{"id":2681,"date":"2012-05-10T01:10:07","date_gmt":"2012-05-09T23:10:07","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=2681"},"modified":"2012-04-17T15:10:37","modified_gmt":"2012-04-17T13:10:37","slug":"double-lupinose-a-historia","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2012\/05\/double-lupinose-a-historia\/","title":{"rendered":"Double lupinose \u00e0 Historia"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/historia-copier.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2682\" title=\"Historia, n620, ao\u00fbt 1998\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/historia-copier-215x300.jpg\" alt=\"\" width=\"133\" height=\"186\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/historia-copier-215x300.jpg 215w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/historia-copier.jpg 344w\" sizes=\"(max-width: 133px) 100vw, 133px\" \/><\/a>On a beau \u00eatre une des deux revues de vulgarisation historique les plus vendues en France et ne pas s&#8217;embarrasser d&rsquo;exactitude lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit de faire la promotion d&rsquo;ouvrage \u00e0 pr\u00e9tention biographique. <em>Historia<\/em> ne fait pas dans la demi-mesure. <em>Les deux mod\u00e8les bien r\u00e9els d&rsquo;Ars\u00e8ne Lupin<\/em> se nomment Jeannolle et Jacob, le premier est un voleur et le second aussi. En 1998 deux livres leur sont consacr\u00e9s. Jean-\u00c9mile N\u00e9aumet \u00e9voque le premier dans \u00a0Un flic \u00e0 la Bel\u00adle \u00c9poque tandis que Bernard Thomas dresse le portrait extraordinaire du second dans une biographie plus que romanc\u00e9e. Mais de cela, R\u00e9my Kauffer n&rsquo;en a cure et n&rsquo;en d\u00e9mord pas. Les deux criminels dont il reconnait au second un discours et une orientation politique, ont tellement marqu\u00e9 leur temps qu&rsquo;ils ne pouvaient qu&rsquo;inspirer Maurice Leblanc, auteur \u00e0 la recherche du succ\u00e8s litt\u00e9raire. On retrouvera ainsi au moins pour Jacob tous les errements du journaliste au canard Encha\u00een\u00e9 r\u00e9cemment d\u00e9c\u00e9d\u00e9\u00a0: le p\u00e8re alcoolique, l&rsquo;amante et la m\u00e8re qui suivent aveugl\u00e9ment le glorieux bandit, Pierre Loti et les billets du cambrioleur, Arthur Roques qui devient m\u00eame ici Alfred et qui peut donc dire bonjour, un proc\u00e8s sensationnel, une lib\u00e9ration du bagne en 1928, un amour flamboyant en 1954 juste avant le suicide non moins flamboyant. Rien de nouveau sous le soleil bien r\u00e9el de la lupinose, si ve n&rsquo;est qu&rsquo;\u00e0 Historia on l&rsquo;a chop\u00e9 en double.<!--more--><\/p>\n<p align=\"left\">\n<p align=\"left\"><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/la-plume-et-le-rouleau-1.jpeg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2672\" title=\"la plume et le rouleau\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/la-plume-et-le-rouleau-1.jpeg\" alt=\"\" width=\"91\" height=\"128\" \/><\/a><strong>Historia<\/strong><\/p>\n<p align=\"left\">Ao\u00fbt 1998, n\u00b0620, p.32-34<\/p>\n<p align=\"left\"><em>Belle \u00e9poque<\/em><\/p>\n<p align=\"left\">Par <strong>R\u00e9my Kauffer<\/strong><\/p>\n<p align=\"left\"><strong>Les deux mod\u00e8les bien r\u00e9els d&rsquo;Ars\u00e8ne Lupin<\/strong><\/p>\n<p align=\"left\"><strong>L&rsquo;un se faisait appeler Jeannolle de Valneuse de Jolli\u00a0; l&rsquo;autre, Alexandre Jacob, \u00e9tait militant anarchiste. Ils servirent \u00e0 Maurice Leblanc pour cr\u00e9er son \u00ab\u00a0gentleman-cambrioleur\u00a0\u00bb &#8230;<\/strong><\/p>\n<p align=\"left\">Dr\u00f4le de loustic, ce Jeannolle de Valneuse de Jolli ! Voyez-le passer avec ses cheveux longs, ses v\u00eatements du bon faiseur, ses chaussures vernies, ses airs de gandin. Et sa diction, les amis, cette mani\u00e8re de d\u00e9tacher les mots pour vous les souffler n\u00e9gligemment en plein visage comme une bouff\u00e9e de cigare. Un gars de la haute, pour s\u00fbr, un aristo. Comte de Marsan, para\u00eet-il, et comme si \u00e7a ne suffisait pas, vicomte de Joncherie. D&rsquo;autres l&rsquo;appellent \u00ab de \u00bb Roederrer &#8211; la particule, toujours.<\/p>\n<p align=\"left\">Le moins que l&rsquo;on puisse dire, c&rsquo;est que Jeannolle de Valneuse s&rsquo;y conna\u00eet pour tromper son monde. Ce faux aristocrate d\u00e9chu exerce la profession tr\u00e8s discutable de voleur. R\u00e9sultat : quelques douloureux coups sur les doigts ; un an de prison pour chapardages devant le conseil de guerre de Besan\u00e7on, 18 mois en novembre 1885 \u00e0 Rouen. En mai 1887, ce r\u00e9cidiviste se fait engager dans une banque parisienne sur sa bonne mine et ses airs ch\u00e2ti\u00e9s. Comme de juste, il file avec la caisse. Pour de nouveaux larcins : en d\u00e9cembre, deux sergents de ville le surprennent au moment o\u00f9 il allait prendre la poudre d&rsquo;escampette d&rsquo;un h\u00f4tel particulier de l&rsquo;avenue Montaigne. Arrestation, s\u00e9jour au d\u00e9p\u00f4t. Le lendemain, Valneuse joue d\u00e9j\u00e0 les filles de l&rsquo;air non sans exp\u00e9dier par la poste \u00e0 son juge un mot fort bien tourn\u00e9 annon\u00e7ant qu&rsquo;il quitte son injuste patrie pour un pays \u00e9tranger mieux dispos\u00e9 \u00e0 son \u00e9gard. Faux, bien entendu. Comme le raconte Jean-\u00c9mile N\u00e9aumet dans Un flic \u00e0 la Belle \u00c9poque, le livre qu&rsquo;il vient de publier aux \u00e9ditions Albin Michel en s&rsquo;appuyant sur les m\u00e9moires du chef de la S\u00fbret\u00e9 de l&rsquo;\u00e9poque, Jean-Marie Goron, les exploits de Valneuse, chef autoproclam\u00e9 de la \u00ab\u00a0Bande des Habits noirs\u00a0\u00bb, ne s&rsquo;arr\u00eateront pas l\u00e0. D\u00e8s juin 1888, le voil\u00e0 qui repara\u00eet. Le directeur du Figaro re\u00e7oit en effet un carton \u00e0 chapeau plein de breloques accompagn\u00e9 de ce simple mot : \u00ab Pri\u00e8re de remettre ces objets, sans valeur, \u00e0 leurs propri\u00e9taires respectifs \u00bb &#8211; une vraie duchesse et un vrai vicomte.<\/p>\n<p align=\"left\">Mais tant va la cruche \u00e0 l&rsquo;eau qu&rsquo;\u00e0 la fin &#8230; En ao\u00fbt 1889, \u00e0 Caen, c&rsquo;est une comtesse &#8211; encore une\u00a0! &#8211; qui sera la cause de la chute du beau Valneuse. Il l&rsquo;a s\u00e9duite, elle lui a ouvert sa couche. Alors pourquoi diable ce cher comte est-il en train de d\u00e9foncer \u00e0 la pince (nickel\u00e9e, on est aristocrate ou pas) son petit secr\u00e9taire d&rsquo;acajou ? \u00abAu secours \u00bb, s&rsquo;\u00e9crie la comtesse. Et les sergents de ville d&rsquo;accourir. S&rsquo;ensuit une course-poursuite hom\u00e9rique qui conduit Valneuse de la goutti\u00e8re d&rsquo;un h\u00f4tel \u00e0 celle d&rsquo;un restaurant et de l\u00e0 douze m\u00e8tres plus bas sur le pav\u00e9 o\u00f9 les agents l&rsquo;y cueillent.<\/p>\n<p align=\"left\">\u00abJe suis l&rsquo;innocente victime d&rsquo;une effroyable erreur judiciaire \u00bb, affirme Valneuse devant son juge. Lequel n&rsquo;en croit mot et l&rsquo;exp\u00e9die illico en prison. Que croyez-vous qu&rsquo;il arriv\u00e2t ? Que Valneuse succomb\u00e2t au d\u00e9sespoir ? Point du tout. Il soudoie son gardien, un nomm\u00e9 Martin, qui jure moyennant finances de lui offrir la clef des champs. En fait, c&rsquo;est un traquenard. En grand myst\u00e8re, Martin l&rsquo;introduit dans une poterne situ\u00e9e \u00e0 l&rsquo;angle de la prison sous couvert de franchir l&rsquo;enceinte de la prison et, l\u00e0, une lumi\u00e8re s&rsquo;allume et des applaudissements retentissent : rien moins que le directeur de la prison, le juge d&rsquo;instruction et une ribambelle de gardiens pour accueillir le candidat \u00e0 l&rsquo;\u00e9vasion.<\/p>\n<p align=\"left\">\u00ab On peut dire que vous nous avez bien fait rire \u00bb, conc\u00e8dera J.-M. Goron \u00e0 ce personnage hors s\u00e9rie. Cette fois, h\u00e9las, la chance a bien tourn\u00e9.<\/p>\n<p align=\"left\">En novembre, Valneuse compara\u00eet devant les assises de la Seine. Le tout Paris se presse dans la salle d&rsquo;audience, riant aux bons mots du chef de la bande des Habits Noirs\u00a0\u00bb dont, \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9, aucun autre membre n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9 car Valneuse agit seul. C&rsquo;est encore en cr\u00e2nant qu&rsquo;il \u00e9coute sa condamnation \u00e0 la \u00ab\u00a0guillotine s\u00e8che\u00a0\u00bb, le bagne de Cayenne.<\/p>\n<p align=\"left\">Lieu maudit dont Valneuse de Jolli ne d\u00e9mentira pas la triste r\u00e9putation puisqu&rsquo;il y mourra sans parvenir \u00e0 s&rsquo;\u00e9vader. La chance aussi a des limites&#8230;<\/p>\n<p align=\"left\">Ressortant Valneuse de l&rsquo;oubli o\u00f9 il \u00e9tait injustement tomb\u00e9, N\u00e9aumet signale que l&rsquo;\u00e9crivain Maurice Leblanc se serait inspir\u00e9 de ses rocambolesques aventures de monte-en- l&rsquo;air pour b\u00e2tir le personnage d&rsquo;Ars\u00e8ne Lupin, le prototype du gentleman- cambrioleur, distingu\u00e9, \u00e9l\u00e9gant et plein d&rsquo;humour. Un autre expert de la cambriole peut l\u00e9gitimement pr\u00e9tendre avoir servi de mod\u00e8le \u00e0 Leblanc. Nul autre qu&rsquo;Alexandre Marius Jacob, ce militant anarchiste dont Bernard Thomas vient de r\u00e9\u00e9diter la biographie chez Fayard, Les Vies d&rsquo;Alexandre Jacob 1879-1954<sup>2<\/sup>.<\/p>\n<p align=\"left\"><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/la-plume-et-le-rouleau-1.jpeg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2672\" title=\"la plume et le rouleau\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/la-plume-et-le-rouleau-1.jpeg\" alt=\"\" width=\"90\" height=\"125\" \/><\/a>Avec ce personnage, on change de registre, passant de l&rsquo;insouciance \u00e0 la gravit\u00e9. N\u00e9 en 1879 \u00e0 Marseille, fils d&rsquo;un ex &#8211; marin alcoolique et vell\u00e9itaire qu&rsquo;il m\u00e9prise, Alexandre Jacob voue en revanche un amour profond \u00e0 sa m\u00e8re Marie, boulang\u00e8re puis \u00e9pici\u00e8re-droguiste qui le lui rend bien.<\/p>\n<p align=\"left\">Intelligent, instruit, le gar\u00e7on fr\u00e9quente les cours des Fr\u00e8res des \u00c9coles chr\u00e9tiennes, d\u00e9croche son certificat d&rsquo;\u00e9tudes, est engag\u00e9 comme mousse \u00e0 bord de cargos et m\u00eame d&rsquo;un navire-pirate, songe \u00e0 devenir capitaine au long cours. C&rsquo;est pour mieux obli<a name=\"bookmark1\">quera 16 ans. Apprenti- typo<\/a>graphe \u00e0 Marseille, il adh\u00e8re aux th\u00e8ses anarchistes \u00e0 l&rsquo;image de ses deux mentors, Alfred Roques et Charles Malato, dont le curriculum vitae<strong> <\/strong>r\u00e9sume \u00e0 lui seul le drame libertaire &#8211; jeunesse \u00e0 Noum\u00e9a comme fils d&rsquo;un communard d\u00e9port\u00e9, journalisme engag\u00e9, pol\u00e9miques contre les \u00ab ill\u00e9galistes \u00bb obs\u00e9d\u00e9s par la violence.<\/p>\n<p align=\"left\">Sur ces entrefaites, un agent provocateur, Leca, procure aimablement \u00e0 Jacob de quoi fabriquer des explosifs avant de le d\u00e9noncer. Jacob \u00e9choue pour la premi\u00e8re fois sur la paille humide des cachots. Six mois derri\u00e8re les barreaux vont durcir le jeune homme. C&rsquo;est un rebelle qui sort de la prison de Marseille en avril 1898. D\u00e8s l&rsquo;ann\u00e9e suivante, flanqu\u00e9 de deux complices, il d\u00e9valise en un coup audacieux le Mont de Pi\u00e9t\u00e9 de Marseille. Nouvelle d\u00e9nonciation, nouvelle arrestation, nouvelle \u00e9vasion. Amour partag\u00e9 de Rose, la seconde femme de sa vie apr\u00e8s sa m\u00e8re\u00a0: c&rsquo;est le d\u00e9but d&rsquo;une existence de r\u00e9volutionnaire professionnel errant pr\u00eat \u00e0 faire de la \u00ab\u00a0reprise individuelle\u00a0\u00bb un art de vivre. Enti\u00e8rement d\u00e9vou\u00e9 \u00e0 la Cause, Jacob se contente du strict n\u00e9cessaire pour subsister, logeant s&rsquo;il le faut dans des garnis de troisi\u00e8me ordre.<\/p>\n<p align=\"left\">Tout pourvu que le contact ne soit pas perdu avec Marie, elle aussi prise dans la spirale \u00abill\u00e9<a name=\"bookmark4\">galiste \u00bb ou se perd son fils<\/a><a name=\"bookmark5\">. \u00c0 <\/a><a name=\"bookmark6\">partir de 1900, <\/a><a name=\"bookmark7\">Jacob va deve<\/a><a name=\"bookmark8\">nir un v\u00e9ritable <\/a><a name=\"bookmark9\">chef de bande<\/a>.<a name=\"bookmark10\"> Et quelle ban<\/a>de : les \u00ab quarante voleurs \u00bb r\u00e9incarn\u00e9s puisque cet anarchiste- cambrioleur r\u00e9gnera sur une quarantaine de \u00ab travailleurs de la nuit\u00bb aux motivations diverses : r\u00e9volte \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat brut, refus de la banalit\u00e9 quotidienne, app\u00e2t du gain, politique.<\/p>\n<p align=\"left\">Rien ne manque \u00e0 sa panoplie, ni outillage sophistiqu\u00e9 &#8211; \u00e0 c\u00f4t\u00e9 duquel la pince nickel\u00e9e de Valneuse fait figure de p\u00e2le gadget : pinces-monseigneurs, m\u00e8ches, forets, vilebrequins, scies, rossignols, trousseaux de clefs, lanternes \u00e9lectriques \u00e0 r\u00e9flecteur, \u00e9chelle de soie \u00e0 crochets import\u00e9e de New York -, ni fonderie d&rsquo;or et d&rsquo;argent pour transformer le butin et le revendre \u00e0 des \u00ab fourgues\u00bb. Quant aux cibles, elles sont s\u00e9lectionn\u00e9es \u00e0 dessein dans les rangs des \u00abparasites sociaux\u00bb tels que les cur\u00e9s, les officiers, les juges, les rentiers. Les nobles aussi, \u00abparasites d\u00e9cor\u00e9s d&rsquo;oripeaux qui ne vivent qu&rsquo;au d\u00e9triment des classes laborieuses\u00bb.<\/p>\n<p align=\"left\">Pour r\u00e9tablir l&rsquo;\u00e9quilibre, on \u00e9pargne syst\u00e9matiquement ceux qui remplissent une fonction utile : m\u00e9decins, architectes. Les \u00e9crivains eux aussi sont consid\u00e9r\u00e9s comme des gens acceptables. S&rsquo;\u00e9tant introduit nuitamment \u00e0 Rochefort dans la villa d&rsquo;un certain capitaine de fr\u00e9gate Viaud, Jacob r\u00e9alise qu&rsquo;il s&rsquo;agit en r\u00e9alit\u00e9 de Pierre Loti. Il quittera la maison sans rien emporter, laissant ce mot explicatif : \u00abJe ne saurais rien prendre \u00e0 qui vit de sa plume\u00bb.<\/p>\n<p align=\"left\">Chaque camarade de la bande est cens\u00e9 abandonner 10 % de son butin pour financer des publications anarchistes. Beaucoup se plieront \u00e0 cette r\u00e8gle mais pas tous, ni toujours, et <strong>l&rsquo;honn\u00eate voleur<\/strong> qu&rsquo;est Jacob aura bien du mal \u00e0 emp\u00eacher le d\u00e9rapage pur et simple vers le larcin de droit commun. Mieux respect\u00e9e sera l&rsquo;obligation de ne jamais franchir la ligne de sang : ici, on ne tire pas, sauf sur la police. Et de France en Belgique, de Belgique en Italie, on multiplie les cambriolages spectaculaires. 5 millions de francs &#8211; une somme consid\u00e9rable pour la Belle \u00c9poque &#8211; seront ainsi rafl\u00e9s en 150 larcins. Mais tout a une fin.<\/p>\n<p align=\"left\">Un jour d&rsquo;avril 1903 \u00e0 Abbeville, coinc\u00e9 par les sergents de ville, son disciple Bour ouvre le feu pour d\u00e9gager leur ami P\u00e9lissard. L&rsquo;agent Pruvost s&rsquo;\u00e9croule, mort, tandis que Jacob tire \u00e0 nouveau pour prot\u00e9ger le repli de ses hommes. Le drame d\u00e9clenche une chasse \u00e0 l&rsquo;homme, qui s&rsquo;ach\u00e8ve par l&rsquo;arrestation du chef des myst\u00e9rieux \u00ab travailleurs de la nuit \u00bb, apr\u00e8s plus de trois ans d&rsquo;activit\u00e9s illicites.<\/p>\n<p align=\"left\">Marius Jacob, sa m\u00e8re, Rose, et vingt-trois de leurs complices, inculp\u00e9s de vol qualifi\u00e9 et du meurtre de l&rsquo;infortun\u00e9 Pruvost, comparaissent devant les Assises de la Somme. Avec une belle insolence, l&rsquo;ancien typographe fait front, mettant les rieurs de c\u00f4t\u00e9, tenant t\u00eate aux magistrats, ses ennemis de toujours. Ses cambriolages \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition, il les justifiera comme \u00ab un moyen de r\u00e9volte propre \u00e0 combattre le plus inique de tous les vols : la propri\u00e9t\u00e9 individuelle \u00bb. Cette attitude de d\u00e9fi s\u00e9duit la presse qui lui accorde ses gros titres. Elle attire aussi l&rsquo;attention de Maurice Leblanc, \u00e9crivain assez malheureux avec ses romans psychologiques tels que Les L\u00e8vres jointes, publi\u00e9 sans grand succ\u00e8s six ans plus t\u00f4t. Sans doute est-ce \u00e0 ce moment que se forme en lui l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;Ars\u00e8ne Lupin, dont la premi\u00e8re aventure<strong>, Ars\u00e8ne Lupin, gentleman-cambrioleur, <\/strong>para\u00eetra deux ans plus tard.<\/p>\n<p align=\"left\">Jacob, lui, est condamn\u00e9 aux travaux forc\u00e9s \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9, sentence qu&rsquo;il \u00e9coute sans le moindre froncement de sourcils. Sa nouvelle demeure sera le bagne de Cayenne, celui-l\u00e0 m\u00eame o\u00f9 Valneuse l&rsquo;a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9. D\u00e9port\u00e9 en janvier 1906, Jacob l&rsquo;Intraitable se bat comme un beau diable, affronte l&rsquo;administration, tente sans cesse de prendre la clef des champs &#8211; mieux et de mani\u00e8re plus v\u00e9ridique que \u00ab Papillon \u00bb. Pour cette insoumission permanente, il passera en tout vingt-deux ans \u00e0 Cayenne. En France, sa m\u00e8re Marie mobilise les consciences, notamment celle du journaliste Albert Londres. En d\u00e9cembre 1928, elle parvient \u00e0 arracher sa lib\u00e9ration. Devenu marchand ambulant, Jacob, de plus en plus pessimiste sur l&rsquo;esp\u00e8ce humaine malgr\u00e9 son ultime aventure amoureuse avec une jeune enseignante de 26 ans, Josette Passas, se suicidera en 1954. Avant de se donner la mort, avait-il eu l&rsquo;occasion de lire les aventures d&rsquo;Ars\u00e8ne Lupin dont le cr\u00e9ateur, Maurice Leblanc, l&rsquo;avait pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 de treize ans dans la tombe ?<\/p>\n<p align=\"left\">C&rsquo;est en effet d\u00e8s juin 1905, dans le mensuel Je sais tout<strong> <\/strong>que Leblanc inaugura la s\u00e9rie des aventures de Lupin, qui au fil des ann\u00e9es devait obtenir un immense succ\u00e8s populaire gr\u00e2ce l&rsquo;Aiguille creu\u00adse, Le Bouchon de cristal, Les Confidences d Ars\u00e8\u00adne Lupin, Les Huit Coups de l&rsquo;horloge.<\/p>\n<p align=\"left\">R\u00c9MI KAUFFER<\/p>\n<p align=\"left\">Jean-\u00c9mileN\u00e9aumet, Un flic \u00e0 la Bel\u00adle \u00c9poque (Albin Michel).<\/p>\n<p align=\"left\">Bernard Thomas, <em>Les Vies d&rsquo;Alexandre Jacob, 1879-1954 (Fayard<\/em>)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On a beau \u00eatre une des deux revues de vulgarisation historique les plus vendues en France et ne pas s&#8217;embarrasser d&rsquo;exactitude lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit de faire la promotion d&rsquo;ouvrage \u00e0 pr\u00e9tention biographique. 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