{"id":3171,"date":"2013-01-13T01:10:53","date_gmt":"2013-01-12T23:10:53","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=3171"},"modified":"2013-01-13T08:29:08","modified_gmt":"2013-01-13T06:29:08","slug":"yegg-vu-par","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2013\/01\/yegg-vu-par\/","title":{"rendered":"Yegg vu par &#8230; Alexandre Cl\u00e9ment"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/yegg-1.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2974\" title=\"Jack Black, YeggLes fondeurs de briques, 2008\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/yegg-1-204x300.jpg\" alt=\"\" width=\"84\" height=\"125\" \/><\/a><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/alexandre-clement.jpeg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2692\" title=\"Alexandre Cl\u00e9ment\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/alexandre-clement.jpeg\" alt=\"\" width=\"99\" height=\"123\" \/><\/a>Nous avons mis en lien le blog d&rsquo;Alexandre Cl\u00e9ment dans la rubrique \u00ab\u00a0<em>Copinage mais pas que \u00e7\u00e0<\/em> \u00bb d&rsquo;abord, parce qu&rsquo;il entretient une vision de l&rsquo;honn\u00eate cambrioleur que nous partageons amplement\u00a0; ensuite, parce que ses chroniques et notes de lecture sur tout ce qui est \u00ab\u00a0noir\u00a0\u00bb peuvent \u00e9clairer notre propos. Le lundi 24 d\u00e9cembre dernier, il mettait en ligne son point de vue sur le livre de Jack Black, Yegg, paru aux Fondeurs de briques en 2008. L&rsquo;analyse, fouill\u00e9e et largement document\u00e9e, permet alors un rapprochement critique avec Jacob. Rapprochement\u00a0? Rien n&rsquo;est moins s\u00fbr. Le voleur \u00e9tasunien rapine en effet pour son seul profit tandis que l&rsquo;ill\u00e9galiste fran\u00e7ais justifie ses rapines au nom de l&rsquo;anarchie et redistribue aux \u00ab\u00a0\u0153uvres\u00a0\u00bb. Les deux s&rsquo;inscrivent pourtant dans une p\u00e9riode chronologique proche.<\/p>\n<p><strong>Alexandre Cl\u00e9ment<\/strong>, lundi 24 d\u00e9cembre 2012<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/alexandre.clement.over-blog.com\/article-yegg-jack-black-les-fondeurs-de-briques-2008-113750791.html\"><strong>Yegg, Jack Black, Les fondeurs de briques, 2008 <\/strong><\/a><\/p>\n<p>Publi\u00e9 aux Etats-Unis en 1926, puis en France en 1932 chez Gallimar, <em>You Can&rsquo;t win<\/em> est un livre culte comme on dit. Il a \u00e9t\u00e9 republi\u00e9 constamment. <em>Les fondeurs de briques<\/em> ont republi\u00e9 l&rsquo;ouvrage dans une nouvelle traduction de Jeanne Toulouse augment\u00e9e d&rsquo;un texte \u00a0<em>Qu&rsquo;est-ce qui cloche chez les honn\u00eates gens\u00a0?<\/em> issu de <em>Harper&rsquo;s magazine.<\/em><\/p>\n<p>J&rsquo;en ai entendu parler assez souvent, puis c&rsquo;est une chronique \u00a0int\u00e9ressante de Jean-Marc Delpech sur son blog <a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/\">http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/<\/a> qui m&rsquo;a pouss\u00e9 a enfin lire cet ouvrage. Il avait fait le rapprochement entre Alexandre Jacob et Jack Black. Et comme j&rsquo;aime beaucoup Jacob&#8230;<!--more--><\/p>\n<p>D&rsquo;apr\u00e8s ce qu&rsquo;on croit savoir Jack Black &#8211; mais s&rsquo;appelait-il bien Jack Black\u00a0? &#8211; serait n\u00e9 en 1871 et se serait suicid\u00e9 en 1932 en se noyant dans l&rsquo;Hudson. Entre temps il a tout connu. Trente ans de gal\u00e8re, de d\u00e9rives, de casses, dont quinze pass\u00e9es dans diff\u00e9rentes prisons. Ensuite il prit un boulot de biblioth\u00e9caire \u00e0 San-Francisco. Et puis il r\u00e9digea <em>You can&rsquo;t win<\/em> qui fut un \u00e9norme best-seller et donna de nombreuses conf\u00e9rences dans tous les Etats-Unis.<\/p>\n<p>Les raisons de son succ\u00e8s sont multiples et vari\u00e9es. Il y a d&rsquo;abord le fait que c&rsquo;est un livre d&rsquo;aventures avec des personnages singuliers qui se renouvellent tout le temps. Des hobos, des criminels plus ou moins importants, des pauvres gens, des Chinois qui lui font fumer de l&rsquo;opium, etc. Il y a des bagarres des coups de feu, des poursuites. La vie de Jack Black s&rsquo;\u00e9coule entre la Guerre de S\u00e9cession et l&rsquo;explosion urbaine des Etats-Unis. On est entre deux mondes\u00a0: d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 le western avec totue la brutalit\u00e9 qui va avec, et de l&rsquo;autre la modernit\u00e9 apport\u00e9e par l&rsquo;industrie et les\u00a0 chemins de fer. Tout ce qui fait les bons films d&rsquo;aventure, et d&rsquo;ailleurs il devrait finir par \u00eatre le sujet d&rsquo;un film de t\u00e9l\u00e9vision pour HBO avec Michael Pitt dans le r\u00f4le de Jack Black et dont le sc\u00e9nario serait de Barry Gilfford.<\/p>\n<p>Par tous ces aspects, il ressemble donc \u00e0 d&rsquo;innombrables romans am\u00e9ricains qui ont form\u00e9 une litt\u00e9rature populaire bien vivante\u00a0: les politiciens, les juges et les policiers sont totalement corrompus et d\u00e9j\u00e0 l&rsquo;Am\u00e9rique est rong\u00e9e par le cancer de l&rsquo;argent. Nous sommes aux racines de la violence de la soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine. Tout est violence, on ne se gratte pas pour lyncher un bandit, mais les bandits n&rsquo;ont pas d&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;\u00e2me non plus pour tuer. Quant aux gardiens de prison, ils repr\u00e9sentent la quintessence de la m\u00e9chancet\u00e9.<\/p>\n<p>Mais il y a bien autre chose. D&rsquo;abord le fait que William Burroughs l&rsquo;ai pris comme exemple d&rsquo;une litt\u00e9rature lib\u00e9r\u00e9e n&rsquo;est pas innocent, comme il fut aussi une r\u00e9f\u00e9rence pour Jack Kerouac. C&rsquo;est qu&rsquo;en effet Jack Black est port\u00e9 au devant des turpitudes qui le m\u00e8nent \u00e0 la d\u00e9ch\u00e9ance, par un amour immod\u00e9r\u00e9 de la libert\u00e9. Cette libert\u00e9 passe avant toute justification morale. Il ne se pr\u00e9occupe gu\u00e8re de justifier ou m\u00eame d&rsquo;expliquer ses tendances criminelles autrement que par le go\u00fbt de la libert\u00e9. Et c&rsquo;est probablement \u00e7a qui fascine chez les bandits, cet amour de la libert\u00e9, m\u00eame si celle-ci prend souvent des chemins plus que tortueux. Le terrain de jeu de Jack Black, c&rsquo;est toute l&rsquo;Am\u00e9rique du Nord, de San-Francisco jusqu&rsquo;au Canada, il passe les fronti\u00e8res, retrouve des amis. La seule ville qu&rsquo;il \u00e9vite est New-York qu&rsquo;il \u00e9vite \u00e0 cause de sa trop grande corruption et de sa mise en coupe r\u00e9gl\u00e9e par les gangs.<\/p>\n<p>En quelque sorte c&rsquo;est une apologie du banditisme\u00a0: \u00e0 comme c&rsquo;est plus int\u00e9ressant de courir les routes \u00e0 la recherche d&rsquo;un mauvais coup \u00e0 faire, plut\u00f4t que de chercher \u00e0 s&rsquo;enrichir\u00a0! Car Black est un ennemi de la propri\u00e9t\u00e9. Il signale\u00a0 plusieurs fois qu&rsquo;il a eu l&rsquo;opportunit\u00e9 de gagner beaucoup d&rsquo;argent et d&rsquo;accumuler des titres fonciers, mais qu&rsquo;il a choisi de ne pas le faire. Et d&rsquo;ailleurs l&rsquo;argent qu&rsquo;il a gagn\u00e9 malhonn\u00e8tement, il l&rsquo;a bu, d\u00e9pens\u00e9 dans des fumeries d&rsquo;opium, il lui a br\u00fbl\u00e9 les doigts.<\/p>\n<p>Pourtant la vie de \u00ab\u00a0yegg\u00a0\u00bb n&rsquo;est pas des plus faciles\u00a0:<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0 En vingts, pourvu qu&rsquo;il soit un tant soit peu \u00e0 son affaire, un hommepeut gagner son ind\u00e9pendance financi\u00e8re. Un m\u00e9canicien journalier gagne davantage en vingt ans qu&rsquo;un voleur de premi\u00e8re classe en toute une vie. Au bout du compte, il a un foyer, une famille et un peu d&rsquo;argent \u00e0 la banque, tandis que le voleur le plus sobre, le plus travailleur et le plus acharn\u00e9 peut s&rsquo;estimer heuereux s&rsquo;il a encore sa libert\u00e9. Il est trop vieux pour apprendre un m\u00e9tier, trop us\u00e9 par la prison pour supporter les travaux de force. Personne ne veut lui donner du travail. Hant\u00e9 par la prison, il ne veut plus prendre de gros risques, se contente de petits larcins et passe le reste de sa vie \u00e0 \u00e0 purger de courtes peines\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p>Mais il n&rsquo;est pas question de mythifier les bandits. C&rsquo;est pour Jack Black un m\u00e9tier dans lequel il y a des bons et des mauvais ouvriers. Curieusement il d\u00e9nonce les bandits qui ne sont pas tr\u00e8s cr\u00e9atifs, qui \u00a0sont fain\u00e9ants. Il y a ceux qui ont un certain sens de l&rsquo;honneur, et ceux qui ne valent pas un clou, comme dans toutes les autres couches de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;ensemble ils ne sont pas vraiment riches, et ils ne cherchent pas \u00e0 le devenir, Jack Black n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 un grand bandit, m\u00eame s&rsquo;il a beaucoup travaill\u00e9 pour devenir bon dans son m\u00e9tier. D\u00e8s qu&rsquo;ils ont de l&rsquo;argent ils le d\u00e9pensent en buvant ou en jouant dans des conventions qui am\u00e8ne bagarres et meurtres.<\/p>\n<p>L&rsquo;ouvrage est tr\u00e8s bien \u00e9crit et riche en rebondissements de toute sorte. Jack Black cependant parle \u00e0 demi-mot. Il ne met jamais en avant ses relations f\u00e9minines. Tout au plus on apprend que c&rsquo;est Irish Anne avec qui il a eu une liaison qui l&rsquo;a trahi, victime d&rsquo;une crise de jalousie. De la m\u00eame mani\u00e8re, il nous dit qu&rsquo;il a des copains un peu partout dans tout le pays, mais il se pr\u00e9sente le plus souvent comme quelqu&rsquo;un de solitaire. Il ya du Jack London l\u00e0-dedans.<\/p>\n<p>Jean-Marc Delpech fait un rapprochement avec Alexandre Jacob. Ils sont effectivement de la m\u00eame \u00e9poque et se heruetent tous les deux \u00e0 un syst\u00e8me r\u00e9pressif cruel. Ils se suicideront \u00e9galement et ils auront \u00e0 c\u0153ur de mettre noir sur blanc ce qu&rsquo;ils pensent de la soci\u00e9t\u00e9. Mais la comparaison s&rsquo;arr\u00eate l\u00e0. Non seulement ce n&rsquo;est pas le m\u00eame niveau de conscience sociale, mais en outre Jacob ne buvait pas, et s&rsquo;il ne travaillait pas c&rsquo;\u00e9tait simplement parce que le travail dans la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste ne lui plaisait pas, pas du tout parce qu&rsquo;il lui aurait sembl\u00e9 que cette activit\u00e9 le d\u00e9go\u00fbtait. Black lui ne veut pas travailler, et il ne se pose jamais la question de la subversion des formes sociales. Mais s&rsquo;il renoncera \u00e0 voler, apr\u00e8s de nombreuses ann\u00e9es de prison et de mis\u00e8re, ce renoncement vient d&rsquo;une forme d&rsquo;\u00e9ducation\u00a0: il finit par comprendre qu&rsquo;il cause du tort \u00e0 autrui en volant. Il parie sure une r\u00e9forme possible de la soci\u00e9t\u00e9 dans un sens plus humain, am\u00e9lioration qu&rsquo;il croie percevoir dans l&rsquo;\u00e9volution du syst\u00e8me p\u00e9nitentiaire. Assez curieusement, et encore contrairement \u00e0 Jacob, il se livre \u00e0 des calculs \u00ab\u00a0co\u00fbt-avantage\u00a0\u00bb sur son activit\u00e9, ce qui est tr\u00e8s anglo-saxon. Il en d\u00e9duit que son activit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 mis\u00e9rable &#8211; comptge tenu des frais d&rsquo;avocat, de prison et autre &#8211; et qu&rsquo;il eut pu gagner bien plus en travaillant honn\u00eatement.<\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">Extrait <\/span><\/strong><\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0&#8230; l&rsquo;id\u00e9e de travailler m&rsquo;\u00e9tait aussi \u00e9trang\u00e8re que l&rsquo;id\u00e9e de comabrioler le serait \u00e0 un plombier ou un imprimeur install\u00e9 depuis dix ans. Je n&rsquo;\u00e9tais ni paresseux ni indolent. Je savais qu&rsquo;il existait des moyens plus s\u00fbrs et plus simples de gagner sa vie mais c&rsquo;\u00e9tait ce que faisaient les autres, ces gens que je ne connaissais ni ne comprenais, et pour lesquels je n&rsquo;avais \u00a0pas la moindre curiosit\u00e9. Je ne les traitais pas de \u00ab\u00a0pigeons\u00a0\u00bb ou de \u00ab\u00a0p\u00e9quenauds\u00a0\u00bb sous pr\u00e9texte qu&rsquo;ils travaillaient pour gagner leur vie. Ils repr\u00e9sentaient la socit\u00e9. La soci\u00e9t\u00e9, cela voulait dire la loi, l&rsquo;ordre, la discipline, le ch\u00e2timent. La soci\u00e9t\u00e9 \u00e9tait une machine complexe con\u00e7ue pour me r\u00e9duire en miettes. La soci\u00e9t\u00e9 c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;ennemi. Un mur tr\u00e8s haut nous s\u00e9parait, la soci\u00e9t\u00e9 et moi.\u00a0\u00bb<\/em> p. 335.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nous avons mis en lien le blog d&rsquo;Alexandre Cl\u00e9ment dans la rubrique \u00ab\u00a0Copinage mais pas que \u00e7\u00e0 \u00bb d&rsquo;abord, parce qu&rsquo;il entretient une vision de l&rsquo;honn\u00eate cambrioleur que nous partageons amplement\u00a0; ensuite, parce que ses chroniques et notes de lecture sur tout ce qui est \u00ab\u00a0noir\u00a0\u00bb peuvent \u00e9clairer notre propos. 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