{"id":2845,"date":"2012-09-22T01:10:15","date_gmt":"2012-09-21T23:10:15","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=2845"},"modified":"2012-07-24T07:49:55","modified_gmt":"2012-07-24T05:49:55","slug":"lhonnete-au-pays-des-frelons-7","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2012\/09\/lhonnete-au-pays-des-frelons-7\/","title":{"rendered":"L&rsquo;honn\u00eate au pays des frelons 7"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/frelon-7.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2846\" title=\"frelon\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/frelon-7.jpg\" alt=\"\" width=\"172\" height=\"115\" \/><\/a><em>Voil\u00e0 trois heures que j&rsquo;\u00e9cris<\/em>. La lettre qu&rsquo;Alexandre Jacob envoie \u00e0 sa m\u00e8re apr\u00e8s la tenue du proc\u00e8s d&rsquo;Orl\u00e9ans parait fort longue. Et pour cause. L&rsquo;honn\u00eate cambrioleur, vaincu de guerre sociale, entend donner sa version et son analyse de sa comparution devant la cour d&rsquo;assises du Loiret. Avec force de d\u00e9tail et un humour des plus f\u00e9roces, le <em>cabotin sup\u00e9rieur<\/em> raconte une v\u00e9ritable com\u00e9die dramatique de ses pr\u00e9paratifs jusqu&rsquo;\u00e0 sa conclusion et nous fait voir un spectacle judiciaire dans lequel il tient le premier r\u00f4le. La narration du proc\u00e8s par la presse locale (le R\u00e9publicain Orl\u00e9anais entre autres) le confirme\u00a0: c&rsquo;est bien Jacob qui a r\u00e9dig\u00e9 un sc\u00e9nario que l&rsquo;on peut suivre sur cinq jours de r\u00e9daction, du 22 au 26 juillet 1905.<!--more--><\/p>\n<p>L&rsquo;accus\u00e9 est bien \u00e9videmment attendu depuis son extraordinaire comparution \u00e0 Amiens quatre mois plus t\u00f4t. Il cr\u00e9e l&rsquo;\u00e9v\u00e8nement. La salle d&rsquo;audience est comble. Le public veut voir la b\u00eate curieuse qui, fruit selon elle de l&rsquo;\u00e9volution darwinienne, refuse de \u00ab\u00a0l\u00e9cher la main qui le frappe ou va le frapper\u00a0\u00bb. L&rsquo;homme se moque bien d&rsquo;un verdict jou\u00e9 d&rsquo;avance. Il est d\u00e9j\u00e0 condamn\u00e9 aux travaux forc\u00e9s \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 et sait fort improbable une sanction capitale. Il aime se faire prier pour faire monter la pression mais surtout pour venger la mort de Roy\u00e8res, son ami et complice arr\u00eat\u00e9 en 1901 et dont il apprend le d\u00e9c\u00e8s survenu \u00e0 la prison de Fontevraud le 06 f\u00e9vrier 1905.<\/p>\n<p>Dialectique et oratoire, la vengeance de l&rsquo;ill\u00e9galiste frappe l&rsquo;agent Couillot, bless\u00e9 en 1901 et qualifi\u00e9 quatre ans plus tard de moiti\u00e9 de h\u00e9ros. Le serviteur de l&rsquo;ordre bourgeois n&rsquo;est pas le seul \u00e0 faire les frais de la vindicte et de la haine sociale de l&rsquo;accus\u00e9. Le <em>Voleur Vol\u00e9<\/em> s&rsquo;en prend tout aussi bien au public, dans lequel se c\u00f4toient selon lui les ma\u00eetres et leurs valets, qu&rsquo;au pr\u00e9sident des assises, qu&rsquo;\u00e0 ses assesseurs, au procureur et \u00e0 la mollusque gendarmesque charg\u00e9e de sa surveillance. Jacob ne dit mot toutefois d la tentative d&rsquo;\u00e9vasion avort\u00e9e entre deux s\u00e9ances, p\u00e9rip\u00e9tie que l&rsquo;on ne connait d&rsquo;ailleurs que par la biographie d&rsquo;Alain Sergent commise en 1950.<\/p>\n<p>Le r\u00e9sultat convient \u00e0 l&rsquo;\u00e9pistolaire qui sait en outre que ses courriers sont lus par l&rsquo;Administration P\u00e9nitentiaire. Pour la presse, justice est dite une nouvelle fois. Pour Jacob le proc\u00e8s ne fut que l&rsquo;expression d&rsquo;une justice certes, mais de classe \u00e0 n&rsquo;en point douter. Il a servi un monument de cynisme et de causticit\u00e9\u00a0; il est sorti vainqueur de la joute verbale engag\u00e9. Il n&rsquo;a donc cure des vingt ans de travaux forc\u00e9s prononc\u00e9s qu&rsquo;il analyse forc\u00e9ment sous l&rsquo;angle d&rsquo;une incompatibilit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 et de la loi.<\/p>\n<p>Le 26 juillet 1905 au soir, Alexandre Jacob est un for\u00e7at en partance. Il n&rsquo;a d\u00e9sormais plus qu&rsquo;\u00e0 attendre son transfert sur le d\u00e9p\u00f4t p\u00e9nitentiaire de Saint Martin de R\u00e9.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/palais-de-justice-dorleans-vers-1900.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-251\" title=\"Le palais de justice d\\'Orl\u00e9ans vers 1900\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/palais-de-justice-dorleans-vers-1900-300x196.jpg\" alt=\"Le palais de justice d\\'Orl\u00e9ans vers 1900\" width=\"163\" height=\"106\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/palais-de-justice-dorleans-vers-1900-300x196.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/palais-de-justice-dorleans-vers-1900.jpg 304w\" sizes=\"(max-width: 163px) 100vw, 163px\" \/><\/a><strong>22 juillet 1905<\/strong><\/p>\n<p>Ch\u00e8re maman,<\/p>\n<p>Il ne te manquait plus que cela : \u00eatre malade. Mais, tonnerre de Dieu ! il faut \u00e9crire au pr\u00e9fet pour lui demander l&rsquo;autorisation de consulter un docteur \u00e0 tes frais, si ce Goudron in-douze te refuse des soins et des m\u00e9dicaments. C&rsquo;est une terrible maladie que la gravelle ; elle fait cruellement souffrir. Pauvre maman !<\/p>\n<p>C&rsquo;est comme pour le papier, je ne m&rsquo;explique pas qu&rsquo;on te l&rsquo;ait pris, alors que tu en as besoin pour tes moyens de d\u00e9fense. \u00c0 cet \u00e9gard, \u00e9cris \u00e0 M. le procureur g\u00e9n\u00e9ral d&rsquo;Amiens (c&rsquo;est le ressort). C&rsquo;est un homme des plus raisonnable qui, j&rsquo;en suis s\u00fbr, t&rsquo;accordera satisfaction. Du reste, c&rsquo;est ce qu&rsquo;il fit \u00e0 Abbeville et \u00e0 Amiens o\u00f9 pareille mandarinade s&rsquo;\u00e9tait produite. La Chine, te dis-je, toujours la Chine !<\/p>\n<p>Point d&rsquo;orgue. \u00c0 l&rsquo;instant, je viens de recevoir la visite de mon d\u00e9vou\u00e9 et sympathique d\u00e9fenseur Me S\u00e9journ\u00e9, qui m&rsquo;a appris que Roy\u00e8re Marius, condamn\u00e9 \u00e0 cinq ans de prison en 1901, \u00e9tait cit\u00e9 comme t\u00e9moin dans mon affaire. Je change donc d&rsquo;id\u00e9es et me r\u00e9sous \u00e0 me rendre \u00e0 la cour d&rsquo;assises, ne serait-ce que pour protester contre cette erreur judiciaire. Cependant, voil\u00e0 qui est emb\u00eatant. Je vais ressembler \u00e0 une m\u00fbre qui n&rsquo;est pas m\u00fbre. Que vais-je leur dire ? Je n&rsquo;en sais trop rien. Depuis trois mois que je me frictionne l&#8217;embouligou, j&rsquo;aurais bien pu leur pr\u00e9parer quelque chose. Bah ! je vais commander du caf\u00e9 en cantine, et \u00e0 l&rsquo;aide de cette force excitatrice, \u00e0 moi la fine fleur de Provence ! Tu m&rsquo;excuseras donc si je m&rsquo;arr\u00eate. Je continuerai ma lettre apr\u00e8s-demain lundi, au retour de l&rsquo;audience. Je vais pr\u00e9parer un canevas.<\/p>\n<p><strong><em>Dimanche soir<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Je n&rsquo;ai pas perdu mon temps. J&rsquo;ai fini. En d&rsquo;autres termes, par d&rsquo;autres comparaisons et de nouveaux exemples, je leur r\u00e9p\u00e9terai ce que je leur ai dit \u00e0 Amiens. La forme changera, mais le sujet sera le m\u00eame. Que veux-tu ? je ne sais dire que cela et le dis sur tous les tons. J&rsquo;ai bu du caf\u00e9 et en boirai encore demain. Je sens d\u00e9j\u00e0 les vapeurs de la liqueur exotique qui s&rsquo;infiltrent dans mon enc\u00e9phale. Gare \u00e0 la fine fleur de Provence ! Je m&rsquo;arr\u00eate. Je n&rsquo;y vois plus. \u00c0 demain soir. Ce sera un verdict \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9, je crois.<\/p>\n<p><strong><em>Lundi, 6 h 30 du soir<\/em><\/strong><\/p>\n<p>\u00c7a y est. La pi\u00e8ce est jou\u00e9e. Vingt ans de travaux forc\u00e9s et aux d\u00e9pens. Les d\u00e9pens, quelle blague ! Les prol\u00e9taires en paieront les frais avec la sueur de leur front et moi avec la peau et les os. En route pour le bagne&#8230; Tu parles d&rsquo;une audience!&#8230; Mais n&rsquo;anticipons pas. La cloche sonne, il faut se coucher. \u00c0 demain.<\/p>\n<p><strong><em>Mardi<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Sommeil agit\u00e9. Forte fi\u00e8vre. J&rsquo;ai encore une migraine \u00e9pouvantable. Depuis trois mois que j&rsquo;\u00e9tais enferm\u00e9 entre quatre murs comme une hu\u00eetre dans une r\u00e9serve, l&rsquo;exhibition d&rsquo;hier m&rsquo;a \u00e9nerv\u00e9. Je t&rsquo;\u00e9crirai demain.<\/p>\n<p><strong><em>Mercredi<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Toujours un peu de migraine, mais supportable. Je reviens \u00e0 l&rsquo;audience, \u00e0 la pi\u00e8ce : drame et com\u00e9die sociale, tout \u00e0 la fois. Dans les couloirs du th\u00e9\u00e2tre je rencontre mon avocat &#8211; ne crois pas parce que je te dis \u00ab rencontre \u00bb que je me promenais seul. Non. Tel un astre sup\u00e9rieur j&rsquo;avais six satellites qui suivaient mes \u00e9volutions. &#8211; Tiens ! me dit-il ironiquement. Vous \u00eates beau \u00e0 peindre avec vos lunettes. Vous semblez un pasteur protestant.<\/p>\n<p>&#8211; Le vicaire de Wakefield<a name=\"_ftnref1\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>.<\/p>\n<p>&#8211; Juste.<\/p>\n<p>Et, cependant, toute plaisanterie \u00e0 part, il ne se trompait pas, ou presque pas. Si je ne suis pas un pasteur, je suis un r\u00e9volt\u00e9 protestant et je protesterai jusqu&rsquo;\u00e0 mon dernier souffle de vie contre le contrat social, comme l&rsquo;appelle Jean-Jacques.<\/p>\n<p>Contrairement \u00e0 l&rsquo;usage commun, le tirage des jur\u00e9s ne se fait pas en public. Nous allons assister \u00e0 cette formalit\u00e9 dans la chambre des d\u00e9lib\u00e9rations. Quelques instants apr\u00e8s, le rideau se l\u00e8ve.<\/p>\n<p>La recette promet. La salle est comble. Le public se divise en deux genres bien distincts : les ma\u00eetres et les serviteurs. Parmi les premiers : M. Rabier, d\u00e9put\u00e9 (nuance lilas), Mme la pr\u00e9f\u00e8te (pas mal, Mme la pr\u00e9f\u00e8te ; elle porte bien la toilette pour une provinciale), ainsi que plusieurs autres notabilit\u00e9s locales ; des magistrats entre autres, facilement reconnaissables \u00e0 leur physionomie intelligente et rus\u00e9e de diplomates et d&rsquo;\u00e9v\u00eaques.<\/p>\n<p>Parmi les autres, des domestiques, beaucoup de domestiques, rien que des domestiques. \u00c0 Amiens, il y avait des charrons, des serruriers, des boulangers, des ma\u00e7ons ; \u00e0 Orl\u00e9ans, il n&rsquo;y a que des concierges, des valets de chambre, des sacristains et des nourrices en retraite. Effet de milieu.<\/p>\n<p>&#8211; Accus\u00e9, levez-vous.<\/p>\n<p>&#8211; Levez-vous vous-m\u00eame, mon bon.<\/p>\n<p>&#8211; Je m&rsquo;attendais un peu \u00e0 votre r\u00e9ponse. N\u00e9anmoins, je vous croyais assez intelligent pour ne pas user de redites, me r\u00e9plique le pr\u00e9sident, un compatriote en mani\u00e8re de coups de patte.<\/p>\n<p>Croyait-il, ce brave homme, que j&rsquo;allais me coucher sur le banc pour \u00e9viter une r\u00e9p\u00e9tition. Me vois-tu en train de faire une sieste sur le banc de la cour d&rsquo;assises&#8230;<\/p>\n<p>En deux mots, je lui explique le pourquoi de mon attitude.<\/p>\n<p>&#8211; Lorsque vous venez me voir \u00e0 la prison, je me d\u00e9couvre parce que vous vous d\u00e9couvrez ; mais je me d\u00e9couvrirais encore si vous ne vous d\u00e9couvriez pas. Car je suis poli pour moi, avant de l&rsquo;\u00eatre pour les autres. Mais ici, ce n&rsquo;est plus le m\u00eame cas. C&rsquo;est une question de dignit\u00e9. Vous juge, vous magistrat, en me disant : \u00abAccus\u00e9, levez-vous \u00bb, \u00abAccus\u00e9, d\u00e9couvrez-vous \u00bb, tout en demeurant assis et couvert vous-m\u00eame, vous pr\u00e9tendez \u00eatre sup\u00e9rieur \u00e0 moi : chose que je conteste. Vous avez beau vous draper dans une robe rouge, vous n&rsquo;\u00eates ni plus ni moins qu&rsquo;un homme en tout point semblable \u00e0 moi. D&rsquo;autre part, comme Darwin, je crois descendre du singe et non du chien. Or on n&rsquo;a jamais vu un singe l\u00e9cher la main qui le frappe ou qui le va frapper. Voil\u00e0, monsieur, les raisons pour lesquelles je demeure assis et couvert.<\/p>\n<p>(La suite au prochain num\u00e9ro.)<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/assiette-au-beurre.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-134\" title=\"Assiette au beurre, mars 1905, caricature du proc\u00e8s Jacob\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/assiette-au-beurre-209x300.jpg\" alt=\"caricature parue dans l\\'Assiette au Beurre\" width=\"106\" height=\"153\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/assiette-au-beurre-209x300.jpg 209w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/assiette-au-beurre.jpg 591w\" sizes=\"(max-width: 106px) 100vw, 106px\" \/><\/a><strong><em>Tome 2<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Au fond, pas mauvais diable, ce pr\u00e9sident. Beaucoup intelligent, \u00e9rudit m\u00eame et tr\u00e8s impartial. Il a bien voulu me retirer la parole \u00e0 quelques reprises ; mais je me suis fait \u00abboulet de canon \u00bb, comme dit l&rsquo;autre, et j&rsquo;ai parl\u00e9 tout de m\u00eame. J&rsquo;ai employ\u00e9 la p\u00e9riphrase, la litote, l&rsquo;euph\u00e9misme et le tour a \u00e9t\u00e9 jou\u00e9. Et puis, \u00e0 te dire vrai, s&rsquo;il ne s&rsquo;\u00e9tait agi que de lui, je crois bien qu&rsquo;il ne m&rsquo;aurait jamais interrompu. Il m&rsquo;a sembl\u00e9 que son voisin de droite lui faisait du pied. D&rsquo;autre part, il y a aussi la question magn\u00e9tique de l&rsquo;autosuggestion. Tu comprends! les concierges, les sacristains et les nourrices en retraite&#8230; Aussi tout pes\u00e9, tout jug\u00e9, faut-il \u00eatre juste. C&rsquo;est pourquoi, je te r\u00e9p\u00e8te : il a \u00e9t\u00e9 impartial.<\/p>\n<p>Je ne te dirai pas toutes les boutades, tous les coups de cravache que je leur ai offerts. Ce serait trop long. Qu&rsquo;il me suffise de te dire que je leur ai servi du Juv\u00e9nal en bouillabaisse et de l&rsquo;Aristophane en a\u00efoli. La fine fleur de Provence, quoi ! Apr\u00e8s l&rsquo;interrogatoire d&rsquo;identit\u00e9 : nom, pr\u00e9nom, \u00e2ge et profession (profession : entrepreneur de d\u00e9molitions : c&rsquo;est expressif et po\u00e9tique), M. l&rsquo;avocat des riches nous donne lecture d&rsquo;une d\u00e9p\u00eache du minist\u00e8re de l&rsquo;Int\u00e9rieur nous annon\u00e7ant la mort de Roy\u00e8re. Mort en prison, et innocent ! Je proteste contre sa condamnation :<\/p>\n<p>&#8211; Roy\u00e8re n&rsquo;\u00e9tait pas une casserole, un mouchard. Roy\u00e8re n&rsquo;a pas voulu me d\u00e9noncer. Voil\u00e0 quel a \u00e9t\u00e9 son crime.<\/p>\n<p>&#8211; Bon, bon, me dit le pr\u00e9sident. S&rsquo;il y a eu erreur judiciaire, sa famille pourra obtenir une r\u00e9vision et une r\u00e9habilitation.<\/p>\n<p>Tu ne trouves pas qu&rsquo;une r\u00e9surrection ferait bien mieux son affaire ?<\/p>\n<p>Pendant l&rsquo;expos\u00e9 des faits, le pr\u00e9sident aurait voulu que je fisse un cours de cambriologie. Mais je ne marche pas. D&rsquo;ailleurs je suis loin d&rsquo;avoir le talent que l&rsquo;on me suppose. Ces braves gens s&rsquo;imaginent que j&rsquo;ouvre tous les coffres-forts. On est coffre-fort ou on ne l&rsquo;est pas, que diable ! Et s&rsquo;ils sont forts, pourquoi auraient-ils la faiblesse de succomber aux caresses des cambrioleurs ? Voil\u00e0 qui est clair comme de l&rsquo;eau de source, ce me semble. Craignant que j&rsquo;usasse d&rsquo;arguties en soutenant que j&rsquo;ignorais la qualit\u00e9 des agents lorsqu&rsquo;ils<\/p>\n<p>vinrent chez moi, le v\u00e9n\u00e9rable pr\u00e9sident du troisi\u00e8me trimestre, \u00e0 propos d&rsquo;une phrase dite \u00e0 l&rsquo;instruction, de d\u00e9duction en d\u00e9duction, b\u00e2tit, \u00e9chafauda, construisit tout un syst\u00e8me. Certes, cela ne valait pas le syst\u00e8me de Copernic, mais syst\u00e8me. Le syst\u00e8me de la p\u00e8lerine. Lorsque le t\u00e9moin Chardon vint d\u00e9poser, il convint de son erreur.<\/p>\n<p>\u00c0 propos du t\u00e9moin Chardon &#8211; l&rsquo;un des agents -, j&rsquo;avais peur qu&rsquo;il d\u00e9pos\u00e2t qu&rsquo;en 1901 j&rsquo;avais voulu [<em>manger<\/em>]. Tu penses si j&rsquo;aurais protest\u00e9. \u00c0 l&rsquo;audition du t\u00e9moin Couillot, l&rsquo;agent sur lequel je fis feu, le pr\u00e9sident le f\u00e9licite comme un h\u00e9ros.<\/p>\n<p>&#8211; Mais, monsieur, un h\u00e9ros qui recule, ce n&rsquo;est plus qu&rsquo;une moiti\u00e9 de h\u00e9ros, lui fis-je observer.<\/p>\n<p>Cette boutade ne fut pas du go\u00fbt de la cour. Le pr\u00e9sident me r\u00e9pliqua vertement. Aussi pour ne pas m&rsquo;attirer leur courroux ajoutai-je mes f\u00e9licitations aux leurs, en disant :<\/p>\n<p>&#8211; D&rsquo;accord, messieurs. Il a bien m\u00e9rit\u00e9 du Capital et de la Propri\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s l&rsquo;audition des t\u00e9moins, dix minutes d&rsquo;entracte. Nous nous retirons, moi et les gendarmes, dans la coulisse. Oh! ces gendarmes ! Quelle mentalit\u00e9, doux J\u00e9sus ! Orl\u00e9ans n&rsquo;est pas situ\u00e9e sur les rivages de la mer ; cependant les mollusques n&rsquo;y font pas d\u00e9faut. En regardant la lune, les yeux la voient plate ; ce n&rsquo;est que par le raisonnement qu&rsquo;on la comprend ronde. En regardant certains hommes, on leur voit une t\u00eate ; il suffit de parler avec eux pour s&rsquo;apercevoir qu&rsquo;ils sont ac\u00e9phales. Il y a environ un mois qu&rsquo;une ex\u00e9cution capitale a eu lieu \u00e0 Orl\u00e9ans. Ils en \u00e9taient tout heureux. Braves gens !<\/p>\n<p>Drrrrin !<\/p>\n<p>Nous remontons en sc\u00e8ne.<\/p>\n<p>Le pr\u00e9sident, supposant sans doute qu&rsquo;il n&rsquo;avait fait les choses qu&rsquo;\u00e0 demi, me donne la parole. Puis c&rsquo;est le tour de M. le d\u00e9fenseur du Capital. Je m&rsquo;attendais \u00e0 de la d\u00e9clamation, \u00e0 des mots, \u00e0 des phrases creuses et vides. Point. Dans un discours bref, mais concis, simple et serr\u00e9, M. l&rsquo;avocat de la R\u00e9publique, faisant un parall\u00e8le avec l&rsquo;acte du camarade Duval, logique avec sa comparaison, demande aux jur\u00e9s le m\u00eame r\u00e9sultat : la peine de mort.<\/p>\n<p>Cependant il a manqu\u00e9 de tact, et surtout de sinc\u00e9rit\u00e9, en m&rsquo;attaquant dans mes principes, dans mes convictions philosophiques. Je croyais qu&rsquo;il pouvait ha\u00efr un homme sans le salir. Je me trompais. Aussi lui ai-je r\u00e9pliqu\u00e9 avec un peu d&rsquo;esprit et beaucoup de mauvaise foi, en me moquant de son talent oratoire. J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 aussi caustique \u00e0 d&rsquo;autres \u00e9gards ; mais plus vrai. Entre autres, celui-ci :<\/p>\n<p>&#8211; Il m&rsquo;est permis de croire, dis-je en m&rsquo;adressant aux jur\u00e9s, que dans cette salle se trouvent des personnes exer\u00e7ant des professions diverses. Par exemple, le boulanger fait du pain, le cordonnier confectionne des chaussures, le meunier moud du bl\u00e9, le ma\u00e7on construit des maisons. Lui, messieurs, l&rsquo;honorable avocat des riches, fait couper des t\u00eates&#8230; Jolie besogne !<\/p>\n<p>Ah!&#8230; J&rsquo;oubliais de te dire qu&rsquo;il m&rsquo;avait appel\u00e9 cabotin. Cabotin !&#8230; Certes, ce n&rsquo;est pas moi qui le contredirai. Le monde n&rsquo;est-il pas un immense th\u00e9\u00e2tre o\u00f9 s&rsquo;agitent toutes sortes de passions ; o\u00f9 chacun joue son r\u00f4le, r\u00f4le de dupe, de fripon ou de r\u00e9volt\u00e9 ? Il y a des cabotins nuls, des cabotins m\u00e9diocres, des cabotins moyens et des sup\u00e9rieurs, que dis-je ? j&rsquo;oubliais les figurants, les inutilit\u00e9s comme on les appelle en argot de coulisse. Pour que j&rsquo;aie \u00e9t\u00e9 l&rsquo;objet de la remarque de M. le repr\u00e9sentant de la Bourgeoisie, il est de toute \u00e9vidence que j&rsquo;appartiens aux cabotins sup\u00e9rieurs. J&rsquo;en suis donc tr\u00e8s heureux, flatt\u00e9, charm\u00e9 : tout le monde ne peut pas en dire autant. Dans la com\u00e9die drame social Voleur et Vol\u00e9 qui s&rsquo;est jou\u00e9e lundi, combien \u00e9taient rares ceux qui pouvaient pr\u00e9tendre \u00e0 ce titre&#8230;<\/p>\n<p>Apr\u00e8s ma r\u00e9plique, mon d\u00e9vou\u00e9 et \u00e9minent d\u00e9fenseur prend la parole.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/darwin-caricature.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2729\" title=\"Darwin caricature dans The London Sketch Book\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/darwin-caricature-142x300.jpg\" alt=\"\" width=\"73\" height=\"155\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/darwin-caricature-142x300.jpg 142w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/darwin-caricature.jpg 306w\" sizes=\"(max-width: 73px) 100vw, 73px\" \/><\/a><strong><em>Tome 3<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Te dire que le jury r\u00e9po0ndit n\u00e9gativement \u00e0 la question : intention de donner la mort, c&rsquo;est lui faire le meilleur et le plus m\u00e9rit\u00e9 des \u00e9loges.<\/p>\n<p>La cour pouvait appliquer les travaux forc\u00e9s \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9. Mais pour une raison que je ne crois pas utile de te dire, elle fit preuve d&rsquo;intelligence et d&rsquo;habilet\u00e9 en baissant le chiffre \u00e0 vingt ans.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la d\u00e9lib\u00e9ration du jury, le pr\u00e9sident m&rsquo;invita \u00e0 me lever pour en entendre la lecture.<\/p>\n<p>Me lever pour recevoir des coups de trique ! Je demeurai assis.<\/p>\n<p>Vraiment la loi a de ces charmes qu&rsquo;on ne saurait deviner !<\/p>\n<p>Du verdict d&rsquo;Amiens et de celui d&rsquo;Orl\u00e9ans, on peut en tirer cette conclusion : l&rsquo;incompatibilit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 et de la loi. \u00c0 Amiens, o\u00f9 j&rsquo;\u00e9tais poursuivi sous la m\u00eame inculpation, pour un acte commis dans des circonstances analogues, identiques, pareilles en tous points, le jury r\u00e9pond : intention de donner la mort ; ici, \u00e0 Orl\u00e9ans, il r\u00e9pond non. Ils me font rire. Ils veulent l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 dans la loi alors qu&rsquo;elle n&rsquo;existe pas dans la nature. Sur le m\u00eame arbre il n&rsquo;y a pas une seule feuille qui soit pareille \u00e0 une autre. Il en est de m\u00eame pour les hommes.<\/p>\n<p>Dans une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 les int\u00e9r\u00eats sont s\u00e9par\u00e9s, les uns voient blanc ce que les autres voient noir. Je le leur ai \u00e9crit dans une lettre : \u00ab Il n&rsquo;y a pas un article de loi, de r\u00e8glement qui n&rsquo;aboutisse \u00e0 l&rsquo;absurde. \u00bb La preuve c&rsquo;est que pour un m\u00eame d\u00e9lit un homme sera tu\u00e9 \u00e0 Amiens alors qu&rsquo;\u00e0 Orl\u00e9ans il s&rsquo;en tirera avec quelques ann\u00e9es de prison. Voil\u00e0 la justice ! L\u00e0, je ne parle que de la fa\u00e7on morale de voir les choses ; mais, comme en m\u00e9canique, la justice ob\u00e9it aussi \u00e0 une force.<\/p>\n<p>En m\u00e9canique il y a les forces chimiques, physiques, musculaires ; la force centrifuge, la force centrip\u00e8te, la force d&rsquo;inertie ; en justice il n&rsquo;y a qu&rsquo;une seule force, la force de l&rsquo;argent. Comme dit l&rsquo;autre : \u00ab selon que vous serez puissants ou mis\u00e9rables \u00bb. C&rsquo;est, du reste, ce que je leur ai d\u00e9velopp\u00e9. Il y a des farceurs qui placent l&rsquo;\u00e2ge d&rsquo;or \u00e0 l&rsquo;enfance de l&rsquo;humanit\u00e9 et appelle notre si\u00e8cle l&rsquo;\u00e2ge du fer. Erreur. Il y a huit ou neuf si\u00e8cles on ne jugeait pas les causes dans une salle, mais dans une ar\u00e8ne ; on ne luttait pas avec le flux labial, mais avec des armes. Le chevalier qui avait la meilleure armure, la meilleure lance, le meilleur bouclier \u00e9tait proclam\u00e9 innocent. On l&rsquo;acclamait. Les belles dames se le disputaient : c&rsquo;\u00e9tait un dieu, un h\u00e9ros. Il avait les plaisirs, le pouvoir et la richesse. C&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;honn\u00eate homme de ce temps-l\u00e0. Aujourd&rsquo;hui, \u00e9poque de progr\u00e8s et de lumi\u00e8re, plus d&rsquo;armures, mais des pi\u00e8ces de cent sous ; plus de lances, mais des billets de banque ; plus de boucliers, mais des coffres emplis d&rsquo;or. C&rsquo;est te dire que l&rsquo;\u00e2ge du fer est pass\u00e9 et que nous sommes \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge d&rsquo;or. Rien que d&rsquo;y penser je me figure \u00eatre un berger d&rsquo;Arcadie<a name=\"_ftnref2\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a> &#8230;<\/p>\n<p>Parlons d&rsquo;autre chose.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai envoy\u00e9 mes deux pardessus, mes bottines, ainsi que quelques objets de lingerie dont je n&rsquo;ai plus besoin, \u00e0 M. Develay. J&rsquo;ai fait l&rsquo;exp\u00e9dition en port d\u00fb, grande vitesse. Si j&rsquo;avais \u00e9t\u00e9 plus riche, je l&rsquo;aurais pay\u00e9. Mais \u00e7a ne leur co\u00fbtera pas bien cher, 1,50 \u00e0 1,75 franc environ. \u00c9cris-leur qu&rsquo;ils t&rsquo;accusent r\u00e9ception.<\/p>\n<p>Il est inutile que Rose \u00e9crive \u00e0 sa soeur pour me faire envoyer du papier puisque je vais partir d&rsquo;un jour \u00e0 l&rsquo;autre. Je ne tarderai pas \u00e0 quitter Orl\u00e9ans.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai pass\u00e9 trois mois bien tranquille dans cette prison. Tout le personnel a \u00e9t\u00e9 des plus convenable autant que le permettaient les r\u00e8gles de la prison. Les bourgeois vont \u00e0 Vichy, \u00e0 Spa, \u00e0 Plombi\u00e8res, \u00e0 Baden-Baden ; moi je vill\u00e9giature dans les capucini\u00e8res de la R\u00e9publique. Question de go\u00fbt et&#8230; de moyens.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai bien peur de passer encore un hiver en Europe en ne partant qu&rsquo;en mars prochain. Je doute fort qu&rsquo;il y ait un d\u00e9part en octobre. Cela m&rsquo;ennuierait fort, car comme les pommes d&rsquo;amour je n&rsquo;aime pas le froid.<\/p>\n<p>Je parie que toi et Rose vous vous \u00eates chagrin\u00e9es en ne recevant point de mes nouvelles. Vous ne vous plaindrez pas, j&rsquo;aime \u00e0 croire, je vous envoie de quoi lire. Voil\u00e0 trois heures que j&rsquo;\u00e9cris.<\/p>\n<p>Je t&#8217;embrasse bien affectueusement.<\/p>\n<p>Mille baisers \u00e0 Rose et mes amiti\u00e9s aux \u00e9poux Ferr\u00e9, ainsi qu&rsquo;aux camarades,<\/p>\n<p>Alexandre<\/p>\n<hr size=\"1\" \/><a name=\"_ftn1\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Roman satirique d&rsquo;Oliver Goldsmith, \u00e9crivain britannique, publi\u00e9 en 1766, mettant en sc\u00e8ne un pr\u00eatre<\/p>\n<p>anglican.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn2\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> Allusion \u00e0 cette r\u00e9gion de la Gr\u00e8ce antique repr\u00e9sent\u00e9e dans la tradition po\u00e9tique comme un pays idyllique.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Voil\u00e0 trois heures que j&rsquo;\u00e9cris. La lettre qu&rsquo;Alexandre Jacob envoie \u00e0 sa m\u00e8re apr\u00e8s la tenue du proc\u00e8s d&rsquo;Orl\u00e9ans parait fort longue. Et pour cause. L&rsquo;honn\u00eate cambrioleur, vaincu de guerre sociale, entend donner sa version et son analyse de sa comparution devant la cour d&rsquo;assises du Loiret. Avec force de d\u00e9tail et un humour des [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_publicize_message":"","jetpack_is_tweetstorm":false,"jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","enabled":false}}},"categories":[3042],"tags":[808,738,106,50,3404,1407,3403,834,65,43,1416,155,3402,1643,657,1376,467,3046,85,63,28,44,84,64,165,552,767],"jetpack_publicize_connections":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2845"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2845"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2845\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2845"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2845"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2845"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}