{"id":3219,"date":"2013-11-30T01:10:47","date_gmt":"2013-11-29T23:10:47","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=3219"},"modified":"2013-08-24T09:49:00","modified_gmt":"2013-08-24T07:49:00","slug":"malheur-a-ceux-qui-restent-sourds","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2013\/11\/malheur-a-ceux-qui-restent-sourds\/","title":{"rendered":"Malheur \u00e0 ceux qui restent sourds"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/vaillant-3.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3220\" title=\"Auguste Vaillant, affiche anonyme, \u00e9lections 2012\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/vaillant-3-211x300.jpg\" alt=\"\" width=\"148\" height=\"210\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/vaillant-3-211x300.jpg 211w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/vaillant-3.jpg 269w\" sizes=\"(max-width: 148px) 100vw, 148px\" \/><\/a>Acte horrible, froid, haineux et sanguinaire pour les uns, initiative terrible d&rsquo;un d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 pour les autres, la bombe qui \u00e9clate \u00e0 16h10, le 09 d\u00e9cembre 1893\u00a0au Palais Bourbon suscite l&rsquo;incompr\u00e9hension, la peur, la col\u00e8re mais aussi pour certains l&rsquo;enthousiasme et l&rsquo;admiration. \u00ab\u00a0Qu&rsquo;importent les victimes si le geste est beau\u00a0; qu&rsquo;importent de vagues humanit\u00e9s si par elles s&rsquo;affirme l&rsquo;individu\u00a0\u00bb d\u00e9clame le po\u00e8te libertaire Laurent Tailhade au cours d&rsquo;un banquet litt\u00e9raire. Sacril\u00e8ge r\u00e9v\u00e9lateur. C&rsquo;est \u00e0 la R\u00e9publique que l&rsquo;on s&rsquo;est attaqu\u00e9\u00a0! Et, parmi les vagues humanit\u00e9s, une soixantaine de personnes bless\u00e9es, se trouvent des \u00e9lus du peuple\u00a0 consid\u00e9r\u00e9s comme autant de bouffes-galette par ceux-l\u00e0 m\u00eame vers qui se pointe un doigt accusateur !<!--more--><\/p>\n<p>Trois jours apr\u00e8s, trois jours seulement, l&rsquo;assembl\u00e9e nationale vote la premi\u00e8re des trois lois sc\u00e9l\u00e9rates\u00a0; elle modifie la loi de 1881 sur la libert\u00e9 de la presse et punit tout ce qui, de pr\u00e8s ou de loin, peut s&rsquo;apparenter \u00e0 de l&rsquo;apologie de crime. Le 18 d\u00e9cembre, la deuxi\u00e8me loi est adopt\u00e9e\u00a0; elle autorise des poursuites contre tout groupe ou toute personne soup\u00e7onn\u00e9s de pr\u00e9parer un attentat. Pr\u00e9cipitation\u00a0? D\u00e9rapage contr\u00f4l\u00e9\u00a0et s\u00e9curitaire alors que depuis presque quatre ans le scandale de Panama secoue et ternit l&rsquo;image de l&rsquo;ensemble de la classe politique ? Manipulation\u00a0? La d\u00e9mocratie a du plomb dans l&rsquo;aile &#8230;\u00a0 mais le d\u00e9bat \u00e0 la suite des travaux de Jean Maitron en 1948 \u00a0reste grand ouvert.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Messieurs, la s\u00e9ance continue\u00a0\u00bb a clam\u00e9 presque imm\u00e9diatement Charles Dupuy qui pr\u00e9sidait les d\u00e9bats \u00e0 l&rsquo;aquarium pour calmer la panique naissante apr\u00e8s l&rsquo;explosion. La s\u00e9ance continue\u00a0; la phrase est entr\u00e9e dans l&rsquo;histoire et la chasse aux anarchistes s&rsquo;amplifie. Le coupable, lui, est connu\u00a0; il fait partie de la vingtaine de personnes interpel\u00e9es. Il est anarchiste. Il reconnait les faits. C&rsquo;est un tra\u00eene-mis\u00e8re comme dans la chanson \u00e9crite par Jean-Baptiste Cl\u00e9ment en 1873 et mise en musique dix ans plus tard par Marcel Legay. Mais, \u00e0 la diff\u00e9rence de la masse inerte et soumise des prol\u00e9taires d\u00e9crite par l&rsquo;auteur du <em>Temps des cerises<\/em>, nul doute que l&rsquo;indigence qu&rsquo;il connait depuis sa plus tendre enfance a nourri sa r\u00e9volte et justifi\u00e9 son acte de propagande par le fait.<\/p>\n<p>La vie d&rsquo;Auguste Vaillant ressemble en effet \u00e0 celle des personnages de ces romans feuilletons populaires qui font les riches heures de la presse de la Belle Epoque. Il est n\u00e9 le 27 d\u00e9cembre 1861 \u00e0 M\u00e9zi\u00e8res. Petits boulots, pauvret\u00e9, faim pr\u00e9c\u00e8dent de r\u00e9v\u00e9latrices condamnations pour infraction aux transports, griv\u00e8lerie, etc. \u00a0Install\u00e9 tr\u00e8s t\u00f4t \u00e0 Paris, il a du mal \u00e0 subvenir aux besoins de sa famille. L&rsquo;homme est mari\u00e9 et a une fille, Sidonie. La fr\u00e9quentation des anarchistes de la capitale lui permet de d\u00e9velopper sa culture g\u00e9n\u00e9rale, mais surtout de politiser une col\u00e8re qui ne fait que grandir \u00e0 la suite de l&rsquo;exp\u00e9rience rat\u00e9e en Argentine. Pendant trois ans, de 1889 \u00e0 1893, il tente vainement de monter une exploitation agricole dans la province du Chaco, au nord du pays, r\u00e9gion pauvre et inhabit\u00e9<a name=\"_ftnref1\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>.\u00a0 Vaillant est de retour en France vers mars 1893. Mais il ne parvient toujours pas \u00e0 nourrir sa famille\u00a0; la mode est \u00e0 la propagande par le fait et \u00e0 la r\u00e9pression. Vaillant veut aussi venger Ravachol. On connait la suite.<\/p>\n<p>Son proc\u00e8s s&rsquo;ouvre le 10 janvier 1894\u00a0; une s\u00e9ance suffit pour l&rsquo;envoyer\u00a0 \u00e0 la guillotine et, malgr\u00e9 les appels \u00e0 la cl\u00e9mence<a name=\"_ftnref2\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>, le pr\u00e9sident Carnot refuse la gr\u00e2ce de l&rsquo;anarchiste. Il n&rsquo;a pourtant tu\u00e9 personne. C&rsquo;est l&rsquo;axe principal d&rsquo;une d\u00e9fense assur\u00e9e par Me Labori\u00a0; c&rsquo;est encore ce que clame vainement Vaillant. Son geste est politique mais la presse ne retient que la terreur engendr\u00e9e. L&rsquo;homme, son propos, ses\u00a0 actes &#8230; et m\u00eame sa profession de foi ne pouvaient qu&rsquo;\u00eatre vulgaires. De la sorte, Albert Bataille dans\u00a0 ses <em>Causes criminelles et mondaines<a name=\"_ftnref3\" href=\"#_ftn3\"><strong>[3]<\/strong><\/a><\/em> ne manque\u00a0 pas, comme ses confr\u00e8res, de discr\u00e9diter et le fond, et la forme de la justification de Vaillant. Le 5 f\u00e9vrier 1894, le couperet de la veuve tombe\u00a0; l&rsquo;anarchiste a eu le temps de crier \u00ab\u00a0Mort \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 bourgeoise et vive l&rsquo;anarchie\u00a0! \u00bb<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/vaillant-1.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3221\" title=\"Auguste Vaillant\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/vaillant-1-236x300.jpg\" alt=\"\" width=\"122\" height=\"156\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/vaillant-1-236x300.jpg 236w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/vaillant-1.jpg 394w\" sizes=\"(max-width: 122px) 100vw, 122px\" \/><\/a><strong>D\u00e9claration de Vaillant 1894<\/strong><\/p>\n<p><em>Et Vaillant tire de sa poche un petit cahier d&rsquo;\u00e9colier, soigneusement r\u00e9gl\u00e9, avec des marges. Ce petit cahier, je l&rsquo;ai eu entre les mains. Il exhale une violente odeur d&rsquo;iodoforme, car Vaillant l&rsquo;a gard\u00e9 sur lui pendant qu&rsquo;on le soignait \u00e0 la Conciergerie pour sa plaie de la jambe.<\/em><\/p>\n<p><em>Il est couvert d&rsquo;une \u00e9criture appliqu\u00e9e, avec de belles majuscules ornement\u00e9es, des paraphes de fourrier qui soigne son cahier de rapports.<\/em><\/p>\n<p><em>Un graphologue d\u00e9couvrirait dans l&rsquo;\u00e9criture ascendante de ce factum les caract\u00e9ristiques de la pr\u00e9ten\u00adtion et de l&rsquo;orgueil, de cet orgueil d\u00e9mesur\u00e9 que Vail\u00adlant affichait pompeusement, presque na\u00efvement, dans cette phrase : \u00ab <\/em>La lutte est engag\u00e9e entre la soci\u00e9t\u00e9 et moi !<em> \u00bb<\/em><\/p>\n<p><em>II y trouverait aussi une autre caract\u00e9ristique de l&rsquo;accus\u00e9, l&rsquo;impatience, cette impatience qui l&rsquo;a emp\u00each\u00e9 de retourner s&rsquo;assurer de l&rsquo;\u00e9tat des lieux avant de lancer sa bombe.<\/em><\/p>\n<p><em>Cette fois encore, Vaillant n&rsquo;a pas su attendre.<\/em><\/p>\n<p><em>Visiblement son m\u00e9moire ne devait \u00eatre lu au jury qu&rsquo;apr\u00e8s la plaidoirie de son avocat, car il d\u00e9bute par ces mots :<\/em><\/p>\n<p>Messieurs,<\/p>\n<p>Je n&rsquo;ai que quelques mots \u00e0 ajouter \u00e0 ce qui vient d&rsquo;\u00eatre dit par M<sup>e<\/sup> Labori&#8230;<\/p>\n<p><em>Et il continue, d&rsquo;une voix haute et comme agressive :<\/em><\/p>\n<p>Dans quelques minutes vous allez me frapper, mais, en recevant votre verdict, j&rsquo;aurai au moins la satisfaction d&rsquo;avoir bless\u00e9 la soci\u00e9t\u00e9 actuelle, cette soci\u00e9t\u00e9 maudite o\u00f9 l&rsquo;on peut voir un seul homme d\u00e9penser inutilement de quoi nourrir des milliers de familles, soci\u00e9t\u00e9 inf\u00e2me qui permet \u00e0 quelques individus d&rsquo;accaparer toutes les richesses sociales, pendant que l&rsquo;on voit des cent mille malheureux qui n&rsquo;ont pas seulement le pain que l&rsquo;on ne refuse pas aux chiens, et que l&rsquo;on voit des familles enti\u00e8res se suicider faute d&rsquo;avoir leur n\u00e9cessaire.<\/p>\n<p>Ah ! messieurs, si les dirigeants pouvaient descendre parmi les malheureux ! Mais non, ils veulent rester sourds \u00e0 leurs appels. Il semble qu&rsquo;une fatalit\u00e9 les pousse, \u00e0 l&rsquo;instar de la royaut\u00e9 du dix-huiti\u00e8me si\u00e8cle, \u00e0 rouler dans le pr\u00e9cipice qui les engloutira, car malheur \u00e0 ceux qui restent sourds aux cris des meurt-de-faim, malheur \u00e0 ceux qui, se croyant d&rsquo;essence sup\u00e9rieure, se reconnaissent le droit de laisser croupir et d&rsquo;exploiter ceux qui sont en dessous d&rsquo;eux, car il arrive un moment o\u00f9 le peuple ne raisonne plus ; il se soul\u00e8ve comme un ouragan et s&rsquo;\u00e9coule comme un torrent. Alors on voit des t\u00eates sanglantes au bout des piques.<\/p>\n<p>Parmi les exploit\u00e9s, messieurs, il existe deux sortes d&rsquo;in\u00addividus : les uns, ne se rendant pas compte de ce qu&rsquo;ils sont et de ce qu&rsquo;ils pourraient \u00eatre, prennent la vie comme elle vient, croient qu&rsquo;ils sont n\u00e9s pour \u00eatre esclaves et se contentent du peu qu&rsquo;on leur donne en \u00e9change de leur travail ; mais il en est d&rsquo;autres, au contraire, qui pensent, qui \u00e9tudient, et, jetant un regard autour d&rsquo;eux, s&rsquo;aper\u00ad\u00e7oivent des iniquit\u00e9s sociales. Est-ce de leur faute \u00e0 ceux-l\u00e0, s&rsquo;ils voient clair et souffrent de voir souffrir les autres? Alors ils se jettent dans la lutte et se font les porteurs des revendications populaires.<\/p>\n<p>Messieurs, je suis un de ces derniers ! Partout o\u00f9 je suis all\u00e9, j&rsquo;ai vu des malheureux courb\u00e9s sous le joug du capital ! Partout, j&rsquo;y ai vu les m\u00eames plaies qui font verser des larmes de sang, jusqu&rsquo;au fond des provinces inhabit\u00e9es de l&rsquo;Am\u00e9rique du Sud, o\u00f9 j&rsquo;avais le droit de croire que celui qui \u00e9tait fatigu\u00e9 des peines de la civili\u00adsation pouvait s&rsquo;y reposer \u00e0 l&rsquo;ombre des palmiers et y \u00e9tudier la nature. Eh bien ! l\u00e0 encore, plus qu&rsquo;ailleurs, j&rsquo;y ai vu le capital qui, semblable au vampire, venait sucer jusqu&rsquo;\u00e0 la derni\u00e8re goutte de sang des malheureux parias.<\/p>\n<p>Alors je suis revenu en France, o\u00f9 il m&rsquo;\u00e9tait r\u00e9serv\u00e9 de voir souffrir les miens d&rsquo;une mani\u00e8re atroce. Ce fut la goutte qui fit d\u00e9border le vase. Las de mener cette vie de souffrance et de l\u00e2chet\u00e9, j&rsquo;ai port\u00e9 cette bombe chez ceux qui sont les premiers responsables des souffrances sociales.<\/p>\n<p>On me reproche les blessures de ceux qui ont \u00e9t\u00e9 atteints par mes projectiles ? Permettez-moi de faire remarquer en passant que, si les bourgeois n&rsquo;avaient pas massacr\u00e9 ou fait massacrer pendant la R\u00e9volution, il est probable qu&rsquo;ils seraient encore sous le joug de la noblesse. D&rsquo;autre part, additionnons les morts et les bless\u00e9s du Tonkin, de Madagascar, du Dahomey, en y ajoutant les milliers, que dis-je ! les millions de malheureux qui meurent dans les ateliers, dans les mines, partout o\u00f9 le capital pressure.<\/p>\n<p>Ajoutons-y ceux encore qui meurent de faim, et tout \u00e7a avec l&rsquo;assentiment de nos d\u00e9put\u00e9s. A c\u00f4t\u00e9 de tout cela, combien p\u00e8se peu ce que l&rsquo;on me reproche aujourd&rsquo;hui\u00a0!<\/p>\n<p>C&rsquo;est vrai que l&rsquo;un n&rsquo;efface pas l&rsquo;autre, mais, en somme, ne sommes-nous pas en \u00e9tat de d\u00e9fense en r\u00e9pondant aux coups que nous recevons d&rsquo;en haut ? Oh ! je sais bien que l&rsquo;on me dira que j&rsquo;aurais pu m&rsquo;en tenir aux revendications par la parole ; mais, que voulez-vous ?, plus on est sourd, plus il faut que la voix soit forte pour se faire entendre.<\/p>\n<p>Il y a trop longtemps que l&rsquo;on r\u00e9pond \u00e0 notre voix par des coups de prison, par la corde et par la fusillade, et ne vous faites pas d&rsquo;illusion, l&rsquo;explosion de ma bombe n&rsquo;est pas seulement le cri de Vaillant r\u00e9volt\u00e9, mais bien le cri de toute une classe qui revendique ses droits et qui bient\u00f4t joindra les actes \u00e0 la parole.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/vaillant-2.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3222\" title=\"Auguste Vaillant\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/vaillant-2.jpg\" alt=\"\" width=\"108\" height=\"158\" \/><\/a>Car, soyez-en s\u00fbrs, l&rsquo;on aura beau faire des lois, l&rsquo;on n&rsquo;arr\u00eatera pas les id\u00e9es des penseurs ; de m\u00eame qu&rsquo;au si\u00e8cle dernier, toutes les forces gouvernementales n&rsquo;ont pu emp\u00eacher les Diderot et les Voltaire de semer les id\u00e9es \u00e9mancipatrices parmi le peuple, toutes les forces gouvernementales actuelles n&#8217;emp\u00eacheront pas les Reclus, les Darwin, les Spencer, les Ibsen, les Mirbeau, etc., de semer les id\u00e9es de justice et de libert\u00e9 qui an\u00e9antiront les pr\u00e9jug\u00e9s qui tiennent la masse en ignorance, et ces id\u00e9es accueillies par les malheureux fleuriront en actes de r\u00e9volte comme elles l&rsquo;ont fait en moi, et cela jusqu&rsquo;au jour o\u00f9 la disparition de l&rsquo;autorit\u00e9 permettra \u00e0 tous les hommes de s&rsquo;organiser librement suivant leurs affinit\u00e9s, et o\u00f9 chacun pourra jouir du produit de son travail, o\u00f9 dispara\u00eetront ces maladies morales que l&rsquo;on nomme pr\u00e9\u00adjug\u00e9s, ce qui permettra aux \u00eatres humains de vivre dans l&rsquo;harmonie, n&rsquo;ayant plus comme aspiration que l&rsquo;\u00e9tude des sciences et l&rsquo;amour de leurs semblables.<\/p>\n<p>Je termine, messieurs, en disant qu&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 l&rsquo;on voit des in\u00e9galit\u00e9s sociales comme nous en voyons autour de nous, o\u00f9 nous voyons tous les jours des suicides caus\u00e9s par la mis\u00e8re, la prostitution qui s&rsquo;\u00e9tale \u00e0 chaque coin de rue, une soci\u00e9t\u00e9 dont les principaux monuments sont des casernes et des prisons, une soci\u00e9t\u00e9 pareille doit \u00eatre transform\u00e9e le plus t\u00f4t possible, sous peine d&rsquo;\u00eatre ray\u00e9e, \u00e0 bref d\u00e9lai, de l&rsquo;esp\u00e8ce humaine. Salut \u00e0 celui qui travaille par n&rsquo;importe quel moyen \u00e0 cette transformation ! Voil\u00e0 l&rsquo;id\u00e9e qui m&rsquo;a guid\u00e9 dans mon duel contre l&rsquo;autorit\u00e9, mais comme dans ce duel je n&rsquo;ai que bless\u00e9 mon adversaire, \u00e0 lui de me frapper \u00e0 son tour\u00a0!<\/p>\n<p>Maintenant, messieurs, quelle que soit la peine dont vous me frappiez,, peu m&rsquo;importe, car, regardant cette assembl\u00e9e avec les yeux de la raison, je ne puis m&#8217;emp\u00ea\u00adcher de sourire de vous voir, atomes perdus dans la mati\u00e8re, raisonnant parce que vous poss\u00e9dez un prolon\u00adgement de la moelle \u00e9pini\u00e8re, vouloir vous reconna\u00eetre le droit de juger un de vos semblables.<\/p>\n<p>Ah ! messieurs, combien peu de chose est votre assem\u00adbl\u00e9e et votre verdict dans l&rsquo;histoire de l&rsquo;humanit\u00e9 ! Et l&rsquo;histoire humaine \u00e0 son tour est \u00e9galement bien peu de chose dans le tourbillon qui l&#8217;emporte \u00e0 travers l&rsquo;immen\u00adsit\u00e9 et qui est appel\u00e9 \u00e0 dispara\u00eetre, ou tout au moins \u00e0 se transformer, pour recommencer la m\u00eame histoire et les m\u00eames faits, v\u00e9ritable jeu perp\u00e9tuel des formes cosmiques se renouvelant et se transformant \u00e0 l&rsquo;infini.<\/p>\n<hr size=\"1\" \/><a name=\"_ftn1\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Avec \u00e0 peine 10000 habitants pour environ 99600 km\u00b2 en 1895, le Chaco est un v\u00e9ritable d\u00e9sert humain. C&rsquo;est aussi, \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque comme aujourd&rsquo;hui, une des r\u00e9gions les plus pauvres de l&rsquo;Argentine.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn2\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> L&rsquo;abb\u00e9 Lemire, bless\u00e9 lors de l&rsquo;attentat lance une p\u00e9tition en faveur de Vaillant\u00a0; Sidonie, sa fille, \u00e9crit une poignante lettre \u00e0 la femme de Carnot. Cette derni\u00e8re sera recueillie par S\u00e9bastien Faure.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn3\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> Albert Bataille, op. cit., p.11-14.<\/p>\n<p><!--[if gte mso 9]><xml> Normal   0         21         false   false   false      FR   X-NONE   X-NONE                                             MicrosoftInternetExplorer4 <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 9]><xml> <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 10]>\n\n\n\n<style>\n \/* Style Definitions *\/\n table.MsoNormalTable\n\t{mso-style-name:\"Tableau Normal\";\n\tmso-tstyle-rowband-size:0;\n\tmso-tstyle-colband-size:0;\n\tmso-style-noshow:yes;\n\tmso-style-priority:99;\n\tmso-style-parent:\"\";\n\tmso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;\n\tmso-para-margin:0cm;\n\tmso-para-margin-bottom:.0001pt;\n\tmso-pagination:widow-orphan;\n\tfont-size:10.0pt;\n\tfont-family:\"Times New Roman\",\"serif\";}\n<\/style>\n\n<![endif]--><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Acte horrible, froid, haineux et sanguinaire pour les uns, initiative terrible d&rsquo;un d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 pour les autres, la bombe qui \u00e9clate \u00e0 16h10, le 09 d\u00e9cembre 1893\u00a0au Palais Bourbon suscite l&rsquo;incompr\u00e9hension, la peur, la col\u00e8re mais aussi pour certains l&rsquo;enthousiasme et l&rsquo;admiration. \u00ab\u00a0Qu&rsquo;importent les victimes si le geste est beau\u00a0; qu&rsquo;importent de vagues humanit\u00e9s si par [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_publicize_message":"","jetpack_is_tweetstorm":false,"jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","enabled":false}}},"categories":[9,14],"tags":[2523,3847,1829,2629,2522,693,2785,2092,3848,3846,3844,1169,2788,3845,3842,1230,3843,3682,401],"jetpack_publicize_connections":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3219"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3219"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3219\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3219"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3219"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3219"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}