{"id":3165,"date":"2013-05-25T01:10:54","date_gmt":"2013-05-24T23:10:54","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=3165"},"modified":"2012-12-31T16:08:26","modified_gmt":"2012-12-31T14:08:26","slug":"duval-1887-je-ne-suis-pas-un-voleur","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2013\/05\/duval-1887-je-ne-suis-pas-un-voleur\/","title":{"rendered":"Duval 1887 : Je ne suis pas un voleur !"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/duval-1.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3166\" title=\"Cl\u00e9ment Duval\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/duval-1.jpg\" alt=\"\" width=\"134\" height=\"200\" \/><\/a>Vol, incendie, tentative d&rsquo;assassinat\u00a0: voil\u00e0 de quoi envoyer son quidam tout droit \u00e0 la guillotine\u00a0! Cl\u00e9ment Duval, serrurier de son \u00e9tat, n\u00e9 le 11 mars 1850 \u00e0 C\u00e9rans Foulletourte dans la Sarthe, en fait la douloureuse exp\u00e9rience. Il justifie ses actes par le droit naturel \u00e0 l&rsquo;existence mais aussi pour les besoins de la propagande. Le 05 octobre 1886, le membre du groupe de la Panth\u00e8re des Batignolles cambriole, rue Montceau \u00e0 Paris, l&rsquo;h\u00f4tel particulier que Mme Herbelin occupe d&rsquo;ordinaire avec sa ni\u00e8ce, artiste peintre, Madeleine Lemaire. La riche demeure, inoccup\u00e9e, est incendi\u00e9e. Le larcin est \u00e9valu\u00e9 \u00e0 environ 15000 francs. Cherchant \u00e0 \u00e9couler les bijoux et l&rsquo;argenterie d\u00e9rob\u00e9s, Duval se fait pincer alors qu&rsquo;il s&rsquo;appr\u00eatait \u00e0 entrer chez le receleur Didier. L&rsquo;agent Rossignol, qui l&rsquo;interpelle \u00ab\u00a0au nom de la loi\u00a0\u00bb est lard\u00e9 de coups de couteau \u00ab\u00a0au nom de la libert\u00e9\u00a0\u00bb.<!--more--><\/p>\n<p>L&rsquo;affaire vient alimenter le d\u00e9bat naissant sur la question de la reprise individuelle. M\u00eame Jean Grave, pourtant r\u00e9tif \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une l\u00e9gitimit\u00e9 du vol, apporte son soutien \u00e0 Duval tout en pr\u00e9cisant que l&rsquo;acte ne vaut que s&rsquo;il est motiv\u00e9 par la n\u00e9cessit\u00e9. Mais l&rsquo;ill\u00e9galiste, emprisonn\u00e9 \u00e0 Mazas, ne cesse de politiser son geste en le faisant sortir du cadre r\u00e9ducteur de l&rsquo;acte de droit commun.<\/p>\n<p>Le 11 janvier 1887, la cour d&rsquo;assises de la Seine acquitte les anarchistes Didier et Houchard, accus\u00e9s de recel et condamne Duval \u00e0 la peine de mort. Les d\u00e9bats ont \u00e9t\u00e9 houleux et, apr\u00e8s la plaidoirie de la d\u00e9fense assur\u00e9e par Me Fernand Labori, Duval demande la parole pour faire une d\u00e9claration. Le pr\u00e9sident B\u00e9rard des Glajeux ordonne son expulsion et l&rsquo;\u00e9vacuation de la salle d&rsquo;audience o\u00f9 sont pr\u00e9sents plusieurs compagnons manifestant bruyamment leur soutien.<\/p>\n<p>La profession de foi anarchiste est publi\u00e9e presque imm\u00e9diatement apr\u00e8s le proc\u00e8s. Elle est tir\u00e9e, signe du formidable retentissement de l&rsquo;affaire, \u00e0 environ 50000 exemplaires sous le titre\u00a0: <em>Le pillage de l&rsquo;h\u00f4tel de la rue Monceau &#8211; L&rsquo;anarchiste Duval devant ses juges &#8211; D\u00e9fense que devait prononcer le compagnon Duval<\/em>. Le vol apparait dans ce texte comme une restitution, une reprise des biens spoli\u00e9s aux prol\u00e9taires dans le cadre de l&rsquo;exploitation capitaliste. C&rsquo;est un v\u00e9ritable r\u00e9quisitoire contre <em>la logique de la soci\u00e9t\u00e9 actuelle<\/em> et dans lequel Cl\u00e9ment Duval inverse les r\u00f4les : <em>Je ne suis pas un voleur mais un justicier<\/em> !<\/p>\n<p>La d\u00e9claration fait date et nombre d&rsquo;ill\u00e9galistes y font implicitement r\u00e9f\u00e9rence lors de leur comparution en cours d&rsquo;assises. Elle inaugure, pour Ren\u00e9 Bianco, dans <em>Cent ans de presse anarchiste<\/em>, une d\u00e9cennie de \u00ab\u00a0d\u00e9fense\u00a0\u00bb pr\u00e9sent\u00e9e par le militant libertaire lui-m\u00eame devant les tribunaux. Les imprim\u00e9s ont alors le plus souvent <em>une forme assez proche d&rsquo;un num\u00e9ro unique de journal (format, prix de vente, etc.)<\/em>.<\/p>\n<p>Graci\u00e9 en f\u00e9vrier par le pr\u00e9sident Jules Gr\u00e9vy, Duval voit sa peine commu\u00e9e en travaux forc\u00e9s \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9. La guillotine s\u00e8che s&rsquo;est substitu\u00e9e \u00e0 la Veuve\u00a0mais au bout de quatorze ann\u00e9es de bagne, le for\u00e7at m\u00b021551 finit par s&rsquo;\u00e9vader et se r\u00e9fugier aux Etats Unis. Il meurt \u00e0 New York le 25 mars 1935.<\/p>\n<p>L&rsquo;essentiel de ses m\u00e9moires a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 en 1991, dans leur version fran\u00e7aise, sous le titre <em>Moi Cl\u00e9ment Duval, bagnard et anarchiste<\/em> (Editions Ouvri\u00e8res, 1991) par Marianne Enckell. Nous pouvons y trouver une version l\u00e9g\u00e8rement diff\u00e9rente de la d\u00e9claration de Duval. C&rsquo;est cette premi\u00e8re variante que nous mettons ici en ligne. Alors que l&rsquo;anarchiste en 1887 affirme qu&rsquo;<em>il y a longtemps que je dis avec Brissot, la propri\u00e9t\u00e9, c&rsquo;est le vol<\/em>, la paternit\u00e9 de l&rsquo;aphorisme est rectifi\u00e9e une centaine d&rsquo;ann\u00e9e plus tard. Le futur r\u00e9volutionnaire girondin avait en effet publi\u00e9 en 1780 une\u00a0<em>Th\u00e9orie des lois criminelles<\/em> o\u00f9 l&rsquo;on peut lire la formule que Proudhon se d\u00e9fendra d&rsquo;avoir plagi\u00e9e en 1840 dans son trait\u00e9 <em>Qu&rsquo;est-ce que la propri\u00e9t\u00e9\u00a0?<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/clement-duval.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2011\" title=\"Cl\u00e9ment Duval\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/clement-duval-266x299.jpg\" alt=\"\" width=\"130\" height=\"147\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/clement-duval-266x299.jpg 266w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/clement-duval.jpg 500w\" sizes=\"(max-width: 130px) 100vw, 130px\" \/><\/a><strong>Le pillage de l&rsquo;h\u00f4tel de la rue Monceau<\/strong><\/p>\n<p><strong>L&rsquo;anarchiste Duval devant ses juges<\/strong><\/p>\n<p><strong>D\u00e9fense que devait prononcer le compagnon Duval<\/strong><\/p>\n<p><strong>5 cts <\/strong><\/p>\n<p>Quoique ne vous reconnaissant pas le droit de me questionner, je vous ai r\u00e9pondu comme accus\u00e9, maintenant, c&rsquo;est en accusateur que je prends la parole\u00a0; je ne pr\u00e9tends pas me d\u00e9fendre, ce qui serait inutile devant des gens aussi bien arm\u00e9s ayant soldats, canons, police et toute une arm\u00e9e de mercenaires qui se font vos supp\u00f4ts. Soyez logiques avec vous-m\u00eames.<\/p>\n<p>Vous \u00eates la force, profitez-en, et s&rsquo;il vous faut encore une t\u00eate d&rsquo;anarchiste, prenez-la, soyez sans crainte, le jour de la liquidation, on vous en tiendra compte\u00a0; j&rsquo;ai le ferme espoir que, ce jour-l\u00e0, les anarchistes seront \u00e0 la hauteur de leur mission et qu&rsquo;ils seront sans piti\u00e9\u00a0; jamais ils n&rsquo;atteindront le nombre de vos victimes.<br \/>\nCe n&rsquo;est pas \u00e0 vous directement que je m&rsquo;adresse, mais \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 enti\u00e8re, cette soci\u00e9t\u00e9 mar\u00e2tre et corrompue, o\u00f9 il y a d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 l&rsquo;orgie, de l&rsquo;autre la mis\u00e8re.<br \/>\nVous m&rsquo;inculpez de vol, comme si un travailleur qui ne poss\u00e8de rien que son intelligence et ses muscles pouvait \u00eatre un voleur\u00a0; non, le vol n&rsquo;existe que dans l&rsquo;exploitation de l&rsquo;homme par l&rsquo;homme, en un mot par ceux qui vivent aux d\u00e9pens de la classe productrice. Ce n&rsquo;est pas un vol que j&rsquo;ai commis, mais une juste restitution faite au nom de l&rsquo;humanit\u00e9 pour servir \u00e0 la propagande r\u00e9volutionnaire \u00e9crite et propagande par le fait.<\/p>\n<p>Je ne voulais pas jouir de cet argent. J&rsquo;aurais voulu (&#8230;) aider \u00e0 faire des journaux, des brochures, d\u00e9montrer la v\u00e9rit\u00e9 au peuple\u00a0; il y a assez longtemps qu&rsquo;on le trompe\u00a0; il y a assez longtemps qu&rsquo;on le vole, lui, l&rsquo;\u00e9ternel vaincu, c&rsquo;est pour cela que j&rsquo;ai cherch\u00e9 le moyen de lui fournir la possibilit\u00e9 de trouver le rem\u00e8de \u00e0\u00a0 ses maux, lui fournir les moyens de s&rsquo;instruire sur les sciences, surtout la science chimique, et pr\u00e9parer ce qu&rsquo;il faut pour la grande et d\u00e9cisive bataille le jour o\u00f9 il sortira de sa torpeur et de son avachissement. Il est temps que cette machination diabolique du vieux monde disparaisse pour faire place \u00e0 des institutions nouvelles o\u00f9 tous trouveront un sort plus \u00e9quitable, qui ne peut exister que dans le communisme anarchiste\u00a0; l&rsquo;anarchie est la n\u00e9gation de toute autorit\u00e9\u00a0; l&rsquo;autorit\u00e9 est la plus grande plaie sociale, parce que l&rsquo;homme ne peut \u00eatre libre sous une autorit\u00e9 quelconque\u00a0; il doit \u00eatre libre de faire tout ce qu&rsquo;il veut, du moment qu&rsquo;il ne porte pas atteinte \u00e0 la libert\u00e9 de son semblable ou, alors, il devient despote \u00e0 son tour.<br \/>\nLe communisme, c&rsquo;est l&rsquo;homme apportant \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 selon ses forces et ses aptitudes, qui doit recevoir selon ses besoins. Les hommes se recherchant, se groupant selon leurs aptitudes, leurs affinit\u00e9s, prenant exemple sur le groupe qui fonctionne le mieux, \u00e9cartant la vanit\u00e9, le sot orgueil, ne cherchant \u00e0 mieux faire que son camarade pour que ce camarade fasse encore mieux que lui. De l\u00e0 ces chefs-d&rsquo;\u0153uvre dans notre soci\u00e9t\u00e9, plus de ces intelligences \u00e0 n\u00e9ant par le capital, d\u00e9sormais inutiles\u00a0; les hommes pourront \u00e9voluer librement, n&rsquo;\u00e9tant plus sous le joug despotique de l&rsquo;autorit\u00e9 et de la propri\u00e9t\u00e9 individuelle.<\/p>\n<p>Ces groupes pourront, sans entraves, \u00e9changer mutuellement leurs produits, apprenant et sentant le bien-\u00eatre de se gouverner par eux-m\u00eames. Ces groupes se f\u00e9d\u00e9raliseront et ne feront plus qu&rsquo;une grande famille de travailleurs associ\u00e9s tous ensemble pour le bonheur de tous, de un pour tous et tous pour un, ne reconnaissant qu&rsquo;une seule loi, la loi de solidarit\u00e9 et de r\u00e9ciprocit\u00e9. Plus d&rsquo;or, ce vil m\u00e9tal pour lequel je suis ici et que je m\u00e9prise\u00a0; vil m\u00e9tal, avec lequel on ach\u00e8te la conscience des hommes.<br \/>\nAvec le communisme anarchiste, plus de maitres et de valets, plu de ces mangeurs de sueurs, plus de ces commer\u00e7ants \u00e0 l&rsquo;esprit mercantile, rapaces, \u00e9go\u00efstes, empoisonnant, falsifiant leurs produits et leurs denr\u00e9es, amenant ainsi la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence du genre humain. Vous ne pouvez le nier.<\/p>\n<p>Vous \u00eates oblig\u00e9s de surveiller jusqu&rsquo;\u00e0 ces marchands de jouets d&rsquo;enfants qui empoisonnent d\u00e9j\u00e0 ces pauvres petites cr\u00e9atures \u00e0 peine n\u00e9es\u00a0; et ces usines, o\u00f9 l&rsquo;on joue la vie des travailleurs avec un sans-g\u00eane sans pareil, telles que les fabriques de blanc de c\u00e9ruse o\u00f9, au bout de quelques mois, le travailleur y trouve la paralysie et souvent la mort\u00a0; et ces \u00e9tameurs de glace au mercure, qui, au bout quelques mois, deviennent chauves, paralytiques\u00a0; ont la carie des os et meurent dans d&rsquo;atroces souffrances, et il y a des hommes de science qui savent que l&rsquo;on peut remplacer ces produits avec le m\u00eame avantage par d&rsquo;autres produits inoffensifs\u00a0; des m\u00e9decins qui voient tous ces malheureux mourir dans d&rsquo;aussi cruelles agonies et laissent commettre ces crimes de l\u00e8se-humanit\u00e9.<\/p>\n<p>On fait m\u00eame mieux, on d\u00e9core ces chefs d&rsquo;usines, on leur donne des r\u00e9compenses honorifiques en m\u00e9moire des services qu&rsquo;ils rendent \u00e0 l&rsquo;industrie et l&rsquo;humanit\u00e9.<br \/>\nCombien y a-t-il de ces industries malsaines\u00a0? Le nombre en serait trop grand pour les \u00e9num\u00e9rer toutes, sans parler des bagnes infects et malsains o\u00f9 le travailleur, enferm\u00e9 dix ou douze heures, oblig\u00e9 pour conserver le pain de sa famille, de subir les vexations, les humiliations d&rsquo;une chiourme insolente \u00e0 laquelle il ne manque que le fouet pour nous rappeler les beaux jours de l&rsquo;esclavage antique et des serfs du moyen \u00e2ge.<br \/>\nEt ces malheureux mineurs, enferm\u00e9s \u00e0 cinq ou six cents pieds sous terre, ne voyant le jour souvent qu&rsquo;une fois la semaine. Et quand, fatigu\u00e9s de tant de mis\u00e8res et de souffrances, ils rel\u00e8vent la t\u00eate pour r\u00e9clamer leur droit au soleil et au banquet de la vie, vite une arm\u00e9e en campagne au service des exploiteurs, et fusillez cette canaille-l\u00e0\u00a0; les preuves ne font pas d\u00e9faut.<br \/>\nEt l&rsquo;exploitation de l&rsquo;homme par l&rsquo;homme n&rsquo;est rien en comparaison de celle de la femme envers laquelle la nature est d\u00e9j\u00e0 si ingrate.<\/p>\n<p>Mais on n&rsquo;en tient pas compte : chair \u00e0 plaisir ou ch air \u00e0 profit, souvent les deux ensemble. Voil\u00e0 le sort de la femme.<\/p>\n<p>Combien de ces jeunes filles arrivant de la campagne, pleines de force et de sant\u00e9, que l&rsquo;on enferme pendant douze ou quatorze heures, assises sur une chaise. Dans des ateliers, des chambres o\u00f9 il n&rsquo;y a de la place que pour quatre, elles sont quinze, n&rsquo;ayant pas l&rsquo;air n\u00e9cessaire, ne respirant qu&rsquo;un air vici\u00e9, les privations qu&rsquo;elles sont oblig\u00e9es de s&rsquo;imposer, au bout de six mois elles sont an\u00e9miques\u00a0; de l\u00e0, la mollesse, la maladie, le d\u00e9go\u00fbt d&rsquo;un travail ne suffisant pas \u00e0 leurs besoins, conduisent ces malheureuses \u00e0 la prostitution.<br \/>\nQue fait la soci\u00e9t\u00e9 pour ces victimes ?<\/p>\n<p>Elle les rejette hors de son sein, comme la l\u00e8pre.<\/p>\n<p>Elle les met en carte, les enr\u00f4le dans la police et en fait des d\u00e9latrices de leurs amants.<br \/>\nEt la femme de m\u00e9nage\u00a0? Quand elle a fait quelques provisions le dimanche, elle ne sait plus, le lundi, comment elle fera pour finir la semaine.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/moi-clement-duval.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-892\" title=\"Moi, Cl\u00e9ment Duval, bagnard et anarchiste\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/moi-clement-duval-172x300.jpg\" alt=\"\" width=\"93\" height=\"163\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/moi-clement-duval-172x300.jpg 172w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/moi-clement-duval.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 93px) 100vw, 93px\" \/><\/a>J&rsquo;en ai \u00e9t\u00e9 longtemps t\u00e9moin, par ma compagne. De l\u00e0 cette humeur maussade, ce caract\u00e8re acari\u00e2tre de la femme, provenant du manque de n\u00e9cessaire.<\/p>\n<p>Le mari, rentrant harass\u00e9 de fatigue, souffre cruellement de voir sa compagne avec tant de mal. Cela le r\u00e9volte\u00a0; il se fait du mauvais sang, et de l\u00e0 ces querelles intestines entre ces deux \u00eatres qui, en s&rsquo;unissant, s&rsquo;\u00e9taient promis d&rsquo;\u00eatre heureux, n&rsquo;ayant en partage qu&rsquo;une amiti\u00e9 r\u00e9ciproque\u00a0; mais la mis\u00e8re, un jour, se faisant par trop sentir, fait quelques fois d\u00e9g\u00e9n\u00e9rer ces querelles en rixes et, un beau jour, les m\u00e9nages se d\u00e9sagr\u00e8gent, s&rsquo;en allant chacun de son c\u00f4t\u00e9, avec une plaie profonde au c\u0153ur, eux qui s&rsquo;aimaient tant. Voil\u00e0 ce que la soci\u00e9t\u00e9 a fait du foyer conjugal dont vous insultez les victimes.<br \/>\nPensez-vous qu&rsquo;un travailleur, aux sentiments nobles et g\u00e9n\u00e9reux, puisse voir ce tableau se d\u00e9rouler continuellement devant ses yeux sans que cela le r\u00e9volte, lui qui en ressent tous les effets, \u00e9tant constamment la victime, lui que l&rsquo;on prend \u00e0 vingt ans pour payer l&rsquo;imp\u00f4t du sang, pour servir de chair \u00e0 canon, pour d\u00e9fendre les propri\u00e9t\u00e9s et les privil\u00e8ges de ses ma\u00eetres\u00a0; en revient estropi\u00e9, ou avec une maladie qui le rend \u00e0 moiti\u00e9 infirme, roulant d&rsquo;h\u00f4pital en h\u00f4pital, et servant de chair \u00e0 exp\u00e9rience \u00e0 ces messieurs de la science.<\/p>\n<p>J&rsquo;en parle savamment, moi qui suis revenu de cette boucherie avec deux blessures et une maladie qui me vaut d\u00e9j\u00e0 quatre ans d&rsquo;h\u00f4pital et qui m&#8217;emp\u00eache de travailler six mois de l&rsquo;ann\u00e9e\u00a0; et pour r\u00e9compense, j&rsquo;irai mourir au bagne. Et tous ces crimes se commettent au grand jour, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 complot\u00e9s dans les couloirs de cabinets, sous l&rsquo;influence d&rsquo;une coterie ou du caprice d&rsquo;une femme, en criant par-dessus les toits : le peuple est souverain, la nation souveraine, et sous le patronage de mots ronflants : gloire, honneur, patrie\u00a0! comme s&rsquo;il doit y avoir plusieurs patries entre des \u00eatres habitant tous la m\u00eame plan\u00e8te. Les anarchistes n&rsquo;ont qu&rsquo;une patrie, c&rsquo;est l&rsquo;humanit\u00e9\u00a0!<br \/>\nC&rsquo;est au nom de la civilisation qu&rsquo;on fait ces exp\u00e9ditions lointaines o\u00f9 des milliers d&rsquo;hommes se font tuer avec une sauvagerie f\u00e9roce. C&rsquo;est au nom de la civilisation que l&rsquo;on pille, que l&rsquo;on incendie, que l&rsquo;on massacre tout un peuple qui ne demande qu&rsquo;\u00e0 vivre en paix chez lui. Non\u00a0! Le but r\u00e9el est l&rsquo;agiotage et la sp\u00e9culation. Le Code n&rsquo;atteint pas ces crime, au contraire, l&rsquo;on d\u00e9cerne des palmes \u00e0 ceux qui ont bien men\u00e9 ce carnage et l&rsquo;on donne la m\u00e9daille aux mercenaires qui y ont pris part, en m\u00e9moire de leurs belles actions, et ces idiots sont fiers de cet insigne qui n&rsquo;est port\u00e9 qu&rsquo;en dipl\u00f4me d&rsquo;assassinat\u00a0; mais en revanche le Code punit s\u00e9v\u00e8rement le travailleur \u00e0 qui la soci\u00e9t\u00e9 refuse le droit \u00e0 l&rsquo;existence qui a le courage de prendre le n\u00e9cessaire qui lui manque o\u00f9 il y a du superflu. Lui, on le traite de voleur, on le traduit devant les tribunaux et on l&rsquo;envoie finir ses jours au bagne.<br \/>\nVoil\u00e0 la logique de la soci\u00e9t\u00e9 actuelle.<br \/>\nVoil\u00e0 le crime pour lequel je suis ici, c&rsquo;est de ne pas reconna\u00eetre \u00e0 des gens qui n&rsquo;ont jamais rien produit, le droit de mourir de pl\u00e9thore, pendant que les producteurs, les cr\u00e9ateurs de toutes les richesses sociales, meurent de faim.<\/p>\n<p>Oui je suis l&rsquo;ennemi de la propri\u00e9t\u00e9 individuelle, et <strong>il y a longtemps que je dis avec Brissot, la propri\u00e9t\u00e9, c&rsquo;est le vol<\/strong> ; et, en effet, comment acquiert-on une propri\u00e9t\u00e9, si ce n&rsquo;est en volant, en exploitant ses semblables, en donnant3 \u00e0 l&rsquo;exploit\u00e9 sur un travail qui en rapporte 10 \u00e0 l&rsquo;exploiteur\u00a0; et les petits exploiteurs ne le c\u00e8dent en rien aux gros. Une preuve :<\/p>\n<p>J&rsquo;ai vu ma compagne faire du travail de deuxi\u00e8me main, lui \u00eatre pay\u00e9 7 centimes et \u00bd la pi\u00e8ce et, quinze jours plus tard, faisant le travail de premi\u00e8re main, il lui fut pay\u00e9 75 centimes la pi\u00e8ce.<\/p>\n<p>Aussi, ces petits exploiteurs habitent de beaux appartements, font bonne chair\u00a0; mademoiselle joue du piano, le fils va au coll\u00e8ge pour apprendre les connaissances utiles, et, si plus tard, le travailleur, \u00e0 qui on refuse m\u00eame cette nourriture intellectuelle, a besoin de la science acquise par les enfants des exploiteurs, on lui fait payer ch\u00e8rement cette science, lui \u00e0 qui on la doit, qui en a fait tous les frais, qui a pay\u00e9 les livres et les professeurs de sa sueur et de son intelligence.<\/p>\n<p>Une autre preuve\u00a0:<\/p>\n<p>J&rsquo;ai travaill\u00e9 dans une maison o\u00f9 nous \u00e9tions 190 ouvriers\u00a0; les frais g\u00e9n\u00e9raux d\u00e9duits, toute une nu\u00e9e de parasites pay\u00e9s \u00e0 raison de 5 \u00e0 600 fr. par mois, l&rsquo;exploiteur avait encore un b\u00e9n\u00e9fice \u00e9norme par jour sur chaque t\u00eate de travailleur.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 comment on acquiert des propri\u00e9t\u00e9s, que l&rsquo;on est inscrit sur le grand livre de la dette publique et l&rsquo;on se fait des rentes sur le dos des travailleurs.<\/p>\n<p>Pensez-vous qu&rsquo;un travailleur conscient puisse \u00eatre assez sot, le jour de l&rsquo;\u00e9ch\u00e9ance du terme, pour redonner \u00e0 ce m\u00eame exploiteur une partie du salaire qu&rsquo;il lui a donn\u00e9 apr\u00e8s en avoir pr\u00e9lev\u00e9 la plus grosse part, et qu&rsquo;il verra sa femme et ses enfants oblig\u00e9s de se priver des choses les plus n\u00e9cessaires \u00e0 l&rsquo;existence, pendant que cet oisif, avec cet argent, se procurera toutes les jouissances, agiotera, sp\u00e9culera \u00e0 la bourse et ailleurs sur la mis\u00e8re du peuple, ou dans quelque boudoir \u00e0 la mode se vautrera dans les bras d&rsquo;une malheureuse fille du peuple qui, pour vivre, est forc\u00e9e de se faire chair \u00e0 plaisir, malgr\u00e9 le d\u00e9go\u00fbt que peut lui inspirer un pareil goujat. Et c&rsquo;est ainsi que se d\u00e9compose une famille de travailleurs, chair \u00e0 mitraille, chair \u00e0 profit, chair \u00e0 plaisir, chair \u00e0 exp\u00e9rience.<br \/>\nEh bien, pour ne pas me faire le complice de pareilles ignominies, voil\u00e0 pourquoi je ne payais pas de terme ou le moins possible. Voil\u00e0 pourquoi ils vous ont donn\u00e9 de mauvais renseignements sur moi dans les diff\u00e9rents locaux que j&rsquo;ai habit\u00e9s, ne voulant pas me laisser davantage me d\u00e9valiser par le propri\u00e9taire, prot\u00e9g\u00e9 par la loi, qui se fait en toutes choses la complice de ceux qui poss\u00e8dent\u00a0; il n&rsquo;y a de bons renseignements que pour les vils et les rampants, pour ceux qui ont l&rsquo;\u00e9chine souple.<\/p>\n<p>Mais, ayant depuis longtemps pris l&rsquo;habitude de ne compter qu&rsquo;avec ma conscience, je me moque des sots et des m\u00e9chants, \u00e9tant certain d&rsquo;avoir l&rsquo;estime des hommes de c\u0153ur qui m&rsquo;ont connu de pr\u00e8s. Et c&rsquo;est pourquoi je vous dis que ce n&rsquo;est pas un voleur que vous condamnerez en moi, mais un travailleur conscient, ne se consid\u00e9rant pas comme une b\u00eate de somme, taillable et corv\u00e9able \u00e0 merci, et reconnaissant le droit ind\u00e9niable que la nature donne \u00e0 tout \u00eatre humain, le droit \u00e0 l&rsquo;existence et, le jour o\u00f9 cette soci\u00e9t\u00e9 \u00e9go\u00efste lui refuse ce droit, il doit le prendre et non aller tendre la main.<\/p>\n<p>C&rsquo;est une l\u00e2chet\u00e9 dans une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 tout est en abondance, ce qui devrait \u00eatre une source de bien-\u00eatre et qui n&rsquo;est en r\u00e9alit\u00e9 qu&rsquo;une source de mis\u00e8res, parce que tout est accapar\u00e9 par une poign\u00e9e d&rsquo;oisifs pendant que des travailleurs sont continuellement \u00e0 la recherche d&rsquo;une bouch\u00e9e de pain.<br \/>\nNon, je ne suis pas un voleur mais un justicier qui dit que tout est \u00e0 tous, et c&rsquo;est cette logique serr\u00e9e de l&rsquo;id\u00e9e anarchiste qui vous fait trembler sur vos tibias\u00a0; non, ce n&rsquo;est pas un voleur que vous condamnerez, mais un vol\u00e9, un r\u00e9volutionnaire sinc\u00e8re, ayant le courage de son opinion et d\u00e9vou\u00e9 \u00e0 sa cause. Dans la soci\u00e9t\u00e9 actuelle, l&rsquo;argent \u00e9tant le nerf de la guerre, je vous le r\u00e9p\u00e8te, j&rsquo;aurais fait tous les sacrifices pour m&rsquo;en procurer, pour servir \u00e0 la cause si juste, si noble, que celle qui doit affranchir l&rsquo;humanit\u00e9 de toutes les tyrannies dont elle souffre si cruellement.<br \/>\nJe n&rsquo;ai qu&rsquo;un regret, c&rsquo;est d&rsquo;\u00eatre tomb\u00e9 si t\u00f4t entre vos mains, m&#8217;emp\u00eachant ainsi d&rsquo;assouvir une soif de vengeance, une haine implacable que j&rsquo;ai vou\u00e9e \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 aussi inf\u00e2me.<br \/>\nCe qui, en revanche, me console, c&rsquo;est qu&rsquo;il reste des combattants sur la br\u00e8che, car, malgr\u00e9 toutes les pers\u00e9cutions, l&rsquo;id\u00e9e anarchiste a germ\u00e9, et l&rsquo;\u00e9volution th\u00e9orique se termine et fera bient\u00f4t place \u00e0 la pratique, \u00e0 l&rsquo;action.<\/p>\n<p>Oh ! alors, ce jour, la soci\u00e9t\u00e9 pourrie de gouvernants et d&rsquo;exploiteurs de tout acabit, aura cess\u00e9 de vivre.<br \/>\nVive la r\u00e9volution sociale\u00a0!<\/p>\n<p>Vive l&rsquo;anarchie\u00a0!<\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">Sources\u00a0:<\/span><\/strong><\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Archives Contemporaine de Fontainebleau, fonds Moscou, dossier Duval<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Jean Maitron, Mouvement anarchiste en France, r\u00e9\u00e9ditions Tel Gallimard, 1992<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Marianne Enckell, Moi, Cl\u00e9ment Duval, bagnard et anarchiste, Editions Ouvri\u00e8res, 1991<\/p>\n<p><!--[if gte mso 9]><xml> <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 10]>\n\n\n\n<style>\n \/* Style Definitions *\/\n table.MsoNormalTable\n\t{mso-style-name:\"Tableau Normal\";\n\tmso-tstyle-rowband-size:0;\n\tmso-tstyle-colband-size:0;\n\tmso-style-noshow:yes;\n\tmso-style-priority:99;\n\tmso-style-parent:\"\";\n\tmso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;\n\tmso-para-margin-top:0cm;\n\tmso-para-margin-right:0cm;\n\tmso-para-margin-bottom:10.0pt;\n\tmso-para-margin-left:0cm;\n\tline-height:115%;\n\tmso-pagination:widow-orphan;\n\tfont-size:11.0pt;\n\tfont-family:\"Calibri\",\"sans-serif\";\n\tmso-ascii-font-family:Calibri;\n\tmso-ascii-theme-font:minor-latin;\n\tmso-hansi-font-family:Calibri;\n\tmso-hansi-theme-font:minor-latin;\n\tmso-fareast-language:EN-US;}\n<\/style>\n\n<![endif]--><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Vol, incendie, tentative d&rsquo;assassinat\u00a0: voil\u00e0 de quoi envoyer son quidam tout droit \u00e0 la guillotine\u00a0! 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