{"id":317,"date":"2008-05-18T16:46:18","date_gmt":"2008-05-18T14:46:18","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=317"},"modified":"2020-04-26T08:41:27","modified_gmt":"2020-04-26T06:41:27","slug":"l%e2%80%99homme-de-sautarel","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2008\/05\/l%e2%80%99homme-de-sautarel\/","title":{"rendered":"L\u2019Homme de Sautarel"},"content":{"rendered":"<p class=\"MsoNormal\"><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/evolution-de-lhomme.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-318\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/evolution-de-lhomme-300x229.jpg\" alt=\"Evolution de l\\'homme\" width=\"280\" height=\"217\" \/><\/a> A l\u2019image du <em>Pourquoi j\u2019ai cambriol\u00e9\u00a0?<\/em> d\u2019Alexandre Jacob, <em>L\u2019Homme<\/em> de Sautarel pr\u00e9voit et esp\u00e8re, comme lui, un monde meilleur. Le texte du bijoutier, accus\u00e9 de recel et d\u2019association de malfaiteurs, se marque donc par un messianisme r\u00e9volutionnaire \u00e9clatant.<!--more--> Hormis <em>Germinal<\/em> qui le publie dans son n\u00b012, 26 mars \u2013 9 avril 1905, il n&rsquo;existe aucune mention de cette d\u00e9claration de Jacques Sautarel, ni dans la presse ni dans les rapports de police rendant compte de la tenue du proc\u00e8s d\u2019Amiens. A la sortie du journal, le proc\u00e8s est clos depuis quatre jours. C&rsquo;est donc probablement de la prison de Bic\u00eatre qu\u2019il a du pr\u00e9parer son argumentaire, justifiant la pratique du vol et glorifiant l&rsquo;anarchie dans un style ampoul\u00e9, grandiloquent et emphatique. Le bijoutier litt\u00e9rateur cherche ses mots et alterne phrases longues et courtes dans une m\u00e9taphore de l\u2019\u00e9volution humaine, depuis l\u2019apparition de cet \u00eatre sur la terre. Reprenant \u00e0 son compte le \u00ab\u00a0<em>struggle for life<\/em>\u00a0\u00bb de Darwin, il offre une vision d\u00e9iste et \u00e9cologiste des comportements. La nature, ici qualifi\u00e9e de \u00ab\u00a0<em>Grand Tout<\/em>\u00ab\u00a0, organise les soci\u00e9t\u00e9s animales et les civilisations humaines. Mais la raison et le droit \u00e0 l\u2019existence ne peuvent alors que transcender ce principe violent du combat pour la vie qui prive les plus faibles, dans toute soci\u00e9t\u00e9 humaine d\u00e9velopp\u00e9e, de leur libert\u00e9 et de leur capacit\u00e9 d\u2019initiative. La R\u00e9volution de Sautarel n\u2019est finalement pas si diff\u00e9rente de celle de son cod\u00e9tenu Jacob dans la mesure o\u00f9 l\u2019on retrouve chez les deux ce fondement, constructeur et social, qu\u2019est l\u2019homme.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">\n<p class=\"MsoNormal\"><strong>GERMINAL<\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><strong>Du 26 mars au 9 avril 1905,<\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><strong>2<sup>e<\/sup> ann\u00e9e, n\u00b012 <\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><strong>En Une\u00a0: <em>D\u00e9claration de Sautarel<\/em><\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><strong><em>L&rsquo;homme<\/em><\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><em>Depuis toujours, la nature, en enfantant des mondes, les roules dans l&rsquo;\u00e9ther impalpable.<\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><em>L&rsquo;atome, l&rsquo;\u00eatre, 1a n\u00e9buleuse vont se m\u00e9tamorphosant \u00e0 parcourir Ie cycle sans fin qu&rsquo;un dualisme anime, dont il r\u00e9sulte tour \u00e0 tour le chaos et l&rsquo;harmonie aux bornes.<\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><em>Rien n&rsquo;est stable. Il est ais\u00e9 de s&rsquo;en convaincre pour peu qu&rsquo;on s&rsquo;attarde \u00e0 scruter 1a plan\u00e8te qui nous emporte on ne sait o\u00f9. Des plantes press\u00e9es et des b\u00eates en grouillement s\u2019exterminent, avides au festin de la vie. Chacune, d&rsquo;un \u00e9go\u00efsme implacable, en dispute et en emportement qu&rsquo;un manque de nourriture fait na\u00eetre. La lutte est \u00e2pre, f\u00e9roce, sans piti\u00e9. Et c&rsquo;est du sang et de la chair des faibles que les plus f\u00e9roces se repaissent.<\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><em>La joie de vivre ne se caract\u00e9rise que par le meurtre.<\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><em>Chaque esp\u00e8ce use ses propres moyens de d\u00e9fense. La chenille, repue de verdure, succombe dans le bec d&rsquo;une colombe qu&rsquo;\u00e0 son tour un \u00e9pervier d\u00e9chire dans ses serres. Il n&rsquo;y a pas de morale ni de but; il n&rsquo;y a que des actions m\u00eame pour celui qui pense car la pens\u00e9e n&rsquo;est au fond qu&rsquo;une arme de guerre, la plus puissante qui soit. La ruse et la force sont les seuls capables d\u2019assurer la victoire.<\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><em>Aussi tirons-nous quelques orgueils d&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie sur la faune et la flore que l&rsquo;anc\u00eatre nous a l\u00e9gu\u00e9s par l&rsquo;opini\u00e2tret\u00e9 de ses efforts, tirant de son cerveau les pi\u00e8ges les plus redoutables o\u00f9 venaient expirer les proies des for\u00eats g\u00e9antes. C&rsquo;est \u00e0 l\u2019anthropo\u00efde que nous devons le bonheur de baigner le front dans l&rsquo;azur, de sourire au sourire des \u00e9toiles, l&rsquo;oeil gris\u00e9 des magies de l&rsquo;infini.<\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><em>Il serait temps qu&rsquo;on lui reconnaisse le m\u00e9rite d&rsquo;avoir franchi une des \u00e9tapes les plus glorieuses de notre esp\u00e8ce, pour l&rsquo;\u00eatre dress\u00e9 lentement avec t\u00e9m\u00e9rit\u00e9 sur ses pieds, mettant \u00e0 profit des mains libres desquelles ont sorti peu a peu des chefs d\u2019\u0153uvre imp\u00e9rissables.<\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><em>Le voyez-vous sortant de la caserne, unique refuge, debout, encore mal \u00e9quilibr\u00e9, h\u00e9sitant devant l&rsquo;inconnu, une hache de pierre \u00e0 la main, sondant l&rsquo;horizon d&rsquo;un regard d&rsquo;inqui\u00e9tude que dissipe l&rsquo;exquis d\u00e9cor des alentours par ses prouesses d\u00e9peupl\u00e9es et, dans son r\u00e9pit de batailles, enivr\u00e9 des enchantements de la for\u00eat o\u00f9 gazouille la source, \u00e9cho discret des doux murmures, comme il s&rsquo;attarde \u00e0 savourer les aromes flottants, sous les envol\u00e9es des chantres ail\u00e9s sautillant de branche en branche, bient\u00f4t \u00e9bloui par les lumi\u00e8res \u00e9parses et les charmes impr\u00e9cis dont il se sent p\u00e9n\u00e9tr\u00e9, puis sourire \u00e0 sa compagne, \u00e0 ses petits avant de jeter son cri d&rsquo;\u00e9moi ou de triomphe \u00e0 l\u2019immensit\u00e9 ensoleill\u00e9e ?<\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><em>Longtemps la chasse et la p\u00eache suffirent \u00e0 ses besoins de nomades, abandonnant un pays d\u00e8s que manquent les vivres, tant\u00f4t cheminant dans les vallons vierges, souvent juch\u00e9 sur les collines, flairant de quel c\u00f4t\u00e9 abonde la p\u00e2ture pour puiser le courage de recommencer les luttes du lendemain, gros de myst\u00e8res et d&rsquo;angoisses.<\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><em>Apres mures r\u00e9flexions, il sait polir et rendre plus tranchant ses engins de guerre ; l\u2019isolement; un instinct obscur le pousse a se m\u00ealer \u00e0 d&rsquo;autres de sa condition, \u00e0 se grandir de leur appui, \u00e0 se fondre en eux pour instaurer le clan dont les adeptes multipli\u00e9s formeront une race, des races diss\u00e9min\u00e9es entre les deux p\u00f4les, s\u2019excommuniant sans s\u2019expliquer pourquoi mais qu&rsquo;un jour insoup\u00e7onn\u00e9 les m\u00ealera toutes dans un embrasement universel.<\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><em>Poursuivant invincible son odyss\u00e9e fi\u00e9vreuse, la t\u00eate bouillonnante de r\u00eaves, mesurant de ses yeux derri\u00e8re ses pas \u00e0 chaque tournant d&rsquo;histoire le chemin parcouru, les \u00e9chelons du progr\u00e8s, il hal\u00e8te mais ne d\u00e9sesp\u00e8re pas malgr\u00e9 les forces coalis\u00e9es contre lui : le torrent sauvage, la foudre qui cr\u00e8ve le ciel, le cyclone qui d\u00e9truit l&rsquo;obstacle, 1&rsquo;\u00e9pid\u00e9mie qui d\u00e9cime les plus robustes, le volcan qui d\u00e9vore la moisson, la guerre, la maladie, la mort, toutes sortes de fl\u00e9aux sur lui abattus.<\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><em>Enfin, il battit sa chaumi\u00e8re, d\u00e9sormais \u00e0 l\u2019abris des fauves sur les ruines ant\u00e9diluviennes, fouille la mine, en tire du fer, le fond et des outils adroitement forg\u00e9s grattent le sol d\u00e9j\u00e0 ensemenc\u00e9 par des si1lons o\u00f9 s\u2019\u00e9l\u00e8veront les r\u00e9coltes futures sous la protection de C\u00e9r\u00e8s, amoncel\u00e9es dans un coin pour les mauvais jours ; la vache 1ui donne son lait, le mouton la laine qu&rsquo;il tisse, dont il se v\u00eatit.<\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><em>Alors, pourvu de ce surcro\u00eet de bien-\u00eatre sous un ciel cl\u00e9ment, l&rsquo;int\u00e9r\u00eat l\u2019enracine \u00e0 la contr\u00e9e arros\u00e9e de sueurs, adopt\u00e9e comme une patrie id\u00e9ale d&rsquo;ou rayonne la vie pastorale avec sa po\u00e9sie na\u00efve et tendre.<\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><em>Durant de long mois d&rsquo;hiver, barricad\u00e9 dans sa demeure, son esprit s&rsquo;aiguise, \u00e9vertu\u00e9 \u00e0 d\u00e9velopper 1a science. Encore quelques si\u00e8cles et des cit\u00e9s surgissent comme par miracle, orn\u00e9es de monuments \u00e9lev\u00e9s \u00e0 des divinit\u00e9s. Et c&rsquo;est l&rsquo;av\u00e8nement des arts, le culte du beau, de la forme, de la couleur, du monument.<\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><em>Des sculpteurs, des potiers, des musiciens s&rsquo;acharnent \u00e0 la besogne pour embellir le doux s\u00e9jour ainsi que le foyer b\u00e9ni.<\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><em>Outre le choc des passions et le vandalisme des peuplades barbares o\u00f9 p\u00e9rissent les greniers de civilisation, des arr\u00eats subis, bien longs parfois, interrompent sa marche audacieuse sans lueur d&rsquo;espoir mais le destin d\u00e9bonnaire lui a assign\u00e9 un avenir plus noble et le voil\u00e0, haussant par del\u00e0 l&rsquo;atmosph\u00e8re t\u00e9n\u00e9breux o\u00f9 il g\u00e9missait enseveli, le flambeau de la v\u00e9rit\u00e9 confi\u00e9 de main en main aux plus hardis dont le g\u00e9nie est le mieux tremp\u00e9.<\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><em>C&rsquo;est pourquoi le patrimoine des id\u00e9es a surv\u00e9cu quand m\u00eame passant de l&rsquo;Hindou au Perse, de l&rsquo;Egyptien au Grec, puis au Romain pour s&rsquo;accro\u00eetre apr\u00e8s une nuit de dix si\u00e8cles dans cette floraison1umineuse de la Renaissance jusqu&rsquo; \u00e0 \u00e9parpiller sur tous les continents, jusqu&rsquo;\u00e0 doter notre peuple de la R\u00e9volution, accoucheuse des libert\u00e9s, inf1igeant aux rois une le\u00e7on sublime en donnant au pauvre sa place au soleil. C&rsquo;est alors que celui-ci dressera l\u2019\u00e9chine exterminant les ma\u00eetres que b\u00e9n\u00e9volement il s&rsquo;\u00e9tait donn\u00e9.<\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><em>L&rsquo;aphorisme c\u00e9l\u00e8bre \u00abJe pense donc je suis\u00a0\u00bb l&rsquo;a convaincu au point qu&rsquo;il ajoute \u00ab Je suis donc je veux \u00bb. Il a conscience de sa force, de son ambition, de son pouvoir malgr\u00e9 les \u00e9garements de son \u00e2me amoureuse de l\u00e9gendes, de f\u00e9tichisme, d&rsquo;absolu. II fait peau neuve, br\u00fble ce qu&rsquo;il a ador\u00e9, s&rsquo;affine, se purifie d&rsquo;une sensibilit\u00e9 intense, galopant en \u00e9clair des lieues et des lieues pour arracher un \u00e0 un les secrets au minerai, \u00e0 la fleur, au nuage, \u00e0 la vague de l&rsquo;oc\u00e9an tumultueux. C&rsquo;est l&rsquo;humain dou\u00e9 d&rsquo;ubiquit\u00e9, instruit de tout et de tous bien plus en quelques ann\u00e9es qu&rsquo;un contemporain de S\u00e9n\u00e8que en supposant qu&rsquo;il ait v\u00e9cu vingt trois fois plus.<\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><em>Plus rien ne lui sera \u00e9tranger sur le globe, seul domaine lui servant d\u2019asile qu&rsquo;il \u00e9treint comme une sorte d&rsquo;atlas antique dans ses bras formidable et o\u00f9 ses fr\u00e8res rompront avec lui le pain d\u2019amour, \u00e9mus et r\u00e9jouis des douleurs et des joies de chacun. Un vent de justice soul\u00e8ve les foules que le socialisme n\u00e9 d&rsquo;hier universalise.<\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><em>Aussi, fier de l&rsquo;\u00e9quit\u00e9 de ses voeux, de la justesse de ses calculs, de la libert\u00e9 conquise en l&rsquo;arrosant de son sang, s&rsquo;enorgueillit-il de ce tr\u00e9sor d&rsquo;un prix inestimable, quelque peu enclin \u00e0 s\u2019abreuver des poisons subtils de l&rsquo;orgueil. Qu&rsquo;il y prenne garde \u00e0 la venue de ces jours derri\u00e8re lesquels se glissent de cruels revers. Mais non, ne nous alarmons pas sur celui dont le pass\u00e9 est si glorieux.<\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><em>Il n&rsquo;ignore point que sa libert\u00e9 n&rsquo;est pas d&rsquo;essence indestructible, que ses actes ne sont pas de lui mais du Grand Tout qui lui sugg\u00e8re, \u00e0 qui il ob\u00e9it pareil \u00e0 un instrument servile sous la dict\u00e9e imp\u00e9rieuse des forces cosmiques, que sa volont\u00e9 est une r\u00e9sultante des circonstances, du milieu et des h\u00e9r\u00e9dit\u00e9s, toujours agissantes dans ses nerfs en branle.<\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><em>Pour certains, agir et r\u00e9agir, c\u2019est \u00eatre libre. Volontiers mais quelle libert\u00e9, si minuscule, si \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, et de plus d\u00e9termin\u00e9e par l&rsquo;immense nature, cause et fin de toute chose, seule responsable du trouble des coeurs.<\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><em>N&rsquo;est-il pas constitu\u00e9 d&rsquo;un amas d&rsquo;atomes ? Or, si l&rsquo;atome est irresponsable, pourquoi lui ne le serait-il pas ? Que fait l\u2019atome sinon d&rsquo;agir et de r\u00e9agir, m\u00eame par le jeu des affinit\u00e9s \u00e9lectives qu&rsquo;une sorte d&rsquo;amour et d&rsquo;aversion stimule ? II ne peut en r\u00e9sulter que la n\u00e9gation du Code, des Bastilles, des bourreaux suppliciant les indigents et les impulsifs du vice, dont les forfaits ne signifient que l&#8217;empreinte de leur tare. Il n&rsquo;y a pas de coupables, il n&rsquo;y a que des malades.<\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><em>On ne doit pas plus m\u00e9priser les l\u00e9sions de l&rsquo;esprit que celui du corps ; on doit les soigner si possible mais non avec les hideux instruments de torture. On ne doit plus l&rsquo;accuser d&rsquo;\u00eatre sadique, d\u00e9ment ou fripon que d&rsquo;accuser la foudre de tuer. La sagesse pr\u00eache que pr\u00e9venir vaut mieux que combattre.<\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><em>D\u2019abord est-il jamais semblable \u00e0 lui m\u00eame? Le transformisme m&rsquo;autorise \u00e0 opter pour la n\u00e9gative. Incessamment des fluctuations sourdent dans son sein comme dans un vaste univers. Il serait abusif qu&rsquo;on lui fit un crime d&rsquo;une action commise jadis, pour laquelle il se sent \u00e9tranger.<\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><em>Certes, tout commencement suppose une fin ; en cons\u00e9quence, son apog\u00e9e subira un d\u00e9clin, une chute humiliante et peut-\u00eatre redeviendra-t-il le quadrup\u00e8de mendiant au hasard des chemins ce que l&rsquo;intelligence lui faisait extirper. Doit-il d\u00e9sesp\u00e9rer \u00e0 sentir sa d\u00e9ch\u00e9ance ? Nullement. Qu&rsquo;importe si la loi d&rsquo;airain dissipe dans les pr\u00e9cipices de l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 sa trace ainsi que celle des astres ; il n&rsquo;a que faire de ces vicissitudes. Qu&rsquo;il poursuive son lambeau de r\u00eave, son int\u00e9gralit\u00e9, sa chim\u00e8re, car la vie est courte et il est toujours assez t\u00f4t d&rsquo;aller faire la grimace du n\u00e9ant dans une foire puante. Qu&rsquo;il en pense hardiment puisque la fum\u00e9e s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve, l\u2019eau coule, le caillou tombe, la flamme brille, la feuille morte danse un instant avant de choir dans l&rsquo;humus o\u00f9 elle pourrira.<\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><em>Et c&rsquo;est de l\u00e0 que lui viennent tous les ressort de son vouloir, de son h\u00e9ro\u00efsme, de sa bont\u00e9. Esp\u00e9rons qu&rsquo;un jour proche, le s\u00e9jour terrestre ressemblera une Olympe d&rsquo;ou seront bannis les \u00e9gorgements et les vilenies, o\u00f9 le calme, l&rsquo;abondance, la concorde et le bon sens r\u00e8gneront dans une atmosph\u00e8re embaum\u00e9e, pendant que des chants doux et fl\u00fbt\u00e9s tinteront aux oreilles des \u00e91us, pench\u00e9s sur la rose ou l&rsquo;an\u00e9mone, enthousiastes d&rsquo;\u00eatre et d&rsquo;aimer.<\/em><\/p>\n<p><em>Jacques Sautarel<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A l\u2019image du Pourquoi j\u2019ai cambriol\u00e9\u00a0? d\u2019Alexandre Jacob, L\u2019Homme de Sautarel pr\u00e9voit et esp\u00e8re, comme lui, un monde meilleur. 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