{"id":282,"date":"2008-05-10T11:41:09","date_gmt":"2008-05-10T09:41:09","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=282"},"modified":"2008-05-10T11:41:09","modified_gmt":"2008-05-10T09:41:09","slug":"le-procureur-de-sa-republique","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2008\/05\/le-procureur-de-sa-republique\/","title":{"rendered":"Le procureur de SA R\u00e9publique"},"content":{"rendered":"<p class=\"MsoNormal\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\"><em><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/pecule-1927-jacob.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-283\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/pecule-1927-jacob-238x300.jpg\" alt=\"extrait du livret de p\u00e9cule de Jacob \u00e0 Fresnes en 1927\" width=\"238\" height=\"300\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/pecule-1927-jacob-238x300.jpg 238w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/pecule-1927-jacob.jpg 254w\" sizes=\"(max-width: 238px) 100vw, 238px\" \/><\/a>Le procureur de SA R\u00e9publique<\/em> est le texte \u00e9crit par Alexandre Jacob qui nous a permis de faire le rapprochement avec le fagot Barrabas. Celui-l\u00e0 appara\u00eet \u00e9galement dans <em>La vie des for\u00e7ats<\/em> d\u2019Eug\u00e8ne Dieudonn\u00e9, ami de Jacob. Le billet de l\u2019Administration P\u00e9nitentiaire guyanaise, re\u00e7u par le prisonnier Jacob \u00e0 Fresnes en 1927, prouve alors que Barrabas n\u2019est autre que Jacob lui-m\u00eame. Par la truculence du style, ce dernier arrange certainement son r\u00e9cit. N\u00e9anmoins, il fournit des noms, indique des dates et des lieux qui montrent la ma\u00eetrise de son sujet et qui autorisent l\u2019authentification des faits narr\u00e9s. La nouvelle qui suit met en sc\u00e8ne la d\u00e9brouille de Barrabas<!--more-->, dont les revenus sont pr\u00e9cieusement et secr\u00e8tement gard\u00e9s dans le plan, cette esp\u00e8ce de tube que le bagnard introduit dans son anus. Dans le jargon du bagne, <span style=\"italic;\">la d\u00e9brouille<\/span> est une petite camelote. Les deux termes d\u00e9signent toutes activit\u00e9s r\u00e9mun\u00e9ratrices, illicites et contraires aux r\u00e8glements, permettant aux d\u00e9tenus de se procurer alimentation, argent et mat\u00e9riel. Les agents de l\u2019A.P. participent activement \u00e0 ces trafics en tout genre, arrondissant au passage leurs fins de mois. Rares sont les anarchistes qui pratiquent alors le vol de leurs camarades d\u2019infortune ou qui, \u00e0 l\u2019image de Marius Metge, mais l\u2019exception confirme la r\u00e8gle, louvoient aupr\u00e8s des gaffes afin d\u2019obtenir un poste d\u2019auxiliaire de surveillance. Eug\u00e8ne Dieudonn\u00e9, par exemple, profite de son \u00e9tat d\u2019artisan menuisier pour fabriquer de menus objets qui s\u2019\u00e9coulent facilement aupr\u00e8s des surveillants. La camelote de Jacob-Barrabas est en parfaite communion avec le principe d\u2019opposition \u00e0 l\u2019institution p\u00e9nitentiaire. Jacob fait chanter ses ge\u00f4liers. Et, ici, il n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 leur infliger un cours pratique de morale libertaire en devenant le procureur de SA R\u00e9publique. Ne d\u00e9clarait-il pas d\u2019ailleurs \u00e0 Jean Maitron, bien des ann\u00e9es plus tard,\u00a0dans les <em>Souvenirs rassis d\u2019un demi si\u00e8cle<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0<em>J\u2019ai cess\u00e9 cette lutte du fait de mon arrestation mais je l\u2019ai reprise au bagne sous une autre forme et par d\u2019autres moyens<\/em><span style=\"italic;\">\u00a0\u00bb.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"Times New Roman;\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><em><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\"><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\"><em><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/plan.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-284\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/plan-300x179.jpg\" alt=\"sch\u00e9ma d\\'un plan par le bagnard Clemens\" width=\"323\" height=\"195\" \/><\/a><\/em><\/span><\/span>1906-1925. Barrabas. Un type. Pas mercanti, pas de d\u00e9brouille habituelle en milieu p\u00e9nal et toujours de l\u2019argent en plan. Voici comment.<\/span><\/span><\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><em><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\">Assez souvent des condamn\u00e9s d\u00e9tenus aux \u00eeles ont recours \u00e0 des agents pour recevoir de l\u2019argent de leurs amis ou de leur famille, et, moyennant une commission de 25%. Quelques-uns, corrects, s\u2019acquittent honn\u00eatement de leur mission. D\u2019autres, fripons, gardent tout en pr\u00e9textant n\u2019avoir rien re\u00e7u. En ce dernier cas, le for\u00e7at l\u00e9s\u00e9 va trouver Barrabas et lui demander conseil.<\/span><\/span><\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><em><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\">Celui-ci lui dit \u00ab\u00a0Fais le mort. N\u2019\u00e9bruite pas la chose. Suis mes conseils. Va retrouver le surveillant et dis-lui que, puisque la personne \u00e0 qui tu t\u2019es adress\u00e9 n\u2019a rien envoy\u00e9, tu vas lui remettre une lettre pour une autre personne qui, elle, s\u00fbrement, enverra les fonds demand\u00e9s\u00a0\u00bb. L\u2019agent, voyant qu\u2019il a affaire \u00e0 une victime accommodante se r\u00e9jouit de l\u2019aubaine et se propose de l\u2019escroquer une deuxi\u00e8me fois. Cependant Barrabas a pris ses mesures. Par une [voie] illicite \u2013 on appelle cela une porte \u2013 il fait partir une autre lettre, \u00e9crite par le for\u00e7at l\u00e9s\u00e9, dans laquelle il est recommand\u00e9 de ne rien envoyer mais tout simplement un morceau de journal clos dans une enveloppe \u00e0 l\u2019adresse de l\u2019agent. Cela suffit.<\/span><\/span><\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><em><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\">Une huitaine de jours avant l\u2019arriv\u00e9e du courrier qui doit rapporter la r\u00e9ponse, c&rsquo;est-\u00e0-dire la somme demand\u00e9e, Barrabas s\u2019arrange pour rencontrer l\u2019agent sur le plateau de l\u2019\u00eele Royale lieu des mieux situ\u00e9s pour \u00eatre vu par plusieurs yeux mais entendu d\u2019aucune oreille et lui dit \u00ab\u00a0il y a trois mois environ, vous avez escroqu\u00e9 500 ou 1000 ou 2000 francs \u00e0 untel. Si dans quatre jours vous ne m\u2019avez pas restitu\u00e9 la somme soustraite, avec, en plus 300 francs pour mes frais de justice, je vous d\u00e9nonce au procureur g\u00e9n\u00e9ral. Or, vous n\u2019ignorez pas que le courrier qui a quitt\u00e9 hier la Martinique contient une lettre \u00e0 votre adresse avec de l\u2019argent dedans destin\u00e9 \u00e0 untel. Vous savez ce qui vous attend\u00a0\u00bb. La preuve marche \u00e0 une vitesse de 10 n\u0153uds \u00e0 l\u2019heure. D\u00e9cidez\u00a0\u00bb.<\/span><\/span><\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><em><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\">Et Barrabas s\u2019esquive, laissant l\u2019agent en pleine \u00e9motion. Dans le courant de la journ\u00e9e, l\u2019agent, qui n\u2019a pas manqu\u00e9 de s\u2019en ouvrir \u00e0 sa femme, s\u2019il est mari\u00e9, ou \u00e0 un coll\u00e8gue, s\u2019il est c\u00e9libataire, essaie mille moyens pour amadouer Barrabas. Il lui offre un acompte, lui expose qu\u2019il est fort g\u00ean\u00e9 et ceci et cela. Mais Barrabas ne fait pas de sentiment. Fort de son moyen, il exige le paiement int\u00e9gral et les frais de sa justice. Quelques fois, quand l\u2019agent est mari\u00e9, le couple s\u2019entend pour liquider l\u2019affaire d\u2019une fa\u00e7on \u00e9l\u00e9gante. C\u2019est ainsi que la femme l\u2019envoie chercher, par son gar\u00e7on de famille, sous un pr\u00e9texte quelconque, afin qu\u2019il se rende \u00e0 son domicile. Mais Barrabas qui conna\u00eet l\u2019histoire de Sanson et Dalila ne marche pas. Il traite son affaire en plein air, sur le plateau et non \u00e0 domicile o\u00f9 une balle de revolver lui est destin\u00e9e. Alors, de guerre lasse, l\u2019agent, voyant sa cause perdue, \u00e9tant certain de la radiation, s\u2019ex\u00e9cute. S\u2019il n\u2019a pas la somme demand\u00e9e, des coll\u00e8gues, par esprit de corps, la lui compl\u00e8tent.<\/span><\/span><\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><em><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\">Alors Barrabas remet int\u00e9gralement au for\u00e7at l\u00e9s\u00e9 la somme qui lui avait \u00e9t\u00e9 escroqu\u00e9e et garde pour lui ses frais de justice, de sa justice.<\/span><\/span><\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><em><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\">L\u00e0 ne se bornait pas ses moyens. Sa judicature s\u2019\u00e9tendait \u00e0 toutes les infractions commises par les agents et les fonctionnaires. Or, comme, l\u2019A.P. n\u2019est, en somme, qu\u2019un vaste association de malfaiteurs, son labeur eut \u00e9t\u00e9 \u00e9puisant\u00a0; toutefois, comme il ne poursuivait que les agents les plus barbares, fermant l\u2019\u0153il sur la camelote de ceux qui s\u2019interdisaient toute cruaut\u00e9 envers les condamn\u00e9s ses jugements ne furent pas consid\u00e9rables<\/span><\/span><\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><em><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\">Toutefois, celui qu&rsquo;il rendit en 1917, dans une affaire que tout le bagne conna\u00eet, m\u00e9rite d&rsquo;\u00eatre cont\u00e9e par le menu.<\/span><\/span><\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><em><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\">En 1917, Barrabas \u00e9tait gardien de cage \u00e0 l&rsquo;\u00eele Royale. Un jour que les vidangeurs portaient dans la <span style=\"italic;\">[fosse] <\/span>commune du premier peloton de l&rsquo;eau vaseuse et non potable, Barrabas alla s&rsquo;en plaindre au surveillant de semaine Ceccaldi, qui, de bonne gr\u00e2ce, ayant constat\u00e9 que la plainte \u00e9tait fond\u00e9e, ordonna aux vidangeurs de ne plus puiser d&rsquo;eau dans la citerne du camp. Mais I&rsquo; agent Ceccaldi quitta son poste trois jours plus tard et fut remplac\u00e9 par l&rsquo;agent Fargi\u00e8s.<\/span><\/span><\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><em><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\">Pour \u00e9viter un surcro\u00eet d&rsquo;effort, les vidangeurs reprirent alors I&rsquo; eau \u00e0 la citerne du camp. Derechef, Barrabas se plaignit au surveillant de semaine Fargies. Mais celui-ci lui repondit : \u00ab C&rsquo;est assez bon pour des for\u00e7ats.\u00a0\u00bb Barrabas se plaignit alors au directeur de l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire. Ce dernier renvoya la p\u00e9tition au chef du p\u00e9nitencier des \u00eeles, M. Chaix, \u00e0 fin d&rsquo;enqu\u00eate. F\u00e2ch\u00e9 que le p\u00e9titionnaire ne se soit pas adress\u00e9 \u00e0 lui, le chef de p\u00e9nitencier chargea le chef de centre Matrassi, avec des instructions appropri\u00e9es aux fins qu&rsquo;il se proposait, de faire une enqu\u00eate. Le chef du centre trouva sans peine quatre condamn\u00e9s qui t\u00e9moign\u00e8rent que la citerne avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9sinfect\u00e9e il y avait un mois \u00e0 peine et que, partant, l&rsquo;eau \u00e9tait tr\u00e8s potable.<\/span><\/span><\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><em><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\">Fort de ces t\u00e9moignages, M. Chaix adressa un rapport au directeur en traitant Barrabas de menteur, de calomniateur. Et le directeur ordonna sa comparution devant la commission disciplinaire. On devine ce qu&rsquo;il advint. M. Chaix, qui pr\u00e9sidait la commission disciplinaire dit \u00e0 Barrabas : \u00ab Vous avez faussement accus\u00e9 les autorit\u00e9s du p\u00e9nitencier de manquer d&rsquo;hygi\u00e8ne envers la population p\u00e9nale. Vous en avez menti. Et ce ne sont pas des agents qui disent \u00e7a, mais quatre de vos cod\u00e9tenus. Et puis, ajouta-t-il, avec moi vous n\u2019aurez jamais raison.\u00a0C\u2019est le pot de fer contre le pot de terre\u00a0\u00bb.<\/span><\/span><\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><em><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\">Et Barrabas fut puni de trente jours de cellule.<\/span><\/span><\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><em><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\">II ne souffla mot, mais se promit une belle revanche. Sa punition purg\u00e9e, il se mit \u00e0 l\u2019oeuvre. Il en \u00e9tait \u00e0 pr\u00e9parer ses batteries lorsque le hasard le servit \u00e0 souhait. Un nomme Chaons, employ\u00e9 comme \u00e9crivain \u00e0 la comptabilit\u00e9 du magasin du mat\u00e9riel, lui avait confi\u00e9, quelques jours avant, une lettre \u00e0 garder que, n\u00e9gligemment, il avait remis\u00e9e dans une musette. Fouillant dans icelle pour y retrouver un <span style=\"italic;\">impedimenta, <\/span>il trouve cette lettre et la lit. Quelle aubaine.<\/span><\/span><\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><em><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\">Cette missive \u00e9manait d&rsquo;un sieur Rose Maza, alors en fonction a Saint-Laurent, lequel demandait, en substance, \u00e0 son coll\u00e8gue des \u00eeles, M. Pi\u00e9ret, d&rsquo;op\u00e9rer un cadrage dans la comptabilit\u00e9 du mat\u00e9riel afin de masquer certaines irr\u00e9gularit\u00e9s. En lisant I&rsquo; \u00e9p\u00eetre, Barrabas buvait du petit lait vanill\u00e9 et sucr\u00e9. A moi le pot de fer!, pensa-t-il. Et, sans plus tarder, il mijota sa proc\u00e9dure.<\/span><\/span><\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><em><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\">Le soir m\u00eame, son cod\u00e9tenu Chaons vint lui demander la lettre qu&rsquo;il lui avait confi\u00e9e. Bar\u00adrabas lui r\u00e9pondit que, par hasard, et c&rsquo;\u00e9tait exact, il s&rsquo;\u00e9tait permis l&rsquo;incorrection de la lire que cette lecture lui avait paru tellement int\u00e9ressante qu&rsquo;il ne pouvait plus la lui restituer. Chaons en fut tr\u00e8s f\u00e2ch\u00e9. II expliqua alors \u00e0 Barrabas, mani\u00e8re de l&rsquo;attendrir, que son patron M. Pi\u00e9ret, avait \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s bon pour lui et qu&rsquo;il serait infiniment pein\u00e9 de ne pas lui rendre cette lettre, qu&rsquo;il avait lui-m\u00eame d\u00e9rob\u00e9e, dit-il, dans un moment de cafard.<\/span><\/span><\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><em><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\">Barrabas lui r\u00e9pliqua que, lui, Chaons, \u00e9tait un cochon d&rsquo;avoir agi ainsi \u00e0 l&rsquo;endroit de per\u00adsonnes qui lui avaient fait du bien, mais que, lui, Barrabas, n&rsquo;avait pas \u00e0 entrer dans de telles consid\u00e9rations sentimentales. \u00abPour moi, lui dit-il, ce sont des ennemis avec lesquels je suis en guerre, et, \u00e0 la guerre, on ne fait pas de sentiments. \u00bb En avait-on fait avec lui en lui infligeant injustement trente jours de cellule! Aussi bien Chaons dut-il avouer \u00e0 son patron que Barrabas lui avait d\u00e9rob\u00e9 la missive en question et qu&rsquo;il ne voulait plus la restituer.<\/span><\/span><\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><em><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\">Ces messieurs en furent constern\u00e9s. Ils consult\u00e8rent M. Chaix, qui leur conseilla de t\u00e2cher de composer avec Barrabas. Ce qu&rsquo;ils firent. Le lendemain, ils d\u00e9p\u00each\u00e8rent un nomm\u00e9 Fran\u00e7ois, un Martiniquais qui exer\u00e7ait l&#8217;emploi de coiffeur, aupr\u00e8s de Barrabas afin de sonder ses intentions. Barrabas r\u00e9pondit qu&rsquo;il ne traiterait que de puissance \u00e0 puissance, sans interm\u00e9diaire. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;il fut appel\u00e9, un matin, dans le vieux magasin du mat\u00e9riel, voisin de la cambuse, o\u00f9 l&rsquo;attendaient MM. Cimper, sous-agent comptable, et Pi\u00e9ret, magasinier. M. Chaix., par discr\u00e9tion, s&rsquo;\u00e9tait retir\u00e9.<\/span><\/span><\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><em><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\"><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\"><em><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/garde-chiourme.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-234\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/garde-chiourme-216x300.jpg\" alt=\"Garde Chiourme, Jean Normand\" width=\"216\" height=\"300\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/garde-chiourme-216x300.jpg 216w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/garde-chiourme.jpg 231w\" sizes=\"(max-width: 216px) 100vw, 216px\" \/><\/a><\/em><\/span><\/span>Les pots de terre re\u00e7urent tr\u00e8s courtoisement le pot de fer. Ils lui expos\u00e8rent que leur d\u00e9mar\u00adche \u00e9tait uniquement inspir\u00e9e par leur esprit de corps dans le dessein d\u2019obliger un coll\u00e8gue maladroit, ce qui, \u00e0 vrai dire, \u00e9tait exact. Ils lou\u00e8rent Barrabas de son caract\u00e8re, insist\u00e8rent sur le fait que, en fonction hors cadre de leur corps, ils n&rsquo;appartenaient pas \u00e0 l&rsquo;administration, et que, d\u00e8s lors, Barrabas serait mal fond\u00e9 \u00e0 user de repr\u00e9sailles \u00e0 leur endroit.<\/span><\/span><\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><em><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\">Barrabas leur r\u00e9pliqua: \u00ab Vous parlez bien, mais trop. Lorsque M. Chaix, votre ami, votre coll\u00e8gue Chaix m&rsquo;a inflig\u00e9 trente jours de cellule, qu&rsquo;ai-je dit ? Rien, pas un mot. J&rsquo;ai encaiss\u00e9. Faites de m\u00eame. Je ne suis pas venu vous voir pour m\u2019entendre tresser des couronnes, mais pour traiter affaires. L\u2019affaire, vous la connaissez. Je suis en possession d&rsquo;un document qui est tr\u00e8s g\u00eanant, sinon pour vous, du moins pour un de vos coll\u00e8gues. Je le tiens \u00e0 votre disposition moyennant le paiement de 600 francs de frais de justice. Vous voyez que je suis bon prince, car, \u00e0 trois mois de suspension de solde (et c&rsquo;est la moindre sanction que vous infligerait la R\u00e9publique, cela ferait pr\u00e8s de 2500 francs. C\u2019est de la justice \u00e0 bon marche\u00a0\u00bb.<\/span><\/span><\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><em><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\">M. Cimper lui r\u00e9pondit: \u00ab Je n&rsquo;ai pas cette somme; je n&rsquo;ai que 300 francs de disponibles. Tout ce que je puis faire, c&rsquo;est de vous remettre, contre la remise du document, 200 francs en or et 100 francs en billets de la Guyane. Quant aux autres 300 francs, je vais informer M. Maza de notre d\u00e9marche et, s&rsquo;il me les envoie, je m\u2019engage d&rsquo;honneur \u00e0 vous les remettre.\u00bb<\/span><\/span><\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><em><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\">En pr\u00e9paratif d&rsquo;\u00e9vasion, Barrabas, pr\u00e9f\u00e9rant tenir un moineau que de courir apr\u00e8s une autruche, accepta. Donc, le lendemain matin, apr\u00e8s avoir gliss\u00e9 le document dans un petit cof\u00adfret de bois des \u00eeles que Dieudonn\u00e9 avait confectionn\u00e9, Barrabas dit \u00e0 ces messieurs: \u00ab Je ne voudrais pas que vous me prissiez pour une mani\u00e8re de ma\u00eetre chanteur. Ce coffret en bois pr\u00e9\u00adcieux, confectionn\u00e9 par une des notabilit\u00e9s du bagne, vaut \u00e0 lui seul la somme que vous me remettez. Quant au document, g\u00e9n\u00e9reux, je vous le donne gratis, par-dessus le march\u00e9\u00a0\u00bb.<\/span><\/span><\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><em><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\">Alors M. Cimper se permit timidement de lui demander: \u00abMais quel diable d&rsquo;homme \u00eates-vous donc ?\u00bb \u00abCe que je suis ? r\u00e9pliqua Barrabas, je suis le procureur de ma R\u00e9publique !\u00bb, et, all\u00e8gre, il r\u00e9int\u00e9gra le camp en sifflotant l&rsquo;air de la chanson que Dranem cr\u00e9a, il y a vingt-huit ans, \u00e0 l&rsquo;Eldorado: <span style=\"italic;\">Ah! Les poires, les belles poires&#8230;<\/span><\/span><\/span><\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"11.25pt;\"><em><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\">Cette histoire vraie, exactement exacte, ne se termine point l\u00e0. La suite en est plus fantastique encore. Qu&rsquo;on en juge.<\/span><\/span><\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><em><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\">Comme bien l&rsquo;on pense, cette affaire fit du bruit parmi la gent p\u00e9nale et surveillante. Encore que trait\u00e9e \u00e0 huis clos, nombreux furent les for\u00e7ats qui, sans conna\u00eetre exactement le march\u00e9, en apprirent le fond par Chaons, qui ne sut pas \u00eatre discret. Aussi bien l&rsquo;un d&rsquo;eux,<span style=\"italic;\"> <\/span>un nomm\u00e9 Vaissi\u00e8re, homme jaloux et brouillon, voulut s&rsquo;en m\u00ealer en le d\u00e9non\u00e7ant au procureur g\u00e9n\u00e9ral.<\/span><\/span><\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><em><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\">Toutefois, il t\u00e2cha, au pr\u00e9alable, de s\u2019assurer le t\u00e9moignage de Barrabas. Celui-ci ne marcha pas. Et pour cause: \u00ab D&rsquo;une part, lui objectait-il, je me suis engag\u00e9 d&rsquo;honneur \u00e0 ne rien divulguer. Et je suis de ces hommes qui tiennent leur parole. De l&rsquo;autre, en reconnaissant le fait, je m&rsquo;expose aux rigueurs de l&rsquo;article 405 du code p\u00e9nal. Or, pour te faire plaisir, je ne vais pas de gaiet\u00e9 de coeur m&rsquo;appuyer cinq piges \u00e0 Saint-Joseph. Et enfin, comme je ne vois pas l\u2019int\u00e9r\u00eat que tu as \u00e0 mettre ton nez dans cette affaire, je te prie de me ficher la paix\u00a0\u00bb.<\/span><\/span><\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><em><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\">Vex\u00e9, Vaissi\u00e8re porta plainte aupr\u00e8s du chef du service judiciaire de la colonie qui, neuf jours apr\u00e8s, vint en personne enqu\u00eater aux \u00eeles du Salut. Appel\u00e9, Barrabas t\u00e9moigna ainsi. Il est exact que, \u00e0 la date indiqu\u00e9e, je me suis rendu aupr\u00e8s de M. Cimper pour lui remettre un coffret confectionn\u00e9 par mon cod\u00e9tenu Dieudonn\u00e9. Je le lui ai vendu 10 francs. Je crois que ce coffret \u00e9tait destin\u00e9 au chef m\u00e9canicien du croiseur <span style=\"italic;\">Friand, <\/span>alors au mouillage aux \u00eeles. L\u00e0 se bornent les faits\u00a0\u00bb. Bien qu&rsquo;au courant de la v\u00e9rit\u00e9 des faits d\u00e9nonc\u00e9s par Vaissi\u00e8re, le procureur g\u00e9n\u00e9ral n&rsquo;insiste pas, trop heureux de recueillir un t\u00e9moignage qui lui permettait de conclure \u00e0 une d\u00e9nonciation calomnieuse. Et judiciairement l&rsquo;affaire en resta l\u00e0. Vaissi\u00e8re s\u2019en tira avec trente jours de cachot.<\/span><\/span><\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><em><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\">Deux mois plus tard environ, Barrabas, qui \u00e9tait indispos\u00e9, confia son plan \u00e0 Dieudom\u00e9. Et ce dernier, \u00e0 l&rsquo;issue d&rsquo;une fouille op\u00e9r\u00e9e inopin\u00e9ment, se le fit confisquer par 1&rsquo;agent Menoux. Dans ce plan, il y avait non seulement les frais de justice que Barrabas avait pr\u00e9lev\u00e9s dans l&rsquo;affaire Maza-Cimper~Pieret, mais encore d&rsquo;autres sommes qu&rsquo;il avait re\u00e7ues de sa famille, soit au total une somme d&rsquo;environ 690 francs. Interrog\u00e9, Dieudonn\u00e9 d\u00e9clara que l\u2019argent appartenait \u00e0 Barrabas. Et, un mois apr\u00e8s, le directeur informait l&rsquo;int\u00e9ress\u00e9 que cette somme \u00e9tait vers\u00e9e au domaine.<\/span><\/span><\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><em><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\">Six mois apr\u00e8s, Barrabas, pr\u00e9ventivement d\u00e9tenu pour \u00e9vasion, faisait partie d&rsquo;une corv\u00e9e \u00e0 bord du vapeur <span style=\"italic;\">Maroni. <\/span>Un passager s&rsquo;approcha de lui, et, discr\u00e8tement, lui demanda\u00a0: \u00ab Connaissez-vous M. Cimper?\u00bb Surpris, Barrabas r\u00e9pond: \u00abMais oui !\u00bb Alors le passager lui remet une enveloppe close, sans suscription, et se d\u00e9robe. Barrabas va \u00e0 la <span style=\"italic;\">poulaine, <\/span>d\u00e9cachette l&rsquo;enveloppe et y trouve trois billets de 100 francs de la Banque de la Guyane. C&rsquo;\u00e9tait M. Maza, qui, fid\u00e8le \u00e0 la parole donn\u00e9e par M. Cimper, s&rsquo;acquittait. II est<span style=\"italic;\"> <\/span>bon de dire que, au moment consid\u00e9r\u00e9, le service d&rsquo;inspection g\u00e9n\u00e9rale venait d&rsquo;arriver dans la colonie.<\/span><\/span><\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><em><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\">Dix ans plus tard, Barrabas, par un concours de circonstances trop longues \u00e0 \u00e9num\u00e9rer, se trouve \u00e0 la prison de Fresnes les Rungis. Un jour, il voit sur son livret de p\u00e9cule l&rsquo;inscription d&rsquo;une somme de 599,08 francs. Ne sachant d&rsquo;o\u00f9 lui tombait cette aubaine, il se renseigna aupr\u00e8s du greffe, qui lui r\u00e9pondit que le tr\u00e9sorier de la Transportation avait envoy\u00e9 a son adresse un ch\u00e8que de 599,08 francs. C&rsquo;\u00e9tait la somme, d\u00e9duite des frais d&rsquo;envoi, qui avait \u00e9t\u00e9 saisie sur Dieudonn\u00e9 en 1917.<\/span><\/span><\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><em><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\">Bien que satisfait, Barrabas ne le fut qu&rsquo;a demi. C&rsquo;est ainsi que, <span style=\"italic;\">illico, <\/span>il d\u00e9posa une plainte contre le greffier-notaire-tr\u00e9sorier de la Transportation\u00a0: en se basant sur le d\u00e9tournement \u00e0 son pr\u00e9judice du change r\u00e9sultant entre la valeur franc-or qui avait \u00e9t\u00e9 saisie sur Dieudonn\u00e9 et la valeur franc-papier, il convenait de savoir o\u00f9 \u00e9taient pass\u00e9es les pi\u00e8ces d&rsquo;or.<\/span><\/span><\/em><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><em><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\">Le ministre des Colonies, \u00e0 qui fut adress\u00e9e la p\u00e9tition en ao\u00fbt 1927, ne r\u00e9pondit jamais. . .<\/span><\/span><\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le procureur de SA R\u00e9publique est le texte \u00e9crit par Alexandre Jacob qui nous a permis de faire le rapprochement avec le fagot Barrabas. 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