{"id":2884,"date":"2012-12-29T01:10:11","date_gmt":"2012-12-28T23:10:11","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=2884"},"modified":"2012-08-04T07:15:18","modified_gmt":"2012-08-04T05:15:18","slug":"le-bagnard-recalcitrant","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2012\/12\/le-bagnard-recalcitrant\/","title":{"rendered":"Le bagnard r\u00e9calcitrant"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/nrco-juin-1993-copier.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2885\" title=\"La Nouvelle R\u00e9publique du Centre Ouest, juin 1993\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/nrco-juin-1993-copier-300x200.jpg\" alt=\"\" width=\"255\" height=\"170\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/nrco-juin-1993-copier-300x200.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/nrco-juin-1993-copier.jpg 640w\" sizes=\"(max-width: 255px) 100vw, 255px\" \/><\/a>Claude et Marius 5<\/p>\n<p>Jacob est un voleur et la morale r\u00e9prouve l&rsquo;atteinte \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9. Il doit payer ses crimes. Raconter les p\u00e9rip\u00e9ties du matricule 34477 + 300 peut devenir un exercice difficile car l&rsquo;homme puni peut rev\u00eatir les habits du h\u00e9ros dans une institution p\u00e9nitentiaire dont le seul but serait l&rsquo;\u00e9limination de sa \u00ab\u00a0client\u00e8le\u00a0\u00bb. L&rsquo;esp\u00e9rance de vie du fagot \u00e0 son arriv\u00e9e en Guyane n&rsquo;est que de cinq ans. Le bagne et ses joyeuset\u00e9s sont ainsi au programme du cinqui\u00e8me et avant-dernier article de la s\u00e9rie qui, dans les colonnes de <em>La Nouvelle R\u00e9publique du Centre Ouest<\/em>, tente de faire conna\u00eetre aux Reuillois leur gloire locale, m\u00eame si celle-ci n&rsquo;est pas du cru. Inspir\u00e9 du <em>Jacob<\/em> de Bernard Thomas paru chez Tchou en 1970, le propos de Claude Nerrand n&rsquo;en oublie pas moins de v\u00e9hiculer la m\u00eame imagerie carc\u00e9rale, les m\u00eames \u00e9difiantes aventures, les m\u00eames souffrances &#8230; et les m\u00eames erreurs. Ici, l&rsquo;honn\u00eate cambrioleur, devenu la b\u00eate noire de l&rsquo;AP, n&rsquo;est plus Ars\u00e8ne Lupin mais ressemble beaucoup \u00e0 Latude ou, mieux encore, \u00e0 Ch\u00e9ri-Bibi. L&rsquo;histoire doit forc\u00e9ment avoir une fin heureuse sans quoi il n&rsquo;y aurait pas de gloire locale. L&rsquo;<em>enferm\u00e9<\/em> est lib\u00e9r\u00e9 ici en 1928 &#8230; soit un an apr\u00e8s sa sortie de la prison centrale de Fresnes !!!<!--more--><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/logo-nouvelle-republique-du-centre-ouest.gif\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-378\" title=\"logo de la Nouvelle R\u00e9publique du Centre Ouest\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/logo-nouvelle-republique-du-centre-ouest.gif\" alt=\"logo de la Nouvelle R\u00e9publique du Centre Ouest\" width=\"167\" height=\"52\" \/><\/a><strong>La Nouvelle R\u00e9publique du Centre Ouest<\/strong><\/p>\n<p>Juin 1993<\/p>\n<p><strong>A La d\u00e9couverte de Marius Jacob<\/strong><\/p>\n<p><strong>La h\u00e2te de d\u00e9couvrir l&rsquo;enfer &#8230; puis de fuir<\/strong><\/p>\n<p><strong>V &#8211; Enferm\u00e9 en Guyane, Marius Jacob d\u00e9couvre l&rsquo;ambiance inhumaine des cachots. Il retrouvera la libert\u00e9 en 1928 apr\u00e8s quelques p\u00e9titions.<\/strong><\/p>\n<p>Le matricule 34\u00a0477 avait \u00e9crit \u00e0 sa m\u00e8re au soir du verdict du proc\u00e8s d&rsquo;Orl\u00e9ans en 1905\u00a0: \u00ab\u00a0J&rsquo;h\u00e2te d&rsquo;\u00eatre rendu au bagne, pour le voir avec ses grandeurs, ses l\u00e2chet\u00e9s, ses passion et ses r\u00e9voltes.\u00a0\u00bb Enferm\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00eele de R\u00e9 avant d&rsquo;\u00eatre embarqu\u00e9 sur \u00ab\u00a0la Loire\u00a0\u00bb pour rejoindre la Guyane, Jacob va conna\u00eetre imm\u00e9diatement l&rsquo;ambiance d&rsquo;un lieu, d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 en marge, o\u00f9 tout se vend, tout s&rsquo;ach\u00e8te, tout se r\u00e9p\u00e8te.<\/p>\n<p>Les fiers \u00e0 bras, les ca\u00efds, les porte-cl\u00e9s parall\u00e8lement \u00e0 la discipline du r\u00e9gime p\u00e9nitentiaire, dirigent, d\u00e9cident et restent ma\u00eetres de la nuit dans els cellules. Un soir, comme on venait de servir la soupe, l&rsquo;un des porte-cl\u00e9s interpelle Jacob\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0C&rsquo;est toi le roi des voleurs\u00a0? Tiens, voil\u00e0 ce que j&rsquo;en fais\u00a0!\u00a0\u00bb Et il crache dans l&rsquo;\u00e9cuelle. Jacob est pr\u00eat \u00e0 bondir, mais le gardien est l\u00e0, braquant d\u00e9j\u00e0 sur lui son revolver.<\/p>\n<p>L&rsquo;apprentissage d&rsquo;un monde \u00e9trange, cruel, sans scrupules, est une obligation si l&rsquo;on veut dire. Enferm\u00e9 avec deux autres for\u00e7ats dans une cage sp\u00e9ciale, \u00e0 bord de \u00ab\u00a0la Loire\u00a0\u00bb, Marius Jacob endure une travers\u00e9e de plus de quinze jours. Class\u00e9 dans la cat\u00e9gorie des \u00ab\u00a0individus dangereux \u00e0 garder sous une surveillance constante\u00a0\u00bb, il est conduit d\u00e8s son d\u00e9barquement \u00e0 l&rsquo;\u00eele Saint Joseph, v\u00e9ritable camp d&rsquo;extermination o\u00f9 les cachots sont redout\u00e9s.<\/p>\n<p>Les \u00eeles du Salut\u00a0: \u00eele Saint Joseph, \u00eele du Diable et \u00eele Royale constituent l&rsquo;un des lieux du bagne r\u00e9serv\u00e9 aux politiques, aux ali\u00e9n\u00e9s, aux dangereux. Pendant dix-neuf ans, Jacob r\u00e9sistera aux mouches, moustiques rouges, fourmis noires, au paludisme, \u00e0 la dysenterie, aux fi\u00e8vres sans nom de ce coin du monde o\u00f9 les m\u00e9decins ne donnent pas plus de cinq ans \u00e0 vivre.<\/p>\n<p><strong>La jungle ou la mer<\/strong><\/p>\n<p>Une id\u00e9e dominatrice ne le quitte pas un instant\u00a0: \u00ab\u00a0faire la belle\u00a0\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire s&rsquo;\u00e9vader. De cette terre hostile, devenue bagne en 1852, on ne peut s&rsquo;enfuir qu&rsquo;en s&rsquo;enfon\u00e7ant dans la jungle ou par la mer. La jungle, c&rsquo;est la for\u00eat inextricable, la vermine, les vasi\u00e8res et les Indiens qui ram\u00e8nent l&rsquo;\u00e9vad\u00e9 contre une maigre r\u00e9compense. C\u00f4t\u00e9 mer, la chose n&rsquo;est pas plus rassurante. Les requins, les contre-courants constituent les gardiens naturels. Sur vingt pr\u00e9par\u00e9es, une seule \u00e9vasion r\u00e9ussit.<\/p>\n<p>Et pourtant dix-sept fois Jacob \u00e9tudie un plan d&rsquo;\u00e9vasion. Il devient la b\u00eate noire de l&rsquo;administration. Et le commandant Michel, directeur des \u00eeles du Salut, reconna\u00eetra dans ses confessions\u00a0: \u00ab\u00a0Pendant des ann\u00e9es, il m&rsquo;a tenu t\u00eate.\u00a0\u00bb Envoy\u00e9 \u00e0 chaque fois au cachot, Marius en ressort effrayant de maigreur, presque mourant, mais debout avec un m\u00e9pris certain de la mort.<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;avocat des autres<\/strong><\/p>\n<p>Sa deuxi\u00e8me pr\u00e9occupation porte sur le droit. Sa m\u00e8re lui exp\u00e9die des livres qu&rsquo;il lit, relit, d\u00e9vore, \u00e9tudie. Il accable l&rsquo;administration de demandes, de r\u00e9clamations, s&rsquo;adressant au gouverneur, au ministre des Colonies. Ses connaissances juridiques l&rsquo;am\u00e8ne \u00e0 se faire l&rsquo;avocat des autres et m\u00eame \u00e0 se faire punir pour cela. Son prestige en ce monde vicieux grandit en raison de sa tenue et de l&rsquo;\u00e9loignement qu&rsquo;il marque vis-\u00e0-vis des m\u0153urs coutumi\u00e8res du bagne.<\/p>\n<p>Ses impressions, ses fatigues, parfois ses doutes, Jacob les transmet \u00e0 sa m\u00e8re dans une copieuse correspondance d&rsquo;au moins deux cent quarante lettres d&rsquo;une \u00e9criture serr\u00e9e, parfois illisible. \u00ab\u00a0La mentalit\u00e9 d&rsquo;un homme qui souffre, \u00e9crit-il, ne peut \u00eatre la m\u00eame que celle de cent qui jouissent et qui rient.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>C&rsquo;est au bagne que Marius va tuer. Au cours d&rsquo;une promenade, il rencontre un bagnard qui ressemble \u00e0 celui qui a crach\u00e9 dans sa soupe \u00e0 l&rsquo;\u00eele de R\u00e9. L&rsquo;int\u00e9ress\u00e9 sera port\u00e9 manquant \u00e0 l&rsquo;appel du soir.<\/p>\n<p><strong>Peine r\u00e9duite<\/strong><\/p>\n<p>Pendant ce temps, en France, Marie Jacob, sa m\u00e8re, cherche des appuis. Depuis 1922, le bagne est en vedette. Albert Londres, Le F\u00e8vre, Roubaud le visitent. Apr\u00e8s quelques p\u00e9titions, la peine de Jacob est ramen\u00e9e \u00e0 cinq ans de prison, puis \u00e0 deux ans. Et le 30 d\u00e9cembre 1928, devant la porte de la prison de Fresnes, une petite et vieille femme envelopp\u00e9e dans un ch\u00e2le noir attend. Son fils, Marius Jacob, doit sortir et retrouver la libert\u00e9.<\/p>\n<p>C.N.<\/p>\n<p>Dernier article\u00a0: \u00ab\u00a0L\u00e0 o\u00f9 il ne se passe rien\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Lire nos pr\u00e9c\u00e9dents articles dans nos \u00e9ditions du 4, 9, 12 et 19 juin.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Claude et Marius 5 Jacob est un voleur et la morale r\u00e9prouve l&rsquo;atteinte \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9. Il doit payer ses crimes. 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