont en p\u00e9ril.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 pourquoi, ce que j&rsquo;ai fait, ce que nous avons fait (mes amis, je le sais, pensent comme moi) nous devions le faire ; aussi nous ne regrettons rien.<\/p>\n<p>Si vous me condamnez, mes convictions resteront in\u00e9branlables.<\/p>\n<p>Il y aura un anarchiste de plus en prison, mais cent de plus dans la rue,<\/p>\n<p>Et notre exemple sera suivi ; il sera le point de d\u00e9part de r\u00e9voltes qui se multiplieront, deviendront de plus en plus collectives, jusqu&rsquo;\u00e0 ce que la R\u00e9volution universelle fasse entrer dans le domaine de la pratique les id\u00e9es pour lesquelles je vis, pour lesquelles je souf\u00adfre avec une certaine joie, pour lesquelles je suis pr\u00eat, comme tous les anarchistes, \u00e0 verser s&rsquo;il le faut, sans fanfaronnade comme sans faiblesse, jusqu&rsquo;\u00e0 la derni\u00e8re goutte de mon sang.<\/p>\n<hr size=\"1\" \/><a name=\"_ftn1\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Pierre Bouchardon, <em>Ravachol et Cie<\/em>, p.11<\/p>\n<p><a name=\"_ftn2\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> <em>Le Petit Journal<\/em>, 02 mai 1891.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn3\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> Idem.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn4\" href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a> Pierre Bouchardon, op. cit., p.12.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn5\" href=\"#_ftnref5\">[5]<\/a> <em>Le Matin<\/em>, 29 ao\u00fbt 1891.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn6\" href=\"#_ftnref6\">[6]<\/a> Les trois anarchistes sont d\u00e9fendus par Mes Lagasse et Fr\u00e9d\u00e9ric Allain.<\/p>\n<p><!--[if gte mso 9]><xml> Normal   0         21         false   false   false      FR   X-NONE   X-NONE <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 9]><xml> <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 10]>\n\n\n\n<style>\n \/* Style Definitions *\/\n table.MsoNormalTable\n\t{mso-style-name:\"Tableau Normal\";\n\tmso-tstyle-rowband-size:0;\n\tmso-tstyle-colband-size:0;\n\tmso-style-noshow:yes;\n\tmso-style-priority:99;\n\tmso-style-parent:\"\";\n\tmso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;\n\tmso-para-margin-top:0cm;\n\tmso-para-margin-right:0cm;\n\tmso-para-margin-bottom:10.0pt;\n\tmso-para-margin-left:0cm;\n\tline-height:115%;\n\tmso-pagination:widow-orphan;\n\tfont-size:11.0pt;\n\tfont-family:\"Calibri\",\"sans-serif\";\n\tmso-ascii-font-family:Calibri;\n\tmso-ascii-theme-font:minor-latin;\n\tmso-hansi-font-family:Calibri;\n\tmso-hansi-theme-font:minor-latin;\n\tmso-fareast-language:EN-US;}\n<\/style>\n\n<![endif]--><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Incontestablement, la d\u00e9fense de Leveill\u00e9 est le point central\u00a0 de la brochure L&rsquo;Anarchie en Cour d&rsquo;Assises que S\u00e9bastien Faure fait publier en 1891 \u00e0 la suite du proc\u00e8s dit de l&rsquo;\u00e9chauffour\u00e9e de Clichy tenu le 28 ao\u00fbt de cette ann\u00e9e. 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