{"id":3056,"date":"2013-05-11T01:10:28","date_gmt":"2013-05-10T23:10:28","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=3056"},"modified":"2022-06-02T13:21:10","modified_gmt":"2022-06-02T11:21:10","slug":"lettres-du-zoo-de-re-5","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2013\/05\/lettres-du-zoo-de-re-5\/","title":{"rendered":"Lettres du Zoo de R\u00e9 5"},"content":{"rendered":"<p>Les deux premi\u00e8res lettres du mois de novembre 1905 qu&rsquo;\u00e9crit le d\u00e9tenu Jacob nous donne un renseignement pr\u00e9cieux sur les Travailleurs de La Nuit. Nous savons gr\u00e2ce \u00e0 elles le r\u00f4le que tenait un certain Narcisse. Sans doute un nom cod\u00e9 pour \u00e9viter la censure et les poursuites judiciaires. Jacob signale qu&rsquo;il se rendait chez ce commer\u00e7ant de Toulouse, \u00e0 moins que ce ne soit plus s\u00fbrement de Montpellier, en compagnie de Rose Roux (d\u00e9tenue \u00e0 la prison de Laon\u00a0?). L\u00e0, selon la biographie de l&rsquo;honn\u00eate cambrioleur par Alain Sergent, il se fournissait en coffres-forts et autres outils pour le travail de nuit. Mais les deux missives doivent \u00e9galement retenir notre attention par les conseils que le num\u00e9ro d&rsquo;\u00e9crou 4043 du d\u00e9p\u00f4t p\u00e9nitentiaire de Saint Martin de R\u00e9 prodigue \u00e0 sa m\u00e8re. Une conduite de vie, faite de faux semblants et d&rsquo;apparences, permettra de la sorte une certaine libert\u00e9 d&rsquo;action et de soutien. Tout est alors affaire de patience &#8230; et de pragmatisme.<!--more--><\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir indiqu\u00e9 son d\u00e9sir de sortir du bagne, de\u00a0 quelque mani\u00e8re que ce soit, dans sa missive an date du 29 octobre (voir article Lettres du Zoo 4), Alexandre Jacob recommande en effet \u00e0 sa m\u00e8re de supporter l&rsquo;attente. Non seulement de la supporter mais aussi d&rsquo;en faire un atout. L&rsquo;habit faisant le moine, il lui signale en utilisant l&rsquo;exemple du commerce l&rsquo;honn\u00eatet\u00e9 comme ligne de conduite. De facto le syllogisme jacobien fait du commerce un vol l\u00e9gal et du commer\u00e7ant un honn\u00eate homme au dessus de tout soup\u00e7on. Il en est du principe \u00e9conomique comme du principe social. Marie Jacob peut de la sorte passer du statut de m\u00e8re indigne \u00e0 celui de m\u00e8re courage aux yeux de la bonne soci\u00e9t\u00e9 en jouant sur le statut que donne l&rsquo;apparence.<\/p>\n<p>Mais, comme point de d\u00e9part dans cette vie de femme libre d\u00e9sormais de ses faits et gestes, il convient de r\u00e9cup\u00e9rer ce qui peut l&rsquo;\u00eatre et, donc, ne pas engager un combat perdu d&rsquo;avance avec l&rsquo;Administration P\u00e9nitentiaire et la Justice de France qui tardent \u00e0 restituer les biens meubles saisis lors de l&rsquo;instruction en vue du proc\u00e8s d&rsquo;Amiens. Reste pour Alexandre Jacob la possibilit\u00e9 de toucher des droits d&rsquo;auteurs sur les Souvenirs d&rsquo;un r\u00e9volt\u00e9 vendus \u00e0 divers organes de presse dont un hypoth\u00e9tique Courrier Belge. Cela constituerait effectivement une manne salvatrice pour Marie Jacob dont la situation financi\u00e8re ne semble pas des plus facile si l&rsquo;on se base sur l&rsquo;appel \u00e0 soutien en sa faveur que lance Libertad dans les colonnes de son journal l&rsquo;anarchie.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/marie-jacob.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-202\" title=\"Marie Jacob 1903\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/marie-jacob-207x300.jpg\" alt=\"Marie Jacob 1903\" width=\"107\" height=\"156\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/marie-jacob-207x300.jpg 207w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/marie-jacob.jpg 221w\" sizes=\"(max-width: 107px) 100vw, 107px\" \/><\/a><strong>5 novembre 1905<\/strong><\/p>\n<p>Ch\u00e8re maman,<\/p>\n<p>Je m&rsquo;en doutais bien que l&rsquo;on te chercherait des querelles d&rsquo;outre-Rhin pour ne pas te restituer ta garde-robe. Ce n&rsquo;est pas qu&rsquo;ils ignorent la provenance de ces objets ; ils sont persuad\u00e9s, certains qu&rsquo;ils t&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 l\u00e9gu\u00e9s par ta d\u00e9funte m\u00e8re. Mais voil\u00e0, ils sont les plus forts et tiennent \u00e0 le faire sentir. Et puis chez eux, c&rsquo;est un besoin de chicanes, de disputes. En gens malins, ils croient peut-\u00eatre que tu vas avoir la na\u00efvet\u00e9 de leur intenter un proc\u00e8s par voie l\u00e9gale et, qu&rsquo;ainsi, ils rentreront de nouveau en possession de l&rsquo;argent qu&rsquo;ils viennent de te rendre avec tant de regret. P\u00e9ca\u00efre ! comme ils se trompent ! Ils ne veulent point te remettre ce qui t&rsquo;a \u00e9t\u00e9 violemment saisi ? Eh bien, laisse-le-leur ; grand profit leur fasse. Discuter ce droit de propri\u00e9t\u00e9, ce serait t&#8217;embarrasser dans les d\u00e9tails, t&#8217;emp\u00eatrer dans les petites choses ; et, en fin de compte, tu finirais toujours par avoir tort. C&rsquo;est l&rsquo;\u00e9ternelle histoire du pot de terre et du pot de fer. Je ne connais qu&rsquo;une seule fa\u00e7on de lutter avec chance de succ\u00e8s contre de tels proc\u00e9d\u00e9s. C&rsquo;est d&rsquo;y r\u00e9pondre par des proc\u00e9d\u00e9s semblables. Similia similibus. Le syst\u00e8me hom\u00e9opathique, l&rsquo;hom\u00e9opathie sociale. Mais toi, pauvre femme, tu ne peux pas user de ce moyen ; il est au-dessus de tes forces et de tes connaissances.<\/p>\n<p>Le mieux pour toi, c&rsquo;est de faire tranquillement ton petit train comme tu le dis si bien. S&rsquo;il se trouve sur la terre des gens qui se font de la bile, c&rsquo;est sans doute parce qu&rsquo;ils ont le foie malade. Montre-leur donc que, sous ce rapport, tu as bien meilleure sant\u00e9 qu&rsquo;eux. Ris, ma ch\u00e8re maman, ne te fais point de mauvais sang. Cherche-toi un tout petit travail bien facile et beaucoup lucratif. Il va sans dire que par travail, je ne veux pas te dire de t&rsquo;aller louer comme une b\u00eate de somme : garde-t-en bien. Prends un commerce et n&rsquo;oublie pas que le monde est compos\u00e9 de d\u00e9vor\u00e9s et de d\u00e9vorants. Fais en sorte d&rsquo;\u00eatre toujours parmi les derniers. Si tu te fais scrupule de vivre aux d\u00e9pens de tes contemporains, eux ne se g\u00eaneront pas pour vivre aux tiens. Chacun\u00a0 chez soi, chacun pour soi, telle est la maxime inf\u00e2me qui gouverne le monde. Mets-la en pratique. Estime les hommes pour ce qu&rsquo;ils sont et pour ce qu&rsquo;ils valent. Au plus<\/p>\n<p>tu les grugeras, au plus tu les pressureras, davantage ils t&rsquo;en estimeront.<\/p>\n<p>Ne t&rsquo;insurge jamais contre la loi ; respecte-la au contraire et sache t&rsquo;en servir au besoin. Car la loi ne d\u00e9fend pas le vol, en r\u00e9alit\u00e9, ce qu&rsquo;elle d\u00e9fend et punit ce sont des formes de vol. Le tout est d&rsquo;op\u00e9rer proprement. Le commerce est un puissant savoir qui blanchit toutes les fortunes. Prends donc un commerce te dis-je ; vends 20 sous ce qui t&rsquo;aura co\u00fbt\u00e9 2 ; si ta marchandise est avari\u00e9e, [illisible] pour excellente et vends-la comme telle. Puis, au bout d&rsquo;un an, je ne dis pas de faire banqueroute, voire une simple faillite ; non, mille fois non ; vraiment ce serait trop b\u00eate : tu irais en prison. Merci, pas vrai ? tu sors d&rsquo;en prendre. Et puis, d&rsquo;autre part, ce ne serait pas honn\u00eate. Or, ce qu&rsquo;il faut rechercher avant tout, c&rsquo;est l&rsquo;honn\u00eatet\u00e9. Je t&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 dit de respecter la loi et je ne puis que te le r\u00e9p\u00e9ter. Aime-la bien la loi ; adore-la, aies-en le culte, et observe litt\u00e9ralement ses prescriptions, en d\u00e9posant ton bilan dans les formes qu&rsquo;elle ordonne. En op\u00e9rant ainsi il te suffira d&rsquo;offrir le 8 ou le 10 % \u00e0 tes cr\u00e9anciers pour qu&rsquo;ils se d\u00e9clarent satisfaits et te tiennent quitte du reste.<\/p>\n<p>L&rsquo;ann\u00e9e suivante, si le c\u0153ur t&rsquo;en dit, tu pourras recommencer. Ne te g\u00eane pas. Le proc\u00e9d\u00e9 est de bonne guerre. Non seulement l&rsquo;on ne te dira rien, mais encore seras-tu respect\u00e9e, aim\u00e9e, choy\u00e9e&#8230; surtout si tu as pas mal d&rsquo;argent. Les gendarmes te feront la r\u00e9v\u00e9rence. Si, par hasard, quelque malavis\u00e9, il s&rsquo;en trouve toujours, t&rsquo;appelait voleuse, n&rsquo;h\u00e9site pas \u00e0 le poursuivre devant les tribunaux pour diffamation. N&rsquo;aie crainte, tu auras \u00ab le bon droit \u00bb pour toi, celui du pot de fer. Il n&rsquo;y aura pas un juge (pas un seul, m&rsquo;entends-tu ?) qui h\u00e9sitera \u00e0 condamner ton calomniateur. Il est m\u00eame dommage que tu n&rsquo;appartiennes pas au sexe fort ; car si tu \u00e9tais homme, tu aurais pu \u00eatre nomm\u00e9e jur\u00e9 et envoyer au bagne les pauvres bougres qui, pouss\u00e9s par la n\u00e9cessit\u00e9, se permettent de voler le bien d&rsquo;autrui.<\/p>\n<p>Et enfin, si tu suis exactement cette honn\u00eate ligne de conduite, tu verras que les soldats et les agents de la s\u00fbret\u00e9 ne t&#8217;embo\u00eeteront plus le pas ; ils te laisseront en paix. Voyant cela ils se diront : \u00ab \u00c0 la bonne heure ! Maintenant c&rsquo;est une honn\u00eate femme. Elle est des n\u00f4tres. \u00bb Je crois m\u00eame pouvoir ajouter qu&rsquo;ils ne manqueront point de t&rsquo;offrir leurs services.<\/p>\n<p>Ainsi tu as profit\u00e9 de ton s\u00e9jour \u00e0 Laon pour aller visiter Rose. Tu as bien fait. Cela a d\u00fb lui faire beaucoup de plaisir. Si on m&rsquo;en accorde la permission je lui \u00e9crirai peut-\u00eatre dimanche, mais tr\u00e8s certainement d&rsquo;aujourd&rsquo;hui en quinze. Tu pourras le lui annoncer si tu lui \u00e9cris.<\/p>\n<p>Tu me parles encore de ton itin\u00e9raire, ce qui me prouve que tu m&rsquo;as \u00e9crit avant la r\u00e9ception de ma derni\u00e8re dans laquelle je te disais ma fa\u00e7on d&rsquo;envisager les choses \u00e0 cet \u00e9gard : je n&rsquo;y reviendrai donc pas. C&rsquo;est \u00e0 toi d&rsquo;agir comme tu l&rsquo;entendras. Lorsque tu iras visiter Me Justal, ou bien encore si tu as l&rsquo;occasion de lui \u00e9crire, demande-lui ce qu&rsquo;est devenu le manuscrit que je lui ai adress\u00e9 d&rsquo;Orl\u00e9ans<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>. N&rsquo;oublie pas de me renseigner \u00e0 ce sujet aussit\u00f4t que tu le pourras.<\/p>\n<p>Amiti\u00e9s sinc\u00e8res aux \u00e9poux Develay ainsi qu&rsquo;aux camarades. Je t&#8217;embrasse bien affectueusement,<\/p>\n<p>Alexandre<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/caricature-marie-jacob.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-201\" title=\"Caricature de Marie Jacob au moment du proc\u00e8s d\\'Amiens\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/caricature-marie-jacob-300x293.jpg\" alt=\"Caricature de Marie Jacob au moment du proc\u00e8s d\\'Amiens\" width=\"152\" height=\"149\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/caricature-marie-jacob-300x293.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/caricature-marie-jacob.jpg 514w\" sizes=\"(max-width: 152px) 100vw, 152px\" \/><\/a><strong>19 novembre 1905<\/strong><\/p>\n<p>Ch\u00e8re maman,<\/p>\n<p>Tu as eu bien raison de ne point m&rsquo;\u00e9crire tes impressions de voyage ; elles auraient pu ne pas \u00eatre du go\u00fbt de tout le monde. L&rsquo;essentiel est que tu aies fait un bon voyage et que tu sois pleine d&rsquo;\u00e9nergie. \u00c0 quoi bon se laisser abattre par de si mesquines choses. Ce n&rsquo;est pas le moment de l\u00e2cher la corde ; il faut s&rsquo;y cramponner plus que jamais. Du courage donc et pas de d\u00e9faillances. L&rsquo;avenir nous sera peut-\u00eatre plus favorable que le pr\u00e9sent. Cette opinion est non seulement un espoir, mais presque une conviction. Voici pourquoi. L&rsquo;autre jour, en glanant une bible, j&rsquo;y ai lu ces m\u00e9morables paroles dignes seulement d&rsquo;\u00eatre retenues par saint Thomas ou par moi : \u00abEn v\u00e9rit\u00e9, en v\u00e9rit\u00e9, je vous le dis, les temps futurs verront s&rsquo;accomplir de grandes choses&#8230; \u00bb Dans un livre, le plus souvent les phrases ne sont rien en elles-m\u00eames ; l&rsquo;id\u00e9e, le sens que nous leur attachons leur donne seul du prix. Ainsi pour un joueur, les \u00ab grandes choses \u00bb c&rsquo;est d&rsquo;\u00eatre favoris\u00e9 par le jeu ; pour un amoureux, c&rsquo;est d&rsquo;\u00eatre aim\u00e9 ; pour un financier, c&rsquo;est une nouvelle \u00e0 sensation pouvant lui rapporter de gros b\u00e9n\u00e9fices ; pour un militaire, c&rsquo;est une belle bataille ; pour un postulant, c&rsquo;est d&rsquo;apprendre la mort de son ami, tout heureux qu&rsquo;il est de lui prendre sa place ; et pour un d\u00e9tenu, c&rsquo;est&#8230; Devine un peu ?<\/p>\n<p>C&rsquo;est l&rsquo;amnistie ; pas plus que \u00e7a tu vois. Et l&rsquo;amnistie g\u00e9n\u00e9rale encore. Et pourquoi pas, apr\u00e8s tout. Je t&rsquo;assure que pour ma part je n&rsquo;y verrais aucun inconv\u00e9nient.<\/p>\n<p>Ainsi donc, dans l&rsquo;anxieuse attente que cette utopie devienne une r\u00e9alit\u00e9, je te recommande de prendre patience ; si cela arrivait je pourrais t&#8217;embrasser \u00e0 sati\u00e9t\u00e9. Avec de la patience, vois-tu, on arrive \u00e0 tout&#8230; m\u00eame au tombeau. Pour ce qui me concerne, \u00ab au tombeau \u00bb c&rsquo;est une fa\u00e7on de parler, car \u00e0 bien dire les choses, o\u00f9 je vais aller on n&rsquo;enterre pas les condamn\u00e9s, on les emmerre. Passe-moi ce n\u00e9ologisme. Bah ! mourir sur un point du globe ou sur un autre, cela n&rsquo;a gu\u00e8re d&rsquo;importance ; de m\u00eame pour les maladies. \u00catre fauch\u00e9 par un mal ou par un autre, par la phtisie ou le vomito negro [fi\u00e8vre jaune], je n&rsquo;y vois pas grande diff\u00e9rence. Comme je te l&rsquo;ai dit d\u00e9j\u00e0, il n&rsquo;y a pas un seul endroit sur la terre, pas une seule zone, une seule contr\u00e9e qui ne poss\u00e8de une maladie \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat end\u00e9mique. Ne te chagrine donc pas \u00e0 cet \u00e9gard. Je te le r\u00e9p\u00e8te, prends patience et qui vivra verra, comme dit l&rsquo;autre.<\/p>\n<p>Je te renouvelle d&rsquo;envoyer le manuscrit \u00e0 Germinal et de me faire conna\u00eetre le r\u00e9sum\u00e9 de leur r\u00e9ponse, si on te r\u00e9pond. D&rsquo;autre part, va revoir le secr\u00e9taire de la r\u00e9daction du Courrier belge afin qu&rsquo;il te remette le solde de 1 000 francs. Du moment qu&rsquo;il t&rsquo;a donn\u00e9 500 francs je ne vois pas pourquoi il ne te verserait point le restant de la somme. Dans le cas o\u00f9 la Le Bastoul ne daignerait te r\u00e9pondre, \u00e9cris \u00e0 M. Narcisse, fabricant de chaussures, rue des Lois, \u00e0 Toulouse. Mets-le au courant de cette affaire en lui sp\u00e9cifiant l&rsquo;histoire par d\u00e9tails et offre-lui le 50 %. Par la m\u00eame occasion, adresse-lui une cordiale poign\u00e9e de main de ma part. Attends un peu. Il me vient une id\u00e9e. J&rsquo;ai tellement voyag\u00e9 qu&rsquo;il m&rsquo;arrive de confondre le nom des rues en les attribuant \u00e0 une ville au lieu d&rsquo;une autre. Toulouse peut bien avoir la rue des Lois puisque c&rsquo;est la patrie de Cujas, mais je n&rsquo;en suis pas s\u00fbr. Pour plus d&rsquo;exactitude \u00e9cris donc \u00e0 Rose.<\/p>\n<p>Dis-lui que c&rsquo;est la rue o\u00f9 j&rsquo;avais achet\u00e9 le coffre-fort<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>. D&rsquo;ailleurs elle conna\u00eet le magasin de Narcisse ; elle pourra te renseigner.<\/p>\n<p>Sinc\u00e8res amiti\u00e9s aux camarades. Je t&#8217;embrasse bien affectueusement,<\/p>\n<p>Alexandre<\/p>\n<p>P.-S. Aucune nouvelle officielle relative au d\u00e9part. Aussit\u00f4t que je saurai du nouveau je t&rsquo;en aviserai.<\/p>\n<hr size=\"1\" \/>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Il s&rsquo;agit des <em>Souvenirs d&rsquo;un r\u00e9volt\u00e9<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Allusion au commerce de quincaillerie que Jacob aurait achet\u00e9 \u00e0 Montpellier<\/p>\n<p><!-- [if gte mso 9]><xml> <\/xml><![endif]--><!-- [if gte mso 10]>\n\n\n\n<style>\n \/* Style Definitions *\/<br \/>\n table.MsoNormalTable<br \/>\n\t{mso-style-name:\"Tableau Normal\";<br \/>\n\tmso-tstyle-rowband-size:0;<br \/>\n\tmso-tstyle-colband-size:0;<br \/>\n\tmso-style-noshow:yes;<br \/>\n\tmso-style-priority:99;<br \/>\n\tmso-style-qformat:yes;<br \/>\n\tmso-style-parent:\"\";<br \/>\n\tmso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;<br \/>\n\tmso-para-margin-top:0cm;<br \/>\n\tmso-para-margin-right:0cm;<br \/>\n\tmso-para-margin-bottom:10.0pt;<br \/>\n\tmso-para-margin-left:0cm;<br \/>\n\tline-height:115%;<br \/>\n\tmso-pagination:widow-orphan;<br \/>\n\tfont-size:11.0pt;<br \/>\n\tfont-family:\"Calibri\",\"sans-serif\";<br \/>\n\tmso-ascii-font-family:Calibri;<br \/>\n\tmso-ascii-theme-font:minor-latin;<br \/>\n\tmso-fareast-font-family:\"Times New Roman\";<br \/>\n\tmso-fareast-theme-font:minor-fareast;<br \/>\n\tmso-hansi-font-family:Calibri;<br \/>\n\tmso-hansi-theme-font:minor-latin;}<br \/>\n<\/style>\n\n<![endif]--><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les deux premi\u00e8res lettres du mois de novembre 1905 qu&rsquo;\u00e9crit le d\u00e9tenu Jacob nous donne un renseignement pr\u00e9cieux sur les Travailleurs de La Nuit. 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