{"id":2972,"date":"2012-12-08T01:10:06","date_gmt":"2012-12-07T23:10:06","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=2972"},"modified":"2012-12-09T19:53:35","modified_gmt":"2012-12-09T17:53:35","slug":"un-cousin-damerique","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2012\/12\/un-cousin-damerique\/","title":{"rendered":"Un cousin d&rsquo;Am\u00e9rique ?"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/yegg-3.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2973\" title=\"Jack Black\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/yegg-3-300x300.jpg\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"150\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/yegg-3-300x300.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/yegg-3-150x150.jpg 150w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/yegg-3.jpg 375w\" sizes=\"(max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><\/a>Un oc\u00e9an s\u00e9pare Alexandre et Jack. Les deux hommes ne se connaissent pas, n&rsquo;ont aucun lien de parent\u00e9. Ils appartiennent pourtant \u00e0 la m\u00eame famille. Deux existences de voleurs. Celle de Jacob est connue, celle de Black beaucoup moins. L&rsquo;homme est n\u00e9 en 1871 pr\u00e8s de Vancouver et est mort noy\u00e9 \u00e0 New York\u00a0 en 1932. Orphelin de m\u00e8re, d\u00e9laiss\u00e9 par son p\u00e8re, il m\u00e8ne rapidement la vie d&rsquo;errance des hobos et devient un artiste de la cambriole. Comme Jacob, il connait l&rsquo;enfer carc\u00e9ral pour y expier des crimes qu&rsquo;il ne reniera jamais. Les deux hommes ont ainsi v\u00e9cu \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque et se sont engag\u00e9s tous deux dans une lutte forc\u00e9ment in\u00e9gale avec la soci\u00e9t\u00e9 des honn\u00eates gens. L&rsquo;un comme l&rsquo;autre manient la plume &#8211; celle pour \u00e9crire &#8211; de fort belle mani\u00e8re. Le r\u00e9cit autobiographique de la vie criminelle de Jack Black nous emm\u00e8ne \u00e0 travers l&rsquo;Ouest am\u00e9ricain de la fin du XIXe et du d\u00e9but du XXe si\u00e8cle. Publi\u00e9 en 1926 aux Etats Unis sous le titre <em>You Can&rsquo;t Win<\/em>, <em>Les Fondeurs de Briques<\/em> r\u00e9\u00e9ditent le texte, traduit en fran\u00e7ais de l&rsquo;\u00e9tasunien, en 2007, par Jeanne Toulouse. <em>Yegg, autoportrait d&rsquo;un honorable hors-la-loi<\/em> d\u00e9passe largement le cadre du t\u00e9moignage d&rsquo;un bandit de grand chemin. Jack Black livre une v\u00e9ritable charge contre les convenances sociales et la prison, m\u00eame si le choix de vivre la libert\u00e9 rime le plus souvent avec fuite, errance, mis\u00e8re, opium, et mort. Mais, \u00e0 la diff\u00e9rence d&rsquo;Alexandre Jacob, le cousin d&rsquo;Am\u00e9rique n&rsquo;a pas de pr\u00e9tention politique. Il ne vole que pour lui et accepte l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 fond\u00e9e sur le principe de propri\u00e9t\u00e9. Il refuse d&rsquo;en faire partie, se leurrant forc\u00e9ment \u00a0sur l&rsquo;id\u00e9e de marge sociale l\u00e0 o\u00f9 l&rsquo;honn\u00eate cambrioleur engage une guerre au capital et \u00e0 la bourgeoisie. Son livre a toutefois fortement influenc\u00e9 <em>la beat generation<\/em> et <em>a servi de matrice \u00e0 <\/em>Junky<em> de William S. Burroughs<\/em>. Il est n\u00e9anmoins remarquable de pouvoir \u00e9tablir des analogies entre les deux voleurs &#8230; finalement s\u00e9par\u00e9s par un oc\u00e9an. Extraits &#8230; pour rapprocher et diff\u00e9rencier l&rsquo;ill\u00e9galiste de son faux cousin d&rsquo;Am\u00e9rique.<!--more--><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/yegg-1.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2974\" title=\"Jack Black, YeggLes fondeurs de briques, 2008\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/yegg-1-204x300.jpg\" alt=\"\" width=\"105\" height=\"153\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/yegg-1-204x300.jpg 204w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/yegg-1.jpg 306w\" sizes=\"(max-width: 105px) 100vw, 105px\" \/><\/a><strong>Jack Black<\/strong><\/p>\n<p><strong>Yegg<\/strong><\/p>\n<p><strong>Les Fondeurs de Briques, 2008<\/strong>, 415 p., 22\u20ac00<\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">p. 15\u00a0:<\/span><\/strong> Une bien triste exp\u00e9rience\u00a0! Innombrables vols, effractions, cambriolages. Toutes les mani\u00e8res possibles d&rsquo;attenter \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9. Arrestations, proc\u00e8s, acquittement, condamnations, \u00e9vasions. Prisons\u00a0!<\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">p.121\u00a0:<\/span><\/strong> Il se vantait de ne pas avoir travaill\u00e9 une seule journ\u00e9e depuis qu&rsquo;il avait d\u00e9mobilis\u00e9, si ce n&rsquo;est \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur d&rsquo;une prison. La seule entorse \u00e0 cette saine habitude avait \u00e9t\u00e9 un boulot d&rsquo;un an dans une fabrique de coffres-forts dans l&rsquo;Est, o\u00f9 il \u00e9tait all\u00e9 se faire embaucher\u00a0 malgr\u00e9 un salaire de mis\u00e8re pour apprendre comment on fabriquait un mod\u00e8le tr\u00e8s courant\u00a0 de coffre et de serrure. Fort de ce savoir, il avait pist\u00e9\u00a0 ces coffres-l\u00e0 de par le monde et, comme il disait, \u00ab\u00a0les avait \u00e9clat\u00e9s comme des past\u00e8ques m\u00fbres\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">p.162\u00a0: <\/span><\/strong>Et il y a autre chose que tu dois savoir sur les cambriolages de maison. Tu trouves rarement de l&rsquo;argent. Il te faut tout vendre et c&rsquo;est l\u00e0 que \u00e7a se corse. On attrape moins d&rsquo;un cambrioleur sur cent la main dans le sac. On les attrape toujours quand ils essaient de revendre leur butin. (&#8230;) La moindre bagatelle peut te causer du tort et tu auras tout loisir de te repentir de ton imprudence.<\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">p.221\u00a0:<\/span><\/strong> George m&rsquo;envoyait faire un rep\u00e9rage des lieux sur lesquels il avait des vues. Je lui rapportais si le coup \u00e9tait \u00ab\u00a0foireux\u00a0\u00bb ou non. J&rsquo;\u00e9tais aussi charg\u00e9 d&rsquo;un d\u00e9tail crucial\u00a0: trouver le moyen de nous enfuir. Aucun coup n&rsquo;en vaut la chandelle, m\u00eame s&rsquo;il y a plein de fric \u00e0 se faire, si on n&rsquo;a pas un porte de sortie acceptable.<\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">p.222\u00a0:<\/span><\/strong> Lorsque nous mettions la main sur une somme un peu cons\u00e9quente, nous nous calmions sur les cambriolages jusqu&rsquo;\u00e0 \u00e9puisement du butin mais ne cessions jamais de rep\u00e9rer de nouveaux coups \u00e0 faire en pr\u00e9vision du jour o\u00f9 nous serions fauch\u00e9s. Bien que George e\u00fbt pass\u00e9 les cinquante ans, il ne parlait jamais de raccrocher. Je doute que l&rsquo;id\u00e9e lui ait jamais travers\u00e9 l&rsquo;esprit. Il \u00e9tait aussi fier de son m\u00e9tier qu&rsquo;un charpentier ou un ma\u00e7on et l&rsquo;accomplissait aussi m\u00e9thodiquement que n&rsquo;importe quel m\u00e9canicien.<\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">p.257\u00a0:<\/span><\/strong> Pourtant, l&rsquo;id\u00e9e de retourner dans le droit chemin, de devenir honn\u00eate et de recommencer \u00e0 z\u00e9ro ne me vint jamais \u00e0 l&rsquo;esprit.<\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">p.257\u00a0:<\/span><\/strong> il est difficile de faire comprendre aux profanes que le voleur professionnel a sa fiert\u00e9. S&rsquo;il en \u00e9tait d\u00e9pourvu, il volerait ses v\u00eatements, ne paierait pas sa pension et emprunterait de l&rsquo;argent sans l&rsquo;intention de le rembourser. Non seulement il ne fait pas ces choses l\u00e0 mais, jour apr\u00e8s jour, il met un point d&rsquo;honneur \u00e0 prendre des risques pour pouvoir se payer ce dont il a besoin.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/yegg-4.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2975\" title=\"Jack Black\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/yegg-4.jpg\" alt=\"\" width=\"135\" height=\"183\" \/><\/a><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">p.271\u00a0:<\/span><\/strong> Lorsque j&rsquo;ai commenc\u00e9 \u00e0 voler, je n&rsquo;avais que vaguement conscience que c&rsquo;\u00e9tait malhonn\u00eate. C&rsquo;\u00e9tait ce que faisaient les gens avec qui j&rsquo;\u00e9tais\u00a0; cela me semblait une activit\u00e9 normale. De plus c&rsquo;\u00e9tait excitant et dangereux. Par la suite, voler devint un boulot quotidien que j&rsquo;accomplissais de sang froid. Je m&rsquo;y consacrais m\u00e9thodiquement, j&rsquo;acceptais les privations et les dangers encourus et j&rsquo;\u00e9tais pleinement conscient de la gravit\u00e9 de mes d\u00e9lits. Chaque fois que je volais un dollar, j&rsquo;avais conscience de violer la loi et d&rsquo;infliger un coup dur \u00e0 ma victime. Ce qui ne m&rsquo;a pas emp\u00each\u00e9 de continuer pendant des ann\u00e9es. Je me demande combien d&rsquo;entre nous arr\u00eatent de voler pour la meilleure raison qui soit, parce que cela cause du tort aux autres et que nous le savons. Tout voleur qui ne peut ou qui ne veut se mettre \u00e0 la place de sa victime, de celle du flic qui le coince ou du juge qui le condamne n&rsquo;est pas un voleur accompli. Son \u00e9troitesse d&rsquo;esprit l&#8217;emp\u00eachera d&rsquo;exceller dans son art et lui fermera des portes quand il aura besoin d&rsquo;aide ou quand la police sera \u00e0 ses trousses. Personne ne veut rester un criminel jusqu&rsquo;\u00e0 la fin de ses jours. Ils esp\u00e8rent tous changer de vie un jour, de pr\u00e9f\u00e9rence avant qu&rsquo;il ne soit trop tard.<\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">p.273\u00a0:<\/span><\/strong> La passion du jeu est une mal\u00e9diction dans la vie d&rsquo;un voleur. \u00a0Il perd sa derni\u00e8re pi\u00e8ce de dix cents et doit courir pour trouver de l&rsquo;argent. Tel le m\u00e9canicien fauch\u00e9 au ch\u00f4mage, il saute sur le premier boulot venu. Il ne prend pas le temps de choisir ou de pr\u00e9parer minutieusement son coup. Il faut qu&rsquo;il mange et d\u00e8s l&rsquo;instant o\u00f9 il est fauch\u00e9, il commence \u00e0 avoir faim. Comme il continue \u00e0 jouer, il est toujours fauch\u00e9 et doit sans cesse voler de petites sommes d&rsquo;argent dans l&rsquo;urgence et- prendre des risques exag\u00e9r\u00e9s.<\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">p.309\u00a0:<\/span><\/strong> Vous avez beau pr\u00e9voir, calculer \u00e0 l&rsquo;avance, savoir exactement ce que vous allez faire entre le moment o\u00f9 vous mettez le pied quelque part et celui o\u00f9 vous en repartez, il vous sera toujours impossible de savoir qui sera dehors quand vous sortirez. Toute votre ing\u00e9niosit\u00e9 ne peut rien contre \u00e7a.<\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">p.333\u00a0:<\/span><\/strong> le terme \u00ab\u00a0cheviller\u00a0\u00bb est du jargon de cambrioleur. Quand un cambrioleur veut \u00e9viter de passer la nuit \u00e0 surveiller un endroit pour s&rsquo;assurer que personne n&rsquo;entre apr\u00e8s la fermeture, il coince une petite cheville en bois dans le jambage de la porte. Vers cinq ou six heures du matin, il revient voir. Si la cheville n&rsquo;a pas boug\u00e9, c&rsquo;est que la porte est rest\u00e9e ferm\u00e9e. Au contraire, si elle est tomb\u00e9e par terre, cela veut dire que quelqu&rsquo;un est entr\u00e9 pendant la nuit, auquel cas le cambrioleur doit surveiller toute la nuit pour savoir qui entre et \u00e0 quelle heure. Une fois l&rsquo;endroit ainsi \u00ab\u00a0chevill\u00e9\u00a0\u00bb, il peut ajuster ses plans en cons\u00e9quence ou d\u00e9cider d&rsquo;abandonner le coup.<\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">p.335\u00a0:<\/span><\/strong> L&rsquo;id\u00e9e de travailler m&rsquo;\u00e9tait aussi \u00e9trang\u00e8re que celle de cambrioler le serait \u00e0 un plombier ou un imprimeur install\u00e9 depuis dix ans. Je n&rsquo;\u00e9tais ni paresseux ni indolent. Je savais qu&rsquo;il existait des moyens plus s\u00fbrs et plus simples de gagner sa vie mais c&rsquo;\u00e9tait ce que faisaient les autres, ces gens que je ne connaissais ni ne comprenais, et pour lesquels je n&rsquo;avais pas la moindre curiosit\u00e9. Je ne les traitais pas de \u00ab\u00a0pigeons\u00a0\u00bb ou de \u00ab\u00a0p\u00e9quenauds\u00a0\u00bb sous pr\u00e9texte qu&rsquo;ils travaillaient pour gagner leur vie. Ils repr\u00e9sentaient la soci\u00e9t\u00e9. La soci\u00e9t\u00e9, cela veut dire la loi, l&rsquo;ordre, la discipline, le ch\u00e2timent. La soci\u00e9t\u00e9 \u00e9tait une machine complexe con\u00e7ue pour me r\u00e9duire en miettes. La soci\u00e9t\u00e9, c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;ennemie. Un mur tr\u00e8s haut nous s\u00e9parait, la soci\u00e9t\u00e9 et moi. Ce mur, je l&rsquo;avais peut-\u00eatre \u00e9rig\u00e9 moi-m\u00eame, je n&rsquo;en \u00e9tais pas trop s\u00fbr. Quoi qu&rsquo;il en soit, je n&rsquo;allais pas l&rsquo;escalader et passer \u00e0 l&rsquo;ennemi juste parce que j&rsquo;avais eu la poisse.<\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">p.396\u00a0:<\/span><\/strong> Mettez un jeune homme de l&rsquo;\u00e2ge que j&rsquo;avais alors, dans une prison comme elles \u00e9taient \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, vous pouvez \u00eatre s\u00fbrs qu&rsquo;il deviendra un criminel aussi vrai que la nuit suit le jour et que le jour suit la nuit. Ce sont les mauvais traitements qui font les criminels dits \u00ab\u00a0r\u00e9cidivistes\u00a0\u00bb.Je n&rsquo;utilise pas l&rsquo;expression \u00ab\u00a0criminels endurcis\u00a0\u00bb parce que j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 t\u00e9moin de r\u00e9formes miraculeuses. (&#8230;) La bienveillance peut aider \u00e0 s&rsquo;amender ceux qui ont \u00e9t\u00e9 brutalis\u00e9s. (&#8230;) J&rsquo;\u00e9tais un criminel. J&rsquo;avais appris ma le\u00e7on de violence en prison. (&#8230;) Quant au bien et au mal, ils n&rsquo;y pensent pas davantage que vous lorsque vous lorsque vous ouvrez le portail de chez vous pour entrer. Vous faites \u00e7a sans y penser. Ma condamnation \u00e0 vingt-cinq ans de prison ne me fait ni chaud ni froid. Je m&rsquo;y attendais depuis des ann\u00e9es. C&rsquo;est juste un incident de parcours, un obstacle sur ma route. Un incident violent, certes. Mais je jouais depuis longtemps au jeu de la violence et quand on m&rsquo;oblige \u00e0 y jouer, je sais faire.<\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">p.401\u00a0:<\/span><\/strong> J&rsquo;ai arr\u00eat\u00e9 de voler parce que je n&rsquo;avais pas d&rsquo;autres choix.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/yegg-6.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2976\" title=\"Jack Black, you can\\'t win\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/yegg-6-195x300.jpg\" alt=\"\" width=\"100\" height=\"154\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/yegg-6-195x300.jpg 195w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/yegg-6.jpg 260w\" sizes=\"(max-width: 100px) 100vw, 100px\" \/><\/a><strong>Jack Black<br \/>\n<em>QU&rsquo;EST-CE QUI CLOCHE CHEZ LES HONN\u00caTES GENS ?<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong>Extrait d&rsquo;un article publi\u00e9 dans Harper&rsquo;s Magazine (juin 1929).<\/strong><\/p>\n<p>http:\/\/fondeursdebriques.perso.neuf.fr\/honnetesgens.html<\/p>\n<p>\u00ab Rien de tel qu&rsquo;un noeud coulant pour faire respecter la loi. \u00bb Tel \u00e9tait le credo des milices de Californie lorsqu&rsquo;elles partirent en guerre contre le crime au temps de la Ru\u00e9e vers l&rsquo;or. Au nom de la loi, ils d\u00e9cid\u00e8rent de ne pas faire de d\u00e9tails. Ils pendirent les assassins et voleurs de chevaux pour faire de San Francisco une cit\u00e9 prosp\u00e8re. C&rsquo;\u00e9taient eux, les honn\u00eates gens de l&rsquo;\u00e9poque, de vrais gentlemen engag\u00e9s dans une noble mission. Mais comme tous les autres gentlemen devenus r\u00e9formateurs, et ce depuis la nuit des temps, ils s&rsquo;enivr\u00e8rent de sang et de pouvoir. Tant qu&rsquo;ils passaient la corde au cou des voleurs de chevaux, la populace d\u00e9tournait les yeux, mais quand ils succomb\u00e8rent \u00e0 l&rsquo;in\u00e9vitable tentation de pendre leurs concurrents et leurs adversaires politiques, cette m\u00eame populace les traita sans m\u00e9nagement.<br \/>\nC&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;\u00e9poque des charrettes \u00e0 boeufs et des chariots couverts. Notre \u00e9poque est celle des automobiles et des avions. Beaucoup de choses ont chang\u00e9 mais, quatre-vingts ans plus tard, les m\u00e9thodes avec lesquelles \u00ab les honn\u00eates gens \u00bb s&rsquo;occupent de \u00ab ceux qui ne le sont pas \u00bb n&rsquo;ont gu\u00e8re \u00e9volu\u00e9. Et l&rsquo;on traite la pr\u00e9sente vague de criminalit\u00e9 avec le m\u00eame \u00e9tat d&rsquo;esprit que les miliciens de 1849.<br \/>\n\u00ab Rien de tel qu&rsquo;une matraque pour faire respecter la loi. \u00bb Ces mots pourraient \u00eatre ceux des miliciens mais ils ont \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9s par l&rsquo;actuel chef de la police de New York alors qu&rsquo;il lan\u00e7ait la vaste campagne de nettoyage de la ville qui devait marquer le d\u00e9but de son r\u00e8gne. Les seuls r\u00e9sultats visibles de cette politique sont les nombreux passages \u00e0 tabac et fusillades syst\u00e9matiques de la part de la police qui entra\u00eenent une augmentation des meurtres et des crimes violents.<br \/>\nNous vivons une \u00e9poque violente. Nous sommes tous d&rsquo;accord l\u00e0-dessus. La question est de savoir \u00e0 qui l&rsquo;on doit cette violence. Sont-ce les criminels qui poussent les honn\u00eates gens \u00e0 la violence ou le contraire ? Les torts sont-ils partag\u00e9s ? Avec la distance que j&rsquo;ai aujourd&rsquo;hui, il me semble que la soci\u00e9t\u00e9 lutte contre les gangsters avec des m\u00e9thodes de gangsters, contre les brutes avec des m\u00e9thode de brutes et contre les assassins avec des m\u00e9thodes d&rsquo;assassins, sans jamais se poser la question de savoir si cela ne m\u00e8ne pas \u00e0 une escalade de la violence. \u00e0 travers toute l&rsquo;Am\u00e9rique, les honn\u00eates gens \u00e9crivent et discourent sur les criminels. Les comit\u00e9s de lutte contre le crime et des individus appartenant \u00e0 tous les \u00e9chelons de la soci\u00e9t\u00e9, du juge de la Cour supr\u00eame aux r\u00e9formateurs des plus petits patelins, enqu\u00eatent sur les criminels et font des recommandations, passent des r\u00e9solutions et \u00e9crivent des textes de loi pour statuer sur le sort des criminels. Les l\u00e9gislateurs l\u00e9gif\u00e8rent et la police joue du pistolet et de la matraque. Ils sont tous d&rsquo;accord, dans les mots et dans les actes, pour r\u00e9pondre \u00e0 la violence par la violence.<br \/>\nExiste-t-il un pr\u00e9c\u00e9dent dans l&rsquo;Histoire indiquant que cette m\u00e9thode peut fonctionner ? Je n&rsquo;en connais pas. Je ne pr\u00e9tends pas \u00eatre une autorit\u00e9 en mati\u00e8re de crime. Mon t\u00e9moignage est celui d&rsquo;un spectateur, un spectateur coupable, certes, car j&rsquo;ai surv\u00e9cu \u00e0 quatre s\u00e9jours en p\u00e9nitencier et \u00e0 de nombreux passages dans des prisons de comt\u00e9, mais mon exp\u00e9rience personnelle importe peu. Mon histoire peut juste servir de pi\u00e8ce \u00e0 conviction dans cette d\u00e9monstration. Si les lois que les honn\u00eates gens passent aujourd&rsquo;hui avaient \u00e9t\u00e9 en vigueur il y a quinze ans, je n&rsquo;aurais jamais eu l&rsquo;opportunit\u00e9 d&rsquo;arr\u00eater de voler et d&rsquo;apprendre \u00e0 travailler. J&rsquo;aurais tr\u00e8s certainement fini au bout d&rsquo;une corde, sur la chaise \u00e9lectrique ou avec une balle dans la peau tir\u00e9e par un policier. Et si j&rsquo;avais r\u00e9chapp\u00e9 \u00e0 tout cela, je purgerais une condamnation \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 dans une prison comme Dannemora ou Charleston, \u00e0 cracher mes poumons contre un mur blanchi \u00e0 la chaux et \u00e0 enseigner aux jeunes, \u00e0 l&rsquo;instar des autres condamn\u00e9s \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 : \u00ab N&rsquo;h\u00e9site pas \u00e0 tirer le premier. \u00bb<br \/>\nJ&rsquo;ai bien connu, au cours de ma vie de voleur et de mes s\u00e9jours en prison, pas moins de cinq mille criminels. Cela peut sembler beaucoup, mais en d\u00e9tention on a tout le temps de se faire des amis. Ces cinq mille personnes forment un bon \u00e9chantillon de ce monde souterrain qui alimente la criminalit\u00e9. Elles allaient du voleur \u00e0 la petite semaine capable de chaparder un paillasson avec \u00abBienvenue\u00bb \u00e9crit dessus \u00e0 ce patricien des prisons qu&rsquo;est le braqueur de banques. Je me suis autant int\u00e9ress\u00e9 au chapardeur de paillasson qu&rsquo;au braqueur de banques. Ce n&rsquo;est pas tant ce qu&rsquo;ils faisaient qui m&rsquo;int\u00e9ressait que les raisons qui les poussaient \u00e0 agir. Certains d&rsquo;entre eux \u00e9taient des malades mentaux, relevaient du cas clinique et avaient l&rsquo;esprit tordu; dans l&rsquo;argot de la prison, on disait qu&rsquo;\u00ab il leur manquait une case \u00bb. Certains \u00e9taient en prison parce qu&rsquo;ils manquaient d&rsquo;argent, d&rsquo;autres parce qu&rsquo;ils en avaient trop. Certains par ignorance, d&rsquo;autres parce qu&rsquo;ils avaient fait trop d&rsquo;\u00e9tudes. L&rsquo;alcool, la drogue, la jalousie et l&rsquo;avarice en conduisaient aussi bon nombre derri\u00e8re les barreaux. D&rsquo;autres, enfin, \u00e9taient l\u00e0 par perversit\u00e9, par pur esprit de contradiction.<br \/>\nSi la plupart \u00e9taient coupables de ce dont on les accusait ou de crimes \u00e9quivalents, il y avait ici et l\u00e0 quelques innocents. \u00e0 l&rsquo;exception de ceux qui avaient commis des crimes passionnels, aucun n&rsquo;avait embrass\u00e9 une carri\u00e8re criminelle du jour au lendemain. Pour la plupart d&rsquo;entre eux, une chose en avait amen\u00e9 une autre et ils en \u00e9taient arriv\u00e9s l\u00e0 lentement, progressivement. L&rsquo;un \u00e9tait en prison parce que, gamin, il s&rsquo;\u00e9tait rebell\u00e9 contre le flic du quartier. Un autre parce qu&rsquo;il avait perdu son boulot en faisant gr\u00e8ve. Un autre encore parce que sa femme \u00e9tait tomb\u00e9e malade et que ses enfants avaient faim.<br \/>\nAdmettons qu&rsquo;ils aient commis le premier crime : ils ont fait du tort \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9, et la soci\u00e9t\u00e9, sans chercher \u00e0 les comprendre, leur a rendu la pareille, avec les int\u00e9r\u00eats.<br \/>\nC&rsquo;est un cercle vicieux qui les conduit d&rsquo;un p\u00e9nitencier \u00e0 l&rsquo;autre. Toutes leurs histoires racontent la m\u00eame chose : leur haine de la police, leur m\u00e9pris de la loi, leur peur et leur m\u00e9fiance vis-\u00e0-vis de la machine judiciaire.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/yegg-8.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2978\" title=\"Jack Black\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/yegg-8-300x203.jpg\" alt=\"\" width=\"159\" height=\"107\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/yegg-8-300x203.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/yegg-8.jpg 381w\" sizes=\"(max-width: 159px) 100vw, 159px\" \/><\/a>Mon histoire est classique. Jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de quinze ans, j&rsquo;ai cru que les policiers \u00e9taient des h\u00e9ros, des gens qu&rsquo;il fallait admirer, en qui l&rsquo;on pouvait avoir confiance. Puis, un soir, sur un malentendu, l&rsquo;un d&rsquo;entre eux m&rsquo;arr\u00eata, m&#8217;embarqua et me jeta derri\u00e8re les barreaux. Le traitement que lui et ses coll\u00e8gues m&rsquo;inflig\u00e8rent fit voler en \u00e9clats toutes mes illusions.<br \/>\nLes vingt-cinq ans qui suivirent ne firent que confirmer les impressions que cette premi\u00e8re exp\u00e9rience m&rsquo;avait procur\u00e9es et il m&rsquo;a fallu presque toute une vie pour comprendre que le flic est lui aussi une victime de la machine qui fabrique les criminels. Ma premi\u00e8re le\u00e7on de violence, je l&rsquo;ai prise durant cette premi\u00e8re nuit en prison. Par la suite, je ch\u00e2tiai, et je fus ch\u00e2ti\u00e9 en retour. Je chassais parce que j&rsquo;\u00e9tais chass\u00e9. Je n&rsquo;avais d&rsquo;\u00e9gards pour personne et n&rsquo;en attendais de personne. Le jeu de la violence, j&rsquo;en ai appris toutes les r\u00e8gles dans les commissariats, les tribunaux et les prisons. Au bout du compte, j&rsquo;ai fini par croire que je ne pourrais survivre que si je n&rsquo;h\u00e9sitais pas \u00e0 faire usage de la violence le premier.<br \/>\nJe connais des centaines de criminels repentis mais je n&rsquo;en connais aucun qui ait \u00e9t\u00e9 r\u00e9form\u00e9 par la matraque d&rsquo;un policier, une condamnation s\u00e9v\u00e8re ou des mauvais traitements en prison. Ce ne sont certainement pas les coups de fouet que j&rsquo;ai re\u00e7us dans une prison canadienne ni les trois jours pass\u00e9s dans la camisole de force, un an plus tard, sur le sol d&rsquo;un cachot en Californie, qui m&rsquo;ont incit\u00e9 \u00e0 changer de vie.<br \/>\nLa camisole de force \u00e9tait au directeur de prison ce que le n\u0153ud coulant \u00e9tait au milicien, et ce que la matraque \u00e9tait au chef de la police de New York : un exp\u00e9dient. Le r\u00e8gne de la camisole ne dura pas et sa fin fut violente. Pour autant que je sache, tous les hommes qui subirent ce ch\u00e2timent cruel furent soit an\u00e9antis pas les mutilations physiques soit transform\u00e9s en maniaques sanguinaires par les souffrances mentales qu&rsquo;ils avaient endur\u00e9es. Soit ils quittaient la prison dans le m\u00eame \u00e9tat que le petit tailleur juif dont les mains \u00e9taient si ratatin\u00e9es qu&rsquo;il \u00e9tait incapable de faire quoi que ce soit d&rsquo;honn\u00eate hormis attraper les pi\u00e8ces qu&rsquo;on lui lan\u00e7ait au coin de la rue, soit ils sortaient dans le m\u00eame \u00e9tat que moi, pleins de venin et assoiff\u00e9s de vengeance. Il est vain de vouloir maintenir l&rsquo;ordre en terrorisant les criminels. Ce syst\u00e8me a eu pour cons\u00e9quence l&rsquo;une des \u00e9vasions les plus meurtri\u00e8res de l&rsquo;Histoire des \u00e9tats-Unis. Parmi les douze hommes qui ont r\u00e9ussi \u00e0 s&rsquo;\u00e9chapper, six sont toujours en cavale, ils ont \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9s \u00e0 la pendaison et n&rsquo;ont plus rien \u00e0 perdre. Les meurtres qu&rsquo;ils ont commis pour \u00e9chapper \u00e0 leurs bourreaux sont \u00e0 peine croyables.<br \/>\n\u00e0 ma sortie de prison, affaibli par la camisole, je me suis jur\u00e9 de devenir une cr\u00e9ature de la nuit. Je fis le v\u0153u de ne jamais plus laisser les rayons du soleil m&rsquo;effleurer, de ne jamais plus me faire d&rsquo;amis, de ne jamais plus rendre service \u00e0 quiconque. Le personnel p\u00e9nitentiaire \u00e9tait bien \u00e0 l&rsquo;abri dans sa prison, alors j&rsquo;ai d\u00e9cid\u00e9 que c&rsquo;\u00e9tait la soci\u00e9t\u00e9 qui paierait. Moins de trois mois plus tard, j&rsquo;\u00e9tais de retour derri\u00e8re les barreaux, condamn\u00e9 pour avoir tir\u00e9 sur un citoyen qui refusait de se faire braquer. S&rsquo;il n&rsquo;avait pas eu un bon m\u00e9decin et une sant\u00e9 de fer, je n&rsquo;aurais pas v\u00e9cu assez longtemps pour d\u00e9couvrir que le stylo est une arme plus puissante que la pince-monseigneur ou le six coups. Si la loi Baumes avait \u00e9t\u00e9 en vigueur, je n&rsquo;aurais jamais d\u00e9couvert cela, car cette loi enl\u00e8ve au juge tout pouvoir discr\u00e9tionnaire. \u00e0 la quatri\u00e8me condamnation, un juge est dans l&rsquo;obligation de condamner l&rsquo;accus\u00e9 \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9, qu&rsquo;il ait tir\u00e9 sur quelqu&rsquo;un ou d\u00e9rob\u00e9 une paire de chaussures.<br \/>\nCes quinze derni\u00e8res ann\u00e9es, j&rsquo;ai pu m&rsquo;acheter moi-m\u00eame mes v\u00eatements et ma nourriture plut\u00f4t que de compter sur l&rsquo;argent des contribuables. Des gens m&rsquo;ont fait confiance et la justice a \u00e9t\u00e9 cl\u00e9mente \u00e0 mon \u00e9gard, cela m&rsquo;a redonn\u00e9 espoir. Le juge qui m&rsquo;a condamn\u00e9 \u00e0 une peine d&rsquo;un an, au lieu de me condamner \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 et de me jeter aux oubliettes, a pris de gros risques. Sa bienveillance a \u00e9t\u00e9 plus efficace que n&rsquo;importe quelle potence, j&rsquo;ai d\u00e9finitivement arr\u00eat\u00e9 de voler. Cet homme m&rsquo;a donn\u00e9 une seconde chance et je ne pouvais lui faire fauxbond, pas plus que je n&rsquo;aurais pu trahir l&rsquo;ami qui avait un jour sci\u00e9 les barreaux de ma prison. Le juge a fait appel \u00e0 mon sens de la loyaut\u00e9, la seule vertu ayant cours dans le monde du crime. Il a su trouver comment me coincer, m&rsquo;obliger \u00e0 raccrocher et me faire rentrer dans le rang.<br \/>\nUne fois encore, je ne connais pas un seul criminel qui ait \u00e9t\u00e9 r\u00e9form\u00e9 par des traitements cruels. Si j&rsquo;ai pu, moi, me r\u00e9former, c&rsquo;est gr\u00e2ce \u00e0 la cl\u00e9mence d&rsquo;un juge qui a dit, lorsqu&rsquo;il m&rsquo;a condamn\u00e9 \u00e0 un an plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e0 la perp\u00e9tuit\u00e9 : \u00ab Je pense que vous avez assez de personnalit\u00e9 pour changer de vie, je vous donne votre chance. \u00bb<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/yegg-9.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2977\" title=\"Jack Black\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/yegg-9-199x300.jpg\" alt=\"\" width=\"100\" height=\"151\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/yegg-9-199x300.jpg 199w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/yegg-9.jpg 480w\" sizes=\"(max-width: 100px) 100vw, 100px\" \/><\/a>Les archives d\u00e9bordent de dossiers de criminels r\u00e9put\u00e9s violents qui se sont r\u00e9form\u00e9s parce qu&rsquo;on avait fait appel \u00e0 leur sens de la loyaut\u00e9. C&rsquo;est le petit d\u00e9linquant, l&rsquo;homme faible, qui n&rsquo;a pas assez de personnalit\u00e9 pour \u00eatre vraiment bon ou vraiment m\u00e9chant, qui ne respecte pas les termes de sa libert\u00e9 conditionnelle et d\u00e9\u00e7oit ceux qui lui ont fait confiance. Il trahit ses camarades truands et il trahit la soci\u00e9t\u00e9. Mieux vaut miser sur le criminel endurci. Frank James, voleur de train et tueur, rendit les armes lorsque le gouverneur du Missouri l&rsquo;amnistia. Al Jennings \u00e9changea son six coups contre un stylo apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 graci\u00e9 par Roosevelt. Emmet Dalton, Chris Evans, Jack Brady, Kid Thompson &#8211; tous bandits de grand chemin et tueurs &#8211; respect\u00e8rent et suivirent \u00e0 la lettre les termes de leur libert\u00e9 conditionnelle.<br \/>\nLes criminels endurcis sont d&rsquo;autant plus violents qu&rsquo;on les prive d&rsquo;une seconde chance. Les lois du genre de celle de Baumes d\u00e9truisent tout espoir, ce sont des lois violentes qui engendrent la violence. Dans le meilleur des cas, elles mettent le criminel dans une impasse. La seule issue de celui qui n&rsquo;a plus rien \u00e0 perdre tient dans cette devise : \u00ab D\u00e9barrasse-toi de celui qui pourrait te faire pendre. \u00bb R\u00e9sultat : le cadavre d&rsquo;un policier par-ci, celui d&rsquo;une victime par-l\u00e0 et celui d&rsquo;un mouchard un peu plus loin.<br \/>\nLes honn\u00eates gens et les criminels se ressemblent beaucoup lorsqu&rsquo;ils sont le dos au mur. Tous ont tendance \u00e0 s&rsquo;affoler et \u00e0 rater ce qui aurait pu \u00eatre un coup formidable. Un pickpocket qui s&rsquo;appr\u00eate \u00e0 mettre la main sur mille dollars peut tr\u00e8s bien les laisser \u00e9chapper par maladresse. L&rsquo;enjeu est trop important. De m\u00eame, face \u00e0 une hausse inqui\u00e9tante de la criminalit\u00e9, les experts agissent dans la pr\u00e9cipitation, sous la pression d&rsquo;une foule de citoyens en col\u00e8re qui voudraient voir les crimes cesser du jour au lendemain. Ils soumettent de nouvelles lois alors qu&rsquo;il en existe d\u00e9j\u00e0 plus qu&rsquo;ils ne peuvent en faire appliquer. Ils recommandent le durcissement des peines, alors que l&rsquo;exp\u00e9rience a montr\u00e9 partout et toujours que \u00e7a ne marche pas. Ils pr\u00eatent l&rsquo;oreille \u00e0 ceux qui s&rsquo;insurgent contre le fait qu&rsquo;on \u00abmaterne\u00bb les criminels et ils durcissent les conditions d&rsquo;obtention de la libert\u00e9 sur parole, du sursis et de l&rsquo;amnistie &#8211; seules mesures pouvant permettre \u00e0 un criminel de se r\u00e9former. Pour all\u00e9ger le navire qui prend l&rsquo;eau, ils passent par-dessus bord le pain et l&rsquo;eau.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/yegg-7.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2979\" title=\"Jack Black\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/yegg-7-300x169.jpg\" alt=\"\" width=\"167\" height=\"94\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/yegg-7-300x169.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/yegg-7.jpg 528w\" sizes=\"(max-width: 167px) 100vw, 167px\" \/><\/a>Aucun comit\u00e9 de lutte contre le crime ne semble pouvoir venir \u00e0 bout de ce probl\u00e8me. Mais une chose est certaine : accumuler les nouvelles lois et durcir les peines est une aberration. Lao-tseu, un contemporain de Confucius, a \u00e9crit : \u00abGouverne ton royaume comme tu ferais cuire un petit poisson \u00bb pour nous recommander la mod\u00e9ration en toute chose. \u00ab Plus les lois sont s\u00e9v\u00e8res, plus il y a de criminels.\u00bb Un grand empereur chinois, fondateur de la dynastie Ming en 1386, suivit les conseils de ce philosophe et abolit la peine de mort. \u00ab Presque chaque matin, on ex\u00e9cutait dix hommes en public, \u00e9crivit l&#8217;empereur. Le soir m\u00eame, une centaine d&rsquo;hommes avait commis un crime identique. Lao-tseu a dit : \u00a0\u00bb Si les gens ne craignent pas la mort, \u00e0 quoi bon menacer de les ex\u00e9cuter ? \u00a0\u00bb Je cessai d&rsquo;infliger la peine capitale. J&#8217;emprisonnai les coupables et imposai des amendes. Moins d&rsquo;un an plus tard, je sus que j&rsquo;avais pris la bonne d\u00e9cision.\u00bb<br \/>\nL&rsquo;Angleterre fit la m\u00eame d\u00e9couverte. Si on arr\u00eata d&rsquo;y pendre les voleurs de moutons, les voleurs \u00e0 l&rsquo;\u00e9talage et les pickpockets, ce n&rsquo;est pas parce que la perspective de finir au bout d&rsquo;une corde \u00e9tait dissuasive. Mais parce que le nombre de meurtres avait augment\u00e9 de mani\u00e8re inqui\u00e9tante. Les lois faisaient des voleurs \u00e0 la petite semaine des meurtriers en puissance. La peine capitale n&rsquo;eut jamais raison des pickpockets, m\u00eame \u00e0 l&rsquo;ombre des potences. Des hommes furent m\u00eame arr\u00eat\u00e9s pour avoir fait les poches des badauds venus assister \u00e0 la pendaison d&rsquo;un pickpocket. Il fut une \u00e9poque o\u00f9 les Anglais pendaient les gens pour soixante crimes diff\u00e9rents. Ils envisagent maintenant l&rsquo;abolition totale de la peine de mort. L&rsquo;Angleterre a prouv\u00e9 que la violence n&rsquo;est pas un rem\u00e8de efficace contre la violence.<br \/>\nOn peut raisonnablement affirmer que si, aux \u00e9tats-Unis, chaque \u00e9lecteur \u00e9tait oblig\u00e9 d&rsquo;assister \u00e0 une pendaison ou \u00e0 une \u00e9lectrocution, la peine capitale serait abolie aux \u00e9lections suivantes. Quiconque a fait, en prison, l&rsquo;exp\u00e9rience de l&rsquo;un de ces vendredis noirs, jours d&rsquo;ex\u00e9cution, sait \u00e0 quel point l&rsquo;apparition du bourreau peut \u00eatre funeste. \u00e0 l&rsquo;approche d&rsquo;un tel jour, la prison se transforme en volcan en \u00e9ruption. Les prisonniers deviennent sombres et irritables. De vieilles rancunes r\u00e9apparaissent, d&rsquo;anciennes haines se r\u00e9veillent. En cachette, on tabasse les mouchards ; on insulte, on d\u00e9fie et on attaque les gardiens. On remplit les cachots de prisonniers insoumis si haineux qu&rsquo;ils menacent d&rsquo;exploser. C&rsquo;est au cours de ces vendredis que j&rsquo;ai vu des prisonniers r\u00e9gler leurs comptes dans de sanglants duels au couteau. Dans les carri\u00e8res de pierre de Folsom, des hommes jet\u00e8rent dans le canal des outils qui valaient des milliers de dollars et bris\u00e8rent \u00e0 coups de marteau les pi\u00e8ces de granit taill\u00e9 et poli sur lesquelles ils travaillaient depuis des mois. Dans un acc\u00e8s de rage aveugle et d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e, ils d\u00e9truisirent tout ce qui leur tombait sous la main. \u00e0 la cantine, j&rsquo;ai vu des hommes affam\u00e9s jeter leur repas par terre et refuser de manger \u00able maudit rago\u00fbt du bourreau\u00bb. Le jour de l&rsquo;ex\u00e9cution, ce meurtre l\u00e9gal, les prisonniers devenaient si violents que les directeurs de prison durent se r\u00e9soudre \u00e0 boucler tout le monde jusqu&rsquo;\u00e0 ce que l&rsquo;ex\u00e9cution soit pass\u00e9e. Les hommes restent maintenant assis dans leur cellule \u00e0 ruminer en silence ou bien font r\u00e9sonner les couloirs de la prison de leurs sifflets et de leurs insultes.<br \/>\nLes honn\u00eates gens peuvent \u00eatre s\u00fbrs d&rsquo;une chose : pas un prisonnier ne pense \u00e0 bien ce jour-l\u00e0.<\/p>\n<p>Qu&rsquo;est-ce que je reproche, en deux mots, aux honn\u00eates gens ? Je soutiens que multiplier les lois et durcir les peines ne peuvent conduire qu&rsquo;\u00e0 davantage de crimes et de violence&#8230; Il faut privil\u00e9gier la pr\u00e9vention \u00e0 la r\u00e9pression&#8230; C&rsquo;est uniquement en d\u00e9couvrant les causes du crime que l&rsquo;on pourra esp\u00e9rer en venir \u00e0 bout&#8230; Les honn\u00eates gens prennent le probl\u00e8me \u00e0 l&rsquo;envers. S&rsquo;ils s&rsquo;int\u00e9ressaient plus \u00e0 l&rsquo;\u00e9ducation des enfants, ils se d\u00e9sint\u00e9resseraient vite de la chaise \u00e9lectrique. Ils ne voient que les crimes, et jamais les raisons qui poussent les criminels \u00e0 agir ; ils ne voient que ce qu&rsquo;ils sont devenus, et jamais ce qui a fait d&rsquo;eux ce qu&rsquo;ils sont.<\/p>\n<p align=\"right\">JACK BLACK<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un oc\u00e9an s\u00e9pare Alexandre et Jack. Les deux hommes ne se connaissent pas, n&rsquo;ont aucun lien de parent\u00e9. Ils appartiennent pourtant \u00e0 la m\u00eame famille. Deux existences de voleurs. Celle de Jacob est connue, celle de Black beaucoup moins. L&rsquo;homme est n\u00e9 en 1871 pr\u00e8s de Vancouver et est mort noy\u00e9 \u00e0 New York\u00a0 en [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_publicize_message":"","jetpack_is_tweetstorm":false,"jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","enabled":false}}},"categories":[15,5],"tags":[738,60,3492,3490,3489,3491,28,81,3346],"jetpack_publicize_connections":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2972"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2972"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2972\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2972"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2972"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2972"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}