{"id":2980,"date":"2013-01-12T01:10:36","date_gmt":"2013-01-11T23:10:36","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=2980"},"modified":"2012-08-21T15:37:30","modified_gmt":"2012-08-21T13:37:30","slug":"le-zoo-de-re","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2013\/01\/le-zoo-de-re\/","title":{"rendered":"Le Zoo de R\u00e9"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/saint-martin-de-re-citadelle.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-140\" title=\"la citadelle de Saint Martin de R\u00e9\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/saint-martin-de-re-citadelle-300x199.jpg\" alt=\"la citadelle de Saint Martin de R\u00e9\" width=\"160\" height=\"106\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/saint-martin-de-re-citadelle-300x199.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/saint-martin-de-re-citadelle.jpg 320w\" sizes=\"(max-width: 160px) 100vw, 160px\" \/><\/a>L&rsquo;exclusion sociale et g\u00e9ographique du condamn\u00e9 aux travaux\u00a0 forc\u00e9s commence au d\u00e9p\u00f4t p\u00e9nitentiaire de Saint Martin de R\u00e9. Se cl\u00f4t aussi de fait son existence m\u00e9tropolitaine. L&rsquo;attente du d\u00e9part vers la Guyane devient alors l&rsquo;activit\u00e9 principale du for\u00e7at \u00e0 venir m\u00eame si, avec le temps, les perspectives d&rsquo;un avenir heureux s&rsquo;amenuisent. Le d\u00e9tenu doit envisager son nouveau statut avec pragmatisme. <em>Escande est devenu Jacob et, \u00e0 son tour, Jacob est devenu for\u00e7at<\/em>, \u00e9crit Alexandre Jacob \u00e0 sa m\u00e8re le 3 d\u00e9cembre 1905. Ce n&rsquo;est pourtant pas l&rsquo;abattement qui caract\u00e9rise la vie r\u00e9taise de l&rsquo;honn\u00eate cambrioleur, mis imm\u00e9diatement \u00e0 l&rsquo;isolement. Bien au contraire, les treize lettres \u00e9crites, depuis <em>l&rsquo;\u00e9tablissement zoologique<\/em> et que vous allez pouvoir lire tout au long de ce premier semestre de 2013, r\u00e9v\u00e8lent la formidable volont\u00e9 d&rsquo;un enferm\u00e9. Mais la lutte dans cet univers si particulier ne se conduit pas de la m\u00eame mani\u00e8re que dans la vie libre. Elle suppose organisation et r\u00e9seaux. C&rsquo;est ce \u00e0 quoi s&rsquo;attache Alexandre Jacob dans des lettres d\u00e9sormais de plus en plus cod\u00e9es (voir article <em>la famille imaginaire de Barrabas<\/em>). Le 20 ao\u00fbt 1905, il franchit la porte du d\u00e9p\u00f4t p\u00e9nitentiaire de Saint Martin de R\u00e9. Il porte le num\u00e9ro d&rsquo;\u00e9crou 4043.<!--more--><\/p>\n<p>La veille, il est \u00e0 la maison d&rsquo;arr\u00eat de La  Rochelle. Nous ne connaissons pas la date de sortie de la prison d&rsquo;Orl\u00e9ans mais nous pouvons estimer un trajet d&rsquo;environ deux jours entre le Loiret et la  Charente Maritime. Il y a fort \u00e0 parier qu&rsquo;au regard du retentissement du proc\u00e8s d&rsquo;Amiens des mesures exceptionnelles de pr\u00e9cautions soient prises. Le temps de voyage entre les deux prisons s&rsquo;en trouve ainsi d&rsquo;autant plus r\u00e9duit. Alexandre Jacob quitte sa \u00ab\u00a0<em>ruche<\/em> \u00bb et le \u00ab\u00a0<em>pays des frelons<\/em> \u00bb le 16 ou le 17 ao\u00fbt 1905. Le trajet s&rsquo;effectue par wagons cellulaires. Nous ne savons pas non plus les conditions d&rsquo;ex\u00e9cution de celui-ci, les t\u00e9moignages d&rsquo;anciens bagnards, les reportages de journalistes ou encore les souvenirs du capitaine Puyguillem nous permettent n\u00e9anmoins de l&rsquo;envisager.<\/p>\n<p>Jusqu&rsquo;en 1933\u00a0; le transport des condamn\u00e9s aux travaux forc\u00e9s se fait par train. Eug\u00e8ne Dieudonn\u00e9 rapporte dans <em>La vie des for\u00e7ats<\/em> que\u00a0<em>Le voyage dure deux, trois ou quatre jours selon le hasard des correspondances<\/em>. Plus, si le train prend en charge les d\u00e9tenus des nombreuses centrales p\u00e9nitentiaires. En 1904, Antoine Mesclon, condamn\u00e9 \u00e0 6 ans de travaux forc\u00e9s par la cour d&rsquo;assises de la Dr\u00f4me, part de Valence. Son parcours l&rsquo;am\u00e8ne \u00e0 Lyon\u00a0; il passe par Riom et Limoges. Il arrive \u00e0 La Rochelle au bout de 15 jours\u00a0! Le train transportant le condamn\u00e9 Ren\u00e9 Belbenoit, juste apr\u00e8s la premi\u00e8re guerre mondiale, para\u00eet encore plus zigzaguant. Il part de Besan\u00e7on et passe par Arbois, Lons le Saunier, Dijon. Il attend deux jours sur une voie de garage \u00e0 Chalons sur Sa\u00f4ne, puis reprend son chemin sut Tours et La Rochelle. La dur\u00e9e du trajet peut atteindre trois semaines si l&rsquo;on part de <em>Lille, de Nancy ou de Marseille<\/em> selon le journaliste Alexis Danan. La longueur justifie pour le journaliste l&rsquo;accablement du for\u00e7at, visible sur son visage \u00e0 la descente de train en gare de La Rochelle. L&rsquo;inconfort \u00e9prouve le physique du d\u00e9tenu, <em>effet aussi odieux que cruel, aussi stupide qu&rsquo;inutile<\/em> pour Antoine Mesclon. Ren\u00e9 Belbenoit d\u00e9crit avec une certaine pr\u00e9cision ces wagons que l&rsquo;on attache indiff\u00e9remment \u00e0 des trains de voyageurs, de marchandises ou de bestiaux\u00a0:<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/compagnons-belle2.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-874\" title=\"Les compagons de la Belle - Dry Guillotine\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/compagnons-belle2-188x300.jpg\" alt=\"Les compagons de la Belle - Dry Guillotine\" width=\"65\" height=\"104\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/compagnons-belle2-188x300.jpg 188w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/compagnons-belle2.jpg 500w\" sizes=\"(max-width: 65px) 100vw, 65px\" \/><\/a><em>Les condamn\u00e9s sont achemin\u00e9s vers [La  Rochelle] dans des wagons cellulaires compos\u00e9s d&rsquo;\u00e9troites cellules de 90 cm sur 1m20. Chaque cellule, munie d&rsquo;un petit banc et d&rsquo;un panneau \u00e0 glissi\u00e8re par o\u00f9 l&rsquo;on passe la nourriture sans \u00eatre oblig\u00e9 d&rsquo;ouvrir la porte verrouill\u00e9, est occup\u00e9 d&rsquo;un prisonnier dont les pieds sont solidement encha\u00een\u00e9s. Dans chacun des wagons, trois gardiens arm\u00e9s se tiennent en permanence.<\/em><\/p>\n<p>Pr\u00e9mices de ce qu&rsquo;est l&rsquo;internement \u00e0 Saint Martin de R\u00e9, il convient de rajouter que les prisonniers sont astreints au silence le plus absolu. Il leur est formellement interdit de fumer. Malgr\u00e9 tout, cela n&#8217;emp\u00eache pas Eug\u00e8ne Dieudonn\u00e9 de remarquer l&rsquo;honn\u00eatet\u00e9 des gardiens assurant le transport et \u00a0<em>recrut\u00e9s parmi le personnel le plus intelligent des prisons<\/em>. Alexandre Jacob a-t-il b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 des largesses des gardes-chiourme faisant avec lui le voyage jusqu&rsquo;\u00e0 La Rochelle\u00a0? Il nous est permis d&rsquo;en douter au regard de la note manuscrite appos\u00e9e par le pr\u00e9sident Wehekind du tribunal d&rsquo;Amiens sur le dossier de l&rsquo;anarchiste\u00a0: <em>Bandit exceptionnellement dangereux, \u00e0 surveiller de tr\u00e8s, tr\u00e8s pr\u00e8s<\/em>.<\/p>\n<p>Alexandre Jacob arrive \u00e0 la prison de La  Rochelle le 18 ou le 19 ao\u00fbt 1905. En plein centre-ville, rue du Palais, cette petite maison d&rsquo;arr\u00eat que Francis Carco, de l&rsquo;Acad\u00e9mie Goncourt, compare en 1942 \u00e0 <em>une prison de jeu de l&rsquo;oie<\/em>, accueille les prisonniers pour une nuit, un jour, rarement plus. Elle sert de lieu de transit vers Saint Martin de R\u00e9 et, m\u00eame entass\u00e9s dans les cellules, les for\u00e7ats ne peuvent qu&rsquo;appr\u00e9cier l&rsquo;espace mis \u00e0 leur disposition. <em>C&rsquo;\u00e9tait bon d&rsquo;avoir la place de se remuer et surtout de pouvoir s&rsquo;\u00e9tendre de tout son long<\/em> \u00e9crit l&rsquo;ancien bagnard Belbenoit. Le m\u00eame \u00e9cho est perceptible chez Eug\u00e8ne Dieudonn\u00e9 narrant son admiration devant <em>cette ancienne b\u00e2tisse des temps huguenots avec des murs \u00e9pais comme des remparts<\/em>.<\/p>\n<p>Alexandre Jacob profite de son court passage \u00e0 La Rochelle pour exp\u00e9dier le reste de ses effets personnels aux \u00e9poux Develay, amis de la famille \u00e9tablis \u00e0 Montreuil et charg\u00e9 de leur vente. Les fonds r\u00e9cup\u00e9r\u00e9s permettent ainsi de subvenir aux besoins de Jacob et de sa m\u00e8re incarc\u00e9r\u00e9e elle aussi. Le lendemain de son arriv\u00e9e, au petit matin, le voleur anarchiste et ses cod\u00e9tenus sont dirig\u00e9s sous bonne escorte jusqu&rsquo;aux quais de la ville pour y \u00eatre embarqu\u00e9s sur les bateaux le menant \u00e0 Saint Martin de R\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/lettre-jacob-1.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-407\" title=\"Lettre de Jacob\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/lettre-jacob-1-203x300.jpg\" alt=\"lettre du bagne\" width=\"76\" height=\"113\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/lettre-jacob-1-203x300.jpg 203w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/lettre-jacob-1.jpg 326w\" sizes=\"(max-width: 76px) 100vw, 76px\" \/><\/a><em>De La Rochelle \u00e0 saint Martin de R\u00e9, le service est assur\u00e9 par un petit vapeur. Les d\u00e9parts sont au nombre de deux, un le matin, un le soir. A n&rsquo;en point douter, les heures de ces d\u00e9parts doivent concorder avec les heures de la mer \u00e9tale<\/em> \u00bb (lettre \u00e0 Marie Jacob, 29 octobre 1905).<\/p>\n<p>La mar\u00e9e rythme en effet le transport sur Saint Martin de R\u00e9 dont le port est \u00e0 sec aux basses eaux. Le spectacle de l&#8217;embarquement sur <em>l&rsquo;Express<\/em>, <em>le Coligny<\/em>, <em>l&rsquo;Avenir<\/em> (sic\u00a0!) ou encore le <em>Pierre Labordi\u00e8re<\/em> attire une foule nombreuse de curieux, de membres de la famille d&rsquo;un des condamn\u00e9s, d&rsquo;amis de celui-ci, de journalistes venus tirer le portrait d&rsquo;une vedette des cours d&rsquo;assises. La travers\u00e9e du Pertuis Breton, s\u00e9parant le continent de l&rsquo;\u00eele de R\u00e9, s&rsquo;effectue en 1h30 environ. Le petit bateau fait escale \u00e0 La Flotte pour y d\u00e9barquer des \u00eeliens ou autres voyageurs, avant d&rsquo;atteindre le village de Saint Martin.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re impression du bagne qui s&rsquo;offre aux condamn\u00e9s est loin d&rsquo;\u00eatre dantesque\u00a0pour Francis Carco:<em> Le petit port est entour\u00e9 de maisons basses. Des voiliers, des bateaux pilotes, un ou deux remorqueurs pr\u00eatent au bas un caract\u00e8re paisible et cependant assez sournois pour faire douter de la qui\u00e9tude<\/em>. Mais l&rsquo;\u00e9crivain &#8211; po\u00e8te &#8211; journaliste sugg\u00e8re n\u00e9anmoins des apparences trompeuses.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/ile-saint-martin-copier.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2986\" title=\"Saint Martin de R\u00e9\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/ile-saint-martin-copier-300x192.jpg\" alt=\"\" width=\"134\" height=\"86\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/ile-saint-martin-copier-300x192.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/ile-saint-martin-copier.jpg 640w\" sizes=\"(max-width: 134px) 100vw, 134px\" \/><\/a>Les soldats en garnison \u00e0 la citadelle accompagnent les gendarmes locaux pour escorter les condamn\u00e9s jusqu&rsquo;\u00e0 la prison, d\u00e9p\u00f4t d&rsquo;\u00e9tape depuis 1873. Auparavant, la ville de\u00a0 Toulon servait de point de d\u00e9part pour la  Guyane et la Nouvelle Cal\u00e9donie. A partir de cette date, Saint Martin de R\u00e9 concentre chaque ann\u00e9e environ 700 d\u00e9tenus dans l&rsquo;attente du grand \u00e9part pour les bagnes coloniaux.<\/p>\n<p>Si la b\u00e2tisse, construite en 1681 sur les plans de Vauban pour s&rsquo;opposer \u00e0 l&rsquo;\u00e9ventualit\u00e9 d&rsquo;une incursion anglaise, accueille sept ans plus tard ses premiers prisonniers, son r\u00f4le pendant 100 ans demeure essentiellement militaire. Cette forteresse, con\u00e7ue pour \u00eatre imprenable, repousse en effet les 15, 16 et 17 juillet 1696 les assauts des navires britanniques.<\/p>\n<p>La fonction carc\u00e9rale de la citadelle n&rsquo;appara\u00eet clairement qu&rsquo;\u00e0 la fin du XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Mirabeau y est incarc\u00e9r\u00e9 en octobre 1768 et un millier de pr\u00eatres r\u00e9fractaires viennent s&rsquo;y entasser pendant la R\u00e9volution. La capacit\u00e9 d&rsquo;accueil est \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de 500 personnes. Les survivants, peu nombreux, en sortent libres en 1801. Soixante-dix ans plus tard, 400 communards (dont Henri de Rochefort) les remplacent et, de 1873 \u00e0 1936, 32500 for\u00e7ats et 16800 rel\u00e9gu\u00e9s (soit 49300 d\u00e9tenus) transitent par la citadelle. Les chiffres qui pr\u00e9c\u00e8dent \u00a0nous sont donn\u00e9s par le capitaine Puyguillem qui \u00e9crit en 1935 une courte histoire du bagne pour une revue de gendarmerie (r\u00e9\u00e9dit\u00e9 en 1986 par l&rsquo;Office du tourisme de saint Martin de R\u00e9). Le militaire se borne en fait \u00e0 d\u00e9crire le p\u00e9nitencier de Saint Martin de R\u00e9<\/p>\n<p>Le 20 ao\u00fbt 1905, Alexandre Jacob fait son entr\u00e9e au d\u00e9p\u00f4t p\u00e9nitentiaire de Saint Martin de R\u00e9. L&rsquo;entr\u00e9e marque un passage important. Le d\u00e9tenu devient un matricule. Alexandre Jacob est d\u00e9sormais le transport\u00e9 m\u00b034777. Le d\u00e9tenu devient un bagnard. En 1948, l&rsquo;officier de l&rsquo;Arm\u00e9e du Salut, Charles P\u00e9an, d\u00e9crit avec force de pr\u00e9cision une de ses premi\u00e8res intrusions durant l&rsquo;entre-deux-guerres dans une citadelle qui, \u00e0 cette \u00e9poque, est sous surveillance de tirailleurs s\u00e9n\u00e9galais qui, en 1928, avaient pris la rel\u00e8ve du 57<sup>e<\/sup> r\u00e9giment d&rsquo;infanterie\u00a0:<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/terre-bagne.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-890\" title=\"terre-bagne\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/terre-bagne-202x300.jpg\" alt=\"Conqu\u00e8te en terre de bagne\" width=\"74\" height=\"111\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/terre-bagne-202x300.jpg 202w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/terre-bagne.jpg 540w\" sizes=\"(max-width: 74px) 100vw, 74px\" \/><\/a><em>On y acc\u00e8de par un pont-levis sous un porche monumental, aux effigies du Roi Soleil et, pour ce faire, il faut montrer patte blanche \u00e0 une sentinelle noire\u00a0! Pass\u00e9 le corps de garde, on se trouve dans une vaste cour entour\u00e9e de bureaux, magasins, entrep\u00f4ts, etc. de l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire. Plus loin, une seconde cour, entour\u00e9e de b\u00e2timents importants, s\u00e9par\u00e9e de la premi\u00e8re par de hauts murs et un chemin de ronde. C&rsquo;est le bagne. On y entre par deux portes et une grille<\/em>.<\/p>\n<p>Le bagne d\u00e9bute bel et bien au d\u00e9p\u00f4t p\u00e9nitentiaire de Saint Martin de R\u00e9. Ren\u00e9 Belbenoit se souvient de cette arriv\u00e9e symbolique\u00a0: <em>Je compris que j&rsquo;\u00e9tais devenu un for\u00e7at et qu&rsquo;une nouvelle vie avait commenc\u00e9.<\/em> M\u00eame son de cloche chez Antoine Mesclon\u00a0: <em>En entrant \u00e0 Saint Martin de R\u00e9, le combat commen\u00e7a<\/em>. En le qualifiant <em>d&rsquo;\u00e9tablissement zoologique<\/em>, Alexandre Jacob souligne, le 6 ao\u00fbt 1905, l&rsquo;extr\u00eame h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 du microcosme carc\u00e9ral. La prison r\u00e9taise pr\u00e9figure ce qu&rsquo;est la vie du condamn\u00e9 en Guyane. L\u00e0, 6 \u00e0 700 individus vivent dans l&rsquo;attente du d\u00e9part vers les tropiques, promiscuit\u00e9 sur laquelle l&rsquo;anarchiste revient le 24 septembre\u00a0:<\/p>\n<p><em>Le bagne est l&rsquo;arri\u00e8re de la vie. Il s&rsquo;y trouve les individus les plus disparates\u00a0: il y du beau, il y a du bon, mais il y a aussi du laid, du sale et du mauvais. Ces derniers sentiments dominent. Aussi, tu peux me croire combien je serai heureux de finir mon s\u00e9jour au d\u00e9p\u00f4t en cellule, isol\u00e9 du reste de la population<\/em>.<\/p>\n<p>A peine entr\u00e9 dans la citadelle, le d\u00e9tenu subit une fouille s\u00e9v\u00e8re, puis passe devant une commission m\u00e9dicale et administrative charg\u00e9e de statuer sur son affectation \u00e0 venir en Guyane. Une grande majorit\u00e9 est d\u00e9clar\u00e9e \u00ab\u00a0apte \u00e0 tous travaux\u00a0\u00bb, c&rsquo;est \u00e0 dire les plus \u00e9prouvants\u00a0: abattage du bois, terrassement, construction, b\u00e2timents, gros \u0153uvre, etc. La mise en valeur de l&rsquo;espace guyanais motive initialement l&rsquo;envoi des condamn\u00e9s aux travaux forc\u00e9s.<\/p>\n<p>Un certain nombre pourtant parvient \u00e0 se faire employer dans des activit\u00e9s moins p\u00e9nibles et plus sp\u00e9cialis\u00e9es. Ils b\u00e9n\u00e9ficient pour ce faire de leur savoir professionnel pass\u00e9. Les t\u00e2ches de secr\u00e9taire, d&rsquo;artisan, de cuisinier ou encore d&rsquo;infirmier leur sont g\u00e9n\u00e9ralement attribu\u00e9es quand un passe-droit, une corruption quelconque ne vient pas les donner \u00e0 de mieux nantis, \u00e0 de plus fortun\u00e9s qu&rsquo;eux. Car le bagne est lieu de toutes les compromissions et du r\u00e8gne de la loi du plus fort. De fait, tous les moyens (menace, chantage, concussion, corruption, prostitution, force) paraissent admissibles pour qui veut adoucir son sort. Saint Martin de R\u00e9 n&rsquo;\u00e9chappe pas \u00e0 la r\u00e8gle\u00a0:<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/vie-forcats.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-111\" title=\"vie-forcats\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/vie-forcats-190x300.jpg\" alt=\"La vie des for\u00e7ats, NRF 1930\" width=\"64\" height=\"102\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/vie-forcats-190x300.jpg 190w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/vie-forcats.jpg 468w\" sizes=\"(max-width: 64px) 100vw, 64px\" \/><\/a><em>Heureuse corruption me r\u00e9p\u00e9tait souvent mon vieil ami Barrabas qui permet aux prisonniers de traiter de pair avec certains gardiens et qui att\u00e9nue ipso facto la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 redoutable des vieux r\u00e8glements<\/em>, \u00e9crit Eug\u00e8ne Dieudonn\u00e9 dont le vieil ami de Dieudonn\u00e9 n&rsquo;est autre &#8230; qu&rsquo;Alexandre Jacob. Les deux anarchistes, avant de se rencontrer aux \u00eeles du Salut, passent par la prison r\u00e9taise o\u00f9, comme le souligne le capitaine Puyguillem en 1935, <em>le r\u00e9gime est quasiment le m\u00eame que celui des maisons centrales<\/em>.<\/p>\n<p>Les for\u00e7ats y sont s\u00e9par\u00e9s des rel\u00e9gu\u00e9s et les surveillants y appliquent les r\u00e8glements avec certainement plus de s\u00e9v\u00e9rit\u00e9. <em>On ne s&rsquo;\u00e9vade pas de Saint Martin de R\u00e9<\/em> peut ainsi \u00e9crire Eug\u00e8ne Dieudonn\u00e9. En r\u00e9alit\u00e9, l&rsquo;espoir de la Belle est ailleurs, en terre inconnue, en Guyane.<\/p>\n<p>Ne reste alors plus au for\u00e7at qu&rsquo;\u00e0\u00a0<em>se soumettre \u00e0 la discipline de fer <\/em>(Eug\u00e8ne Dieudonn\u00e9), au travail assommant et r\u00e9p\u00e9titif dans les ateliers, aux trente minutes de promenade quotidienne faites dans la cour en rond et au pas cadenc\u00e9. Il faut supporter aussi le silence absolu. Le 24 septembre 1905, le matricule 34777 \u00e9crit\u00a0:<\/p>\n<p><em>Non, je n&rsquo;ai pas \u00e9t\u00e9 puni. Tu n&rsquo;as pas re\u00e7u ma lettre parce qu&rsquo;elle n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 exp\u00e9di\u00e9e que deux jours plus tard qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;ordinaire. Toutefois la crainte ne manquait pas de fondement. Il en faut si peu pour cela. Il suffit d&rsquo;\u00e9changer quelques paroles avec un cod\u00e9tenu pour \u00eatre l&rsquo;objet de mesures disciplinaires. Le silence est obligatoire. A ce propos, j&rsquo;ai fait une remarque\u00a0: dans la vie libre l&rsquo;homme qui ne desserrerait point les dents serait mis \u00e0 l&rsquo;index par ses semblables\u00a0; on le traiterait de sournois, de sauvage, voire de d\u00e9traqu\u00e9. Ici, au bagne, un tel homme serait consid\u00e9r\u00e9 comme un mod\u00e8le des mod\u00e8les, comme le parangon des for\u00e7ats. Ce qui prouve une fois de plus qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de lois mais seulement des circonstances<\/em>.<\/p>\n<p>Mieux vaut en effet ne pas se faire remarquer \u00e0 Saint Martin de R\u00e9, se faire le plus discret ne serait-ce que pour \u00e9viter la vindicte des surveillants. Antoine Mesclon \u00e9voque <em>les descentes en fanfare<\/em> pour le for\u00e7at r\u00e9calcitrant, c&rsquo;est \u00e0 dire l&rsquo;envoi en cellule. Mais le trajet est effectu\u00e9 \u00e0 coups de poing et de pied, dans le ventre ou ailleurs.<\/p>\n<p>Alexandre Jacob ne conna\u00eet, d\u00e8s le d\u00e9part, ni les pers\u00e9cutions, ni la cohabitation dans les dortoirs ou dans les ateliers. Entr\u00e9 \u00e0 Saint Martin de R\u00e9 le 20 ao\u00fbt 1905, il est plac\u00e9 \u00e0 l&rsquo;infirmerie le lendemain pour n&rsquo;en ressortir que le 20 d\u00e9cembre, soit la veille de son d\u00e9part. Il subit au total 122 jours d&rsquo;hospitalisation pour y \u00eatre officiellement soign\u00e9 d&rsquo;une bronchite\u00a0! Rassurant sa m\u00e8re au mois de septembre, il ne peut s&#8217;emp\u00eacher d&rsquo;ironiser sur sa situation et sur son \u00e9tat de sant\u00e9 m\u00eame s&rsquo;il redoute les effets et les rigueurs de l&rsquo;hiver \u00e0 venir\u00a0:<\/p>\n<p><em>Pour tout te dire \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 je suis dans une esp\u00e8ce de sanatorium\u00a0; c&rsquo;est presque une vill\u00e9giature. Avant c&rsquo;\u00e9tait Spa, Baden-Baden pendant l&rsquo;\u00e9t\u00e9 et la C\u00f4te d&rsquo;Azur pendant l&rsquo;hiver\u00a0; maintenant c&rsquo;est Saint Martin de R\u00e9\u00a0; un peu plus tard j&rsquo;irai \u00e0 la Guyane. La facult\u00e9 m&rsquo;a toujours recommand\u00e9 les pays chauds pour ma bronchite<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/un-anarchiste-de-la-belle-epoque.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-228\" title=\"un-anarchiste-de-la-belle-epoque\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/un-anarchiste-de-la-belle-epoque-223x300.jpg\" alt=\"Un anarchiste de la Belle Epoque\" width=\"87\" height=\"118\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/un-anarchiste-de-la-belle-epoque-223x300.jpg 223w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/un-anarchiste-de-la-belle-epoque.jpg 238w\" sizes=\"(max-width: 87px) 100vw, 87px\" \/><\/a>Alain Sergent, en 1950, justifie autrement l&rsquo;internement de Jacob \u00e0 l&rsquo;infirmerie, dans une cellule qui comme par hasard se trouverait \u00eatre la m\u00eame qui aurait donn\u00e9 asile \u00e0 Mirabeau et Rochefort. Il va de soi que l&rsquo;allusion aux deux c\u00e9l\u00e8bres r\u00e9volutionnaires est faite pour retenir l&rsquo;attention du lecteur de la premi\u00e8re biographie de l&rsquo;honn\u00eate cambrioleur et semble, en fin de compte, peu importante pour l&rsquo;approche du s\u00e9jour r\u00e9tais d&rsquo;Alexandre Jacob. Fich\u00e9 comme <em>bandit exceptionnellement dangereux<\/em>, ce dernier serait donc mis \u00e0 l&rsquo;isolement sur ordre direct du minist\u00e8re de l&rsquo;Int\u00e9rieur. Pour Sergent, il convient d&rsquo;\u00e9viter tout contact entre le for\u00e7at 34777 et ses cod\u00e9tenus. Le fait nous para\u00eet probable. Anarchiste, Alexandre Jacob est l&rsquo;objet d&rsquo;une attention d&rsquo;autant plus particuli\u00e8re que son proc\u00e8s a \u00e9t\u00e9 couvert par l&rsquo;ensemble de la presse de l&rsquo;\u00e9poque. Nous avons vu en outre combien Alexandre Jacob s&rsquo;est montr\u00e9 \u00e0 ce moment capable de construire autour de sa personne un capital de sympathie. Il peut donc \u00eatre apte \u00e0 reproduire \u00e0 Saint Martin de R\u00e9 le m\u00eame sch\u00e9ma et d&rsquo;organiser un r\u00e9seau de r\u00e9sistance \u00e0 l&rsquo;Administration P\u00e9nitentiaire, voire m\u00eame tr\u00e8s hypoth\u00e9tiquement de s&rsquo;\u00e9vader. Il y a donc tout lie de parer \u00e0 l&rsquo;\u00e9ventualit\u00e9 d&rsquo;un scandale \u00e0 venir.<\/p>\n<p>Mais Alexandre Jacob sait l&rsquo;acte irr\u00e9alisable sur l&rsquo;\u00eele charentaise. Comme ses cod\u00e9tenus, il l&rsquo;envisage une fois arriv\u00e9 en Guyane. Les lettres qu&rsquo;il envoie \u00e0 sa m\u00e8re mettent en lumi\u00e8re l&rsquo;envie de prendre la poudre d&rsquo;escampette. Ainsi, le 29 octobre 1905, demande-t-il l&rsquo;activation des r\u00e9seaux de soutien aupr\u00e8s des compagnons anarchistes mais aussi d&rsquo;\u0153uvrer avec un maximum de pr\u00e9caution\u00a0:<\/p>\n<p><em>Je dois ajouter que tu as bien fait de proc\u00e9der ainsi car ind\u00e9pendamment de moi, tu aurais fait faute \u00e0 Lulu et \u00e0 Yvonne. J&rsquo;esp\u00e8re bien que d&rsquo;ici quelques ann\u00e9es, dans deux ou trois ans, d\u00e8s qu&rsquo;il sera un peu plus \u00e2g\u00e9, Lulu fera en sorte de te venir en aide. Mais, d&rsquo;ici l\u00e0, il a besoin, grand besoin de toi (&#8230;) et m\u00eame de la sollicitude des camarades. Mais pour l&rsquo;instant je te recommande surtout de le laisser \u00e0 la campagne, de ne point le mener respirer l&rsquo;air vici\u00e9 des villes. Avec un tel r\u00e9gime, tu verras qu&rsquo;il se remettra sans peine de cette l\u00e9g\u00e8re indisposition<\/em> \u00bb.<\/p>\n<p>Lulu appara\u00eet sous des \u00e9critures multiples dans la correspondance d&rsquo;Alexandre Jacob\u00a0; il peut \u00eatre Lucien, Lucie, Luce ou encore Lucienne. Lulu d\u00e9signe Jacob lui-m\u00eame. Nous ne savons pas en revanche qui se cache derri\u00e8re Yvonne. Il se peut qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de la fille de Jeanne Roux mais le pr\u00e9nom peut tout aussi bien faire allusion \u00e0 Rose, la s\u0153ur de Jeanne et la compagne incarc\u00e9r\u00e9e d&rsquo;Alexandre Jacob. Ce dernier entend donc bien d\u00e8s le d\u00e9part fausser compagnie \u00e0 ses ge\u00f4liers.<\/p>\n<p><em>Mon plus f\u00e9roce d\u00e9sir est de passer inaper\u00e7u\u00a0; tu m&rsquo;entends bien i-n-a-p-e-r-\u00e7-u. Si je pouvais, je me volatiliserais<\/em>, \u00e9crit-il encore le 03 d\u00e9cembre 1905.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/saint-martin-de-re.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2982\" title=\"citadelle de Saint Martin de R\u00e9\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/saint-martin-de-re-300x216.jpg\" alt=\"\" width=\"148\" height=\"106\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/saint-martin-de-re-300x216.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/saint-martin-de-re.jpg 400w\" sizes=\"(max-width: 148px) 100vw, 148px\" \/><\/a>Mais il sait la probabilit\u00e9 r\u00e9duite de l&rsquo;entreprise. Il n&rsquo;a donc de cesse d&rsquo;envisager tous les moyens possibles pour la mener \u00e0 bien. Condamn\u00e9 \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9, il sait aussi jouer sur le temps. C&rsquo;est pourquoi il esp\u00e8re profiter des possibilit\u00e9s qui lui conf\u00e8rent l&rsquo;isolement carc\u00e9ral dont il est l&rsquo;objet pour \u00e9chafauder une multitude de plans, de projets, d&rsquo;initiatives, applicables une fois arriv\u00e9 en Guyane. D&rsquo;une mani\u00e8re indirecte, les r\u00eaves de libert\u00e9 permettent au prisonnier Jacob de rompre l&rsquo;ennui cons\u00e9cutif \u00e0 l&rsquo;inaction, <em>\u00e0 la stupide monotonie de la prison<\/em> (lettre du 04 octobre 1905). Si le 26 novembre il aime se comparer \u00e0 un moine capucin pour <em>\u00e9viter toute sorte de dispute<\/em> et d\u00e9velopper ses sens observatoires, le ton n&rsquo;est pas le m\u00eame un mois plus t\u00f4t. Le 22 octobre, en effet, il d\u00e9crit les m\u00e9faits psychologiques de l&rsquo;enfermement\u00a0:<\/p>\n<p><em>Il y a des instants o\u00f9 je n&rsquo;ai pas ma t\u00eate \u00e0 moi\u00a0; mes id\u00e9es s&#8217;embrouillent, deviennent opaque pour me servir de cette expression. (&#8230;) Il faut croire que l&rsquo;esprit s&rsquo;oxyde, s&rsquo;alourdit pour mieux dire, comme le corps. C&rsquo;est l&#8217;emprisonnement qui est cause de cela. Et il faut dire que cela fait trente mois aujourd&rsquo;hui que j&rsquo;en subis les effets. La claustration a cela de commun avec l&rsquo;absinthe que, comme ce poison, elle conduit \u00e0 l&rsquo;h\u00e9b\u00e9tude, au cr\u00e9tinisme. Au demeurant, enferm\u00e9 entre quatre murs, sans parler, sans discuter, en laissant les facult\u00e9s pensantes dans un perp\u00e9tuel farniente, on finit par perdre la notion d&rsquo;associer les id\u00e9es et les mots. Certes, je n&rsquo;en suis pas r\u00e9duit \u00e0 ce point. (..) En tout cas, sois rassur\u00e9 que l&rsquo;\u00e9nergie morale ne me fera jamais d\u00e9faut sans r\u00e9agir contre cet effet de milieux<\/em>.<\/p>\n<p>S\u00e9par\u00e9 du reste des prisonniers, Alexandre Jacob passe ainsi 122 jours \u00e0 attendre celui du d\u00e9part. Alain Sergent pr\u00e9cise qu&rsquo;il profite de la solitude pour m\u00e9diter. Mais il rapporte n\u00e9anmoins, sans pr\u00e9ciser de date, une anecdote significative des rapports tendus et violents entre bagnards. Aux heures des repas, un pr\u00e9v\u00f4t, c&rsquo;est \u00e0 dire un for\u00e7at d\u00e9sign\u00e9 responsable par l&rsquo;Administration, distribue la nourriture accompagn\u00e9e par un gardien dans les quartiers cellulaires et \u00e0 l&rsquo;infirmerie. Face \u00e0 Jacob, il verse la soupe dans une gamelle et y rajoute un crachat, tout en riant \u00e0 gorge d\u00e9ploy\u00e9e. Mais Jacob ne r\u00e9agit pas \u00e0 la provocation. Le sc\u00e9nario se reproduit en effet dans la cellule voisine et donne lieu \u00e0 une s\u00e9v\u00e8re correction\u00a0; le jeune bagnard ayant de col\u00e8re jet\u00e9 sa soupe \u00e0 la face du pr\u00e9v\u00f4t.<\/p>\n<p>Alexandre Jacob ne r\u00e9agit pas et l&rsquo;incident ne se retrouve donc pas dans son dossier d&rsquo;intern\u00e9 \u00e0 Saint Martin de R\u00e9. Quoi qu&rsquo;il en soit, outre l\u00a0\u2018\u00e9criture des lettres, peu de choses viennent \u00e9gayer les 122 jours que le bagnard passe \u00e0 l&rsquo;infirmerie du p\u00e9nitencier. L&rsquo;envoi de livres est prohib\u00e9. Alors Jacob esp\u00e8re alors une visite de sa m\u00e8re mais, comme le courrier, les rencontres sont extr\u00eamement r\u00e9glement\u00e9es. Les visites ne sont autoris\u00e9es que les jeudis et les dimanches. Un couloir s\u00e9pare le d\u00e9tenu de sa famille, de ses amis venus discuter sous la surveillance des gardiens et voir une derni\u00e8re fois le compagnon, le mari, le fils, le p\u00e8re, que l&rsquo;on va mener outre-Atlantique.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/embarquement-des-forcats-copier.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2983\" title=\"embarquement-des-forcats\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/embarquement-des-forcats-copier-300x274.jpg\" alt=\"\" width=\"124\" height=\"113\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/embarquement-des-forcats-copier-300x274.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/embarquement-des-forcats-copier.jpg 524w\" sizes=\"(max-width: 124px) 100vw, 124px\" \/><\/a>En 1925, Marie Jacob d\u00e9clare \u00e0 Louis Roubaud, journaliste au <em>Quotidien<\/em>, avoir vu son fils une derni\u00e8re fois le 11 novembre 1905.. Nous ne savons pas la fr\u00e9quence des visites si tant est qu&rsquo;elle en ait effectu\u00e9 plusieurs. Peut-\u00eatre celle du 11 novembre est-elle unique\u00a0? Cela contredit en tout cas le propos d&rsquo;Alain Sergent fixant le d\u00e9part de Jacob pour la Guyane au d\u00e9but de ce mois. La correspondance du bagnard indique que Marie Jacob voyage beaucoup \u00e0 cette \u00e9poque. Toujours est-il que son fils \u00e9voque le 29 octobre l&rsquo;impossibilit\u00e9 d&rsquo;un contact physique si elle d\u00e9cide de se mouvoir jusqu&rsquo;\u00e0 Saint Martin de R\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p><em>Un mot encore \u00e0 cet \u00e9gard\u00a0; un dernier. Tu as l&rsquo;espoir, que dis-je\u00a0?, la conviction de pouvoir m&#8217;embrasser. C&rsquo;est du moins ce que j&rsquo;ai pu comprendre dans ta lettre. Eh bien, permets-moi de te dire que tu commets l\u00e0 une profonde erreur. Au d\u00e9p\u00f4t des for\u00e7ats, comme dans presque toutes les prisons d&rsquo;ailleurs, \u00e0 moins d&rsquo;une autorisation sp\u00e9ciale d\u00e9livr\u00e9e par le ministre ou le pr\u00e9fet, les d\u00e9tenus ne peuvent voir et parler \u00e0 leurs parents qu&rsquo;\u00e0 travers une grille<\/em> \u00bb.<\/p>\n<p>Au soir du 11 novembre 1905, Marie Jacob s&rsquo;en retourne sur La Rochelle par le vapeur faisant la navette avec l&rsquo;\u00eele de R\u00e9. En 1946, Charles P\u00e9ans indique que seuls 8% des condamn\u00e9s ont la joie de rencontrer un parent avant le grand d\u00e9part. Alexandre Jacob fait partie de ceux-l\u00e0. La correspondance r\u00e9taise de ce dernier s&rsquo;arr\u00eate le 3 d\u00e9cembre. Dix-neuf jours plus tard, il embarque sur <em>Le Loire<\/em> et quitte d\u00e9finitivement \u00ab\u00a0<em>l&rsquo;\u00e9tablissement zoologique de Saint Martin de R\u00e9<\/em> \u00bb.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/le-coligny-copier.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-thumbnail wp-image-2984\" title=\"le Coligny\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/le-coligny-copier-150x150.jpg\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"150\" \/><\/a>L&rsquo;arriv\u00e9e, sur l&rsquo;\u00eele de R\u00e9, de surveillants charg\u00e9s d&rsquo;encadrer les bagnards, signale l&rsquo;imminence d&rsquo;un d\u00e9part. Deux fois par an, g\u00e9n\u00e9ralement au d\u00e9but de l&rsquo;hiver et de l&rsquo;\u00e9t\u00e9, la m\u00e9tropole fournit \u00e0 la  Guyane un contingent de 500 \u00e0 600 condamn\u00e9s. Ces hommes viennent maintenir l&rsquo;effectif du bagne \u00e0 4500-5000 d\u00e9tenus. La forte mortalit\u00e9 dans ce monde carc\u00e9ral, les nombreuses \u00e9vasions provoquent en quelque sorte une sorte de syst\u00e8me de vases communicantes. Pour le journaliste Alexis Danan, \u00ab\u00a0<em>Un convoi mange l&rsquo;autre<\/em>. Pendant deux \u00e0 trois semaines, l&rsquo;Administration P\u00e9nitentiaire s&#8217;emploie \u00e0 pr\u00e9parer le futur convoi, soumettant le for\u00e7at \u00e0 un r\u00e9gime sp\u00e9cial. Ainsi, doit-il reprendre des forces (afin de pouvoir supporter l&rsquo;\u00e9prouvant voyage \u00e0 bord du Loire) durant cette p\u00e9riode dite d&rsquo;expectative. Le travail en atelier cesse et la nourriture s&rsquo;am\u00e9liore d&rsquo;une mani\u00e8re cons\u00e9quente. A la ration quotidienne faite de 130g de pain, de soupe et de 700g de l\u00e9gumes, viennent s&rsquo;ajouter un quart de vin et une part de viande qui, ordinairement, n&rsquo;est servie que les dimanches et les jours f\u00e9ri\u00e9s. Le bagnard peut en outre consacrer une part de son p\u00e9cule gagn\u00e9 dans les ateliers dans l&rsquo;achat de provisions. Il occupe ses journ\u00e9es en promenades et lectures collectives.<\/p>\n<p>Si Jacob, isol\u00e9 \u00e0 l&rsquo;infirmerie, ne b\u00e9n\u00e9ficie pas de celles-ci, il doit subir comme les autres le r\u00e9gime alimentaire sp\u00e9cial. De la m\u00eame mani\u00e8re, il passe les jours qui pr\u00e9c\u00e8dent l&#8217;embarquement une seconde visite m\u00e9dicale effectu\u00e9e selon les dires du capitaine Puyguillem avec le plus grand s\u00e9rieux\u00a0:<\/p>\n<p><em>La commission m\u00e9dicale, compos\u00e9e de deux m\u00e9decins coloniaux et trois m\u00e9decins civils, n&rsquo;a pas manqu\u00e9 d&rsquo;examiner un \u00e0 un et avec tout le soin d\u00e9sirable les 800 condamn\u00e9s \u00e0 transf\u00e9rer afin d&rsquo;assurer de s&rsquo;assurer qu&rsquo;ils sont en mesure de bien supporter le long et p\u00e9nible voyage qui les hante<\/em>.<\/p>\n<p>La vision du militaire tranche, en 1936, avec celle offerte deux ans plus t\u00f4t par Alexis Danan. Le journaliste affirme et d\u00e9nonce une consultation de pure forme transformant les convois en \u00a0<em>cour des miracles flottante<\/em> et o\u00f9 <em>est d\u00e9clar\u00e9 transportable tout ce qui la veille de l&#8217;embarquement se tenait \u00e0 peu pr\u00e8s droit sur ses jambes<\/em>. Eug\u00e8ne Dieudonn\u00e9 \u00e9voque quant \u00e0 lui <em>une visite m\u00e9dicale courtelinesque<\/em>. Il n&rsquo;est pas rare, en effet, de voir embarqu\u00e9s nombre d&rsquo;impotents, d&rsquo;infirmes et de souffreteux. Mais il convient de replacer ces t\u00e9moignages dans les d\u00e9bats sur la suppression du bagne qui tient le public et l&rsquo;opinion en haleine \u00e0 la suite des articles d&rsquo;Albert Londres en 1923.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/dieudonne-et-deboe-embraquement-bagne-copier.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2985\" title=\"dieudonne-et-deboe-embraquement-bagne\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/dieudonne-et-deboe-embraquement-bagne-copier-300x193.jpg\" alt=\"\" width=\"153\" height=\"98\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/dieudonne-et-deboe-embraquement-bagne-copier-300x193.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/dieudonne-et-deboe-embraquement-bagne-copier.jpg 640w\" sizes=\"(max-width: 153px) 100vw, 153px\" \/><\/a>Dix-huit ans plus t\u00f4t, le th\u00e8me est rarement abord\u00e9. Les d\u00e9parts ne se font pourtant pas dans l&rsquo;indiff\u00e9rence. Ils attirent une foule de curieux m\u00eame si interdiction est faite aux Martinais de sortir le jour de l&#8217;embarquement. T\u00f4t le matin, vers quatre heures, le for\u00e7at doit se lever et recevoir son paquetage. Le r\u00e8glement de mai 1855 pr\u00e9cise d&rsquo;une mani\u00e8re stricte les effets du transport\u00e9 avant son d\u00e9part\u00a0: <em>3 pantalons dits de fatigue (pour les travaux), 2 chemises de laine, 3 de coton, 1 brosse \u00e0 laver, 1 peigne, 1 sac de toile, 1 paire de souliers et 2 paires de sabots<\/em>. A moins d&rsquo;une demande expresse formul\u00e9e par la famille pour les r\u00e9cup\u00e9rer, les objets personnels sont gard\u00e9s par l&rsquo;Administration P\u00e9nitentiaire qui peut les revendre \u00e0 son profit par la suite. Cette r\u00e8gle explique au demeurant pourquoi Alexandre Jacob demande \u00e0 sa m\u00e8re de ne rien lui envoyer tant qu&rsquo;il est \u00e0 Saint Martin de R\u00e9.<\/p>\n<p>A 6 heures, les bagnards se rassemblent dans la cour de la prison. Ils forment les rangs et sont group\u00e9s en colonne par quatre\u00a0: les rel\u00e9gu\u00e9s pr\u00e9c\u00e8dent les condamn\u00e9s aux travaux forc\u00e9s. La porte monumentale s&rsquo;ouvre \u00e0 huit heures. Les surveillants militaires accompagn\u00e9s d&rsquo;escadrons de gendarmerie et du bataillon pr\u00e9sent dans la citadelle, ba\u00efonnette au fusil, encadrent le convoi. La troupe se dirige vers le port. Le bateau Le Loire stationne en rade du Pertuis\u00a0 et attend l&rsquo;arriv\u00e9e d&rsquo;une cargaison amen\u00e9e par les vapeurs de l&rsquo;\u00eele. Direction la Guyane &#8230; o\u00f9 l&rsquo;esp\u00e9rance de vie du for\u00e7at \u00e0 son arriv\u00e9e ne d\u00e9passe gu\u00e8re les cinq ann\u00e9es.<\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">Sources\u00a0:<\/span><\/strong><\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Belbenoit Ren\u00e9, <em>Les compagnons de la Belle<\/em><\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Carco Francis, <em>La route du Bagne<\/em><\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Danan Alexis, <em>Cayenne<\/em><\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Dieudonn\u00e9 Eug\u00e8ne, <em>La vie des for\u00e7ats<\/em><\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Mesclon Antoine, <em>Comment j&rsquo;ai subi 15 ans de bagne\u00a0?<\/em><\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 P\u00e9ans Charles, <em>Conqu\u00eates en terre de Bagne<\/em><\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Capitaine Puyguillem, <em>La route du bagne<\/em><\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Sergent Alain, <em>Un anarchiste de la Belle Epoque<\/em><\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Archives Nationales, BB18 2261A, dossier 2069A03<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Archives d\u00e9partementales de la Charente Maritimes, 1Y207.1<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Cira Marseille, fonds Jacob<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;exclusion sociale et g\u00e9ographique du condamn\u00e9 aux travaux\u00a0 forc\u00e9s commence au d\u00e9p\u00f4t p\u00e9nitentiaire de Saint Martin de R\u00e9. Se cl\u00f4t aussi de fait son existence m\u00e9tropolitaine. L&rsquo;attente du d\u00e9part vers la Guyane devient alors l&rsquo;activit\u00e9 principale du for\u00e7at \u00e0 venir m\u00eame si, avec le temps, les perspectives d&rsquo;un avenir heureux s&rsquo;amenuisent. Le d\u00e9tenu doit envisager [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_publicize_message":"","jetpack_is_tweetstorm":false,"jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","enabled":false}}},"categories":[3493],"tags":[29,738,2646,32,48,70,3496,3495,3497,3500,1467,78,3505,155,73,3504,411,3488,3506,25,1058,30,3508,3507,85,957,71,621,3502,3494,63,75,3499,891,364,3498,3501,558,161,660,3503,3050],"jetpack_publicize_connections":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2980"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2980"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2980\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2980"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2980"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2980"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}