{"id":2673,"date":"2012-05-08T01:10:54","date_gmt":"2012-05-07T23:10:54","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=2673"},"modified":"2012-04-16T15:52:44","modified_gmt":"2012-04-16T13:52:44","slug":"bernard-is-dead-lupinose-is-alive","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2012\/05\/bernard-is-dead-lupinose-is-alive\/","title":{"rendered":"Bernard is dead, lupinose is alive"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/bernard-thomas.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-126\" title=\"Bernard Thomas\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/bernard-thomas.jpg\" alt=\"Bernard Thomas\" width=\"150\" height=\"189\" \/><\/a>Bernard Thomas, journaliste, critique litt\u00e9raire, romancier, est mort le 12 janvier dernier. Imm\u00e9diatement, la presse (<em>Figaro<\/em>, <em>Canard Encha\u00een\u00e9<\/em>) a salu\u00e9 l&rsquo;homme et l&rsquo;\u00e9crivain, a soulign\u00e9 la puissance de sa verve et de sa causticit\u00e9, a mis en avant l&rsquo;auteur breton qui a exhum\u00e9 de l&rsquo;oubli historique l&rsquo;Ars\u00e8ne Lupin marseillais. Seulement, les deux papiers parus dans le <em>Nouvel Observateur<\/em> le lendemain du tr\u00e9pas de cette plume multi-cartes que fut Bernard Thomas, outre le fait de verser dans une prose hagiographique somme toute normale puisque les morts sont d&rsquo;autant plus de braves types que c&rsquo;\u00e9taient des copains, ont vite fait de plonger sans aucun regard critique dans un fallacieux amalgame o\u00f9 l&rsquo;on en oublierait presque l&rsquo;anarchisme du principal int\u00e9ress\u00e9.<!--more--><\/p>\n<p>Le deuxi\u00e8me article, en r\u00e9alit\u00e9 sorti en 1998 \u00e0 l&rsquo;occasion de la r\u00e9\u00e9dition remani\u00e9e &#8211; mais si peu &#8211; chez <em>Mazarine<\/em> de la biographie de 1970, affirme m\u00eame que l&rsquo;honn\u00eate cambrioleur qui n&rsquo;avait ni dieu ni ma\u00eetre a enfin trouv\u00e9 son ap\u00f4tre. Bigre\u00a0! Un ap\u00f4tre qui se plante de num\u00e9ro de matricule (34477 au lieu de 34777), un ap\u00f4tre qui affirme d\u00e9tenir des sources qui ont \u00e9t\u00e9 planqu\u00e9es dans une grotte en Normandie pendant la Seconde Guerre Mondiale (le fameux dossier d&rsquo;instruction du proc\u00e8s d&rsquo;Amiens) et que personne \u00e0 part lui n&rsquo;a revu depuis, un ap\u00f4tre qui n&rsquo;h\u00e9site pas \u00e0 inventer l&rsquo;histoire quand les sources manquent. Un ap\u00f4tre enfin qui a fait du voleur ill\u00e9galiste un extraordinaire aventurier pour mieux l&rsquo;assimiler au gentleman cambrioleur de Maurice Leblanc. Bernard is dead, lupinose is alive. Et elle a encore de beaux jours devant elle si l&rsquo;on en croit les deux textes qui suivent.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/logo_le_nouvel_obs.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2567\" title=\"logo Le Nouvel Observateur\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/logo_le_nouvel_obs-300x61.jpg\" alt=\"\" width=\"153\" height=\"31\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/logo_le_nouvel_obs-300x61.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/logo_le_nouvel_obs.jpg 669w\" sizes=\"(max-width: 153px) 100vw, 153px\" \/><\/a><strong>Bernard Thomas est mort<\/strong><\/p>\n<p>Cr\u00e9\u00e9 le 13-01-2012 \u00e0 16h41 &#8211; Mis \u00e0 jour \u00e0 17h02<\/p>\n<p>Par BibliObs<\/p>\n<p><strong>Le critique dramatique du \u00abCanard encha\u00een\u00e9\u00bb \u00e9tait aussi l&rsquo;auteur de nombreux livres. Cet anar rigolard est mort, ce jeudi 12 janvier, \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 75 ans. <\/strong><\/p>\n<p>Critique dramatique au \u00ab\u00a0Canard encha\u00een\u00e9\u00a0\u00bb et auteur de nombreux livres, comme \u00ab\u00a0la Croisade des enfants\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0les Vies d&rsquo;Alexandre Jacob\u00a0\u00bb, BERNARD THOMAS est mort ce jeudi 12 janvier 2012 \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 75 ans. (DR)<\/p>\n<p>Les auditeurs du \u00abMasque et la plume\u00bb, o\u00f9 cet amoureux du th\u00e9\u00e2tre a longtemps offici\u00e9 le dimanche soir, ne sont pas pr\u00eats d&rsquo;oublier les interventions de <strong>Bernard Thomas<\/strong>, <em>\u00abdu \u2018\u2018Canard encha\u00een\u00e9\u00a0\u00bb et de sa Bretagne natale\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>C&rsquo;\u00e9taient celles d&rsquo;un enthousiaste, \u00e0 la fois d\u00e9contract\u00e9 et admirablement cultiv\u00e9, qui se souciait d&rsquo;abord de rendre sa passion contagieuse. Celles d&rsquo;un spectateur inv\u00e9t\u00e9r\u00e9, qui parlait encore ce mercredi, dans l&rsquo;hebdomadaire satirique o\u00f9 il avait fait son entr\u00e9e en 1974, de l&rsquo;\u00abInconnu \u00e0 cette adresse\u00bb que jouent actuellement G\u00e9rard Darmon et Dominique Pinon au th\u00e9\u00e2tre Antoine.<\/p>\n<p>Mais ce journaliste plein de verve, qui avait particip\u00e9 au lancement du \u00abMagazine litt\u00e9raire\u00bb en 1966 et \u00e0 celui de \u00abl&rsquo;Idiot international\u00bb de Jean-Edern Hallier quelques ann\u00e9es plus tard, \u00e9tait aussi un homme de lettres accompli.<\/p>\n<p>Car le dramaturge d&rsquo;\u00abAzev ou le tsar de la nuit\u00bb \u00e9tait aussi l&rsquo;auteur d&rsquo;une \u00abLettre ouverte aux \u00e9colos qui nous pompent l&rsquo;air\u00bb, de romans \u00e0 succ\u00e8s comme \u00abla Croisade des enfants\u00bb, et de nombreux livres qui t\u00e9moignent de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de cet anar rigolard pour les r\u00e9fractaires de tout poil, depuis son histoire de \u00abla Bande \u00e0 Bonnot\u00bb jusqu&rsquo;\u00e0 celle du ma\u00e7on libertaire espagnol Lucio Uturbia, en passant par l&rsquo;une de ses passions fixes: \u00ables vies d&rsquo;Alexandre Marius Jacob\u00bb, cet Ars\u00e8ne Lupin marseillais qui trouva le temps, entre 1879 et 1954, de lire Jules Verne, Bakounine et Proudhon, d&rsquo;\u00eatre mousse sur une baleini\u00e8re, cambrioleur au grand c\u0153ur, et bagnard pendant un quart de si\u00e8cle, aux \u00eeles du Salut, sous le matricule 34477.<\/p>\n<p>Dans son dernier livre, en 2008, Bernard Thomas avait renonc\u00e9 \u00e0 ses grandes figures de pr\u00e9dilection pour rendre hommage \u00e0 son fils, ce h\u00e9ros, qui apr\u00e8s \u00eatre pass\u00e9 sous un RER \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 12 ans s&rsquo;\u00e9tait battu sous ses yeux pour survivre, avec un bras et une jambe en moins. Le livre, dont J\u00e9r\u00f4me Garcin avait salu\u00e9 ici la <em>\u00abprose temp\u00e9tueuse\u00bb<\/em> et la <em>\u00abgrande sagesse\u00bb<\/em> s&rsquo;appelait \u00able Voyage de Yann\u00bb. C&rsquo;\u00e9tait celui d&rsquo;un Breton, que l&rsquo;\u00e9preuve avait encore rapproch\u00e9 de <em>\u00absa Bretagne natale\u00bb<\/em>, ce pays o\u00f9 <em>\u00abl&rsquo;on ne triche ni avec les mots ni avec la mort\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>G.L.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/logo_le_nouvel_obs.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2567\" title=\"logo Le Nouvel Observateur\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/logo_le_nouvel_obs-300x61.jpg\" alt=\"\" width=\"153\" height=\"31\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/logo_le_nouvel_obs-300x61.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/logo_le_nouvel_obs.jpg 669w\" sizes=\"(max-width: 153px) 100vw, 153px\" \/><\/a><strong>Le cambrioleur pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 de Bernard Thomas<\/strong><\/p>\n<p>Cr\u00e9\u00e9 le 13-01-2012 \u00e0 16h52 &#8211; Mis \u00e0 jour \u00e0 16h56<\/p>\n<p>Par Le Nouvel Observateur<\/p>\n<p><strong>Mousse, voleur, bagnard et surtout anarchiste, \u00e0 mi-chemin de Robin des Bois et d&rsquo;Ars\u00e8ne Lupin, Alexandre Marius Jacob (1879-1954) a trouv\u00e9 son biographe. Mieux: son ap\u00f4tre. <\/strong><\/p>\n<p>Il naquit en 1879 \u00e0 Marseille, o\u00f9 soufflait le mistral des grandes aventures et o\u00f9, dans les bistrots du Vieux-Port, le roulis de l&rsquo;absinthe pr\u00e9figurait le r\u00eave des longues \u00e9pop\u00e9es marines. Pour \u00e9chapper non seulement aux fr\u00e8res de l&rsquo;Instruction chr\u00e9tienne mais aussi \u00e0 la boulangerie maternelle, Alexandre Marius Jacob, alors \u00e2g\u00e9 de 11 ans, embarqua comme mousse sur le \u00abThibet\u00bb. Il \u00e9tait pr\u00e9coce et avait lu tout Jules Verne. Il fit le tour de l&rsquo;Afrique puis devint novice timonier sur le \u00abVille-de-La-Ciotat\u00bb et, contre son gr\u00e9, apprenti pirate sur une baleini\u00e8re.<\/p>\n<p>Le gar\u00e7on \u00e9tait tr\u00e8s s\u00e9rieux. Il ne buvait pas, ne fumait pas, ne jouait pas au bonneteau, ne se battait pas au couteau, ne couchait pas avec les putains et se refusait aux marins. C&rsquo;est qu&rsquo;il aspirait \u00e0 devenir officier. Apr\u00e8s son quart, il lisait les trait\u00e9s de navigation, \u00e9tudiait les courants et les mar\u00e9es. Il est assez amusant de penser que le futur anarchiste e\u00fbt sans doute \u00e9t\u00e9 un capitaine de l\u00e9gende s&rsquo;il n&rsquo;avait attrap\u00e9, \u00e0 Dakar, des<em> <\/em>\u00abfi\u00e8vres\u00bb si fortes qu&rsquo;elles mirent un terme \u00e0 ses jeunes ambitions.<\/p>\n<p>Convaincu que sa maladie n&rsquo;\u00e9tait pas due \u00e0 un microbe mais \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9, laquelle interdisait aux humbles de r\u00e9ussir, Alexandre vira de bord. A 17 ans, il troqua Verne contre Hugo et \u00ables Enfants du capitaine Grant\u00bb contre \u00abQuatre vingt-treize\u00bb. Il aspira \u00e0 la r\u00e9volution comme il avait pr\u00e9tendu au capitanat: avec une rigueur scientifique. A une \u00e9poque o\u00f9 150.000 personnes mis\u00e9reuses mouraient chaque ann\u00e9e de tuberculose, il devint le pilier de \u00abl&rsquo;Agitateur\u00bb, journal libertaire qui pr\u00e9conisait <em>\u00abla guerre \u00e0 mort contre la bourgeoisie\u00bb,<\/em> et distribua force boules puantes dans les \u00e9glises afin que les bigots pussent renifler l&rsquo;odeur de leurs p\u00e9ch\u00e9s.<\/p>\n<p>Il d\u00e9couvrit surtout ceux qui allaient \u00eatre ses nouveaux ma\u00eetres \u00e0 penser, \u00e0 agir: Bakounine, Proudhon, Kropotkine, Louise Michel. Deux ans plus t\u00f4t, il voulait commander un b\u00e2timent; d\u00e9sormais, il travaillait \u00e0 un monde sans exploiteurs ni exploit\u00e9s, sans bourreaux ni victimes, sans gouvernement ni lois, sans police ni juges. Un monde d&rsquo;avant le monde. Une mani\u00e8re de d\u00e9sert \u00e9d\u00e9nique. La grande illusion.<\/p>\n<p>Pour y parvenir, Alexandre Marius Jacob s&rsquo;intronisa <em>\u00abentrepreneur de d\u00e9molition\u00bb<\/em>. Le chantier \u00e9tait vaste et la charge, lourde, mais il avait 20 ans, et c&rsquo;\u00e9tait le plus bel \u00e2ge de sa vie. Le 31 mars 1899, il se d\u00e9guisa en commissaire de police, s&rsquo;affubla d&rsquo;une \u00e9charpe tricolore, s&rsquo;adjoignit deux pr\u00e9tendus inspecteurs et, muni d&rsquo;un mandat de perquisition apocryphe, d\u00e9troussa le commissionnaire du mont-de-pi\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Parce qu&rsquo;il avait le sens de la dramaturgie et le go\u00fbt de l&rsquo;esth\u00e9tique, il abandonna sa victime, menottes aux poignets, dans une antichambre du palais de justice. L&rsquo;affaire fit la une des gazettes et la France enti\u00e8re fut saisie d&rsquo;un immense fou rire. Le ton \u00e9tait donn\u00e9. A mi-chemin de Robin des Bois et d&rsquo;Ars\u00e8ne Lupin, Jacob venait d&rsquo;imposer son style &#8211; o\u00f9 entraient, \u00e0 proportions \u00e9gales, de l&rsquo;outrecuidance, du grand-guignol, de l&rsquo;op\u00e9ra bouffe, de la haute technologie et une ambition nationale. <em>\u00abPourquoi alliez-vous cambrioler en province?\u00bb,<\/em> lui demanda le juge.<em> \u00abJe faisais de la d\u00e9centralisation\u00bb, <\/em>r\u00e9pondit l&rsquo;accus\u00e9.<\/p>\n<p>Car, afin d&rsquo;\u00e9radiquer la religion de la propri\u00e9t\u00e9 et d&rsquo;imposer la d\u00e9mocratie directe, l&rsquo;anarchiste voyait haut et loin. Il leva donc un bataillon de monte-en-l&rsquo;air, ouvrit une quincaillerie pour y \u00e9tudier tranquillement les serrures des coffres-forts en d\u00e9p\u00f4t, acheta une friperie pour s&rsquo;y pourvoir en costumes et accessoires, choisit pour livres de chevet l&rsquo;indicateur des chemins de fer et le Bottin, am\u00e9liora lui-m\u00eame les outils de la r\u00e9volution: pinces, vilebrequins, scies, rossignols, et m\u00eame, pour le casse de la rue Quincampoix, un fameux parapluie!<\/p>\n<p>Dans ses plans, toute la France bourgeoise de la Belle Epoque devait en effet c\u00e9der devant cette arm\u00e9e de travailleurs de la nuit qui, au pr\u00e9texte que <em>\u00able vol n&rsquo;est qu&rsquo;une reprise de possession\u00bb,<\/em> \u00e9cumait les ch\u00e2teaux et pillait les \u00e9glises. En trois ann\u00e9es d&rsquo;un incessant combat contre la soci\u00e9t\u00e9, on pr\u00eata \u00e0 Jacob et sa bande un millier d&rsquo;arnaques et fric-frac en tout genre.<\/p>\n<p>L&rsquo;anarchiste r\u00e9volutionnaire ne fut pas seulement un g\u00e9nie de la rapine; il \u00e9tait aussi dou\u00e9 pour la rh\u00e9torique. Les actes de son proc\u00e8s, en 1905, plaident pour son talent de pamphl\u00e9taire &#8211; il nargue les magistrats et, renversant les r\u00f4les, juge depuis son box la noblesse, les rentiers, le clerg\u00e9 et l&rsquo;arm\u00e9e. Condamn\u00e9 aux travaux forc\u00e9s \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9, le matricule 34477 passa un quart de si\u00e8cle aux \u00eeles du Salut &#8211; ce sont les pages les plus saisissantes du livre de Bernard Thomas -, o\u00f9 il tailla des pierres, lut Epict\u00e8te et Malebranche, \u00e9crivit de belles lettres \u00e0 sa <em>\u00abch\u00e8re maman\u00bb, <\/em>\u00e9tudia le droit p\u00e9nal, perdit cinquante kilos <em>(\u00abQuand je marche, on dirait un accent circonflexe \u00e0 la recherche d&rsquo;une voyelle\u00bb)<\/em> et d&rsquo;o\u00f9, en vain, il tenta dix-sept fois de s&rsquo;\u00e9vader. Lib\u00e9r\u00e9 en 1928, il ouvrit un commerce de bonneterie, aima tr\u00e8s fort une jeune fille, puis se suicida en 1954, laissant ce mot testamentaire: <em>\u00abLinge lessiv\u00e9, rinc\u00e9, s\u00e9ch\u00e9 mais pas repass\u00e9. J&rsquo;ai la cosse. Excusez.\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Chantre des r\u00e9fractaires et r\u00e9cidiviste breton, Bernard Thomas signe, vingt-huit ans apr\u00e8s \u00abJacob dit le voleur\u00bb, une nouvelle biographie de son h\u00e9ros, enrichie de documents in\u00e9dits et du t\u00e9moignage de cette jeune fille dont le<em> \u00abcambrioleur en retraite\u00bb <\/em>s&rsquo;\u00e9prit, avant de mourir. Tout y est, donc. Plus l&rsquo;essentiel: une formidable empathie. Sous la plume coupante et crissante de Thomas, Alexandre Jacob n&rsquo;est pas un anarchiste qui devient une l\u00e9gende mais au contraire un principe qui s&rsquo;incarne, un mythe qui redescend sur terre, un suicid\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 qui ressuscite. Cet \u00e9t\u00e9, oubliez les bons sentiments et autres coelhonneries. Vivez avec Jacob, lisez Thomas.<\/p>\n<p>J\u00c9R\u00d4ME GARCIN<\/p>\n<p>\u00abLes Vies d&rsquo;Alexandre Jacob\u00bb, par Bernard Thomas, Fayard, 374 p., 120 F.<\/p>\n<p><em>Source: \u00ab\u00a0le Nouvel Observateur\u00a0\u00bb du 25\/06\/1998, article paru sous le titre \u00ab\u00a0La Grande illusion\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Bernard Thomas, journaliste, critique litt\u00e9raire, romancier, est mort le 12 janvier dernier. Imm\u00e9diatement, la presse (Figaro, Canard Encha\u00een\u00e9) a salu\u00e9 l&rsquo;homme et l&rsquo;\u00e9crivain, a soulign\u00e9 la puissance de sa verve et de sa causticit\u00e9, a mis en avant l&rsquo;auteur breton qui a exhum\u00e9 de l&rsquo;oubli historique l&rsquo;Ars\u00e8ne Lupin marseillais. 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