{"id":2549,"date":"2011-10-03T10:42:24","date_gmt":"2011-10-03T08:42:24","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=2549"},"modified":"2011-10-03T10:42:24","modified_gmt":"2011-10-03T08:42:24","slug":"les-enfants-de-cayenne","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2011\/10\/les-enfants-de-cayenne\/","title":{"rendered":"Les enfants de Cayenne"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/article-xi-mai-juin-2011.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2550\" title=\"Article XI, n4, mai-juin 2011\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/article-xi-mai-juin-2011-163x300.jpg\" alt=\"\" width=\"78\" height=\"144\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/article-xi-mai-juin-2011-163x300.jpg 163w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/article-xi-mai-juin-2011.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 78px) 100vw, 78px\" \/><\/a><a href=\"http:\/\/www.article11.info\/spip\/index.php\"><strong>Article XI<\/strong><\/a> ne fait \u00ab\u00a0<em>Pas de chichis, pas de fanfreluches <\/em>\u00bb et donne \u00ab\u00a0<em>des faits bruts&#8230;<\/em> \u00bb. C&rsquo;est en tout cas ce qui est dit dans le billet mis en ligne sur le site web du journal annon\u00e7ant la sortie en kiosque du num\u00e9ro de mai &#8211; juin 2011. Bien \u00e9crit et visuellement plaisant, int\u00e9ressant surtout, nous avons d\u00e9vor\u00e9 les pages d&rsquo;<em>Article XI<\/em> avec un plaisir d&rsquo;autant moins dissimul\u00e9 que nous y avons trouv\u00e9 un bien beau papier sur la chanson <em>Cayenne<\/em>, o\u00f9 mention est faite du jacoblog et des <a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2011\/03\/dix-questions-a-geant-vert\/\">Dix Questions que nous avions pos\u00e9es \u00e0 G\u00e9ant Vert<\/a> (06 mars 2011). L&rsquo;explication de texte, apr\u00e8s avoir analys\u00e9 les mots de cet hymne anti-s\u00e9curitaire et anti-carc\u00e9ral, finit intelligemment par digresser sur l&rsquo;enfer du bagne m\u00eame s&rsquo;il eut \u00e9t\u00e9 plus appropri\u00e9 de citer d&rsquo;autres souvenirs de fagots que ceux du plagiaire et affabulateur Papillon. Les enfants de Cayenne ont la vie dure et ce, malgr\u00e9 toutes les h\u00e9catombes qu&rsquo;on peut leur faire subir.<!--more--><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/article-xi-les-1ere-de-couv.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2551\" title=\"Article XI, les 1eres de couv\\'\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/article-xi-les-1ere-de-couv-300x215.jpg\" alt=\"\" width=\"148\" height=\"106\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/article-xi-les-1ere-de-couv-300x215.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/article-xi-les-1ere-de-couv.jpg 440w\" sizes=\"(max-width: 148px) 100vw, 148px\" \/><\/a><strong>Les enfants de Cayenne<\/strong><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.article11.info\/spip\/Les-enfants-de-Cayenne\"><em>samedi 1er octobre 2011, par L\u00e9mi<\/em><\/a><\/p>\n<p><em>Ce billet a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 dans le num\u00e9ro 4 de la version papier d&rsquo;Article11<\/em><\/p>\n<p>Cayenne. Le mot seul provoque le frisson. Images de bagnards jet\u00e9s aux requins, d&rsquo;\u00eeles infernales au large de la Guyane, d&rsquo;hommes tombant sous les coups de surveillants sadiques&#8230; Une abomination carc\u00e9rale qui tourna \u00e0 plein r\u00e9gime pendant un si\u00e8cle &#8211; \u00e0 partir du milieu du XIXe si\u00e8cle -, suscitant une litt\u00e9rature abondante, ainsi qu&rsquo;une chanson au refrain mythique, \u00ab\u00a0Cayenne\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>C&rsquo;est purement et simplement une suite de mots qui confine \u00e0 l&rsquo;orgasme\u00a0!\u00a0Simple et efficace comme un coup de pied dans les noix. [&#8230;] Un texte qui ne se chante pas mais qui se hurle du fond des tripes. Putain merde\u00a0! Le mec, il est \u00e0 Cayenne, pas au Club M\u00e9d\u00a0! <\/em> \u00bb Celui qui s&rsquo;enthousiasme ainsi<a name=\"_ftnref1\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a> s&rsquo;appelle G\u00e9ant Vert &#8211; oui, la classe &#8211; et fut un temps le parolier attitr\u00e9 d&rsquo;un groupe de punk fran\u00e7ais, Parabellum. Son titre de gloire\u00a0? Avoir remis au go\u00fbt du jour libertaire un classique oubli\u00e9 de la geste anarchiste, \u00ab\u00a0Cayenne\u00a0\u00bb, genre de dynamite musicale, cinq couplets cisel\u00e9s et un refrain imparable, boum\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Mort aux vaches\u00a0! \/ Mort aux cond\u00e9s\u00a0! \/ Viv&rsquo; les enfants d&rsquo;Cayenne\u00a0! \/ \u00c0 bas ceux d&rsquo;la s\u00fbret\u00e9\u00a0!<\/em> \u00bb<\/p>\n<p>D\u00e9gain\u00e9e en 1986, la version de Parabellum est lourde et satur\u00e9e, poisseuse comme le soleil de Guyane tapant sur le dos des bagnards qui concassent la caillasse. Enregistr\u00e9e bien apr\u00e8s la fermeture des lieux, elle constitue pourtant une parfaite porte d&rsquo;entr\u00e9e \u00e0 l&rsquo;univers du bagne. Sous les tropiques, les fers.<\/p>\n<p><strong>Au commencement \u00e9tait le \u00ab\u00a0Mort aux vaches\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>C&rsquo;est une chanson n\u00e9e sous X &#8211; compositeur inconnu &#8211; avec date de naissance \u00e9vasive (1919\u00a0? 1895\u00a0?). On sait qu&rsquo;elle \u00e9tait chant\u00e9e par les bagnards en route pour la Guyane dans l&rsquo;entre-deux-guerres et qu&rsquo;elle fut longtemps populaire aux puces de Clignancourt<a name=\"_ftnref2\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>. Pour le reste, jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;adaptation de Parabellum, le d\u00e9sert. D&rsquo;aucuns ont tent\u00e9 de la rattacher \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre d&rsquo;Aristide Bruant, l&rsquo;auteur de \u00ab\u00a0Biribi\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Nini peau d&rsquo;chien\u00a0\u00bb\u00a0; mais \u00e7a ne colle pas, impossible. Seule certitude\u00a0: la chanson a circul\u00e9, s&rsquo;est modifi\u00e9e au gr\u00e9 des interpr\u00e8tes, a int\u00e9gr\u00e9 la culture populaire, celle des apaches et des gamins des faubourgs parisiens. Fleur de pav\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Cayenne\u00a0\u00bb conte en terme crus et \u00e0 la premi\u00e8re personne l&rsquo;histoire d&rsquo;un mac qui refroidit un bourgeois ayant malmen\u00e9 sa \u00ab\u00a0<em>premi\u00e8re femme<\/em> \u00bb, une certaine Nina\u00a0: \u00ab\u00a0<em> Ell&rsquo; aguichait l&rsquo;client quand mon destin d&rsquo;bagnard \/ Vint frapper \u00e0 sa porte sous forme d&rsquo;un richard \/ Il lui cracha dessus, rempli de son d\u00e9dain, \/ Lui mit la main au cul et la traita d&rsquo;putain.<\/em> \u00bb Monsieur maquereau a le sang chaud et une conception de l&rsquo;honneur bien chevill\u00e9e au cortex, pas question de laisser couler\u00a0: \u00ab\u00a0<em> Je l&rsquo;\u00e9tendis raide mort et fus serr\u00e9 sur l&rsquo;heure\u00a0! <\/em> \u00bb Une fois alpagu\u00e9, la sentence tombe\u00a0: direction Cayenne<a name=\"_ftnref3\" href=\"#_ftn3\">[3]<\/a>, cette \u00ab\u00a0<em>guillotine s\u00e8che<\/em> \u00bb qui tue juste un peu moins vite que la machine du Dr Guillotin. Il ne lui reste plus qu&rsquo;\u00e0 hurler son indignation et \u00e0 crier vengeance\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Mort aux vaches<\/em> \u00bb\u00a0!<\/p>\n<p>Si le refrain pr\u00eate \u00e0 jubiler, le fond navigue en eaux sombres. Il y a d&rsquo;abord ce \u00ab\u00a0<em>destin d&rsquo;bagnard<\/em> \u00bb, gla\u00e7ant d\u00e9terminisme social\u00a0; puis la \u00ab\u00a0m\u00e2le\u00a0\u00bb riposte du mac, in\u00e9vitable &#8211; \u00ab\u00a0<em> Moi qui \u00e9tais son homme et pas une peau de vache<\/em> \u00bb\u00a0; et enfin la conclusion fataliste &#8211; \u00ab\u00a0<em> Jeunesse d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, ne faites plus les cons \/ Car pour une simpl&rsquo; conn&rsquo;rie, on vous fout en prison\u00a0!<\/em> \u00bb Destin truqu\u00e9, d\u00e9s sociaux pip\u00e9s. Jamais le \u00ab\u00a0richard\u00a0\u00bb grossier ne conna\u00eetra les requins de Cayenne et les malversations des \u00ab\u00a0crabes\u00a0\u00bb &#8211; surnom des surveillants au bagne. Jamais l&rsquo;apache n&rsquo;aura sa chance. D&rsquo;o\u00f9 une haine bien sentie de l&rsquo;autorit\u00e9 et de ses repr\u00e9sentants, juges comme cond\u00e9s\u00a0; un classique pr\u00e9sent aussi bien dans les milieux anarchistes de la Belle (sic) \u00c9poque que dans les musiques contestataires (punk, rap, hardcore ricain&#8230;) made in temps modernes. Un si\u00e8cle a beau s\u00e9parer la r\u00e9plique bravache \u00c9mile Henry au juge l&rsquo;envoyant \u00e0 la guillotine en 1894 &#8211; \u00ab\u00a0<em> Mes mains sont couvertes de sang, comme votre robe rouge <\/em> \u00bb &#8211; des paroles d&rsquo;Assassin dans \u00ab\u00a0Je glisse\u00a0\u00bb (1991) &#8211; \u00ab\u00a0<em>La justice nique sa m\u00e8re, le dernier juge que j&rsquo;ai vu avait plus de vices que le dealer de ma rue<\/em> \u00bb -, le constat est identique. Enfants de Cayenne, enfants de banlieue\u00a0: m\u00eame combat.<\/p>\n<p><strong>\u0152il pour \u0153il<\/strong><\/p>\n<p>Le destin du narrateur de \u00ab\u00a0Cayenne\u00a0\u00bb, qui tue un \u00ab\u00a0richard\u00a0\u00bb et atterrit au bagne, rappelle celui de cet anarchiste parisien qui fit la une des journaux en 1893 pour avoir bless\u00e9 un bourgeois pioch\u00e9 au hasard dans un restaurant chic. L\u00e9on L\u00e9authier, dont la biographie est joliment retrac\u00e9 par Yves Fr\u00e9mion dans<em> L\u00e9authier, l&rsquo;anarchiste<a name=\"_ftnref4\" href=\"#_ftn4\"><strong>[4]<\/strong><\/a><\/em>, n&rsquo;a que vingt ans quand il d\u00e9cide de passer \u00e0 l&rsquo;acte, jetant son d\u00e9volu sur un certain Georgevitch, qui se r\u00e9v\u00e9lera &#8211; les choses sont bien faites &#8211; ministre de Serbie. Quelques jours avant de se lancer, il \u00e9crivait une lettre \u00e0 S\u00e9bastien Faure<a name=\"_ftnref5\" href=\"#_ftn5\">[5]<\/a> : \u00ab\u00a0<em>Le moment a sonn\u00e9 pour moi de montrer qu&rsquo;un r\u00e9volutionnaire ne doit \u00eatre envers ses bourreaux ni un l\u00e2che ni un poltron, et c&rsquo;est pourquoi j&rsquo;ai pris la ferme r\u00e9solution de me venger.<\/em> \u00bb En surinant le premier bourgeois venu, L\u00e9authier cherche \u00e0 inverser la tendance, \u00e0 faire r\u00e9gner la peur dans le camp adverse. Ce que Ravachol, Emile Henry ou Auguste Vaillant tentent aussi \u00e0 leur mani\u00e8re dans les ann\u00e9es 1890<a name=\"_ftnref6\" href=\"#_ftn6\">[6]<\/a> : \u00e0 l&rsquo;injustice sociale et \u00e0 la r\u00e9pression sc\u00e9l\u00e9rate<a name=\"_ftnref7\" href=\"#_ftn7\">[7]<\/a>, r\u00e9pondre par la terreur noire. \u0152il pour \u0153il, bombe pour bagne.<\/p>\n<p>Dans la chanson \u00ab\u00a0Cayenne\u00a0\u00bb, la m\u00eame id\u00e9e transpara\u00eet\u00a0: \u00e0 l&rsquo;oppression de classe, r\u00e9torquer par la violence. Sommaire et efficace. Lourd de cons\u00e9quences, aussi\u00a0: ceux qui n&rsquo;acceptent pas la donne sociale (anarchistes comme droits communs) sont d\u00e9finitivement parqu\u00e9s en dehors de la soci\u00e9t\u00e9, d\u00e9port\u00e9s loin de tout. Le d\u00e9cret de 1854 instaurant une double peine &#8211; une fois rel\u00e2ch\u00e9s, les bagnards doivent rester en Guyane &#8211; en est parfait exemple\u00a0: il s&rsquo;agit de laisser l&rsquo;importun pourrir au soleil jusqu&rsquo;\u00e0 disparition compl\u00e8te. Quand cela ne suffit pas, une balle permet de r\u00e9gler le probl\u00e8me\u00a0: L\u00e9authier est ainsi assassin\u00e9 par l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire suite \u00e0 un complot imaginaire. Celui-l\u00e0 ne voulait pas plier.<\/p>\n<p><strong>Fen\u00eatre sur bagne<\/strong><\/p>\n<p>Difficile de r\u00e9sumer en quelques lignes la m\u00e9canique du bagne. Albert Londres l&rsquo;\u00e9crivait dans une enqu\u00eate de 1923 qui contribua \u00e0 r\u00e9v\u00e9ler la v\u00e9rit\u00e9 sur Cayenne et for\u00e7a les autorit\u00e9s \u00e0 l&rsquo;humaniser un poil\u00a0: \u00ab\u00a0<em> Le bagne n&rsquo;est pas une machine \u00e0 ch\u00e2timent bien d\u00e9finie, r\u00e9gl\u00e9e, invariable.[&#8230;] Elle broie, c&rsquo;est tout, et les morceaux vont o\u00f9 ils peuvent&#8230; <\/em> \u00bb Bouts d&rsquo;humains aval\u00e9s par l&rsquo;administration, recrach\u00e9s aux requins, \u00e9cras\u00e9s sous le poids de leurs charges, rendus fous par la fi\u00e8vre. Tableau dantesque qu&rsquo;Albert Londres n&rsquo;est pas le seul \u00e0 d\u00e9noncer. Dans <em>La Vie des for\u00e7ats<a name=\"_ftnref8\" href=\"#_ftn8\"><strong>[8]<\/strong><\/a><\/em>, Eug\u00e8ne Dieudonn\u00e9, 15 ans de bagne, pointe ainsi l&rsquo;infini sadisme des crabes\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Les surveillants \u00e9taient tri\u00e9s sur le tas. Tous ceux qui \u00e9taient suspects d&rsquo;humanit\u00e9 n&rsquo;y \u00e9taient jamais envoy\u00e9s<\/em>.\u00a0\u00bb Le reste est affaire de mort permanente (l&rsquo;esp\u00e9rance de vie moyenne des d\u00e9port\u00e9s est de cinq ans), de plans d&rsquo;\u00e9vasion ressass\u00e9s jusqu&rsquo;\u00e0 la folie (alors que 95\u00a0% des tentatives \u00e9chouent<a name=\"_ftnref9\" href=\"#_ftn9\">[9]<\/a>) et de violence omnipr\u00e9sente. \u00ab\u00a0Je suis un for\u00e7at\u00a0\u00bb, autre rengaine chant\u00e9e par les bagnards de Guyane, trace pr\u00e9cis\u00e9ment les contours de l&rsquo;abjecte d\u00e9portation\u00a0: \u00ab\u00a0<em>La fi\u00e8vre qui les terrasse \/ La mort qui les menace \/ Toute la gamme des maux d&rsquo;ici-bas \/ Semblent planer sur le corps du for\u00e7at.<\/em> \u00bb<\/p>\n<p>Ouverts au milieu du XIXe si\u00e8cle, les bagnes de Guyane ne dispara\u00eetront qu&rsquo;\u00e0 la fin des ann\u00e9es 1940<a name=\"_ftnref10\" href=\"#_ftn10\">[10]<\/a>. Leur r\u00e9alit\u00e9 inhumaine a beau \u00eatre connue depuis que des opposants au coup d&rsquo;\u00e9tat de Napol\u00e9on III (11 000 d\u00e9port\u00e9s en 1851) sont revenus de l&rsquo;enfer, pr\u00e9c\u00e9dant les Communards rescap\u00e9s, rares ceux qui s&rsquo;en offusquent. Le prix de la paix sociale&#8230; Dans sa pr\u00e9face \u00e0 <em>La Vie des for\u00e7ats<\/em>, Jean-Marc Rouillan d\u00e9crit Cayenne comme une \u00ab\u00a0abomination carc\u00e9rale\u00a0\u00bb, avant de tracer un parall\u00e8le avec la prison contemporaine et ses Quartiers d&rsquo;Isolement, pointant \u00ab\u00a0<em> l&rsquo;\u00e9ternel discours s\u00e9curitaire sous lequel se masque \u00e0 peine la volont\u00e9 de l&rsquo;\u00e9limination des rebelles<\/em> \u00bb. Et de citer cette chanson qui, un temps, circula dans les prisons hexagonales\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Le bagne a chang\u00e9 de nom \/ Il n&rsquo;a pas disparu \/ Car il est remplac\u00e9 \/ Par une prison immense \/ Dont le nom est Clairvaux \/ Ce qui veut dire tombeau<\/em><\/p>\n<hr size=\"1\" \/><a name=\"_ftn1\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Dans <a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/2011\/03\/dix-questions-a-geant-vert\">un entretien<\/a> accord\u00e9 \u00e0 l&rsquo;excellent Atelier de cr\u00e9ation Libertaire en mars 2011.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn2\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> C&rsquo;est l\u00e0 que G\u00e9ant Vert la d\u00e9couvrit, chant\u00e9e par un vieux titi parisien, Roland Adenot.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn3\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> Par cette appellation g\u00e9n\u00e9rique, on d\u00e9signe ici la multitude de bagnes qui ont fleuri en Guyane, certains sur le continent, d&rsquo;autres &#8211; souvent les pires &#8211; sur les \u00eeles.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn4\" href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a> \u00c9ditions l&rsquo;\u00c9chapp\u00e9e, 2011.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn5\" href=\"#_ftnref5\">[5]<\/a> Militant infatigable, orateur renomm\u00e9 et figure anarchiste de la fin du XIX et du d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, S\u00e9bastien Faure fondera notamment les journaux<em> Le Libertaire<\/em> (1895) et <em>Ce qu&rsquo;il faut Dire<\/em> (1916).<\/p>\n<p><a name=\"_ftn6\" href=\"#_ftnref6\">[6]<\/a> Tous trois furent guillotin\u00e9s. Le premier en 1892 pour plusieurs attentats \u00e0 la bombe visant des magistrats ou des policiers. Le second en 1894 pour les attentats du caf\u00e9 Terminus et du commissariat de la rue des Bons Enfants. Le troisi\u00e8me la m\u00eame ann\u00e9e pour avoir lanc\u00e9e une bombe dans l&rsquo;enceinte de l&rsquo;Assembl\u00e9e nationale.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn7\" href=\"#_ftnref7\">[7]<\/a> C&rsquo;est en 1893 et 1894 que furent vot\u00e9es les Lois Sc\u00e9l\u00e9rates\u00a0; elles transformaient tout militant anarchiste en d\u00e9linquant \u00e0 enfermer.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn8\" href=\"#_ftnref8\">[8]<\/a> 1930, r\u00e9\u00e9dit\u00e9 en 2007 par Libertalia. On lira aussi chez le m\u00eame \u00e9diteur <em>L&rsquo;Enfer du bagne<\/em>, de Paul Roussenq, publi\u00e9 en 2009.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn9\" href=\"#_ftnref9\">[9]<\/a> <em>Papillon<\/em>, d&rsquo;Henri Charri\u00e8re, raconte ainsi nombre d&rsquo;\u00e9vasions plus ou moins rocambolesques, dont celle du narrateur, prenant le large sur un radeau compos\u00e9 de noix de coco.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn10\" href=\"#_ftnref10\">[10]<\/a> Exception\u00a0: certains continueront \u00e0 accueillir les prisonniers des guerres coloniales (Indochinois, Alg\u00e9riens, etc.).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Article XI ne fait \u00ab\u00a0Pas de chichis, pas de fanfreluches \u00bb et donne \u00ab\u00a0des faits bruts&#8230; \u00bb. C&rsquo;est en tout cas ce qui est dit dans le billet mis en ligne sur le site web du journal annon\u00e7ant la sortie en kiosque du num\u00e9ro de mai &#8211; juin 2011. Bien \u00e9crit et visuellement plaisant, int\u00e9ressant [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_publicize_message":"","jetpack_is_tweetstorm":false,"jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","enabled":false}}},"categories":[2548,6],"tags":[3100,32,473,931,1585,76,929,1481,319,1241,1594],"jetpack_publicize_connections":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2549"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2549"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2549\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2549"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2549"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2549"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}