{"id":3271,"date":"2013-11-23T01:10:44","date_gmt":"2013-11-22T23:10:44","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=3271"},"modified":"2013-08-26T14:58:59","modified_gmt":"2013-08-26T12:58:59","slug":"un-dernier-vol","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2013\/11\/un-dernier-vol\/","title":{"rendered":"Un dernier vol ?"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/heurtoir-de-porte-copier.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3272\" title=\"heurtoir de porte\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/heurtoir-de-porte-copier-238x300.jpg\" alt=\"\" width=\"161\" height=\"203\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/heurtoir-de-porte-copier-238x300.jpg 238w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/heurtoir-de-porte-copier.jpg 381w\" sizes=\"(max-width: 161px) 100vw, 161px\" \/><\/a>Le 31 d\u00e9cembre 1927, les portes de la prison de Fresnes s&rsquo;ouvrent pour Alexandre Jacob. Il a retrouv\u00e9 la libert\u00e9. Il a expi\u00e9 ses atteintes \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9. C&rsquo;est un survivant du syst\u00e8me\u00a0 bagne, de cette \u00e9limination \u00e0 la fran\u00e7aise qu&rsquo;il n&rsquo;aura de cesse de d\u00e9noncer par la suite. Est-il pour autant un repenti\u00a0? Un r\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9\u00a0? C&rsquo;est d\u00e9sormais un homme libre de cinquante-six ans que d\u00e9crit Alexis Danan en 1935 dans l&rsquo;article \u00ab\u00a0Jean Valjean\u00a0\u00bb pour le magazine <em>Voil\u00e0<\/em>. La faiblesse des sources autorise alors quiconque d\u00e9borde d&rsquo;une imagination galopante \u00e0 dresser le portrait d&rsquo;un homme bris\u00e9, fatigu\u00e9, ne cherchant que la tranquillit\u00e9 et la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9. De la sorte, Jacob devenu Escande\u00a0et Escande mu\u00e9 en for\u00e7at aurait rev\u00eatu les habits de Monsieur Madeleine\u00a0! Et pourtant, il aurait commis un dernier larcin avant de se faire totalement honn\u00eate.<!--more--><\/p>\n<p>Si Alain Sergent se montre tr\u00e8s peu prolixe sur le sujet, se limitant \u00e0 l&rsquo;\u00e9vocation pas si innocente que cela de l&rsquo;\u00e9pisode des maquisards perquisitionnant l&rsquo;antre de l&rsquo;ermite de Bois Saint Denis \u00e0 la fin de la Seconde guerre mondiale, William Caruchet et Bernard Thomas cherchent \u00e0 forcer le trait dans leur roman biographique. L&rsquo;homme devient un reclus volontaire, une esp\u00e8ce d&rsquo;anachor\u00e8te se terrant au fin fond du Berry. Seul, le journaliste au <em>Canard Encha\u00een\u00e9<\/em> mentionne toutefois cette derni\u00e8re reprise comme si l&rsquo;homme devenu honn\u00eate voulait tourner presque d\u00e9finitivement la page :<\/p>\n<p><em>Avant de se lancer dans le commerce, toutefois, il \u00e9prouve le besoin d&rsquo;accomplir un geste symbolique. A Fresnes, il a lu dans la Veill\u00e9e des chaumi\u00e8res la description d&rsquo;une vieille maison, vers la Loire, dont le heurtoir de la porte d&rsquo;entr\u00e9e serait en or. Ce d\u00e9tail l&rsquo;agace. C&rsquo;est de la provocation. Toutes affaires cessantes, il se rend dans la ville en question, v\u00e9rifie la qualit\u00e9 du m\u00e9tal avec une pierre de touche et remplace l&rsquo;objet par un autre, de m\u00eame apparence, qu&rsquo;il s&rsquo;est fait fabriquer sur mesure. Cette petite rapine le rassure sur lui-m\u00eame\u00a0: il n&rsquo;est pas un vieillard. L&rsquo;\u0153il, la main, le sang-froid sont toujours aussi vifs. Il a encorre assez de force en lui pour \u00e9ventuellement braver l&rsquo;autorit\u00e9. C&rsquo;est tout ce qu&rsquo;il voulait savoir. Il ne volera plus jamais. La route, les foires, la campagne\u00a0: une vie d&rsquo;homme libre commence pour lui.<\/em><a name=\"_ftnref1\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a><\/p>\n<p>Aussi \u00e9trange et impr\u00e9cis, aussi abracadabrantesque &#8211; pour reprendre le n\u00e9ologisme chiraquien &#8211; que puisse para\u00eetre\u00a0 ce dernier vol, il nous avait \u00e9t\u00e9 confirm\u00e9 par Pierre Valentin Berthier en 2001<a name=\"_ftnref2\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>. Mais, l&rsquo;ami de l&rsquo;honn\u00eate cambrioleur se r\u00e9tracte peu de temps avant son d\u00e9c\u00e8s survenu le 06 mai 2012 et d\u00e9ment cat\u00e9goriquement avoir approuv\u00e9 l&rsquo;anecdote mentionn\u00e9e dans le livre de Bernard Thomas<a name=\"_ftnref3\" href=\"#_ftn3\">[3]<\/a>.<\/p>\n<p>A vrai dire, le fait nous est paru d&rsquo;autant plus troublant qu&rsquo;une autre source est venue interf\u00e9rer dans le jeu du vrai-faux dernier cambriolage. Pas de trace \u00e9crite mais la confirmation du larcin par la famille m\u00eame d&rsquo;Alain Sergent \u00e0 qui Alexandre Jacob aurait demand\u00e9 de ne pas mentionner le fait dans le livre qu&rsquo;il \u00e9crivait en 1950 sur l&rsquo;anarchiste de la Belle Epoque.<br \/>\nCela peut se comprendre dans la\u00a0 mesure, ou s&rsquo;il est av\u00e9r\u00e9, le fric-frac tombe, m\u00eame cette ann\u00e9e-l\u00e0, sous le coup de la loi. Jacob n&rsquo;indique-t-il d&rsquo;ailleurs pas \u00e0 Jean Maitron en 1948 qu&rsquo;il pr\u00e9f\u00e8re rester le plus discret possible lorsque celui-ci lui demande de livrer ses souvenirs d&rsquo;ill\u00e9galiste pour les besoins de sa th\u00e8se sur le mouvement libertaire fran\u00e7ais<a name=\"_ftnref4\" href=\"#_ftn4\">[4]<\/a> ? L&rsquo;honn\u00eate cambrioleur ne voulait pas donner le nom de certains de ses complices non compromis.<\/p>\n<p>Mais l&rsquo;anecdote du vol se retrouve dans l&rsquo;ouvrage de Bernard Thomas. Outre l&rsquo;inventivit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9crivain, ce dernier a utilis\u00e9 un certain nombre de sources pour mieux broder sur les faits ensuite. Il est all\u00e9\u00a0 aux archives nationales, \u00e0 celle de la pr\u00e9fecture de police de Paris ainsi qu&rsquo;\u00e0 la biblioth\u00e8que nationale. Il a encore utilis\u00e9 un certain nombre de t\u00e9moignages dont celui d&rsquo;Andr\u00e9 Mah\u00e9 qui le f\u00e9licite, lorsque son livre est publi\u00e9 par Tchou en 1970, d&rsquo;avoir hiss\u00e9 l&rsquo;histoire de l&rsquo;anarchiste \u00ab\u00a0\u00e0 la hauteur d&rsquo;une \u00e9pop\u00e9e\u00a0\u00bb<a name=\"_ftnref5\" href=\"#_ftn5\">[5]<\/a>. Andr\u00e9 Mah\u00e9 est le vrai nom d&rsquo;Alain Sergent.<\/p>\n<p>Nous n&rsquo;en savons gu\u00e8re plus sur ce bien myst\u00e9rieux forfait commis par Jacob. Aucune pr\u00e9cision sur le lieu. Aucune date. Seulement un faisceau de pr\u00e9somptions. Mais, aussi minuscule et t\u00e9nu soit-il, il nous parait encore aujourd&rsquo;hui cr\u00e9dible. Le 26 mars 1954, alors qu&rsquo;il \u00e9crit \u00e0 Josette Passas, institutrice \u00e0 cette date au Maroc, Alexandre Jacob signale\u00a0: \u00ab\u00a0Si je voulais aller avec les Denizeau \u00e0 Blois, ce n&rsquo;\u00e9tait pas pour me distraire. J&rsquo;ai quelque chose en t\u00eate. Si je r\u00e9ussis, je prends le bateau et je serai \u00e0 Oran. (&#8230;) Et quand je gamberge, c&rsquo;est rare que l&rsquo;ex\u00e9cution ne suive pas. En tout cas, je ferai de mon mieux.\u00a0\u00bb. Nous ne savons pas quel \u00e9tait le plan du cambrioleur en retraite. Ce qui est s\u00fbr, c&rsquo;est qu&rsquo;il ne l&rsquo;a jamais mis en \u0153uvre. Mais le fait rend-il cr\u00e9dible le dernier vol commis et narr\u00e9 par Bernard Thomas\u00a0? La question demeure.<\/p>\n<hr size=\"1\" \/><a name=\"_ftn1\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Bernard Thomas, <em>Jacob<\/em>, Tchou, 1970, p.353-354<\/p>\n<p><a name=\"_ftn2\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> Entretien r\u00e9alis\u00e9 pour les besoin de la th\u00e8se\u00a0: Alexandre Marius Jacob, parcours et r\u00e9seaux d&rsquo;un anarchiste<\/p>\n<p><a name=\"_ftn3\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> C&rsquo;est ce que nous a signal Jean-Fran\u00e7ois Amary dans plusieurs de ses couriers. Pierre Valentin Berthier aurait m\u00eame \u00e9crit le mot \u00ab\u00a0faux\u00a0\u00bb devant le passage de <em>L&rsquo;honn\u00eate cambrioleu<\/em>r (p.444) \u00a0o\u00f9 il est fait mention de son approbation vis-\u00e0-vis du vol.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn4\" href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a> Lettre \u00e0 Jean Maitron, 17 juin 1948\u00a0: \u00ab\u00a0Je crains de ne pouvoir vous documenter pour les besoins de votre th\u00e8se du fait qu&rsquo;une th\u00e8se de doctorat est \u00e9ventuellement conformiste, d&rsquo;une part, et que, de l&rsquo;autre, le mouvement anarchiste de l&rsquo;\u00e9poque indiqu\u00e9e a \u00e9t\u00e9, de ma part, exclusivement ill\u00e9galiste. D&rsquo;o\u00f9 discr\u00e9tion&#8230;<\/p>\n<p><a name=\"_ftn5\" href=\"#_ftnref5\">[5]<\/a> Bernard Thomas, <em>Les vies d&rsquo;Alexandre Jacob<\/em>, Mazarine, 1998, p.9<\/p>\n<p><!--[if gte mso 9]><xml> Normal   0         21         false   false   false      FR   X-NONE   X-NONE <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 9]><xml> <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 10]>\n\n\n\n<style>\n \/* Style Definitions *\/\n table.MsoNormalTable\n\t{mso-style-name:\"Tableau Normal\";\n\tmso-tstyle-rowband-size:0;\n\tmso-tstyle-colband-size:0;\n\tmso-style-noshow:yes;\n\tmso-style-priority:99;\n\tmso-style-parent:\"\";\n\tmso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;\n\tmso-para-margin-top:0cm;\n\tmso-para-margin-right:0cm;\n\tmso-para-margin-bottom:10.0pt;\n\tmso-para-margin-left:0cm;\n\tline-height:115%;\n\tmso-pagination:widow-orphan;\n\tfont-size:11.0pt;\n\tfont-family:\"Calibri\",\"sans-serif\";\n\tmso-ascii-font-family:Calibri;\n\tmso-ascii-theme-font:minor-latin;\n\tmso-hansi-font-family:Calibri;\n\tmso-hansi-theme-font:minor-latin;\n\tmso-fareast-language:EN-US;}\n<\/style>\n\n<![endif]--><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le 31 d\u00e9cembre 1927, les portes de la prison de Fresnes s&rsquo;ouvrent pour Alexandre Jacob. 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