{"id":3257,"date":"2013-09-21T01:10:28","date_gmt":"2013-09-20T23:10:28","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=3257"},"modified":"2013-09-21T05:23:09","modified_gmt":"2013-09-21T03:23:09","slug":"benjamin-alexandre-paul-et-les-autres","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2013\/09\/benjamin-alexandre-paul-et-les-autres\/","title":{"rendered":"Benjamin, Alexandre, Paul et les autres"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/dieudonne-et-deboe-embraquement-bagne-copier.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2985\" title=\"dieudonne-et-deboe-embraquement-bagne\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/dieudonne-et-deboe-embraquement-bagne-copier-300x193.jpg\" alt=\"\" width=\"243\" height=\"156\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/dieudonne-et-deboe-embraquement-bagne-copier-300x193.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/dieudonne-et-deboe-embraquement-bagne-copier.jpg 640w\" sizes=\"(max-width: 243px) 100vw, 243px\" \/><\/a>A \u00a0<em>C&rsquo;est-toi-qui-dit-qui-est<\/em>, Benjamin est un champion, un as, un ma\u00eetre in\u00e9gal\u00e9. Monsieur anime un de ces nombreux sites internet et autres blogs sur le bagne o\u00f9 l&rsquo;involontaire dr\u00f4lerie finit fatalement par \u00e9dulcorer les grincements de dents qu&rsquo;ils peuvent provoquer, d&rsquo;abord par les nombreuses erreurs que l&rsquo;on peut y trouver, ensuite par les multiples a priori et propos partisan. Certes nous pourrions objecter que la science historique est tout sauf un regard objectif sur le pass\u00e9. Certes, encore, on pourrait affirmer que le Jacoblog ne s&#8217;embarrasse pas non plus de parti pris. Mais, \u00e0 trop vouloir s&rsquo;essayer \u00e0 la critique n\u00e9vrotique et obsessionnelle \u00e0 tout crin, sous pr\u00e9texte d&rsquo;approcher l&rsquo;inaccessible V\u00e9rit\u00e9, nous en savons certains qui se sont br\u00fbl\u00e9s les ailes et d&rsquo;autre qui comme Atlas ont fini par porter le globe comme on porte tous les malheurs du Monde. Benji risque fort de se prendre les pieds dans le tapis &#8230; normal quand ces derniers doivent supporter un boulet. De bagnard bien s\u00fbr.<!--more--><\/p>\n<p>Au mois d&rsquo;avril et mai dernier, il offre \u00e0 ses lecteurs la biographie de quelques-unes des figures anarchistes qui auraient fait les riches heures des camps guyanais\u00a0: Roussenq, Dieudonn\u00e9, Duval et Jacob. La plume, lourde, quelque peu en froid avec l&rsquo;orthographe qui, elle n&rsquo;est pas une science (notamment lorsqu&rsquo;il mentionne les historiens Gofroy et E.Pierre au lieu de Godfroy et M.Pierre\u00a0!), Ben reprend all\u00e8grement les informations donn\u00e9es dans Wikicaca et &#8230; dans le Jacoblog, les qualifiant de \u00ab\u00a0sources non attest\u00e9e\u00a0\u00bb ou encore qui \u00ab\u00a0refont l&rsquo;histoire a posteriori\u00a0\u00bb\u00a0!!! Nous avons toutefois pris soin en commentaire de lui faire remarquer qu&rsquo;il conviendrait de citer les dites sources vilipend\u00e9es et pourtant largement reprise sans utilisation de guillemets. Mais\u00a0 le quidam ne sait pas non plus compter\u00a0: Alexandre Jacob aurait pass\u00e9 quatorze ans au bagne. Il affirme encore l&rsquo;impossibilit\u00e9 des tentatives d&rsquo;\u00e9vasions de l&rsquo;honn\u00eate bagnard Barrabas car six personnes qui ont vu eet v\u00e9cu le bagne lui ont dit que cela ne se pouvait\u00a0! Notre ami Benjamin est donc l&rsquo;homme qui a vu l&rsquo;homme qui a vu l&rsquo;ours. Seulement &#8230; il n&rsquo;y a pas d&rsquo;ours en Guyane. Il y a juste quelques comiques sur la\u00a0 toile et, l\u00e0, c&rsquo;est un v\u00e9ritable festival d&rsquo;humour (voir les passages mis en gras) que bagnedeguyane vient nous offrir.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/paul-roussenq-apres-sa-liberation.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-436\" title=\"Paul Roussenq apr\u00e8s sa liberation\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/paul-roussenq-apres-sa-liberation.jpg\" alt=\"Paul Roussenq apr\u00e8s sa lib\u00e9ration\" width=\"173\" height=\"152\" \/><\/a>Le bagne de Guyane<\/p>\n<p>http:\/\/www.bagnedeguyane.fr\/archives\/2013\/04\/09\/26884952.html<\/p>\n<p><strong>09 avril 2013<\/strong><\/p>\n<p><strong>Figures du bagne &#8211; Paul Roussenq, le grand R\u00e9volt\u00e9 (1885 &#8211; 1949)<\/strong><\/p>\n<p>Roussenq, grand r\u00e9volt\u00e9 <strong>devenu \u00ab\u00a0th\u00e9oricien de l&rsquo;Anarchie\u00a0\u00bb<\/strong> (mais<strong> contrairement \u00e0 d&rsquo;autres<\/strong> <strong>il avait pay\u00e9 suffisamment cher ses galons en la mati\u00e8re<\/strong>) est sans doute <strong>une des figures les plus attachantes du bagne<\/strong>. Peu nombreux sont les individus qu&rsquo;une machine judiciaire aveugle broya avec un tel acharnement.<\/p>\n<p>Le \u00ab\u00a0matricule 37.664\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Fils unique de Henri Roussenq, journalier agricole dans les vignes de saint-Gilles du Gard et de Madeleine P\u00e9louzet, brillant \u00e9l\u00e8ve malgr\u00e9 un milieu peu stimulant, il supporte mal l&rsquo;autorit\u00e9 de son p\u00e8re. <strong>Des sources non attest\u00e9es par l&rsquo;int\u00e9ress\u00e9<\/strong> affirment que d\u00e8s quatorze ans, il fut s\u00e9duit par les id\u00e9es libertaires, dont il eut connaissance par la presse.\u00a0 Seulement il est douteux qu&rsquo;un adolescent provincial ait eu l&rsquo;opportunit\u00e9, <strong>comme cela fut \u00e9nonc\u00e9 lors de reconstructions diverses du personnage<\/strong>, de conna\u00eetre les \u00e9crits de penseurs et militants tels que Fernand Pelloutier ou \u00c9mile Pouget qui pronaient le retour aux sources d&rsquo;un mouvement ouvrier qui cadrait avec la doctrine de Bakounine, le d\u00e9veloppement des syndicats, des bourses du travail.<\/p>\n<p><strong>Selon ces m\u00eames sources qui refont l&rsquo;histoire <em>a posteriori<\/em><\/strong>, <em>Le Libertaire<\/em>, <em>Le P\u00e8re Peinard<\/em> et <em>Les Temps Nouveaux<\/em>, journaux anarchistes de l&rsquo;\u00e9poque constituent le fond des lectures du jeune Roussenq qui les aurait lus avec attention d\u00e8s l&rsquo;\u00e2ge de 14 ans, tout comme il aurait d\u00e9vor\u00e9 les dix neuf volumes de la fameuse <em>G\u00e9ographie universelle<\/em> du libertaire \u00c9lis\u00e9e Reclus. <strong>Nos anarchistes extrapolent<\/strong> en supposant que c&rsquo;est sans doute la lecture de cette \u0153uvre imposante qui l&rsquo;incitera \u00e0 quitter ses parents \u00e0 16 ans pour partir \u00e0 l&rsquo;aventure. (il ne les reverra jamais vivants). Le 6 septembre 1901, il est condamn\u00e9 par le tribunal d&rsquo;Aix en Provence \u00e0 six mois de prison avec sursis pour vagabondage, premi\u00e8re condamnation suivie par d&rsquo;autres pour vol, vagabondage et infraction \u00e0 la police des chemins de fer. Au cours de l&rsquo;un de ces proc\u00e8s, jug\u00e9 alors qu&rsquo;il est encore mineur, un incident d\u00e9plorable provoqu\u00e9 par un caract\u00e8re emport\u00e9 enclenche la terrifiante machine \u00e0 broyer.<\/p>\n<p>Encore une fois jug\u00e9 pour vagabondage &#8211; d\u00e9lit fort mal vu \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque &#8211; il est \u00e0 Chamb\u00e9ry sur le banc des accus\u00e9 le 5 mars 1903, pour en r\u00e9pondre, en appel d&rsquo;une condamnation \u00e0 trois mois ferme pour ce motif.\u00a0 En fin de plaidoirie, l&rsquo;avocat g\u00e9n\u00e9ral demande la confirmation de l&rsquo;incarc\u00e9ration de ce jeune homme qui vient tout juste de d\u00e9passer l&rsquo;\u00e2ge de 18 ans (la majorit\u00e9 p\u00e9nale). Dans une crise de rage incontr\u00f4l\u00e9e, Roussenq se l\u00e8ve et jette un crouton de pain dur \u00e0 la face du procureur qui, apr\u00e8s l&rsquo;avoir s\u00e9rieusement tanc\u00e9, se montre conciliant, \u00e0 plusieurs reprises. Que l&rsquo;accus\u00e9 pr\u00e9sente ses excuses, et la Cour ne manquera pas d&rsquo;en tenir compte&#8230; Mais Roussenq n&rsquo;en a cure. La sentence tombe : cinq ans de prison ferme qui seront accomplis dans une des pires Centrales de France: Clairvaux, dans l&rsquo;Aube, dont il ne sort que pour rejoindre son affectation,sous le matricule 6.470, au 5\u00e8me bataillon d&rsquo;Afrique, le 14 octobre 1907.<\/p>\n<p>Le 5\u00e8me bataillon d&rsquo;Afrique fait partie des tristement c\u00e9l\u00e8bres <em>Bats&rsquo;d&rsquo;Af<\/em> o\u00f9 sont syst\u00e9matiquement affect\u00e9s les jeunes repris de justice et les gamins sortis de \u00ab\u00a0maisons de correction\u00a0\u00bb. Ces camps militaires abritent des compagnies disciplinaires r\u00e9serv\u00e9es aux suppos\u00e9es fortes t\u00eates, aux ind\u00e9sirables de la \u00ab\u00a0<em>grande muette<\/em>\u00ab\u00a0. La b\u00eatise des officiers de ces camps africains, leur cruaut\u00e9 qui faisait subir mille maux aux malheureux tombant sous leurs griffes, les cas de torture seront fr\u00e9quemment d\u00e9nonc\u00e9s en France, par Georges Darien, antimilitariste convaincu, qui sera l&rsquo;un des premiers \u00e0 parler de l&rsquo;horreur des Bats&rsquo;d&rsquo;Af dans son brillant roman <em>Biribi, <\/em>le coup de gr\u00e2ce \u00e9tant port\u00e9 par Albert Londres qui consacrera \u00e0 ces bagnes militaires un de ses plus terribles r\u00e9quisitoires.<\/p>\n<p>\u00c0 Biribi c&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;on cr\u00e8ve de soif et d&rsquo;faim,<br \/>\nC&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;y faut marner sans tr\u00eave jusqu&rsquo;\u00e0 la fin !<br \/>\nLe soir, on pense \u00e0 la famille, sous le gourbi&#8230;<br \/>\nOn pleure encore quand on roupille \u00e0 Biribi&#8230;<\/p>\n<p>(Aristide Bruant)<\/p>\n<p>Dans ce cadre, l&rsquo;ent\u00eatement de Roussenq ne pouvait qu&rsquo;aboutir au drame. Une vive altercation avec un galonn\u00e9 lui vaudront un premier s\u00e9jour au cachot. C&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;il commet un geste de r\u00e9volte qui le m\u00e8ne \u00e0 la catastrophe. Pendant son treillis aux barreaux, il y met le feu. Mais il n&rsquo;avait pas pr\u00e9vu qu&rsquo;il passerait, peu apr\u00e8s, en conseil de guerre de la division d&rsquo;occupation de Tunisie pour r\u00e9pondre des chefs d&rsquo;accusation suivants (sources: le\u00a0 dossier militaire de Roussenq) :<br \/>\n1) Tentative d&rsquo;incendie volontaire d&rsquo;un b\u00e2timent \u00e0 l&rsquo;usage de l&rsquo;arm\u00e9e ;<br \/>\n2) Voies de fait envers un sup\u00e9rieur pendant le service ;<br \/>\n3) Outrages envers un sup\u00e9rieur pendant le service ;<br \/>\n4) Destruction volontaire d&rsquo;effets ;<br \/>\n5) Refus d&rsquo;ob\u00e9issance.<br \/>\nLe rapport de l&rsquo;administration qui rappelle les motifs d&rsquo;inculpation port\u00e9s \u00e0 l&rsquo;encontre de Roussenq est instruit uniquement \u00e0 charge : <em>Tentative d&rsquo;incendie volontaire d&rsquo;un b\u00e2timent \u00e0 l&rsquo;usage de l&rsquo;arm\u00e9e, laquelle tentative manifest\u00e9e par un commencement d&rsquo;ex\u00e9cution n&rsquo;ayant manqu\u00e9 son effet que par suite de circonstances ind\u00e9pendantes de la volont\u00e9 de son auteur<\/em>. Comment, \u00e0 partir de l&rsquo;incendie d&rsquo;un simple treillis, peut-on mettre le feu \u00e0 une cellule en pierre totalement vide de meubles?<\/p>\n<p>Le verdict tombe et par 5 voix contre 2, l&rsquo;accus\u00e9 est reconnu coupable accompagn\u00e9 d&rsquo;une peine terrible et d\u00e9mesur\u00e9e. D\u00e9gradation militaire (ce dont l&rsquo;accus\u00e9 ne devait pas \u00eatre pein\u00e9&#8230;), 15 ans d&rsquo;interdiction de s\u00e9jour et surtout 20 ans de travaux forc\u00e9s. Roussenq est effondr\u00e9. Transit \u00e0 Maison Carr\u00e9e pr\u00e8s d&rsquo;Alger et, le 30 d\u00e9cembre 1908, Roussenq embarque \u00e0 bord de La Loire dans un convoi de for\u00e7ats pour s&rsquo;acheminer vers la Guyane o\u00f9 il accoste le 14 janvier 1908.<\/p>\n<p>Et c&rsquo;est l\u00e0 que commence, \u00e0 son corps d\u00e9fendant, la l\u00e9gende de<em> l&rsquo;Inco<\/em> (incorrigible)<\/p>\n<p>On retrouve la trace de Roussenq au cours de son s\u00e9jour en Guyane dans de nombreux ouvrages consacr\u00e9s au sujet, preuve qu&rsquo;il a marqu\u00e9 le lieu et l&rsquo;\u00e9poque. Au total, Roussenq aura cumul\u00e9\u00a0 3.779 jours de cachot (plus de dix ans) et encore, sans la d\u00e9cision du Gouverneur Chanel saisi d&rsquo;un coup de coeur, qui l\u00e8vera de mani\u00e8re unilat\u00e9rale les punitions en cours et n&rsquo;aura pas \u00e0 le regretter, ce record absolu aurait \u00e9t\u00e9 bien plus lourd. Quelques motifs de condamnations:<\/p>\n<ul>\n<li> A excit\u00e9 ses camarades \u00e0 l&rsquo;hilarit\u00e9 par son bavardage continuel pendant la sieste &#8211; 30 jours de cachot.<br \/>\nLac\u00e9ration compl\u00e8te de ses effets d&rsquo;habillement &#8211; 30 jours de cachot.<br \/>\nN&rsquo;a pas cess\u00e9 pendant la sieste d&rsquo;appeler les autres punis pour les obliger \u00e0 parler avec lui &#8211; 30 jours de cachot.<br \/>\nS&rsquo;est cat\u00e9goriquement refus\u00e9 \u00e0 se laisser mettre aux fers &#8211; 30 jours de cachot.<br \/>\nA accus\u00e9 un surveillant de lui avoir vol\u00e9 2 francs &#8211; 30 jours de cachot.<br \/>\nA grimp\u00e9 jusqu&rsquo;au sommet des barreaux de sa cellule et a d\u00e9clar\u00e9 qu&rsquo;il en redescendrait quand il lui plairait &#8211; 30 jours de cachot.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Sa soif de d\u00e9fi de l&rsquo;autorit\u00e9 p\u00e9nitentiaire \u00e9tait associ\u00e9e \u00e0 une force de conservation inou\u00efe, qui lui permit de rester en vie l\u00e0 o\u00f9 d&rsquo;autres infiniment moins brim\u00e9s y laiss\u00e8rent leur peau. On notera que Roussenq, r\u00e9volt\u00e9, ne commit pourtant aucun acte de violence physique.<\/p>\n<p>En 1910, les cachots de Saint-Joseph \u00e9taient des pi\u00e8ces de 13 \u00e0 17 m3. Dans la moiti\u00e9 de ces derniers, il r\u00e9gnait constamment une totale obscurit\u00e9, les autres \u00e9tant dans la p\u00e9nmbre: on pratiquait la rotation des d\u00e9tenus pour \u00e9viter qu&rsquo;ils\u00a0 devinssent aveugle. Les fers \u00e9taient plac\u00e9s aux chevilles tous les soirs et le prisonnier ne touchait sa ration normale de nourriture qu&rsquo;un jour sur trois, les autres repas \u00e9taient compos\u00e9s de pain sec et d&rsquo;eau. Le silence total \u00e9tait la r\u00e8gle. Dans ses souvenirs, Roussenq eut l&rsquo;opportunit\u00e9 d&rsquo;expliquer que ce furent d&rsquo;infimes gestes d&rsquo;humanit\u00e9 &#8211; un gardien laissant tomber sa cigarette allum\u00e9e comme par distraction dans sa cellule, par exemple &#8211; qui l&#8217;emp\u00each\u00e8rent de totalement sombrer.<\/p>\n<p>Roussenq, comme d&rsquo;autres, fr\u00f4la la folie, en arrivant (on l&rsquo;a vu ci-dessus) \u00e0\u00a0 provoquer la punition par les moyens les plus insens\u00e9s.<\/p>\n<p>Aussit\u00f4t achev\u00e9es ses punitions et sorti du cachot, il retrouvait ses compagnons d&rsquo;infortune et les dures lois de cette communaut\u00e9 pour le moins h\u00e9t\u00e9roclite pour laquelle il n&rsquo;a gu\u00e8re d&rsquo;estime.\u00a0 On y trouve bien s\u00fbr des criminels de sang (1\/4 des effectifs environ), mais aussi des escrocs, des voleurs \u00e0 la tire, des r\u00e9fractaires \u00e0 la discipline militaire, etc.<\/p>\n<p>Les cases collectives des bagnards, peu contr\u00f4l\u00e9es par les agents de l&rsquo;AP d\u00e8s que les portes \u00e9taient ferm\u00e9es, se formaient parfois en fonction des affinit\u00e9s entre leurs occupants. Certaines \u00e9taient r\u00e9put\u00e9es pour servir de salles de jeux ou de bordels avec des malheureux qui, de gr\u00e9 ou de force, se pr\u00eataient aux \u00ab\u00a0amusements\u00a0\u00bb des plus forts&#8230; Ceci \u00e9tant, Roussenq dira souvent que les bagnards \u00e9taient capables du pire comme du meilleur.<\/p>\n<p>Comme ses cong\u00e9n\u00e8res, il\u00a0 devait se m\u00e9fier de tout et de tous : voleurs, ca\u00efds, mouchards, gardiens&#8230; ce qui explique peut \u00eatre, paradoxalement, pourquoi il multipliait les peines de cachot o\u00f9 au moins il \u00e9tait hors de toute promiscuit\u00e9 (le document suivant, qui relate la visite d&rsquo;Albert Londres \u00e0 Roussenq l\u00e9gitime cette th\u00e8se). Roussenq se replia sur lui m\u00eame. Son go\u00fbt prononc\u00e9 (et jamais d\u00e9menti) pour l&rsquo;\u00e9criture et la lecture se confirma et lui furent s\u00fbrement d&rsquo;un grand secours pour exploiter les failles d&rsquo;un r\u00e8glement jamais observ\u00e9, dans des lettres abondantes, envoy\u00e9es \u00e0 l&rsquo;administration, tenue par le r\u00e8glement de r\u00e9pondre. Ces d\u00e9nonciations reposaient sur l&rsquo;ensemble des lois, r\u00e8glements et d\u00e9crets r\u00e9gissant la vie du bagne et qu&rsquo;il avait m\u00e9ticuleusement appris. \u00c0 tel point qu&rsquo;un des commandants du bagne, Jarry, aurait d\u00e9clar\u00e9 :\u00a0 \u00ab\u00a0<em>Si j&rsquo;en avais deux comme Roussenq dans le p\u00e9nitencier, je d\u00e9missionnerais<\/em>\u00ab\u00a0.<br \/>\nHeureusement, il avait la plume plus tendre lorsqu&rsquo;il \u00e9crivait \u00e0 sa m\u00e8re, \u00e0 Saint-Gilles. Ou lorsqu&rsquo;il \u00e9crivait avec m\u00e9lancolie, des vers pleins de solitude :<br \/>\nLe temps, l&rsquo;inutilit\u00e9 de son combat qu&rsquo;il entendait mener tant en son nom qu&rsquo;en celui de ses cod\u00e9tenus qui ne lui en savaient gu\u00e8re gr\u00e9, l&rsquo;usure psychologique et physique (le m\u00e9decin l&rsquo;avait catalogu\u00e9 \u00ab\u00a0atteint de cachexie\u00a0\u00bb) eurent raison de <em>l&rsquo;Inco<\/em>.<\/p>\n<p>\u00c0 preuve, l&rsquo;extrait d&rsquo;une lettre adress\u00e9e au commandant de la place, Masse, dat\u00e9e du 8 juin 1923 :<\/p>\n<p>\u00ab <em>[&#8230;] C&rsquo;est pourquoi, dans ma d\u00e9tresse, je me tourne vers vous. Je ne puis plus avaler mon pain, les jours de pain sec. J&rsquo;ai 1m75 et je p\u00e8se 50 kilos. La mis\u00e8re physiologique se lit \u00e0 travers mon corps. J&rsquo;esp\u00e8re, malgr\u00e9 tout, arriver \u00e0 subir les 150 jours de cachot qu&rsquo;il me reste<\/em> \u00bb.<\/p>\n<p>Le gouverneur Chanel s&rsquo;int\u00e9ressa au personnage. Premier officiel qui le vit autrement que comme une forte t\u00eate \u00e0 abattre, qui lui t\u00e9moigna de la consid\u00e9ration malgr\u00e9 des d\u00e9buts&#8230; difficiles, on dira pour demeurer dans la litote.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>J&rsquo;avais voulu voir Roussenq, et d\u00e8s mon arriv\u00e9e en Guyane: sa m\u00e8re m&rsquo;avait \u00e9crit longuement \u00a0\u00bbil n&rsquo;est pas mauvais, Monsieur, on l&rsquo;a entra\u00een\u00e9&#8230;<\/em><\/p>\n<p><em>&#8211; Ah! Ces phrases, toujours les m\u00eames, que tracent, en pleurant, les m\u00e8res des mauvais gar\u00e7ons: &lsquo;C&rsquo;est mon petit, Gouverneur, et je l&rsquo;avais bien \u00e9lev\u00e9 pourtant&#8230;&rsquo;<\/em><\/p>\n<p><em>Et l&rsquo;une des premi\u00e8res lettres que j&rsquo;ouvais en d\u00e9barquant en Guyane, de ces lettres cachet\u00e9es, adress\u00e9es au chef de la colonie et qui sont un des rares privil\u00e8ges des for\u00e7ats, l&rsquo;une des premi\u00e8res lettres m&rsquo;\u00e9tait envoy\u00e9e par Roussenq : quatre pages d&rsquo;insultes, de cris de haine. \u00ab\u00a0Vous serez comme tous les autres, un vampire, un assassin, un l\u00e2che, je n&rsquo;ai pas peur de vous et je vous emmerde\u00a0\u00bb. Le dossier! Effroyable : prison, cachot, camp des incorrigibles, toute la gamme des peines. mais tout cela pour rien, pour le plaisir, dirai-je, pour avoir protest\u00e9, insult\u00e9, menac\u00e9. \u00ab\u00a0Roussenq est un hyst\u00e9rique du cachot\u00a0\u00bb, \u00e9crivait un commandant de p\u00e9nitencier. \u00ab\u00a0Il recherche les punitions\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p><em>&#8211; Bref, un r\u00e9volt\u00e9.<\/em><\/p>\n<p><em>Nous sommes dans le grand couloir de la maison de force de l&rsquo;\u00eele Saint-Joseph: c&rsquo;est ma premi\u00e8re inspection des \u00eeles du Salut. Une \u00e0 une les portes de fer se sont ouvertes : les hommes au cachot noir sont sortis \u00e0 l&rsquo;appel du surveillant.<\/em><\/p>\n<p><em>Parmi ces mis\u00e9rables, h\u00e9b\u00e9t\u00e9s, abrutis, au masque violent ou de fausset\u00e9, Roussenq fait une tache, une tache claire. :\u00a0 \u00a0\u00bb c&rsquo;est le gars du midi, brun, sec, nerveux \u00ab\u00a0. Figure intelligente o\u00f9 les yeux ardents, maintenant embu\u00e9s de larmes, me jetaient tout \u00e0 l&rsquo;heure comme un d\u00e9fi.<\/em><\/p>\n<p><em>&#8211; R\u00e9fl\u00e9chis, je te verrai plus longuement ce soir. Tu as devant toi des centaines de jours de cachot. Tu es consid\u00e9r\u00e9 comme un incorrigible. Je ne te connais encore que par ton dossier et par tes lettres, mais tu es bien l&rsquo;homme que je pressentais. Ecoute-moi, tu iras au travail d\u00e8s demain, je l\u00e8ve les punitions, tu cesseras d&rsquo;\u00eatre un inutile&#8230; et si tu te conduis bien, tu vas me le promettre car tu peux, tu dois le faire, je te ferai gr\u00e2cier : tu reverras ta Provence et ta maman\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Un an de ce r\u00e9gime, apr\u00e8s qu&rsquo;enfin un membre de l&rsquo;Autorit\u00e9 se soit montr\u00e9 humain envers Roussenq, et il n&rsquo;encourut aucune punition. Quand, en 1927, le Gouverneur Chanel (qui a mauvaise r\u00e9putation en Guyane, bien \u00e0 tort) revint en france, il demanda une r\u00e9duction de peine au chef de l&rsquo;Etat et ne m\u00e9nagea pas ses efforts pour l&rsquo;obtenir. En 1929, Roussenq \u00e9tait class\u00e9 <em>4e 1e<\/em>, c&rsquo;est \u00e0 dire Lib\u00e9r\u00e9 avec obligation de rester en Guyane. Il s&rsquo;installa \u00e0 Saint-laurent du Maroni et surv\u00e9cut, incapable de travailler tant il \u00e9tait \u00e9puis\u00e9, gr\u00e2ce \u00e0 quelques secours venus de France et \u00e0 l&rsquo;amiti\u00e9 d&rsquo;un condamn\u00e9, planton \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital, nomm\u00e9 Burkowsky. Ce dernier fut d\u00e9couvert assassin\u00e9 en juin 1930, \u00e9gorg\u00e9 d&rsquo;un coup de sabre d&rsquo;abattis. Sans le moindre indice tangible, Roussenq fut accus\u00e9 de cet assassinat qu&rsquo;il aurait commis avec un autre lib\u00e9r\u00e9 pour voler les 1.400 francs que Burkowsky avait accumul\u00e9s en pr\u00e9vision d&rsquo;une \u00e9vasion possible. Mais Roussenq \u00e9tait devenu un grand malade, qu&rsquo;il fallut hospitaliser pour soigner son b\u00e9ri-b\u00e9ri. La \u00ab\u00a0tentiaire\u00a0\u00bb avait sans doute \u00e9t\u00e9 heureuse de remettre la main sur lui, son \u00ab\u00a0protecteur\u00a0\u00bb ayant quitt\u00e9 la Guyane, mais il fut innocent\u00e9 par le Tribunal Maritime Sp\u00e9cial qui stigmatisa, dans des attendus tr\u00e8s lourds, la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 de l&rsquo;accusation.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s l&rsquo;appel de sa m\u00e8re au Pr\u00e9sident Doumergue, en 1924 (sans succ\u00e8s), la revue <em>D\u00e9tective<\/em> avait attir\u00e9 l&rsquo;attention sur le bagnard en 1929, qui b\u00e9n\u00e9ficiait toujours du soutien de l&rsquo;ancien gouverneur de la Guyane, Jean-Charles Chanel. Le Secours Rouge International et la f\u00e9d\u00e9ration du Gard du parti communiste fran\u00e7ais p\u00e9titionnaient \u00e9galement avec r\u00e9gularit\u00e9 (il n&rsquo;est pas certain que ces deux soutiens, dans le contexte de l&rsquo;\u00e9poque, aient aid\u00e9 Roussenq).<br \/>\nCe n&rsquo;est qu&rsquo;en 1933 que Roussenq put retrouver Saint-Gilles, sa ville natale o\u00f9 il est accueilli par de nombreux amis&#8230; Mais sa m\u00e8re \u00e9tait morte depuis deux ans. Il participa ensuite \u00e0 des conf\u00e9rences organis\u00e9es par le Secours Rouge International et fit partie d&rsquo;une d\u00e9l\u00e9gation envoy\u00e9e en URSS o\u00f9 il s\u00e9journe pendant trois mois. Le compte rendu tr\u00e8s critique qu&rsquo;il r\u00e9dige \u00e0 l&rsquo;occasion de ce voyage entra\u00eene sa rupture avec les organisation du PCF.<br \/>\nIl s&rsquo;installa en 1934 \u00e0 Aimargues, participant aux travaux du groupe libertaire, devenant g\u00e9rant du journal anarchiste <em>Terre Libre<\/em> \u00e9dit\u00e9 \u00e0 N\u00eemes avant de reprendre la route, travaillant \u00e0 l&rsquo;occasion comme colporteur. Consid\u00e9r\u00e9 comme suspect par le gouvernement de Vichy, il fut intern\u00e9 pendant la Seconde Guerre mondiale, notamment \u00e0 Sisteron. Us\u00e9 par les maladies contract\u00e9es au cours de ses ann\u00e9es de bagne, il se suicida \u00e0 Bayonne le 3 ao\u00fbt 1949 \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 64 ans, sans donner la moindre explication. Les derni\u00e8res ann\u00e9es de sa vie furent consacr\u00e9es, quand ses forces le lui permettaient, \u00e0 animer des conf\u00e9rence et \u00e0 d\u00e9noncer les aspects les plus \u00e9pouvantables de la condition p\u00e9nitentiaire.<\/p>\n<p>Lors de sa br\u00e8ve entrevue avec Albert Londres, \u00e0 l&rsquo;\u00eele Saint-Joseph, Roussenq pronon\u00e7a la phrase sans doute la plus terrible qu&rsquo;on ait dite sur le bagne:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>Je ne puis croire que j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 un petit enfant&#8230;<\/em>\u00ab\u00a0<\/p>\n<p>Son livre de souvenirs est sans doute le plus sobre et par l\u00e0-m\u00eame le plus terrible \u00e9crit par un ancien for\u00e7at.<\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">Commentaires<\/span><\/strong><\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Bonjour,<br \/>\nVotre article est int\u00e9ressant mais pourriez-vous citez les sources que vous avez utilis\u00e9es pour l&rsquo;\u00e9crire ? Ce serait tout aussi int\u00e9ressant non ?<\/p>\n<blockquote class=\"wp-embedded-content\" data-secret=\"5mhY7Rcr7t\"><p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2009\/09\/roussenq-linco\/\">Roussenq l&rsquo;inco<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p><iframe class=\"wp-embedded-content\" sandbox=\"allow-scripts\" security=\"restricted\" style=\"position: absolute; clip: rect(1px, 1px, 1px, 1px);\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2009\/09\/roussenq-linco\/embed\/#?secret=5mhY7Rcr7t\" data-secret=\"5mhY7Rcr7t\" width=\"500\" height=\"282\" title=\"\u00ab\u00a0Roussenq l&rsquo;inco\u00a0\u00bb &#8212; Alexandre Jacob, l\u2019honn\u00eate cambrioleur\" frameborder=\"0\" marginwidth=\"0\" marginheight=\"0\" scrolling=\"no\"><\/iframe><br \/>\nbien cordialement<br \/>\nJean-Marc Delpech<\/p>\n<p>Post\u00e9 par JMD, lundi 15 avril 2013<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 (benjamin) La s\u00e9rie que je consacre \u00e0 Roussenq n&rsquo;est pas termin\u00e9e, et je comptais bien citer cette source (qui n&rsquo;est pas la seule: je m&rsquo;appuie aussi sur Londres, Sur Gofroy, sur E. Pierre, etc.)<br \/>\nEn outre, je vais ouvrir une page d\u00e9di\u00e9e \u00e0 l&rsquo;ensemble des sources, avec les liens correspondants.<br \/>\nCordialement<\/p>\n<p>Post\u00e9 par <a title=\"http:\/\/www.borghesio.fr\" href=\"http:\/\/www.borghesio.fr\">borghesio<\/a>, samedi 04 mai 2013<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/clement-duval.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2011\" title=\"Cl\u00e9ment Duval\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/clement-duval-266x299.jpg\" alt=\"\" width=\"134\" height=\"150\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/clement-duval-266x299.jpg 266w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/clement-duval.jpg 500w\" sizes=\"(max-width: 134px) 100vw, 134px\" \/><\/a><strong>11 avril 2013<\/strong><\/p>\n<p><a name=\"26902863\"><\/a><strong>Figures du bagne &#8211; Cl\u00e9ment Duval (1850-1935)<\/strong><\/p>\n<p>Le 5 octobre 1886, Cl\u00e9ment Duval cambriole, avec un complice nomm\u00e9 Turquais, un h\u00f4tel particulier. Le 17 octobre, lors de son arrestation chez un receleur, il poignarde le brigadier Rossignol, sans le tuer. Il est jug\u00e9 le 11 janvier 1887.<\/p>\n<p>Au proc\u00e8s, Duval justifie son acte par \u00ab\u00a0<em>la d\u00e9fense de sa libert\u00e9<\/em>\u00a0\u00bb\u00a0 et r\u00e9pond aux reproches formul\u00e9s pour le vol et l&rsquo;incendie de la maison, qu&rsquo;il s&rsquo;\u00e9tait refus\u00e9 \u00e0 y mettre le feu du fait de l&rsquo;absence des parasites qui l&rsquo;habitaient. Selon lui, c&rsquo;est son complice\u00a0 Turquet (qui ne fut jamais arr\u00eat\u00e9), qui se vengea par le feu, de ne rien avoir trouv\u00e9 de consistant \u00e0 voler.<br \/>\nDuval refuse de pr\u00eater serment devant le tribunal\u00a0 et tout au long de \u00ab la com\u00e9die \u00bb, il se r\u00e9clame de l&rsquo;anarchisme. Finalement, seuls la tentative de meurtre et le vol \u00e0 son profit personnel sont retenus, \u00e0 l&rsquo;exclusion de ses motivations politiques:\u00a0 les d\u00e9n\u00e9gations de\u00a0 Duval qui soutenait que l&rsquo;argent \u00e9tait destin\u00e9 \u00e0 financer l&rsquo;anarchisme en faisant imprimer des brochures, fabriquer des bombes, etc . ne sont pas prises en consid\u00e9ration, \u00e0 sa grande fureur.<br \/>\nLe \u00ab\u00a0politique\u00a0\u00bb est consid\u00e9r\u00e9 par la justice comme un vulgaire \u00ab\u00a0Droit Commun\u00a0\u00bb\u00a0 et lorsqu&rsquo;\u00e0\u00a0 la\u00a0 fin de son proc\u00e8s, on lui demande ce qu&rsquo;il avait \u00e0 d\u00e9clarer pour sa d\u00e9fense, Duval fait un discours violent contre la bourgeoisie, les parasites, la soci\u00e9t\u00e9, mais il est expuls\u00e9, continuant de hurler\u00a0 des proclamations \u00e0 la gloire de l&rsquo;anarchie.<\/p>\n<p>Cl\u00e9ment Duval est condamn\u00e9 \u00e0 mort puis graci\u00e9 par le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique Jules Gr\u00e9vy, sa peine \u00e9tant alors automatiquement\u00a0 commu\u00e9e en travaux forc\u00e9s \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9. Il avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9fendu par Fernand Labori, jeune avocat commis d&rsquo;office, plus tard le c\u00e9l\u00e8bre d\u00e9fenseur du capitaine Dreyfus.<br \/>\nEnvoy\u00e9 au bagne le 24 avril 1887, il est class\u00e9 \u00ab\u00a0dangereux, susceptible de s&rsquo;\u00e9vader\u00a0\u00bb, et\u00a0 plac\u00e9 aux \u00eeles o\u00f9 il demeurera\u00a0 14 ans, ayant tent\u00e9 \u00e0 maintes reprises de s&rsquo;\u00e9chapper avant que jug\u00e9 inoffensif, il ne soit transf\u00e9r\u00e9 au camp de Saint-Laurent-du-Maroni. Pendant toutes ces ann\u00e9es de bagne, Cl\u00e9ment Duval conna\u00eetra beaucoup d&rsquo;anarchistes,\u00a0 dont Liars-Courtois.<\/p>\n<p>Il ne fait pas sp\u00e9cialement parler de lui au bagne (n&rsquo;ayant pas pris part aux r\u00e9voltes anarchistes) si ce n&rsquo;est par son refus obstin\u00e9, lui en co\u00fbt\u00e2t-il une sanction de cachot, de contribuer par son travail \u00e0 r\u00e9aliser une pi\u00e8ce permettant d&rsquo;entraver la libert\u00e9 (manille de pieds, serrures, cl\u00e9s, etc.)<br \/>\nDuval parvient \u00e0 s&rsquo; \u00e9chapper de Saint-Laurent le 14 avril 1901, sans doute par voie terrestre. Il trouve ensuite refuge en Guyane Anglaise et parvient \u00e0 rejoindre New York o\u00f9 les anarchistes d&rsquo;origine italienne qui forment l\u00e0-bas une colonie nombreuse et solidaire l&rsquo;accueillent, tr\u00e8s us\u00e9\u00a0 \u00e0 cinquante ans. Il finit ses jours dans cette ville \u00e0 85 ans, le 29 mars 1935.<\/p>\n<p>Duval a r\u00e9dig\u00e9 ses m\u00e9moires (<em>Moi, Cl\u00e9ment Duval, bagnard et anarchiste<\/em>), avec l&rsquo;aide de Luigi Galleani (son traducteur) ; un premier livre fut publi\u00e9 par \u00a0\u00bb <em>L&rsquo;adunata dei refrattari<\/em> \u00a0\u00bb (une association d&rsquo;anarchistes italiens new-yorkais), quelques extraits furent repris par\u00a0 \u00a0\u00bb <em>L&rsquo;En-dehors<\/em>\u00a0\u00bb en France.<\/p>\n<p><strong>Source : Wikipedia, militants-anarchistes.info, Atelier de cr\u00e9ation libertaire<\/strong><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/dieudonne-640x480.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1577\" title=\"Dieudonn\u00e9 par Laurent Maffre\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/dieudonne-640x480-289x300.jpg\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"155\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/dieudonne-640x480-289x300.jpg 289w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/dieudonne-640x480.jpg 480w\" sizes=\"(max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><\/a>25 mai 2013<\/p>\n<p><a name=\"27239682\"><\/a><strong>Eug\u00e8ne Camille Dieudonn\u00e9, l&rsquo;Anarchiste innocent.<\/strong><\/p>\n<p>La condamnation \u00e0 mort de Dieudonn\u00e9, commu\u00e9e en peine de travaux forc\u00e9s \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 par un Poincar\u00e9 qui n&rsquo;avait pourtant pas la gr\u00e2ce facile, est une des pires (et rares) injustices que le bagne de Guyane recela. On ne peut gu\u00e8re reprocher \u00e0 Eug\u00e8ne Dieudonn\u00e9 qu&rsquo;une fr\u00e9quentation \u00ab\u00a0intellectuelle\u00a0\u00bb des mouvements libertaires, sans que jamais il s&rsquo;associ\u00e2t aux exc\u00e8s de la \u00ab\u00a0r\u00e9cup\u00e9ration individuelle\u00a0\u00bb: La bande qui s&rsquo;est agr\u00e9g\u00e9e autour de Jules Bonnot n&rsquo;\u00e9tait compos\u00e9e que de forbans d\u00e9nu\u00e9s de scrupules, qui masqu\u00e8rent leurs forfais (vols accompagn\u00e9s de meutres commis froidement) par une simili id\u00e9ologie mal dig\u00e9r\u00e9e et Dieudonn\u00e9 paya fort cher le simple fait de les avoir cotoy\u00e9s presque par hasard et sans jamais s&rsquo;associer \u00e0 leurs actes ni en tirer le moindre b\u00e9n\u00e9fice. Sa condamnation \u00e0 mort ne s&rsquo;est appuy\u00e9e que sur un t\u00e9moignage oculaire, celui de l&rsquo;encaisseur Caby, qui changea \u00e0 de multiples reprises suffisamment d&rsquo;avis pour qu&rsquo;on se m\u00e9fie de si peu de fiabililit\u00e9. Mais l&rsquo;affaire de la <em>bande \u00e0 Bonnot<\/em> avait secou\u00e9 la France et il fallait faire un exemple, quand bien m\u00eame tout portait \u00e0 croire \u00e0 son innocence.<\/p>\n<p>Dieudonn\u00e9, \u00e9b\u00e9niste qualifi\u00e9, rencontra Jules Bonnot au si\u00e8ge de <em>l&rsquo;anarchie<\/em>, journal libertaire dirig\u00e9 par Victor Serge, auquel Eug\u00e8ne collaborait. Accus\u00e9 d&rsquo;\u00eatre <em>le quatri\u00e8me homme<\/em> (quand nombre de t\u00e9moins n&rsquo;en virent que trois) du braquage de la Soci\u00e9t\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale de la rue Ordener par le gar\u00e7on de recettes, principal t\u00e9moin, nomm\u00e9 Eug\u00e8ne Caby, qui certifie avoir vu tirer un gaucher quand Dieudonn\u00e9 \u00e9tait droitier, Il fut arr\u00eat\u00e9 le 29 f\u00e9vrier 1912.\u00a0 Octave Garnier qui faisait partie de la bande tenta de l&rsquo;innocenter par voie de presse le 19 mars, tout en provoquant les forces de l&rsquo;ordre. Bonnot dans son testament r\u00e9dig\u00e9 \u00e0 quelques minutes de son lynchage innocenta \u00e9galement Dieudonn\u00e9 qui comparut le 3 f\u00e9vrier 1913 avec les rescap\u00e9s de <em>la bande \u00e0 Bonnot<\/em>, devant la cour d&rsquo;assises de la Seine qui le condamna \u00e0 la peine capitale. Apr\u00e8s le verdict, un autre membre, Raymond Callemin, affirma lui aussi que Dieudonn\u00e9 n&rsquo;est pour rien dans le braquage. Mais sa peine \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque non susceptible d&rsquo;appel \u00e9tait irr\u00e9versible, d&rsquo;autant plus que le pourvoi en cassation fut rejet\u00e9. Elle fut n\u00e9anmoins et contre toute attente, compte tenu de la personnalit\u00e9 du Pr\u00e9sident, commu\u00e9e en travaux forc\u00e9s \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 par un Raymond Poincar\u00e9 rendu sceptique sur sa culpabilit\u00e9. C&rsquo;est le d\u00e9part pour la Guyane&#8230;<\/p>\n<p>Le d\u00e9part de Dieudonn\u00e9 pour le bagne (St Martin de R\u00e9)<\/p>\n<p>Des ann\u00e9es apr\u00e8s, Dieudonn\u00e9 s&rsquo;explique avec Albert Londres sur son r\u00f4le dans \u00ab\u00a0la bande \u00e0 Bonnot\u00a0\u00bb&#8230;<\/p>\n<p>&#8211; Avant \u00e7a, je voudrais vous demander quelque chose. Que faisiez-vous, enfin, dans la bande \u00e0 Bonnot ?<\/p>\n<p>L\u00e0, je dois vous pr\u00e9senter Dieudonn\u00e9. Il n&rsquo;est pas tr\u00e8s grand. Comme il a \u00e9t\u00e9 engraiss\u00e9 au bagne, il est un peu maigre. Brun. Sa t\u00eate est carr\u00e9e et ses yeux, qui sont noirs, prennent par moments une fixit\u00e9 in\u00e9branlable. Ce sont ces yeux-l\u00e0 que, sous le coup de ma question, il tourna brusquement vers moi, mais, de m\u00eame que pendant la guerre on sucrait son caf\u00e9 avec de la saccharine, il adoucit son regard d&rsquo;une profonde amertume.<\/p>\n<p>&#8211; Vous aussi ? Vous qui connaissez mon affaire, vous me posez cette question ?<\/p>\n<p>Il balan\u00e7ait la t\u00eate \u00e0 coups francs, comme pour dire : \u00ab Je ne l&rsquo;aurais pas cru, je ne l&rsquo;aurais pas cru&#8230; \u00bb<\/p>\n<p>&#8211; Vous me posez cette question, vieille de quinze ans ? L&rsquo;\u00e9ternelle demande qui me fait bondir ? Abel et qui, toute sa vie, entendrait derri\u00e8re lui : \u00ab Qu&rsquo;as-tu fait de ton fr\u00e8re ? \u00bb Il se d\u00e9fendra, il se d\u00e9m\u00e8nera, il s&rsquo;expliquera. On l&rsquo;\u00e9coutera un moment d&rsquo;une oreille sceptique, puis l&rsquo;on s&rsquo;en ira, alors qu&rsquo;il continuera de se d\u00e9fendre dans le vide, tout seul. Et l&rsquo;homme qui lui jette un regard de m\u00e9pris ? Et les timides qui d\u00e9tournent la t\u00eate ? Et ceux qui, d\u00e8s qu&rsquo;ils vous aper\u00e7oivent, passent sur le trottoir oppos\u00e9 ? Et tous les autres qui vous croisent sans vous voir ? Et les meilleurs ? Les meilleurs qui restent ind\u00e9cis. Oh ! cette prudence des meilleurs ! Cette h\u00e9sitation ! Cette main qui se tend mollement et comme dans l&rsquo;ombre ! Ce regard qu&rsquo;ils prom\u00e8nent autour d&rsquo;eux, comme si ce regard avait la puissance de vous faire dispara\u00eetre, cette peur qu&rsquo;on ne les voit avec le bagnard !<\/p>\n<p>&#8211; Quinze ans que cela dure, monsieur !<\/p>\n<p>\u00ab Ce que je faisais dans la bande \u00e0 Bonnot ? Laissez-moi me rappeler&#8230;<\/p>\n<p>Il passa sa main, lentement, sur son front.<\/p>\n<p>&#8211; Je n&rsquo;ai connu la \u00ab bande \u00e0 Bonnot \u00bb que par les rumeurs, alors que j&rsquo;\u00e9tais d\u00e9j\u00e0 incarc\u00e9r\u00e9 \u00e0 la Sant\u00e9. Ceux que j&rsquo;ai connus, moi, s&rsquo;appelaient Callemin, Garnier, Bonnot, mais ils n&rsquo;\u00e9taient pas en bande quand je les voyais. Des centaines les connaissaient comme moi ; c&rsquo;\u00e9taient, \u00e0 cette \u00e9poque, de simples mortels qui fr\u00e9quentaient les milieux anarchistes o\u00f9 l&rsquo;on me trouvait parfois.<\/p>\n<p>Ils \u00e9taient comme tous les autres. On ne pouvait rien lire sur leur front&#8230;<\/p>\n<p>&#8211; Et que faisiez-vous dans les milieux anarchistes ?<br \/>\n&#8211; Nous reconstruisions la soci\u00e9t\u00e9, pardi ! Je l&rsquo;ai dit et \u00e9crit : il y a quinze ans, je croyais \u00e0 l&rsquo;anarchie, c&rsquo;\u00e9tait ma religion. Entreanarchistes, on s&rsquo;entraidait. L&rsquo;un \u00e9tait-il traqu\u00e9 ? Il avait droit \u00e0 l&rsquo;asile de notre maison, \u00e0 l&rsquo;argent de notre bourse.<br \/>\n&#8211; Alors, vous avez cach\u00e9 Bonnot ?<br \/>\n&#8211; Moi ? j&rsquo;ai cach\u00e9 Bonnot ?<br \/>\n&#8211; Je vous demande.<br \/>\n&#8211; Mais non ! Je veux dire qu&rsquo;en serrant la main \u00e0 Callemin, \u00e0 Garnier ou \u00e0 Bonnot, je ne savais pas plus que vous ce qu&rsquo;ils feraient ou ce qu&rsquo;ils avaient fait d\u00e9j\u00e0. On n&rsquo;exige ni papiers ni confidences de quelqu&rsquo;un \u00e0 qui l&rsquo;on tend une chaise ou un morceau de pain. Voil\u00e0 mon crime. Il m&rsquo;a conduit devant la guillotine.<\/p>\n<p>Dieudonn\u00e9 baissa la voix ; nous \u00e9tions sur une terrasse de l&rsquo;h\u00f4tel, et des gens qui sortaient de table passaient derri\u00e8re nous.<\/p>\n<p>&#8211; Alors, vous vous rendez compte de ce que je ressentis quand je fus accus\u00e9 de l&rsquo;assassinat de la rue Ordener. Je me rappelle nettement cette seconde-l\u00e0. Tout ce que j&rsquo;avais en moi s&rsquo;effondra, tout ! Il me sembla que, seule, mon enveloppe de peau restait debout.<br \/>\nLe premier choc pass\u00e9, je nourris un peu d&rsquo;espoir. Je me disais : \u00ab Caby a reconnu Garnier pour son assassin, ensuite il en a d\u00e9sign\u00e9 un second. Moi, je suis le troisi\u00e8me, dans quelques jours il en reconna\u00eetra un quatri\u00e8me ; alors, le juge comprendra que cet homme n&rsquo;est pas solidement \u00e9quilibr\u00e9. Bref, les d\u00e9clarations de Garnier, de Bonnot m&rsquo;innocentant, \u00e0 l&rsquo;heure de leur mort, celles de Callemin apr\u00e8s le verdict, mes protestations angoiss\u00e9es, mes t\u00e9moins, la d\u00e9fense passionn\u00e9e de Moro-Giafferri, toute ma vie honn\u00eate, le cri de Me Michon : \u00ab <em>Mais, messieurs les jur\u00e9s, sa concierge m\u00eame est pour lui<\/em> ! \u00bb rien n&rsquo;y fit : \u00ab <em>Dieudonn\u00e9 aura la t\u00eate tranch\u00e9e sur une place publique<\/em>. \u00bb<br \/>\nJ&rsquo;ai encore les mots dans l&rsquo;oreille. Tenez : je l&rsquo;avoue, je n&rsquo;ai pas le courage de la guillotine. \u00catre d\u00e9capit\u00e9 comme une b\u00eate de boucherie,<br \/>\nmourir par sentence pour un crime que l&rsquo;on n&rsquo;a pas commis. L\u00e9guer \u00e0 son fils le nom d&rsquo;un mis\u00e9rable. Ah ! laissez-moi respirer&#8230;<br \/>\n&#8211; Et que pensez-vous de Caby ?<br \/>\n&#8211; Je pense qu&rsquo;un homme doit avoir une haute conscience ou une belle intelligence pour oser d\u00e9clarer : \u00ab Je me suis tromp\u00e9 \u00bb.<br \/>\n&#8211; Il l&rsquo;a d\u00e9clar\u00e9, puisqu&rsquo;il s&rsquo;est d\u00e9menti lui-m\u00eame deux fois.<br \/>\n&#8211; Justement ! Il faut savoir s&rsquo;arr\u00eater ! Mais qu&rsquo;il vive en paix, je ne veux plus penser \u00e0 lui.<\/p>\n<p>Dieudonn\u00e9 reprend :<\/p>\n<p>&#8211; J&rsquo;ai connu des heures effrayantes dans ma cellule de condamn\u00e9 \u00e0 mort. Moro-Giafferri me r\u00e9confortait. Sans lui, je me serais suicid\u00e9. Ce n&rsquo;est pas la mort qui me faisait peur, c&rsquo;est le genre de mort. Le 21 avril 1913, \u00e0 4 heures du matin, on ouvrit cette cellule. On ouvrait en m\u00eame temps celles de Callemin, de Monnier et de Soudy. \u00c0 moi, in extremis, on annon\u00e7a la gr\u00e2ce. J&rsquo;entendais les autres qui se h\u00e2taient pour aller \u00e0 la mort. J&rsquo;avais v\u00e9cu si longtemps en pensant \u00e0 cette minute que, sur le mur de mon cachot, j&rsquo;aper\u00e7us comme sur un \u00e9cran, leurs t\u00eates qui tombaient. Les gardiens revinrent de l&rsquo;ex\u00e9cution.<\/p>\n<p>Quelques-uns pleuraient. Dehors, il pleuvait. J&rsquo;entrevis le bagne. Une faiblesse me prit. Un inspecteur me soutint. J&rsquo;\u00e9tais for\u00e7at pour la vie. Voil\u00e0 ce que j&rsquo;ai fait dans la bande \u00e0 Bonnot. J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 mort pour un crime commis par Garnier. C&rsquo;est toujours un immense malheur d&rsquo;\u00eatre condamn\u00e9 sans motif ; c&rsquo;en est un plus grand de l&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 dans le proc\u00e8s dit des \u00ab bandits tragiques \u00bb. Depuis quinze ans, je l&rsquo;exp\u00e9rimente. Vous pourrez l&rsquo;\u00e9crire autant que vous le voudrez, le doute demeurera toujours dans les esprits. Les quarante-trois ans de ma vie honn\u00eate et souffrante n&rsquo;effaceront pas la honte de la fausse condamnation. Les regards timides me fuiront toujours, les portes se fermeront.<br \/>\nDemain, un autre homme que vous me demandera : \u00ab Que faisiez-vous dans la bande \u00e0 Bonnot ? \u00bb<\/p>\n<p>Qu&rsquo;il aille au diable !<br \/>\nUn aviateur sortant de table vint me rejoindre sur la terrasse. Je lui pr\u00e9sentai Dieudonn\u00e9. On parla de l&rsquo;histoire, bien entendu. Un moment plus tard, l&rsquo;aviateur se pencha vers l&rsquo;\u00e9vad\u00e9 :<\/p>\n<p>&#8211; Enfin, lui demanda-t-il, que faisiez-vous dans la bande \u00e0 Bonnot ?<\/p>\n<p>Le comportement de Dieudonn\u00e9, au bagne, est celui d&rsquo;un homme qui ne s&rsquo;abaissa jamais, ne plia point et conserva sa droiture en toute circonstance, sauvant m\u00eame la vie de deux for\u00e7ats et d&rsquo;un surveillant. L&rsquo;administration n&rsquo;eut jamais \u00e0 lui reprocher que des tentatives d&rsquo;\u00e9vasion (mais il estimait que de sa part c&rsquo;\u00e9tait un devoir sacr\u00e9, puisqu&rsquo;il \u00e9tait innocent) et nombre de grad\u00e9s lui t\u00e9moign\u00e8rent leur estime, intervenant m\u00eame pour obtenir une gr\u00e2ce qui lui aurait permis de rentrer en France. Une mesure partielle qui le fixait encore pour des ann\u00e9es \u00e0 Cayenne acheva de l&rsquo;\u00e9coeurer, et il entreprit une \u00e9vasion exceptionnelle relat\u00e9e dans le r\u00e9cit fait par Albert Londres: \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/p0.storage.canalblog.com\/08\/58\/1108848\/87021932.pdf\">Londres_Cayenne<\/a>\u00a0\u00bb (lien vers le texte int\u00e9gral).<\/p>\n<p>Arriv\u00e9 au Br\u00e9sil, r\u00e9clam\u00e9 par la France, un imbroglio diplomatique assorti d&rsquo;une querelle <em>interestadual<\/em> entre \u00e9tats du Para et du Pernambuco, le tout sur fond de d\u00e9nonciation de l&rsquo;acharnement judiciaire hors de propos par Albert Londres et Louis Roubaud, permirent \u00e0 Dieudonn\u00e9 que le Br\u00e9sil avait d\u00e9cid\u00e9 d&rsquo;accueillir, d&rsquo;obtenir sa gr\u00e2ce assortie du droit de rentrer librement en France &#8211; ce qu&rsquo;il fit accompagn\u00e9 d&rsquo;Albert Londres.<\/p>\n<p>Dieudonn\u00e9 s&rsquo;\u00e9tablit alors comme fabricant de meubles dans le Faubourg Saint-Antoine. Auteur du livre sans doute le plus brillant de tous ceux que des Transport\u00e9s ont \u00e9crit (et il le fit seul) <em>La Vie des for\u00e7ats<\/em> pr\u00e9fac\u00e9e par Albert Londres, il donna des conf\u00e9rences (assez controvers\u00e9es) dans les milieux libertaires, expliquant qu&rsquo;aucune cause ne justifiait le meurtre d&rsquo;une part, le risque de devoir croupir dans l&rsquo;enfer guyanais d&rsquo;autre part: sans se renier, <strong>le for\u00e7at anarchiste qui avait plus pay\u00e9 que d&rsquo;autres devint un peu trop moralisateur au go\u00fbt des puristes de salon&#8230; .<\/strong><\/p>\n<p>En 1934, il collabora de fa\u00e7on marginale au film <em>Autour d&rsquo;une \u00e9vasion, <\/em>r\u00e9alis\u00e9 par Jacques-Bernard Brunius, \u00e9crivain et cin\u00e9aste proche du mouvement surr\u00e9aliste.\u00a0 Il mourut en ao\u00fbt 1944, \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 60 ans.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-par-gil.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3006\" title=\"Jacob par Gil\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-par-gil-292x300.jpg\" alt=\"\" width=\"149\" height=\"153\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-par-gil-292x300.jpg 292w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-par-gil.jpg 312w\" sizes=\"(max-width: 149px) 100vw, 149px\" \/><\/a>28 mai 2013<\/p>\n<p><a name=\"27275431\"><\/a><strong>Marius Alexandre Jacob, dit \u00ab\u00a0Marius Jacob\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>http:\/\/www.bagnedeguyane.fr\/archives\/2013\/05\/28\/27275431.html<br \/>\nN\u00e9 \u00e0 Marseille en septembre\u00a01879 &#8211; Mit fin \u00e0 ses jours \u00e0 Reuilly (Indre)\u00a0 le\u00a028\u00a0ao\u00fbt\u00a01954<strong>.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Quatorze ans de bagne.<\/strong><\/p>\n<p>Marius Jacob est \u00e0 classer dans les <strong>A<\/strong>narchistes ill\u00e9galistes, et <strong>il est difficile de lire autre chose que des hagiographies \u00e0 son sujet tant le monde libertaire en fit un symbole.<\/strong><\/p>\n<p>Jacob fut un <strong>cambrioleur ing\u00e9nieux dot\u00e9 d&rsquo;un incontestable sens de l&rsquo;humour<\/strong>.\u00a0 Il \u00e9tait capable de faire preuve de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 &#8211; y compris \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de quelques unes de ses victimes. <strong>On dit que Maurice Leblanc s&rsquo;en inspira pour cr\u00e9er son c\u00e9l\u00e8bre Ars\u00e8ne Lupin, mais l&rsquo;auteur le nia \u00e9nergiquement<\/strong>.<br \/>\nD&rsquo;origine alsacienne, Alexandre Marius Jacob naquit \u00e0 Marseille le 29\u00a0septembre\u00a01871. Il signa d\u00e8s ses douze ans un engagement comme mousse ; il d\u00e9serta \u00e0 Sydney ayant connu selon ses dires<em> le haut et le bas<\/em> (dont les d\u00e9sirs concupiscents des marins auxquels ils devait r\u00e9sister en permanence (\u00ab\u00a0<em>J&rsquo;ai vu le monde\u00a0; il n&rsquo;est pas beau<\/em> \u00ab\u00a0). Il fit mention d&rsquo;un bref \u00e9pisode de piraterie auquel il aurait renonc\u00e9, <em>ne supportant pas sade fi\u00e8vres cruaut\u00e9<\/em> et revint \u00e0 Marseille en 1897, \u00e0 18 ans, atteint de fi\u00e8vres (sans doute du paludisme) qui ne le quitteront plus. Il devint alors apprenti typographe, milieu qui poussait alors \u00e0 la fr\u00e9quentation des milieux anarchistes. Il y rencontra sa compagne, Rose.<\/p>\n<p>La fin du si\u00e8cle est l&rsquo;\u00e9poque du vif conflit entre socialistes (parlementaires ou non) et anarchistes libertaires alors pr\u00e9sents dans le monde ouvrier m\u00eame si nombre de bourgeois se piquaient alors aussi de libertarisme (jusqu&rsquo;\u00e0 ce que la police les coince: ils devenaient alors agents provocateurs, tenus qu&rsquo;ils \u00e9taient par l&rsquo;autorit\u00e9: <strong>Lorulot <\/strong>en est un de la plus belle esp\u00e8ce) .<\/p>\n<p>D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, les uns se voulaient l\u00e9galistes et tentaient de parvenir au pouvoir par les \u00e9lections pour certains, par un mouvement r\u00e9volutionnaire collectif pour d&rsquo;autres, quand les anarchistes pensaient que la justice sociale ne se discute pas, <em>qu&rsquo;elle se prend<\/em>.<\/p>\n<p>Dans cette Europe de <em>la Belle \u00c9poque<\/em> qui suit\u00a0 la terrible r\u00e9pression de la Commune, des r\u00e9volt\u00e9s pr\u00f4nent l&rsquo;acte individuel violent pour rendre justice. Les assassinats touchent des rois, des politiciens, des militaires, des policiers, des tyrans, des magistrats un peu partout dans le monde, mais ces actions favorisent les applications de lois toutes plus r\u00e9pressives les unes que les autres, dont sont victimes les promoteurs des mouvements sociaux: car le peuple ne suit pas les assassins, fussent-ils de flics ou de t\u00eates couronn\u00e9es: personne ne pleure un Ravachol (d\u00e9capit\u00e9) si d&rsquo;aucuns condamnent par principe la peine de mort. Le terrorisme rend les Anarchistes impopulaires et nuit \u00e0 leur cause, d&rsquo;autant plus que nombre de mouvements sont noyaut\u00e9s par des indicateurs et par la police secr\u00e8te qui g\u00e9n\u00e8re des provocations favorisant une r\u00e9pression g\u00e9n\u00e9rale.<\/p>\n<p><strong>D\u00e9j\u00e0 fich\u00e9, Jacob fut compromis dans une affaire d&rsquo;explosifs<\/strong> et se rendit coupable de vols simples. Condamn\u00e9 \u00e0 six mois de prison, la r\u00e9insertion \u00e9tait difficile avec un tel palmar\u00e8s. <strong>Il d\u00e9cida alors, selon ses dires, de rentrer dans\u00a0 \u00ab\u00a0l&rsquo;ill\u00e9galisme pacifiste\u00a0\u00bb ( \u00ab\u00a0<em>Puisque les bombes font peur au peuple, volons les bourgeois, et redistribuons aux pauvres\u00a0!<\/em> \u00ab\u00a0)<\/strong>.<\/p>\n<p>Le 31\u00a0mars\u00a01899, c&rsquo;est l&rsquo;affaire du Mont de Pi\u00e9t\u00e9 de Marseille qui fit rire la France enti\u00e8re. Un commissaire de police et deux inspecteurs se pr\u00e9sentent chez un commissionnaire de l&rsquo;organisme, l&rsquo;accusant du recel d&rsquo;une montre. Sur papier \u00e0 ent\u00eate de la Pr\u00e9fecture de police, ils dress\u00e8rent l&rsquo;inventaire de tout le mat\u00e9riel en d\u00e9p\u00f4t, confisqu\u00e9 comme \u00ab\u00a0pi\u00e8ces \u00e0 conviction\u00a0\u00bb\u00a0 L&rsquo;homme est menott\u00e9 et les trois individus (Jacob et deux complices) s&rsquo;esquiv\u00e8rent avec un butin avoisinant le demi million. <strong>Si effectivement l&rsquo;affaire est dr\u00f4le, on notera qu&rsquo;il n&rsquo;y eut aucune \u00ab\u00a0redistribution aux pauvres\u00a0\u00bb.<\/strong>..<\/p>\n<p>Arr\u00eat\u00e9 \u00e0 Toulon en juillet\u00a01899, Jacob simula la folie pour \u00e9viter des ann\u00e9es de r\u00e9clusion. Le 19\u00a0avril\u00a01900, il s&rsquo;\u00e9vada avec la complicit\u00e9 d&rsquo;un infirmier de l&rsquo;asile d&rsquo;Aix-en-Provence, anarchiste lui aussi, et se r\u00e9fugia \u00e0 S\u00e8te.<\/p>\n<p>Sa bande :\u00a0 \u00a0\u00bb\u00a0<em>Les Travailleurs de la nuit<\/em> \u00a0\u00bb fut organis\u00e9e selon des r\u00e8gles en principe rigoureuses:\u00a0 on ne tue pas, sauf pour prot\u00e9ger sa vie et sa libert\u00e9, et uniquement des policiers\u00a0; on ne vole que les individus jug\u00e9s parasites: patrons, juges, militaires, membres du\u00a0 clerg\u00e9, jamais les professions utiles\u00a0: architectes, m\u00e9decins, artistes&#8230;<\/p>\n<p>On reverse un pourcentage des gains \u00e0 la cause anarchiste et aux<em> camarades dans le besoin<\/em>, ce qui n&rsquo;ira pas sans poser de probl\u00e8mes, <strong>Jacob d\u00e9finissant qui \u00e9tait, ou non, dans le besoin<\/strong>. Sont exclus des \u00ab\u00a0coups\u00a0\u00bb les anarchistes id\u00e9alistes tout comme la p\u00e8gre (qui de toute mani\u00e8re s&rsquo;est toujours rang\u00e9e du c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;ordre)<\/p>\n<p>Son astuce \u00e9tait exceptionnelle, soit dans le but de v\u00e9rifier l&rsquo;absence des propri\u00e9taires que l&rsquo;on cambriolera, soit pour crocheter serrures et coffre-forts m\u00eame sophistiqu\u00e9s. Ses qualit\u00e9s d&rsquo;autodidacte ne failiront d&rsquo;ailleurs jamais.<\/p>\n<p>Jacob veilla toujours \u00e0 soigner sa popularit\u00e9 en faisant preuve d&rsquo;un grand sens de l&rsquo;humour : il signait parfois ses actes en d\u00e9posant une carte au nom d&rsquo;Attila\u00a0; il laissait parfois des mots, comme \u00ab\u00a0<em>Dieu des voleurs, recherche les voleurs de ceux qui en ont vol\u00e9 d&rsquo;autres.<\/em> \u00a0\u00bb (Rouen, \u00e9glise Saint-Sever, nuit du 13 au 14\u00a0f\u00e9vrier\u00a01901).<\/p>\n<p><strong>Cambriolant la demeure du capitaine de fr\u00e9gate Julien Viaud, il s&rsquo;aper\u00e7ut qu&rsquo;il s&rsquo;agissait de Pierre Loti. Il remit tout en place, laissant un de ses fameux mots\u00a0: \u00a0\u00ab\u00a0<em>Ayant p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 chez vous par erreur, je ne saurais rien prendre \u00e0 qui vit de sa plume. Tout travail m\u00e9rite salaire. Attila. &#8211; P.S.\u00a0: Ci-joint dix francs pour la vitre bris\u00e9e et le volet endommag\u00e9<\/em>.\u00a0\u00a0\u00bb (d&rsquo;aucuns disent que le coup fut mont\u00e9 d&rsquo;avance pour soigner sa popularit\u00e9)<\/strong><\/p>\n<p>Il commit\u00a0 de 150 \u00e0 500 cambriolages entre 1900 et 1903, \u00e0 Paris, en province et m\u00eame \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger (\u00ab\u00a0<em> Je faisais de la d\u00e9centralisation<\/em> \u00ab\u00a0). Mais Jacob sut selon ses dires, que le combat id\u00e9ologique \u00e9tait perdu le jour o\u00f9, essayant de convertir un ouvrier \u00ab\u00a0prometteur\u00a0\u00bb \u00e0 l&rsquo;anarchisme, il obtint une r\u00e9ponse significative\u00a0: \u00a0\u00ab\u00a0Et ma retraite\u00a0?\u00a0\u00bb\u00a0 Le combat socialiste prenait d\u00e9cid\u00e9ment le dessus sur la \u00ab\u00a0r\u00e9cup\u00e9ration individuelle\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le 21\u00a0avril\u00a01903,\u00a0 la bande de Jacob tua un agent et en blessa gri\u00e8vement un autre. Jacob et ses deux complices furent captur\u00e9s.<\/p>\n<p>Le proc\u00e8s se tint deux ans plus tard dans une ville, Amiens, litt\u00e9ralement en \u00e9tat de si\u00e8ge, et hant\u00e9e par les anarchistes qui tent\u00e8rent d&rsquo;influencer le jury par des menaces. Il en fit une tribune pour ses id\u00e9es: \u00ab\u00a0Vous savez maintenant qui je suis\u00a0: un r\u00e9volt\u00e9 vivant du produit de ses cambriolages.\u00a0\u00bb\u00a0; \u00a0\u00bb\u00a0<em>Le droit de vivre ne se mendie pas, il se prend<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>Tr\u00e8s curieusement, pour une affaire o\u00f9 un agent de police laissa la vie, Jacob ne fut pas condamn\u00e9 \u00e0 mort \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 c&rsquo;\u00e9tait syst\u00e9matique.<\/strong> Ce sont les travaux forc\u00e9s \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 qui l&rsquo;attendent.<\/p>\n<p>Du bagne, il entretient une\u00a0 correspondance cod\u00e9e avec sa m\u00e8re Marie qui ne l&rsquo;abandonna jamais\u00a0<strong>; selon la l\u00e9gende<\/strong>, il tenta de s&rsquo;\u00e9vader 17 fois &#8211; ce qui est peu cr\u00e9dible sauf \u00e0 consid\u00e9rer comme \u00ab\u00a0\u00e9vasion\u00a0\u00bb une absence de r\u00e9ponse \u00e0 un appel, sup\u00e9rieure \u00e0 12 heures: le temps de r\u00e9clusion sanctionnant les tentatives quelque peu s\u00e9rieuses \u00e9tait de plusieurs mois au minimum au bout desquelles on ressortait bris\u00e9. En outre les remises de peine n&rsquo;auraient jamais \u00e9t\u00e9 accord\u00e9es \u00e0 un tel \u00ab\u00a0rebelle\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>Selon les acteurs du bagne que j&rsquo;ai interrog\u00e9s (trois transport\u00e9s, deux gardiens, un rel\u00e9gu\u00e9) 17 vraies \u00e9vasions, c&rsquo;est tout \u00e0 fait impossible<\/strong> et pourtant, venus plus tard au bagne, les moeurs y \u00e9taient adoucies (en particulier, la\u00a0r\u00e9clusion n&rsquo;\u00e9tait en pratique plus subie qu&rsquo;au r\u00e9gime du \u00ab\u00a0quart\u00a0\u00bb). Leur jugement \u00e9tait dans l&rsquo;ensemble s\u00e9v\u00e8re, certains \u00e9voquant m\u00eame l&rsquo;agent provocateur potentiel; la gr\u00e2ce survenue si t\u00f4t, l&rsquo;absence de \u00ab\u00a0doublage\u00a0\u00bb \u00e9tait pour eux des plus suspectes.<\/p>\n<p><strong>Il purgea sa peine sa peine jusqu&rsquo;en 1927 (14 ans) avant de revenir en m\u00e9tropole<\/strong>. Quatorze ans en tout au lieu de la perp\u00e9tuit\u00e9, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 les remises de peine \u00e9taient rarissimes&#8230; Puis dispense de doublage (assignation \u00e0 r\u00e9sidence en Guyane&#8230; l\u00e0 encore la mansu\u00e9tude est exceptionnelle pour l&rsquo;\u00e9poque). <strong>Voil\u00e0 qui \u00e9veilla sinon les soup\u00e7ons, du moins les jalousies<\/strong>. Lib\u00e9r\u00e9, il reprit des forces avant de se faire marchand ambulant en Touraine, s&rsquo;installant \u00e0 Reuilly, dans l&rsquo;Indre, avec sa nouvelle compagne Paulette et sa m\u00e8re. Il se sentait bien dans le milieu forain car ce dernier \u00e9tait, selon lui, sinon ouvert \u00e0 l&rsquo;anarchisme th\u00e9orique, du moins proche par sa g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>En 1929, Jacob contacta Louis Lecoin au journal Le Libertaire qu&rsquo;il dirigeait.<\/strong> D\u00e9sormais pr\u00e9nomm\u00e9 Marius, <strong>il s&rsquo;investit dans la propagande.<\/strong> Apr\u00e8s les combats de soutien pour les objecteurs de conscience, ceux pour <strong>Sacco et Vanzetti<\/strong>, il lutta pour emp\u00eacher l&rsquo;extradition de <strong>Durruti <\/strong>promis \u00e0 l&rsquo;ex\u00e9cution capitale en Espagne.<\/p>\n<p>En 1936, il alla \u00e0 Barcelone, selon ses dires, pour se rendre utile \u00e0 la CNT, mais revint rapidement sur les march\u00e9s du centre de la France. Il ach\u00e8ta une maison \u00e0 Reuilly\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Le pays o\u00f9 il ne se passe jamais rien<\/em>\u00ab\u00a0, et s&rsquo;y maria en 1939. Sa maison et sa tombe\u00a0 font aujourd&rsquo;hui partie des sites de la commune \u00e0 visiter.<\/p>\n<p>Bien que non engag\u00e9 dans la R\u00e9sistance, <strong>il semble qu&rsquo;il ait donn\u00e9 refuge \u00e0 des partisans. <\/strong>Apr\u00e8s la mort de sa m\u00e8re (1941) et de sa femme (1947), <strong>il vieillit entour\u00e9 d&rsquo;amis tels R. Treno, le directeur du Canard encha\u00een\u00e9<\/strong>.<\/p>\n<p>Juqu&rsquo;au bout, il fit preuve d&rsquo;humour comme \u00e0 ce jour o\u00f9\u00a0 devant payer un imp\u00f4t pour son chien, il r\u00e9clama une carte d&rsquo;\u00e9lecteur pour ce dernier, qui \u00ab\u00a0<em>n&rsquo;a jamais menti, jamais \u00e9t\u00e9 ivre. Aucun de vos \u00e9lecteurs ne peut en dire autant<\/em>\u00ab\u00a0.<\/p>\n<p>Le 28\u00a0ao\u00fbt\u00a01954, il s&#8217;empoisonna, \u00e0 l&rsquo;aide de morphine et d&rsquo;un po\u00eale \u00e0 charbon dont il avait bloqu\u00e9 le tirage, avec son vieux chien, N\u00e9gro, laissant le dernier de ses fameux mots\u00a0: \u00ab\u00a0(&#8230;)<em> Linge lessiv\u00e9, rinc\u00e9, s\u00e9ch\u00e9, mais pas repass\u00e9. J&rsquo;ai la cosse. Excusez. Vous trouverez deux litres de ros\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la paneterie. \u00c0 votre sant\u00e9<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>Texte de l&rsquo;auteur<\/strong>.<\/p>\n<p>Quelques documents \u00e9manent de l&rsquo;atelier de cr\u00e9ation libertaire.<\/p>\n<p><!--[if gte mso 9]><xml> Normal   0         21         false   false   false      FR   X-NONE   X-NONE <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 9]><xml> <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 10]>\n\n\n\n<style>\n \/* Style Definitions *\/\n table.MsoNormalTable\n\t{mso-style-name:\"Tableau Normal\";\n\tmso-tstyle-rowband-size:0;\n\tmso-tstyle-colband-size:0;\n\tmso-style-noshow:yes;\n\tmso-style-priority:99;\n\tmso-style-parent:\"\";\n\tmso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;\n\tmso-para-margin-top:0cm;\n\tmso-para-margin-right:0cm;\n\tmso-para-margin-bottom:10.0pt;\n\tmso-para-margin-left:0cm;\n\tline-height:115%;\n\tmso-pagination:widow-orphan;\n\tfont-size:11.0pt;\n\tfont-family:\"Calibri\",\"sans-serif\";\n\tmso-ascii-font-family:Calibri;\n\tmso-ascii-theme-font:minor-latin;\n\tmso-hansi-font-family:Calibri;\n\tmso-hansi-theme-font:minor-latin;\n\tmso-fareast-language:EN-US;}\n<\/style>\n\n<![endif]--><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A \u00a0C&rsquo;est-toi-qui-dit-qui-est, Benjamin est un champion, un as, un ma\u00eetre in\u00e9gal\u00e9. 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