{"id":3090,"date":"2013-03-30T01:10:54","date_gmt":"2013-03-29T23:10:54","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=3090"},"modified":"2012-11-13T10:36:53","modified_gmt":"2012-11-13T08:36:53","slug":"lillegaliste-est-il-notre-ami","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2013\/03\/lillegaliste-est-il-notre-ami\/","title":{"rendered":"L&rsquo;ill\u00e9galiste est-il notre ami ?"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/logo-la-rue.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3091\" title=\"logo La Rue\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/logo-la-rue.jpg\" alt=\"\" width=\"203\" height=\"94\" \/><\/a>Ill\u00e9galisme\u00a0? Propagande par le fait\u00a0? Bien souvent lorsque l&rsquo;on \u00e9voque le banditisme et la violence anarchiste, le commun ne retient par le biais d&rsquo;un consum\u00e9risme voyeuriste que les mots banditisme et violence, rel\u00e9guant de facto l&rsquo;expression politique au rang des excuses faciles. L&rsquo;article de Fran\u00e7oise Trapellier, en 1977, n&rsquo;\u00e9chappe \u00e0 la r\u00e8gle en dressant une condamnation a fortiori de l&rsquo;ill\u00e9galisme et de la propagande par le fait. Reprenant \u00e0 son compte <em>le pas de charge des id\u00e9es<\/em> que Jules Valles lan\u00e7a une premi\u00e8re fois en 1867, la revue <em>La Rue<\/em> connait 37 num\u00e9ros de 1968 \u00e0 1986. Le 24<sup>e<\/sup> donne longuement la parole \u00e0 la sp\u00e9cialiste de L\u00e9o Ferr\u00e9 qui, en dressant une chronologie presque exhaustive du vol et de l&rsquo;attentat commis au nom de l&rsquo;id\u00e9al libertaire, met ainsi en lumi\u00e8re une r\u00e9putation n\u00e9gative qui, pour les d\u00e9tracteurs de l&rsquo;anarchie, tiendrait lieu d&rsquo;axiome de base. Force est alors de constater que l&rsquo;auteur, s&rsquo;appuyant somme toute sur une bibliographie r\u00e9duite (pour ne pas dire r\u00e9ductrice), se range du c\u00f4t\u00e9 de ceux qui, chez les compagnons, d\u00e9sapprouvent d\u00e8s le d\u00e9part l&rsquo;usage de la marmite ou de la pince-monseigneur. Ceux-l\u00e0 seraient une majorit\u00e9 et la seule diff\u00e9rence entre le banditisme et la pr\u00e9tendue \u00ab\u00a0illusion ill\u00e9galiste\u00a0\u00bb tiendrait dans une th\u00e9orisation de la r\u00e9volte, consid\u00e9r\u00e9e ici comme une \u00ab\u00a0d\u00e9viation apache\u00a0\u00bb. \u00a0L&rsquo;exemple de Bonnot vient ainsi \u00e9tayer une hypoth\u00e8se r\u00e9futant une image peut-\u00eatre redor\u00e9e des bandits en auto depuis 1968. L&rsquo;historiographie a montr\u00e9 depuis qu&rsquo;ill\u00e9galisme \u00e9tait loin d&rsquo;\u00eatre une anarchie dans l&rsquo;anarchie et qu&rsquo;elle m\u00e9ritait une \u00e9tude nettement moins r\u00e9ductrice et, surtout, nettement plus sereine et approfondie, d\u00e9gag\u00e9e de toute consid\u00e9ration partisane.<!--more--><\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/voleur.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1612\" title=\"voleur\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/voleur-265x300.jpg\" alt=\"\" width=\"138\" height=\"156\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/voleur-265x300.jpg 265w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/voleur.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 138px) 100vw, 138px\" \/><\/a><strong>La Rue<\/strong><\/p>\n<p><strong>n\u00b024, 1977<\/strong><\/p>\n<p><strong>L&rsquo;anarchisme ill\u00e9galiste<\/strong><\/p>\n<p>Derni\u00e8re forme de la r\u00e9volte anarchiste, l&rsquo;ill\u00e9galisme se veut un t\u00e9moignage et une affirmation. Un de ses th\u00e9oriciens, Andr\u00e9 Lorulot, l&rsquo;a d\u00e9fini comme la r\u00e9action permanente et raisonn\u00e9e de l&rsquo;individu sur tout ce qui l&rsquo;entoure ; c&rsquo;est l&rsquo;affirmation par chacun de l&rsquo;existence de son moi et du d\u00e9sir de son d\u00e9veloppement int\u00e9gral.<\/p>\n<p><strong>Premi\u00e8res violences<\/strong><\/p>\n<p>En 1882, courant anarchiste et r\u00e9volte populaire se conjuguent au Creusot et \u00e0 Montceau-les-Mines, o\u00f9 se succ\u00e8dent menaces exp\u00e9di\u00e9es aux notables, incendie de chapelle, bris de croix, attaques de demeures du personnel de direction. De lourdes peines de travaux forc\u00e9s mettent fin aux activit\u00e9s de la Bande Noire, soci\u00e9t\u00e9 secr\u00e8te dont quelques membres lisent le journal anarchiste Le R\u00e9volt\u00e9.<\/p>\n<p>Croyant d\u00e9celer, dans cette agitation, les premiers sympt\u00f4mes d&rsquo;un complot insurrectionnel patronn\u00e9 par les anarchistes, le gouvernement fait arr\u00eater dans la r\u00e9gion lyonnaise une fourn\u00e9e de militants notoires, tous jeunes ou adultes, presque tous des ouvriers, dont 66 sont ensuite d\u00e9f\u00e9r\u00e9s, d\u00e9but janvier 1883, devant le tribunal correctionnel de Lyon. Les d\u00e9bats donnent aux inculp\u00e9s l&rsquo;occasion d&rsquo;affirmer publiquement leurs convictions tandis qu&rsquo;\u00c9lis\u00e9e Reclus \u00e9crit vainement au juge d&rsquo;instruction de Lyon une lettre demandant son inculpation. Quatre des inculp\u00e9s sont condamn\u00e9s \u00e0 cinq ans de prison. Kropotkine sort de Clairvaux le 17 janvier 1886, apr\u00e8s avoir r\u00e9dig\u00e9 d&rsquo;innombrables articles scientifiques, durant ces ann\u00e9es d&#8217;emprisonnement. L&rsquo;administration du journal Le R\u00e9volt\u00e9 s&rsquo;installe \u00e0 Paris. Le nom change, La r\u00e9volte, Les Temps nouveaux, mais Jean Grave, jusqu&rsquo;en 1914, en dirige la r\u00e9daction.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;heure o\u00f9 les prisons de la R\u00e9publique s&rsquo;ouvrent aux anarchistes, la mis\u00e8re des mineurs de Decazeville provoque la c\u00e9l\u00e8bre \u00e9meute de janvier 1886. La col\u00e8re de la foule se cristallise sur l&rsquo;ing\u00e9nieur le plus d\u00e9test\u00e9, Watrin, sous-directeur de la compagnie mini\u00e8re. Il est frapp\u00e9 \u00e0 la t\u00eate, d\u00e9fenestr\u00e9, puis lynch\u00e9, son nom devenant par la suite symbole d&rsquo;acte radical. Notre devise, \u00e9crit par exemple un journal anarchiste de 1887, est de watriner les buveurs de sueur humaine.<\/p>\n<p>Ainsi les anarchistes, en cette fin d&rsquo;un XIX\u00e8me si\u00e8cle o\u00f9 le drame de la condition ouvri\u00e8re reste une r\u00e9alit\u00e9 (les enfants travaillent d\u00e8s leur plus jeune \u00e2ge et l&rsquo;esp\u00e9rance de vie des ouvriers ne cesse de diminuer), s&rsquo;efforcent-ils d&rsquo;animer ou de participer aux explosions de r\u00e9volte populaire. Quand il n&rsquo;y a pas de pain on tape sur la viande ! s&rsquo;\u00e9criera un de leurs orateurs. Et s&rsquo;il le faut, on trouera \u00e0 coup de piques et de pieux la viande des ventres qui pend \u00e0 l&rsquo;\u00e9tal du gouvernement.<\/p>\n<p>Le 9 mars 1883, Mareuil, Louise Michel, Pouget, drapeaux noirs d\u00e9ploy\u00e9s, prennent la t\u00eate d&rsquo;une manifestation de ch\u00f4meurs, Sur le parcours, trois boulangeries sont pill\u00e9es. Des bagarres \u00e9clatent avec la police. Mareuil et Pouget sont arr\u00eat\u00e9s. On saisit chez Pouget un lot de brochures \u00c0 l&rsquo;arm\u00e9e !. Louise Michel se constitue prisonni\u00e8re. Le proc\u00e8s se d\u00e9roule le 21 juin devant les assises de la Seine. Verdict : 8 ans de r\u00e9clusion pour Pouget, 6 pour Louise Michel.<\/p>\n<p>Enferm\u00e9e d&rsquo;abord \u00e0 Saint-Lazare avec les prostitu\u00e9es et les voleuses, Louise Michel \u00e9tudie les diff\u00e9rents argots de la m\u00eame mani\u00e8re qu&rsquo;elle avait \u00e9tudi\u00e9 les dialectes canaques. Transf\u00e9r\u00e9e ensuite \u00e0 la centrale de Clermont, elle est amnisti\u00e9e en 1886 apr\u00e8s \u00eatre sortie un court moment, sur intervention personnelle de Clemenceau, pour assister aux derniers instants de sa vieille m\u00e8re. En janvier 1888, une tentative d&rsquo;assassinat est perp\u00e9tr\u00e9e contre Louise Michel, qui r\u00e9ussit \u00e0 faire acquitter son assassin !<\/p>\n<p>L&rsquo;appel \u00e0 la violence, la soif passionn\u00e9e d&rsquo;un monde juste et \u00e9galitaire, va pourtant se concr\u00e9tiser dans des actes individuels qui, depuis cette \u00e9poque et jusqu&rsquo;\u00e0 nos jours, ont valu aux anarchistes une r\u00e9putation de terroristes.<\/p>\n<p>Il reste pourtant difficile d&rsquo;isoler la violence anarchiste du contexte politique. Terroristes, ill\u00e9galistes, bandits tragiques m\u00e9ritent ainsi d&rsquo;\u00eatre replac\u00e9s dans leur \u00e9poque, dans une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 les grands principes pos\u00e9s par la R\u00e9volution de 1789 ne s&rsquo;incarnent pas r\u00e9ellement dans la vie quotidienne des travailleurs, o\u00f9 une g\u00e9n\u00e9ration enti\u00e8re, passant de la campagne \u00e0 l&rsquo;usine est broy\u00e9e par un capitalisme sauvage et primitif.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/coffre-fort.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-257\" title=\"coffre-fort\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/coffre-fort-216x300.jpg\" alt=\"coffre fort Le Crapouillot septembre 1939\" width=\"112\" height=\"156\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/coffre-fort-216x300.jpg 216w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/coffre-fort.jpg 231w\" sizes=\"(max-width: 112px) 100vw, 112px\" \/><\/a><strong>La reprise individuelle<\/strong><\/p>\n<p>Certains compagnons trouvent que la propagande donne des r\u00e9sultats m\u00e9diocres. Ils d\u00e9cident donc de s&rsquo;attaquer directement \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 soit pour r\u00e9cup\u00e9rer \u00e0 leur profit ce que la soci\u00e9t\u00e9, estiment-ils, leur a vol\u00e9, soit pour apporter des ressources au mouvement.<\/p>\n<p>Cl\u00e9ment Duval, membre du groupe La Panth\u00e8re des Batignolles, pille ainsi, en octobre 1886, un h\u00f4tel particulier de la rue Monceau, \u00e0 Paris. Il estime, en effet, que lorsque la soci\u00e9t\u00e9 vous refuse le droit \u00e0 l&rsquo;existence, on doit le prendre et non tendre la main. Il s&rsquo;agit, en somme, de prendre le n\u00e9cessaire l\u00e0 o\u00f9 existe le superflu, de faire rendre gorge aux accapareurs.<\/p>\n<p>L&rsquo;italien Pini, cordonnier \u00e0 Paris et membre du groupe Les Intransigeants, s&rsquo;efforce pendant quelque temps de r\u00e9aliser le m\u00eame id\u00e9al. Il r\u00eave m\u00eame d&rsquo;exproprier le Pape et commence par op\u00e9rer dans les communaut\u00e9s religieuses de la r\u00e9gion parisienne. En 1889, le montant de ses butins s&rsquo;\u00e9levait \u00e0 500.000 francs de l&rsquo;\u00e9poque. Jug\u00e9 en novembre 1890, il d\u00e9clare devant le tribunal : Nous, anarchistes, c&rsquo;est avec l&rsquo;enti\u00e8re conscience d&rsquo;accomplir un devoir que nous attaquons la propri\u00e9t\u00e9, \u00e0 un double point de vue : l&rsquo;un pour affirmer \u00e0 nous-m\u00eames le droit naturel \u00e0 l&rsquo;existence que vous, bourgeois, conc\u00e9dez aux b\u00eates et niez \u00e0 l&rsquo;homme ; le second pour nous fournir le mat\u00e9riel propre \u00e0 d\u00e9truire votre baraque et, le cas \u00e9ch\u00e9ant, vous avec elle.<\/p>\n<p>Ces actes nouveaux contribuent \u00e0 \u00e9loigner un peu plus les anarchistes des socialistes guesdiste.<\/p>\n<p><em>Mais c&rsquo;est sans doute Marius Jacob, n\u00e9 le 27 septembre 1879 \u00e0 Marseille, qui reste la figure la plus embl\u00e9matique de la reprise. Ce fils d&rsquo;ouvrier, \u00e9l\u00e8ve des Fr\u00e8res des Ecoles chr\u00e9tiennes, puis mousse et typographe, fr\u00e9quente \u00e0 17 ans les milieux anarchistes. R\u00e9duit au ch\u00f4mage, il devient l&rsquo;ennemi de la propri\u00e9t\u00e9. Le 1<sup>er<\/sup> avril 1897, sa premi\u00e8re reprise est un coup de ma\u00eetre. En compagnie de Roques et de deux autres anarchistes, il d\u00e9valise un des commissionnaires au Mont de Pi\u00e9t\u00e9 de Marseille. Au cours de sa carri\u00e8re, Jacob op\u00e8re de la sorte 156 reprises. Il s&rsquo;agit toujours d&rsquo;argent, de bijoux, de tableaux appartenant \u00e0 des nobles, des juges, des nantis. Puis, Jacob met sur pied une bande de douze individus. : Les travailleurs de la nuit (encore appel\u00e9e La bande d&rsquo;Abbeville) qui op\u00e8rent en France dans une zone d\u00e9termin\u00e9e et remportent succ\u00e8s sur succ\u00e8s. <\/em><\/p>\n<p><em>Finalement, arr\u00eat\u00e9 en 1904, Jacob est d\u00e9f\u00e9r\u00e9 devant les Assises d&rsquo;Amiens <\/em><em>pour quelque 150 vols et agressions. \u00ab\u00a0Bandit cynique et plein d&rsquo;esprit\u00a0\u00bb dira la presse bien pensante qui assiste au proc\u00e8s. Jacob, qui consacrait une partie des b\u00e9n\u00e9fices de ses vols \u00e0 la promotion de l&rsquo;anarchie, d\u00e9fendra magistralement devant les jur\u00e9s sa foi anarchiste : \u00ab\u00a0Ne reconnaissant \u00e0 personne le droit de me juger, je n&rsquo;implore ni pardon ni indulgence. Je ne sollicite pas ceux que je hais et m\u00e9prise. ( &#8230; ) Si le me suis livr\u00e9 au vol, \u00e7a n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 une question de gain, de lucre, mais une question de principe, de droit J&rsquo;ai pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 conserver ma libert\u00e9, mon ind\u00e9pendance, ma dignit\u00e9 d&rsquo;homme, que de me faire Partisan de la fortune d&rsquo;un ma\u00eetre. En tenues plus crus, sans euph\u00e9misme, j&rsquo;ai pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00eatre voleur que vol\u00e9. Certes, moi aussi je r\u00e9prouve le fait pu lequel un homme s&#8217;empare violemment et avec ruse du fruit du labeur d&rsquo;autrui. Mais c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment pour cela que j&rsquo;ai fait la guerre aux riches, voleurs du bien des pauvres. Moi aussi je voudrais vivre dans une soci\u00e9t\u00e9 dont le vol serait banni. Je n&rsquo;approuve pas le vol, et j&rsquo;en ai us\u00e9 que comme d&rsquo;un moyen de r\u00e9volte propre \u00e0 combattre le plus inique de tous les vois : la propri\u00e9t\u00e9 individuelle. Pour d\u00e9truire un effet il faut au pr\u00e9alable, en d\u00e9truire la cause ( .. ) La lutte ne dispara\u00eetra que lorsque les hommes mettront en commun leurs joies et leurs peines, leurs travaux et leurs richesses, que lorsque tout appartiendra \u00e0 tous. Anarchiste r\u00e9volutionnaire, j&rsquo;ai fait ma r\u00e9volution, vienne l&rsquo;Anarchie !\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p><em>Alors \u00e2g\u00e9 d&rsquo;\u00e0 peine 24 ans, Jacob sera condamn\u00e9 aux travaux forc\u00e9s \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9. Il passera vingt ann\u00e9es au bague, en Guyane, \u00e0 Saint-Laurent-du-Maroni et \u00e0 l&rsquo;\u00eele du Diable. Dix-neuf fois, il tentera de s&rsquo;\u00e9vader avant d&rsquo;\u00eatre lib\u00e9r\u00e9 le 30 d\u00e9cembre 1928. On comprend pourquoi Maurice Leblanc a choisi Marius Jacob comme mod\u00e8le de son Ars\u00e8ne Lupin.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/marmite-a-renversement.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1343\" title=\"Marmite \u00e0 renversement\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/marmite-a-renversement.jpg\" alt=\"\" width=\"190\" height=\"159\" \/><\/a><strong>La propagande par le fait<\/strong><\/p>\n<p>La reprise individuelle est donc, dans l&rsquo;esprit de ses auteurs, la r\u00e9cup\u00e9ration de la propri\u00e9t\u00e9 jug\u00e9e comme un vol. Le terrorisme est un moyen beaucoup plus radical d&rsquo;abattre les dirigeants d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 que l&rsquo;on consid\u00e8re corrompue ; c&rsquo;est donc bien la v\u00e9ritable <em>propagande par le fait <\/em>recommand\u00e9e par le Congr\u00e8s de l&rsquo;Internationale tenu \u00e0 Londres en 1881.<\/p>\n<p>Les journaux anarchistes divulguent alors de multiples recettes permettant de fabriquer des explosifs. En juillet 1883, un grand journal lyonnais,<em> La lutte<\/em>, \u00e9crit ainsi : \u00ab\u00a0Sous ce titre \u00ab\u00a0produits anti-bourgeois\u00a0\u00bb, nous mettrons sous les yeux de nos amis les mati\u00e8res inflammables et explosives les plus connues, les plus faciles \u00e0 manipuler et \u00e0 pr\u00e9parer, en un mot les plus utiles [&#8230;]. Il faut que pour la lutte prochaine chacun soit un peu chimiste\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Une brochure appel\u00e9e <em>L&rsquo;indicateur anarchiste<\/em> d\u00e9voile aux compagnons les secrets de cette chimie particuli\u00e8re. \u00ab\u00a0Camarade, affirme la pr\u00e9face de ce manuel, il est absolument inutile de se faire un \u00e9pouvantail de la fabrication des produits d\u00e9tonants ou explosifs. En suivant scrupuleusement nos prescriptions, tu peux man\u0153uvrer en toute confiance ; un enfant de douze ans ferait tout aussi bien que toi\u00a0\u00bb. Suit alors la liste des substances explosives : nitrobenzine, poudre verte&#8230;, la fabrication des bombes faisant l&rsquo;objet d&rsquo;une longue description, tout comme celle des balles incendiaires et explosives.<\/p>\n<p>Il convient naturellement de se souvenir que \u00ab\u00a0le gaz au point de vue r\u00e9volutionnaire peut rendre de grands services, d&rsquo;autant plus qu&rsquo;il se trouve presque partout. On peut faire sauter une maison par le gaz ou faire sauter presque un quartier tout entier\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le feu, la bombe, l&rsquo;explosif auront finalement raison du vieux monde et cette certitude triomphante transpara\u00eet dans la conclusion de <em>L&rsquo;indicateur anarchiste<\/em> : \u00ab\u00a0Que tous les monuments qui pourraient servir de points de ralliement \u00e0 une autorit\u00e9 quelconque soient jet\u00e9s bas, sans piti\u00e9, ni remords. Fa\u00eetes sauter les \u00e9glises, les couvents, les casernes, les prisons, les pr\u00e9fectures, les mairies [&#8230;] Br\u00fblez toutes les paperasses administratives, partout o\u00f9 elles se trouvent. Au feu les titres de propri\u00e9t\u00e9, de rente, d&rsquo;actions, d&rsquo;obligations, les hypoth\u00e8ques, les actes notari\u00e9s, les actes de soci\u00e9t\u00e9. Au feu le grand livre de la dette publique, ceux des emprunts commerciaux et d\u00e9partementaux, les livres de banques, de maisons de commerce, les billets \u00e0 ordre, les ch\u00e8ques, lettres de change. Au feu les papiers de l&rsquo;\u00e9tat civil, du recrutement, de l&rsquo;intendance militaire, des contributions directes et indirectes&#8230;\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/lexplosion-au-cafe-terminus-le-monde-illustre-17-fevrier-1894.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-903\" title=\"lexplosion-au-cafe-terminus-le-monde-illustre-17-fevrier-1894\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/lexplosion-au-cafe-terminus-le-monde-illustre-17-fevrier-1894-222x300.jpg\" alt=\"La bombe du caf\u00e9 Terminus, Le Monde Illustr\u00e9 17 f\u00e9vrier 1894\" width=\"115\" height=\"156\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/lexplosion-au-cafe-terminus-le-monde-illustre-17-fevrier-1894-222x300.jpg 222w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/lexplosion-au-cafe-terminus-le-monde-illustre-17-fevrier-1894.jpg 478w\" sizes=\"(max-width: 115px) 100vw, 115px\" \/><\/a><strong>Les attentats<\/strong><\/p>\n<p>Les premiers attentats commencent en 1881. Jusqu&rsquo;en 1182, il s&rsquo;agit de faits isol\u00e9s dont l&rsquo;opinion ne se soucie gu\u00e8re. Le 20 octobre 1881, le jeune tisseur Emile Florian, ne pouvant tuer L\u00e9on Gambetta, d\u00e9charge son revolver sur le premier bourgeois rencontr\u00e9, un m\u00e9decin, avenue de Neuilly. R\u00e9sultat imm\u00e9diat : vingt ans de travaux forc\u00e9s. Le 10 novembre 1883, un adolescent, Paul-Marie Curien, lecteur de journaux anarchistes, ne peut abattre Jules Ferry, pr\u00e9sident du Conseil ; il doit se contenter de menacer l&rsquo;huissier de service : trois ans de prison.<\/p>\n<p>D\u00e9but 1884, Louis Chaves, qui se dit \u00ab\u00a0anarchiste convaincu et d&rsquo;action\u00a0\u00bb, ancien jardinier dans un couvent marseillais, tue la m\u00e8re sup\u00e9rieure, blesse son adjointe, tire sur les gendarmes et est abattu par eux. Le 5 mars 1886, la Bourse de Paris, temple du capitalisme, est en \u00e9moi. L&rsquo;anarchiste Charles Gallo, \u00e2g\u00e9 de 27 ans, vient de jeter un flacon d&rsquo;acide prussique et de tirer des coups de revolver. Traduit devant la Cour d&rsquo;Assises de la Seine, son attitude fait sensation : il affirme se moquer des lois, s&rsquo;adresses au \u00ab\u00a0citoyen pr\u00e9sident\u00a0\u00bb, aux \u00ab\u00a0citoyens jur\u00e9s\u00a0\u00bb, crie \u00ab\u00a0Vive la R\u00e9volution sociale ! Vive l&rsquo;anarchie ! Vive la dynamite !\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>De 1882 \u00e0 1894, les attentats se succ\u00e8dent et l&rsquo;heure de Ravachol arrive. Fran\u00e7ois Koeningstein, dit Ravachol, du nom de sa m\u00e8re, est n\u00e9 le 14 octobre 1859 \u00e0 Saint Chamond. Son p\u00e8re \u00e9tait lamineur, sa m\u00e8re moulini\u00e8re en soie. Le p\u00e8re ayant d\u00e9sert\u00e9 le foyer, Ravachol conna\u00eet une difficile jeunesse : vacher, berger, aide-mineur, aide-chaudronnier, apprenti-teinturier, man\u0153uvre. A 21 ans, il fr\u00e9quente les r\u00e9unions du Parti Ouvrier, lit des journaux collectivistes, devient anarchiste, s&rsquo;exerce \u00e0 fabriquer des explosifs. Il se lance dans la contrebande, fabrique de la fausse monnaie et, pouss\u00e9 par la n\u00e9cessit\u00e9, en vient au crime. En mai 1891, \u00e0 Terre noire, il profane la s\u00e9pulture de la comtesse de la Rochetaill\u00e9e mais ne trouve aucun bijou sur la cadavre.<\/p>\n<p>Pour \u00e9chapper aux recherches, Ravachol arrive \u00e0 Saint-Denis chez le compagnon Chaumartin. Il suit le proc\u00e8s des trois anarchistes Decamps, Dardare et L\u00e9veill\u00e9, arr\u00eat\u00e9s et pass\u00e9s \u00e0 tabac au soir du 1er mai 1891, lit la longue plaidoirie de L\u00e9veill\u00e9, \u00e9crite par S\u00e9bastien Faure. Ulc\u00e9r\u00e9 par le verdict qui frappe les trois inculp\u00e9s, Ravachol d\u00e9cide de les venger. Le 11 mars, il fait sauter \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;une marmite explosive l&rsquo;immeuble dans lequel habite le juge Beno\u00eet, 136 bd Saint-Germain. Le 27 mars, la maison du substitut Bulot, rue de Clichy, est ravag\u00e9e par un engin contenant 120 cartouches. Dans les deux cas, on rel\u00e8ve des bless\u00e9s et les d\u00e9g\u00e2ts sont consid\u00e9rables. Chaumartin ayant \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 sur d\u00e9nonciation d&rsquo;une auxiliaire de la police, le signalement de Ravachol est rapidement diffus\u00e9. Or, le 27 mars, au sortir de la rue de Clichy, Ravachol s&rsquo;arr\u00eate d\u00e9jeuner au restaurant V\u00e9ry, boulevard Magenta. L\u00e0, il essaie (imprudence fatale) de convertir aux th\u00e9ories anarchistes le gar\u00e7on de salle Lh\u00e9rot. Quelques jours plus tard, Ravachol revient au m\u00eame restaurant. Gr\u00e2ce au signalement donn\u00e9 par la presse, Lh\u00e9rot l&rsquo;identifie et alerte la police. Il faut le renfort d&rsquo;une dizaine d&rsquo;agents de la force publique pour ma\u00eetriser ce colosse. Le 26 avril, Ravachol et ses amis sont aux assises de la Seine. Le Palais de Justice est transform\u00e9 en v\u00e9ritable forteresse. La veille, en effet, des compagnons ont fait sauter le restaurant V\u00e9ry (simple \u00ab\u00a0v\u00e9ryfication\u00a0\u00bb notera Le P\u00e8re Peinard) et l&rsquo;opinion se montre inqui\u00e8te. Condamn\u00e9 aux travaux forc\u00e9s \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9, Ravachol compara\u00eet en juin devant la Cour d&rsquo;Assises de la Loire pour r\u00e9pondre des vols et assassinats commis avant sa mont\u00e9e \u00e0 Paris. Il accueille sa condamnation \u00e0 mort au cri de Vive l&rsquo;anarchie ! D\u00e9laissant les derniers conseils de l&rsquo;aum\u00f4nier, il marche d&rsquo;un pas ferme \u00e0 la guillotine dress\u00e9e \u00e0 Montbrison en chantant quelques obsc\u00e9nit\u00e9s du P\u00e8re Duchesne. Sujet de romans ou de feuilletons, Ravachol entre dans la l\u00e9gende tandis que l&rsquo;Almanach du P\u00e8re Peinard de 1894 lance sur l&rsquo;air de la Carmagnole et du \u00c7a ira, La Ravachole, dont le refrain r\u00e9sume bien l&rsquo;esprit : \u00ab\u00a0Dansons la Ravachole \/ Vive le son, vive le son \/ Dansons la Ravachole \/ Vive le son \/ d&rsquo;l&rsquo;explosion \/ Ah \u00e7a ira, \u00e7a ira, \u00e7a ira \/ Tous les bourgeois go\u00fbtront la bombe \/ Ah \u00e7a ira, \u00e7a ira, \u00e7a ira \/ Tous les bourgeois on les saut&rsquo;ra \/ On les saut&rsquo;ra\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Effectivement, Ravachol ex\u00e9cut\u00e9, les \u00ab\u00a0sauteries\u00a0\u00bb ne s&rsquo;arr\u00eatent pas. 13 novembre 1893 : attentat contre le ministre de Serbie, avenue de l&rsquo;Op\u00e9ra. 9 d\u00e9cembre 1893 : attentat d&rsquo;Auguste Vaillant contre la Chambre des D\u00e9put\u00e9s. 12 f\u00e9vrier 1894 : \u00c9mile Henry jette une bombe dans le caf\u00e9 Terminus de la Gare Saint-Lazare. 20 f\u00e9vrier 1894 : explosions rue Saint-Jacques et faubourg Saint-Martin. 15 mars 1894 : L&rsquo;anarchiste belge Pauwels est d\u00e9chiquet\u00e9 par l&rsquo;explosion pr\u00e9matur\u00e9e de la bombe qu&rsquo;il transporte \u00e0 l&rsquo;\u00e9glise de la Madeleine (\u00e0 la suite de la destruction du magasin d&rsquo;alimentation de luxe Fauchon, place de la Madeleine \u00e0 Paris, le 19 d\u00e9cembre 1877, certains communiqu\u00e9s, revendiquant l&rsquo;attentat, \u00e9voquent pr\u00e9cis\u00e9ment l&rsquo;anarchiste Pauwels). 24 juin 1894 : Santo Caserio poignarde \u00e0 Lyon le pr\u00e9sident Sadi-Carnot.<\/p>\n<p>Le 28 juillet, le gouvernement a obtenu, \u00e0 une importante majorit\u00e9, le vote de la troisi\u00e8me loi qualifi\u00e9e de sc\u00e9l\u00e9rate par l&rsquo;opposition, loi visant \u00e0 r\u00e9primer tout acte de propagande anarchique. Et les attentats cessent. Les mesures de surveillance \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des milieux anarchistes sont notablement renforc\u00e9es. Le gouvernement n&rsquo;h\u00e9site m\u00eame pas \u00e0 traduire devant la Cour d&rsquo;Assises de la Seine une trentaine d&rsquo;anarchistes connus (S\u00e9bastien Faure, Jean Grave, \u00c9mile Pouget), d&rsquo;ailleurs acquitt\u00e9s \u00e0 la fin de ce Proc\u00e8s des Trente.<\/p>\n<p>Ils cessent (en France du moins) parce qu&rsquo;en r\u00e9alit\u00e9 les anarchistes d\u00e9sapprouvent cette propagande par le fait, oeuvre d&rsquo;individualit\u00e9s marginales ou exalt\u00e9es. Ils cessent enfin car d&rsquo;autres formes de lutte se dessinent. La pouss\u00e9e des voix socialistes lors des \u00e9lections l\u00e9gislatives de 1894 est un indice de ce changement ; mais surtout un syndicalisme r\u00e9volutionnaire, anim\u00e9 par les anarchistes est en train de se constituer. D\u00e8s 1890, Kropotkine avait sp\u00e9cifi\u00e9 : Il faut \u00eatre avec le peuple, qui ne demande plus d&rsquo;acte isol\u00e9, mais des hommes d&rsquo;action dans ses rangs. C&rsquo;est donc au sein des masses que nous retrouverons le cheminement du mouvement anarchiste.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, jusqu&rsquo;au d\u00e9but du XX\u00e8me si\u00e8cle, une vague d&rsquo;attentats peu ordinaires fait trembler les grands de ce monde : 20 septembre 1898, l&rsquo;imp\u00e9ratrice \u00c9lisabeth d&rsquo;Autriche tombe \u00e0 Gen\u00e8ve sous le poignard de Luccheni ; le 29 juillet 1900, Humberto 1er d&rsquo;Italie est abattu par Bresci ; le 6 septembre 1910, L\u00e9on Czolgosz tire deux coups de revolver sur le pr\u00e9sident des \u00c9tats-Unis, Mac Kinley.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/bande-a-bonnot.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2391\" title=\"La bande \u00e0 Bonnot\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/bande-a-bonnot-300x243.jpg\" alt=\"\" width=\"159\" height=\"128\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/bande-a-bonnot-300x243.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/bande-a-bonnot.jpg 600w\" sizes=\"(max-width: 159px) 100vw, 159px\" \/><\/a><strong>De l&rsquo;ill\u00e9galisme au banditisme<\/strong><\/p>\n<p>Sans attendre la r\u00e9volution, l&rsquo;ill\u00e9galisme se propose donc de faire sa r\u00e9volution soi-m\u00eame. Cette totale libert\u00e9 du moi nietzsch\u00e9en, cette exaltation de la noblesse de chaque individu ne pouvaient manquer de conna\u00eetre de dangereuses d\u00e9viations. Le journal L&rsquo;Anarchie, fond\u00e9 en avril 1905, ne condamne pas cette nouvelle tendance. Ernest Arnaud, Andr\u00e9 Lorulot, Kibaltchiche, Rirette Maitrejean&#8230; collaborent \u00e0 sa r\u00e9daction. Jusqu&rsquo;en 1908, l&rsquo;influence de Libertad, personnage singulier et v\u00e9h\u00e9ment, est pr\u00e9pond\u00e9rante.<\/p>\n<p>Le bouillonnement des esprits aboutit \u00e0 une trag\u00e9die qui d\u00e9fraie la chronique. Le 21 d\u00e9cembre 1911, rue Ordoner, un gar\u00e7on de recettes est assassin\u00e9 en plein jour. Ses quatre agresseurs le d\u00e9pouillent de sa sacoche, vident ses poches et sautent dans une automobile. Le lendemain, la voiture est retrouv\u00e9e \u00e0 Dieppe.\u00a0 Tel est le premier \u00ab\u00a0exploit\u00a0\u00bb de la Bande \u00e0 Bonnot. Pendant plusieurs jours, l&rsquo;opinion publique croit voir partout les myst\u00e9rieux assassins. Les r\u00e9v\u00e9lations d&rsquo;un garagiste orientent alors les soup\u00e7ons sur l&rsquo;anarchiste Carouy, dont la ma\u00eetresse vient d&rsquo;\u00eatre interpell\u00e9e. Trois semaines plus tard, le 3 janvier 1912, un rentier de 91 ans et sa servante sont assassin\u00e9s \u00e0 Thiais, 2 rue de l&rsquo;\u00c9glise. \u00c0 d\u00e9faut d&rsquo;arr\u00eater les bandits, le 31 janvier, la police fait une descente au si\u00e8ge de L&rsquo;Anarchie, perquisitionne six heures durant et incarc\u00e8re tous les assistants.<\/p>\n<p>Or, le soir du 27 f\u00e9vrier, \u00e0 Paris, un agent de faction arr\u00eate une luxueuse automobile qui n&rsquo;a pas respect\u00e9 le sens giratoire au carrefour des rues d&rsquo;Amsterdam, Saint-Lazare et du Havre. Au moment o\u00f9 le policier s&rsquo;appr\u00eate \u00e0 verbaliser, les occupants du v\u00e9hicule l&rsquo;abattent. On a reconnu les agresseurs du gar\u00e7on de la rue Ordoner et voici que la presse r\u00e9v\u00e8le enfin les noms des bandits Garnier, Bonnot, Callemin. Peu importe, le 29 f\u00e9vrier, les bandits tragiques essaient vainement de d\u00e9valiser, \u00e0 Pontoise, l&rsquo;\u00e9tude d&rsquo;un notaire. Le 25 mars, apr\u00e8s avoir d\u00e9rob\u00e9 vers Montgeron une automobile et abattu ses occupants, Callemin, Garnier, Valet, Monnier, Bonnot, Soudy attaquent, \u00e0 Chantilly, les bureaux de l&rsquo;agence de la Soci\u00e9t\u00e9 G\u00e9n\u00e9rale. Deux employ\u00e9s sont tu\u00e9s. Le d\u00e9put\u00e9 de l&rsquo;arrondissement de Montgeron, Franklin-Bouillon, interpelle le gouvernement.<\/p>\n<p>Le 30 mars, Soudy est arr\u00eat\u00e9 \u00e0 Berck-sur-Mer ; le 2 avril Carouy \u00e0 Loz\u00e8re ; le 7 avril Callemin, dit Raymond-la-Science, chez un anarchiste parisien. Cependant, Bonnot, Garnier et Valet courent toujours. La police perquisitionne alors \u00e0 Alfortville, chez un nomm\u00e9 Cardy soup\u00e7onn\u00e9 de camoufler le butin enlev\u00e9 \u00e0 Thiais. Le 24 avril, le sous-directeur de la S\u00fbret\u00e9 et ses hommes partent \u00e0 Ivry arr\u00eater Cardy et Gauzy, mais se trouvent brusquement devant Bonnot cach\u00e9 dans une chambre du premier \u00e9tage. Le chef de la police est abattu, Bonnot r\u00e9ussit \u00e0 d\u00e9guerpir.<\/p>\n<p>Le d\u00e9nouement intervient le 29 avril 1912 \u00e0 Choisy-le-Roi, o\u00f9 Bonnot s&rsquo;est r\u00e9fugi\u00e9. \u00c0 l&rsquo;aube, la maison du garagiste Dubois est cern\u00e9e par la police. Des pompiers, deux compagnies de la Garde R\u00e9publicaine, des agents, des habitants d&rsquo;alentour encerclent le garage. Le Directeur de la S\u00fbret\u00e9 et le pr\u00e9fet L\u00e9pine dirigent les op\u00e9rations. Vers midi, on d\u00e9cide de faire sauter la maison \u00e0 la dynamite. Trente mille personnes suivent le spectacle. Ainsi p\u00e9rit l&rsquo;homme qui pendant des semaines et des mois avait tenu l&rsquo;opinion publique en haleine.<\/p>\n<p>Le dernier acte se joue le 15 mai \u00e0 Nogent-sur-Marne, o\u00f9 se cachent Garnier et Valet. Le sc\u00e9nario de Choisy-le-Roi se r\u00e9p\u00e8te : la police encercle la maison, tandis que des zouaves post\u00e9s sur un viaduc projettent d&rsquo;\u00e9normes pierres sur la toiture. La dynamite et les mitrailleuses ont finalement raison des deux malfaiteurs.<\/p>\n<p>En f\u00e9vrier 1913, la Cour d&rsquo;Assises de la Seine commence le proc\u00e8s de 22 inculp\u00e9s : Callemin, Carouy, Simentoff, Soudy, Rirette Ma\u00eetrejean, directrice de L&rsquo;Anarchie, Kibaltchiche son ami, Eug\u00e8ne Dieudonn\u00e9, Monnier, Gauzy de Bou\u00e9, Marie Vuillemin&#8230; Consid\u00e9r\u00e9e \u00e0 tort comme l&rsquo;\u00e2me de la bande, Rirette Ma\u00eetrejean et Kibaltchiche affirment qu&rsquo;en tant qu&rsquo;anarchistes ils ont toujours combattu les th\u00e9ories et les pratiques ill\u00e9galistes, mais n&rsquo;ont jamais demand\u00e9 \u00e0 aucun de ceux qui fr\u00e9quentaient le si\u00e8ge de l&rsquo;Anarchie leur identit\u00e9 ou leur mode de vie.<\/p>\n<p>Victor Kibaltchiche, fils d&rsquo;un ancien sous-officier du tsar devenu r\u00e9volutionnaire, a d&rsquo;abord men\u00e9 \u00e0 travers l&rsquo;Europe une existence de proscrit. Condamn\u00e9 \u00e0 cinq ans de r\u00e9clusion parce qu&rsquo;on a trouv\u00e9 deux revolvers au si\u00e8ge de L&rsquo;Anarchie ; il \u00e9pouse Rirette Ma\u00eetrejean en 1915. \u00c0 peine lib\u00e9r\u00e9 en 1917, il gagne la Russie o\u00f9 il se rallie au nouveau r\u00e9gime. D\u00e9port\u00e9 par Staline en Sib\u00e9rie, celui qui s&rsquo;appelle \u00e0 pr\u00e9sent Victor Serge est sauv\u00e9 par l&rsquo;intervention de Romain Rolland, de Gide, de Malraux, de Barbusse. Autoris\u00e9 \u00e0 vivre en Occident, il y devient un \u00e9crivain c\u00e9l\u00e8bre.<\/p>\n<p>Le 27 f\u00e9vrier, 383 questions sont pos\u00e9es au jury. Au petit matin, le verdict tombe : quatre acquittements (dont Rirette Ma\u00eetrejean), dix b\u00e9n\u00e9ficiaires de circonstances att\u00e9nuantes (dont Kibaltchiche, condamn\u00e9 \u00e0 cinq ans de r\u00e9clusion), quatre peines capitales : Callemin, Dieudonn\u00e9, Soudy, Monnier. Un dernier coup de th\u00e9\u00e2tre se produit alors : Callemin innocente Dieudonn\u00e9 de l&rsquo;agression sur le gar\u00e7on de la rue Ordener. Peu de temps avant l&rsquo;ex\u00e9cution, fix\u00e9e au lundi 21 avril 1913, le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique Poincar\u00e9 commue la peine de Dieudonn\u00e9 en celle de travaux forc\u00e9s \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9.<\/p>\n<p>De tels actes n&rsquo;ont rien d&rsquo;anarchiste, \u00e9crit un r\u00e9dacteur libertaire en janvier 1912. Ce sont des actes purement et simplement bourgeois&#8230; La fraude, le vol, le meurtre bourgeois s&rsquo;op\u00e8rent \u00e0 la faveur des lois bourgeoises ; la fraude, le vol, le meurtre pr\u00e9tendus anarchistes s&rsquo;op\u00e8rent en dehors et \u00e0 l&rsquo;encontre d&rsquo;elles, il n&rsquo;est pas d&rsquo;autre diff\u00e9rence. Gustave Herv\u00e9 s&rsquo;exclame dans La Guerre sociale : Bonnot et Garnier tuant froidement des chauffeurs et des employ\u00e9s de banque \u00e0 150 francs par mois pour s&rsquo;offrir des billets de mille, ah, non ! Ils sont \u00e0 vous, Messieurs les d\u00e9trousseurs et les massacreurs du Maroc ! Gardez-les ! Quant \u00e0 Rirette Ma\u00eetrejean, elle affirme dans ses m\u00e9moires de 1913. Derri\u00e8re l&rsquo;ill\u00e9galisme, il n&rsquo;y a pas m\u00eame des id\u00e9es. Ce qu&rsquo;on y trouve : de la fausse science et des app\u00e9tits. Surtout des app\u00e9tits. Du ridicule aussi et du grotesque.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/bombe-a1.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-460\" title=\"sorci\u00e8re anarchiste\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/bombe-a1.jpg\" alt=\"sorci\u00e8re anarchiste\" width=\"99\" height=\"138\" \/><\/a><strong>R\u00e9flexions critiques<\/strong><\/p>\n<p>Aujourd&rsquo;hui les truands se racontent. On les raconte. \u00a0Les sagas du banditisme \u00e0 panache font recette. Notre soci\u00e9t\u00e9 uniformis\u00e9e ne laisse gu\u00e8re de place \u00e0 l&rsquo;aventure, et la d\u00e9linquance des supermarch\u00e9s est \u00e0 son image. C&rsquo;est pourquoi le truand d&rsquo;envergure fait encore r\u00eaver : Papillon ou Flic-Story, on a les westerns qu&rsquo;on m\u00e9rite. On braque&#8230; On flingue&#8230; Chapeau au flic qui vous arr\u00eate. Chapeau \u00e0 l&rsquo;ennemi public qui a quand m\u00eame fini pu se faire prendre. Dans cette \u00e9pop\u00e9e moderne, ni d\u00e9linquants sociaux ni criminels occasionnels. On est entre ca\u00efds&#8230; Et s&rsquo;il y a quelques morts, ce n&rsquo;est que la r\u00e8gle du thriller.<\/p>\n<p>Devant ce fatras d&rsquo;autosatisfaction truandi\u00e8re ou polici\u00e8re, l&rsquo;anarchiste a bien envie de rigoler. Ces luttes fratricides ne le concernent pas ! \u00a0Pour lui, le truand est le chancre de la soci\u00e9t\u00e9, son parasite, et tant mieux si elle en cr\u00e8ve ! On n&rsquo;instaure pas impun\u00e9ment le culte de l&rsquo;argent et le m\u00e9pris de la personne : le truand, voleur et meurtrier, est le pur produit de cette \u00ab\u00a0morale\u00a0\u00bb dont Bakounine disait \u00ab\u00a0qu&rsquo;elle ne comprime pas les vices et les crimes [mais] les cr\u00e9e\u00a0\u00bb. L&rsquo;anarchiste n&rsquo;a rien \u00e0 voir avec le truand, il s&rsquo;inscrit en dehors de la soci\u00e9t\u00e9 sur laquelle vit le voyou ; peu lui importe que l&rsquo;argent change de poche et le pouvoir de camp, puisque pr\u00e9cis\u00e9ment le culte de l&rsquo;argent et le pouvoir lui font horreur. Le meurtre \u00e9galement, comme toute autre atteinte \u00e0 la libert\u00e9 et au respect de l&rsquo;individu. Le projet anarchiste suppose la destruction des valeurs bourgeoises et la redistribution \u00e9quitable des richesses. Pas l&rsquo;institution du racket ni du hold-up.<\/p>\n<p>Pourtant le banditisme interpelle l&rsquo;anarchie \u00e0 diff\u00e9rents degr\u00e9s. Dans la mythologie cacophonique des ex\u00e9cutions et des martyrs : Cartouche, Mandrin, Ravachol, Emile Henry, Bonnot, Emile Buisson, p\u00eale-m\u00eale la l\u00e9gende, l&rsquo;allure, la p\u00e8gre&#8230; mais aussi une formulation de la r\u00e9volte, voire m\u00eame une th\u00e9orisation de l&rsquo;anarchie. La fronti\u00e8re entre banditisme de droit commun et projet r\u00e9volutionnaire ne se situe-t-elle que dans la revendication exprim\u00e9e d&rsquo;une appartenance anarchiste ?<\/p>\n<p>La soci\u00e9t\u00e9 trouve son avantage \u00e0 l&rsquo;amalgame : les camarades arr\u00eat\u00e9s sous l&rsquo;inculpation d&rsquo;association de malfaiteurs, et la bande \u00e0 Baader occult\u00e9e par les marxistes comme par la droite sous l&rsquo;\u00e9tiquette de \u00ab\u00a0criminels de droit commun \u00ab\u00a0&#8230;<\/p>\n<p>Beaucoup de points d&rsquo;interrogation pour l&rsquo;anarchiste qui se rappelle ses guillotin\u00e9s et ses bagnards, mais aussi ses d\u00e9chirements entre 1892 et 1913, de la \u00ab\u00a0Terreur noire\u00a0\u00bb aux \u00ab\u00a0Bandits tragiques\u00a0\u00bb. Ces interrogations peuvent s&rsquo;\u00e9noncer de diff\u00e9rentes fa\u00e7ons : les anarchistes peuvent-ils s&rsquo;exprimer dans le banditisme ? Leurs actes seront-ils alors r\u00e9volutionnaires ? Le banditisme traditionnel contient-il un projet, constitue-t-il une lutte sociale ? Peut-il \u00eatre un alli\u00e9 de la r\u00e9volution ?<\/p>\n<p>L&rsquo;ill\u00e9galisme est inscrit dans l&rsquo;anarchie depuis sa naissance. \u00ab\u00a0La propri\u00e9t\u00e9, c&rsquo;est le vol\u00a0\u00bb de Proudhon ne pouvait qu&rsquo;amener la notion de \u00ab\u00a0reprise individuelle\u00a0\u00bb comme une l\u00e9gitime d\u00e9fense, le vol \u00e9tant une r\u00e9cup\u00e9ration op\u00e9r\u00e9e par les vol\u00e9s sur les voleurs de la bourgeoisie. Et la violence est la seule r\u00e9ponse \u00e0 la violence de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Historiquement, la violence anarchiste -ce que la soci\u00e9t\u00e9 appelle son banditisme- est n\u00e9e dans les ann\u00e9es 1880 lorsque les anarchistes se pos\u00e8rent le probl\u00e8me de leur action en termes soudain diff\u00e9rents ; la \u00ab\u00a0propagande par le fait\u00a0\u00bb succ\u00e9dait \u00e0 la propagation des id\u00e9es par la seule parole.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Notre action doit \u00eatre la r\u00e9volte permanente par la parole, par l&rsquo;\u00e9crit, par le poignard, le fusil, la dynamite (&#8230;) Tout est bon pour nous qui n&rsquo;est pas la l\u00e9galit\u00e9\u00a0\u00bb, \u00e9crivait Kropotkine dans son article l&rsquo;Action paru dans le R\u00e9volt\u00e9 du 25 d\u00e9cembre 1880. Le congr\u00e8s international du 14 juillet 1881, r\u00e9uni \u00e0 Londres, lan\u00e7ait de fait un appel au terrorisme individuel et de nombreux journaux anarchistes donnaient alors des recettes de bombes &#8211; peu mises en pratique dans l&rsquo;imm\u00e9diat du moins. En attendant la vague d&rsquo;attentats des ann\u00e9es 1992-94 (Ravachol, Vaillant et Henry), la propagande pu le fait trouva sa sublimation dans la reprise individuelle.<\/p>\n<p>En 1884, lors d&rsquo;un meeting \u00e0 Paris, des orateurs ouvriers appel\u00e8rent les travailleurs \u00e0 \u00ab\u00a0fouler aux pieds le respect de la propri\u00e9t\u00e9, \u00e0 avoir l&rsquo;\u00e9nergie de prendre dans les magasins ce qui leur est n\u00e9cessaire pour vivre\u00a0\u00bb. Le 5 octobre 1886, un certain Cl\u00e9ment Duval cambriola l&rsquo;h\u00f4tel particulier d&rsquo;une artiste peintre, Mme Lemaire, et au policier qui L&rsquo;interpellait du traditionnel : \u00ab\u00a0Au nom de la loi je vous arr\u00eate\u00a0\u00bb, il r\u00e9pondit par an : \u00ab\u00a0Au nom de la loi je te supprime\u00a0\u00bb et par quelques coups de couteau. Il le tua !<\/p>\n<p>Un cambriolage classique qui a mal tourn\u00e9 ? Cl\u00e9ment Duval fit conna\u00eetre qu&rsquo;il \u00e9tait anarchiste et appartenait \u00e0 un groupe libertaire (la Panth\u00e8re des Batignolles). Lorsque son proc\u00e8s s&rsquo;ouvrit le 11 janvier 1887, pour la premi\u00e8re fois les anarchistes d\u00e9fendirent publiquement le droit au vol\u00a0\u00bb. L&rsquo;Almanach anarchiste pour 1892 r\u00e9dig\u00e9 par S\u00e9bastien Faure reprenait \u00e0 son compte l&rsquo;acte du \u00ab\u00a0compagnon\u00a0\u00bb Duval : Accus\u00e9 de vol et de pillage \u00e0 l&rsquo;h\u00f4tel Lemaire et de tentative de meurtre sur le mouchard Rossignol qui l&rsquo;arr\u00eatait, Duval, ouvrier pauvre, convaincu que la propri\u00e9t\u00e9 individuelle n&rsquo;a aucune source l\u00e9gitime, avait vol\u00e9 non pour lui mais pour soutenir la propagande ( &#8230; ) Son acte, acte de guerre sociale sil en fut, fut anath\u00e9matis\u00e9 par les socialistes autoritaires qui d\u00e9clarent bien que la propri\u00e9t\u00e9 c&rsquo;est le vol mais entendent que les vol\u00e9s, c&rsquo;est-\u00e0-dire les non-poss\u00e9dants, se contentent de cette affirmation platonique.\u00a0\u00bb Condamn\u00e9 \u00e0 mort, Duval ne fut pas ex\u00e9cut\u00e9 mais envoy\u00e9 aux travaux forc\u00e9s. Il s&rsquo;\u00e9vada de Guyane.<\/p>\n<p>Le 4 novembre 1890 s&rsquo;ouvrit le proc\u00e8s d&rsquo;un autre cambrioleur anarchiste, Pini, qui fut condamn\u00e9 \u00e0 vingt ans de travaux forc\u00e9s. Lui aussi s&rsquo;\u00e9tait d\u00e9fendu d&rsquo;\u00eatre un truand ordinaire : \u00ab\u00a0Je ne suis pas un voleur ; je reprends dans un but social les richesses vol\u00e9es par les bourgeois.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le mouvement anarchiste, d\u00e8s Duval et Pini se montre divis\u00e9 sur le caract\u00e8re r\u00e9volutionnaire du vol. Si S\u00e9bastien Faure, comme nom l&rsquo;avons vu, et Elis\u00e9e Reclus l&rsquo;approuvent, il n&rsquo;en est pas de m\u00eame de Jean Grave qui justifie les actes de Duval et Pini mais ne leur accorde aucune valeur r\u00e9volutionnaire. A ce moment, en effet, le mouvement anarchiste est dans sa majorit\u00e9 favorable \u00e0 l&rsquo;action ouvri\u00e8re \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur des syndicats et a tendance \u00e0 rejeter les actions individualistes jug\u00e9es inefficaces et impopulaires. Le d\u00e9bat ne cessera pas mais d\u00e9j\u00e0 un autre, plus grave, va laisser de c\u00f4t\u00e9 le probl\u00e8me du vol : c&rsquo;est celui du terrorisme.<\/p>\n<p>Arrive en effet la p\u00e9riode des attentats r\u00e9volutionnaires, encore que certains d&rsquo;entre eux apparaissent aux anarchistes bien gratuits : le meurtre de l&rsquo;ermite de Montbrison par Ravachol appara\u00eet davantage comme un crime crapuleux que comme une l\u00e9gitime d\u00e9fense, et les raisons donn\u00e9es pu Ravachol ressemblent \u00e0 celles de Raskolnikov&#8230; Mais Ravachol posant des bombes chez des magistrats pour venger Decamps, Vaillant lan\u00e7ant sa bombe \u00e0 la Chambre des d\u00e9put\u00e9s, rien \u00e0 voir, l\u00e0, avec le banditisme ; l&rsquo;id\u00e9ologie qui sous-tend ces actes est celle d&rsquo;un terrorisme que, m\u00eame s&rsquo;il ne le soutient pas, l&rsquo;anarchiste comprend. La bombe du caf\u00e9 Terminus relance en 1894 la pol\u00e9mique de la violence r\u00e9volutionnaire frappant des innocents.<\/p>\n<p>Il faut attendre 1905 pour retrouver le banditisme anarchiste. Une grande ann\u00e9e en effet pour les tenants de la reprise individuelle !<\/p>\n<p>1905, c&rsquo;est aussi l&rsquo;ann\u00e9e o\u00f9 Libertad fonde le journal l&rsquo;Anarchie pour y pr\u00f4ner l&rsquo;individualisme et l&rsquo;ill\u00e9galisme. Et c&rsquo;est autour de l&rsquo;Anarchie que va se constituer ce qu&rsquo;on appellera apr\u00e8s coup la bande \u00e0 Bonnot . Car la contestation anarchiste de l&rsquo;ill\u00e9galisme -ce qu&rsquo;Alexandre Croix dans un num\u00e9ro sp\u00e9cial du Crapouillot nomme la d\u00e9viation apache- trouve son sommet avec l&rsquo;affaire des \u00ab\u00a0bandits tragiques\u00a0\u00bb qui devait faire couler tant de sang et d&rsquo;encre.<\/p>\n<p>La bande \u00e0 Bonnot, il suffit de rappeler quelques noms : Jules Bonnot, Raymond Callemin (dit Raymond la Science), Dieudonn\u00e9, Garnier, Soudy, Monier, Carouy&#8230; De rappeler quelques dates :<\/p>\n<ul class=\"unIndentedList\">\n<li> 21 d\u00e9cembre 1911 : la trag\u00e9die de la rue Ordener : l&rsquo;encaisseur Caby est attaqu\u00e9 et d\u00e9valis\u00e9 par les bandits (Dieudonn\u00e9 sera condamn\u00e9 \u00e0 mort parce qu&rsquo;il aura \u00e9t\u00e9 reconnu par Caby mais sa peine sera commu\u00e9e ses compagnons ayant attest\u00e9 sa non-participation).<\/li>\n<li> 27 f\u00e9vrier 1912 : le meurtre de l&rsquo;agent Garnier par Garnier devant le restaurant Garnier (\u00e0 cause d&rsquo;un exc\u00e8s de vitesse \u00e0 la gare Saint-Lazare).<\/li>\n<li> 25 mars 1912 : le vol de la De Dion Bouton \u00e0 Montgeron et l&rsquo;assaut de la Soci\u00e9t\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale \u00e0 Chantilly.<\/li>\n<li> 28 avril 1912 : la mort de Bonnot apr\u00e8s le si\u00e8ge de la maison de Dubois \u00e0 Choisy-le-Roi (des centaines d&rsquo;hommes pour en tuer deux).<\/li>\n<li> 15 mai 1912 : le si\u00e8ge de la maison de Nogent-sur-Marne : Garnier et Valet sont tu\u00e9s.<\/li>\n<li> F\u00e9vrier 1913 : Proc\u00e8s. 27 f\u00e9vrier, verdict : quatre condamnations \u00e0 mort et des peines de travaux forc\u00e9s (Carouy condamn\u00e9 \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 se suicida).<\/li>\n<li> 20 avril 1913 : ex\u00e9cution de Callemin, Soudy et Monier (Dieudonn\u00e9 partira pour le bagne).<\/li>\n<\/ul>\n<p>Donc, \u00e0 cette aventure un point de d\u00e9part : l&rsquo;ill\u00e9galisme ; un pivot le journal l&rsquo;Anarchie. Pour nous, un point d&rsquo;interrogation permanent. Les r\u00e9actions des anarchistes furent d&#8217;embl\u00e9e tr\u00e8s s\u00e9v\u00e8res et Duval, le premier voleur anarchiste, reprochera \u00e0 Jean Grave son attitude \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des bandits. De fait, la presse anarchiste ne nuance pas sa condamnation. Traditionnellement anti-ill\u00e9galistes, les Temps nouveaux du 6 janvier1912 d\u00e9noncent ainsi l&rsquo;assassinat \u00e0 Thiais d&rsquo;un rentier et de sa bonne le 3 janvier : \u00ab\u00a0De tels actes n&rsquo;ont rien d&rsquo;anarchiste, ce sont des actes purement et simplement bourgeois&#8230; La fraude, le vol, le meurtre bourgeois s&rsquo;op\u00e8rent \u00e0 la faveur des lois bourgeoises; la fraude, le vol, le meurtre pr\u00e9tendus anarchistes s&rsquo;op\u00e8rent en dehors et \u00e0 l&rsquo;encontre d&rsquo;elles. Il n&rsquo;est pas d&rsquo;autre diff\u00e9rence. Et si les bourgeois, dans l&rsquo;application de leurs principes d&rsquo;Individualisme \u00e9go\u00efste, sont des bandits, les soi-disant anarchistes qui suivent les m\u00eames principes deviennent, par ce fait des bourgeois et sont aussi des bandits. Bandits ill\u00e9gaux, peut-\u00eatre, mais bandits quand m\u00eame et \u00e9galement bourgeois\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Echo n\u00e9anmoins att\u00e9nu\u00e9 dans la Guerre sociale des 1-7 mai 1912, apr\u00e8s l&rsquo;assaut policier de Choisy-le-Roi : \u00ab\u00a0Il reste entendu que Bonnot et sa bande sont des bandits et qu&rsquo;aucune doctrine ne saurait justifier, ni excuser des abominations comme l&rsquo;\u00e9gorgement des deux vieillards de Thiais, l&rsquo;assassinat du chauffeur \u00e0 Montgeron et des employ\u00e9s de banque de Chantilly [&#8230;)\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Mais nous, les militants, qui croyons que la servitude du peuple est faite en grande partie de sa veulerie, de sa peur des coups, de son manque d&rsquo;initiative et d&rsquo;audace, mus ne pouvions nom emp\u00eacher de murmurer : devant cinq cents r\u00e9volutionnaires comme Bonnot, qu&rsquo;est-ce que p\u00e8serait toute la police de Paris ? \u00ab\u00a0<\/p>\n<p>La collection de l&rsquo;Anarchie est bien s\u00fbr int\u00e9ressante : \u00e0 partir du 4 janvier 1912 (au lendemain donc du drame de Thiais) de nombreux articles sympathisants seront consacr\u00e9s aux bandits. Parmi eux, celui du num\u00e9ro 356 (1er f\u00e9vrier 1912) o\u00f9, sous le titre \u00ab\u00a0Anarchistes et malfaiteurs\u00a0\u00bb, le R\u00e9tif (alias Kilbatchiche, qui deviendra plus tard Victor Serge) \u00e9crit : \u00ab\u00a0Certes les bandits demeurent loin de nous, loin de nos r\u00eaves et de nos vouloirs. Qu&rsquo;importe apr\u00e8s tout ! Le fait est qu&rsquo;ils sont dans la pourriture sociale, un ferment de d\u00e9sagr\u00e9gation; qu&rsquo;ils sont \u00ab\u00a0hors du troupeau\u00a0\u00bb quelques individualistes ardents, que seuls ils osent comme nous proclamer leur vouloir vivre \u00e0 tout prix. Eh bien, ces malfaiteurs m&rsquo;int\u00e9ressent et j&rsquo;ai pour eux autant de sympathie que de m\u00e9pris pour les honn\u00eates gens rat\u00e9s ou arriv\u00e9s !\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>L&rsquo;Anarchie, tout au long de l&rsquo;affaire, se dira partie prenante des actes de la bande mais n&rsquo;\u00e9chappera pas cependant \u00e0 de nombreux d\u00e9bats internes. Le journal reconna\u00eetra que les bandits avaient fr\u00e9quent\u00e9 les milieux de l&rsquo;Anarchie et Kilbatchiche fera m\u00eame partie des accus\u00e9s (il sera condamn\u00e9 \u00e0 cinq ans). Au moment du proc\u00e8s, le journal publiera le nom et l&rsquo;adresse des jur\u00e9s, les \u00ab\u00a0douze fantoches\u00a0\u00bb (ce qui vaudra \u00e0 son directeur d&rsquo;\u00eatre emprisonn\u00e9), et dira bien s\u00fbr son horreur devant le verdict et l&rsquo;ex\u00e9cution tandis que le Petit Parisien du 21 avril 1913 titrait : \u00ab\u00a0Ce matin \u00e0 l&rsquo;aube, Callemin, Soudy et Monier ont pay\u00e9 de leur t\u00eate la dette de sang, de haine et de mort qu&rsquo;ils avaient contract\u00e9e envers la soci\u00e9t\u00e9.\u00a0\u00bb Car la presse bourgeoise, elle, n&rsquo;avait ni h\u00e9sitation ni pudeur. Le m\u00eame Petit Parisien du 22 avril publiait un r\u00e9cit complet de l&rsquo;ex\u00e9cution : \u00ab\u00a0Nos lecteurs y trouveront des d\u00e9tails nouveaux et fort Int\u00e9ressants sur lu derniers moments des malfaiteurs redoutables qui viennent d&rsquo;expie leurs crimes.\u00a0\u00bb Mais l&rsquo;abjection de la soci\u00e9t\u00e9 \u00f4te-t-elle quelque chose \u00e0 l&rsquo;abjection de certains actes ?<\/p>\n<p>La trag\u00e9die des bandits marque la fin de l&rsquo;ill\u00e9galisme. Mauvaise interpr\u00e9tation de l&rsquo;anarchie ou d\u00e9marche fondamentalement r\u00e9volutionnaire ? Il est ind\u00e9niable que l&rsquo;expression de l&rsquo;anarchie par le banditisme correspond \u00e0 un moment de l&rsquo;histoire du mouvement. Mais la peur \u00e9prouv\u00e9e par les bourgeois suffit-elle \u00e0 justifier les hold-up sanglants des bandits en auto et \u00e0 les rendre r\u00e9volutionnaires ? Auquel cas, le banditisme pur ne serait-il pas lui-m\u00eame r\u00e9volutionnaire<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/bakounine-blog.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1515\" title=\"Bakounineblog\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/bakounine-blog-300x48.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"48\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/bakounine-blog-300x48.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/bakounine-blog.jpg 901w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><strong>L&rsquo;illusion de Bakounine<\/strong><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Vive Bonnot !\u00a0\u00bb fut un des nombreux slogans de Nanterre en 1968&#8230;Bakounine \u00e9tablissait une passerelle entre banditisme de droit commun et anarchie dans le r\u00f4le qu&rsquo;il attribuait -pour une future r\u00e9volution russe- aux truands de tout ordre, particuli\u00e8rement dans sa lettre \u00e0 Netcha\u00efev du 2 juin 1870 : \u00ab\u00a0En ce qui me concerne je ne tol\u00e8re personnellement ni le brigandage, ni le vol, ni toute autre violence faite \u00e0 l&rsquo;homme sous n&rsquo;importe quelle forme; mais j&rsquo;avoue que s&rsquo;il me faut choisir, d&rsquo;une part entre le brigandage et le vol de ceux qui occupent le tr\u00f4ne et jouissent de tous les privil\u00e8ges, et d&rsquo;autre part, le vol et le brigandage du peuple, je me rangerai sans h\u00e9sitation du c\u00f4t\u00e9 de ces derniers, que le trouve naturels, n\u00e9cessaires et m\u00eame, dam an sens, l\u00e9gaux. ( &#8230; ) Je prends partie pour le brigandage populaire et vois en lui un des moyens essentiels de la future r\u00e9volution populaire en Russie \u00ab\u00a0<\/p>\n<p>Dans la r\u00e9alit\u00e9 fran\u00e7aise, le \u00ab\u00a0vol et le brigandage du peuple\u00a0\u00bb dont parle Bakounine peut qualifier une certaine forme de d\u00e9linquance. Mais ce qu&rsquo;on appelle le \u00ab\u00a0milieu\u00a0\u00bb ? Parmi tous les livres sur le banditisme de droit commun dont nous parlions plus haut, le Dernier Mandrin, de Jean-Baptiste Buisson et Maurice Frot, permet de mieux comprendre la r\u00e9volte du truand et le style de pens\u00e9e de ceux qui ont choisi de vivre en marge du code. Jean-Baptiste Buisson, le fr\u00e8re d&rsquo;Emile (cf Flic Story) a quatre-vingts ans dont quarante pass\u00e9s en prison. De sa r\u00e9volte, comment ne pas se sentir solidaire ? Une enfance qui n&rsquo;a rien \u00e0 envier aux pages les plus sombres de Zola.. Le sentiment de l&rsquo;injustice sociale au plus haut degr\u00e9, et le vol pour manger. \u00ab\u00a0Ces petits voleurs de Buisson, disaient les commer\u00e7ants. Alors, le petit Buisson, il avait d\u00e9j\u00e0 de la haine ! Aucun scrupule d&rsquo;aller les faucher! Et je n&rsquo;en ai jamais eu ! Et cette haine, plus j&rsquo;ai v\u00e9cu, plus j&rsquo;ai vu et compris la grande valse pas honteuse des puissants, du riches, des malins, et pour les faibles, les pauvres, les na\u00effs, rien que le travail et \u00a0\u00bb marchez droit !\u00a0\u00bb. Et quand l&rsquo;un d&rsquo;eux refuse de marcher droit, refuse tout pr\u00e9f\u00e8re se battre, on lui coupe les ailes ou le cou&#8230; alors, cette haine n&rsquo;a fait que grandir !\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Pour le truand de m\u00e9tier comme pour l&rsquo;anarchiste de la reprise individuelle, voler c&rsquo;est prendre une revanche, mais pour le truand, pas d&rsquo;alibi, pas de th\u00e9orisation : une appropriation : \u00ab\u00a0Conscience politique, aucune. C&rsquo;est net. On \u00e9tait, peut-\u00eatre sans le savoir, en guerre contre la soci\u00e9t\u00e9. Pas une guerre de quatre ans, de trente ans, une guerre que tu commen\u00e7ais en naissant, que tu ne finissais que le jour de ta mort, c&rsquo;est-\u00e0-dire le jour, proche ou lointain, o\u00f9 en d\u00e9finitive ta la perdais, ta guerre. Pas une guerre avec des id\u00e9es. Avec du actes. Tous les jours. Sur le tas. Pas pour demain. Tout de suite. Les saurs, les r\u00e9volutionnai. tes, bien s\u00fbr, on leur donnait raison. Dans le fond du c\u0153ur et de la t\u00eate, on \u00e9tait avec eux. Mais nous, notre guerre, elle \u00e9tait autre.\u00a0\u00bb Et l&rsquo;admiration du jeune Jean-Baptiste Buisson pour Bonnot n&rsquo;est pas un r\u00eave d&rsquo;anarchie mais un r\u00eave de guerre : \u00ab\u00a0Bonnot c&rsquo;\u00e9tait notre ma\u00eetre. Bonnot c&rsquo;\u00e9tait notre dieu. Ni dieu ni ma\u00eetre ? Si, lui. On ne parlait plus que de \u00e7a. Une v\u00e9ritable chanson de geste, une \u00e9pop\u00e9e\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>La convergence \u00ab\u00a0libertaire\u00a0\u00bb des r\u00e9voltes s&rsquo;arr\u00eate l\u00e0. Le Dernier Mandrin d\u00e9couvre un monde que ne concernent pas les d\u00e9bats du journal l&rsquo;Anarchie et des Temps nouveaux. Libertaire, le truand l&rsquo;est comme le veut le mythe du \u00ab\u00a0desperado\u00a0\u00bb solitaire, et presque toutes les biographies et autobiographies de truands nous ram\u00e8nent au \u00ab\u00a0Samoura\u00ef\u00a0\u00bb des films de Jean-Pierre Melville qui d\u00e9finissait le film noir comme l&rsquo;intrusion de la trag\u00e9die grecque dans la vie moderne : la soumission \u00e0 un certain destin&#8230; qui fait de la vie du truand le contraire de la volont\u00e9 r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n<p>Marginal de la marginalisation, le truand s&rsquo;int\u00e8gre plus ou moins dans une antisoci\u00e9t\u00e9 aux structures rigides ou floues selon les livres et les films mais qui n&rsquo;a rien de commun avec quelque projet anarchiste que ce soit. Et l&rsquo;antisoci\u00e9t\u00e9 du voyou repose sur un syst\u00e8me de valeurs qui n&rsquo;a rien \u00e0 envier \u00e0 celui de la soci\u00e9t\u00e9 dont il se dit l&rsquo;ennemi : ordre de l&rsquo;argent et des valeurs \u00e9tablies, belles voitures et go\u00fbt de la parure, ce qu&rsquo;on conna\u00eet de l&rsquo;envie de se ranger fortune faite comme le bon petit employ\u00e9 avec son livret de caisse d&rsquo;\u00e9pargne et son pavillon de banlieue. La respectabilit\u00e9, surtout. Et l&rsquo;honneur. Le faux honneur. Toute la soci\u00e9t\u00e9 reproduite et caricatur\u00e9e dans cette antisoci\u00e9t\u00e9 et ces actuels. Id\u00e9ologie r\u00e9actionnaire avec, en prime, souvent le racisme&#8230; Le mythe qui n&rsquo;en est peut-\u00eatre pas un du voyou complice du policier qui l&rsquo;arr\u00eate&#8230; On repense forc\u00e9ment aux truands qui se mirent au service de la Gestapo, comme Pierrot le Fou, \u00e0 la collusion de l&rsquo;affaire Ben Barka, \u00e0 la p\u00e8gre justici\u00e8re de M le Maudit<\/p>\n<p>L&rsquo;illusion de la convergence du combat anarchiste et du banditisme a disparu, et sans doute autant pour le \u00ab\u00a0premier\u00a0\u00bb que pour le \u00ab\u00a0dernier\u00a0\u00bb Mandrin. Erwan Bergot, dans son Mandrin ou la Fausse L\u00e9gende a tr\u00e8s bien d\u00e9mont\u00e9 le m\u00e9canisme de cette esp\u00e9rance d\u00e9\u00e7ue : Mandrin, le fils de paysan, attaquait l&rsquo;Administration, les riches et les militaires. C&rsquo;\u00e9tait donc la \u00ab\u00a0lutte des classes\u00a0\u00bb anticip\u00e9e, un \u00ab\u00a0Che Guevara\u00a0\u00bb de la R\u00e9volution fran\u00e7aise mort quarante ans avant elle, un anarchiste avant la lettre\u00a0\u00bb ? Pour Bergot, c&rsquo;\u00e9tait un contrebandier ! \u00ab\u00a0Lib\u00e9raux, formatables, sociologues, psychanalystes, r\u00e9volt\u00e9s, gauchistes, saints et philosophes, \u00e2mes Sensibles on raisonneuses, tous brailleurs d&rsquo;intellect mille excuses pour la d\u00e9ception !\u00a0\u00bb, \u00e9crit Maurice Frot.<\/p>\n<p>Les chemins resteront donc parall\u00e8les, avec parfois l&rsquo;ambivalence d&rsquo;un Bonnot&#8230; ou d&rsquo;un Jacob, de pr\u00e9f\u00e9rence. On peut \u00eatre le fl\u00e9au de la soci\u00e9t\u00e9 de beaucoup de mani\u00e8res. Quant \u00e0 savoir si, le jour de la r\u00e9volution, les truands seront avec nous&#8230; Bakounine en \u00e9non\u00e7ait la possibilit\u00e9 et une forme de projet : \u00ab\u00a0Aller vers les brigands ne signifie pas devenir soi-m\u00eame un brigand et rien qu&rsquo;un brigand ; cela ne signifie pas partager leurs passions* leur d\u00e9tresse, leurs buts souvent inf\u00e2mes, leurs sentiments et leurs actions ; cela signifie les doter d&rsquo;une finie cou. voile et \u00e9veiller en eux l&rsquo;aspiration vers un but diff\u00e9rent vers un but populaire \u00ab\u00a0. Tout en formulant ailleurs le probl\u00e8me qui demeurerait pour la r\u00e9volution de ces marginaux qui n&rsquo;admettront pas forc\u00e9ment les valeurs de l&rsquo;anarchie.<\/p>\n<p>Dans le syst\u00e8me actuel, l&rsquo;anarchiste &#8211; en d\u00e9pit de ses r\u00e9pulsions sera toujours plus pr\u00e8s du bandit que du gendarme. Il ne peut oublier que la foule pi\u00e9tinait pour voir ex\u00e9cuter Ravachol, Callemin, Soudy et Monier. Il ne peut oublier qu&rsquo;Emile Buisson a dit, le 28 f\u00e9vrier 1956, avant d&rsquo;\u00eatre guillotin\u00e9, \u00e0 ceux qui l&rsquo;entouraient :\u00a0\u00bbAlors, la soci\u00e9t\u00e9 est contente de vous ?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>BIBLIOGRAPHIE<\/strong><\/p>\n<p>&#8211; Erwan BERGOT : Mandrin ou la Fausse L\u00e9gende &#8211; 1972<\/p>\n<p>&#8211; Num\u00e9ro sp\u00e9cial du CRAPOUILLOT de Janvier 1938 : \u00ab\u00a0l&rsquo;Anarchie\u00a0\u00bb. par Victor Serge, Alexandre Croix et Jean Bernier.<\/p>\n<p>&#8211; Jean MAITRON : Ravachol et les anarchistes &#8211; Collection \u00ab\u00a0Archives\u00a0\u00bb Julliard &#8211; 1964.<\/p>\n<p>&#8211; Bernard THOMAS : Jacob &#8211; Edit. Tchou 1970. La Bande \u00e0 Bonnot &#8211; Tchou 1968.<\/p>\n<p>&#8211; J.B. Buisson . M. Frot : Le Dernier Mandrin &#8211; Grasset 1977.<\/p>\n<p><!--[if gte mso 9]><xml> <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 10]>\n\n\n\n<style>\n \/* Style Definitions *\/\n table.MsoNormalTable\n\t{mso-style-name:\"Tableau Normal\";\n\tmso-tstyle-rowband-size:0;\n\tmso-tstyle-colband-size:0;\n\tmso-style-noshow:yes;\n\tmso-style-priority:99;\n\tmso-style-qformat:yes;\n\tmso-style-parent:\"\";\n\tmso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;\n\tmso-para-margin:0cm;\n\tmso-para-margin-bottom:.0001pt;\n\tmso-pagination:widow-orphan;\n\tfont-size:10.0pt;\n\tfont-family:\"Times New Roman\",\"serif\";}\n<\/style>\n\n<![endif]--><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ill\u00e9galisme\u00a0? Propagande par le fait\u00a0? 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