{"id":3269,"date":"2013-11-16T01:10:00","date_gmt":"2013-11-15T23:10:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=3269"},"modified":"2013-08-25T12:10:18","modified_gmt":"2013-08-25T10:10:18","slug":"1925-liberez-mon-fils","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2013\/11\/1925-liberez-mon-fils\/","title":{"rendered":"1925 : lib\u00e9rez mon fils"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/marie-jacob-1903-b.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3270\" title=\"Marie Jacob 1903\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/marie-jacob-1903-b-300x138.jpg\" alt=\"\" width=\"240\" height=\"110\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/marie-jacob-1903-b-300x138.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/marie-jacob-1903-b.jpg 354w\" sizes=\"(max-width: 240px) 100vw, 240px\" \/><\/a>1925, retour du bagne. Le rapatriement en m\u00e9tropole du matricule 34777 n&rsquo;est pas seulement d\u00fb \u00e0 un heureux concours de circonstances \u00e0 la suite de l&rsquo;effet Albert Londres et d&rsquo;une critique g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 de l&rsquo;institution p\u00e9nitentiaire coloniale. Jamais Marie Jacob n&rsquo;a mis en berne l&rsquo;esp\u00e9rance de voir son rejeton revenir de l&rsquo;enfer guyanais. Le portrait qu&rsquo;elle dresse de lui dans les lettres qu&rsquo;elle adresse depuis le d\u00e9but au ministre de la justice, au ministre des colonies ou encore au pr\u00e9sident de la R\u00e9publique ne varie pas non plus. C&rsquo;est celui d&rsquo;une victime de son entourage et de ses fr\u00e9quentations. Comme \u00e0 son habitude Marie Jacob utilise un ton larmoyant et c&rsquo;est toujours \u00ab\u00a0<em>une pauvre vieille m\u00e8re \u00e9plor\u00e9e<\/em> \u00bb, une m\u00e8re courage, qui supplie le chef de l&rsquo;\u00e9tat le 17 janvier. Pourtant, la situation a chang\u00e9 et, contrairement aux autres missives, celle-ci est appel\u00e9e \u00e0\u00a0 une fin plus heureuse.<!--more--><\/p>\n<p>Le 11 mai 1924, la victoire \u00e9lectorale du cartel des gauches ouvre la voie du gouvernement \u00e0 Anatole de Monzie. Deux mois apr\u00e8s, le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique  Alexandre Millerand d\u00e9missionne. A sa place les Fran\u00e7ais \u00e9lisent le mod\u00e9r\u00e9 Gaston Doumergue. Par le biais des \u00e9poux Aron qui l&#8217;emploient comme couturi\u00e8re et qui la soutiennent, Marie Jacob est parvenue \u00e0 int\u00e9resser la sph\u00e8re politique et gouvernementale au cas de son fils. Andr\u00e9 Aron, avocat, homme d&rsquo;affaires, est un ami proche d&rsquo;Anatole de Monzie.<\/p>\n<p>Le comportement de l&rsquo;assign\u00e9 Jacob aux \u00eeles du Salut, la d\u00e9nonciation m\u00e9diatis\u00e9e du bagne, les appuis d&rsquo;Andr\u00e9 Aron\u00a0 et le climat politique m\u00e9tropolitain, tout concourt \u00e0 faire sortir le matricule 34777 de sa ge\u00f4le guyanaise. La campagne de lib\u00e9ration d&rsquo;Alexandre Jacob est lanc\u00e9e \u00e0 la suite de cette lettre du 17 janvier 1925. Deux jours plus t\u00f4t, le d\u00e9put\u00e9 de la Seine avait relay\u00e9 une autre demande de Marie Jacob, \u00e9crite le 12 d\u00e9cembre de l&rsquo;ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente, et \u00ab\u00a0<em>ose esp\u00e9rer (&#8230;) une suite favorable \u00e0 cette requ\u00eate<\/em> \u00bb.<\/p>\n<p>Nous n&rsquo;aurons pas l&rsquo;outrecuidance de pr\u00e9senter Pierre Laval. Mais il convient de rappeler qu&rsquo;avant d&rsquo;\u00eatre l&rsquo;homme d&rsquo;\u00e9tat du gouvernement de Vichy, ce dernier est d\u00e9put\u00e9 sans \u00e9tiquette de la seine avant d&rsquo;occuper le minist\u00e8re des travaux publics d&rsquo;avril \u00e0 octobre 1925. Il a quitt\u00e9 la S.F.I.O. en 1920. Il est permis de penser que Marie Jacob a pu rencontrer cet homme de gauche par l&rsquo;interm\u00e9diaire des \u00e9poux Aron.<\/p>\n<p>Mais Alexandre Jacob reste profond\u00e9ment dubitatif quant aux possibilit\u00e9s de r\u00e9sultat de l&rsquo;\u00e9puisant marathon lanc\u00e9e des ann\u00e9es plus t\u00f4t par sa m\u00e8re.\u00a0<em>Le <\/em>prisonnier de guerre sociale rappelle d&rsquo;ailleurs fr\u00e9quemment \u00e0 sa m\u00e8re de ne pas anticiper sur les d\u00e9marches officielles. S&rsquo;il d\u00e9clare, par exemple, le 2 f\u00e9vrier 1924 ne pas vouloir d\u00e9sesp\u00e9rer, ce n&rsquo;est que par pure ironie. Le bagnard r\u00e9clame en effet \u00ab\u00a0quelques litres, au besoin une barrique, d&rsquo;\u00e9lixir de vie\u00a0\u00bb afin de pouvoir supporter l&rsquo;attente des r\u00e9sultats. Mais Marie Jacob n&rsquo;a jamais baiss\u00e9 pas les bras. Son \u00ab\u00a0l&rsquo;incroyable t\u00e9nacit\u00e9\u00a0\u00bb<a name=\"_ftnref1\" href=\"#_ftn1\"><sup><sup>[1]<\/sup><\/sup><\/a> va finir par payer.<\/p>\n<p><strong>17 janvier 1925<\/strong><\/p>\n<p>Monsieur le Pr\u00e9sident,<\/p>\n<p>C&rsquo;est une pauvre vieille m\u00e8re qui vient implorer votre piti\u00e9 pour son fils condamn\u00e9 \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9, mon malheureux enfant, le plus affectueux, le plus d\u00e9vou\u00e9 des fils, forc\u00e9 de partir pour naviguer \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de onze ans, ne pouvant supporter la vie atroce que lui faisait supporter son p\u00e8re alcoolique violent. Entra\u00een\u00e9 plus tard h\u00e9las \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de dix-sept par des camarades exalt\u00e9s, condamn\u00e9 ensuite \u00e0 vingt-trois ans pour attentat \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9. Et depuis sa condamnation, subi courageusement sa peine malgr\u00e9 les accidents les plus tragiques\u00a0: victime d&rsquo;une tentative d&#8217;empoisonnement, subit plusieurs op\u00e9rations et plusieurs ann\u00e9es de r\u00e9clusion cellulaire.<\/p>\n<p>Enfin, depuis bient\u00f4t cinq ans promu \u00e0 la premi\u00e8re classe, mon malheureux enfant qui a amplement rachet\u00e9 ses fautes par une expiation de vingt-deux ans, n&rsquo;a encore b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d&rsquo;aucune att\u00e9nuation de l&rsquo;implacable condamnation qui l&rsquo;a frapp\u00e9.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai soixante-cinq ans. Je sens mes forces d\u00e9cliner tous les jours\u00a0; je vous supplie, Monsieur le Pr\u00e9sident, ne me laissez pas mourir sans revoir mon fils. Il ne d\u00e9sire plus qu&rsquo;une chose, mon malheureux, c&rsquo;est de secourir les derniers jours de sa m\u00e8re. Je suis s\u00fbre qu&rsquo;il est amend\u00e9 et repenti.<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;espoir, Monsieur le Pr\u00e9sident, que vous aurez piti\u00e9 de nous et de nos longues souffrances. Je vous demande la gr\u00e2ce de mon fils.<\/p>\n<p>Je vous prie, Monsieur le Pr\u00e9sident, de croire \u00e0 mes sentiments les plus profond\u00e9ment respectueux.<\/p>\n<p>Marie Jacob<\/p>\n<p>I passage Etienne Delaunay<\/p>\n<p>Paris XI<sup>e<\/sup><\/p>\n<p><strong>Paris, le 15 janvier 1925<\/strong><\/p>\n<p>Monsieur le Ministre de la Justice<\/p>\n<p>Paris<\/p>\n<p>Monsieur le Ministre,<\/p>\n<p>J&rsquo;ai l&rsquo;honneur d&rsquo;appeler votre bienveillante attention sur une demande pr\u00e9sent\u00e9e par Madame Veuve Jacob, demeurant 1 passage Etienne Delaunay \u00e0 Paris, \u00e0 l&rsquo;effet d&rsquo;obtenir la gr\u00e2ce de son fils Alexandre Jacob condamn\u00e9 \u00e0 la peine des travaux forc\u00e9s \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 par la cour d&rsquo;Amiens le 22 mars 1905.<\/p>\n<p>J&rsquo;ose esp\u00e9rer qu&rsquo;il vous sera possible, apr\u00e8s examen, de r\u00e9server une suite favorable \u00e0 cette requ\u00eate.<\/p>\n<p>Dans cette attente, je vous prie d&rsquo;agr\u00e9er Monsieur le Ministre l&rsquo;assurance de ma parfaite consid\u00e9ration.<\/p>\n<p>Pierre Laval<\/p>\n<p>D\u00e9put\u00e9 de la Seine<\/p>\n<hr size=\"1\" \/><a name=\"_ftn1\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Sergent Alain, Un anarchiste de la belle Epoque, Le Seuil, 1950, p.197.<\/p>\n<p><!--[if gte mso 9]><xml> Normal   0         21         false   false   false      FR   X-NONE   X-NONE <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 9]><xml> <\/xml><![endif]--><!--[if !mso]><span class=\"mceItemObject\"   classid=\"clsid:38481807-CA0E-42D2-BF39-B33AF135CC4D\" id=ieooui><\/span>\n\n\n<style>\nst1\\:*{behavior:url(#ieooui) }\n<\/style>\n\n<![endif]--><!--[if gte mso 10]>\n\n\n<style>\n \/* Style Definitions *\/\n table.MsoNormalTable\n\t{mso-style-name:\"Tableau Normal\";\n\tmso-tstyle-rowband-size:0;\n\tmso-tstyle-colband-size:0;\n\tmso-style-noshow:yes;\n\tmso-style-priority:99;\n\tmso-style-parent:\"\";\n\tmso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;\n\tmso-para-margin-top:0cm;\n\tmso-para-margin-right:0cm;\n\tmso-para-margin-bottom:10.0pt;\n\tmso-para-margin-left:0cm;\n\tline-height:115%;\n\tmso-pagination:widow-orphan;\n\tfont-size:11.0pt;\n\tfont-family:\"Calibri\",\"sans-serif\";\n\tmso-ascii-font-family:Calibri;\n\tmso-ascii-theme-font:minor-latin;\n\tmso-hansi-font-family:Calibri;\n\tmso-hansi-theme-font:minor-latin;\n\tmso-fareast-language:EN-US;}\n<\/style>\n\n<![endif]--><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1925, retour du bagne. 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