{"id":3250,"date":"2013-09-14T01:10:42","date_gmt":"2013-09-13T23:10:42","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=3250"},"modified":"2013-08-22T18:22:13","modified_gmt":"2013-08-22T16:22:13","slug":"hors-du-commun","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2013\/09\/hors-du-commun\/","title":{"rendered":"Hors du commun ?"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/colombe-25-640x480.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2206\" title=\"Colombe de Dieuleveult\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/colombe-25-640x480-300x225.jpg\" alt=\"\" width=\"222\" height=\"167\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/colombe-25-640x480-300x225.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/colombe-25-640x480.jpg 640w\" sizes=\"(max-width: 222px) 100vw, 222px\" \/><\/a>Il convient d&rsquo;aborder avec une certaine m\u00e9fiance les papiers ayant, sur la toile, l&rsquo;honn\u00eate cambrioleur comme sujet. D&rsquo;abord parce que c&rsquo;est souvent du n&rsquo;importe nawak pomp\u00e9 all\u00e8grement sur oui-oui qui p\u00e9dia et sans aucune mention de sources. Ensuite, parce que l&rsquo;auteur fait fr\u00e9quemment preuve\u00a0 si ce n&rsquo;est d&rsquo;un \u00e9go surdimensionn\u00e9, en tout cas d&rsquo;une formidable pr\u00e9tention historique \u00e0 d\u00e9tenir une r\u00e9alit\u00e9 vraie et affirm\u00e9e l\u00e0 o\u00f9, finalement, on ne trouvera que prisme d\u00e9formant et a priori pour le moins subjectifs. Recenser ces nombreux articles revient donc \u00e0 s&rsquo;inscrire dans une d\u00e9marche historiographique. Celui, tr\u00e8s long et publi\u00e9 sur Criminocorpusle 27 mars 2013, de Colombe de Dieuleveult, nous est apparu \u00e0 dix lieux de ce qu&rsquo;habituellement on peut lire &#8230; m\u00eame sur ce site r\u00e9put\u00e9 gage de probit\u00e9 scientifique.<!--more--><\/p>\n<p>La doctorante en lettres, qui avait il y a peu bien voulu se pr\u00eater au jeu des dix questions du Jacoblog qu&rsquo;elle mentionne ici plusieurs fois, propose, loin, tr\u00e8s loin de l&rsquo;in\u00e9narrable biographie extraordinaire, une probl\u00e9matique pour le moins originale. A travers les exemples du voleur et du bagnard, se servant \u00e0 foison de ses \u00e9crits, elle \u00e9tablit la d\u00e9marche politique d&rsquo;un homme, consid\u00e9r\u00e9 l\u00e9galement comme un criminel alors que celui-ci a toujours revendiqu\u00e9 et affirm\u00e9 s&rsquo;ins\u00e9rer dans le cadre d&rsquo;une guerre sociale. Telle est la lutte des classes de l&rsquo;anarchiste Jacob. Or, et Colombe le montre bien, propagande par le fait et ill\u00e9galisme ont \u00e9t\u00e9, pour des raisons politique puis l\u00e9gislatives, envisag\u00e9s comme relevant du droit commun.<\/p>\n<p>Peut-\u00eatre pourrions-nous relever \u00e7\u00e0 et l\u00e0 quelques erreurs de fonds et de forme, notamment sur la \u00ab\u00a0r\u00e9pression des anarchistes\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0le parcours d&rsquo;Alexandre Jacob\u00a0\u00bb, mais force est de constater que cela n&rsquo;entame en rien la pertinence et la clairvoyance de l&rsquo;analyse propos\u00e9e. Ils ne sont pas, par exemple vingt-cinq mais vingt-trois accus\u00e9s \u00e0 Amiens en 1905\u00a0; Jacob ne comparait pas pour meurtre ni l\u00e0 ni \u00e0 Orl\u00e9ans\u00a0; ce ne sont pas les for\u00e7ats qui l&rsquo;ont surnomm\u00e9 Barrabas &#8230; du d\u00e9tail en somme au regard de la solidit\u00e9 du propos. Rien ne vient prouver non plus que l&rsquo;honn\u00eate cambrioleur ait pu laisser un billet chez Pierre Loti \u00e0 Rochefort (note 19). La premi\u00e8re mention de cette anecdote vient du romancier Bernard Thomas dont la prose vise \u00e0 faire de Jacob un aventurier hors norme et si proche de celui invent\u00e9 par Maurice Leblanc.<\/p>\n<p>M\u00eame l&rsquo;utilisation des <em>Souvenirs d&rsquo;un r\u00e9volt\u00e9<\/em> appr\u00e9hend\u00e9s comme\u00a0 une source totale mais sans regard critique sur les faits (Colombe consid\u00e8re les dialogues de Jacob comme av\u00e9r\u00e9s alors qu&rsquo;ils peuvent tr\u00e8s bien \u00eatre invent\u00e9s par lui) ou encore l&rsquo;affirmation d&rsquo;un arr\u00eat de la propagande par le fait \u00e0 la suite du proc\u00e8s des Trente n&rsquo;entravent pas un \u00e9clairant examen de cette plume ill\u00e9galiste hors du commun \u00e0 n&rsquo;en point douter.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/logo-criminocorpus.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3251\" title=\"logo criminocorpus\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/logo-criminocorpus.jpg\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"146\" \/><\/a><strong>Alexandre Jacob, for\u00e7at anarchiste en Guyane\u00a0: politique ou droit commun\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Criminocorpus, 27 mars 2013<\/p>\n<p>http:\/\/criminocorpus.revues.org\/2410<\/p>\n<p>Philippe Arti\u00e8res et Jean-Fran\u00e7ois La\u00e9 engagent \u00e0 utiliser les archives personnelles avec pr\u00e9caution\u00a0: \u00ab\u00a0survaloriser certains de ces \u00e9crits a pour risque d&rsquo;\u00e9craser des situations vari\u00e9es et de typologiser en somme l&rsquo;histoire d&rsquo;un groupe, de l&rsquo;\u00e9tudier \u00e0 la mani\u00e8re du cas en m\u00e9decine, ou encore d&rsquo;en faire une vie exemplaire<a name=\"_ftnref1\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a> \u00bb. S&rsquo;il est vrai que l&rsquo;exemple d&rsquo;Alexandre Jacob n&rsquo;incarne pas \u00e0 lui seul le parcours de tous les anarchistes, il constitue n\u00e9anmoins un mat\u00e9riau pertinent pour entrevoir ce que furent la r\u00e9pression et la condamnation de ces derniers. Les sources disponibles \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude de sa trajectoire embrassent une p\u00e9riode particuli\u00e8rement longue, et se compl\u00e8tent par la vari\u00e9t\u00e9 de leur nature\u00a0: entre 1905, o\u00f9 Jacob publie le r\u00e9cit de son arrestation, et 1954 o\u00f9 il adresse, \u00e0 ses proches, les derni\u00e8res lettres avant son suicide, cinquante ann\u00e9es de son existence se lisent au travers d&rsquo;une plume que la n\u00e9cessit\u00e9 a fait parler. Aux c\u00f4t\u00e9s de ces \u00e9crits autobiographiques, majoritairement \u00e9pistolaires<a name=\"_ftnref2\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a> et qui portent le discours d&rsquo;un homme, se per\u00e7oivent d&rsquo;autres voix\u00a0: celle de la presse et de l&rsquo;opinion, offerte par les comptes rendus d&rsquo;audience des deux proc\u00e8s de l&rsquo;accus\u00e9\u00a0; celle du pouvoir, de la justice et de l&rsquo;administration, lisible dans le dossier judiciaire et p\u00e9nitentiaire du condamn\u00e9<a name=\"_ftnref3\" href=\"#_ftn3\">[3]<\/a> ; celle enfin des personnes, amies ou ennemies, qui l&rsquo;ont connu ou affront\u00e9 et qui se font entendre dans les t\u00e9moignages qu&rsquo;ils ont laiss\u00e9s (publi\u00e9s, pour beaucoup, en annexe des <em>\u00c9crits<\/em>). Envisag\u00e9s dans leur globalit\u00e9, ces documents tracent le portrait d&rsquo;Alexandre Marius Jacob, livr\u00e9 par une multitude de paroles, dessin\u00e9 dans son \u00e9volution, et marqu\u00e9 \u00e0 tout point de vue par la question politique. Si les \u00e9crits de cet anarchiste marseillais constituent avant tout un corpus, propre selon nous \u00e0 questionner les concepts de la critique litt\u00e9raire<a name=\"_ftnref4\" href=\"#_ftn4\">[4]<\/a>, ils deviennent ici des archives judicieuses pour acc\u00e9der \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 historique complexe. L&rsquo;\u00e9vocation de cette biographie \/ autobiographie nous permettra en effet d&rsquo;interroger la situation sp\u00e9cifique qui fut faite aux anarchistes condamn\u00e9s \u00e0 la fin du xix<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, mais aussi de sonder la mutation du discours et de la sensibilit\u00e9 politiques de ce r\u00e9volt\u00e9 devenu for\u00e7at. Ce sont les \u00e9crits m\u00eames d&rsquo;Alexandre Jacob qui apporteront la r\u00e9solution de notre d\u00e9veloppement, au d\u00e9tour d&rsquo;une phrase extr\u00eamement significative quant \u00e0 la probl\u00e9matique qui nous occupe. Que l&rsquo;on observe les textes l\u00e9gaux ou la r\u00e9alit\u00e9 factuelle, que l&rsquo;on se place du c\u00f4t\u00e9 du pouvoir ou du c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;individu, que l&rsquo;on \u00e9coute le \u00ab\u00a0il\u00a0\u00bb ou le \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb, la question qui pr\u00e9side ici restera identique\u00a0: l&rsquo;anarchiste Alexandre Jacob, opposant politique ou bagnard du commun\u00a0?<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/lanarchie-guidant-le-peuple.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-970\" title=\"L\\'Anarchie guidant le peuple\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/lanarchie-guidant-le-peuple-300x236.jpg\" alt=\"L\\'Anarchie guidant le peuple\" width=\"154\" height=\"121\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/lanarchie-guidant-le-peuple-300x236.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/lanarchie-guidant-le-peuple.jpg 635w\" sizes=\"(max-width: 154px) 100vw, 154px\" \/><\/a><strong>La r\u00e9pression des anarchistes<\/strong><\/p>\n<p>Avant d&rsquo;\u00e9voquer le parcours d&rsquo;Alexandre Jacob en particulier, il convient d&rsquo;aborder bri\u00e8vement le contexte juridique de la fin du xix<sup>e <\/sup>si\u00e8cle, du point de vue des d\u00e9lits et des crimes politiques. En la mati\u00e8re, l&rsquo;histoire nous laisse voir avec quelle constance s&rsquo;est impos\u00e9e la difficult\u00e9 de les d\u00e9finir l\u00e9galement\u00a0: ni le l\u00e9gislateur, ni le criminologue ne sont parvenus \u00e0 \u00e9tablir de crit\u00e8res invariants qui permettent de qualifier l&rsquo;infraction politique. Pourtant, d\u00e8s 1832, la l\u00e9gislation commen\u00e7ait \u00e0 organiser son statut p\u00e9nal, en pr\u00e9voyant quelques att\u00e9nuations\u00a0: l&rsquo;\u00e9chelle des peines se diff\u00e9rencie de celle du droit commun (1832), la peine de mort pour crime politique est abolie (1848), la notion de flagrant d\u00e9lit est supprim\u00e9e (1863)\u00a0; les condamnations politiques ne sont pas incluses dans le calcul des peines de la rel\u00e9gation (1885), et ne peuvent entra\u00eener le bannissement ou la d\u00e9gradation civique. Quelques mesures de faveur sont par ailleurs prescrites \u00e0 l&rsquo;ex\u00e9cution de ces peines\u00a0: les d\u00e9tenus politiques ne sont pas astreints au travail, ni au port du costume p\u00e9nal\u00a0; ils sont regroup\u00e9s entre eux, autoris\u00e9s \u00e0 correspondre plus fr\u00e9quemment avec leurs proches, ainsi qu&rsquo;\u00e0 porter la barbe (un signe qui, s&rsquo;il para\u00eet symbolique, est d&rsquo;importance puisqu&rsquo;il les distingue <em>physiquement<\/em> du lot des \u00ab\u00a0droit commun\u00a0\u00bb). On peut \u00e9galement signaler que le Conseil sup\u00e9rieur des prisons, d\u00e8s sa cr\u00e9ation, s&rsquo;accorde \u00ab\u00a0pour exclure les politiques du r\u00e9gime cellulaire pr\u00e9vu par la loi de 1875<a name=\"_ftnref5\" href=\"#_ftn5\">[5]<\/a> \u00bb. La loi reconna\u00eet donc bien l&rsquo;existence et la sp\u00e9cificit\u00e9 de l&rsquo;infraction politique, mais peine \u00e0 lui donner une d\u00e9finition intangible\u00a0: deux grandes tendances se dessinent au xix<sup>e <\/sup>si\u00e8cle, partageant les juristes et les criminologues qui se saisissent de cette question. La premi\u00e8re, dite \u00ab\u00a0subjective\u00a0\u00bb, privil\u00e9gie le motif, l&rsquo;intention d&rsquo;un individu pour d\u00e9finir la nature, politique ou non, de ses agissements. La seconde, principalement \u00e9labor\u00e9e par les criminalistes allemands, est dite \u00ab\u00a0objective\u00a0\u00bb et se base sur le seul examen des faits, des moyens mis en \u0153uvre et de la nature des droits l\u00e9s\u00e9s. Jean-Pierre Machelon, qui note que la th\u00e8se subjective a \u00ab\u00a0toujours \u00e9t\u00e9 fortement d\u00e9fendue en France<a name=\"_ftnref6\" href=\"#_ftn6\">[6]<\/a> \u00bb, remarque par ailleurs qu&rsquo;elle perd la plupart de ses partisans \u00e0 la fin du si\u00e8cle. Il faut dire que la p\u00e9riode est marqu\u00e9e par des contestations nombreuses, qui se manifest\u00e8rent \u00e0 un rythme et avec une violence jusque-l\u00e0 in\u00e9dits\u00a0: apr\u00e8s l&rsquo;insurrection de juin 1848 et la Commune de 1871, les attentats anarchistes des ann\u00e9es 1890 d\u00e9frayeront la chronique, exigeront du l\u00e9gislateur une r\u00e9ponse p\u00e9nale rapide, et donneront un nouvel exemple de l&#8217;embarrassante distinction entre d\u00e9lit politique et de droit commun.<\/p>\n<p>Si la criminalisation des opposants politiques sert incontestablement un int\u00e9r\u00eat strat\u00e9gique du pouvoir, la difficult\u00e9 intrins\u00e8que d&rsquo;une telle d\u00e9finition demeure. L&rsquo;exemple du r\u00e9gicide met en lumi\u00e8re l&rsquo;insoluble contradiction\u00a0: le geste est indubitablement politique, mais il reste cantonn\u00e9 dans la majorit\u00e9 des cas au crime ordinaire, pr\u00e9cis\u00e9ment parce que la figure sacr\u00e9e du plus haut repr\u00e9sentant de l&rsquo;autorit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 atteinte. Ainsi, m\u00eame lorsque le motif politique est pris en compte, il peut \u00eatre \u00e9vinc\u00e9 par le caract\u00e8re choquant de l&rsquo;infraction, dans l&rsquo;objet qu&rsquo;elle vise ou les moyens qu&rsquo;elle met en \u0153uvre. Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1890, les anarchistes se trouvent exactement dans ce cas de figure\u00a0: le mobile politique de leurs actes est ind\u00e9niable, revendiqu\u00e9 par voie de presse notamment (les publications anarchistes sont nombreuses et toutes, les premiers temps du moins, font l&rsquo;apologie de la propagande par le fait). Mais le choc qui retentit dans l&rsquo;opinion publique est d&rsquo;une ampleur sans pr\u00e9c\u00e9dent\u00a0: rappelons qu&rsquo;entre 1892 et 1894, surviennent au moins onze attentats \u00e0 l&rsquo;explosif et deux assassinats, dont celui du Pr\u00e9sident Carnot<a name=\"_ftnref7\" href=\"#_ftn7\">[7]<\/a>. Les anarchistes occupent sans rel\u00e2che l&rsquo;espace m\u00e9diatique, aux \u00ab\u00a0unes\u00a0\u00bb friandes d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements si spectaculaires, et deviennent l&rsquo;objet de terreur central de la population. Henri L\u00e9vy-Bruhl, dans un article synth\u00e9tique sur les d\u00e9lits politiques, pr\u00e9cise que \u00ab\u00a0le d\u00e9lit de droit commun qui accompagne l&rsquo;infraction politique ne laisse pas, en g\u00e9n\u00e9ral, de lui conserver son caract\u00e8re propre, et ne fait pas obstacle \u00e0 la mansu\u00e9tude relative qui l&rsquo;entoure [&#8230;]. Mais cela n&rsquo;est vrai que si cette infraction reste dans certaines limites, ne pr\u00e9sente pas de traits de cruaut\u00e9 ou de barbarie trop r\u00e9voltants [&#8230;]. Il n&rsquo;est donc nullement \u00e9tonnant qu&rsquo;on ait consid\u00e9r\u00e9 les attentats anarchistes comme indignes de b\u00e9n\u00e9ficier d&rsquo;aucune indulgence\u00a0: ils l\u00e8sent trop profond\u00e9ment la conscience publique<a name=\"_ftnref8\" href=\"#_ftn8\">[8]<\/a> \u00bb. Ce cas singulier a donn\u00e9 lieu \u00e0 une imm\u00e9diate et abondante litt\u00e9rature, o\u00f9 juristes et criminalistes affirment leur th\u00e8se\u00a0: Proal et Maxwell reconnaissent de fa\u00e7on plus ou moins explicite le caract\u00e8re politique de la propagande par le fait, quand Garraud affirme au contraire que \u00ab\u00a0la notion de criminalit\u00e9 politique doit rester \u00e9trang\u00e8re \u00e0 des actes qui n&rsquo;attaquent pas seulement la soci\u00e9t\u00e9 mais qui attaquent l&rsquo;individu sous pr\u00e9texte d&rsquo;atteindre la soci\u00e9t\u00e9 elle-m\u00eame<a name=\"_ftnref9\" href=\"#_ftn9\">[9]<\/a>\u00bb. Lombroso adopte quant \u00e0 lui une position plus nuanc\u00e9e, jugeant qu&rsquo;en l&rsquo;occurrence le d\u00e9lit politique se confond avec le d\u00e9lit de droit commun.<\/p>\n<p>Pour reprendre la terminologie de L\u00e9vy-Bruhl, les \u00ab\u00a0actes anarchistes\u00a0\u00bb pr\u00e9sentent en effet les traits essentiels de l&rsquo;infraction politique, puisqu&rsquo;ils d\u00e9passent l&rsquo;int\u00e9r\u00eat individuel de leurs auteurs et s&rsquo;inspirent d&rsquo;une doctrine. Manifestement, ces caract\u00e9ristiques demeurent insuffisantes pour consid\u00e9rer les inculp\u00e9s hors du droit commun\u00a0: la nature des moyens employ\u00e9s et des cibles vis\u00e9es supplante le mobile de leurs agissements. Une r\u00e9solution adopt\u00e9e en 1892 par l&rsquo;Institut de droit international de Gen\u00e8ve nous apprend par quel biais le corps judiciaire entend r\u00e9soudre la question\u00a0: \u00ab\u00a0Ne sont point r\u00e9put\u00e9s d\u00e9lits politiques [&#8230;] les faits d\u00e9lictueux dirig\u00e9s contre la base de toute organisation sociale, et non pas seulement contre tel \u00c9tat d\u00e9termin\u00e9 ou telle forme de gouvernement\u00a0\u00bb<a name=\"_ftnref10\" href=\"#_ftn10\">[10]<\/a>. En de\u00e7\u00e0 du traumatisme provoqu\u00e9 par les attentats anarchistes, ces derniers se voient exclus de la sph\u00e8re politique pour une raison plus fondamentale\u00a0: la conception anarchiste de la soci\u00e9t\u00e9 et de l&rsquo;action politique est radicalement diff\u00e9rente de celle du plus grand nombre. Ils se tiennent \u00e0 distance de la citoyennet\u00e9 &#8211; le vote n&rsquo;est qu&rsquo;une mascarade o\u00f9 le peuple donne aux puissants le b\u00e2ton pour se faire battre &#8211; et de la prise de pouvoir, qui ne constituerait qu&rsquo;un changement de visage de l&rsquo;autorit\u00e9 qu&rsquo;ils veulent abolir. Les anarchistes n&rsquo;aspirent pas \u00e0 gouverner\u00a0: ils se distinguent par l\u00e0 de l&rsquo;opposant type, et \u00e9voluent bel et bien en marge de l&rsquo;\u00e9chiquier politique classique. La cause qu&rsquo;ils servent est donc consid\u00e9r\u00e9e comme invalide par le l\u00e9gislateur qui, entre 1892 et 1894, promulguera les lois dites \u00ab\u00a0sc\u00e9l\u00e9rates\u00a0\u00bb\u00a0: vot\u00e9es dans l&rsquo;urgence aux temps forts de la vague anarchiste, d&rsquo;une extr\u00eame s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 r\u00e9pressive, elles constitueront une aggravation du droit commun sans pr\u00e9c\u00e9dent.<\/p>\n<p>Le dernier chapitre de l&rsquo;ouvrage de Jean-Pierre Machelon est consacr\u00e9 \u00e0 la r\u00e9pression de l&rsquo;anarchisme, que nous pouvons ici brosser \u00e0 grands traits. Consid\u00e9r\u00e9s comme des d\u00e9linquants et des criminels de droit commun, les anarchistes sont donc expos\u00e9s \u00e0 des peines que ne risquent pas les condamn\u00e9s politiques\u00a0; si le fait est en soi important, il est encore loin de la gravit\u00e9 des mesures mises en place par les lois sc\u00e9l\u00e9rates. Celles-ci se composent de trois volets\u00a0: le 2 avril 1892, un texte renforce la r\u00e9pression des attentats par explosifs\u00a0; puis, les 12 et 18 d\u00e9cembre 1893, deux lois \u00e9largissent les d\u00e9finitions des provocations par voie de presse et de l&rsquo;association de malfaiteurs\u00a0; enfin, la loi du 28 juillet 1894 punit l&rsquo;incitation au crime m\u00eame non suivie d&rsquo;effets, soustrait des juridictions populaires les infractions commises dans un \u00ab\u00a0but de propagande anarchiste\u00a0\u00bb<a name=\"_ftnref11\" href=\"#_ftn11\">[11]<\/a> et permet aux pr\u00e9sidents des assises d&rsquo;interdire la publicit\u00e9 des d\u00e9bats\u00a0; elle inclut par ailleurs les condamnations pour propagande anarchiste dans le calcul des peines de la rel\u00e9gation. Aucun doute ne peut alors subsister quant au verdict du l\u00e9gislateur\u00a0: l&rsquo;\u00a0\u00ab\u00a0acte anarchiste\u00a0\u00bb rel\u00e8ve bel et bien du droit commun. Il faut noter, comme le fait Machelon, le caract\u00e8re discriminatoire du texte de 1894, qui pr\u00e9cise explicitement \u00e0 quelle population il se destine &#8211; lorsque l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des hommes devant la loi constitue le fondement du droit fran\u00e7ais. Les \u00ab\u00a0d\u00e9lits anarchistes\u00a0\u00bb, notamment les d\u00e9lits de presse, seront jug\u00e9s par des tribunaux correctionnels\u00a0: la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 du juge ne sera donc plus frein\u00e9e par l&rsquo;\u00e9ventuelle cl\u00e9mence populaire. L&rsquo;interdiction de publier les d\u00e9bats judiciaires r\u00e9pond quant \u00e0 elle \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de juguler la propagande anarchiste, la majorit\u00e9 des accus\u00e9s faisant de la salle d&rsquo;audience une tribune o\u00f9 ils revendiquent la dimension politique des actes incrimin\u00e9s. Le volet de 1893 comporte un enjeu similaire\u00a0: celui d&rsquo;endiguer tout pros\u00e9lytisme, en frappant aussi durement que possible les journaux, important outil de propagande autant que de communication entre les diff\u00e9rents groupes et individus anarchistes.<\/p>\n<p>On devine ici une composante essentielle de l&rsquo;action l\u00e9gislative, qui ne se soucie pas seulement de punir l&rsquo;acte d\u00e9lictueux ou criminel, ni m\u00eame d&rsquo;en pr\u00e9venir la pr\u00e9paration, mais bien de s&rsquo;attaquer aux racines du mal, en condamnant l&rsquo;anarchisme en tant qu&rsquo;opinion politique. Du point de vue p\u00e9nal, cela se traduit par un \u00e9largissement consid\u00e9rable des notions d&rsquo;association de malfaiteurs et d&rsquo;entente\u00a0: le terme de \u00ab\u00a0fauteur\u00a0\u00bb, par exemple, est introduit pour d\u00e9signer l&rsquo;individu qui aide, de quelque fa\u00e7on que ce soit, une \u00ab\u00a0entente anarchiste\u00a0\u00bb. L&rsquo;imprimeur d&rsquo;un journal anarchiste, le sympathisant qui colle des affiches ou h\u00e9berge un \u00ab\u00a0compagnon\u00a0\u00bb, l&rsquo;auteur cantonn\u00e9 \u00e0 la th\u00e9orie \u00e9crite, peuvent donc \u00eatre condamn\u00e9s \u00e0 la r\u00e9clusion ou \u00e0 la rel\u00e9gation\u00a0: la loi ent\u00e9rine ainsi, de fa\u00e7on d\u00e9finitive, l&rsquo;utile amalgame entre terroriste et anarchiste. Elle cr\u00e9e par ailleurs, dans un cadre international, la notion de \u00ab\u00a0d\u00e9lit social\u00a0\u00bb, qui permet aux \u00c9tats d&rsquo;ordonner l&rsquo;extradition des exil\u00e9s anarchistes les plus dangereux\u00a0; les congr\u00e8s sont interdits, emp\u00eachant <em>de facto<\/em> le mouvement de se doter d&rsquo;une structure internationale. De fa\u00e7on plus officieuse, l&rsquo;histoire nous apprend que les proc\u00e8s des anarchistes admettaient quelques particularit\u00e9s\u00a0: une instruction extr\u00eamement rapide (sorte de pr\u00e9mices des comparutions imm\u00e9diates, fr\u00e9quentes de nos jours), une d\u00e9fense musel\u00e9e (ce sera le cas du proc\u00e8s d&rsquo;Alexandre Jacob, nous y reviendrons), et des condamnations s\u00e9v\u00e8res (pour des faits similaires, l&rsquo;\u00e9cart entre les sentences se creuse selon que l&rsquo;accus\u00e9 est signal\u00e9 ou non comme anarchiste). \u00c0 tous les \u00e9gards, l&rsquo;anarchisme est invoqu\u00e9 comme une circonstance aggravante\u00a0: il devient en lui-m\u00eame un d\u00e9lit ou un crime puni devant la loi. Pour la premi\u00e8re fois, une opinion politique est directement incrimin\u00e9e, selon un r\u00e9gime de droit non seulement commun, mais encore aggrav\u00e9\u00a0: la punition se veut \u00e0 la mesure du choc que le \u00ab\u00a0d\u00e9lit d&rsquo;anarchisme\u00a0\u00bb imprime \u00e0 la conscience collective.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-chapeau.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-135\" title=\"Alexandre Jacob 1905\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-chapeau-176x300.jpg\" alt=\"Alexandre Jacob 1905\" width=\"92\" height=\"157\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-chapeau-176x300.jpg 176w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-chapeau.jpg 188w\" sizes=\"(max-width: 92px) 100vw, 92px\" \/><\/a><strong>Le parcours d&rsquo;Alexandre Marius Jacob<\/strong><\/p>\n<p>La p\u00e9riode des attentats anarchistes se cl\u00f4t par un bilan particuli\u00e8rement noir\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Dans les premiers mois de 1894, les principaux militants anarchistes \u00e9taient en \u00e9tat d&rsquo;arrestation ou en fuite\u00a0; la libert\u00e9 individuelle des suspects s\u00e9rieusement restreinte\u00a0; la presse anarchiste presque totalement an\u00e9antie. Et pourtant, le 24 juin, le pr\u00e9sident Carnot p\u00e9rit sous les coups de Caserio<a name=\"_ftnref12\" href=\"#_ftn12\">[12]<\/a> \u00bb<\/p>\n<p>C&rsquo;est dire que la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 de la r\u00e9pression n&rsquo;est pas garante de son efficacit\u00e9. Le v\u00e9ritable \u00e9pilogue de l&rsquo;\u00e8re terroriste se joue un mois plus tard avec le Proc\u00e8s des Trente<a name=\"_ftnref13\" href=\"#_ftn13\">[13]<\/a>, qui se solde d&rsquo;ailleurs par un acquittement g\u00e9n\u00e9ral, except\u00e9 trois condamnations aux travaux forc\u00e9s. \u00c0 cette date, Alexandre Jacob, jeune Marseillais de quinze ans, est ancr\u00e9 \u00e0 la terre ferme depuis que sa sant\u00e9 l&rsquo;a contraint \u00e0 arr\u00eater son apprentissage de mousse\u00a0; il se nourrit de lectures (Kropotkine, Malatesta, Reclus&#8230; mais aussi Victor Hugo et Jules Verne) et de r\u00e9unions qui confortent ses convictions politiques naissantes<a name=\"_ftnref14\" href=\"#_ftn14\">[14]<\/a>. Son parcours illustre quelques-uns des faits pr\u00e9sent\u00e9s dans l&rsquo;ouvrage de Machelon, qui insiste sur la r\u00e9pression administrative et polici\u00e8re, plus encore que p\u00e9nale, dont furent victimes les anarchistes\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0tous les t\u00e9moignages concordent\u00a0: saisies de presse, visites domiciliaires et perquisitions, arrestations pratiqu\u00e9es sans le moindre pr\u00e9texte (et souvent ill\u00e9galement) \u00e0 chaque d\u00e9placement d&rsquo;une personnalit\u00e9 officielle, tel fut, durant toute notre p\u00e9riode, le lot commun des anarchistes. Regard\u00e9s comme les repr\u00e9sentants d&rsquo;une humanit\u00e9 d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9e et terriblement dangereuse, les \u00ab\u00a0compagnons\u00a0\u00bb furent constamment trait\u00e9s avec la plus grande rudesse\u00a0[&#8230;]. \u00c0 toute \u00e9poque, les suspects furent \u00e9troitement surveill\u00e9s et, \u00e0 d\u00e9faut de pouvoir toujours les arr\u00eater, la police s&rsquo;attacha, par des campagnes r\u00e9guli\u00e8res de d\u00e9lation aupr\u00e8s de leurs employeurs, \u00e0 les condamner au ch\u00f4mage et \u00e0 la mis\u00e8re<a name=\"_ftnref15\" href=\"#_ftn15\">[15]<\/a> \u00bb.<\/p>\n<p>Jacob \u00e9voque effectivement cet \u00e9tat de faits lorsqu&rsquo;il revient en 1948 sur les premiers moments de sa r\u00e9volte\u00a0: par exc\u00e8s de confiance, il se laissa \u00ab\u00a0man\u0153uvrer par un indicateur de police qui, apr\u00e8s [lui] avoir sugg\u00e9r\u00e9 de confectionner un explosif et [lui] en avoir fourni les \u00e9l\u00e9ments, [le] d\u00e9non\u00e7a\u00a0\u00bb<a name=\"_ftnref16\" href=\"#_ftn16\">[16]<\/a> ; il est condamn\u00e9 \u00e0 six mois de prison. Il se fait ensuite embaucher comme typographe avant d&rsquo;\u00eatre d\u00e9nonc\u00e9 par la police aupr\u00e8s de son employeur\u00a0\u00a0; le sc\u00e9nario se r\u00e9p\u00e8te alors qu&rsquo;il est apprenti dans une pharmacie. \u00ab\u00a0Tout cela m&rsquo;aigrit, me r\u00e9volta<a name=\"_ftnref17\" href=\"#_ftn17\">[17]<\/a> \u00bb\u00a0: le harc\u00e8lement policier poussera Jacob \u00e0 suivre le chemin de l&rsquo;ill\u00e9galisme pour subvenir \u00e0 ses besoins, autant que pour servir la cause anarchiste. \u00c0 partir de 1899 et jusqu&rsquo;\u00e0 son arrestation en 1903, Alexandre Jacob fut le plus actif repr\u00e9sentant de la \u00ab\u00a0reprise individuelle\u00a0\u00bb, moyen de propagande par le fait \u00ab\u00a0ill\u00e9galiste\u00a0\u00bb (moins violente et plus souterraine que ne l&rsquo;\u00e9taient les attentats, il s&rsquo;agissait de reprendre aux poss\u00e9dants, autrement dit aux bourgeois, les richesses qu&rsquo;ils avaient vol\u00e9es aux producteurs, c&rsquo;est-\u00e0-dire au peuple). Son programme \u00e9tait le suivant :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Reprise individuelle chez tout parasite social\u00a0: pr\u00eatres, militaires, juges, etc. (vers ma douzi\u00e8me ann\u00e9e j&rsquo;avais lu avec un gros int\u00e9r\u00eat <em>Quatre-vingt-treize <\/em>de Victor Hugo). C&rsquo;est ainsi que m\u00e9decins, architectes, litt\u00e9rateurs, etc., \u00e9taient exclus de la liste de nos clients. En outre, sauf le cas de l\u00e9gitime d\u00e9fense, le meurtre \u00e9tait interdit [&#8230;]. Nos frais de d\u00e9placements, de costumes, d&rsquo;outillages \u00e9taient lourds. N\u00e9anmoins 10\u00a0% du butin \u00e9tait r\u00e9serv\u00e9 aux \u0153uvres de propagande<a name=\"_ftnref18\" href=\"#_ftn18\">[18]<\/a>\u00bb.<\/p>\n<p>Les r\u00e8gles fix\u00e9es par Jacob ne laissent aucun doute quant \u00e0 la vocation politique de l&rsquo;entreprise, qui vise sp\u00e9cialement les figures de l&rsquo;autorit\u00e9<a name=\"_ftnref19\" href=\"#_ftn19\">[19]<\/a>, \u00e9vite les crimes de sang et entend constituer une aide financi\u00e8re au mouvement. Au sein du groupe avec lequel il s&rsquo;organise &#8211; baptis\u00e9 par la presse les Travailleurs de la nuit -, le dernier point n&rsquo;est pas consensuel\u00a0: \u00ab\u00a0sous pr\u00e9texte d&rsquo;individualisme\u00a0\u00bb, certains refus\u00e8rent de participer aux frais de la cause (aider \u00e0 la parution d&rsquo;un journal, soutenir les familles des compagnons d\u00e9tenus&#8230;)\u00a0; mais quant \u00e0 Jacob, le proc\u00e8s montra qu&rsquo;il avait v\u00e9cu modestement, et nombre de t\u00e9moignages ou de documents apportent les preuves de sa solidarit\u00e9<a name=\"_ftnref20\" href=\"#_ftn20\">[20]<\/a>.<\/p>\n<p>La suite de ce court r\u00e9cit nous \u00e9claire sur un autre point\u00a0: \u00ab\u00a0Je rencontrais l\u00e0 [au <em>Libertaire<\/em>, \u00e0 Paris] la plupart des militants anars de l&rsquo;\u00e9poque qui, d&rsquo;ailleurs, sauf deux, ignoraient qui j&rsquo;\u00e9tais et ce que je faisais\u00a0\u00bb<a name=\"_ftnref21\" href=\"#_ftn21\">[21]<\/a>. Alexandre Jacob, alias Georges Escande, \u00e9volue clandestinement dans le milieu anarchiste lui-m\u00eame\u00a0; et en terme de visibilit\u00e9, les cambriolages nocturnes retentissent moins fort que les bombes. Seuls de petits mots, laiss\u00e9s sur les lieux et sign\u00e9s Attila, engagent \u00e0 consid\u00e9rer le fondement politique du forfait\u00a0: \u00ab\u00a0Au juge de paix nous d\u00e9clarons la guerre\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Dieu des voleurs, recherche les voleurs de ceux qui en ont vol\u00e9 d&rsquo;autres\u00a0\u00bb. Il faut noter ici que les activit\u00e9s de reprise ont suscit\u00e9 des divergences profondes au sein du mouvement\u00a0anarchiste, certains voyant dans ces actes isol\u00e9s et individuels un frein \u00e0 la lutte sociale. Selon les ill\u00e9galistes au contraire, le vol constitue un acte r\u00e9volutionnaire\u00a0: il touche l&rsquo;oppresseur en son point sensible, la propri\u00e9t\u00e9\u00a0; le droit au vol est revendiqu\u00e9 comme \u00e9tant le pendant de l&rsquo;exploitation, et qui ne dispara\u00eetra qu&rsquo;avec elle.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les malfaiteurs, les bandits, les d\u00e9molisseurs comme moi, monsieur, sont loin d&rsquo;\u00eatre des ineptes\u00a0; croyez-moi. Aujourd&rsquo;hui, j&rsquo;use de tous les moyens pour d\u00e9molir l&rsquo;\u00e9difice social parce qu&rsquo;il pue avec ses chancres et ses immondices, qu&rsquo;il indigne avec ses injustices et ses cruaut\u00e9s. Mais vienne un monde nouveau conforme \u00e0 mes id\u00e9es et demain, dirigeant mon savoir, mon intelligence, mon talent vers la construction d&rsquo;un nouvel \u00e9tat de choses, je mettrai autant d&rsquo;ardeur \u00e0 b\u00e2tir que ce que j&rsquo;en mets aujourd&rsquo;hui \u00e0 d\u00e9truire<a name=\"_ftnref22\" href=\"#_ftn22\">[22]<\/a> \u00bb.<\/p>\n<p>C&rsquo;est ce que d\u00e9clare Jacob \u00e0 un avocat venu assister \u00e0 son interrogatoire, lorsqu&rsquo;il est arr\u00eat\u00e9 apr\u00e8s le cambriolage d&rsquo;Abbeville, en 1903\u00a0: actes \u00e9minemment politiques donc, tendus vers l&rsquo;avenir, fruits d&rsquo;un raisonnement (et non d&rsquo;une pulsion) anim\u00e9 par la conscience de l&rsquo;injustice.<\/p>\n<p>Les vingt-cinq accus\u00e9s qui sont pr\u00e9sent\u00e9s \u00e0 la justice en mars 1905 comparaissent pour des faits de droit commun\u00a0: plus de cent cinquante cambriolages ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9pertori\u00e9s (l&rsquo;instruction du proc\u00e8s a dur\u00e9 dix-huit mois et r\u00e9uni un acte d&rsquo;accusation de cent soixante pages, comportant vingt mille pi\u00e8ces), et Jacob est par ailleurs accus\u00e9 du meurtre d&rsquo;un agent de police. Sachant bien qu&rsquo;il sera conduit \u00e0 l&rsquo;\u00e9chafaud ou au bagne, il endosse la responsabilit\u00e9 de certains faits dont il n&rsquo;est pas l&rsquo;auteur pour d\u00e9charger ses camarades, et transforme surtout la cour d&rsquo;assises en une tribune o\u00f9 il d\u00e9montre, revendique m\u00eame la l\u00e9gitimit\u00e9 de ses actes. Les comptes-rendus d&rsquo;audience mentionnent les tr\u00e8s nombreuses interventions de Jacob, qui lui valurent d&rsquo;\u00eatre expuls\u00e9 du tribunal. Une de ses d\u00e9clarations, dont suivent quelques extraits, a \u00e9t\u00e9 retranscrite <em>in extenso<\/em> dans le journal anarchiste <em>Germinal<\/em><a name=\"_ftnref23\" href=\"#_ftn23\">[23]<\/a> ; elle condense quelques-uns des traits de la pens\u00e9e et du style de l&rsquo;anarchiste\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Plus un homme travaille, moins il gagne\u00a0; moins il produit, plus il b\u00e9n\u00e9ficie. Le m\u00e9rite n&rsquo;est pas consid\u00e9r\u00e9. Seuls les audacieux s&#8217;emparent du pouvoir et s&#8217;empressent de l\u00e9galiser leurs rapines. Du haut en bas de l&rsquo;\u00e9chelle sociale tout n&rsquo;est que friponnerie d&rsquo;une part et idiotie de l&rsquo;autre. Comment voulez-vous que, p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 de ces v\u00e9rit\u00e9s, j&rsquo;aie respect\u00e9 un tel \u00e9tat de choses\u00a0? [&#8230;] Le vol c&rsquo;est la restitution, la reprise de possession. Plut\u00f4t que d&rsquo;\u00eatre clo\u00eetr\u00e9 dans une usine, comme dans un bagne\u00a0; plut\u00f4t que de mendier ce \u00e0 quoi j&rsquo;avais droit, j&rsquo;ai pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 m&rsquo;insurger et combattre pied \u00e0 pied mes ennemis en faisant la guerre aux riches, en attaquant leurs biens. Certes, je con\u00e7ois que vous auriez pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 que je me soumette \u00e0 vos lois\u00a0; qu&rsquo;ouvrier docile et avachi j&rsquo;eusse cr\u00e9\u00e9 des richesses en \u00e9change d&rsquo;un salaire d\u00e9risoire et, lorsque le corps us\u00e9\u00a0et le cerveau ab\u00eati, je m&rsquo;en fusse crever au coin d&rsquo;une rue. Alors vous ne m&rsquo;appelleriez pas \u00ab\u00a0bandit cynique\u00a0\u00bb, mais \u00ab\u00a0honn\u00eate ouvrier\u00a0\u00bb [&#8230;]. Si je me suis livr\u00e9 au vol, \u00e7a n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 une question de gain, de lucre, mais une question de principe, de droit. J&rsquo;ai pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 conserver ma libert\u00e9, mon ind\u00e9pendance, ma dignit\u00e9 d&rsquo;homme, que me faire l&rsquo;artisan de la fortune d&rsquo;un ma\u00eetre. En termes plus crus, sans euph\u00e9misme, j&rsquo;ai pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00eatre voleur que vol\u00e9 [&#8230;]. Anarchiste r\u00e9volutionnaire, j&rsquo;ai fait ma r\u00e9volution<a name=\"_ftnref24\" href=\"#_ftn24\">[24]<\/a> \u00bb.<\/p>\n<p>Outre l&rsquo;enracinement philosophique et politique de ses convictions, ces extraits nous laissent aussi percevoir le jugement que porte Jacob sur les diff\u00e9rents acteurs de la \u00ab\u00a0guerre sociale\u00a0\u00bb, et notamment sur ce peuple plong\u00e9 dans l&rsquo;idiotie et l&rsquo;avachissement, dont le bagne va lui offrir un \u00e9chantillon particuli\u00e8rement malsain.<\/p>\n<p>Condamn\u00e9 aux travaux forc\u00e9s \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 pour des faits de droit commun, Jacob est envoy\u00e9 en Guyane &#8211; mais c&rsquo;est bien en qualit\u00e9 d&rsquo;anarchiste qu&rsquo;il y est re\u00e7u\u00a0: son dossier, qui porte la mention \u00ab\u00a0bandit extr\u00eamement dangereux, \u00e0 surveiller de tr\u00e8s, tr\u00e8s pr\u00e8s\u00a0\u00bb, l&rsquo;envoie directement aux \u00eeles du Salut, un archipel situ\u00e9 au large de Kourou, o\u00f9 sont d\u00e9tenus les transport\u00e9s les plus mena\u00e7ants. En 1905, alors qu&rsquo;il attend encore son transfert pour la Guyane, il d\u00e9clare \u00e0 sa m\u00e8re, Marie\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0chaque matin en me levant, je me sens les reins plus solides, plus \u00e9nergiques que la veille pour mener \u00e0 bonne fin le nouveau d\u00e9fi que j&rsquo;ai jet\u00e9 \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 [&#8230;]. Je m&rsquo;incline devant tout ce qui est beau, tout ce qui est juste\u00a0; la v\u00e9rit\u00e9, la justice, la raison\u00a0; mais je ne me suis jamais inclin\u00e9, ne m&rsquo;incline pas et ne m&rsquo;inclinerai jamais devant la force<a name=\"_ftnref25\" href=\"#_ftn25\">[25]<\/a> \u00bb.<\/p>\n<p>\u00c9nonc\u00e9 avec s\u00e9r\u00e9nit\u00e9, le projet d&rsquo;Alexandre Jacob &#8211; que les for\u00e7ats surnommeront Barrabas &#8211; est clair\u00a0: r\u00e9sister au monde du bagne et \u00e0 sa coercition, continuer la lutte \u00ab\u00a0sous une autre forme et par d&rsquo;autres moyens<a name=\"_ftnref26\" href=\"#_ftn26\">[26]<\/a>\u00bb. Le dossier p\u00e9nitentiaire du matricule 34777 nous apprend par quels biais\u00a0:\u00a0outre les tentatives d&rsquo;\u00e9vasion (dix-huit), sont r\u00e9pertori\u00e9es les lettres de r\u00e9clamation qu&rsquo;il adressa au minist\u00e8re des Colonies\u00a0; il y d\u00e9nonce par exemple l&rsquo;insalubrit\u00e9 des cases et des p\u00e9nitenciers, ou la brutalit\u00e9 injustifi\u00e9e des gardiens. Au fur et \u00e0 mesure du temps pass\u00e9 en Guyane, les lettres s&rsquo;appuient avec de plus en plus d&rsquo;acuit\u00e9 sur des articles de lois ou de r\u00e8glements pr\u00e9cis et d\u00e9montrent, avec une argumentation infaillible, la l\u00e9gitimit\u00e9 de son propos\u00a0: il parvient ainsi \u00e0 annuler d&rsquo;injustes punitions, ou \u00e0 contester l&rsquo;interdiction de lecture et de correspondance qui touche parfois les for\u00e7ats. Par ailleurs, la liste des comparutions de Jacob devant le Tribunal maritime sp\u00e9cial (qui juge les d\u00e9lits et les crimes commis par des transport\u00e9s en cours de peine) nous indique le degr\u00e9 de ma\u00eetrise dont il faisait preuve dans ses argumentaires\u00a0: une seule condamnation, deux jugements cass\u00e9s et annul\u00e9s, trois acquittements. Nous savons aussi gr\u00e2ce \u00e0 ses lettres qu&rsquo;il mettait sa comp\u00e9tence juridique au service de la d\u00e9fense de ses cod\u00e9tenus<a name=\"_ftnref27\" href=\"#_ftn27\">[27]<\/a>, ce que confirme le t\u00e9moignage d&rsquo;Eug\u00e8ne Dieudonn\u00e9 : \u00ab\u00a0Devant le tribunal maritime sp\u00e9cial, Pincemint, conseill\u00e9 par Barrabas, se d\u00e9fendit adroitement<a name=\"_ftnref28\" href=\"#_ftn28\">[28]<\/a> \u00bb.<\/p>\n<p>Le combat contre l&rsquo;Administration p\u00e9nitentiaire ne se fait pourtant pas \u00e0 armes \u00e9gales, et ni l&rsquo;intelligence ni l&rsquo;habilet\u00e9 ne pr\u00e9servent le transport\u00e9 des tourments carc\u00e9raux. La l\u00e9gislation (notamment la loi sur la transportation du 30 mai 1854 et la loi sur la rel\u00e9gation des r\u00e9cidivistes du 27 mai 1885), qui entend r\u00e9gir tous les aspects de la vie du for\u00e7at, lui r\u00e9serve un sort douloureux mais encore aggrav\u00e9 par la r\u00e9alit\u00e9 des faits. Il est int\u00e9ressant de mentionner ici l&rsquo;ouvrage de Danielle Donet-Vincent, qui pr\u00e9sente le monde du bagne et son histoire en rappelant les enjeux fondamentaux de l&rsquo;expulsion de certains condamn\u00e9s. La peine est, \u00e0 ses origines (au xviii<sup>e<\/sup> si\u00e8cle), exclusivement politique\u00a0: frapp\u00e9s d&rsquo;exil, les tra\u00eetres en rupture de ban ou les membres de soci\u00e9t\u00e9s secr\u00e8tes ont \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9s outre-mer, dans un but \u00e0 la fois punitif et colonisateur\u00a0; les \u00eeles du Salut \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 le territoire privil\u00e9gi\u00e9 de cette r\u00e9clusion. Malgr\u00e9 les \u00e9checs de ces tentatives, les r\u00e9gimes successifs ont continu\u00e9 \u00e0 voir dans les territoires coloniaux une solution pour d\u00e9barrasser la m\u00e9tropole des ind\u00e9sirables, dont la d\u00e9finition s&rsquo;\u00e9largit au fil du temps\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Qui sont les turbulents [&#8230;]\u00a0? La marge entre d\u00e9portation, terme qui sera ult\u00e9rieurement r\u00e9serv\u00e9 aux condamnations pour d\u00e9lits d&rsquo;opinion, et transportation, terme qui d\u00e9signera la peine inflig\u00e9e aux condamn\u00e9s aux travaux forc\u00e9s n&rsquo;est pas, \u00e0 l&rsquo;origine, dessin\u00e9e avec nettet\u00e9<a name=\"_ftnref29\" href=\"#_ftn29\">[29]<\/a> \u00bb.<\/p>\n<p>L&rsquo;ouvrage d\u00e9crypte \u00e0 de nombreuses reprises la complexit\u00e9 de cette fronti\u00e8re\u00a0: la d\u00e9portation pour d\u00e9lit d&rsquo;opinion (initi\u00e9e par la R\u00e9volution) s&rsquo;est \u00e9tendue \u00e0 des groupes de plus en plus larges d&rsquo;individus\u00a0; puis la transportation a \u00e9t\u00e9 institu\u00e9e pour que soient \u00e9galement \u00e9vinc\u00e9s les condamn\u00e9s de droit commun. Un an apr\u00e8s la cr\u00e9ation de cette possibilit\u00e9 juridique, un d\u00e9cret du 29 ao\u00fbt 1855 \u00ab\u00a0prescrivit de ne plus parler de politiques mais de transport\u00e9s<a name=\"_ftnref30\" href=\"#_ftn30\">[30]<\/a><sup> <\/sup> \u00bb\u00a0: politiques et droit commun se trouvaient donc administrativement \u00e9gaux, tous d\u00e9sign\u00e9s par un m\u00eame vocable. La disparition du terme n&rsquo;est pas un fait anodin\u00a0: elle est un indice de la dangerosit\u00e9 que contient en puissance une telle distinction.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/cul_de_lampe2.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3252\" title=\"cul de lampe st\u00e9r\u00e9otype\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/cul_de_lampe2.jpg\" alt=\"\" width=\"232\" height=\"79\" \/><\/a><strong>Le politique dans les fers<\/strong><\/p>\n<p>Qu&rsquo;au regard de la loi un condamn\u00e9 soit consid\u00e9r\u00e9 comme politique ou de droit commun ne fait pas, dans les faits, grande diff\u00e9rence\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0les conditions de vie difficiles, les mortalit\u00e9s \u00e9lev\u00e9es, les incitations au travail et \u00e0 l&rsquo;\u00e9tablissement colonial rapprochaient les destin\u00e9es de toutes les cat\u00e9gories d&rsquo;expatri\u00e9s. Les distinctions vestimentaires et quelques menus privil\u00e8ges n&rsquo;avaient plus qu&rsquo;une valeur symbolique<a name=\"_ftnref31\" href=\"#_ftn31\">[31]<\/a> \u00bb.<\/p>\n<p>Mais hors de la sph\u00e8re l\u00e9gale, dans la r\u00e9alit\u00e9 concr\u00e8te, les individus ont bien \u00e9t\u00e9 ou non condamn\u00e9s pour des raisons politiques\u00a0: la solidarit\u00e9 et l&rsquo;organisation collectives, l&rsquo;art et le pouvoir de leur parole, leur force de r\u00e9sistance et d&rsquo;opposition, sont des faits irr\u00e9ductibles caract\u00e9ristiques des opposants politiques, cauchemars du pouvoir qu&rsquo;ils contestent. De cette crainte est n\u00e9e la n\u00e9cessit\u00e9 de les isoler du reste de la population p\u00e9nale, et de les consid\u00e9rer d&#8217;embl\u00e9e comme d\u00e9finitivement incorrigibles\u00a0; mesures qui endiguent le risque d&rsquo;une r\u00e9bellion contagieuse et facilitent leur surveillance, en plus d&rsquo;alimenter la m\u00e9fiance \u00e0 leur \u00e9gard. \u00c0 ce titre, il est incontestable qu&rsquo;Alexandre Jacob ait \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9 comme un condamn\u00e9 d&rsquo;opinion\u00a0: en transit au d\u00e9p\u00f4t de Saint-Martin-de-R\u00e9, \u00e9tape ultime avant la Guyane, il fut plac\u00e9 en cellule et tenu \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart de ses cod\u00e9tenus, au m\u00eame titre que pendant la travers\u00e9e\u00a0; sur les vingt ans que Jacob v\u00e9cut au bagne, il en passa treize au quartier cellulaire de Saint-Joseph, et non en case collective. Il est d&rsquo;ailleurs int\u00e9ressant de remarquer ici que les \u00eeles du Salut guyanaises sont choisies comme lieu de d\u00e9portation par la loi du 9 f\u00e9vrier 1895 (l&rsquo;\u00eele Royale pour la d\u00e9portation simple, l&rsquo;\u00eele du Diable pour la d\u00e9portation en enceinte fortifi\u00e9e), au moment de l&rsquo;affaire Dreyfus &#8211; rempla\u00e7ant ainsi la presqu&rsquo;\u00eele Ducos de Nouvelle-Cal\u00e9donie (territoire affect\u00e9 \u00e0 la d\u00e9portation par la loi du 8 juin 1850). Deux ans apr\u00e8s la promulgation de ce texte, le ministre des Colonies Andr\u00e9 Lebon r\u00e9dige un d\u00e9cret d\u00e9fendant \u00ab\u00a0\u00e0 tout navire, \u00e0 toute embarcation [&#8230;] de\u00a0: 1\u00b0 Passer \u00e0 moins de 3\u00a0000\u00a0m\u00e8tres (15 encablures) des rivages de l&rsquo;\u00eele du Diable\u00a0; 2\u00b0 Mouiller \u00e0 une distance moindre de 3 milles marins de tout rivage des \u00eeles du Salut<a name=\"_ftnref32\" href=\"#_ftn32\">[32]<\/a> \u00bb. Ce d\u00e9cret de juillet 1897, cit\u00e9 par le for\u00e7at anarchiste Liard-Courtois, montre bien que l&rsquo;isolement des \u00eeles du Salut fut une priorit\u00e9 &#8211; un isolement qui, s&rsquo;il est prescrit en priorit\u00e9 pour l&rsquo;\u00eele du Diable et son c\u00e9l\u00e8bre d\u00e9port\u00e9, touche aussi bien l&rsquo;ensemble de l&rsquo;archipel. Jacob, bien qu&rsquo;ayant \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 selon le r\u00e9gime du droit commun, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 la transportation et non \u00e0 la d\u00e9portation, partagea &#8211; comme tous les bagnards jug\u00e9s dangereux &#8211; la condition insulaire souvent caract\u00e9ristique des d\u00e9port\u00e9s politiques. On peut dire en somme qu&rsquo;Alexandre Jacob fut trait\u00e9, dans les faits, comme un politique, surveill\u00e9, isol\u00e9, craint \u00e0 la m\u00eame mesure, sans toutefois obtenir aucun des avantages, menus, certes, mais propres \u00e0 ce statut (distinctions physiques, fr\u00e9quence de la correspondance, exemption du travail&#8230;).<\/p>\n<p>En 1937, le Commandant Michel raconte son exp\u00e9rience de directeur des \u00eeles du Salut, dans un t\u00e9moignage qui ne cesse d&rsquo;\u00e9voquer le bagnard Jacob, et o\u00f9 l&rsquo;on devine sans peine le statut particulier qu&rsquo;occupait ce dernier\u00a0: \u00ab\u00a0pendant des ann\u00e9es il m&rsquo;a tenu t\u00eate. Je le consid\u00e9rais d\u00e9finitivement comme un dangereux ennemi de moi-m\u00eame et de la Soci\u00e9t\u00e9. Il fallait l&rsquo;abattre pour ne pas \u00eatre abattu par lui<a name=\"_ftnref33\" href=\"#_ftn33\">[33]<\/a> \u00bb\u00a0; c&rsquo;est bien sous les traits d&rsquo;un adversaire redoutable que Jacob est ici pr\u00e9sent\u00e9. Nous avons dit que, consid\u00e9r\u00e9 comme un mauvais sujet, il fut le plus souvent tenu \u00e0 l&rsquo;isolement, mais il faut ajouter qu&rsquo;il \u00e9tait loin de s&rsquo;en plaindre\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le bagne est l&rsquo;arri\u00e8re de la vie. Il s&rsquo;y trouve les individus les plus disparates\u00a0: il y a du beau, il y a du bon\u00a0; mais il y a aussi du laid, du sale et du mauvais. Ces derniers sentiments dominent. Aussi tu ne peux croire combien je serais heureux de finir mon s\u00e9jour au d\u00e9p\u00f4t en cellule, isol\u00e9 du reste de la population<a name=\"_ftnref34\" href=\"#_ftn34\">[34]<\/a> \u00bb.<\/p>\n<p>Les propos de Jacob \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de ses cod\u00e9tenus sont \u00e9pars, mais sans appel\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0tu ignores ce que sont, en g\u00e9n\u00e9ral, les for\u00e7ats. Il n&rsquo;y a pas ici, \u00e0 proprement parler, de vrai courage. Sauf de tr\u00e8s rares exceptions, tout n&rsquo;est qu&rsquo;impulsion, jactance, fanfaronnade et&#8230; sybaritisme de basse rue<a name=\"_ftnref35\" href=\"#_ftn35\">[35]<\/a>\u00bb.<\/p>\n<p>Ainsi, bien qu&rsquo;il insiste formellement sur la g\u00e9n\u00e9ralisation qu&rsquo;il fait ici, Alexandre Jacob d\u00e9peint un monde vil dont les lois sont tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9es de ses propres principes\u00a0: <em>impulsion, jactance <\/em>et <em>fanfaronnade <\/em>s&rsquo;opposent \u00e0 son caract\u00e8re r\u00e9fl\u00e9chi et \u00e0 son m\u00e9pris de l&rsquo;artifice langagier\u00a0; le sybaritisme d\u00e9signe quant \u00e0 lui une vie molle, qui ne recherche que sa propre tranquillit\u00e9. Rien ne nous dit que les \u00ab\u00a0tr\u00e8s rares exceptions\u00a0\u00bb qu&rsquo;il trouve \u00e0 cette r\u00e8gle se d\u00e9nichent parmi les prisonniers politiques\u00a0; \u00e0 aucun moment de cette vaste correspondance n&rsquo;est mentionn\u00e9e une telle distinction. Pourtant, Jacob \u00e9prouve bel et bien sa diff\u00e9rence au milieu de la masse p\u00e9nale, tout comme il l&rsquo;\u00e9prouvait au sein du peuple de la soci\u00e9t\u00e9 libre. Son caract\u00e8re et son \u00e9ducation le s\u00e9parent du reste de la population\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Jacob n&rsquo;\u00e9tait pas joueur. Il fit toujours preuve d&rsquo;une grande sobri\u00e9t\u00e9 [&#8230;]. Dans sa cellule, il lisait tous les livres qu&rsquo;il pouvait trouver, Nietzsche, Ruskin, et surtout le Code. Il \u00e9tait abonn\u00e9 au <em>Mercure<\/em> <em>de<\/em> <em>France<\/em>. C&rsquo;\u00e9tait un homme secret, un v\u00e9ritable chef. Il pr\u00eachait la solidarit\u00e9 entre condamn\u00e9s. L&rsquo;administration \u00e9tait l&rsquo;ennemi commun<a name=\"_ftnref36\" href=\"#_ftn36\">[36]<\/a> \u00bb.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 des fantasmes du directeur suspicieux (notamment sur le statut de chef de Jacob), on constate la probit\u00e9 et l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 dont il fit preuve, tout au long de sa transportation, se tenant \u00e9loign\u00e9 de toute corruption morale\u00a0; ses activit\u00e9s de lecture et d&rsquo;\u00e9criture le diff\u00e9rencient par ailleurs de la majorit\u00e9 des d\u00e9tenus, qu&rsquo;il voudrait pourtant voir soud\u00e9s face \u00e0 l&rsquo;Administration p\u00e9nitentiaire.<\/p>\n<p>Il est impossible, pour Alexandre Jacob, d&rsquo;\u00e9voquer explicitement dans ses lettres l&rsquo;existence pass\u00e9e qui l&rsquo;a conduit au bagne\u00a0: les missives mensuelles qu&rsquo;il envoie \u00e0 sa m\u00e8re Marie et qu&rsquo;il re\u00e7oit d&rsquo;elle sont toutes lues, certaines retenues ou ratur\u00e9es par l&rsquo;Administration p\u00e9nitentiaire. Si cette correspondance rencontre des obstacles mat\u00e9riels et des contraintes th\u00e9matiques nombreuses, elle laisse toutefois entendre le discours entrav\u00e9 d&rsquo;Alexandre Jacob\u00a0: parmi les demandes de linge, les bulletins de sant\u00e9 ou les brefs r\u00e9cits du quotidien, se lisent en filigrane les traces d&rsquo;une pens\u00e9e politique qui, si elle subit certaines mutations, n&rsquo;en demeure pas moins permanente dans son principe. Gr\u00e2ce \u00e0 diff\u00e9rents proc\u00e9d\u00e9s, les \u00e9pistoliers parviennent \u00e0 prot\u00e9ger leurs propos de la censure\u00a0: prenant \u00e0 la lettre le r\u00e8glement \u00e9pistolaire du bagne (qui n&rsquo;autorise le for\u00e7at qu&rsquo;\u00e0 aborder ses int\u00e9r\u00eats personnels et ses affaires de famille), Jacob et Marie mettent en place une grille de pseudonymes complexe. Ainsi, des noms qui baptisent officiellement autant d&rsquo;oncles, de tantes, de ni\u00e8ces ou de neveux, d\u00e9signent en r\u00e9alit\u00e9 des camarades d\u00e9tenus ou libres, en Guyane ou en m\u00e9tropole. Nous pouvons ainsi lire entre les lignes le jugement que Jacob porte sur certains d&rsquo;entre eux\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Nous ne leur devons rien, et n&rsquo;oublie pas qu&rsquo;\u00e0 leur tour, [ces personnes] ne nous doivent pas d&rsquo;avantage. Oui, je sais. La solidarit\u00e9, le d\u00e9vouement r\u00e9ciproque auxquels on \u00e9tait en droit de s&rsquo;attendre, etc., que de phrases banales et creuses. Ces parents-l\u00e0, l&rsquo;un d&rsquo;eux surtout, sont plut\u00f4t des arrivistes que des camarades<a name=\"_ftnref37\" href=\"#_ftn37\">[37]<\/a> \u00bb.<\/p>\n<p>Le terme appara\u00eet ici explicitement, et la notion de solidarit\u00e9 ne laisse pas de doute quant aux personnes d\u00e9sign\u00e9es\u00a0: l&rsquo;exp\u00e9rience de l&rsquo;enfermement est aussi celle de la d\u00e9sillusion quant \u00e0 la coh\u00e9sion du groupe et \u00e0 la sinc\u00e9rit\u00e9 de certains compagnons. Ces derniers, \u00e0 qui Jacob transmet un salut fid\u00e8le \u00e0 la fin de chacune de ses lettres, disparaissent finalement de la correspondance \u00e0 partir de juin 1917. Il mentionne plusieurs fois Joseph Ferrand, l&rsquo;un de ses anciens camarades lui aussi transport\u00e9, et \u00e9voque une \u00ab\u00a0brouille [qui] \u00e9tait venu \u00e0 propos d&rsquo;une question de principe<a name=\"_ftnref38\" href=\"#_ftn38\">[38]<\/a> \u00bb\u00a0: c&rsquo;est bien que Jacob en a encore, et regrette de trouver chez un camarade des comportements qui en sont indignes. En d&rsquo;autres endroits, c&rsquo;est l&rsquo;utopie elle-m\u00eame qui est vis\u00e9e\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Quand, comme moi, on a roul\u00e9 sur les trois quarts de la surface terrestre et pass\u00e9 treize ans au bagne, tu dois penser que tout ce qui touche \u00e0 l&rsquo;id\u00e9ologie me fait plut\u00f4t sourire. La vie n&rsquo;est pas id\u00e9aliste, elle. Elle n&rsquo;est pas constitu\u00e9e par le verbe mais bien par des actes<a name=\"_ftnref39\" href=\"#_ftn39\">[39]<\/a> \u00bb.<\/p>\n<p>27Le monde du bagne a renforc\u00e9 le pragmatisme qui caract\u00e9rise Alexandre Jacob\u00a0; et si l&rsquo;on constate un assagissement progressif en termes de contestation, on observe aussi la persistance d&rsquo;autres traits de sa personnalit\u00e9, o\u00f9 le politique est profond\u00e9ment ancr\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les bonnes graines, dit-on, ne moisissent jamais. C&rsquo;est sans doute pourquoi, et malgr\u00e9 que je mijote depuis tant d&rsquo;ann\u00e9es dans la basse-fosse du bagne,\u00a0je ne suis pourtant pas encore piqu\u00e9 de vers. Je me tiens droit de toutes les mani\u00e8res<a name=\"_ftnref40\" href=\"#_ftn40\">[40]<\/a> \u00bb.<\/p>\n<p>Dans un environnement tel que la prison et le bagne, le terme de \u00ab\u00a0politique\u00a0\u00bb ne peut trouver de r\u00e9el \u00e9cho\u00a0; mais toute conviction prend ses racines dans un terreau \u00e9thique, en de\u00e7\u00e0 pr\u00e9cis\u00e9ment de toute id\u00e9ologie\u00a0: en la mati\u00e8re, l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 de Jacob, attest\u00e9e par ses lettres autant que par des t\u00e9moignages annexes<a name=\"_ftnref41\" href=\"#_ftn41\">[41]<\/a>, persiste durant tout le temps de sa transportation et au-del\u00e0. Les fondements de son action pass\u00e9e ont gard\u00e9 toute leur v\u00e9racit\u00e9, et sont m\u00eame confort\u00e9s par cette exp\u00e9rience, v\u00e9cue au sein d&rsquo;un microcosme qui refl\u00e8te avec exacerbation la soci\u00e9t\u00e9, dans ce qu&rsquo;elle a de plus vil. Certes, lorsque Jacob est lib\u00e9r\u00e9 du bagne en 1925 (et envoy\u00e9 en prison m\u00e9tropolitaine jusqu&rsquo;en 1928), il ne reprend pas ses activit\u00e9s de monte-en-l&rsquo;air\u00a0: il trouve \u00e0 s&#8217;employer dans un atelier de couture, puis devient marchand-forain en lingerie et bonneterie. Mais il continue de fr\u00e9quenter les milieux anarchistes, va \u00e0 la rencontre des r\u00e9volutionnaires espagnols en 1936, et commence surtout une longue lutte anti-carc\u00e9rale qui ne s&rsquo;arr\u00eatera qu&rsquo;en 1954, lorsqu&rsquo;il met fin \u00e0 ses jours (suicide heureux et r\u00e9fl\u00e9chi d&rsquo;un homme qui a v\u00e9cu). Les lettres ouvertes qu&rsquo;il a adress\u00e9es \u00e0 quelques personnalit\u00e9s concern\u00e9es par le monde de la prison, ainsi que la correspondance qu&rsquo;il a entretenue avec des proches, nous renseignent sur la constance avec laquelle il a pens\u00e9 le monde, l&rsquo;homme et la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Lorsqu&rsquo;il \u00e9crit en 1954 \u00e0 l&rsquo;\u00e9crivain Georges Arnaud, auteur d&rsquo;un reportage sur les prisons fran\u00e7aises<a name=\"_ftnref42\" href=\"#_ftn42\">[42]<\/a>, Jacob, fort de son exp\u00e9rience, entend d\u00e9battre d&rsquo;un grand nombre des r\u00e9alit\u00e9s carc\u00e9rales. Lorsque Arnaud \u00e9voque le travail en prison, n\u00e9cessaire pour r\u00e9ins\u00e9rer les condamn\u00e9s, Jacob est cinglant\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0ce sont l\u00e0 des visions d&rsquo;avenir pouvant s&rsquo;adapter \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 propre, \u00e0 peu pr\u00e8s propre. Aussi ne pr\u00e9sentent-elles dans notre monde pourri qu&rsquo;un non-sens, une gageure de d\u00e9raison [&#8230;]. Ne vaudrait-il pas mieux, pour \u00e9viter les d\u00e9ceptions, inculquer aux \u00ab\u00a0captur\u00e9s\u00a0\u00bb d&rsquo;autres professions que celles que vous indiquez\u00a0: au diable la truelle, le marteau, l&rsquo;al\u00eane, l&rsquo;aiguille, la lime. Donnez des le\u00e7ons d&rsquo;agiotage sur l&rsquo;art de d\u00e9placer les capitaux sans l&rsquo;aide de pinces-monseigneur\u00a0; des le\u00e7ons de politique sur l&rsquo;art de mentir aux fadas avec profit de sin\u00e9cures. Bref, des le\u00e7ons de choses pratiques, l\u00e9gales, leur assurant une existence heureuse et r\u00e9publicaine<a name=\"_ftnref43\" href=\"#_ftn43\">[43]<\/a>\u00bb.<\/p>\n<p>On voit bien que les convictions politiques de Jacob restent inchang\u00e9es, et qu&rsquo;elles ont suivi l&rsquo;\u00e9volution sociale, \u00e9conomique et politique du xx<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Le capitalisme a pr\u00e9cis\u00e9 son visage sp\u00e9culateur, la d\u00e9mocratie r\u00e9publicaine (\u00ab\u00a0le pire des r\u00e9gimes \u00e0 l&rsquo;exception de tous les autres\u00a0\u00bb, disait Churchill) a cultiv\u00e9 les injustices qu&rsquo;elle pr\u00e9tendait an\u00e9antir, et le monde reste pour Jacob divis\u00e9 en deux cat\u00e9gories\u00a0: les honn\u00eates hommes et les criminels, autrement dit les vrais voleurs et leurs victimes. \u00ab\u00a0La r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration du condamn\u00e9 pourrait \u00eatre une chose durable et magnifique si ce dernier n&rsquo;\u00e9tait in\u00e9vitablement replong\u00e9 dans une soci\u00e9t\u00e9 corrompue qui fabrique constamment des criminels\u00a0\u00bb<a name=\"_ftnref44\" href=\"#_ftn44\">[44]<\/a> : pour Alexandre Jacob, la responsabilit\u00e9 du corps social en mati\u00e8re de criminalit\u00e9 ne fait aucun doute. Il en a une conception tr\u00e8s nette, qu&rsquo;il expose \u00e0 Arnaud au travers d&rsquo;une image aussi parlante que savoureuse\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Avez-vous fait quelquefois, cher camarade, la p\u00eache au mulet\u00a0? C&rsquo;est tr\u00e8s amusant\u00a0; toute l&rsquo;astuce du poisson ressemble \u00e0 celle que l&rsquo;homme emploie dans la m\u00eal\u00e9e sociale. On amorce avec un pastis fait de mie de pain et de morue. On pi\u00e8ge, puis on attend la touche. Mais la touche ne se manifeste que rarement. Impatient, on l\u00e8ve la ligne et on aper\u00e7oit alors que l&rsquo;app\u00e2t a disparu. Volatilis\u00e9. Myst\u00e8re\u00a0? Que non. Le mulet, au lieu de foncer horizontalement sur l&rsquo;hame\u00e7on, y va du dessous, et su\u00e7ant menue bouch\u00e9e par menue bouch\u00e9e, d\u00e9piaute artistement l&rsquo;hame\u00e7on et dispara\u00eet pour dig\u00e9rer. \u00c7a c&rsquo;est la mani\u00e8re de \u00ab\u00a0l&rsquo;honn\u00eate homme l\u00e9gal\u00a0\u00bb. Parfois un mulet impatient, mal \u00e9duqu\u00e9 ou un peu fada,\u00a0fonce sur l&rsquo;app\u00e2t horizontalement et se trouve pinc\u00e9. \u00c7a c&rsquo;est la mani\u00e8re du d\u00e9linquant. Ce qui, en termes plus clairs, revient \u00e0 dire que le criminel, le d\u00e9linquant, est un honn\u00eate homme qui n&rsquo;a pas r\u00e9ussi. En inversant la proposition, on a la d\u00e9finition de l&rsquo;honn\u00eate homme. Pas vu\u00a0: pas pris. Pas vu\u00a0: honn\u00eate. Pris\u00a0: criminel<a name=\"_ftnref45\" href=\"#_ftn45\">[45]<\/a> \u00bb.<\/p>\n<p>En somme, les lois que Jacob conna\u00eet si bien sont fond\u00e9es sur un postulat selon lui erron\u00e9, qui affirme que l&rsquo;honn\u00eatet\u00e9 est la r\u00e8gle dont la criminalit\u00e9 constitue l&rsquo;exception.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/au-palais-dinjustice-2.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1276\" title=\"Au Palais d\\'injustice\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/au-palais-dinjustice-2-300x170.jpg\" alt=\"\" width=\"233\" height=\"132\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/au-palais-dinjustice-2-300x170.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/au-palais-dinjustice-2.jpg 320w\" sizes=\"(max-width: 233px) 100vw, 233px\" \/><\/a><strong>L&rsquo;art des r\u00e9partitions<\/strong><a name=\"_ftnref46\" href=\"#_ftn46\">[46]<\/a><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Vous dites, en parlant de votre passage dans les ge\u00f4les des vaincus de la \u00ab\u00a0derni\u00e8re fra\u00eeche et glorieuse\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0J&rsquo;y suis rentr\u00e9 sans haine, sans chauvinisme&#8230;\u00a0\u00bb Vraiment, il n&rsquo;y para\u00eet pas. Ce que vous \u00e9crivez sur ces prisonniers &#8211; je dis bien\u00a0: ces prisonniers, car ils ne sont plus rien d&rsquo;autre -, c&rsquo;est plus que de la haine, c&rsquo;est une charge de mauvais go\u00fbt. De reporter vous vous \u00e9rigez en juge. Que celui-l\u00e0 ait forniqu\u00e9 le pape et celui-ci viol\u00e9 la Sainte-Vierge, il me semble que c&rsquo;est en dehors de votre mission. Le juge a d\u00e9j\u00e0 prononc\u00e9 et il est inutile de battre des mains quand la matraque judiciaire s&rsquo;est abattue<a name=\"_ftnref47\" href=\"#_ftn47\">[47]<\/a> \u00bb.<\/p>\n<p>Alexandre Jacob nous offre ici, dans un langage dont la crudit\u00e9 signe sans doute sa col\u00e8re, la r\u00e9solution de notre questionnement\u00a0: la distinction entre d\u00e9port\u00e9s politiques et transport\u00e9s de droit commun ne tient pas, ni aucune des autres divisions op\u00e9r\u00e9es par le monde carc\u00e9ral, d\u00e8s lors que l&rsquo;individu y est immerg\u00e9. Le d\u00e9lit ou le crime qui l&rsquo;y a conduit (m\u00eame celui d&rsquo;avoir collabor\u00e9 avec l&rsquo;ennemi) n&rsquo;a pas d&rsquo;importance face \u00e0 la situation\u00a0: l&rsquo;homme n&rsquo;est plus qu&rsquo;un prisonnier lorsqu&rsquo;il est mis en cage. Cinq ans plus t\u00f4t, Alexandre Jacob avait expos\u00e9 son point de vue \u00e0 Jean Maitron\u00a0quant \u00e0 l&rsquo;action r\u00e9pressive qui touche le criminel de toute sorte\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Vous faites une distinction entre le d\u00e9linquant politique et le d\u00e9linquant de droit commun. De fait, ce n&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;une opinion d&rsquo;\u00e9cole [&#8230;]. Certes, subjectivement, il y a une nuance entre l&rsquo;ill\u00e9galiste id\u00e9ologique et l&rsquo;ill\u00e9galiste tout court. Chez le premier, l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment moteur est l&rsquo;esprit de r\u00e9volte contre un ordre social tyrannique, alors que chez le second, le motif d\u00e9terminant semble ne s&rsquo;inspirer que d&rsquo;un d\u00e9sir de lucre. Mais objectivement, cette nuance s&rsquo;estompe. Un moteur \u00e0 essence et un moteur gazog\u00e8ne, bien que mus par des moyens diff\u00e9rents, font tous deux parcourir le m\u00eame nombre de kilom\u00e8tres aux v\u00e9hicules qu&rsquo;ils actionnent<a name=\"_ftnref48\" href=\"#_ftn48\">[48]<\/a> \u00bb.<\/p>\n<p>Jacob rappelle ici par le biais d&rsquo;une m\u00e9taphore &#8211; proc\u00e9d\u00e9 r\u00e9current qui signe la volont\u00e9 d&rsquo;imager son discours, de le rendre concret aux yeux de son interlocuteur &#8211; que, du strict point de vue de la loi, le mobile de l&rsquo;accus\u00e9 n&rsquo;a pas \u00e0 entrer en consid\u00e9ration\u00a0: l&rsquo;infraction a eu lieu, la fronti\u00e8re a \u00e9t\u00e9 franchie, l&rsquo;appareil r\u00e9pressif doit r\u00e9pliquer &#8211; et ce indistinctement.<\/p>\n<p>Anarchiste r\u00e9volutionnaire actif, Alexandre Jacob a v\u00e9cu au bagne comme il a v\u00e9cu dans la soci\u00e9t\u00e9 libre\u00a0: il a suivi les pr\u00e9ceptes de son caract\u00e8re et de ses convictions, a r\u00e9sist\u00e9 par tous les moyens dont il disposait \u00e0 la coercition et \u00e0 l&rsquo;ing\u00e9rence du dispositif carc\u00e9ral. Le minist\u00e8re des Colonies et l&rsquo;Administration p\u00e9nitentiaire l&rsquo;ont cat\u00e9goris\u00e9, tout au long de sa transportation, comme un individu dangereux et incorrigible, signal\u00e9 comme anarchiste et surveill\u00e9 comme tel. Dans une lettre de septembre 1914, alors que Marie l&rsquo;interroge sur l&rsquo;\u00e9ventuel envoi de la masse p\u00e9nale au combat, son fils coupe court en affirmant\u00a0: \u00ab\u00a0prisonnier de guerre sociale, je suis au bagne et j&rsquo;y reste<a name=\"_ftnref49\" href=\"#_ftn49\">[49]<\/a> \u00bb. Jacob envisage bien la situation comme un rapport de force, une lutte qui se joue entre l&rsquo;autorit\u00e9 et lui\u00a0: la \u00ab\u00a0guerre sociale\u00a0\u00bb entam\u00e9e quand il \u00e9tait homme libre a toujours cours au bagne. L&rsquo;expression n&rsquo;est d&rsquo;ailleurs pas sans rappeler celle de \u00ab\u00a0d\u00e9lit social\u00a0\u00bb, institu\u00e9e vingt ans plus t\u00f4t par le l\u00e9gislateur\u00a0: dans certains cas comme celui de Jacob, l&rsquo;ill\u00e9galiste peut effectivement, et doit m\u00eame \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme l&rsquo;ennemi int\u00e9rieur, que le pouvoir doit neutraliser pour conserver son assise. Le probl\u00e8me qui nous occupe pourrait du reste trouver un d\u00e9nouement qui, s&rsquo;il semble simpliste et peut-\u00eatre apor\u00e9tique, a toutefois l&rsquo;int\u00e9r\u00eat d&rsquo;envisager la question de la criminalit\u00e9 dans une perspective plus large\u00a0: en admettant que l&rsquo;ordre social et \u00e9conomique, par ses iniquit\u00e9s, engendre et fa\u00e7onne les criminels qu&rsquo;il enferme, il ne manque qu&rsquo;un pas pour consid\u00e9rer que toutes les infractions aux lois p\u00e9nales sont d&rsquo;ordre politique. La criminalit\u00e9 &#8211; fruit de n\u00e9vroses \u00f4 combien partag\u00e9es mais plus ou moins bien contenues, ou chemin ill\u00e9galiste assum\u00e9 et d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment choisi &#8211; exprimerait dans tous les cas une fracture qui touche au collectif, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9\u00a0: elle rel\u00e8ve donc bien, non pas de <em>la<\/em> politique au sens politicien du terme, mais <em>du<\/em> politique intrins\u00e8que \u00e0 toute existence humaine. Revenons \u00e0 notre propos\u00a0: Alexandre Jacob se consid\u00e9rait-il comme un \u00ab\u00a0transport\u00e9 politique\u00a0\u00bb, terme certes impropre du point de vue juridique, mais qui traduit pourtant l&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9 bien r\u00e9elle de certains cas\u00a0? \u00c0 l&rsquo;\u00e9vidence, il n&rsquo;ignorait pas la sp\u00e9cificit\u00e9 de son statut et se distinguait sans aucun doute des autres d\u00e9tenus, mais probablement pas au nom d&rsquo;une quelconque cat\u00e9gorie\u00a0: \u00ab &#8211; Vous devez \u00eatre anarchiste\u00a0? [lui demande un gendarme pendant son interrogatoire] &#8211; Je suis un r\u00e9volt\u00e9\u00a0; je ne m&#8217;embarrasse pas d&rsquo;\u00e9tiquette<a name=\"_ftnref50\" href=\"#_ftn50\">[50]<\/a> \u00bb.<\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong>Bibliographie<\/strong><\/p>\n<p>Arnaud (Georges), <em>Prisons 53<\/em>, Paris, Julliard, 1953, 276\u00a0p.<\/p>\n<p>Arti\u00e8res (Philippe), La\u00e9 (Jean-Fran\u00e7ois), <em>Les Archives personnelles. Histoire, anthropologie et sociologie<\/em>, Paris, Armand Colin, 2011, 191\u00a0p.<\/p>\n<p>Badinter (Robert), <em>La Prison r\u00e9publicaine<\/em>, Paris, Fayard, 1992, 430\u00a0p.<\/p>\n<p>Delpech (Jean-Marc), <em>Parcours et r\u00e9seaux d&rsquo;un anarchiste\u00a0: Alexandre Marius Jacob (1879-1954)<\/em>, th\u00e8se de doctorat en histoire contemporaine, sous la direction de Fran\u00e7ois Roth, Universit\u00e9 de Nancy II, 2006, 1 vol., 502\u00a0p.<\/p>\n<p>Dieudonn\u00e9 (Eug\u00e8ne), <em>La Vie des for\u00e7ats<\/em> [1930]\u00a0, Paris, Libertalia, 2007, 210\u00a0p.<\/p>\n<p>Donet-Vincent (Danielle), <em>De soleil et de silences. Histoire des bagnes de Guyane<\/em>, Paris, La Boutique de l&rsquo;Histoire, 2003, 551\u00a0p.<\/p>\n<p>Foucault (Michel), <em>Surveiller et punir. Naissance de la prison <\/em>[1975], Paris, Gallimard, 1993, 362\u00a0p.<\/p>\n<p>Jacob (Alexandre), <em>\u00c9crits<\/em>, Montreuil, L&rsquo;Insomniaque, 1995, nouvelle \u00e9dition augment\u00e9e, 2004, 846\u00a0p.<\/p>\n<p>L\u00e9vy-Bruhl (Henry), \u00ab\u00a0Les D\u00e9lits politiques. Recherche d&rsquo;une d\u00e9finition\u00a0\u00bb, dans <em>Revue fran\u00e7aise de sociologie<\/em>, vol.\u00a05, n\u00b05-2, 1964, p.\u00a0131-139.<\/p>\n<p>Liard-Courtois (Auguste), <em>Souvenirs du bagne<\/em> [1903], Toulouse, Les Pass\u00e9s simples, 2005, 399\u00a0p.<\/p>\n<p>Machelon (Jean-Pierre), <em>La R\u00e9publique contre les libert\u00e9s<\/em>, Paris, Presses de la Fondation Nationale des sciences politiques, 1976, 462\u00a0p.<\/p>\n<p>Commandant Michel, \u00ab\u00a0Mes Bagnards\u00a0\u00bb, dans <em>Confessions<\/em> [1937], retranscrit dans <em>\u00c9crits<\/em>, <em>op.\u00a0cit.<\/em>, p.\u00a0785-798.<\/p>\n<p>Maitron (Jean), <em>Le Mouvement anarchiste en France<\/em>, Paris, Maspero, 1975 (2 vol.), vol.\u00a01\u00a0: <em>Des origines \u00e0 1914<\/em>, 486\u00a0p.<\/p>\n<p>Vimont (Jean-Claude), <em>La Prison politique en France. Gen\u00e8se d&rsquo;un mode d&rsquo;incarc\u00e9ration sp\u00e9cifique, XVIII<sup>e<\/sup>-XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cles<\/em>, Paris, Anthropos-Economica, 1993, 503\u00a0p.<\/p>\n<p><strong>Ressources \u00e9lectroniques <\/strong><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0R\u00e9vision des articles 13 et 14 des r\u00e9solutions d&rsquo;Oxford (extradition)\u00a0\u00bb, <em>Institut de droit international <\/em>[En ligne], Session du 8 septembre 1892, Gen\u00e8ve, page consult\u00e9e le 1<sup>er<\/sup> juillet 2012.<\/p>\n<p>Delpech (Jean-Marc), <em>Alexandre Jacob, l&rsquo;honn\u00eate cambrioleur &#8211; Jacoblog<\/em> [En ligne], blog cr\u00e9\u00e9 le 7 avril 2008.<\/p>\n<p><strong>Auteur<\/strong><\/p>\n<p><strong>Colombe de Dieuleveult<\/strong><\/p>\n<p>Colombe de Dieuleveult est doctorante au d\u00e9partement de Lettres modernes de l&rsquo;Universit\u00e9 de Rouen. Sous la direction d&rsquo;Yvan Leclerc, elle pr\u00e9pare une th\u00e8se (soutenance pr\u00e9vue fin 2014) sur les r\u00e9cits autobiographiques et les correspondances de l&rsquo;anarchiste Alexandre Marius Jacob, transport\u00e9 au bagne de Guyane entre 1905 et 1925.<\/p>\n<hr size=\"1\" \/><a name=\"_ftn1\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Arti\u00e8res (Philippe), La\u00e9 (Jean-Fran\u00e7ois), <em>Les Archives personnelles. Histoire, anthropologie et sociologie<\/em>, Paris, Armand Colin, 2011, p.\u00a0147.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn2\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> Jacob (Alexandre), <em>\u00c9crits<\/em>, Montreuil, L&rsquo;Insomniaque, 1995, nouvelle \u00e9dition augment\u00e9e, 2004, 846\u00a0p.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn3\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> Archives nationales d&rsquo;outre-mer (ANOM), Fonds minist\u00e9riels, S\u00e9rie Colonies H, dossiers individuels des condamn\u00e9s,\u00a0H1481.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn4\" href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a> Les recherches pr\u00e9sent\u00e9es dans notre m\u00e9moire de master, <em>Une correspondance insoumise<\/em>, ont exclusivement port\u00e9 sur les lettres de bagne d&rsquo;Alexandre Jacob\u00a0; elles se poursuivent depuis 2011 en doctorat et englobent cette fois l&rsquo;ensemble de ses \u00e9crits, aussi bien les r\u00e9cits autobiographiques que les correspondances. L&rsquo;une des composantes de notre travail est de montrer que ce corpus, si \u00ab\u00a0ordinaire\u00a0\u00bb soit-il (Jacob n&rsquo;est effectivement pas un <em>\u00e9crivain<\/em> mais plut\u00f4t un <em>\u00e9crivant<\/em>), partage avec le texte litt\u00e9raire une multitude d&rsquo;aspects.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn5\" href=\"#_ftnref5\">[5]<\/a> Badinter (Robert), <em>La Prison r\u00e9publicaine<\/em>, Paris, Fayard, 1992, p.\u00a0220.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn6\" href=\"#_ftnref6\">[6]<\/a> Machelon (Jean-Pierre), <em>La R\u00e9publique contre les libert\u00e9s<\/em>, Paris, Presses de la Fondation Nationale des sciences politiques, 1976, p.\u00a0409.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn7\" href=\"#_ftnref7\">[7]<\/a> Ces chiffres sont donn\u00e9s \u00e0 partir de la chronologie des \u00e9v\u00e9nements marquants de la p\u00e9riode, \u00e9tablie par Jean Maitron dans <em>Le Mouvement anarchiste en France<\/em>, Paris, Maspero, 1975 (2 vol.), vol.\u00a01\u00a0: <em>Des origines \u00e0 1914<\/em>, p.\u00a0214.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn8\" href=\"#_ftnref8\">[8]<\/a> L\u00e9vy-Bruhl (Henry), \u00ab\u00a0Les D\u00e9lits politiques. Recherche d&rsquo;une d\u00e9finition\u00a0\u00bb, <em>Revue fran\u00e7aise de sociologie<\/em>, vol.\u00a05, n\u00b05-2, 1964, p.\u00a0136.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn9\" href=\"#_ftnref9\">[9]<\/a> Garraud (Ren\u00e9), <em>L&rsquo;anarchie et la r\u00e9pression<\/em>, Paris, Larose, 1895, p.\u00a015, cit\u00e9 par Jean-Pierre Machelon, <em>op.\u00a0cit.<\/em>, p.\u00a0410.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn10\" href=\"#_ftnref10\">[10]<\/a> \u00ab\u00a0R\u00e9vision des articles 13 et 14 des r\u00e9solutions d&rsquo;Oxford (extradition)\u00a0\u00bb, <em>Institut de droit international <\/em>[En ligne], Session du 8 septembre 1892, Gen\u00e8ve.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn11\" href=\"#_ftnref11\">[11]<\/a> Machelon (Jean-Pierre), <em>op.\u00a0cit.<\/em>, p.\u00a0435.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn12\" href=\"#_ftnref12\">[12]<\/a> Machelon (Jean-Pierre), <em>op.\u00a0cit.<\/em>, p.\u00a0419<\/p>\n<p><a name=\"_ftn13\" href=\"#_ftnref13\">[13]<\/a> Comparution de trente accus\u00e9s, figures plus ou moins importantes de l&rsquo;anarchisme fran\u00e7ais, sous l&rsquo;inculpation d&rsquo;association de malfaiteurs<\/p>\n<p><a name=\"_ftn14\" href=\"#_ftnref14\">[14]<\/a> Le lecteur qui voudrait conna\u00eetre en d\u00e9tails la biographie d&rsquo;Alexandre Marius Jacob se r\u00e9f\u00e8rera \u00e0 la th\u00e8se de Jean-Marc Delpech, <em>Parcours et r\u00e9seaux d&rsquo;un anarchiste\u00a0: Alexandre Marius Jacob (1879-1954)<\/em>, th\u00e8se de doctorat en histoire contemporaine, sous la direction de Fran\u00e7ois Roth, Universit\u00e9 de Nancy II, 2006, 1 vol., 502\u00a0p. Il pourra \u00e9galement consulter, en ligne, le blog tenu par ce m\u00eame auteur sur Alexandre Jacob et, plus g\u00e9n\u00e9ralement, sur le mouvement anarchiste et le monde du bagne (cf. bibliographie)<\/p>\n<p><a name=\"_ftn15\" href=\"#_ftnref15\">[15]<\/a> Machelon (Jean-Pierre), <em>op.\u00a0cit.<\/em>, p.\u00a0417.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn16\" href=\"#_ftnref16\">[16]<\/a> Jacob (Alexandre), \u00ab\u00a0Souvenirs rassis d&rsquo;un demi-si\u00e8cle\u00a0\u00bb [1948], <em>op.\u00a0cit.<\/em>, p. 470.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn17\" href=\"#_ftnref17\">[17]<\/a> <em>Idem<\/em>.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn18\" href=\"#_ftnref18\">[18]<\/a> <em>Ibid.<\/em>, p.\u00a0471.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn19\" href=\"#_ftnref19\">[19]<\/a> Plusieurs anecdotes indiquent l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 de Jacob \u00e0 cet \u00e9gard, la plus connue et significative \u00e9tant celle du cambriolage de Rochefort. Croyant cambrioler la luxueuse maison de l&rsquo;officier de marine Julien Viaud, Alexandre Jacob s&rsquo;aper\u00e7oit qu&rsquo;il est en train de voler l&rsquo;\u00e9crivain Pierre Loti\u00a0: il remet en place son butin, refusant de l\u00e9ser un homme de plume, et laisse un billet pour d\u00e9dommager la vitre cass\u00e9e.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn20\" href=\"#_ftnref20\">[20]<\/a> Il contribue par exemple \u00e0 la cr\u00e9ation d&rsquo;un journal anarchiste ami\u00e9nois, <em>Germinal<\/em>, par un versement de deux cent dix\u00a0francs, quand les dons habituels s&rsquo;\u00e9l\u00e8vent \u00e0 un ou deux francs\u00a0; cf. <em>Germinal<\/em> n\u00b0\u00a01, du 19 novembre au 3 d\u00e9cembre 1904, rubrique \u00ab\u00a0Re\u00e7u pour \u00ab\u00a0Germinal\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb, p.\u00a01, Biblioth\u00e8que nationale de France (BNF), Tolbiac-Rez-de-jardin, JO85053.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn21\" href=\"#_ftnref21\">[21]<\/a> Jacob (Alexandre), \u00ab\u00a0Souvenirs rassis d&rsquo;un demi-si\u00e8cle\u00a0\u00bb [1948], <em>op.\u00a0cit.<\/em>, p. 470.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn22\" href=\"#_ftnref22\">[22]<\/a> Jacob (Alexandre), \u00ab\u00a0Souvenirs d&rsquo;un r\u00e9volt\u00e9\u00a0\u00bb [1905], <em>op.\u00a0cit.<\/em>, p.\u00a092.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn23\" href=\"#_ftnref23\">[23]<\/a> <em>Germinal<\/em> n\u00b011, du 19 au 23 mars 1905, p.\u00a01.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn24\" href=\"#_ftnref24\">[24]<\/a> Jacob (Alexandre), \u00ab\u00a0Pourquoi j&rsquo;ai cambriol\u00e9\u00a0\u00bb, <em>op.\u00a0cit.<\/em>, p.\u00a032.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn25\" href=\"#_ftnref25\">[25]<\/a> Lettre \u00e0 Marie du 29 juillet 1905, <em>op.\u00a0cit.<\/em>, p.\u00a0121.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn26\" href=\"#_ftnref26\">[26]<\/a> Jacob (Alexandre), \u00ab\u00a0Souvenirs rassis d&rsquo;un demi-si\u00e8cle\u00a0\u00bb, <em>op.\u00a0cit.<\/em>, p.\u00a0472.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn27\" href=\"#_ftnref27\">[27]<\/a> \u00ab\u00a0Je pris plaisir \u00e0 aider mes compagnons de cha\u00eene \u00e0 mieux se d\u00e9fendre contre la barbarie des r\u00e8gles auxquelles nous \u00e9tions assujettis\u00a0\u00bb, Jacob (Alexandre), lettre au d\u00e9put\u00e9 Ernest Laffont du 11 janvier 1932, <em>op. cit.<\/em>, p.\u00a0460.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn28\" href=\"#_ftnref28\">[28]<\/a> Dieudonn\u00e9 (Eug\u00e8ne), <em>La Vie des for\u00e7ats<\/em> [1930], Paris, Libertalia, 2007, p.\u00a0144.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn29\" href=\"#_ftnref29\">[29]<\/a> Donet-Vincent (Danielle), <em>De soleil et de silences. Histoire des bagnes de Guyane<\/em>, Paris, La Boutique de l&rsquo;Histoire, 2003, p.\u00a085-86.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn30\" href=\"#_ftnref30\">[30]<\/a> <em>Ibid<\/em>., p.\u00a0201.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn31\" href=\"#_ftnref31\">[31]<\/a> Vimont (Jean-Claude), <em>La Prison politique en France. Gen\u00e8se d&rsquo;un mode d&rsquo;incarc\u00e9ration sp\u00e9cifique, XVIII<sup>e<\/sup>-XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cles<\/em>, Paris, Anthropos-Economica, 1993, p.\u00a0442.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn32\" href=\"#_ftnref32\">[32]<\/a> Liard-Courtois (Auguste), <em>Souvenirs du bagne<\/em> [1903], Toulouse, Les Pass\u00e9s simples, 2005, p.\u00a0316. Ce r\u00e9cit est un des t\u00e9moignages de transport\u00e9s les plus complets\u00a0: l&rsquo;auteur aborde la majorit\u00e9 des aspects de la vie quotidienne du bagnard et cite de nombreux textes l\u00e9gaux et documents officiels\u00a0; anecdotes et personnages y sont l\u00e9gion, offrant un tableau saisissant du bagne guyanais, peint avec la verve certes partisane mais toujours savoureuse des anarchistes.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn33\" href=\"#_ftnref33\">[33]<\/a> Commandant Michel, \u00ab\u00a0Mes Bagnards\u00a0\u00bb, dans <em>Confessions<\/em> [1937], retranscrit dans <em>\u00c9crits<\/em>, <em>op.\u00a0cit.<\/em>, p.\u00a0785.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn34\" href=\"#_ftnref34\">[34]<\/a> Lettre du 24 septembre 1905, <em>op.\u00a0cit.<\/em>, p.\u00a0139.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn35\" href=\"#_ftnref35\">[35]<\/a> Lettre du 23 septembre 1914, <em>op.\u00a0cit.<\/em>, p.\u00a0299.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn36\" href=\"#_ftnref36\">[36]<\/a> Commandant Michel, <em>art.\u00a0cit<\/em>., <em>op.\u00a0cit.<\/em>, p.\u00a0788.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn37\" href=\"#_ftnref37\">[37]<\/a> Lettre du 2\u00a0mars 1911, <em>op.\u00a0cit.<\/em>, p.\u00a0209.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn38\" href=\"#_ftnref38\">[38]<\/a> Lettre du 4 d\u00e9cembre 1911, <em>op.\u00a0cit.<\/em>, p.\u00a0230.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn39\" href=\"#_ftnref39\">[39]<\/a> Lettre du 29 mai 1919, <em>op.\u00a0cit.<\/em>, p.\u00a0386.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn40\" href=\"#_ftnref40\">[40]<\/a> Lettre du 15 novembre 1916, <em>op.\u00a0cit<\/em>., p.\u00a0350.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn41\" href=\"#_ftnref41\">[41]<\/a> \u00ab\u00a0D&rsquo;autres, comme Barrabas [&#8230;], passent vingt-cinq ans de leur vie au bagne, en restant propres, sans jamais s&rsquo;amoindrir de la plus petite bassesse.\u00a0\u00bb, Dieudonn\u00e9, <em>op. cit.<\/em>, p.\u00a0137.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn42\" href=\"#_ftnref42\">[42]<\/a> Arnaud (Georges), <em>Prisons 53<\/em>, Paris, Julliard, 1953, 276 p.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn43\" href=\"#_ftnref43\">[43]<\/a> Lettre ouverte \u00e0 Georges Arnaud [1954], <em>op.\u00a0cit.<\/em>, p.\u00a0483-484.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn44\" href=\"#_ftnref44\">[44]<\/a> <em>Ibid.<\/em>, p.\u00a0485.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn45\" href=\"#_ftnref45\">[45]<\/a> <em>Ibid<\/em>., p.\u00a0483<\/p>\n<p><a name=\"_ftn46\" href=\"#_ftnref46\">[46]<\/a> Le titre est emprunt\u00e9 \u00e0 l&rsquo;un des chapitres de l&rsquo;ouvrage de Michel Foucault, <em>Surveiller et punir. Naissance de la prison <\/em>[1975], Paris, Gallimard, 1993, p.\u00a0166.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn47\" href=\"#_ftnref47\">[47]<\/a> Lettre ouverte \u00e0 Georges Arnaud [1954], <em>op.\u00a0cit.<\/em>, p.\u00a0480-481.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn48\" href=\"#_ftnref48\">[48]<\/a> Lettre \u00e0 Jean Maitron du 5 mai 1949, <em>op.\u00a0cit.<\/em>, p.\u00a0474.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn49\" href=\"#_ftnref49\">[49]<\/a> Lettre du 23 septembre 1914, <em>op. cit.<\/em>, p.\u00a0299.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn50\" href=\"#_ftnref50\">[50]<\/a> Jacob (Alexandre), \u00ab\u00a0Souvenirs d&rsquo;un r\u00e9volt\u00e9\u00a0\u00bb, <em>op.\u00a0cit.<\/em>, p.\u00a075.<\/p>\n<p><!--[if gte mso 9]><xml> Normal   0         21         false   false   false      FR   X-NONE   X-NONE <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 9]><xml> <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 10]>\n\n\n\n<style>\n \/* Style Definitions *\/\n table.MsoNormalTable\n\t{mso-style-name:\"Tableau Normal\";\n\tmso-tstyle-rowband-size:0;\n\tmso-tstyle-colband-size:0;\n\tmso-style-noshow:yes;\n\tmso-style-priority:99;\n\tmso-style-parent:\"\";\n\tmso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;\n\tmso-para-margin-top:0cm;\n\tmso-para-margin-right:0cm;\n\tmso-para-margin-bottom:10.0pt;\n\tmso-para-margin-left:0cm;\n\tline-height:115%;\n\tmso-pagination:widow-orphan;\n\tfont-size:11.0pt;\n\tfont-family:\"Calibri\",\"sans-serif\";\n\tmso-ascii-font-family:Calibri;\n\tmso-ascii-theme-font:minor-latin;\n\tmso-hansi-font-family:Calibri;\n\tmso-hansi-theme-font:minor-latin;\n\tmso-fareast-language:EN-US;}\n<\/style>\n\n<![endif]--><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il convient d&rsquo;aborder avec une certaine m\u00e9fiance les papiers ayant, sur la toile, l&rsquo;honn\u00eate cambrioleur comme sujet. D&rsquo;abord parce que c&rsquo;est souvent du n&rsquo;importe nawak pomp\u00e9 all\u00e8grement sur oui-oui qui p\u00e9dia et sans aucune mention de sources. Ensuite, parce que l&rsquo;auteur fait fr\u00e9quemment preuve\u00a0 si ce n&rsquo;est d&rsquo;un \u00e9go surdimensionn\u00e9, en tout cas d&rsquo;une formidable [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_publicize_message":"","jetpack_is_tweetstorm":false,"jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","enabled":false}}},"categories":[7,6,14],"tags":[738,106,95,50,1132,32,2584,470,188,920,3866,73,2787,3859,204,3865,5399,411,69,121,3862,467,160,2788,1551,275,145,85,3864,3861,3086,326,3860,3863,540,379,541,708,161,45,81],"jetpack_publicize_connections":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3250"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3250"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3250\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3250"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3250"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3250"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}