{"id":2888,"date":"2012-10-20T01:10:06","date_gmt":"2012-10-19T23:10:06","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=2888"},"modified":"2012-08-12T07:09:19","modified_gmt":"2012-08-12T05:09:19","slug":"lhonnete-au-pays-des-frelons-8","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2012\/10\/lhonnete-au-pays-des-frelons-8\/","title":{"rendered":"L&rsquo;honn\u00eate au pays des frelons (8)"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/frelon.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2889\" title=\"frelon\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/frelon.jpg\" alt=\"\" width=\"149\" height=\"158\" \/><\/a>L&rsquo;humeur badine du condamn\u00e9 Jacob persiste au pays des frelons quatre jours apr\u00e8s sa condamnation \u00e0 vingt ans de travaux forc\u00e9s. La peine, prononc\u00e9e aux assises du Loiret, se cumule avec celle dite \u00e0 Amiens. Pour lui ce sera donc le bagne \u00e0 vie. Le 29 juillet 1905, il ne manque pas de donner \u00e0 sa m\u00e8re quelques d\u00e9tails suppl\u00e9mentaires des dr\u00f4leries entendues au spectacle judiciaire dont il fut la vedette. Mais sa lettre, \u00e0 l&rsquo;humour f\u00e9roce et toute empreinte des consid\u00e9rations sociales et politiques propres \u00e0 l&rsquo;ill\u00e9galiste, pr\u00e9sente surtout un double int\u00e9r\u00eat. L&rsquo;honn\u00eate prisonnier commence \u00e0 \u00e9laborer une d\u00e9fense en r\u00e8gle pour sa g\u00e9nitrice en vue du proc\u00e8s qui doit se tenir \u00e0 Laon. Il fait preuve de la sorte d&rsquo;une tr\u00e8s s\u00e9rieuse connaissance du droit que l&rsquo;on retrouvera tout au long de son existence de fagot. Le proc\u00e8s en appel de sa m\u00e8re lui donne l&rsquo;occasion de se faire nouvelliste. Nous savions Jacob maniant \u00e0 la perfection \u00a0la plume des cambrioleurs. Ici, l&rsquo;ill\u00e9galiste se fait \u00e9crivain pour rehausser tr\u00e8s certainement l&rsquo;humeur de sa m\u00e8re. Un train, deux hommes, un dialogue \u00e9difiant sur l&rsquo;art de faire mourir les h\u00e9ritiers, une historiette des plus r\u00e9jouissantes o\u00f9 la rampe qui m\u00e8ne \u00e0 la ville haute de Laon tient lieu de pi\u00e8ce centrale du d\u00e9cor de cette tragicom\u00e9die politique et sociale.<!--more--><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/laon-escalier-1-copier.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2891\" title=\"Escalier de Laon\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/laon-escalier-1-copier-180x300.jpg\" alt=\"\" width=\"90\" height=\"151\" \/><\/a><strong>29 juillet 1905<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ch\u00e8re maman,<\/strong><\/p>\n<p>Quoiqu&rsquo;il n&rsquo;y ait que trois jours que je t&rsquo;ai \u00e9crit, je r\u00e9cidive comme disent les juges. Je sais que cela te fera plaisir. Bient\u00f4t je ne pourrai plus te donner de mes nouvelles aussi souvent. C&rsquo;est pourquoi j&rsquo;en profite.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai oubli\u00e9 de te faire part de bien des petits d\u00e9tails d&rsquo;audience. Entre autres, imagine-toi que M. l&rsquo;avocat des riches a lu le passage d&rsquo;une revue o\u00f9 l&rsquo;ensemble des outils qui ont figur\u00e9 comme pi\u00e8ces \u00e0 conviction au proc\u00e8s d&rsquo;Amiens \u00e9taient estim\u00e9s 10 000 francs.<\/p>\n<p>Prix de la trousse du cambrioleur Jacob : 10 000 francs. Dix mille francs ! Il n&rsquo;est pas du Midi, de Marseille, ce journaliste, mais du midi trois quarts, de Tombouctou. Allons ! Fran\u00e7ais, Daudet vous l&rsquo;a dit, vous \u00eates tous un peu de Tarascon.<\/p>\n<p>Il a dit aussi, cet honorable d\u00e9fenseur de la propri\u00e9t\u00e9, que la cause de mon arrestation avait \u00e9t\u00e9 providentielle. O\u00f9 la providence ne va pas se nicher ! Le bon Dieu qui se m\u00eale d&rsquo;\u00eatre gendarme ! Cependant, je suis \u00e0 me demander pourquoi le P\u00e8re \u00e9ternel, cette vieille barbe, ne m&rsquo;a pas fait arr\u00eater \u00e0 Tours deux mois plus t\u00f4t, lorsque j&rsquo;allais d\u00e9tapisser le ch\u00e2teau de ses oints. Mais&#8230; il est vrai que les myst\u00e8res de la providence sont comme les coffres-forts en t\u00f4le ciment\u00e9e : ils sont imp\u00e9n\u00e9trables !<\/p>\n<p>Bah ! \u00e0 quoi bon te mettre martel en t\u00eate pour la com\u00e9die humaine ? Le monde est un mar\u00e9cage, c&rsquo;est entendu, nous n&rsquo;avons qu&rsquo;\u00e0 en vivre en marge th\u00e9oriquement, id\u00e9alement pour mieux dire, puisque nous ne pouvons le faire effectivement. Quant \u00e0 la d\u00e9lation, c&rsquo;est l\u00e0 un sentiment d&rsquo;ordre psychologique tr\u00e8s difficile \u00e0 bien d\u00e9finir. La plupart des gens ne sont pas d\u00e9lateurs, ou pour mieux dire se disent tels, par vanit\u00e9 ; mais ils ne se font aucun scrupule de changer de conduite lorsqu&rsquo;ils sont certains, ou croient l&rsquo;\u00eatre, qu&rsquo;elle ne sera pas connue. D&rsquo;autres ne \u00ab d\u00e9latent \u00bb pas pour la m\u00eame raison qu&rsquo;ils \u00e9vitent de se baigner dans une fosse \u00e0 purin. Ces derniers sont rares. Et puis, s&rsquo;il faut te dire mon avis, je te citerai le mot de La Bruy\u00e8re : \u00abToute r\u00e9v\u00e9lation d&rsquo;un secret est la faute de celui qui l&rsquo;a confi\u00e9. \u00bb En effet, si un homme ne peut pas garder un secret pour lui, pourquoi en voudrait-il \u00e0 son voisin, s&rsquo;il agit pareillement \u00e0 lui ?<\/p>\n<p>Alors tu as vu la rampe, la fameuse rampe de Laon ? Eh bien tu n&rsquo;as pas d\u00e9pens\u00e9 ta force visuelle en pure perte. C&rsquo;est mieux qu&rsquo;un monument historique. La tour de Pise, la Campanilla de Venise, Notre-Dame de Paris ne sont que des pygm\u00e9es relativement \u00e0 la grandeur romantique de cette rampe. C&rsquo;est un monument dramatique. Si tu savais tous les lugubres chuchotements qui courent sur cette rampe, tu en fr\u00e9mirais pendant huit jours. J&rsquo;ai appris l&rsquo;histoire d&rsquo;une dr\u00f4le de fa\u00e7on.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/laon-escalier-copier.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2892\" title=\"Escalier de Laon\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/laon-escalier-copier-196x300.jpg\" alt=\"\" width=\"100\" height=\"154\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/laon-escalier-copier-196x300.jpg 196w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/laon-escalier-copier.jpg 314w\" sizes=\"(max-width: 100px) 100vw, 100px\" \/><\/a>\u00c9coute \u00e7a.<\/p>\n<p>Il y a quelques ann\u00e9es, je fis la connaissance, en wagon dans un compartiment de deuxi\u00e8me classe, du sous-directeur de la Soci\u00e9t\u00e9 franco-internationale pour la d\u00e9fense des droits des h\u00e9ritiers. Apr\u00e8s quelques banales paroles \u00e9chang\u00e9es de part et d&rsquo;autre, il se nomma. La bizarrerie du titre de son entreprise me fit croire que j&rsquo;avais affaire \u00e0 un mystificateur. Il me devina.<\/p>\n<p>&#8211; Douteriez-vous de ma qualit\u00e9 ? me demanda-t-il avec un sourire diog\u00e9nique.<\/p>\n<p>&#8211; Du tout&#8230;<\/p>\n<p>-Tel que vous me voyez, m&rsquo;interrompit-il, je passe ma vie \u00e0 jouer le r\u00f4le de bon Dieu sur la terre&#8230;<\/p>\n<p>Cette fois, me dis-je <em>in petto<\/em>, \u00e7a y est. J&rsquo;ai affaire \u00e0 un fou. Et, tout doucement pour ne pas le vexer, je me r\u00e9fugiai dans le coin du wagon, de crainte qu&rsquo;il ne lui pr\u00eet une crise, pr\u00eat \u00e0 tirer sur le bouton d&rsquo;alarme. Il comprit mon geste. Mais loin de s&rsquo;en f\u00e2cher, il me vint rejoindre, puis reprit :<\/p>\n<p>&#8211; Dans le monde en g\u00e9n\u00e9ral, et notamment parmi les classes privil\u00e9gi\u00e9es, il existe deux genres d&rsquo;individus bien distincts : ceux qui poss\u00e8dent une fortune et qui en jouissent, et ceux qui attendent leur mort pour en jouir \u00e0 leur tour. Les premiers sont dou\u00e9s d&rsquo;une patience hors concours, tandis que les autres sont les hommes les plus impatients de la terre. Si les riches n&rsquo;\u00e9taient que patients, cela ne serait pas grand-chose ; mais le pire c&rsquo;est qu&rsquo;ils tiennent beaucoup \u00e0 leur vie. Ce qui, entre parenth\u00e8ses, n&rsquo;est pas du go\u00fbt des seconds. Aussi avons-nous r\u00e9solu le probl\u00e8me de l&rsquo;h\u00e9ritage \u00e0 date fixe en envoyant <em>ad patres <\/em>tous ceux qui nous sont d\u00e9sign\u00e9s par nos clients. Que voulez-vous, nous avons connu Don Quichotte. Il nous pla\u00eet de prendre les int\u00e9r\u00eats des faibles contre les forts, moyennant une commission s&rsquo;entend.<\/p>\n<p>&#8211; Mais alors vous tuez les&#8230;<\/p>\n<p>&#8211; Patience ! jeune homme, me dit-il en me coupant la parole. Oui, nous tuons ; mais nous tuons sans tuer ; en termes plus clairs, nous maladisons nos sujets d&rsquo;abord et la rampe de Laon se charge de faire le reste ensuite.<\/p>\n<p>&#8211; Je ne saisis pas bien, lui dis-je, fortement intrigu\u00e9 par un tel pr\u00e9ambule.<\/p>\n<p>&#8211; Donnez le grand largue \u00e0 vos \u00ab bonnettes \u00bb mon jeune ami, et vous m&rsquo;allez comprendre.<\/p>\n<p>Il fit une pause, aspira quelques bouff\u00e9es de son cigare, puis reprit :<\/p>\n<p>&#8211; Suivez bien mon raisonnement. Supposons que vous, jeune homme, soyez fils, neveu ou cousin d&rsquo;un riche propri\u00e9taire et que vos d\u00e9sirs soient d&rsquo;en h\u00e9riter dans un bref d\u00e9lai. Vous venez au si\u00e8ge de notre soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9, apr\u00e8s nous avoir fait part de vos intentions, nous vous disons ceci : vous \u00eates tant d&rsquo;h\u00e9ritiers, votre part sera de tant, nous exigeons tant. Si ces conditions vous conviennent, vous signez notre police et nous entrons imm\u00e9diatement en campagne. D\u00e8s lors, nous d\u00e9l\u00e9guons notre docteur aupr\u00e8s du sujet, afin qu&rsquo;il nous fasse un rapport des plus d\u00e9taill\u00e9 sur l&rsquo;\u00e9tat de sa sant\u00e9. Si, comme cela arrive quelquefois, mais rarement cependant, le sujet est atteint d&rsquo;un asthme ou d&rsquo;une maladie de coeur, les choses vont toutes seules, comme sur des roulettes. Dans le cas contraire, c&rsquo;est-\u00e0-dire s&rsquo;il est plein de sant\u00e9, nous agissons en sorte de faire entrer chez le sujet une personne \u00e0 notre solde, en qualit\u00e9 de femme de chambre, cuisini\u00e8re, voire de simple concierge, pour qu&rsquo;elle lui inocule, suivant nos savantes prescriptions, un virus qui en se d\u00e9veloppant dans les voies respiratoires, ou bien qui, v\u00e9hicul\u00e9 par la circulation du sang, lui cause la maladie que nous d\u00e9sirons. Ce r\u00e9sultat obtenu, nous chargeons un de nos inspecteurs (quelquefois, je remplis moi-m\u00eame cette d\u00e9licate mission) de faire entreprendre au sujet le voyage de Laon. L\u00e0, au pied de cette haute ville, il ne nous reste plus qu&rsquo;\u00e0 lui faire ascensionner les 13 843 marches de la fameuse rampe et je dois vous dire que, jusqu&rsquo;\u00e0 ce jour, aucun n&rsquo;a pu r\u00e9sister \u00e0 la secousse. Avant d&rsquo;arriver \u00e0 mi-chemin ils s&rsquo;affalent comme des loques et le tour est jou\u00e9. Voil\u00e0 le r\u00e9sultat. Vous devez deviner le d\u00e9nouement&#8230;<\/p>\n<p>La machine siffla. Le train stoppa. Nous \u00e9tions \u00e0 Villers-Cotterets.<\/p>\n<p>&#8211; Veuillez m&rsquo;excuser de mon brusque d\u00e9part, me dit-il le plus aimablement du monde en me serrant la main ; mais il faut que je vous quitte. Je vais en mission aupr\u00e8s de M. W. E., le c\u00e9l\u00e8bre socialiste millionnaire. Le Parti ouvrier, qui est de nos clients, a h\u00e2te qu&rsquo;il ascensionne la rampe. Si parfois vous aviez besoin de notre concours, voici ma carte.<\/p>\n<p>Je le remerciai, et nous nous quitt\u00e2mes&#8230;<\/p>\n<p><em>Samedi<\/em><\/p>\n<p>J&rsquo;attendais de tes nouvelles, mais je n&rsquo;ai rien re\u00e7u depuis le 21. Sans doute dois-tu attendre de recevoir les miennes. J&rsquo;aime \u00e0 croire qu&rsquo;\u00e0 cette heure, tu es rassur\u00e9e.<\/p>\n<p>Je commence \u00e0 m&rsquo;ennuyer. Je suis satur\u00e9 de cellule. Quand je dis ennuyer, c&rsquo;est une fa\u00e7on de parler, car avec la ligne de conduite que je me suis trac\u00e9e, il serait bien malheureux pour moi que je commen\u00e7asse \u00e0 m&rsquo;ennuyer d\u00e9j\u00e0. L&rsquo;ennui pr\u00e9c\u00e8de la d\u00e9moralisation et, certes, je suis loin d&rsquo;en \u00eatre l\u00e0. Au contraire, chaque matin en me levant, je me sens les reins plus solides, plus \u00e9nergiques que la veille pour mener \u00e0 bonne fin le nouveau d\u00e9fi que j&rsquo;ai jet\u00e9 \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9. La maladie seule sera capable de me terrasser.<\/p>\n<p>Je m&rsquo;incline devant tout ce qui est beau, tout ce qui est juste ; la v\u00e9rit\u00e9, la justice et la raison ; mais je ne me suis jamais inclin\u00e9, ne m&rsquo;incline pas et ne m&rsquo;inclinerai jamais devant la force. Jusqu&rsquo;\u00e0 mon dernier souffle de vie, j&rsquo;aurai le sourire aux l\u00e8vres et le souvenir au fond du coeur. Pr\u00e9sentement, j&rsquo;attends d&rsquo;un jour \u00e0 l&rsquo;autre le passage de la voiture cellulaire qui me doit emmener \u00e0 Saint-Martin-de-R\u00e9, ou bien \u00e0 la maison de force de Thouars<a name=\"_ftnref1\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>, dans le cas, peu probable, o\u00f9 le d\u00e9p\u00f4t des for\u00e7ats serait plein. Ensuite la travers\u00e9e, et enfin le bagne.<\/p>\n<p>S&rsquo;il prenait fantaisie au tr\u00e8s illustre ar\u00e9opage qui te jugera dans quelques mois de t&rsquo;acquitter, fais en sorte de laisser l&rsquo;adresse o\u00f9 tu te retireras \u00e0 M. le gardien-chef de la prison de Laon, afin qu&rsquo;il puisse faire suivre mes lettres.<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de ta d\u00e9fense, voici les points les plus saillants qu&rsquo;il te faudra d\u00e9velopper \u00e0 la fleur des propri\u00e9taires composant le jury.<\/p>\n<p>1\u00b0 Ta claustration en cellule pour refus de r\u00e9pondre aux questions du magistrat informateur.<\/p>\n<p>2\u00b0 Refus syst\u00e9matique du juge et du procureur g\u00e9n\u00e9ral de t&rsquo;accorder un avocat pour t&rsquo;assister \u00e0 l&rsquo;instruction. Refus peu explicable, puisque la d\u00e9cision prise plus tard par M. le ministre de la Justice annihile toutes leurs arguties.<\/p>\n<p>3\u00b0 Les menaces de M. le gardien-chef d&rsquo;Abbeville et la pression qu&rsquo;il a exerc\u00e9e (par ordre ou de sa propre initiative) pour que tu fasses choix d&rsquo;un autre d\u00e9fenseur que celui que je t&rsquo;indiquais, ainsi que son acte arbitraire de t&#8217;emp\u00eacher d&rsquo;envoyer des papiers concernant ta d\u00e9fense \u00e0 ton d\u00e9fenseur.<\/p>\n<p>Tu n&rsquo;as qu&rsquo;\u00e0 \u00e9crire les questions que tu d\u00e9sires poser aux t\u00e9moins de ton choix et, lorsqu&rsquo;ils comparaissent \u00e0 la barre, il ne te reste qu&rsquo;\u00e0 les lire \u00e0 M. le pr\u00e9sident pour qu&rsquo;il les pose aux t\u00e9moins.<\/p>\n<p>Si M. l&rsquo;avocat des riches de Laon ne t&rsquo;a pas encore fait savoir son intention de donner suite ou non \u00e0 la demande que tu lui as adress\u00e9e concernant la citation des t\u00e9moins, \u00e9cris-lui de nouveau, en le priant de vouloir bien te faire conna\u00eetre sa d\u00e9cision.<\/p>\n<p>Dans la n\u00e9gative, \u00e9cris \u00e0 M. le ministre de la Justice, en lui expliquant le cas, et en le priant de donner des ordres afin que satisfaction te soit accord\u00e9e.<\/p>\n<p>Je t&#8217;embrasse bien affectueusement. Mille baisers \u00e0 Rose.<\/p>\n<p>Sinc\u00e8res amiti\u00e9s \u00e0 mes ex-compagnons de cha\u00eene,<\/p>\n<p>Alexandre<\/p>\n<hr size=\"1\" \/><a name=\"_ftn1\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Cette forteresse m\u00e9di\u00e9vale situ\u00e9e dans les Deux-S\u00e8vres, entre Cholet et Saumur, servait parfois de d\u00e9p\u00f4t pour les futurs transport\u00e9s apr\u00e8s leur transfert des diff\u00e9rentes centrales m\u00e9tropolitaines.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;humeur badine du condamn\u00e9 Jacob persiste au pays des frelons quatre jours apr\u00e8s sa condamnation \u00e0 vingt ans de travaux forc\u00e9s. La peine, prononc\u00e9e aux assises du Loiret, se cumule avec celle dite \u00e0 Amiens. Pour lui ce sera donc le bagne \u00e0 vie. 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