{"id":3192,"date":"2013-05-10T01:10:00","date_gmt":"2013-05-09T23:10:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=3192"},"modified":"2013-01-24T20:33:28","modified_gmt":"2013-01-24T18:33:28","slug":"transalpine-lupinose","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2013\/05\/transalpine-lupinose\/","title":{"rendered":"Transalpine Lupinose"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/valerio-evangelisti.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3193\" title=\"Valerio Evangelisti\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/valerio-evangelisti-300x200.jpg\" alt=\"\" width=\"159\" height=\"106\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/valerio-evangelisti-300x200.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/valerio-evangelisti.jpg 350w\" sizes=\"(max-width: 159px) 100vw, 159px\" \/><\/a>Sur son site internet aussi bien que dans sa version papier, <em>Books<\/em>, comme son nom ne l&rsquo;indique pas est un magazine litt\u00e9raire fran\u00e7ais cherchant l&rsquo;originalit\u00e9 depuis d\u00e9cembre 2008. Le mensuel propose ainsi \u00e0 ses lecteurs une <em>vision de l&rsquo;actualit\u00e9 profonde, de la culture et des enjeux internationaux<\/em>. Soit. Il ambitionne encore, \u00e0 l&rsquo;image de <em>Courier International<\/em>, de compiler <em>des articles de haut niveau portant sur la production \u00e9ditoriale mondiale<\/em>. Soit encore. Mais lorsque la revue veut combattre <em>la tentation du zapping et de la pens\u00e9e facile<\/em>, un l\u00e9ger picotement commence \u00e0 titiller nos zygomatiques. Cela sent la lupinose \u00e0 plein nez&#8230;<!--more--><\/p>\n<p>Le n\u00b039, de janvier 2013, est consacr\u00e9 \u00e0 Isra\u00ebl mais ne manque pas de faire la recension de livres sortis plus ou moins r\u00e9cemment. Au mois de septembre de l&rsquo;ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente, les \u00e9ditions <em>Eleuther<\/em>a publiaient <em>Rubare per l&rsquo;anarchia<\/em> narrant la vie de cambrioleur de l&rsquo;anarchiste Alexandre Jacob, <em>Lupin pas si gentleman<\/em> pour Books qui reprend en r\u00e9alit\u00e9 un article d&rsquo;Antonio Carioti paru dans <em>La Lettura<\/em> (suppl\u00e9ment litt\u00e9raire du <em>Corriere della sera<\/em>) le 9 de ce mois sous le titre <em>L&rsquo;anarchico che ispir\u00f2 Arsenio Lupin<\/em>. A la diff\u00e9rence du quotidien italien, <em>Books<\/em> ne signale pas le livre d&rsquo;<em>Eleuthera<\/em> mais celui de l&rsquo;<em>Atelier de Cr\u00e9ation Libertaire<\/em> pour ses lecteurs francophones. Il n&rsquo;en demeure pas moins que pens\u00e9e facile et lupinose se rejoignent des deux c\u00f4t\u00e9s des Alpes.<\/p>\n<p>Les \u00e9l\u00e9phants d&rsquo;Hannibal ayant franchi cette montagne il y a fort longtemps, nous avons suivi le chemin trac\u00e9 pour d\u00e9couvrir que la pand\u00e9mie est bien r\u00e9elle. Force est de constater que l&rsquo;ouvrage d&rsquo;<em>Eleuthera<\/em> a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d&rsquo;une bonne couverture m\u00e9diatique. Bonne mais syst\u00e9matiquement ax\u00e9e sur le fallacieux amalgame. Les titres des papiers suffisent amplement pour se rendre compte de l&rsquo;\u00e9tendue de l&rsquo;affliction\u00a0:<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <span style=\"text-decoration: underline;\">O9 septembre 2012\u00a0:<\/span> La lettura, Corriere della Sera, l&rsquo;anarchico che ispiro Arsenio Lupin par Antonio Carioti<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <span style=\"text-decoration: underline;\">19 septembre 2012\u00a0:<\/span> Il\u00a0 Giornale, Il Robin Hood dell&rsquo;anarchia che ispiro Ars\u00e8ne Lupin par Luca Crovi<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <span style=\"text-decoration: underline;\">18 octobre 2012\u00a0:<\/span> Il Tirreno, Storia dell&rsquo;uomo che ispiro Arsenio Lupin<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <span style=\"text-decoration: underline;\">30 novembre 2012\u00a0:<\/span> Il venerdi, supplemento de La republica, Rubare per l&rsquo;anarchia, \u00ab\u00a0Sulla tomba di Alexandre Marius Jacob c&rsquo;\u00e8 scritto che protebbe essere stato Arsenio Lupin\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Valerio Evangelisti dans le tr\u00e8s populaire site <em>Carmilla on line<\/em> va plus loin le 28 d\u00e9cembre. Le romancier, n\u00e9 \u00e0 Bologne en 1952, signale dans son papier qu&rsquo;il avait d\u00e9j\u00e0 commis un article sur Alexandre Jacob. Le 02 juin 2004, \u00e0 l&rsquo;occasion de la r\u00e9\u00e9dition des <em>Ecrits<\/em> de l&rsquo;honn\u00eate cambrioleur chez<em> L&rsquo;Insomniaque<\/em>, il affirmait hautement qu&rsquo;<em>Ars\u00e8ne Lupin \u00e9tait de retour<\/em> (toujours dans le m\u00eame site). Nous comprenons ais\u00e9ment pourquoi cet amateur \u00e9m\u00e9rite de science-fiction \u00e9met l&rsquo;hypoth\u00e8se de l&rsquo;inutilit\u00e9 d&rsquo;une annexe dans <em>Rubare per l&rsquo;anarchia<\/em> d\u00e9montrant, si besoin est, que la comparaison entre le r\u00e9el et l&rsquo;imaginaire ne fait que troubler la compr\u00e9hension d&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne historique, l&rsquo;ill\u00e9galisme, dont<em> Jean Maitron<\/em> dans son <em>Histoire du mouvement anarchiste fran\u00e7ais<\/em> disait de Jacob qu\u00a0\u00bbil en \u00e9tait le cas t\u00e9moin. Autrement dit, parler d&rsquo;Ars\u00e8ne Lupin revient \u00e0 faire de Jacob un aventurier certes plus extraordinaire que le commun. Il permet aussi, et c&rsquo;est un fait bien \u00e9tabli, de vendre son ouvrage, son article, son propos plus facilement.<\/p>\n<p>En ce sens, il convenait dans cette annexe de resituer une probl\u00e9matique et une historiographe rendant ardue la compr\u00e9hension d&rsquo;un contexte.<\/p>\n<p>Evangelisti ne devrait ainsi pas prendre pour argent comptant les affabulations et nombreuses erreurs que l&rsquo;on peut trouver dans les biographies pr\u00e9c\u00e9dentes du voleur anarchiste, et en particulier celles commises par feu Bernard Thomas qu&rsquo;il semble pourtant affectionner. Il regrette d&rsquo;ailleurs une esp\u00e8ce d&rsquo;acharnement sur un auteur dont il loue la qualit\u00e9 de la documentation.\u00a0\u00a0 Evangelisti aurait tout de m\u00eame pu s&rsquo;interroger sur les sources utilis\u00e9es par l&rsquo;ancien collaborateur au <em>Canard Encha\u00een\u00e9<\/em> qui avouait en 1998 inventer son r\u00e9cit quand les dites sources venaient \u00e0 manquer. Ce qui est \u00e9tonnant finalement, c&rsquo;est que la critique du <em>Rubare per l&rsquo;anarchia<\/em> provient d&rsquo;un historien de formation. Et si, cela se passe de tout commentaire bien \u00e9videmment, cela enl\u00e8ve aussi la pertinence de la critique \u00e9mise. <em>CQFD\u00a0!<\/em>, comme aurait dit S\u00e9bastien Faure\u00a0; <em>Amen<\/em> <em>!<\/em>, comme Jacob terminait si souvent ses lettres. Le reste c&rsquo;est de la science-fiction.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/books-n39-janvier-2013.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3194\" title=\"Books, n39, janvier 2013\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/books-n39-janvier-2013.jpg\" alt=\"\" width=\"160\" height=\"209\" \/><\/a><strong>Books<\/strong><\/p>\n<p>Livres et id\u00e9e du monde entier<\/p>\n<p><strong>Num\u00e9ro 39 &#8211; Janvier 2013<\/strong><\/p>\n<p><strong>Francophilies<\/strong><\/p>\n<p>Mis en ligne sur www. www.books.fr\/francophilies\/lupin-pas-si-gentleman\/ le jeudi 27 d\u00e9cembre 2012<\/p>\n<p>Num\u00e9ro 39<\/p>\n<p><strong>Lupin, pas si gentleman <\/strong><\/p>\n<p>Le mod\u00e8le du h\u00e9ros de Maurice Leblanc \u00e9tait en r\u00e9alit\u00e9 un r\u00e9volutionnaire. Issu d&rsquo;un milieu populaire de Marseille, initi\u00e9 t\u00f4t aux rigueurs de l&rsquo;existence, il signait ses vols \u00ab Attila \u00bb et reversait 10 % de son butin au mouvement anarchiste. Pendant son proc\u00e8s, il tint t\u00eate \u00e0 ses juges.<\/p>\n<p><strong>Le Livre<\/strong><\/p>\n<p><strong>Alexandre Jacob, l&rsquo;honn\u00eate cambrioleur<\/strong><\/p>\n<p><strong>par Jean-Marc Delpech <\/strong><\/p>\n<p>Atelier cr\u00e9ation libertaire<\/p>\n<p>Juin 1899, casino de Monte-Carlo : d&rsquo;\u00e9l\u00e9gants messieurs et des femmes arborant leurs bijoux se pressent autour de la roulette. Les mises tombent. Le croupier lance la bille lorsque, devant lui, \u00e0 ce moment pr\u00e9cis, un jeune homme aux habits sombres s&rsquo;\u00e9croule sur le sol. Il devient bleu, en proie \u00e0 de violentes convulsions, la bave coule de sa bouche. Pass\u00e9s les premiers instants de surprise, plusieurs personnes dans l&rsquo;assistance lui viennent en aide, les autres s&rsquo;approchent, intrigu\u00e9es. Mais le gar\u00e7on continue de trembler : il est transport\u00e9 chez le m\u00e9decin, o\u00f9 il reprend peu \u00e0 peu ses esprits. Dans l&rsquo;intervalle, quelqu&rsquo;un a profit\u00e9 de la distraction g\u00e9n\u00e9rale pour faire main basse sur les mises pos\u00e9es sur le tapis vert et a fil\u00e9 en douce.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9pileptique pr\u00e9sum\u00e9 jouait la com\u00e9die, laissant son complice profiter de la situation. Le simulateur, la vingtaine \u00e0 peine, n&rsquo;en est qu&rsquo;aux d\u00e9buts de sa foudroyante carri\u00e8re criminelle : en trois ans seulement, il comptabilise 156 coups \u00e0 son actif. Cambrioleur exp\u00e9riment\u00e9, inventeur de crochets \u00e0 coffre-fort sophistiqu\u00e9s, extr\u00eamement dou\u00e9 pour le d\u00e9guisement, bonimenteur brillant, il peut compter sur le soutien du mouvement anarchiste, auquel il reverse 10 % du butin. Sur sa tombe, au cimeti\u00e8re de Reuilly, un village de deux mille habitants dans le centre de la France, il est inscrit : \u00ab Ici repose Alexandre Marius Jacob, peut-\u00eatre Ars\u00e8ne Lupin. \u00bb En effet, le premier r\u00e9cit de Maurice Leblanc sur les aventures du c\u00e9l\u00e8bre gentleman cambrioleur para\u00eet en juillet 1905, soit quelques mois seulement apr\u00e8s le retentissant proc\u00e8s de Jacob. Et il ne fait aucun doute que le cr\u00e9ateur de Lupin connaissait le critique litt\u00e9raire Georges Pioch, d\u00e9fenseur acharn\u00e9 et compagnon de foi du malfaiteur anarchiste. Une simple co\u00efncidence ?<\/p>\n<p>Pour ceux qui regardaient la t\u00e9l\u00e9vision dans les ann\u00e9es 1970, Lupin a le sourire ironique et les belles mani\u00e8res de Georges Descri\u00e8res, qui en interpr\u00e9ta le r\u00f4le dans une s\u00e9rie populaire de vingt-six \u00e9pisodes. La g\u00e9n\u00e9ration qui a grandi avec les dessins anim\u00e9s japonais est quant \u00e0 elle plus famili\u00e8re de Lupin III, cens\u00e9 \u00eatre le petit-fils du malfaiteur fran\u00e7ais, escroc d\u00e9sinvolte et coureur de jupons imagin\u00e9 par l&rsquo;auteur de mangas Monkey Punch. La r\u00e9cente adaptation cin\u00e9matographique du personnage de Leblanc, r\u00e9alis\u00e9e en 2004 par Jean-Paul Salom\u00e9, n&rsquo;a pas eu, en revanche, beaucoup de succ\u00e8s. Chacune de ces d\u00e9clinaisons est cependant rest\u00e9e fid\u00e8le au Lupin du classique litt\u00e9raire : un bourgeois fr\u00e9quentant la haute soci\u00e9t\u00e9, dont il partage les habitudes tout comme, au fond, certaines valeurs, volant en g\u00e9n\u00e9ral des individus arrogants et malhonn\u00eates. Leblanc \u00e9tait lui-m\u00eame, d&rsquo;ailleurs, fils d&rsquo;un industriel normand.<\/p>\n<p>Alexandre Jacob, comme le souligne son biographe Jean-Marc Delpech dans son <em>Portrait d&rsquo;un anarchiste<\/em>, vit dans un autre monde. N\u00e9 en 1879, fils d&rsquo;un boulanger qui finira par sombrer dans l&rsquo;alcool, il grandit dans les quartiers populaires de Marseille et n&rsquo;a que 11 ans lorsqu&rsquo;il s&#8217;embarque comme mousse, apprenant \u00e0 sentir dans sa chair la duret\u00e9 de la vie \u00e0 bord. Il navigue dans les eaux d&rsquo;Afrique et d&rsquo;Asie, jusqu&rsquo;au Pacifique. Initi\u00e9 au sexe par des passag\u00e8res d\u00e9complex\u00e9es, il ne laisse pas pour autant d&rsquo;\u00eatre l&rsquo;objet des attentions des marins adultes. Il d\u00e9serte la mer \u00e0 la fin de l&rsquo;ann\u00e9e 1897, affaibli par les fi\u00e8vres contract\u00e9es lors de ses voyages. \u00ab\u2009J&rsquo;ai vu le monde et il n&rsquo;\u00e9tait pas beau \u00bb, dira-t-il plus tard de cette p\u00e9riode de son adolescence.<\/p>\n<p>M\u00eame lorsqu&rsquo;il deviendra, en 1901, le prince des cambrioleurs, le danger qui menace chaque coffre-fort et chaque demeure bourgeoise, le jeune Marseillais m\u00e8nera une vie modeste, peut-\u00eatre pour ne pas se faire remarquer. Il reste un homme du peuple, aux antipodes de la sophistication d&rsquo;un Ars\u00e8ne Lupin, bien que sa bande, les Travailleurs de la Nuit, suive des principes d&rsquo;efficacit\u00e9 dignes d&rsquo;une entreprise capitaliste ; il arrive m\u00eame, raconte Delpech, qu&rsquo;il soit consult\u00e9 par la c\u00e9l\u00e8bre compagnie d&rsquo;assurance londonienne Lloyd&rsquo;s, en tant qu&rsquo;\u2009\u00ab\u2009expert en vols avec effraction\u2009\u00bb.<\/p>\n<p>Jacob et Lupin partagent toutefois le m\u00eame go\u00fbt pour le d\u00e9fi et la raillerie. Le h\u00e9ros de Leblanc laisse toujours une ironique carte de visite sur les lieux du crime, tandis que l&rsquo;anarchiste marseillais signe \u00ab Attila \u00bb ses messages sarcastiques, parfois m\u00eame blasph\u00e9matoires. Ainsi, en 1902, apr\u00e8s avoir saccag\u00e9 une \u00e9glise, il d\u00e9posa sur le tabernacle enti\u00e8rement vid\u00e9, le mot suivant : \u00ab Oh Dieu tout-puissant, cherche ton calice. \u00bb Une marque d&rsquo;hostilit\u00e9 envers la religion et les institutions traditionnelles totalement absente chez Lupin.<\/p>\n<p>Nos deux audacieux d\u00e9linquants sont d&rsquo;ailleurs absolument oppos\u00e9s en politique. Si Ars\u00e8ne fait montre de tendances philanthropiques, il ne remet pas en cause l&rsquo;ordre social et manifeste des sentiments patriotiques. La premi\u00e8re fois qu&rsquo;Alexandre Marius est envoy\u00e9 en prison, c&rsquo;est en 1897, condamn\u00e9 pour son activisme anarchiste. Le fait d&rsquo;\u00eatre catalogu\u00e9 comme un subversif que personne ne veut embaucher contribuera \u00e0 le pousser sur la voie du crime. \u00ab\u2009J&rsquo;ai pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00eatre voleur que vol\u00e9\u2009\u00bb, d\u00e9clare-t-il devant les juges, d\u00e9non\u00e7ant l&rsquo;exploitation du prol\u00e9tariat. Jacob est autant un malfaiteur qu&rsquo;un r\u00e9volutionnaire, ce qui, par bien des aspects, peut tourner \u00e0 son avantage : c&rsquo;est par exemple gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;un infirmier anarchiste qu&rsquo;il parvient \u00e0 s&rsquo;enfuir de l&rsquo;asile o\u00f9 il avait r\u00e9ussi \u00e0 se faire interner au lendemain de sa deuxi\u00e8me arrestation, en se faisant passer pour un d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9. Nous pouvons donc en conclure que, tout en s&rsquo;inspirant des aventures de Jacob, Leblanc a ensuite fabriqu\u00e9 Lupin \u00e0 partir d&rsquo;autres ingr\u00e9dients, plus en affinit\u00e9 avec sa sensibilit\u00e9 personnelle et avec celle de ses potentiels lecteurs. L&rsquo;anarchiste marseillais retourne en prison en 1903 apr\u00e8s un vol qui a mal tourn\u00e9 : lui et sa poign\u00e9e de complices se sortent d&rsquo;une fusillade avec deux policiers, dont l&rsquo;un est tu\u00e9 ; mais, pendant la fuite, Jacob est reconnu par un ouvrier, l&rsquo;un de ceux pour qui, paradoxalement, il d\u00e9clare se battre. \u00ab C&rsquo;est mon Waterloo \u00bb, dira-t-il. Un papier mentionnant son domicile parisien, retrouv\u00e9 sur l&rsquo;un de ses complices, permet de d\u00e9manteler toute la bande, qui sera jug\u00e9e en groupe (vingt-trois accus\u00e9s) en mars 1905 \u00e0 Amiens, occup\u00e9e en masse par la police et m\u00eame par l&rsquo;arm\u00e9e.<\/p>\n<p>Le chef des Travailleurs de la Nuit y r\u00e9v\u00e8le son \u00e9toffe de leader politique, tenant t\u00eate aux magistrats avec ruse et vigueur. Dans le m\u00eame temps, la presse anarchiste, financ\u00e9e en partie par le fruit de ses activit\u00e9s ill\u00e9gales, le c\u00e9l\u00e8bre et menace les jur\u00e9s. Un sc\u00e9nario qui rappelle les proc\u00e8s des Brigades rouges : Gabrielle Damiens, dont les aveux ont permis de coincer la bande, une \u00ab repentie \u00bb en quelque sorte, est retrouv\u00e9e morte peu apr\u00e8s la cl\u00f4ture de l&rsquo;instruction.<\/p>\n<p>La justice bourgeoise finit cependant par triompher. Jacob est condamn\u00e9 aux travaux forc\u00e9s \u00e0 vie et passe presque vingt ans au bagne en Guyane, o\u00f9 les d\u00e9tenus, soumis \u00e0 des efforts surhumains et au climat insalubre, tombent comme des mouches. Lui, pourtant, survit, contrairement aux autres Travailleurs de la Nuit qui finissent tous leurs jours dans cet enfer. En 1925, il rentre en France, soutenu par une campagne de presse, et est lib\u00e9r\u00e9 en 1927.<\/p>\n<p>Il ne commet plus aucun d\u00e9lit et travaille comme vendeur ambulant, mais reste fid\u00e8le au credo anarchiste. L&rsquo;\u00c9tat est toujours son pire ennemi, non plus sous les habits de la police, mais sous ceux du fisc. En 1954, encore vaillant, il d\u00e9cide de se suicider avant que ses forces ne le quittent. Au retour d&rsquo;une petite f\u00eate, il s&rsquo;injecte une dose l\u00e9tale de morphine. Et laisse une lettre dans laquelle il d\u00e9clare mourir \u00ab le sourire aux l\u00e8vres et la paix dans le c\u0153ur \u00bb. Il ajoute en post-scriptum : \u00ab Je vous laisse deux litres de vin ros\u00e9. Trinquez \u00e0 ma sant\u00e9. \u00bb Une fa\u00e7on de prendre cong\u00e9 digne d&rsquo;Ars\u00e8ne Lupin.<\/p>\n<p><strong>Cet article est paru dans le <em>Corriere della Sera<\/em> le 9 septembre 2012. Il a \u00e9t\u00e9 traduit par Ma\u00efra Muchnik.<\/strong><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/antonio-cariotti.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3195\" title=\"Antonio Cariotti\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/antonio-cariotti.jpg\" alt=\"\" width=\"80\" height=\"64\" \/><\/a><strong>L&rsquo;auteur de l&rsquo;article<\/strong><\/p>\n<p><strong>Antonio Carioti<\/strong><\/p>\n<p>Journaliste culturel, Antonio Carioti collabore aux pages litt\u00e9raires du <em>Corriere della Sera<\/em>. Il est l&rsquo;auteur de plusieurs ouvrages, dont : \u00ab Br\u00e8ve histoire du pr\u00e9sidentialisme italien \u00bb (1997), \u00ab Maudits actionnaires \u00bb (2001) et \u00ab La jeunesse neofasciste et le projet de la \u00ab\u00a0grande droite\u00a0\u00bb \u00bb (2011).<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/carmilla-on-line.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3196\" title=\"Carmilla on line\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/carmilla-on-line-300x49.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"49\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/carmilla-on-line-300x49.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/carmilla-on-line.jpg 457w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><strong>Valerio Evangelisti<\/strong><\/p>\n<p><strong>Carmilla on line<\/strong><\/p>\n<p>http:\/\/www.carmillaonline.com\/archives\/2012\/12\/004578.html#004578<\/p>\n<p>28 d\u00e9cembre 2012<\/p>\n<p><strong>Jean-Marc Delpech, <em>Rubare per l&rsquo;anarchia. <\/em><\/strong><strong><em>Alexandre Marius Jacob, ovvero la singolare guerra di classe di un sovversivo della Belle Epoque<\/em><\/strong><strong>, ed. El\u00e8uthera, 2012, pp. 162, \u20ac 14,00.<\/strong><\/p>\n<p>Di Alexandre Marius Jacob mi sono gi\u00e0 occupato in un precedente articolo, incentrato in gran parte sulla controversa questione di Jacob quale ispiratore di Ars\u00e8ne Lupin, il leggendario <em>gentleman-cambrioleur<\/em> creato da Maurice Leblanc. Ora El\u00e8uthera propone un saggio che, pur dedicando a tale faccenda di dubbio rilievo un intero capitolo (in appendice), si concentra piuttosto sul contesto ideologico in cui il \u00ab\u00a0caso Jacob\u00a0\u00bb va inquadrato.<br \/>\nRicordo che Alexandre Marius Jacob, scassinatore geniale, anima di una banda anarchica che si autodenomin\u00f2 <em>Les Travailleurs de la Nuit<\/em> (\u00ab\u00a0I lavoratori della notte\u00a0\u00bb), port\u00f2 a termine, ai primi del \u2018900, una quantit\u00e0 impressionante di furti e rapine un po&rsquo; in tutta la Francia. A differenza della successiva \u00ab\u00a0banda Bonnot\u00a0\u00bb evit\u00f2 il pi\u00f9 possibile di spargere sangue, salvo qualche sporadico caso sostanzialmente di autodifesa.<\/p>\n<p>Arrestato nel 1905, pronunci\u00f2 davanti ai giudici una requisitoria memorabile. Fu inviato nella colonia penale della Guyana, dove rimase fino al 1927. Da allora camp\u00f2 come venditore ambulante e scrisse moltissimi articoli per la stampa anarchica, oggi raccolti in due tomi voluminosi. Sentendosi privo di forze, si suicid\u00f2 nel 1954. Lasci\u00f2 a chi avesse trovato il suo corpo due bottiglioni di vino rosso, da bere alla sua salute. Aveva 75 anni.<br \/>\nLa vicenda di Jacob, come anche quella pi\u00f9 truculenta di Bonnot, si inquadra nel filone dell&rsquo;anarchismo \u00ab\u00a0illegalista\u00a0\u00bb, fiorito soprattutto in Francia (meno in altri paesi, tra cui l&rsquo;Italia) tra gli ultimi anni del XIX secolo e i primi del XX, con appendici che si prolungano fino ai giorni nostri. La tesi di fondo era nitida: se la borghesia ti deruba, tu sei legittimato a derubare la borghesia, e a riappropriarti di quote della ricchezza che ti hanno tolto. Qualcosa di simile agli \u00ab\u00a0espropri proletari\u00a0\u00bb avvenuti in Italia nel 1977 e dintorni, e in Spagna l&rsquo;anno scorso.<br \/>\nL&rsquo;illegalismo viene normalmente ricondotto all&rsquo;anarchismo individualista che si ispirava a Stirner, a Nietzsche, a Zo d&rsquo;Axa, a Emile Armand, ad Albert Libertad, ad Andr\u00e9 Lorulot, ma non \u00e8 sempre vero. La parte di bottino che Jacob destinava all&rsquo;azione politica andava, nei suoi begli anni, al giornale \u00ab\u00a0Le Libertaire\u00a0\u00bb di S\u00e9bastien Faure, che non era n\u00e9 individualista n\u00e9 illegalista. Non c&rsquo;\u00e8 traccia di individualismo, a mio giudizio, negli scritti o nelle azioni del pi\u00f9 famoso ladro di quegli anni. Rubare era anzitutto strumentale al finanziamento di un movimento che si batteva per l&rsquo;uguaglianza. E poi era egualitario in s\u00e9, purch\u00e9 si colpissero gli obiettivi giusti: padroni e parassiti.<br \/>\nIl libro di Delpech racconta assai correttamente e con scorrevolezza la complicata vicenda. Avrei due sole obiezioni.<br \/>\nDelpech sembra avercela con il libro del compianto Bernard Thomas <em>Jacob Alexandre Marius<\/em>, Edizioni Anarchismo, 1989. Lo denigra ogni volta che pu\u00f2. Non capisco perch\u00e9. Thomas avrebbe romanzato la vita di Jacob e ne avrebbe oscurato gli aspetti \u00ab\u00a0politici\u00a0\u00bb. Non \u00e8 affatto vero! Leggere per credere. Thomas avr\u00e0 romanzato un pochino, per\u00f2 la sua ricostruzione \u00e8 rigorosa e dettagliata, molto pi\u00f9 di quella del suo \u00ab\u00a0rivale\u00a0\u00bb. Una ristampa si imporrebbe.<br \/>\nSeconda obiezione: Delpech spreca pagine per dire che Jacob non sarebbe stato fonte di ispirazione per Maurice Leblanc. Gioco facile, visto che Ars\u00e8ne Lupin \u00e8 un nazionalista arrabbiato, e Leblanc era un repubblicano all&rsquo;acqua di rose. Per\u00f2 Delpech dimostra, credo per la prima volta, che Leblanc conosceva le imprese di Jacob prima ancora del processo (circostanza negata da vari commentatori, tra cui il nostro Oreste Del Buono). D\u00e0 quindi fondamento alla tesi che vorrebbe negare.<br \/>\nMa che importa? Jacob \u00e8 personaggio superiore a queste quisquilie. E, si concordi o meno con le scelte del <em>cambrioleur<\/em> non sempre <em>gentleman<\/em>, il libro di Delpech va letto. Restituisce il ritratto di una grande personalit\u00e0. Rimasta tale anche al momento del suicidio, trasformato in uscita di scena quasi festosa e popolaresca, carica di profonda dignit\u00e0.<\/p>\n<p><!--[if gte mso 9]><xml> Normal   0         21         false   false   false      FR   X-NONE   X-NONE <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 9]><xml> <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 10]>\n\n\n<style>\n \/* Style Definitions *\/\n table.MsoNormalTable\n\t{mso-style-name:\"Tableau Normal\";\n\tmso-tstyle-rowband-size:0;\n\tmso-tstyle-colband-size:0;\n\tmso-style-noshow:yes;\n\tmso-style-priority:99;\n\tmso-style-parent:\"\";\n\tmso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;\n\tmso-para-margin-top:0cm;\n\tmso-para-margin-right:0cm;\n\tmso-para-margin-bottom:10.0pt;\n\tmso-para-margin-left:0cm;\n\tline-height:115%;\n\tmso-pagination:widow-orphan;\n\tfont-size:11.0pt;\n\tfont-family:\"Calibri\",\"sans-serif\";\n\tmso-ascii-font-family:Calibri;\n\tmso-ascii-theme-font:minor-latin;\n\tmso-hansi-font-family:Calibri;\n\tmso-hansi-theme-font:minor-latin;\n\tmso-fareast-language:EN-US;}\n<\/style>\n\n<![endif]--><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sur son site internet aussi bien que dans sa version papier, Books, comme son nom ne l&rsquo;indique pas est un magazine litt\u00e9raire fran\u00e7ais cherchant l&rsquo;originalit\u00e9 depuis d\u00e9cembre 2008. 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