{"id":3258,"date":"2013-10-12T01:10:24","date_gmt":"2013-10-11T23:10:24","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=3258"},"modified":"2013-08-24T09:42:51","modified_gmt":"2013-08-24T07:42:51","slug":"proces-pini-revue-de-presse","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2013\/10\/proces-pini-revue-de-presse\/","title":{"rendered":"Proc\u00e8s Pini : revue de presse"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/au-palais-dinjustice-2.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1276\" title=\"Au Palais d\\'injustice\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/au-palais-dinjustice-2-300x170.jpg\" alt=\"\" width=\"235\" height=\"133\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/au-palais-dinjustice-2-300x170.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/au-palais-dinjustice-2.jpg 320w\" sizes=\"(max-width: 235px) 100vw, 235px\" \/><\/a>La presse s&rsquo;est mass\u00e9e pendant deux jours dans la salle d&rsquo;audiences de la cour d&rsquo;assisses de la Seine pour voir le ph\u00e9nom\u00e8ne. Mais, dans le cadre de l&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9 et de la x\u00e9nophobie galopantes, l&rsquo;anarchisme de Vittorio Pini ne pouvait constituer qu&rsquo;une des toiles de fond d&rsquo;une sc\u00e9nographie orchestr\u00e9es d&rsquo;avance. Certes un peu plus relev\u00e9 que la moyenne, il s&rsquo;agit tout de m\u00eame d&rsquo;un fait divers que relatent <em>Le Petit Journal<\/em>, <em>Le Temps<\/em>, <em>Gil Blas<\/em>, <em>Le Figaro<\/em> ou encore <em>l&rsquo;Echo de Paris<\/em>. Et que le voleur soit un Italien, affubl\u00e9 de seconds couteaux belges, constitue forc\u00e9ment une circonstance aggravante m\u00eame si les chroniqueurs judiciaires se plaisent \u00e0 relever l&rsquo;accent transalpin de l&rsquo;accus\u00e9. Le voleur se voit ainsi affubl\u00e9\u00a0 de nombreux st\u00e9r\u00e9otypes permettant \u00e0 son proc\u00e8s de virer parfois \u00e0 la dr\u00f4lerie de ces tordantes pi\u00e8ces de la commedia dell&rsquo;arte, \u00ab\u00a0ce qui a doucement \u00e9gay\u00e9 l&rsquo;auditoire\u00a0\u00bb. La morale lib\u00e9rale et r\u00e9publicaine \u00e9tant sauve, il est \u00e9crit que le principal acteur s&rsquo;enveloppant derri\u00e8re une facile excuse politique doit \u00eatre condamn\u00e9 \u00e0 la fin et que le lecteur doit, en 1889, en avoir pour les quelques sous d\u00e9bours\u00e9s.<!--more--><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/logo-petit-journal.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3259\" title=\"logo Petit Journal\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/logo-petit-journal-300x70.jpg\" alt=\"\" width=\"176\" height=\"41\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/logo-petit-journal-300x70.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/logo-petit-journal.jpg 864w\" sizes=\"(max-width: 176px) 100vw, 176px\" \/><\/a><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">Le Petit Journal, n\u00b09812, 06 novembre 1889\u00a0: <\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong>Tribunaux<\/strong><\/p>\n<p><strong>L&rsquo;anarchiste Pini et sa bande<\/strong><\/p>\n<p>Des vols pour une somme totale d&rsquo;un demi-million, l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de l&rsquo;affaire qui se d\u00e9nouera aujourd&rsquo;hui devant la cour d&rsquo;assises de la Seine roul\u00e2t-il exclusivement sur ce chiffre, il ne serait d\u00e9j\u00e0 point trop banal.<\/p>\n<p>Mais cet int\u00e9r\u00eat est ailleurs encore\u00a0; il est dans l&rsquo;organisation qui pendant de longs mois a permis \u00e0 des \u00e9trangers op\u00e9rant en plein Paris ou aux alentours imm\u00e9diat de d\u00e9jouer les recherches de notre police\u00a0; il est surtout dans l&rsquo;attitude du chef de la bande en face des jur\u00e9s, dans le d\u00e9veloppement de ses th\u00e9ories, dans les coups de th\u00e9\u00e2tre dont il parsemait, hier, comme \u00e0 plaisir les d\u00e9bats.<\/p>\n<p>Victorio Pini, dit Poggi, dit Auguste, dit Mazzuchi, a quarante ans. C&rsquo;est un Italien de belle et robuste encolure\u00a0: moustache noire, teint mat, \u0153il profond, vif, r\u00e9solu. Son principal lieutenant, Fran\u00e7ois Fabre, mourrait durant l&rsquo;instruction. Ceux qui prennent place \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s ne sont plus gu\u00e8res que des comparses\u00a0: deux Belges, les fr\u00e8res Placide et Julien Schouppe\u00a0; la femme de l&rsquo;a\u00een\u00e9, Elise Schouppe, n\u00e9e Pelgrom, et la ma\u00eetresse du cadet, Marie-Ang\u00e9lina Sa\u00ebnen.<\/p>\n<p>Tout ce monde volait avec une audace imperturbable. G\u00e9n\u00e9ralement, c&rsquo;\u00e9tait aux riches habitations que l&rsquo;on s&rsquo;attaquait. L&rsquo;effraction, l&rsquo;escalade, les fausses cl\u00e9s \u00e9taient mises en \u0153uvre, m\u00eame \u00e0 la lumi\u00e8re du soleil. Quand nous disons\u00a0: volait, &#8211; c&rsquo;est pour ne point d\u00e9roger aux usages. Mais le vocabulaire de Pini s&rsquo;exprime bien diff\u00e9remment, on va le voir par le dialogue entre M. le Pr\u00e9sident Mariage et l&rsquo;accus\u00e9.<\/p>\n<p>D. Vous vous d\u00eetes anarchiste\u00a0?<\/p>\n<p>R. Et ze m&rsquo;honore de l&rsquo;\u00e8tre, moussou le magistrat. Ze souis indign\u00e9 qu&rsquo;on me tra\u00eete de volour. Ze ne vole pas, moi,z&rsquo;exproprie\u00a0!<\/p>\n<p>D. Nous causerons de cela tout \u00e0 l&rsquo;heure. Vous aviez eu de nombreuses aventures avant de vous expatrier\u00a0?<\/p>\n<p>R. Mon diou\u00a0! si on veut &#8230; Apr\u00e8s avoir eu oune excellente condouite, z&rsquo;en ai \u00e9t\u00e9 d\u00e9go\u00fbt\u00e9 par les inzoustices de la soci\u00e9t\u00e9. On me ctaot comme un ouvrier laborieux. En 1880, \u00e0 Milan, ze me souis fait pompier.<\/p>\n<p>On rit. Il y a de quoi. Cet \u00e9mule de l&rsquo;incendiaire Duval qui lui aussi, en cour d&rsquo;assises, apr\u00e8s avoir br\u00fbl\u00e9 les tableaux de Mme madeleine Lemaire, se livrait \u00e0 des professions de foi socialistes\u00a0! Poursuivons. Nous nous bornerons \u00e0 supprimer l&rsquo;accent du Transalpin auquel il \u00e9tait r\u00e9serv\u00e9 d&rsquo;inaugurer la gallophobie sous une forme actuelle.<\/p>\n<p>D. Au commencement de cette ann\u00e9e vous \u00e9tiez recherch\u00e9 dans votre pays pour une tentative d&rsquo;assassinat commise \u00e0 Reggio. Vous aviez parcouru l&rsquo;Angleterre, la Suisse et la France. C&rsquo;est \u00e0 Paris que vous venez tenter fortune. Lorsqu&rsquo;on a perquisitionn\u00e9 chez vous, on y a d\u00e9couvert tout un attirail pour le vol\u00a0?<\/p>\n<p>R. Non, monsieur, pour l&rsquo;expropriation\u00a0!<\/p>\n<p>D. Vous avez dit aux agents de police\u00a0: \u00ab\u00a0Je suis Jean fils de la Terre\u00a0\u00bb. Vous cachiez donc votre identit\u00e9\u00a0?<\/p>\n<p>R. Cela signifiait que je suis un enfant de la nature. Je n&rsquo;avais pas d&rsquo;explications \u00e0 donner \u00e0 des \u00eatres vils et d\u00e9go\u00fbtants. Toutes les polices traquent les anarchistes. J&rsquo;ai livr\u00e9 mon nom \u00e0 la s\u00fbret\u00e9 quand Goron m&rsquo;a montr\u00e9 qu&rsquo;il avait mon dossier au complet, sans \u00e7a j&rsquo;aurais pu aller \u00e0 la guillotine sans dire un mot.<\/p>\n<p>D. Mais outre votre logement du faubourg Saint Martin, vous en aviez un autre dans un quartier \u00e9l\u00e9gant, chez des religieux\u00a0? La chambre que vous occupiez \u00e9tait l\u00e0 somptueusement meubl\u00e9e\u00a0?<\/p>\n<p>R. Oui, j&rsquo;\u00e9tais dans un couvent. C&rsquo;\u00e9tait pour mieux tromper les bourgeois. Je voulais avoir l&rsquo;air d&rsquo;\u00eatre des leurs.<\/p>\n<p>D. La justice italienne demandait votre extradition. Que sont devenus vos parents\u00a0?<\/p>\n<p>R. Ils sont morts, tu\u00e9s par la mis\u00e8re apr\u00e8s une vie de travail, et c&rsquo;est ce qui m&rsquo;a pouss\u00e9 \u00e0 l&rsquo;anarchie.<\/p>\n<p>D. Il vous restez pourtant une s\u0153ur qui est devenue folle apr\u00e8s votre tentative d&rsquo;assassinat\u00a0?<\/p>\n<p>R. \u00c7a, c&rsquo;est de la blague\u00a0!<\/p>\n<p>D. Si vous ne m\u00e9nagez pas vos paroles, du moins ne vous donnez pas pour autre chose qu&rsquo;un vulgaire voleur\u00a0!<\/p>\n<p>R. Non\u00a0! (s&rsquo;exaltant) Je ne veux pas que vous me traitiez de la sorte\u00a0! C&rsquo;est votre syst\u00e8me social qui entra\u00eene les malheureux au crime\u00a0! J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 ouvrier, on m&rsquo;a chass\u00e9 comme un chien&#8230;<\/p>\n<p>D. Ne nous \u00e9garons pas, vous reconnaissez les crimes dont on vous accuse\u00a0?<\/p>\n<p>R. Pas tous. Oui pour ceux qui sont en harmonies avec mes id\u00e9es et mes principes. Faites-moi ce que vous voudrez, mais les bourgeois nous exploitent trop. Au lieu de me punir, on devrait me r\u00e9compenser.<\/p>\n<p>D. Vos coreligionnaires politiques doivent \u00eatre flatt\u00e9s de vous compter dans leurs rangs. Vous \u00eates aussi un receleur. On a trouv\u00e9 chez vous beaucoup d&rsquo;objets vol\u00e9s par votre complice Fabre.<\/p>\n<p>R. Je ne l&rsquo;avais pas connu comme voleur au d\u00e9but.<\/p>\n<p>D. Mais vous vous \u00eates beaucoup li\u00e9s\u00a0?<\/p>\n<p>R. Parce qu&rsquo;il devait h\u00e9riter de 40 millions. Alors vous comprenez qu&rsquo;avec \u00e7\u00e0 on pouvait lancer l&rsquo;anarchie.<\/p>\n<p>D. Ces 40 millions vous aurez rendu volontiers bourgeois\u00a0?<\/p>\n<p>R. Ne m&rsquo;apostrophez pas ainsi et respectez, s&rsquo;il vous plait, mes principes. Je n&rsquo;ai qu&rsquo;une passion. Quand je peux donner, je suis heureux.<\/p>\n<p>A l&rsquo;appui de cette assertion, Pini s&rsquo;excuse tr\u00e8s humblement aupr\u00e8s de l&rsquo;un des premiers t\u00e9moins, une vieille dame dont il a escamot\u00e9 toutes les \u00e9conomies, de l&rsquo;avoir r\u00e9duite \u00e0 la mis\u00e8re.<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Si j&rsquo;avais su, dit-il, j&rsquo;aurais plut\u00f4t vol\u00e9 un bourgeois pour vous faire cadeau de son bien\u00a0!<\/p>\n<p>Un ancien ami de\u00a0 la bande, un autre Italien nomm\u00e9 Corsi, \u00e9tait captur\u00e9 l&rsquo;an dernier comme coauteur d&rsquo;un vol d&rsquo;une centaine de mille francs commis le 1<sup>er<\/sup> avril 1888, rue de Milan, chez M. Clavel. Condamn\u00e9 \u00e0 sept ans de r\u00e9clusion, Clavel expie actuellement sa peine \u00e0 Beaulieu. Il arrive \u00e0 la barre dans le costume de la maison centrale, amen\u00e9 par deux gendarmes.<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 On s&rsquo;est tromp\u00e9, messieurs, sanglote-t-il, on a eu tort de me croire coupable.<\/p>\n<p>Victor Pini se l\u00e8ve avec un geste noble, onctueux, b\u00e9nisseur, et exhortant le t\u00e9moin\u00a0:<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ne pleure pas Corsi, et rel\u00e8ve ton front. Ce front est celui d&rsquo;un innocent.<\/p>\n<p>Un long mouvement se produit dans l&rsquo;auditoire. Le chef de bande prend d&rsquo;ailleurs sur lui seul toutes les responsabilit\u00e9s.<\/p>\n<p>Ce soir finiront les d\u00e9positions, auxquelles succ\u00e8deront les plaidoiries de M<sup>es<\/sup> Labori, Comby, Henry Robert, Morillot et Ren\u00e9 Jassada. M. l&rsquo;avocat g\u00e9n\u00e9ral Jacomy tient l\u00e0 un beau sujet de r\u00e9quisitoire.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/logo-petit-journal.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3259\" title=\"logo Petit Journal\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/logo-petit-journal-300x70.jpg\" alt=\"\" width=\"176\" height=\"41\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/logo-petit-journal-300x70.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/logo-petit-journal.jpg 864w\" sizes=\"(max-width: 176px) 100vw, 176px\" \/><\/a><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">Le Petit Journal, n\u00b09813, 07 novembre 1889\u00a0: <\/span><\/strong><\/p>\n<p>Tribunaux<\/p>\n<p>L&rsquo;anarchiste Pini et sa bande<\/p>\n<p>Suite et fin<\/p>\n<p>C&rsquo;en est fait. L&rsquo;anarchie est vaincue\u00a0; mais elle a jusqu&rsquo;au bout soutenu le combat. Jusqu&rsquo;au but, Vittorio Pini a phras\u00e9 et cran\u00e9. Pendant que Me Labori le d\u00e9fendait avec une chaleur et un tact auxquels l&rsquo;auditoire tout entier rendait hommage\u00a0:<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Des circonstances att\u00e9nuantes\u00a0? Je n&rsquo;en veux pas\u00a0!, jetait d&rsquo;une voix retentissante l&rsquo;ap\u00f4tre de l&rsquo;expropriation par le rossignol en acier et la pince monseigneur.<\/p>\n<p>Il comptait au surplus des adeptes dans la salle car, auparavant, deux d&rsquo;entre eux avaient manifest\u00e9.<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Vive les anarchistes\u00a0! avait prof\u00e9r\u00e9 l&rsquo;un.<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Bravo Pini\u00a0! s&rsquo;\u00e9tait \u00e9cri\u00e9 l&rsquo;autre.<\/p>\n<p>Sur l&rsquo;ordre du Pr\u00e9sident, les gardes amenaient jusqu&rsquo;au pied de la cour un grand maigre et un petit gros, d&rsquo;abord peu dispos\u00e9s \u00e0 d\u00e9cliner leurs noms puis, radoucis, s&rsquo;ex\u00e9cutant. Le premier acquitt\u00e9, le second ch\u00e2ti\u00e9 de trois jours d&#8217;emprisonnement\u00a0: telle a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;issue de l&rsquo;algarade.<\/p>\n<p>Epargnons au lecteur la nomenclature des vols sur lesquels ont roul\u00e9 les derni\u00e8res d\u00e9\u00adpositions. Tous se ressemblent. \u00c0 citer, ce\u00adpendant, \u00e0 cause de son importance, celui du commencement d&rsquo;ao\u00fbt 1888 chez des artistes, M. et Mme Escossura, occupant, rue de la Fai\u00adsanderie, un h\u00f4tel rempli d&rsquo;objets pr\u00e9cieux. Apr\u00e8s avoir camp\u00e9 un jour et une nuit dans l&rsquo;immeuble, la bande emportait pour 120,000 fr. de butin.<\/p>\n<p>A Courbevoie, dix mois plus tard, un autre peintre, M. Ricault, \u00e9tait d\u00e9valis\u00e9 par quelques-uns des associ\u00e9s pendant que quelques autres l&rsquo;attiraient hors de son logis sous pr\u00e9\u00adtexte de louer un pavillon attenant \u00e0 la pro\u00adpri\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Les descentes judiciaires ont amen\u00e9, assur\u00e9ment, la saisie d&rsquo;un nombreux bric-\u00e0-brac; et il suffit, pour s&rsquo;en convaincre, d&rsquo;un coup d&rsquo;\u0153il sur l&rsquo;entassement des pi\u00e8ces \u00e0 convic\u00adtion. Mais les actions, les obligations, les ti\u00adtres de tout genre que sont-ils devenus ? Certains des accus\u00e9s, d&rsquo;apr\u00e8s l&rsquo;information, auraient, dans des cachettes s\u00fbres, de quoi renter leurs vieux jours.<\/p>\n<p>Parfois, ajoutons-le, les voleurs rencon\u00adtraient des voleurs plus malins qui leur vo\u00adlaient le produit de leurs vols, comme il ar\u00adriva \u00e0 Placide Schouppe, parti pour Londres en vue d&rsquo;y n\u00e9gocier des Suez. Des Anglais retors grisaient Schouppe dans un<em> public-house<\/em>, lui subtilisaient ses valeurs et le r\u00e9ex\u00adp\u00e9diaient en France le soir m\u00f4me en lui per\u00adsuadant que la police \u00e9tait sur ses talons.<\/p>\n<p>Victor Pini rit encore de ce joyeux tour, Il consid\u00e8re les choses de haut, en amateur, en philosophe. Pourvu qu&rsquo;on ne contrarie pas ses th\u00e9ories, il se d\u00e9clare satisfait. Par mal\u00adheur on les contrarie quelquefois. De temps \u00e0 autre, M. le pr\u00e9sident a l&rsquo;extr\u00eame bont\u00e9 de professer \u00e0 son intention une le\u00e7on d&rsquo;\u00e9cono\u00admie sociale. Pini r\u00e9clame. Il revendique en faveur du d\u00e9veloppement de ses \u00ab principes \u00bb une libert\u00e9 qui lui est refus\u00e9e \u00e0 la fin des d\u00e9\u00adbats, ce dont son avocat demande acte.<\/p>\n<p>M<sup>e<\/sup> Morillot pour le plus jeune des Schouppe et M<sup>e<\/sup> Comby pour l&rsquo;a\u00een\u00e9 ne peuvent gu\u00e8re plaider que l&rsquo;effacement de leurs clients. M<sup>e <\/sup>Robert et M<sup>c<\/sup> Jassada r\u00e9clament pour les deux femmes un verdict d&rsquo;acquittement.<\/p>\n<p>Depuis longtemps le jury de la Seine n&rsquo;a\u00advait tenu une aussi longue d\u00e9lib\u00e9ration, Il est enfin rentr\u00e9 rapportant un verdict n\u00e9gatif en ce qui concerne la femme Schouppe et affirmatif touchant les autres accus\u00e9s ; il y a des circonstances en faveur de la fille Sa\u00ebnen.<\/p>\n<p>En cons\u00e9quence, Pini est condamn\u00e9 \u00e0 vingt ans de travaux forc\u00e9s ; Placide Schouppe \u00e0 dix ans et Julien Schouppe, cinq ans de la m\u00eame peine ; et la fille Sa\u00ebnen, \u00e0 deux ans de prison.<\/p>\n<p>Pendant que les gardes l&#8217;emm\u00e8nent, Pini crie \u00ab\u00a0Vive l&rsquo;anarchie\u00a0! A bas les voleurs\u00a0! \u00bb<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/manchette-echo-de-paris.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-616\" title=\"manchette-echo-de-paris\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/manchette-echo-de-paris-300x99.jpg\" alt=\"manchette de L\\'Echo de Paris\" width=\"164\" height=\"54\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/manchette-echo-de-paris-300x99.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/manchette-echo-de-paris.jpg 365w\" sizes=\"(max-width: 164px) 100vw, 164px\" \/><\/a><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">Echo de Paris, n\u00b01998, 06 novembre 1889\u00a0:<\/span><\/strong><\/p>\n<p><a name=\"bookmark0\"><strong>Chronique des Tribunaux<\/strong><\/a><\/p>\n<p><a name=\"bookmark1\"><strong>L&rsquo;anarchiste Pini<\/strong><\/a><\/p>\n<p>La cour d&rsquo;assises ressemblait, hier, \u00e0 une boutique de brocanteur o\u00f9 \u00e0 une salle de l&rsquo;H\u00f4tel des Ventes : sur la table des pi\u00e8ces \u00e0 conviction, c&rsquo;\u00e9tait, en effet, un amoncelle\u00adment de pendules, de flambeaux, de cou\u00adverts, de bijoux de toutes sortes, de linge, de v\u00eatements, de paquets de toutes dimensions, qui s&rsquo;\u00e9croulaient sur le parquet et s&rsquo;\u00e9tendaient jusqu&rsquo;au pied du bureau ; aussi, apr\u00e8s avoir consid\u00e9r\u00e9 ce bizarre assemblage d&rsquo;ob\u00adjets les plus disparates, \u00e9tait-on tout surpris d&rsquo;apercevoir dans le demi-jour du pr\u00e9toire les robes rouges des magistrats, l\u00e0 o\u00f9 l&rsquo;on s&rsquo;attendait \u00e0 trouver un commissaire-priseur, assist\u00e9 de son clerc et de son expert.<\/p>\n<p>Ces bibelots, dont quelques-uns sont d&rsquo;une r\u00e9elle valeur, repr\u00e9sentent une partie du butin.fait l&rsquo;ann\u00e9e derni\u00e8re par l&rsquo;anarchiste Pini, mais une partie seulement et m\u00eame une assez mince partie ; car l&rsquo;instruction a d\u00e9montr\u00e9 que cet habile voleur avait r\u00e9ussi, en quelques mois, \u00e0 d\u00e9rober pour plus de trois cent mille francs de titres, \u00a0de billets de banque ou d&rsquo;ob\u00adjets<em> de<\/em> toute nature : tout lui \u00e9tait bon ; il prenait ce qui lui tombait sous la main, as\u00adsur\u00e9 qu&rsquo;il \u00e9tait d&rsquo;en trouver toujours le pla\u00adcement<\/p>\n<p>Pini, en effet, ne volait pas pour lui-m\u00eame; il travaillait pour le parti, et distribuait \u00e0 ses amis le produit de ses exp\u00e9ditions, apr\u00e8s en avoir retenu tout juste de quoi subvenir \u00e0 ses propres besoins ; il ne th\u00e9saurisait pas ; volontairement il restait pauvre.<\/p>\n<p>Nous avons donc en lui un voleur d&rsquo;un genre nouveau : le voleur par d\u00e9vouement et par humanit\u00e9 : \u00ab les uns ont trop, les autres pas assez, disait-il hier, je travaillais<em> \u00e0<\/em> r\u00e9tablir l&rsquo;\u00e9galit\u00e9. \u00bb C&rsquo;est l\u00e0 ce qu&rsquo;il appelle<em> l&rsquo;expropria\u00adtion l\u00e9gale<\/em>, une expression qui a fait bondir d&rsquo;indignation M. le pr\u00e9sident Mariage.<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ne vous servez pas d&rsquo;expressions juridi\u00adques dont vous ne connaissez pas la valeur, et qui sont d\u00e9plac\u00e9es dans votre bouche, lui a-t-il s\u00e9v\u00e8rement fait observer; vos m\u00e9faits sont des vols, et ils restent l\u00e0, se dressant dans toute leur horreur !<\/p>\n<p>Ce speech a amen\u00e9 un sourire sur les l\u00e8vres de Pini, qui a repris tranquillement, avec son accent italien tr\u00e8s prononc\u00e9 :<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Pour vous plaire, je dirai que mes vols constituent une expropriation l\u00e9gitime.<\/p>\n<p>Le bon M. Mariage n&rsquo;a pu r\u00e9sister au d\u00e9sir d&rsquo;expliquer \u00e0 son accus\u00e9 ce que c&rsquo;est qu&rsquo;une expropriation, et il y est all\u00e9 de sa petite con\u00adf\u00e9rence qu&rsquo;il a termin\u00e9e par ce paternel con\u00adseil :<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Appelez d\u00e9sormais vos actes des spolia\u00adtions et non des expropriations l\u00e9gales ou l\u00e9gitimes&#8230; Il ne faut jamais se servir d&rsquo;ex\u00adpressions impropres.<\/p>\n<p>Si plus tard Pini revient devant le jury, nous verrons s&rsquo;il a mis \u00e0 profit cette sage le\u00ad\u00e7on.<\/p>\n<p>Il lui manque d&rsquo;ailleurs tr\u00e8s peu de chose pour \u00eatre homme d&rsquo;excellente compagnie : pas une seule fois, il n&rsquo;a essay\u00e9 de tutoyer le pr\u00e9sident, ni de l&rsquo;appeler citoyen Mariage, ce que ne manquaient jamais de faire tous les anarchistes que nous avons vus jusqu&rsquo;\u00e0 ce jour sur les bancs de la cour d&rsquo;assises. Au contraire de Gallo, l&rsquo;auteur de l&rsquo;attentat de la Bourse, qui r\u00e9duisit au silence conseillers, minist\u00e8re public et avocats, Pini est fort courtois avec tout le monde : son d\u00e9sir d&rsquo;\u00e9pa\u00adter le bourgeois est satisfait quand il a pro\u00adclam\u00e9 :<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Je ne suis pas un voleur, je suis cons\u00e9\u00adquent avec mes principes ; vous pouvez me guillotiner, si cela vous plait : mais vous ne m&#8217;emp\u00eacherez pas de rester anarchiste ! J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 honn\u00eate homme, ce sont les injustices so\u00adciales qui m&rsquo;ont pouss\u00e9 au crime, j&rsquo;ai lutt\u00e9 contre la soci\u00e9t\u00e9 : cette soci\u00e9t\u00e9 inique&#8230; Oui, j&rsquo;ai vol\u00e9, et je reconnais tous mes vols, mais je devrais \u00eatre r\u00e9compens\u00e9 pour les avoir commis ; je ne me suis fait voleur que pour me rendre utile.<\/p>\n<p>Ce n&rsquo;est ni bien neuf, ni bien m\u00e9chant ; cela parait m\u00eame fade \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des discours des farouches partisans de la propagande par le fait. Mais chacun fait ce qu&rsquo;il peut : Pini ne pouvait peut-\u00eatre d\u00e9passer le vol.<\/p>\n<p>Il est pourtant accus\u00e9 d&rsquo;avoir commis une tentative d&rsquo;assassinat \u00e0 Reggio, en Italie : la police italienne le suivait mime de pr\u00e8s, et c&rsquo;est tr\u00e8s probablement la peur de tomber entre les mains des carabiniers qui le d\u00e9cida \u00e0 venir exercer en France sa mission de Saint-Vincent de Paul de l&rsquo;anarchie ; il ne perdra d&rsquo;ailleurs rien pour avoir attendu, car une demande d&rsquo;extradition a \u00e9t\u00e9 formul\u00e9e contre lui, et j&rsquo;aime \u00e0 croire que le gouvernement francais l&rsquo;accueillera avec empressement. Pini est \u00e2g\u00e9 de trente ans seulement ; ses pa\u00adrents sont morts ; il lui reste de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 des Alpes une s\u0153ur que ses m\u00e9faits (il a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 trois fois pour vol) ont rendue folle.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 ses complices, ce sont deux Belges, la ma\u00eetresse de l&rsquo;un et la femme de l&rsquo;au\u00adtre ; leur r\u00f4le dans l&rsquo;association se bornait au recel des objets vol\u00e9s et \u00e0 la n\u00e9gociation des titres d\u00e9rob\u00e9s. Ils pr\u00e9tendent n&rsquo;avoir ja\u00admais connu la provenance des cadeaux que leur faisait leur ami ; ils le croyaient riche ; sa g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 ne les surprenait nullement, d&rsquo;autant qu&rsquo;ils le voyaient habiter un appar\u00adtement somptueusement meubl\u00e9.<\/p>\n<p>Nous verrons ce que le jury pensera de cette explication.<\/p>\n<p>Les principes de Pini exigeaient, dit-il, qu&rsquo;il e\u00fbt plusieurs domiciles, afin de mieux tromper les bourgeois ; il avait donc un autre g\u00eete dans un couvent appartenant, parait-il, \u00e0 un \u00e9v\u00eaque italien. Que peut bien \u00eatre ce couvent et quelle religion y pratique-t-on ?<\/p>\n<p>La suite des d\u00e9bats nous l&rsquo;apprendra peut- \u00eatre.<\/p>\n<p>L&rsquo;affaire devant occuper deux audiences ne se terminera que ce soir.<\/p>\n<p><em>EDGARD TROIMAUX.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/pini-echo-de-paris-06-11-89.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3218\" title=\"Pini da,s l\\'Echo de Paris 06 novembre 1889\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/pini-echo-de-paris-06-11-89-300x105.jpg\" alt=\"\" width=\"180\" height=\"63\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/pini-echo-de-paris-06-11-89-300x105.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/pini-echo-de-paris-06-11-89.jpg 394w\" sizes=\"(max-width: 180px) 100vw, 180px\" \/><\/a><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">Echo de Paris, n\u00b01999, 07 novembre 1889\u00a0:<\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong>Chronique des Tribunaux<\/strong><\/p>\n<p><strong>L&rsquo;anarchiste Pini<\/strong><\/p>\n<p>Les camarades de Pini qui se trouvaient dans le fond de la salle des assises paraissent avoir \u00e9t\u00e9 peu satisfaits de la tenue et des discours de ce dernier : ils ont estim\u00e9 qu&rsquo;il avait mal d\u00e9fendu leur sainte cause ; ils ont pens\u00e9 aussi que; son avocat, M<sup>e<\/sup> Labori, n&rsquo;avait pas suffisamment pris au s\u00e9rieux les doctrines qu&rsquo;ils professent, ce qui est assur\u00e9ment un honneur pour lui, et ils ont essay\u00e9 d&rsquo;interve\u00adnir dans le d\u00e9bat. Mais au lieu de pousser des cris et des vocif\u00e9rations, au lieu d&rsquo;escala\u00adder les barri\u00e8res, ils se sont content\u00e9s de faire tenir \u00e0 M. le pr\u00e9sident Mariage un bil\u00adlet fort poliment r\u00e9dig\u00e9 ; ils ont &#8211; chose in\u00adcompr\u00e9hensible &#8211; invoqu\u00e9 \u00e0 l&rsquo;appui de leur demande un texte du code, et ils ont appel\u00e9 M. Mariage : monsieur le pr\u00e9sident&#8230;<\/p>\n<p>Voici d&rsquo;ailleurs le texte de cette suppli\u00adque :<\/p>\n<p>\u00ab Monsieur le pr\u00e9sident,<\/p>\n<p>\u00bbLes voil\u00e0 vos lois, les voil\u00e0 vos institu\u00adtions, le voil\u00e0 votre, syst\u00e8me : notre doctrine, notre foi, notre religion, le d\u00e9fenseur m\u00eame de l&rsquo;accus\u00e9 l&rsquo;appelle une chim\u00e8re.<\/p>\n<p>\u00bb Pourquoi ne nous laisse-t-on pas r\u00e9pon\u00addre ?<\/p>\n<p>\u00bb Pourquoi ?<\/p>\n<p>\u00bb Pourtant votre Code a pr\u00e9vu le cas.<\/p>\n<p>\u00bb Un ami de l&rsquo;accus\u00e9, avec la permission du pr\u00e9sident, peut parler pour l&rsquo;accus\u00e9, m\u00eame si cet ami n&rsquo;est pas avocat.<\/p>\n<p>\u00bb Voulez-vous user du droit que la loi vous conf\u00e8re ? Voulez-vous que je parle et je vous prouve que nous ne poursuivons pas une chim\u00e8re et, que Pini a raison dans ce qu&rsquo;il dit, a raison dans ce qu&rsquo;il a fait, a raison dans ce qu&rsquo;il attend.<\/p>\n<p>\u00bb Donnez-moi la parole c&rsquo;est votre loi. \u00bb<\/p>\n<p>Il faudrait pourtant s&rsquo;entendre : on est anarchiste ou on ne l&rsquo;est pas. Un v\u00e9ritable anarchiste n&rsquo;appelle pas un pr\u00e9sident<em> Mon\u00adsieur<\/em> et il ne se retranche jamais derri\u00e8re un texte de loi : il ignore la loi, il m\u00e9prise les textes, il doit agir sans elle, et contre elle. Les amis de Pini et Pini lui-m\u00eame ne sont que des anarchistes d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9s : M. le pr\u00e9si\u00addent Mariage aurait pu le leur faire remar\u00adquer : il a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 jeter au panier leur billet et sans aucun doute, en agissant ainsi, il a pris le parti le plus sage.<\/p>\n<p>Et les jur\u00e9s ont trait\u00e9 les accus\u00e9s comme ils m\u00e9ritaient de l&rsquo;\u00eatre : ce qu&rsquo;on ne comprend pas, par exemple, c&rsquo;est qu&rsquo;il ait fallu deux heures \u00e0 ces douze braves gens, dont aucun n&rsquo;est anarchiste, pour voter un verdict de con\u00addamnation ; Pini ira passer vingt ans \u00e0 Noum\u00e9a ; les camarades Schouppe ont \u00e9t\u00e9 gratifi\u00e9s, l&rsquo;un de dix ans et l&rsquo;autre de cinq ans de la m\u00eame peine. La femme Schouppe a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9e \u00e0 deux ans de prison, et la fille Daenen acquitt\u00e9e.<\/p>\n<p>En sortant de la salle, Pini a hurl\u00e9 : \u00ab Vive l&rsquo;anarchie ! Mort aux voleurs ! \u00bb<\/p>\n<p>L&rsquo;ancien cri de ralliement des boulangistes \u00e9tait tout indiqu\u00e9 en pareille circonstance.<\/p>\n<p><em>EDGARD TROIMAUX.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/logo-le-figaro.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3260\" title=\"logo Le Figaro\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/logo-le-figaro.jpg\" alt=\"\" width=\"199\" height=\"62\" \/><\/a><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">Le Figaro, n\u00b0310, 06 novembre 1889\u00a0:<\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong>GAZETTE DES TRIBUNAUX<\/strong><\/p>\n<p><strong>Cour d&rsquo;assises : La bande Pini<\/strong><\/p>\n<p>Le jury de la Seine a d\u00fb s&rsquo;occuper, pendant deux jours, d&rsquo;une bande de vo\u00adleurs, dont les exploits de marque ont inqui\u00e9t\u00e9 assez longtemps Paris et la banlieue.<\/p>\n<p>Il s&rsquo;agissait d&rsquo;uno collection d&rsquo;anar\u00adchistes italiens et belges dont le chef, Achille Pini, a revendiqu\u00e9, aux assises, avec force phrases, le droit \u00ab \u00e0 l&rsquo;expro\u00adpriation l\u00e9gitime, pratiqu\u00e9e sur les abo\u00adminables bourgeois, par qui le prol\u00e9ta\u00adriat est opprim\u00e9 \u00bb.<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Entre nous, lui dit M. le pr\u00e9sident Mariage, voyons, convenez-en\u00a0! Vous \u00eates un voleur et pas antre chose.<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Non ! r\u00e9pond l&rsquo;accus\u00e9, Je suis le fils de la Terre&#8230;<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Vous voulez dire \u00ab l&rsquo;enfant de la Na\u00adture \u00bb ?<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Soit !&#8230; Et je suis un justicier. Je prends parce que j&rsquo;ai le droit de reprendre, \u00e0 ceux qui nous d\u00e9pouillent, tout ce qu&rsquo;ils nous ont vol\u00e9.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s une vie nomade et aventureuse, qu&rsquo;on ne conna\u00eet point et dont on a re\u00adconstitu\u00e9 seulement certaines p\u00e9riodes \u00e0 l&rsquo;aide de quatre condamnations pour vols contenues dans son casier judiciaire, Pini, le 18 juin dernier, a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;objet en France d&rsquo;une demande d&rsquo;extradition, de la part du gouvernement italien, pour une tentative d&rsquo;assassinat commise en Italie. La perquisition faite chez lui aus\u00adsit\u00f4t amena la d\u00e9couverte d&rsquo;une quan\u00adtit\u00e9 inou\u00efe de meubles et d&rsquo;objets pr\u00e9\u00adcieux.<\/p>\n<p>Tout ce mobilier fut repr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 di\u00adverses personnes, dont les appartements avaient \u00e9t\u00e9 d\u00e9valis\u00e9s depuis dix-huit mois par des voleurs dont la trace n&rsquo;a\u00advait pu \u00eatre suivie. La plupart re\u00adconnurent leur bien et l&rsquo;on arriva ainsi \u00e0 d\u00e9couvrir les auteurs d&rsquo;un grand nom\u00adbre de vols impunis. Les complices de Pini retrouv\u00e9s les uns apr\u00e8s les autres furent arr\u00eat\u00e9s.<\/p>\n<p>Le montant des \u00ab\u00a0\u00e9conomies \u00bb faites \u00e0 la suite de leurs exp\u00e9ditions s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve \u00e0 plusieurs centaines de mille francs mis en lieu s\u00fbr. On n&rsquo;a repris en leur posses\u00adsion que les meubles dont ils n&rsquo;avaient pu encore se d\u00e9faire.<\/p>\n<p>Deux incidents \u00e0 l&rsquo;audience :<\/p>\n<p>M<sup>e<\/sup> Labori, d\u00e9fenseur de l&rsquo;accus\u00e9, s&rsquo;\u00e9tait permis de dire que les th\u00e9ories de son client \u00e9taient des \u00ab chim\u00e8res \u00bb. Sur ce mot, un anarchiste de l&rsquo;auditoire sortit et alla r\u00e9diger une lettre au pr\u00e9sident, ainsi con\u00e7ue :<\/p>\n<p>Notre doctrine, notre foi, notre religion, le d\u00e9fenseur m\u00eame de l&rsquo;accus\u00e9 l&rsquo;appelle une chim\u00e8re. Pourquoi ne nous laisse-ton pas r\u00e9pondre ?<\/p>\n<p>Donnez-moi la parole, c&rsquo;est dans votre loi.<\/p>\n<p>M. le pr\u00e9sident a naturellement re\u00adpouss\u00e9 cette demande.<\/p>\n<p>Deux autres anarchistes ayant cri\u00e9 en plein silence : \u00ab\u00a0Vive l&rsquo;anarchie\u00a0! Vive Pini\u00a0!\u00a0\u00bb, ils ont \u00e9t\u00e9 amen\u00e9s \u00e0 la barre. L&rsquo;un s&rsquo;est excus\u00e9 et a \u00e9t\u00e9 acquitt\u00e9. L&rsquo;au\u00adtre l&rsquo;a pris de haut et a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 trois jours de prison, ce qui est peu.<\/p>\n<p>M. l&rsquo;avocat g\u00e9n\u00e9ral Jacomy a d\u00e9clar\u00e9 qu&rsquo;il s&rsquo;opposait, autant qu&rsquo;il le pouvait, \u00e0 l&rsquo;admission des circonstances att\u00e9\u00adnuantes eu faveur des accus\u00e9s, et Pini a protest\u00e9 de son c\u00f4t\u00e9 qu&rsquo;il n&rsquo;en voulait point et qu&rsquo;il tirerait sa gloire de la s\u00e9\u00adv\u00e9rit\u00e9 des bourgeois \u00e0 son \u00e9gard.<\/p>\n<p>Ce ma\u00eetre voleur est condamn\u00e9 \u00e0 vingt ans de travaux forc\u00e9s, les fr\u00e8res Schouppe, ses amis, \u00e0 dix et cinq ans de la m\u00eame peine et deux femmes, poursuivies comme receleuses, sont, l&rsquo;une acquitt\u00e9e, l&rsquo;autre condamn\u00e9e \u00e0 deux ans de prison.<\/p>\n<p>Quelques confr\u00e8res des condamn\u00e9s ont cri\u00e9 encore : \u00ab Vive l&rsquo;anarchie\u00a0! \u00bb pour finir. C&rsquo;est dans l&rsquo;ordre.<\/p>\n<p>Les avocats de<strong> l<\/strong>&lsquo;affaire \u00e9taient<strong> <\/strong>M<sup>es<\/sup> La\u00adbori, Comby, Robert<strong> <\/strong>Morillot<strong> <\/strong>et<strong> <\/strong>Jassada.<\/p>\n<p>Ch. F.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/manchette-gil-blas.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-617\" title=\"manchette Gil Blas\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/manchette-gil-blas-300x89.jpg\" alt=\"manchette de Gil Blas\" width=\"233\" height=\"69\" \/><\/a><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">Gil Blas, n\u00b03641, 06 novembre 1889\u00a0:<\/span><\/strong><\/p>\n<p>LE MONDE JUDICIAIRE<\/p>\n<p>LA BANDE PINI<\/p>\n<p>Il y a eu du tumulte, hier, \u00e0 la Cour d&rsquo;assises&#8230;<\/p>\n<p>Il \u00e9tait environ cinq heures et demie, on jugeait une bande d&rsquo;anarchistes, ces malfaiteurs bien modernes qui volent et assassinent au nom d&rsquo;un principe so\u00adcial, et l&rsquo;un des t\u00e9moins, une dame Morin, venait de raconter en pleurant comment les voleurs, apr\u00e8s avoir tout pill\u00e9 chez elle, avaient lac\u00e9r\u00e9 un por\u00adtrait auquel elle tenait beaucoup.<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Pini, dit le pr\u00e9sident au principal accus\u00e9, vous entendez ?<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Eh b\u00e9 oui ! r\u00e9pond en riant Pini, avec son accent italien, le portrait! Eh b\u00e9 quoi ! Un portrait de petit enfant ! Quand on a eu fini, on lui a coup\u00e9 la t\u00eate&#8230; Des b\u00eatises !&#8230; Moi j&rsquo;ai protest\u00e9, c&rsquo;\u00e9tait inoutile&#8230; A quoi bon couper la gorge \u00e0 des gens en toile ?<\/p>\n<p>Comment pouvaient se trouver dans la salle, sur les bancs o\u00f9 l&rsquo;on n&rsquo;est ad\u00admis d&rsquo;ordinaire qu&rsquo;avec des cartes de faveur, une quinzaine d&rsquo;anarchistes ? On ne le sait pas ! Mais une voix vibrante cria en ce moment m\u00eame au milieu d&rsquo;eux :<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Vive l&rsquo;anarchie !<\/p>\n<p>Puis une autre :<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Bravo, Pini !<\/p>\n<p>Le pr\u00e9sident, M. Mariage, reste d&rsquo;a\u00adbord p\u00e9trifi\u00e9, puis il ordonne d&rsquo;une voix troubl\u00e9e :<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Gardes, amenez devant la Cour ceux qui viennent de pousser ces cris.<\/p>\n<p>On voit alors s&rsquo;avancer dans le pr\u00e9\u00adtoire, pouss\u00e9s par des gendarmes, deux grands gamins en habits bourgeois sales, l&rsquo;un avec une t\u00eate de brute, l&rsquo;au\u00adtre avec une figure bl\u00eame de coquin, et le pr\u00e9sident leur demande leurs noms, plus troubl\u00e9 encore \u00e0 leur vue.<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Sous quel article de loi que nous tombons ? lui r\u00e9pond insolemment aussit\u00f4t le gamin bl\u00eame. Dites-nous d&rsquo;abord \u00e7a, et nous verrons ensuite si nous devons vous dire nos noms.<\/p>\n<p>Le pr\u00e9sident, \u00e0 cette r\u00e9ponse, perd de plus en plus son sang-froid, cherche ses mots, balbutie, et l&rsquo;avocat g\u00e9n\u00e9ral, M.Jacomy, balbutie encore plus que lui. Les deux voyous, cependant, sont toujours l\u00e0, refusant de se nommer, et le grand bl\u00eame criant toujours : \u00ab Sous quelle loi que nous tombons ?&#8230; Sous quelle loi que nous tombons ?&#8230; Nous ne vous dirons pas nos noms ! \u00bb A la fin, l&rsquo;avocat g\u00e9n\u00e9ral se penche vers le pr\u00e9sident, b\u00e9gaye tout agit\u00e9 \u00ab\u00a0Sortons, monsieur le pr\u00e9sident\u00a0\u00bb et toute la Cour se l\u00e8ve et disparait pr\u00e9cipitamment&#8230;<\/p>\n<p>Un quart d&rsquo;heure plus tard, elle ren\u00adtrait, et les deux gamins disaient enfin leurs noms, mais les magistrats \u00e9taient verts, l&rsquo;avocat g\u00e9n\u00e9ral les priait de ne pas consid\u00e9rer l&rsquo;incident comme grave, et le pr\u00e9sident, \u00e9trangl\u00e9 par l&rsquo;\u00e9motion, rendait contre les deux anarchistes un jugement o\u00f9 il leur \u00e9tait d\u00e9clar\u00e9 qu&rsquo;ils s&rsquo;\u00e9taient mis dans le cas d&rsquo;encourir deux ans de prison, mais qu&rsquo;ils n&rsquo;\u00e9taient con\u00addamn\u00e9s, l&rsquo;un qu&rsquo;\u00e0 trois jours, et l&rsquo;au\u00adtre&#8230; \u00e0 rien. Il \u00e9tait acquitt\u00e9 ! Les trois jours \u00e9taient pour la t\u00eate de brute et l&rsquo;acquittement pour le grand bl\u00eame.<\/p>\n<p>Ces deux sentences, on ne les a pas entendues, tant la voix de M. Mariage avait fini par s&rsquo;\u00e9teindre, mais on les a retrouv\u00e9es sous son fauteuil et sous celui de l&rsquo;avocat de la R\u00e9publique.<\/p>\n<p>Tel a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;incident.<\/p>\n<p>Voici maintenant l&rsquo;affaire.<\/p>\n<p>Une s\u00e9rie de vols avec effraction, de pillages d&rsquo;h\u00f4tels et de maisons, \u00e9taient commis \u00e0 Paris et dans les environs, en 1888 et au commencement de 1889. Tous ces vols et tous ces pillages, en g\u00e9n\u00e9ral, \u00e9taient op\u00e9r\u00e9s la journ\u00e9e, et on y reconnaissait un m\u00eame proc\u00e9d\u00e9.<\/p>\n<p>Le 14 avril 1888. MM. Beaufils et Lelarge, demeurant 26, rue des Petits-Carreaux, s&rsquo;apercevaient \u00e0 sept heures du soir, en rentrant chez eux, que leur porte avait \u00e9t\u00e9 ouverte avec une fausse cl\u00e9 et trouvaient leur appartement d\u00e9\u00advalis\u00e9. Leurs valeurs, des actions et des obligations, avaient disparu. On avait \u00e9galement vol\u00e9 des bijoux, de l&rsquo;ar\u00adgent et des v\u00ealements.<\/p>\n<p>Le 24 mai suivant, dans l&rsquo;apr\u00e8s-midi, on s&rsquo;introduisait chez M. Delamotte, rue d&rsquo;Al\u00e9sia, 19, en faisant sauter la serrure de la porte d&rsquo;entr\u00e9e ; on fractu\u00adrait une armoire \u00e0 glace et on enle\u00advait des titres, des papiers et des bi\u00adjoux.<\/p>\n<p>Le 20 juin de la m\u00eame ann\u00e9e, une vieille femme de quatre-vingts ans, madame Huard, habitant Fontaine\u00adbleau, \u00e9tait pill\u00e9e dans des circonstan\u00adces identiques. On p\u00e9n\u00e9trait chez elle, la journ\u00e9e, et, \u00e0 l&rsquo;aide de fausses cl\u00e9s, on s&#8217;emparait de tous ses titres, de sa monnaie et d&rsquo;une tabati\u00e8re en argent.<\/p>\n<p>Le 1<sup>er<\/sup> ao\u00fbt, m\u00eame exp\u00e9dition, 6, rue de Milan, \u00e0 Paris, chez M. Clavel. Des voleurs fracturent la porte d&rsquo;entr\u00e9e de l&rsquo;appartement situ\u00e9 au rez-de-chauss\u00e9e, et d\u00e9m\u00e9nagent, par la fen\u00eatre, en plein jour, dans une voiture \u00e0 bras, l&rsquo;argen\u00adterie, les bijoux, toutes sortes d&rsquo;objets, et jusqu&rsquo;au coffre-fort. M. Clavel, seu\u00adlement, rentre sur ces entrefaites, crie au voleur, et le commissionnaire, un nomm\u00e9 Corsi, qui se sauvait avec la voiture bras, est rattrap\u00e9 dans la rue. Corsi est pris, les objets vol\u00e9s sont ra\u00admen\u00e9s \u00e0 leur propri\u00e9taire ; mais les vo\u00adleurs qui \u00e9taient dans l&rsquo;appartement avaient saut\u00e9 par la fen\u00eatre, sans qu&rsquo;on ait eu le temps de les voir.<\/p>\n<p>Treize jours apr\u00e8s, on envahissait l&rsquo;h\u00f4tel de M. et madame Escossura, rue de la Faisanderie, 21, et l\u00e0, on prenait des dentelles, des bijoux, des bibelots, de l&rsquo;argenterie, des \u00e9toffes, des toilettes de femme, et pour cent vingt mille francs de valeurs.<\/p>\n<p>Le 2 septembre, madame Morin est de m\u00eame d\u00e9valis\u00e9e, 197, rue Lafayette. Le rez-de-chauss\u00e9e, le premier et le deuxi\u00e8me \u00e9tage sont vid\u00e9s, les meubles bris\u00e9s, le coffre-fort sci\u00e9, les titres vo\u00adl\u00e9s. On fait m\u00eame une trou\u00e9e dans une cloison communiquant avec la cave, pour aller y prendre du vin&#8230; Et le m\u00eame 2 septembre, une dame Batailley, boulevard Saint-Jacques, 22, ne retrouve plus, en rentrant chez elle, une foule de petits objets de valeurs diverses, une montre, un bracelet, un m\u00e9daillon, etc&#8230; On n&rsquo;avait m\u00eame pas forc\u00e9 sa serrure, on avait p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 avec une double cl\u00e9.<\/p>\n<p>Le 11 novembre, des obligations de la Ville de Paris disparaissent de chez madame Descamps, rue de Montsouris num\u00e9ro 11 ; on a fractur\u00e9 la serrure de sa porte, et on a fait sauter le couver\u00adcle d&rsquo;une boite.<\/p>\n<p>Le 6 janvier 1889, une somme de 270 francs, des titres de Panama et divers objets sont vol\u00e9s chez M. Castandet, rue de Vanves, 19. On \u00e9tait venu pen\u00addant qu&rsquo;il \u00e9tait absent, et on avait frac\u00adtur\u00e9 les portes et les armoires.<\/p>\n<p>Le 17 suivant, on p\u00e9n\u00e9trait de m\u00eame chez mademoiselle Sergent, rue Cambronne, 99, et on emportait de l&rsquo;argent et des obligations de la Ville de Paris.<\/p>\n<p>Les voleurs, \u00e0 ce moment-l\u00e0, apr\u00e8s ces exp\u00e9ditions r\u00e9p\u00e9t\u00e9es, paraissent se reposer cinq mois. La police, jusqu&rsquo;au mois de juin, ne re\u00e7oit plus de d\u00e9clara\u00adtions de pillages pouvant leur \u00eatre attri\u00adbu\u00e9s, mais le 10 juin la campagne re\u00adprend et, ce jour-l\u00e0, M. Berrard, en re\u00advenant d\u00eener chez lui, 7, rue Affre, trouve sa porte ouverte, un secr\u00e9taire fractur\u00e9, un coffret \u00e0 bijoux bris\u00e9. Des titres de toutes sortes lui avaient \u00e9t\u00e9 enlev\u00e9s.<\/p>\n<p>Enfin, deux jours plus tard, le 12, un artiste peintre, M. Ricault, habitant Courbevoie, est victime d&rsquo;un vol qui semble accompli par un escamoteur. Propri\u00e9taire de deux pavillons, il ha\u00adbite l&rsquo;un, et loue l&rsquo;autre. Deux per\u00adsonnes, un monsieur et une dame, viennent le voir, et demandent \u00e0 visiter le pavillon \u00e0 louer. Il les conduit, la vi\u00adsite dure environ une demi-heure, et quand il revient, son domicile est \u00e0 sac. La porte d&rsquo;entr\u00e9e, un secr\u00e9taire, un petit bureau, une armoire \u00e0 glace avaient \u00e9t\u00e9 forc\u00e9s, et un grand nombre d&rsquo;objets n&rsquo;\u00e9taient plus l\u00e0.<\/p>\n<p>Le 18 juin suivant, cependant, M. Goron et ses agents arr\u00eataient un matin un nomm\u00e9 Pini, dit Poggi, dit Au\u00adguste, dit Mazuchi, dit l&rsquo;Africain. L&rsquo;ar\u00adrestation de Pini \u00e9tait motiv\u00e9e par une demande d&rsquo;extradition du gouverne\u00adment italien form\u00e9e contre lui en rai\u00adson d&rsquo;un assassinat. On fouille alors le domicile de Pini et on y d\u00e9couvre tout un arsenal de voleur, des pinces-monseigneurs, des trousseaux de fausses-clefs, de la cire \u00e0 empreintes. En m\u00eame temps, on arr\u00eate aussi un nomm\u00e9 Fabre, puis, sur les r\u00e9v\u00e9lations de ce dernier, deux anarchistes belges, Placide et Ju\u00adlien Schouppe, le premier avec sa femme, le second avec sa ma\u00eetresse, une fille Saenen, Belge comme eux, et on surprend alors, \u00e0 leurs domiciles, une grande partie des objets vol\u00e9s par\u00adtout depuis plus d&rsquo;un an dans les ap\u00adpartements, les maisons et les h\u00f4tels&#8230;<\/p>\n<p>Aussi, vous pouvez vous figurer ce qu&rsquo;on voit aujourd&rsquo;hui de pi\u00e8ces \u00e0 con\u00adviction accumul\u00e9es sur la table, les bancs et le parquet devant le tribu\u00adnal. Ce sont des tas, des monceaux, tout un magasin de brocanteur ! Voil\u00e0 des malles, des valises \u00e9l\u00e9gantes, un sac de voyage en peau de requin, des bouteilles, un r\u00e9chaud d&rsquo;argent, une presse \u00e0 copier, une pendule en bronze dor\u00e9 avec une berg\u00e8re dessus, des \u00e9crins d&rsquo;argenterie, des lorgnettes, des cannes, des ombrelles, des parapluies une carabine de salon, puis des ciseaux \u00e0 froids, d&rsquo;\u00e9normes pinces, des trous\u00adseaux de cl\u00e9s, de grands paquets nou\u00e9s dans des draps, de larges paniers fer\u00adm\u00e9s par des toiles cousues, puis encore les malles o\u00f9 on lit :<em> fragile<\/em>, et partout des \u00e9tiquettes, et, au milieu de tout cela, pr\u00e8s d&rsquo;un crochet de commis\u00adsionnaire, le portrait lac\u00e9r\u00e9, souill\u00e9 et guillotin\u00e9 du petit enfant !<\/p>\n<p>A demain l&rsquo;interrogatoire des accus\u00e9s et los d\u00e9positions des t\u00e9moins.<\/p>\n<p><em>MAURICE TALMEYR<\/em><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/pini-bil-blas-06-novembre-1889.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3217\" title=\"Pini dans Gil-Blas 06 novembre 1889\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/pini-bil-blas-06-novembre-1889.jpg\" alt=\"\" width=\"195\" height=\"73\" \/><\/a><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">Gil Blas, n\u00b03642, 07 novembre 1889\u00a0:<\/span><\/strong><\/p>\n<p>LE MONDE JUDICIAIRE<\/p>\n<p>LA BANDE PINI<\/p>\n<p>La bande, \u00e0 en juger par les pillages incessants commis pendant aussi long\u00adtemps dans tous les quartiers de Paris, devait \u00eatre fort nombreuse, et plusieurs des bandits se trouvent sans aucun doute dans la partie d\u00e9guenill\u00e9e et in\u00adsolente de l&rsquo;assistance qui soutient les accus\u00e9s par ses signes et ses sourires, mais les accus\u00e9s eux-m\u00eames ne sont que cinq. On ne voit, entre les munici\u00adpaux, que Pini, Placide Shouppe, la femme Shouppe, Julien Schouppe et la fille Sa\u00ebnen. Fabre est mort pendant l&rsquo;instruction.<\/p>\n<p>Pini a une trentaine d&rsquo;ann\u00e9es. C&rsquo;est un gar\u00e7on oliv\u00e2tre, trapu et gesticu\u00adlant, avec une petite moustache noire, un long nez, un gros menton, un rire brid\u00e9 et de petits yeux de jais dans des paupi\u00e8res Bouilles. Il porte un veston noir, un col plat, un n\u0153ud de cravate marron clair et un gilet \u00e0 boutons d&rsquo;acier. Il a l&rsquo;air d&rsquo;un d\u00e9put\u00e9 ouvrier du Midi.<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Lorsqu&rsquo;on vous a arr\u00eat\u00e9, lui de\u00admande le Pr\u00e9sident, vous \u00e9tiez depuis longtemps recherch\u00e9 par la police ?<\/p>\n<p>Pini, \u00e0 cette question, ne r\u00e9pond rien&#8230; Il se contente de rire, en regar\u00addant ses amis de la salle et en frisant le bout de sa moustache.<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 On a fini cependant par vous pren\u00addre, continue M. Mariage, et au mo\u00adment de votre arrestation, vous avez fait le fou&#8230;<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Le fou ! le fou ! s&rsquo;\u00e9crie \u00e0 ce mot Pini avec sa voix roulante d&rsquo;Italien mangeur d&rsquo;oignons, le fou ! Comment, le fou ! J&rsquo;ai dit aux sales gens qui m&rsquo;a\u00advaient arr\u00eat\u00e9 que je n&rsquo;avais rien \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 des gens aussi sales qu&rsquo;eux !<\/p>\n<p>Voil\u00e0 tout<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 C&rsquo;est donc de sang-froid que vous avez r\u00e9pondu : \u00ab Je suis Jean, fils de la terre \u00bb\u00a0?<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Eh oui ! Fils de la Terre ! roule l&rsquo;anarchiste en devenant proph\u00e9tique, eh oui ! Je souis le Fils de la Terre ! La Terre, c&rsquo;est la Natoure, et la Natoure, c&rsquo;est ma m\u00e8re !<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Voici la liste des objets saisis chez vous, poursuit cependant le pr\u00e9si\u00addent.<\/p>\n<p>En m\u00eame temps, il lit une nomencla\u00adture d\u00e9taill\u00e9e mentionnant, entre au\u00adtres choses, des pinces-monseigneurs, des proclamations anarchistes, des obli\u00adgations de chemins de fer et des certificats en langue hollandaise&#8230; L&rsquo;\u00e9num\u00e9ration est longue, et l&rsquo;accus\u00e9, \u00e0 me\u00adsure qu&rsquo;elle se d\u00e9roule, rit, se dandine, cligne de l&rsquo;\u0153il du c\u00f4t\u00e9 des amis. Mais le pr\u00e9sident ach\u00e8ve sa lecture, lui rap\u00adpelle qu&rsquo;il avait aussi chez lui des cos\u00adtumes de femme, et lui demande brus\u00adquement :<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Vous n&rsquo;\u00eates pas mari\u00e9 ?<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Comment ? fait \u00e0 ce moment Pini en cessant de rire&#8230; Qu&rsquo;est-ce que vous dites ?<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Je dis : \u00ab Vous n&rsquo;\u00eates pas mari\u00e9 ? \u00bb<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Mari\u00e9 ! moi ?&#8230; Ah ! mais non ! Il ne manquerait plus que j&rsquo;aie une fem\u00adme !<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Mais, dites-moi, reprend M. Ma\u00adriage en suivant le dossier, vous avez habit\u00e9 \u00e0 une \u00e9poque avec certains de vos complices, et notamment avec le jeune Julien Schouppe, dans une mai\u00adson o\u00f9 demeuraient aussi des reli\u00adgieuses et qui appartient \u00e0 un \u00e9v\u00eaque italien ?<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Oui !<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0Et vous aviez l\u00e0 un logement somptueux ? Pourquoi aviez-vous pris cet appartement ?<\/p>\n<p>Pini, ici, tout en riant de son rire brid\u00e9, r\u00e9pond dans un baragouinement inintelligible, comme s&rsquo;il s&rsquo;\u00e9tait mis tout \u00e0 coup \u00e0 parler une langue \u00e9tran\u00adg\u00e8re.<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 On ne vous comprend pas, inter\u00adrompt M. Mariage, qu&rsquo;est-ce que vous dites ?&#8230;<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ce que je dis ?&#8230; s&rsquo;\u00e9crie Pini avec une brusque expression d&rsquo;inso\u00adlence.<\/p>\n<p>Et accentuant son rire, et d\u00e9tachant bien ses mots :<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Je dis,<strong><em> <\/em><\/strong><em>mous\u00eeeur<\/em><em> <\/em>le pr\u00e9sident, que je voulais avoir un plou bel appartement, afin de mieux tromper les gens, oui<strong><em> <\/em><\/strong><em>mousieur<\/em> le pr\u00e9sident !<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Vous \u00eates cynique, r\u00e9pond le pr\u00e9\u00adsident&#8230; Mais que faisaient vos pa\u00adrents ?<\/p>\n<p>Le poing de Pini, \u00e0 cette question, s&rsquo;abat sur le rebord du banc, et il crie en s&rsquo;agitant :<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ils ont toujours travaill\u00e9 et sont morts dans la mis\u00e8re, et voil\u00e0 pourquoi je vole !<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Non, ils ne sont pas morts, r\u00e9pond encore le pr\u00e9sident, car votre p\u00e8re vit toujours&#8230; Et vous avez m\u00eame encore une s\u0153ur, mais elle est devenue folle en apprenant l&rsquo;assassinat que vous avez commis en Italie.<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ah !&#8230; \u00e7a, c&rsquo;est une oune blague ! ricane alors de nouveau Pini.<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Tenez, vous n&rsquo;\u00eates qu&rsquo;un simple malfaiteur, un vulgaire voleur, un vul\u00adgaire rec\u00e9leur !<\/p>\n<p>Mais l&rsquo;Italien se redresse de nou\u00adveau et r\u00e9plique en s&rsquo;exaltant :<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Je r\u00e9couse ! Je r\u00e9couse ! Et je vaux mieux que toutes vos sales gens et vos sales types, et toute votre sale soci\u00e9t\u00e9 ! Elle pousse aux d\u00e9lits, et vous arr\u00eate ensuite pour un morceau de pain\u00a0!<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Et vous, vous vous faites gloire de voler ?<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Parfaitement, et par conviction !<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Et tous ces crimes relev\u00e9s contre vous dans l&rsquo;instruction, tous ces vols, tous ces pillages, vous les avez bien commis ? Vous les reconnaissez bien ?<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Oui, j&rsquo;ai commis tous ceux qui sont dans mes id\u00e9es !<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 C&rsquo;est bien, asseyez-vous.<\/p>\n<p>Placide Schouppe est un autre genre de com\u00e9dien. Doucereux, p\u00e2le, bien habill\u00e9, il a des mani\u00e8res de jeune s\u00e9\u00adminariste et une belle jaquette brune en \u00e9toffe soyeuse sur laquelle il a l&rsquo;air d&rsquo;avoir peur qu&rsquo;on ne fasse des taches. Il r\u00e9pond poliment, en se vo\u00fbtant l\u00e9g\u00e8\u00adrement et en inclinant la t\u00eate, avec une hypocrisie suave, un geste de conf\u00e9\u00adrencier religieux, et un petit z\u00e9zaie\u00adment. C&rsquo;est un Belge, et il a quelque chose de follement susceptible en m\u00eame temps que d&rsquo;eccl\u00e9siastique. Avec sa fi\u00adgure mince et glabre o\u00f9 les yeux sont enfonc\u00e9s, on le dirait \u00e0 la lois d&rsquo;une humilit\u00e9 fondante et d&rsquo;une vanit\u00e9 f\u00e9\u00adroce.<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Placide Schouppe, dit le pr\u00e9si\u00addent, vous avez fait la connaissance de Pini \u00e0 Montrouge, dans un caf\u00e9, et \u00e0 partir de ce jour-l\u00e0, vous avez cess\u00e9 de travailler. Mais on pouvait d\u00e9j\u00e0 suspec\u00adter votre honn\u00eatet\u00e9 lorsque vous \u00e9tiez ouvrier. Vos camarades d&rsquo;atelier se plaignaient de disparitions d&rsquo;outils con\u00adtinuelles. On ne pouvait pas vous accuser, mais apr\u00e8s votre d\u00e9part ces dis\u00adparitions ont cess\u00e9.<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Monsieur le pr\u00e9sident, r\u00e9pond Pla\u00adcide en se courbant, ze n&rsquo;ai zamais pris d&rsquo;outils.<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Et comment donc, au moment m\u00eame o\u00f9 vous avez cess\u00e9 tout travail, vous \u00eates-vous subitement trouv\u00e9 dans l&rsquo;aisance ?<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 J&rsquo;avais des \u00e9conomies, susurre Pla\u00adcide.<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Et vos relations ? Elles \u00e9taient bien f\u00e2cheuses ! Outre Pini, vous fr\u00e9quen\u00adtiez encore un nomm\u00e9 Barbier, voleur avec effraction, et vous \u00e9tiez m\u00eame tous les deux tellement intimes, que vous faisiez habiller votre ami par votre tailleur&#8230; Enfin, vous r\u00e9pondrez \u00e0 ceci. Vous avez habit\u00e9 boulevard Saint-Jacques un appartement qui a \u00e9t\u00e9 ensuite d\u00e9valis\u00e9 et dont vous aviez emport\u00e9 la cl\u00e9 en vous en allant.<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 C&rsquo;\u00e9tait un oubli, monsieur le pr\u00e9\u00adsident.<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ah!&#8230; Et dites-moi&#8230; Vous \u00eates all\u00e9 \u00e0 Londres, n&rsquo;est-ce pas ?<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Oui.<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Et n&rsquo;aviez-vous pas emmen\u00e9 votre femme ?<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Oui.<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Et qu&rsquo;alliez-vous faire \u00e0 Londres ?<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 J&rsquo;allais me rendre compte d&rsquo;une invention \u00e0 propos d&rsquo;une lampe, mon\u00adsieur le pr\u00e9sident.<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Eh bien ! non, Placide, non,\u00a0 &#8211; et Placide, tout en protestant, s&rsquo;incline pendant ce temps-l\u00e0 toujours respec\u00adtueusement dans sa belle jaquette, &#8211; non, vous n&rsquo;alliez pas \u00e0 Londres pour une lampe&#8230; Vous y alliez pour n\u00e9go\u00adcier des valeurs vol\u00e9es, et l&rsquo;individu \u00e0 qui vous les aviez n\u00e9goci\u00e9es vous a m\u00eame gris\u00e9 dans un public-house et vous en a repris l&rsquo;argent.<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Oh ! pardon, pardon, s&rsquo;\u00e9crie alors en s&rsquo;animant Placide Schouppe, tout agit\u00e9 par un froissement nerveux \u00e0 la pens\u00e9e qu&rsquo;il devient ridicule, je vous demande bien pardon, monsieur le pr\u00e9\u00adsident, bien pardon !&#8230; On ne m&rsquo;a ja\u00admais gris\u00e9 et on ne m&rsquo;a jamais vol\u00e9.<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Soit !&#8230; En attendant, \u00e9coutez !&#8230;<\/p>\n<p>Et le pr\u00e9sident, comme il l&rsquo;avait fait pour Pini, donne lecture des objets trouv\u00e9s chez Placide Schouppe. La liste en est interminable, et plus lon\u00adgue encore que l&rsquo;autre ! Outre des ac\u00adtions et des obligations, on y voit des pi\u00e8ces de toile, des coupons de calicot, des boites de carton renfermant des tubes de couleurs, des balances pour peser le diamant, des corsages de fem\u00admes, des jupes de dentelle, des bijoux, des colliers, des services complets, des bibelots sans nombre. Placide poss\u00e9\u00addait tout un mus\u00e9e, et ce mus\u00e9e n&rsquo;\u00e9tait compos\u00e9 que de choses et de richesses prises dans les maisons et les h\u00f4tels pill\u00e9s.<\/p>\n<p>C&rsquo;est terriblement concluant, mais l&rsquo;anarchiste belge ne veut pas n\u00e9an\u00admoins \u00eatre battu, et de sa voix douce\u00adreuse, un peu plus s\u00e8che pourtant, et qui devient saccad\u00e9e, il z\u00e9zaie\u00a0:<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Monsieur le pr\u00e9sident, z&rsquo;\u00e9tait M. Pini qui m&rsquo;avait donn\u00e9 tout \u00e7a et qui l&rsquo;avait mis chez moi. Je ne savais pas que c&rsquo;\u00e9tait vol\u00e9, je ne le savais pas ! M. Pini me disait qu&rsquo;il azetait tout \u00e7a au Mont-de-Pi\u00e9l\u00e9 et ze le voyais toujours, en effet, \u00e0 l&rsquo;H\u00f4tel des ventes !&#8230; Z&rsquo;ai toujours travaill\u00e9, monsieur le pr\u00e9si\u00addent, oui, toujours travaill\u00e9, et ze suis un travailleur !<\/p>\n<p>Et Placide Schouppe se rassied, et voil\u00e0 maintenant la femme Schouppe, une Belge comme son mari !<\/p>\n<p>Mais on ne distingue d&rsquo;elle qu&rsquo;une forme noire, une figure bouffie et ron\u00adde, toute rouge et reluisante de larmes, envelopp\u00e9e dans une mantille noire, et un lamentable filet de voix sort de ce visage cramoisi et g\u00e9missant&#8230; Elle n&rsquo;est qu&rsquo;une pauvre ouvri\u00e8re passementi\u00e8re, une travailleuse comme son mari est un travailleur et bien honn\u00eate ! Elle portait, il est vrai, les jupons bro\u00add\u00e9s, les bas de soie, les mantelets \u00e0 plastrons de dentelle des dames d\u00e9va\u00adlis\u00e9es, mais elle croyait que son mari \u00e9tait ing\u00e9nieur et gagnait cinq mille francs par an&#8230; Et puis il y avait M. Pini&#8230; Et M. Pini donnait beaucoup, et tout le monde savait que M. Pini gagnait dans les vingt et vingt-cinq francs par jour ! Il y a enfin des choses v\u00e9ritablement bien malheureuses&#8230;<\/p>\n<p>Et madame Schouppe s&rsquo;effondre dans son mouchoir, pendant que Julien Schouppe, le jeune fr\u00e8re de Pla\u00adcide, se l\u00e8ve \u00e0 son tour, appel\u00e9 par le pr\u00e9sident.<\/p>\n<p>Ah ! Il est charmant, celui-l\u00e0 ! On di\u00adrait un androgyne. Il a bien un menton de galoche et le nez en l&rsquo;air et de tra\u00advers, mais il poss\u00e8de en m\u00eame temps de grands yeux bleus \u00e0 longs cils, une belle chevelure cr\u00e9pue et bouffante, et tout cela lui donne un air de jolie fille qui aurait une t\u00eate un peu forte. Son costume, en m\u00eame temps, le fait origi\u00adnalement valoir. C&rsquo;est un \u00e9trange complet gris blanc, flottant, large, devant lequel on pense \u00e0 un bizarre v\u00eatement d&rsquo;homme imagin\u00e9 pour une femme-peintre par un tailleur fantaisiste. Et il faut le voir, l\u00e0-dedans, le petit Schoup\u00adpe, pendant qu&rsquo;on l&rsquo;interroge. Il mi\u00adnaude, tortille ses hanches, penche de c\u00f4t\u00e9 sa t\u00eate frisott\u00e9e, l\u00e8ve ses grands yeux vers le ciel et fait des effets de cils sur ses joues.<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Julien Schouppe, lui dit le pr\u00e9si\u00addent, on a trouv\u00e9 chez vous, dans votre malle, un uniforme de grenadier belge, et vous \u00eates, en effet, un d\u00e9serteur belge&#8230; Dans quelles circonstances \u00eates-vous venu en France ?<\/p>\n<p>Le grenadier, alors, se met \u00e0 caque\u00adter, et il y a de tout dans son accent, du susurrement anglais, de 1&rsquo;\u00e2pr\u00eat\u00e9 alle\u00admande, de la langueur russe, et tout cela \u00e9trangement fondu dans une in\u00adtonation braban\u00e7onne. Il est impossi\u00adble, seulement, au milieu de son babil\u00adlage, de saisir nettement ce qu&rsquo;il dit. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un enfant qu&rsquo;il a eu dans son pays, de la fille Saenen avec laquelle il est parti, d&rsquo;une autre ma\u00eetresse qu&rsquo;il a quitt\u00e9e, de Dunkerque o\u00f9 il a pass\u00e9, de lettres qui lui ont fait de la peine, et de l&rsquo;H\u00f4tel de Tournai o\u00f9 il est arriv\u00e9 sous le nom de sa m\u00e8re par le train de qua\u00adtre heures vingt-cinq.<\/p>\n<p>Il y a cependant une chose certaine, c&rsquo;est qu&rsquo;il habitait au milieu des objets vol\u00e9s. Pini avait fait mettre \u00e0 son nom la location chez l&rsquo;\u00e9v\u00eaque italien, l&rsquo;avait install\u00e9 l\u00e0 dans les splendeurs qu&rsquo;il rapportait de tous les coins de Paris, et dans ce qui paraissait \u00eatre plus parti\u00adculi\u00e8rement les affaires du joli Julien, savez-vous ce qu&rsquo;on avait retrouv\u00e9, au milieu de beaucoup d&rsquo;autres choses ?&#8230; Des bas de soie noire avec des pinces monseigneur.<\/p>\n<p>Et le petit Schouppe se tortille tou\u00adjours, agite gentiment ses mains, pro\u00adteste de son innocence. Il ignorait les vols de Pini ! Il pensait pouvoir accepter tous ces cadeaux ! Et il d\u00e9\u00adclara, avec ses grands beaux yeux, en abaissant ses longs cils, qu&rsquo;il croyait tout cela bien acquis&#8230;<\/p>\n<p>La fille Sa\u00ebnen, enfin, est aussi in\u00adterrog\u00e9e et, comme la femme Schouppe, elle porte une mantille noire, dont elle s&rsquo;est envelopp\u00e9e la t\u00eate. Elle, seule\u00adment, elle ne pleure pas. Sous l&rsquo;esp\u00e8ce de ch\u00e2le qui lui encapuchonne le vi\u00adsage, elle montre effront\u00e9ment un grand front d\u00e9couvert, deux grosses l\u00e8vres rouges, deux yeux fixes et bleus, et lorsque le pr\u00e9sident la questionne, elle r\u00e9pond \u00e0 son tour, avec tranquillit\u00e9, qu&rsquo;elle ne savait rien, mais rien, rien ! Elle ignorait tout, absolument tout ! Elle croyait, elle aussi, aux achats au Mont-de-Pi\u00e9t\u00e9, aux reventes de l&rsquo;H\u00f4\u00adtel Drouot !<\/p>\n<p>Il y avait, pour d\u00e9fendre cette bande distingu\u00e9e, toute une brillante r\u00e9union d&rsquo;avocats, M<sup>es<\/sup> Fernand Labori, Comby, Henry Robert, Morillot, Jassada&#8230;<\/p>\n<p>Mais il y avait aussi un Jury pour la condamner, et voici le sort fait aux personnages avec qui nous avons fait connaissance :<\/p>\n<p>Pini a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 vingt ans de travaux forc\u00e9s, Placide Schouppe \u00e0 dix ans, le petit Schouppe cinq ans, la fille Sa\u00ebnen \u00e0 deux ans de prison, et la fem\u00adme Schouppe, celle qui pleurait tant, a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d&rsquo;un acquittement.<\/p>\n<p>Les larmes, on le voit, ne sont pas toujours perdues.<\/p>\n<p><em>MAURICE TALMEYR<\/em><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/logo-le-temps.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3261\" title=\"logo Le Temps\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/logo-le-temps-300x68.jpg\" alt=\"\" width=\"177\" height=\"40\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/logo-le-temps-300x68.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/logo-le-temps.jpg 377w\" sizes=\"(max-width: 177px) 100vw, 177px\" \/><\/a><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">Le Temps, n\u00b010411, 07 novembre 1889\u00a0:<\/span><\/strong><\/p>\n<p>TRIBUNAUX<\/p>\n<p>La bande Pini.\u00a0 &#8211; Ses th\u00e9ories anarchistes ont valu \u00e0 Pini, de la part du jury de la Seine, un ver\u00addict sans att\u00e9nuation, qui a entra\u00een\u00e9 sa condamna\u00adtion \u00e0 vingt ans de travaux forc\u00e9s.<\/p>\n<p>Pini, trouvant sans doute que ses r\u00e9ponses, au cours de l&rsquo;interrogatoire, n&rsquo;\u00e9taient pas suffisantes pour \u00e9clairer la cour sur ses sentiments \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de 1&rsquo;\u00ab inf\u00e2me bourgeoisie \u00bb, avait, apr\u00e8s la plaidoi\u00adrie de M<sup>e<\/sup> Labori, demand\u00e9 \u00e0 d\u00e9velopper sa pens\u00e9e. Mais M. le pr\u00e9sident Mariage a jug\u00e9 inutile ce d\u00e9\u00adveloppement et lui a refus\u00e9 la parole.<\/p>\n<p>Un anarchiste, peu satisfait d&rsquo;avoir entendu M<sup>e <\/sup>Labori traiter de chim\u00e8res les conceptions sociales de son client, a sollicit\u00e9, lui aussi, par un court billet adress\u00e9 au \u00ab citoyen pr\u00e9sident \u00bb, l&rsquo;honneur d&rsquo;exposer la doctrine anarchiste. Sa demande qui, du reste, ne portait aucune signature, n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 mieux accueillie que celle de Pini.<\/p>\n<p>Voici, au surplus, ce document : <em>Citoyen pr\u00e9sident,<\/em><\/p>\n<p><em>Les voil\u00e0, vos lois ; les voil\u00e0, vos institutions ; le voil\u00e0 votre syst\u00e8me !<\/em><\/p>\n<p><em>Notre doctrine, notre foi, notre religion, le d\u00e9fenseur m\u00eame de l&rsquo;accus\u00e9 l&rsquo;appelle une chim\u00e8re !<\/em><\/p>\n<p><em>Pourquoi ne nous laisse-t-on pas r\u00e9pondre ?<\/em><\/p>\n<p><em>Pourquoi ?<\/em><\/p>\n<p><em>Pourtant votre Code a pr\u00e9vu le cas. Un ami de l&rsquo;ac\u00adcus\u00e9, avec la permission du pr\u00e9sident, peut parler pour l&rsquo;accus\u00e9, m\u00eame si cet ami n&rsquo;est pas avocat.<\/em><\/p>\n<p><em>Voulez-vous user du droit que la loi vous conf\u00e8re ?<\/em><\/p>\n<p><em>Voulez-vous que je parle et que je prouve que nous ne poursuivons pas une chim\u00e8re et que Pini a raison ? Raison dans ce qu&rsquo;il dit, raison dans ce qu&rsquo;il fait, raison dans ce qu&rsquo;il attend ! Donnez-moi la parole, c&rsquo;est dans votre loi\u00a0!<\/em><\/p>\n<p><em>UN ANARCHISTE.<\/em><\/p>\n<p>Les complices de Pini, Placide Schouppe, Julien Schouppe et la fille Sa\u00ebnen ont \u00e9t\u00e9 respectivement condamn\u00e9s, pour leur part, \u00e0 dix et cinq ans de travaux forc\u00e9s, et \u00e0 deux ans de prison.<\/p>\n<p>La femme Schouppe a \u00e9t\u00e9 acquitt\u00e9e.<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Plus vous me frapperez, plus vous me ferez plaisir. Prenez ma t\u00eate ! avait r\u00e9pondu m\u00e9lodramatiquement Pini \u00e0 la question du pr\u00e9sident relative \u00e0 l&rsquo;application de la peine.<\/p>\n<p>Et quand il s&rsquo;est retir\u00e9, emmen\u00e9 par les gardes, il a cri\u00e9 : \u00ab Vive l&rsquo;anarchie ! Mort aux voleurs ! \u00bb<\/p>\n<p>Ce qui a doucement \u00e9gay\u00e9 l&rsquo;auditoire.<\/p>\n<p><!--[if gte mso 9]><xml> Normal   0         21         false   false   false      FR   X-NONE   X-NONE <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 9]><xml> <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 10]>\n\n\n\n<style>\n \/* Style Definitions *\/\n table.MsoNormalTable\n\t{mso-style-name:\"Tableau Normal\";\n\tmso-tstyle-rowband-size:0;\n\tmso-tstyle-colband-size:0;\n\tmso-style-noshow:yes;\n\tmso-style-priority:99;\n\tmso-style-parent:\"\";\n\tmso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;\n\tmso-para-margin-top:0cm;\n\tmso-para-margin-right:0cm;\n\tmso-para-margin-bottom:10.0pt;\n\tmso-para-margin-left:0cm;\n\tline-height:115%;\n\tmso-pagination:widow-orphan;\n\tfont-size:11.0pt;\n\tfont-family:\"Calibri\",\"sans-serif\";\n\tmso-ascii-font-family:Calibri;\n\tmso-ascii-theme-font:minor-latin;\n\tmso-hansi-font-family:Calibri;\n\tmso-hansi-theme-font:minor-latin;\n\tmso-fareast-language:EN-US;}\n<\/style>\n\n<![endif]--><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La presse s&rsquo;est mass\u00e9e pendant deux jours dans la salle d&rsquo;audiences de la cour d&rsquo;assisses de la Seine pour voir le ph\u00e9nom\u00e8ne. Mais, dans le cadre de l&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9 et de la x\u00e9nophobie galopantes, l&rsquo;anarchisme de Vittorio Pini ne pouvait constituer qu&rsquo;une des toiles de fond d&rsquo;une sc\u00e9nographie orchestr\u00e9es d&rsquo;avance. 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