{"id":286,"date":"2008-05-11T08:31:38","date_gmt":"2008-05-11T06:31:38","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=286"},"modified":"2020-04-26T08:41:45","modified_gmt":"2020-04-26T06:41:45","slug":"pourquoi-je-suis-anarchiste","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2008\/05\/pourquoi-je-suis-anarchiste\/","title":{"rendered":"Pourquoi je suis anarchiste ?"},"content":{"rendered":"<p class=\"MsoNormal\"><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/baudy1.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-451\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/baudy1.jpg\" alt=\"Marius Baudy, Le Monde illustr\u00e9 25 mars 1905\" width=\"218\" height=\"149\" \/><\/a>A l\u2019image du <em>Pourquoi j\u2019ai cambriol\u00e9\u00a0?<\/em> d\u2019Alexandre Jacob, la profession de foi de Marius Baudy n\u2019est mentionn\u00e9e que dans le\u00a0journal libertaire ami\u00e9nois <em>Germinal.\u00a0<\/em>Elle parait dans le n\u00b012, en date du 26 mars au 9 avril 1905. Le proc\u00e8s des Travailleurs de la Nuit est clos depuis quatre jours.<!--more-->\u00a0Baudy, expuls\u00e9 de la salle d\u2019audience du palais de justice d\u2019Amiens le 14 mars en compagnie de sept autres co-accus\u00e9s (Jacob, Bour, P\u00e9lissard, Ferr\u00e9, Sautarel, Clarenson et Vaillant) \u00e0 la suite d\u2019un incident violent entre les avocats parisiens de la d\u00e9fense et le pr\u00e9sident Wehekind, ne peut qu\u2019attendre \u00e0 la prison de Bic\u00eatre sa condamnation et son transfert sur Laon pour \u00eatre jug\u00e9 en appel. C\u2019est donc de sa ge\u00f4le picarde qu\u2019il a tout loisir de se consacrer \u00e0 la justification des ses actes. Le messianisme de sa d\u00e9claration politique tranche alors radicalement avec les m\u00e9moires qu\u2019il adresse \u00e0 la commission de recours en gr\u00e2ce \u00e0 la fin de cette ann\u00e9e. Dans ce texte, Baudy cherche par tous les moyens \u00e0 se disculper. Il est ainsi l\u2019amant de Jeanne Roux mais ne saurait pas que la s\u0153ur de sa compagne, Rose Roux, vit en concubinage avec Jacob. Ce serait encore par hasard qu\u2019il viendrait \u00e0 Paris, apr\u00e8s avoir vainement cherch\u00e9 un emploi honn\u00eate sur Toulouse,\u00a0 trouver un logement \u00e0 l\u2019h\u00f4tel de la rue de la Clef \u2026 o\u00f9 se r\u00e9unissent certains des Travailleurs de la Nuit\u00a0! C\u2019est d\u2019ailleurs dans la ville rose que Baudy est arr\u00eat\u00e9 en 1902 apr\u00e8s un cambriolage commis chez une dame Eychenne. Pour autant le voleur ne renie pas son anarchisme. Le texte que publie <em>Germinal<\/em> peut se rapprocher \u00e0 bien des titres de celui de Jacob. S\u2019il n\u2019en a pas la port\u00e9e th\u00e9orique, il met comme lui en avant les principes de lutte des classes et de droit \u00e0 l\u2019existence pour expliquer et sa pratique du vol et la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un ordre juste et harmonieux, un \u00e9den \u00e9galitaire, un monde bien \u00e9loign\u00e9 de celui, injuste, des accapareurs bourgeois \u00e0 l\u2019entr\u00e9e d\u00e9fendu par un arsenal policier cons\u00e9quent. Marius Baudy, se pr\u00e9sente comme une victime. Il est condamn\u00e9 \u00e0 Amiens \u00e0 10 ans de r\u00e9clusion. Sa peine est ramen\u00e9e \u00e0 7 ann\u00e9es \u00e0 Laon. Elle est assortie de la rel\u00e9gation. Marius Baudy ira mourir au bagne.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">\n<p class=\"MsoNormal\"><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/germinal-3.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-287\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/germinal-3-300x77.jpg\" alt=\"Manchette du journal libertaire ami\u00e9nois Germinal\" width=\"300\" height=\"77\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/germinal-3-300x77.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/germinal-3.jpg 536w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">N\u00b012, 26 mars \u2013 9 avril 1905<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">\n<p class=\"MsoNormal\">\n<p class=\"MsoNormal\"><strong><em>DECLARATION DE BAUDY<\/em><\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><strong><em>POURQUOI JE SUIS ANARCHISTE<\/em><\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><em>Quand on envisage la soci\u00e9t\u00e9 actuelle dans tout son ensemble, on est saisi du frappant contraste qui existe entre les hommes et des d\u00e9plorables conditions dans lesquelles croupit la classe prol\u00e9tarienne.<\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><em>Parqu\u00e9 dans des quartiers boueux et puants, le paria habite dans des taudis infects et humides : l\u00e0 grouille une marmaille en guenilles, \u00e0 la face pale et livide, aux yeux ternes et caverneux, tortur\u00e9e par la faim, aux corps bleuis par les \u00e2pres morsures du froid. C&rsquo;est dans ces conditions que grandissent les enfants des prol\u00e9taires ; chair \u00e0 travail que l&rsquo;usine guette comme une proie acquise ; et dans un \u00e2ge encore tendre, ils doivent apprendre le chemin de l&rsquo;atelier \u00e0 la lourde et pestilentielle atmosph\u00e8re, empoisonnant leur vie, ce qui les conduit \u00e0 une vieillesse pr\u00e9matur\u00e9e. Apres avoir trim\u00e9 sans tr\u00eaves ni r\u00e9pit, pour un salaire d\u00e9risoire, bris\u00e9s, moulus par un dur labeur, affaiblis par les privations de toute sorte, ne pouvant plus satisfaire l&rsquo;insatiable cupidit\u00e9 du ma\u00eetre, comme un vieux chien, on les rejette sans se soucier de leur devenir. Le sort au travail leur est des plus lamentables. Apr\u00e8s avoir pein\u00e9 toute sa vie \u00e0 produire des richesses sociales, devenu vieux, infirme, il ne lui reste plus d&rsquo;autres ressources que de mendier son pain, et d&rsquo;aller mourir sur un grabat d&rsquo;h\u00f4pital.<\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><em>Ceux qui ont tout \u00e0 souhait, satisfaisant leurs plus petits d\u00e9sirs, se pr\u00e9lassant dans la mollesse et la volupt\u00e9, s&rsquo;int\u00e9ressent bien peu que des malheureux manquent du n\u00e9cessaire. Indiff\u00e9rents aux maux d&rsquo;autrui, insensibles \u00e0 tout sentiment d&rsquo;humanit\u00e9, ils assistent, impassibles, aux souffrances de cette canaille qu&rsquo;ils d\u00e9daignent et m\u00e9prisent. Pervertis, d\u00e9prav\u00e9s par cette odieuse et inhumaine morale du chacun pour soi, les cris de douleur et de d\u00e9sespoir de ces meurt-de-faim leur importent peu, et leurs revendications les laissent froid. C&rsquo;est de l&rsquo;or qu&rsquo;il leur faut pour assouvir leurs passions, et pour avoir de 1&rsquo;or, ils pressurent sans merci ces affam\u00e9s que la mis\u00e8re force \u00e0 prostituer leurs bras et leur cerveau pour un morceau de pain.<\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><em>II faudrait vraiment \u00eatre insensible \u00e0 tout sentiment d&rsquo;humanit\u00e9 pour ne pas s&rsquo;attrister du lugubre spectacle des mis\u00e8res qu&rsquo;endurent ces martyrs du travail. Comme eux, fils de paria, j&rsquo;ai connu les angoisses et les tortures de la faim et du froid&#8230;<\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><em>L&rsquo;existence s&rsquo;offrait \u00e0 moi dans toute sa r\u00e9alit\u00e9. C&rsquo;est dans cet \u00e9tat d&rsquo;esprit que, songeant aux maux qui affligent le genre humain, comme un probl\u00e8me pos\u00e9 \u00e0 mon intelligence, je me demandai pourquoi, moi, un adolescent encore, je n&rsquo;avais pas un toit pour abriter ma t\u00eate, tandis que d&rsquo;autres reposent dans de luxueux palais \u00e0 la ti\u00e8de atmosph\u00e8re. Cependant le soleil luit pour tout le monde. Enfant de la nature, comme tous les humains, j&rsquo;ai droit au banquet de la vie. Pourquoi me conteste-t-on ce droit? Cherchant \u00e0 d\u00e9couvrir l&rsquo;\u00e9nigme de l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 qui divise les hommes, j&rsquo;ai compris que le mal r\u00e9sidait dans les vices des institutions du syst\u00e8me social.<\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><em>(&#8230; ) La police qui excelle \u00e0 me noircir dans ses rapports, s&rsquo;abstient de mentionner les vexations et les tracasseries dont j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 l&rsquo;objet, d\u00e8s qu&rsquo;elle s&rsquo;est aper\u00e7ue que je professais des opinions \u00e9galitaires. Cependant \u00ab\u00a0la libert\u00e9 de la conscience est inviolable\u00a0\u00bb nous dit-on. Ce qui peut \u00eatre vrai pour d&rsquo;autres ne l&rsquo;est assur\u00e9ment pas pour les anarchistes. C&rsquo;est du moins ce que les argousins de la r\u00e9publique se sont appliques a me prouver. (&#8230; ) Par leurs iniques proc\u00e9d\u00e9s ils furent cause que des patrons aupr\u00e8s desquels ils insinuaient de ne pas m&rsquo;occuper, que j&rsquo;\u00e9tais un anarchiste dangereux sous la surveillance de la haute police, me renvoy\u00e8rent des ateliers. Si l&rsquo;on tient compte de la terreur qu&rsquo;inspirait \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque l&rsquo;anarchie, surtout dans l&rsquo;enc\u00e9phale encro\u00fbt\u00e9e des patrons, il est compr\u00e9hensible qu&rsquo;ils ne se faisaient aucun scrupule de me remercier, sans se pr\u00e9occuper si j&rsquo;avais du pain pour le lendemain. Comme je l&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 dit, \u00e0 bout de ressources, l&rsquo;instinct de conservation aidant et pour subvenir aux besoins du ventre, j&rsquo;eus recours au vol.<\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><em>(&#8230; ) L&rsquo;homme n&rsquo;est pas ce qu&rsquo;il voudrait \u00eatre, les \u00e9v\u00e9nements d\u00e9jouent sa volont\u00e9. Comme tout \u00eatre anim\u00e9, il subit l&rsquo;influence du milieu ambiant dans lequel il vit. Les institutions qui le r\u00e9gissent, l&rsquo;\u00e9ducation qu&rsquo;il re\u00e7oit, le mode d&rsquo;organisation du syst\u00e8me social sont contraires aux lois naturelles, \u00e0 la saine raison, a l&rsquo;\u00e9quit\u00e9. II est compr\u00e9hensible que dans de pareilles conditions, il en r\u00e9sulte des perturbations qui parfois \u00e9branlent l&rsquo;\u00e9difice social dont la lutte pour la vie est un des plus puissants moteurs. C&rsquo;est pour ces raisons que les mesures coercitives sont plut\u00f4t une aggravation du mal qu&rsquo;un rem\u00e8de. Avant de r\u00e9primer il faut savoir pr\u00e9venir, c&rsquo;est-\u00e0-dire en d\u00e9truire les causes. Sachez que tout ce qui est construit par la force, la force peut le d\u00e9truire. L&rsquo;homme ne se nourrit pas seulement d&rsquo;aliments substantiels, en plus du pain du corps il lui faut le pain de l&rsquo;esprit, c&rsquo;est-\u00e0-dire tout ce qui charme son intelligence. Amoureux du beau et du bien, il aime \u00e0 se repa\u00eetre d&rsquo;id\u00e9al. Accordez-lui tout ce qui peut lui \u00eatre utile et agr\u00e9able, la haine et la discorde dispara\u00eetront de notre plan\u00e8te, et la fraternit\u00e9 ne sera plus un vain mot.<\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><em>Mais l&rsquo;harmonie ne peut na\u00eetre et subsister que par la libre entente. Ce ne sera que lorsque les hommes conscients de leurs droits et de leurs devoirs mettront en commun toutes leurs richesses que la lutte prendra fin, et ce que la force n&rsquo;a pu faire, l&rsquo;amour de soi et de ses semblables l&rsquo;accomplira.<\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">\n<p class=\"MsoNormal\">Sources\u00a0:<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Germinal, n\u00b012, 26 mars \u2013 9 avril 1905<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0 Archives Nationales, BB 24 1012 dossier 2818 S 05 : dossiers de demandes de recours en gr\u00e2ce, Jacob et bande d&rsquo;Abbeville 1905-1927<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A l\u2019image du Pourquoi j\u2019ai cambriol\u00e9\u00a0? d\u2019Alexandre Jacob, la profession de foi de Marius Baudy n\u2019est mentionn\u00e9e que dans le\u00a0journal libertaire ami\u00e9nois Germinal.\u00a0Elle parait dans le n\u00b012, en date du 26 mars au 9 avril 1905. Le proc\u00e8s des Travailleurs de la Nuit est clos depuis quatre jours.<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_publicize_message":"","jetpack_is_tweetstorm":false,"jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","enabled":false}}},"categories":[5573,4,9,5],"tags":[106,95,243,260,109,259,5399,261,262,82,24,81],"jetpack_publicize_connections":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/286"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=286"}],"version-history":[{"count":1,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/286\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4821,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/286\/revisions\/4821"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=286"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=286"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=286"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}