{"id":2643,"date":"2012-04-22T01:10:49","date_gmt":"2012-04-21T23:10:49","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=2643"},"modified":"2012-04-13T06:14:46","modified_gmt":"2012-04-13T04:14:46","slug":"ravachol","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2012\/04\/ravachol\/","title":{"rendered":"Ravachol"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/ravachol-par-costantini-3-640x480.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2648\" title=\"Ravachol par Costantini\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/ravachol-par-costantini-3-640x480-300x207.jpg\" alt=\"\" width=\"218\" height=\"150\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/ravachol-par-costantini-3-640x480-300x207.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/ravachol-par-costantini-3-640x480.jpg 640w\" sizes=\"(max-width: 218px) 100vw, 218px\" \/><\/a>Publi\u00e9e sur le site <a href=\"http:\/\/rebellyon.info\/11-juillet-1892-execution-de.html\">Rebellyon.info<\/a>, le 11 juillet 2011, date du 121<sup>e<\/sup> anniversaire de la mort du saint anarchiste, la biographie de Ravachol pr\u00e9sente au moins deux avantages, et c&rsquo;est pourquoi nous la mettons en ligne dans les colonnes du Jacoblog. Elle tranche litt\u00e9ralement dans le lard des biographies que nous pouvons trouver dans les revues de vulgarisation \u00e0 pr\u00e9tention historique o\u00f9 le propagandiste par le fait est le plus souvent pr\u00e9sent\u00e9 comme \u00ab\u00a0un minable\u00a0\u00bb assassin. Voyeurisme consum\u00e9riste malsain permettant de gober sans dig\u00e9rer le fait divers et le sentiment d&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9. Elle offre ensuite la possibilit\u00e9 d&rsquo;entrevoir un parcours qui nous emm\u00e8ne fatalement \u00e0 la Veuve de Montbrison et d&rsquo;apporter des \u00e9l\u00e9ments explicatifs \u00e0 la fameuse d\u00e9claration interdite lors du proc\u00e8s du 21 juin 1892. En ce sens, nous pouvons alors montrer un homme th\u00e9orisant sa propagande par le fait et sortir de l&rsquo;in\u00e9narrable d\u00e9bat non historique d&rsquo;une condamnation a priori de l&rsquo;homme et des ses actes.<!--more--><\/p>\n<p><strong>11 juillet 1892, ex\u00e9cution<\/strong><strong> <\/strong><strong>de R<\/strong><strong>avachol \u00e0<\/strong><strong> Montbrison<\/strong><\/p>\n<p><strong>Rebellyon, article mis en ligne le 11 juillet 2011<\/strong><\/p>\n<p><strong><em> \u00ab\u00a0Si tu veux \u00eatre heu\u00adreux, nom de dieu\u00a0! <\/em><\/strong><em><br \/>\n<strong>Pends ton pro\u00adpri\u00e9\u00adtaire, <\/strong><br \/>\n<strong>Coupe les cur\u00e9s en deux, nom de dieu\u00a0! <\/strong><br \/>\n<strong>Fous les \u00e9glises par terre..\u00a0\u00bb<\/strong><\/em><strong> <\/strong><\/p>\n<p>Chant\u00e9 par Ravachol avant de passer sur l&rsquo;\u00e9chafaud&#8230;<\/p>\n<p><strong>Fran\u00e7ois Ko\u00ebnigstein-Ravachol est n\u00e9 le 14 octo\u00adbre 1859 \u00e0 Saint-Chamond et mort guillo\u00adtin\u00e9 le 11 juillet 1892 \u00e0 Montbrison.<\/strong><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/ravachol-1.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2644\" title=\"Ravachol dans rebellyon.info\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/ravachol-1.jpg\" alt=\"\" width=\"59\" height=\"76\" \/><\/a><strong>Ses jeunes ann\u00e9es mis\u00e9reuses \u00e0 Saint<\/strong><strong> Cha<\/strong><strong>mond<\/strong><\/p>\n<p>Le 14 Octobre 1859, Fran\u00e7ois Ko\u00ebnigstein-Ravachol na\u00eet \u00e0 Saint Chamond. Sa m\u00e8re, Marie Ravachol est native du pays, son p\u00e8re Jan Ko\u00ebnigstein est Hollandais, \u00e9migr\u00e9 dans le Forez un an plus t\u00f4t. Parmi les a\u00efeux du jeune Ravachol, on peut noter Henri et Louis Ko\u00ebnigstein qui appartenaient \u00e0 une bande de dangereux brigands, les \u00ab\u00a0Bokkenrijders\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0Chevaliers du bouc\u00a0\u00bb, pendus pour vols et meurtres en Hollande vers 1750. Sa m\u00e8re \u00e9tait moulini\u00e8re en soie, et son p\u00e8re \u00e9tait lamineur aux Forges d&rsquo;Isieux. Celui-ci \u00e9tait violent avec elle et l&rsquo;abandonna avec quatre enfants, dont le plus jeune avait trois mois. Il s&rsquo;en alla dans son pays, mais comme il \u00e9tait atteint d&rsquo;une maladie de poitrine, il succomba au bout d&rsquo;un an.<\/p>\n<p>Le petit Fran\u00e7ois a \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9 en nourrice jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de trois ans et plac\u00e9 \u00e0 l&rsquo;hospice jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de six ou sept ans. D\u00e8s huit ans, pour rapporter un peu d&rsquo;argent \u00e0 sa m\u00e8re, il se met \u00e0 travailler comme berger dans les monts du Pilat, o\u00f9 les hivers furent rudes, puis chez des paysans \u00e0 s&rsquo;occuper des b\u00eates, et chez des entrepreneurs des environs, \u00e0 faire des fuseaux, trier le charbon, tourner la roue d&rsquo;un cordier, frapper des rivets. Le salaire et les conditions de travail sont mis\u00e9rables. Ensuite, il se fait exploiter dans l&rsquo;industrie du secteur, la tein\u00adtu\u00adre\u00adrie, au sein de la maison Puteau et Richard, \u00e0 Saint Chamond, comme apprenti pendant trois ans, o\u00f9 on le frustre en refusant de lui d\u00e9livrer les \u00ab\u00a0secrets\u00a0\u00bb du m\u00e9tier.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/ravachol-bertillonne.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2646\" title=\"Ravachol bertilonn\u00e9\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/ravachol-bertillonne.jpg\" alt=\"\" width=\"121\" height=\"128\" \/><\/a><strong>L&rsquo;ouvrier militant<\/strong><\/p>\n<p>Devenu ouvrier teinturier, quand il a seize ans, il se fait embaucher dans diff\u00e9rents \u00e9tablissements de tein\u00adtu\u00adre\u00adrie de Saint Chamond et Saint Etienne, o\u00f9 il gagne un salaire de mis\u00e8re. Les conditions de travail \u00e9tant tr\u00e8s p\u00e9nibles et refusant les injustices sociales, il se fait renvoyer plusieurs fois pour avoir fait remarquer que la l\u00e9gislation n&rsquo;\u00e9tait pas appliqu\u00e9e ou pour avoir fait la gr\u00e8ve avec d&rsquo;autres ouvriers.<\/p>\n<p>Il a un gros chagrin lorsqu&rsquo;il perd une de ses s\u0153urs. Lors d&rsquo;une gr\u00e8ve, il d\u00e9cide, avec un de ses coll\u00e8gues, de partir de nuit \u00e0 pied \u00e0 Lyon. Harass\u00e9, \u00e0 Grigny, apr\u00e8s un casse-cro\u00fbte au caf\u00e9 de la tour, il prend le train pour Perrache. A Lyon, tous les deux se font embaucher au noir dans une tein\u00adtu\u00adre\u00adrie de soie situ\u00e9e mont\u00e9e de la Butte. Comme leurs coll\u00e8gues de Saint Chamond n&rsquo;ont rien obtenu apr\u00e8s la gr\u00e8ve, ne voulant pas c\u00e9der \u00e0 la volont\u00e9 des patrons, ils d\u00e9cident de rester sur Lyon et trouvent un autre boulot, toujours au noir, \u00e0 la maison Coron, rue Godefroy, une tein\u00adtu\u00adre\u00adrie en couleurs du quartier Morand.<\/p>\n<p>Mais l&#8217;emploi au noir cela ne fonctionne pas longtemps, et sans travail, Fran\u00e7ois retourne chez sa m\u00e8re. L\u00e0, il est tr\u00e8s d\u00e9\u00e7u que son amour de jeunesse, une fille de Saint Chamond, qui venait m\u00eame le voir \u00e0 Lyon, d\u00e9cide de se marier avec le fils de son patron. Malgr\u00e9 sa peine, il fait tout pour se faire embaucher et trouve un job de man\u0153uvre dans la m\u00e9tallurgie, puis dans une tein\u00adtu\u00adre\u00adrie de sa ville natale, o\u00f9 il a d\u00e9j\u00e0 la r\u00e9putation d&rsquo;\u00eatre prompt \u00e0 la bagarre et de ne pas vouloir se laisser marcher sur les pieds. Ensuite il a d\u00fb faire maison sur maison \u00e0 cause du manque de travail, revenant trois fois de suite dans la tein\u00adtu\u00adre\u00adrie Vindrey.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/ravachol-2-640x480.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2071\" title=\"Ravachol dans Historia\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/ravachol-2-640x480-225x300.jpg\" alt=\"\" width=\"57\" height=\"77\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/ravachol-2-640x480-225x300.jpg 225w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/ravachol-2-640x480.jpg 480w\" sizes=\"(max-width: 57px) 100vw, 57px\" \/><\/a><strong>L&rsquo;anarchiste<\/strong><\/p>\n<p>A 18 ans, suite \u00e0 la lecture du livre d&rsquo;Eug\u00e8ne Sue, <em>Le juif errant<\/em> et de l&rsquo;\u00e9coute d&rsquo;une conf\u00e9rence de Paule Minck, il laisse com\u00adpl\u00e8\u00adte\u00adment tomber la religion. Puis il assiste \u00e0 une conf\u00e9rence donn\u00e9e \u00e0 Saint-Chamond, par Charles Chabert, membre de la premi\u00e8re Internationale, et L\u00e9onie Rouzade, col\u00adlec\u00adti\u00adviste, ce qui lui ouvre alors de nouveaux horizons. Il entre dans un cercle d&rsquo;\u00e9tudes sociales qui se forme dans la ville. Il rencontre Toussaint Bordat, Faure et d&rsquo;autres qui l&rsquo;aident \u00e0 clarifier sa pens\u00e9e. Il prend contact avec Louise Michel. Il lit des quotidiens et des brochures anarchistes, col\u00adlec\u00adti\u00advis\u00adtes, des apologies de la commune de Paris de 1871. Il opte alors de fa\u00e7on ferme pour l&rsquo;anarchie.<\/p>\n<p>Il fait passer des notes \u00e0 ses amis ouvriers. Il \u00e9crit quelques chansons r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion\u00adnai\u00adres, participe \u00e0 des \u00e9meutes. Il a une soif d&rsquo;apprendre, et suit des cours du soir de calcul et de chimie. Il tente avec beaucoup de mal de faire des explosifs, de la dynamite. Il est arr\u00eat\u00e9 une premi\u00e8re fois, pour avoir donn\u00e9 du vitriol, puis rel\u00e2ch\u00e9. Chez Vindrey, o\u00f9 il travaille avec son fr\u00e8re, Fran\u00e7ois Ravachol est renvoy\u00e9, ainsi que son fr\u00e8re, par son patron en raison de ses opinions, ayant appris que c&rsquo;est un anarchiste\u00a0: <em>\u00ab\u00a0il m&rsquo;avait pris le pain, j&rsquo;aurais d\u00fb lui prendre la vie\u00a0\u00bb<\/em>. A partir de ce moment-l\u00e0 sa r\u00e9putation est faite, et il lui est pra\u00adti\u00adque\u00adment impossible de retrouver du travail sur Saint Chamond. Cependant il doit faire vivre \u00e0 la maison sa m\u00e8re, son fr\u00e8re, sa s\u0153ur et son neveu, qui vient de na\u00eetre.<\/p>\n<p><strong>Mandrin<\/strong><\/p>\n<p>Pour nourrir sa famille, il pratique le braconnage, le vol de volaille, et avec son fr\u00e8re il r\u00e9cup\u00e8re les d\u00e9chets de charbons. Ils finissent par tous d\u00e9m\u00e9nager \u00e0 Saint \u00c9tienne, o\u00f9 l\u00e0 il retrouve du travail ainsi que son fr\u00e8re. Il apprend \u00e0 jouer de l&rsquo;accord\u00e9on et il va faire danser les jeunes st\u00e9phanois dans les bals du dimanche, car le travail reste tr\u00e8s \u00e9pisodique et on ne voulut pas de lui dans les mines de Saint \u00c9tienne.<\/p>\n<p>A la mani\u00e8re du c\u00e9l\u00e8bre Mandrin il devient contrebandier, en transportant par le tram ou \u00e0 pied, de l&rsquo;alcool dans des appareils en caoutchouc qui prennent la forme du corps. Il se lie avec une femme mari\u00e9e, B\u00e9n\u00e9dicte, ce qui lui vaut des relations conflictuelles avec sa m\u00e8re, qu&rsquo;il ch\u00e9rissait auparavant. Mais une ma\u00eetresse cela co\u00fbte et la contrebande diminuant, il se fait faussaire et l&rsquo;id\u00e9e du vol en grand lui v\u00eent \u00e0 l&rsquo;esprit.<\/p>\n<p>En mai 1891, Ravachol profane la tombe de la baronne de Rochetaill\u00e9e r\u00e9cemment inhum\u00e9e \u00e0 St Jean Bonnefond dans l&rsquo;espoir, d\u00e9\u00e7u, de d\u00e9rober quelques bijoux, puis il cambriole la maison d&rsquo;un riche commer\u00e7ant st\u00e9phanois. Mais c&rsquo;est l&rsquo;affaire du meurtre de l&rsquo;ermite qui allait d\u00e9frayer la chronique.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/ermitagenotredamedegraces-e8a8d.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2647\" title=\"Ermitage Notre dame des gr\u00e2ce de Chambles\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/ermitagenotredamedegraces-e8a8d.jpg\" alt=\"\" width=\"124\" height=\"56\" \/><\/a><strong>L&rsquo;ermite \u00e9touff\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>Jacques Brunet, homme d&rsquo;\u00e9glise alors \u00e2g\u00e9 de 96 ans vivait en ermite dans le hameau de Notre Dame de Gr\u00e2ce sur la commune de Chambles.<\/p>\n<p>Une rumeur qui s&rsquo;av\u00e9ra exacte disait qu&rsquo;il poss\u00e9dait une petite fortune cach\u00e9e dans sa modeste maison. Le 18 Juin 1891 Ravachol lui rend visite en escaladant l&rsquo;ermitage et l&rsquo;\u00e9touffe en lui mettant un mouchoir dans la gorge, avant de s&#8217;emparer du magot, estim\u00e9 \u00e0 25.000 francs, cach\u00e9 partout dans la maison.<\/p>\n<p>Il revient \u00e0 Saint Etienne mais sa description est indiqu\u00e9e par un cocher aux enqu\u00eateurs, car il fait plusieurs allers-retours. Le 27 juin il est arr\u00eat\u00e9 non sans mal par le commissaire Teychen\u00e9, il se met \u00e0 vocif\u00e9rer qu&rsquo;il va \u00ab\u00a0exterminer toute la police pour rendre service \u00e0 l&rsquo;humanit\u00e9\u00a0\u00bb. Les mains enchain\u00e9es, Ravachol parvient pourtant \u00e0 s&rsquo;enfuir au d\u00e9tour d&rsquo;un chemin\u00a0! Suite \u00e0 cette invrai\u00adsem\u00adbla\u00adble \u00e9vasion, son signalement est t\u00e9l\u00e9graphi\u00e9 \u00e0 toutes les polices de France pendant qu&rsquo;il se planque tranquillement chez un ami \u00e0 Saint \u00c9tienne dans le quartier de Monthieu.<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;histoire de l&rsquo;activisme anarchiste, Ravachol reste une r\u00e9f\u00e9rence, mais le meurtre de l&rsquo;ermite de Chambles entache son image et avait d\u00e9clench\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque des d\u00e9bats passionn\u00e9s. Dans un meeting \u00e0 Saint \u00c9tienne le 28 d\u00e9cembre 1891, S\u00e9bastien Faure regretta que le meurtre du vieil ermite par Ravachol jetait la d\u00e9consi\u00add\u00e9\u00adra\u00adtion sur le mouvement.<\/p>\n<p><strong>La fuite chez des amis anarchistes<\/strong><\/p>\n<p>Peu de temps apr\u00e8s, un message \u00e9crit par Ravachol f\u00fbt retrouv\u00e9 dans une veste abandonn\u00e9e \u00e0 Lyon \u00e0 la gare de Perrache. Il annon\u00e7ait son d\u00e9sir de mettre fin \u00e0 ses jours pour \u00ab\u00a0ne pas servir de jouet \u00e0 la police bourgeoise\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Quelques jours plus tard, \u00e0 Saint Etienne, M<sup>me<\/sup> Marcon, 76 ans et sa fille qui tenaient un petit commerce de quincaillerie \u00e9taient d\u00e9couvertes assassin\u00e9es \u00e0 coups de marteau. Ses crimes rap\u00adpe\u00adl\u00e8\u00adrent le double meurtre \u00e0 la hache d&rsquo;Izieux cinq ans plus t\u00f4t, les victimes \u00e9taient Marie-Jean Rivollier et sa servante Fran\u00e7oise Fradel. Les soup\u00e7ons se port\u00e8rent \u00e0 nouveau sur Ravachol, mais il ne reconnut jamais ces crimes qu&rsquo;on ne peut pas r\u00e9ellement lui imputer.<\/p>\n<p>Le \u00ab\u00a0suicid\u00e9 de Lyon\u00a0\u00bb est bien vivant. Mais alors qu&rsquo;on veut coller sur le dos de Ravachol d&rsquo;autres crimes, en fait il s&rsquo;est r\u00e9fugi\u00e9 en Espagne \u00e0 Barcelone et vit avec un autre anarchiste st\u00e9phanois, Paul Bernard, condamn\u00e9 par contumace \u00e0 Montbrison. Celui ci passe son temps avec d&rsquo;autres, notamment Scharrini et Hugas soup\u00e7onn\u00e9s dans un attentat sanglant \u00e0 Paris, \u00e0 fabriquer des bombes. Se sachant menac\u00e9 par la police espagnole, Ravachol regagne la France et Paris tandis que certains de ses complices dans le recel de l&rsquo;argent de l&rsquo;ermite de Chambles sont condamn\u00e9s aux travaux forc\u00e9s.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/ravachol-par-costantini-640x480.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2649\" title=\"Ravachol par Costantini\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/ravachol-par-costantini-640x480-181x300.jpg\" alt=\"\" width=\"91\" height=\"151\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/ravachol-par-costantini-640x480-181x300.jpg 181w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/ravachol-par-costantini-640x480.jpg 290w\" sizes=\"(max-width: 91px) 100vw, 91px\" \/><\/a><strong>Les attentats parisiens<\/strong><\/p>\n<p>Ravachol apparut \u00e0 Saint-Denis en juillet 1891. Il se nomme d\u00e9sormais L\u00e9on L\u00e9ger et mitonne dans ses \u00ab\u00a0marmites\u00a0\u00bb ce qu&rsquo;il appelle \u00ab\u00a0la mort aux rats pour bourgeois\u00a0\u00bb. Il y a en effet des choses qui le r\u00e9voltent, comme la r\u00e9pression destin\u00e9e aux communards, qui dure depuis l&rsquo;insurrection de la Commune de Paris de 1871, mais aussi deux \u00e9v\u00e8nements\u00a0: l&rsquo;affaire de Fourmies et l&rsquo;affaire de Clichy. Le 1<sup>er<\/sup> mai 1891, \u00e0 Fourmies, une mani\u00adfes\u00adta\u00adtion se d\u00e9roule pour obtenir les jour\u00adn\u00e9es de travail de huit heures, des affrontements ont lieu, les agents de la Police tirent sur la foule, cela se solde par neuf morts, dont des femmes et des enfants, parmi les manifestants. Et le m\u00eame jour, \u00e0 Clichy, dans un d\u00e9fil\u00e9 o\u00f9 prennent part des anarchistes, des incidents graves \u00e9clatent, et trois anarchistes, Decamps, Dardare, et L\u00e9veill\u00e9, sont amen\u00e9s au com\u00admis\u00adsa\u00adriat, ils y sont interrog\u00e9s, et violent\u00e9s avec coups et blessures. Un proc\u00e8s s&rsquo;ensuit, o\u00f9 ce sont eux trois qui sont accus\u00e9s d&rsquo;avoir tir\u00e9 sur des policiers\u00a0! Deux des trois anarchistes sont condamn\u00e9s \u00e0 des peines de prison ferme. Cette affaire a beaucoup \u00e9branl\u00e9 les milieux libertaires.<\/p>\n<p>Pour venger les compagnons anarchistes condamn\u00e9s, Ravachol songe d&rsquo;abord, avec ses amis, \u00e0 faire sauter le com\u00admis\u00adsa\u00adriat de Clichy et le 7 mars 1892, les voil\u00e0 qui emportent une marmite charg\u00e9e d&rsquo;une cinquantaine de cartouches de dynamite et de d\u00e9bris de fer en guise de mitraille\u00a0; mais le projet avorte en raison des difficult\u00e9s d&rsquo;approche. Ils d\u00e9cident alors de s&rsquo;attaquer, le 11 mars, au conseiller Beno\u00eet qui pr\u00e9sida les assises lors de la condamnation de Decamps et Dardare. Ce juge Beno\u00eet habite au 136, boulevard Saint Germain \u00e0 Paris. Ravachol d\u00e9pose la marmite au 2<sup>e<\/sup> \u00e9tage et allume la m\u00e8che. La projection de mitraille fit d&rsquo;effrayant ravages, mais il n&rsquo;y eut toutefois qu&rsquo;un seul bless\u00e9.<\/p>\n<p>La police sur les dents finit par arr\u00eater Chaumartin et Simon Charles, et d&rsquo;autres complices de Ravachol, le 17 mars. Quant \u00e0 Ravachol, il put d\u00e9m\u00e9nager \u00e0 temps et alla habiter Saint-Mand\u00e9. Il r\u00e9plique alors le 27 mars en faisant sauter l&rsquo;immeuble du substitut Bulot, le procureur qui avait requis la peine de mort au cours de ce m\u00eame proc\u00e8s, demeurant au 39, rue de Clichy. Ravachol abandonne sur le palier une valise contenant un engin qu&rsquo;il bourra de 120 cartouches de dynamite. Une d\u00e9tonation effrayante retentit et l&rsquo;immeuble fut ravag\u00e9 jusqu&rsquo;en ses fondements. Par miracle, il n&rsquo;y eut que sept bless\u00e9s et des d\u00e9g\u00e2ts consi\u00add\u00e9\u00adra\u00adbles. La presse donne de larges \u00e9chos de son signalement, le nom de Ravachol et sa photo sont d\u00e9sormais connus de tous.<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;arrestation<\/strong><\/p>\n<p>Or son com\u00adpor\u00adte\u00adment pour le moins en dilettante devait causer sa perte. Alors que trois jours plus tard, le 30 mars, il d\u00eenait au restaurant V\u00e9ry, au 24, boulevard Magenta, \u00e0 Paris, il ne p\u00fbt s&#8217;emp\u00eacher de proclamer haut et fort son ex\u00e9cration de la soci\u00e9t\u00e9&#8230; et le gar\u00e7on de salle, qui l&rsquo;avait d\u00e9j\u00e0 rep\u00e9r\u00e9, car il avait mang\u00e9 ici le jour de l&rsquo;explosion, le d\u00e9nonce \u00e0 son patron. La police, alert\u00e9e, arr\u00eata, non sans mal, Ravachol que dix hommes suffirent \u00e0 peine \u00e0 ma\u00eetriser.<\/p>\n<p>Jusqu&rsquo;\u00e0 sa com\u00adpa\u00adru\u00adtion devant les assises, soit pendant un mois environ, trois inspecteurs le surveill\u00e8rent jour et nuit. Ils observ\u00e8rent ses faits et gestes, et r\u00e9dig\u00e8rent, au d\u00e9but, des rapports en enregistrant toutes ses paroles.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/ravachol-a-montbrison.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2645\" title=\"Ravachol \u00e0 Montbrison\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/ravachol-a-montbrison-300x208.jpg\" alt=\"\" width=\"153\" height=\"106\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/ravachol-a-montbrison-300x208.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/ravachol-a-montbrison.jpg 400w\" sizes=\"(max-width: 153px) 100vw, 153px\" \/><\/a><strong>Apr\u00e8s l&rsquo;explosion du restaurant V\u00e9ry <\/strong><\/p>\n<p>Le 25 avril, alors que Ravachol est sous les verrous, c&rsquo;est le restaurant V\u00e9ry qui saute. La bombe a fait deux morts dont le patron d\u00e9nonciateur qui est d\u00e9chiquet\u00e9. <em>\u00ab\u00a0V\u00e9ryfication\u00a0\u00bb<\/em> dira <em>Le P\u00e8re Peinard<\/em>.<\/p>\n<p>Le 26 avril, pendant le proc\u00e8s de celui qui se proclame justicier de la cause anarchiste, devant la cour d&rsquo;assises de Paris, il compara\u00eet en un Palais de justice gard\u00e9 comme s&rsquo;il devait soutenir un \u00e9tat de si\u00e8ge. \u00c0 l&rsquo;issue des d\u00e9bats, furent seuls condamn\u00e9s Simon et Ravachol \u00e0 qui on infligea les travaux forc\u00e9s \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9.<\/p>\n<p>En attendant les chansonniers de rue s&rsquo;en donnent \u00e0 c\u0153ur joie\u00a0:<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Il s&rsquo;appelle Ravachol<br \/>\nEst n\u00e9 \u00e0 Saint Chamond<br \/>\nPetite ville en somme<br \/>\nDont il f\u00eet le renom<br \/>\nParis la grande ville<br \/>\nF\u00fbt bien vite \u00e9prouv\u00e9e<br \/>\nAvec la dynamite.<br \/>\nIl voulait tout faire sauter&#8230;\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/ravachol-par-costantini-2-640x480.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2650\" title=\"Ravachol par Costantini\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/ravachol-par-costantini-2-640x480-300x272.jpg\" alt=\"\" width=\"155\" height=\"140\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/ravachol-par-costantini-2-640x480-300x272.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/ravachol-par-costantini-2-640x480.jpg 528w\" sizes=\"(max-width: 155px) 100vw, 155px\" \/><\/a><strong>La guillotine \u00e0 Montbrison<\/strong><\/p>\n<p>Ravachol f\u00fbt transf\u00e9r\u00e9 vers Saint \u00c9tienne pour r\u00e9pondre de trois autres crimes dont celui de l&rsquo;ermite. A son arriv\u00e9e, 500 personnes l&rsquo;attendent, beaucoup l&rsquo;acclament, des dizaines de policiers et gendarmes sont pr\u00e9sents. Il est ensuite transf\u00e9r\u00e9 vers Montbrison qui est presqu&rsquo;en \u00e9tat de si\u00e8ge, o\u00f9 se trouve la cour d&rsquo;assises de la Loire.<\/p>\n<p>Ravachol fut tout autant courageux et d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9 \u00e0 ce proc\u00e8s de Montbrison qu&rsquo;\u00e0 celui de la cour d&rsquo;assises de Paris. Le 21 juin 1892, s&rsquo;il a reconnu le meurtre de l&rsquo;ermite, des doutes s\u00e9rieux demeurent quant aux meurtres au marteau et \u00e0 la hache, qu&rsquo;il nie totalement, mais, cette fois-ci, \u00e0 Montbrison, Ravachol est condamn\u00e9 \u00e0 mort par la cour d&rsquo;assises. A l&rsquo;\u00e9nonc\u00e9 du verdict, Ravachol se contente de dire <em>\u00ab\u00a0Vive l&rsquo;Anarchie\u00a0!\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>Le 11 Juillet 1892, dans sa trente-troisi\u00e8me ann\u00e9e, Ravachol monte sur l&rsquo;\u00e9chafaud en chantant. Le couperet interrompt ses derniers mots <em>\u00ab\u00a0Vive la r\u00e9v&#8230;\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p><strong>Epilogue\u00a0: <\/strong><br \/>\nLe 9 d\u00e9cembre 1893, Auguste Vaillant jette une bombe \u00e0 Paris, \u00e0 la Chambre des d\u00e9put\u00e9s, pour le venger. Et le 24 juin 1894, c&rsquo;est Santo Caserio qui poignarde mor\u00adtel\u00adle\u00adment \u00e0 Lyon le Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, Sadi Carnot, et le lendemain sa veuve re\u00e7oit une photo de Ravachol et ces mots\u00a0: \u00ab\u00a0Il est bien veng\u00e9&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Publi\u00e9e sur le site Rebellyon.info, le 11 juillet 2011, date du 121e anniversaire de la mort du saint anarchiste, la biographie de Ravachol pr\u00e9sente au moins deux avantages, et c&rsquo;est pourquoi nous la mettons en ligne dans les colonnes du Jacoblog. 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