{"id":2882,"date":"2012-11-24T01:10:35","date_gmt":"2012-11-23T23:10:35","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=2882"},"modified":"2020-04-26T08:30:55","modified_gmt":"2020-04-26T06:30:55","slug":"le-temps-des-proces","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2012\/11\/le-temps-des-proces\/","title":{"rendered":"Le temps des proc\u00e8s"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/nrco-19-06-93.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2883\" title=\"Nouvelle R\u00e9publique du Centre Ouest 19 juin 1993\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/nrco-19-06-93-268x300.jpg\" alt=\"\" width=\"139\" height=\"156\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/nrco-19-06-93-268x300.jpg 268w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/nrco-19-06-93.jpg 308w\" sizes=\"(max-width: 139px) 100vw, 139px\" \/><\/a>Claude et Marius 4<\/p>\n<p>On pourrait se lasser des \u00e9crits d&rsquo;un ancien colonel narrant les p\u00e9rip\u00e9ties d&rsquo;un ennemi social. Le quatri\u00e8me article de Claude Nerrand, paru dans <em>La Nouvelle R\u00e9publique du Centre Ouest <\/em>le 19 juin 1993, fait se rencontrer chez Mme Bontemps, \u00e9pici\u00e8re \u00e0 Reuilly, Maxime Baron et Marius Jacob. Le premier assura comme gendarme le transport sur <em>le Loire<\/em> des condamn\u00e9s aux travaux forc\u00e9s vers la Guyane. L&rsquo;histoire du second est connue. Mais, ici, le pr\u00e9sident de l&rsquo;office du tourisme de Reuilly commet l&rsquo;imprudence de s&rsquo;inspirer de la premi\u00e8re biographie commise par Bernard Thomas en 1970 pour \u00e9crire son papier. De fait le for\u00e7at 34777 perd 300 points dans son num\u00e9ro de matricule. Cela n&rsquo;est rien bien s\u00fbr. Mais une r\u00e9elle recherche en archives aurait permis d&rsquo;\u00e9viter de se tromper de condamn\u00e9 au bagne. Cela n&rsquo;est rien bien s\u00fbr m\u00eame si la science historique a le souci de l&rsquo;exactitude dans la narration. Il est ainsi int\u00e9ressant de noter que le titre de l&rsquo;article induit le lecteur dans l&rsquo;erreur chronologique. Claude Nerrand va nous parler du bagne subi par Jacob pendant dix-neuf ans &#8230; et c&rsquo;est la narration de l&rsquo;extraordinaire proc\u00e8s d&rsquo;Amiens (du 08 au 22 mars 1905) qui d\u00e9file sous nos yeux \u00e9berlu\u00e9s.<!--more--><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/logo-nouvelle-republique-du-centre-ouest.gif\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-378\" title=\"logo de la Nouvelle R\u00e9publique du Centre Ouest\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/logo-nouvelle-republique-du-centre-ouest.gif\" alt=\"logo de la Nouvelle R\u00e9publique du Centre Ouest\" width=\"176\" height=\"54\" \/><\/a><strong>La Nouvelle R\u00e9publique du Centre Ouest<\/strong><\/p>\n<p>19 juin 1993<\/p>\n<p><strong>A la d\u00e9couverte de Marius Jacob<\/strong><\/p>\n<p><strong> Le matricule 34\u00a0477 pendant dix-neuf ans<\/strong><\/p>\n<p><strong>IV &#8211; Deux apr\u00e8s son arrestation s&rsquo;ouvre le proc\u00e8s de Marius Jacob. Dans une ambiance houleuse, il est condamn\u00e9 aux travaux forc\u00e9s.<\/strong><\/p>\n<p>Habitant le Bois Saint Denis, \u00e0 partir de 1940, Marius descend presque chaque jour \u00e0 Reuilly pour faire ses courses. N\u00e9gro, son cocker noir, le suit, balayant avec ses longues oreilles le passage de Marius qui tient dans sa main droite un grand sac noir rectangulaire.<\/p>\n<p>A l&rsquo;\u00e9picerie de la rue Jean Jaur\u00e8s, il p\u00e9n\u00e8tre de son pas pesant\u00a0: \u00ab\u00a0Bonjour Madame Bontemps.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00ab\u00a0Bonjour Monsieur Jacob\u00a0\u00bb, r\u00e9pond l&rsquo;\u00e9pici\u00e8re occup\u00e9e \u00e0 servir Maxime Baron, ancien gendarme.<\/p>\n<p>Ce dernier se retourne vers Jacob et lui dit\u00a0: \u00ab\u00a0J&rsquo;ai connu autrefois sur la Loire le bateau de transport des bagnards quelqu&rsquo;un portant votre nom\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00ab\u00a0Je le sais, r\u00e9pond calmement Jacob, il y avait longtemps que je vous avais rep\u00e9r\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Les deux hommes se sont compris. Pas un mot de plus. Ils sont ennemis. M\u00eame \u00e0 Reuilly, dans ce pays o\u00f9 il ne se passe jamais rien, quelqu&rsquo;un connait le pass\u00e9 de Jacob.<\/p>\n<p>Marius, arr\u00eat\u00e9 pr\u00e8s d&rsquo;Abbeville en 1903, le proc\u00e8s d&rsquo;Amiens \u00ab\u00a0des Travailleurs de la nuit\u00a0\u00bb s&rsquo;ouvre le 8 mars 1905. L&rsquo;instruction a dur\u00e9 deux mois. Le dossier comporte plus de 20\u00a0000 pi\u00e8ces. L&rsquo;acte d&rsquo;accusation renferme 161 pages. Sur une table assez grande, install\u00e9e devant les jur\u00e9s, tout l&rsquo;arsenal de la bande est \u00e9tal\u00e9 comme pi\u00e8ces \u00e0 conviction. \u00ab\u00a0des outils merveilleux\u00a0\u00bb, \u00e9crit plus tard le reporter de \u00ab\u00a0la Voix du Nord\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>On craint des troubles. Depuis plusieurs semaines, les anarchistes se sont r\u00e9unis criant \u00ab\u00a0Vive Jacob\u00a0!\u00a0\u00bb et ont ameut\u00e9 l&rsquo;opinion. La salle du tribunal est pleine \u00e0 craquer, envahie par un public \u00e9nerv\u00e9. Assis tranquillement dans le box des accus\u00e9s au milieu de vingt-deux complices, Jacob, le melon sur la t\u00eate, le sourire aux l\u00e8vres, regarde d&rsquo;un air amus\u00e9 la cour qui s&rsquo;installe avec l&rsquo;effet th\u00e9\u00e2tral qui accompagne une telle entr\u00e9e.<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00ab\u00a0D\u00e9couvrez-vous\u00a0!\u00a0\u00bb, crie le pr\u00e9sident<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00ab\u00a0Pourquoi\u00a0? N&rsquo;\u00eates-vous pas couvert\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00ab\u00a0Levez-vous\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00ab\u00a0Pourquoi\u00a0? N&rsquo;\u00eates-vous pas assis\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00ab\u00a0\u00cates-vous d&rsquo;accord sur le choix des jur\u00e9s\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00ab\u00a0Je ne suis d&rsquo;accord avec personne, r\u00e9pond l&rsquo;accus\u00e9. Mes amis et moi ne reconnaissons \u00e0 personne le droit de nous juger.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>D\u00e9fendu par Me Justal, Jacob s&rsquo;attribue la paternit\u00e9 des tous les m\u00e9faits et d\u00e9clare que c&rsquo;est lui qui a abattu l&rsquo;agent de Pont R\u00e9my. Apr\u00e8s examen minutieux, la cour attribue cet acte \u00e0 Bour, son complice et \u00e9l\u00e8ve.<\/p>\n<p>Cynique, parfois violent, amusant, dr\u00f4le, Jacob m\u00e8ne le jeu. Les t\u00e9moins d\u00e9filent \u00e0 la barre. Le sacristain de Saint Godard \u00e9num\u00e8re ce qui a \u00e9t\u00e9 vol\u00e9. \u00ab\u00a0C&rsquo;est tout, encha\u00eene Jacob, vraiment tout\u00a0? Mais savez-vous que ce n&rsquo;est pas beau de mentir pour un sacristain &#8230; Dites aussi ce qu&rsquo;il y avait dans le placard. Allons, vous savez, ces gravures du genre Fragonard.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>A chaque t\u00e9moin, il argumente, fait rire la salle par quelques bons mots ou anecdotes compl\u00e9mentaires et devient peu \u00e0 peu le bandit bien aim\u00e9. \u00ab\u00a0Je suis un r\u00e9volt\u00e9 vivant du produit de ses vols. J&rsquo;ai incendi\u00e9 plusieurs h\u00f4tels. J&rsquo;ai d\u00e9fendu ma libert\u00e9 contre l&rsquo;agression des agents du pouvoir &#8230; Disposez de moi comme vous l&rsquo;entendez. Envoyez-moi au bagne, \u00e0 l&rsquo;\u00e9chafaud, peu m&rsquo;importe.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Les vingt-deux \u00ab\u00a0Travailleurs de la nuit\u00a0\u00bb crient parfois \u00ab\u00a0Mort \u00e0 la bourgeoisie, vive l&rsquo;anarchie\u00a0\u00bb Jacob, chef de la bande, est expuls\u00e9, mais le 22 mars le tribunal condamne Alexandre Marius Jacob aux travaux forc\u00e9s \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 avec son acolyte Bour.<\/p>\n<p>Le proc\u00e8s d&rsquo;Orl\u00e9ans, lui, ne dura qu&rsquo;une journ\u00e9e, le 24 juillet 1905, et de nouveau Jacob est condamn\u00e9 \u00e0 vingt ans de travaux forc\u00e9s pour \u00ab\u00a0vols qualifi\u00e9s et violence \u00e0 agent\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Dans sa cellule, il \u00e9crit \u00e0 sa m\u00e8re qui restera sa fid\u00e8le correspondante pendant toutes ces ann\u00e9es de bagne. \u00ab\u00a0C&rsquo;est bon pour les honn\u00eates gens que de pleurer et de souffrir. Et puis, j&rsquo;ai h\u00e2te d&rsquo;\u00eatre rendu au bagne pour le voir avec ses grandeurs, ses l\u00e2chet\u00e9s, ses bassesses, ses passions et ses r\u00e9voltes.\u00a0J&rsquo;y trouverai des \u00e2mes fid\u00e8les. Combien d&rsquo;hommes qui ne peuvent en trouver nulle part\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Mais Alexandre Marius Jacob n&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 plus Jacob, pour dix-neuf ans il est seulement le matricule 34\u00a0477.<\/p>\n<p>C.N.<\/p>\n<p>Prochain article\u00a0: \u00ab\u00a0Les cl\u00e9s du salut\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Lire nos pr\u00e9c\u00e9dents articles dans nos \u00e9ditions du 4, 9 et 12 juin<\/p>\n<p><strong>Expo au syndicat d&rsquo;initiative\u00a0:<\/strong> du mardi au dimanche, de 9h \u00e0 12h et de 15h \u00e0 18h. Ferm\u00e9 le lundi. Visites comment\u00e9es \u00e0 la demande.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Claude et Marius 4 On pourrait se lasser des \u00e9crits d&rsquo;un ancien colonel narrant les p\u00e9rip\u00e9ties d&rsquo;un ennemi social. Le quatri\u00e8me article de Claude Nerrand, paru dans La Nouvelle R\u00e9publique du Centre Ouest le 19 juin 1993, fait se rencontrer chez Mme Bontemps, \u00e9pici\u00e8re \u00e0 Reuilly, Maxime Baron et Marius Jacob. 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